EFFETS THÉRAPEUTIQUES DE LA COLOQUINTE
L'action immédiate delà Coloquinte administrée dans l'estomac est de causer des coliques et de la diarrhée. Donné en lavement, ce médicament agit de la même manière ; à ce titre, il doit donc être rangé dans la classe des purgatifs.
Une dose élevée de Coloquinte cause des nausées, des vomissements, de vives coliques et de fréquentes garde-robes. Les selles, d'abord féculentes, deviennent presque immédiatement séreuses, et le plus souvent un peu sanguinolentes. La sécrétion de sang qui a lieu à la surface de la membrane muqueuse n'est presque jamais un symptôme alarmant ou de longue durée; elle a lieu lors même que les purgations provoquées par la Coloquinte n'ont eu sur l'état général du malade aucune influence immédiate fâcheuse ; aussi rangeait-on cet agent thérapeutique parmi les méaicaments panchymagogites, c'est-à-dire propres à déterminer la sécrétion de tous les éléments du sang et de toutes les humeurs.
La Coloquinte se place donc immédiatement à côté de la bryone, de l'aloès et des purgatifs drastiques empruntés à la famille des convolvulacées; mais son extrême violence, les douleurs qu'elle détermine, et, plus que tout le reste, l'incertitude de ses préparations, ont engagé Murray {App., p. 583 et suiv.) à la proscrire comme purgatif. Cette ex-
FAMILLE DES CUCURBITACÉES
dasion absolue paraîtra sans doute trop sévère aux praticiens, qui savent tous combien peu il nous est permis de calculer à l'avance l'effet des purgatifs; qui savent que les drastiques les plus énergiques ne causent quelquefois aucune douleur aux mêmes personnes qu'un simple minoratif jette dans un état assez grave; d'oii il suit que nous ne saurions jamais avoir trop de moyens pour arriver au môme but, et qu'il ne faut pas se hâter de rejeter un médicament par cela seul qu'il ne trouve que rarement son opportunité.
Mais la membrane muqueuse n'est pas la seule voie par laquelle puisse «tre admis le principe actif de la Coloquinte : en appliquant sur la peau du ventre la teinture aqueuse ou alcoolique, la pulpe fraîche, ou la poudre délayée dans l'eau pure ou alcoolisée, on obtient les effets purgatifs IHermann, Mat. méd., p. 335) ; ceux-là mêmes sont purgés qui triturent et manient longtemps la Coloquinte [Ibid ). C'est à son action purgative toute seule que cette plante doit sans doute de détruire les vers intestinaux; Redi, en effet, a démontré qu'elle n'était pas vermicide, car il a vu vivre pendant quatorze et vingt heures des lombrics plongés dans une infusion très-forte de Coloquinte (Redi, De Animalculis, p. 161). C'est un usage populaire en Italie et dans certaines contrées de l'Espagne d'appliquer sur le ventre des enfants tourmentés par les vers des cataplasmes faits avec la Coloquinte, l'ail et l'absinthe : nous ignorons si cefte pratique est justifiée par quelques succès.
^ Il suffisait que la Coloquintê fût un drastique pour qu'on la rangeât parmi les emménagogues. Van Swieten {vid. Crantz, Mat. méd., t. II, p. 163) s'en servait pour provoquer la fluxion menstruelle ; il la donnait alors unie à des poudres inertes, de manière à ce que la malade ne prît qu'un huitième de grain toutes les trois ou quatre heures. Pour remplir cette indication, les lavements avec la Coloquinte seraient sans doute préférables, puisque, au rapport de Dioscoride (lib. IV, cap. clxxviii), ils provoquent le flux de sang par les vaisseaux hémorrhoïdaux. Mais la propriété abortive de la Coloquinte est malheureusement trop connue ; et il est pénible d'avouer que cette substance sert d'instrument à des crimes auxquels les gens de notre profession, les pharmaciens, les sagesfemmes et les herboristes, ne restent pas toujours étrangers.
L'usage de la Coloquinte dans un grand nombre de maladies chroniques douloureuses , telles que la goutte, le rhumatisme, les névralgies, la syphilis constitutionnelle, a été particulièrement recommandé par Dalbcrg, Tode et quelques autres {vid. Murray, t. I, p. 588) ; mais les faits ne prouvent pas que cet agent thérapeutique ait dans ce cas plus d'action que les autres purgatifs drastiques.
Il nous reste à parler de la vertu antiblennorrhagique de la Coloquinte, L'empirisme d'abord constata cette propriété; plus tard, elle devint du domaine des médecins. Colombier raconte que plusieurs soldats se gué. rirent d'une blennorrhagie aiguë en avalant en une ou deux doses un Iruit tout entier de Coloquinte {Code de Méd. militaire, t. V, p. -420). Mais
784 MÉDICAîilENTS ÉTACUANTS.
Fabre, dans son Traité des Maladies vénériennes, t. II, p. 368, préconise
particulièrement la teinture de Coloquinte, dont il a indiqué la formule :
Pr. : Poudre de Coloquinte iviliiilc en pouilro grossière. 43 grammes.
Clous de girofle n» G , 4
Anis étoile 4
Safrim 08r,60
Terre foliée de tartre 30
Faites digérer pendant un mois dans 000 grammes d'alcool.
Fabre administrait cette teinture de la manière suivante : le malade, pendant trois jours de suite, à jeun, prend 8 grammes de cette teinture dans 60 à 90 grammes de vin d'Espagne ; il se repose le quatrième jour, recommence pendant trois jours encore, pour rester tranquille encore un jour; et ainsi de suite jusqu'à vingt ou vingt-cinq doses. Il faut avoir soin de boire, une heure après l'administration du médicament, deux ou trois verres de tisane d'orge et de chiendent. S'il survient des coliques, il faut donner des lavements émollients. Cette médication de Fabre, excellente dans les blennorrhagies un peu chroniques, a trop été oubliée des médecins de notre temps. Mais il existe aujourd'hui à Paris un homme grossier, sans aucun titre pour exercer notre art, qui s'est fait dans le peuple, et même chez bien des gens dont la position est fort élevée, une grande et lucrative réputation par l'administration d'un spécifique contre la chaude-pisse; or, ce spécifique n'est autre chose qu'une teinture vineuse de Coloquinte.
Doses. — La poudre de Coloquinte se donne depuis 10 jusqu'à 60 et 75 centigrammes, mêlée à du sucre, à de la rhubarbe ou de la magnésie; la teinture vineuse, à la dose de 4 à 16 grammes; la teinture alcoolique, depuis ls^,30 jusqu'à 4 et 8 grammes.
EFFETS THÉRAPEUTIQUES DE l'ÉLATÉRIUM ET DE LA BRYONE.
La racine de l'Elatêrium est vomitive, et sollicite également d'abondantes évacuations alvines; les anciens la conseillaient surtout dans l'hydropisie. A faible dose, elle passait pour utile dans le traitement des obstructions. Dioscoride et Avicenne donnaient la racine à la dose de 73 centigrammes comme purgatif; Fallope [De purgantibus, lib. LV, p. 122) allait jusqu'à une drachme.
Extérieurement, en fomentations ou en cataplasmes, la racine de concombre sauvage était encore conseillée pour résoudre les engorgements œdémateux des membres.
Toutefois, la racine d'Élatérium en substance a cessé depuis longtemps d'être usitée en médecine : on connaît et on prescrit, sous le nom pharmaceutique à'Elatérium, un extrait que l'on prépare avec le suc du fruit.
Cet extrait jouit de propriétés purgatives énergiques. Sydenham le regardait comme un des plus puissants hydragogues [Op. omn., p. -488). Beaucoup d'autres après lui (Murray, App. med., t. I, p. 597) renché-
ELLÉBORE NOIR. 783 rirent encore sur les éloges donnés à l'Élatérium par le médecin anglais.
L'extrait d'Élatérium est un purgatif indigène énergique, et il remplit toutes les indications des purgatifs drastiques.
Si nous consultons les auteurs sur les doses qu'il convient d'administrer, nous trouverons des différences qui évidemment ne peuvent être attribuées qu'à la différence des préparations. Ainsi, tandis que Dioscoride permet 23 à 50 centigrammes, Fernel va jusqu'à 1 gramme. Sydenham, au contraire, se contente de 10 centigrammes, et Boerhaave de 20 centigrammes.
L'incertitude dans les effets de cette substance, la difficulté d'une bonne préparation, doivent éloigner les médecins d'en conseiller l'emploi, avec d'autant plus de raison que, comme la Coloquinte, elle enflamme violemment les tissus avec lesquels elle est en contact, ainsi que l'ont démontré les expériences d'Orlila {Toxicologie).
La racine de Bryone, comme la Coloquinte et l'Élatérium, peut à juste titre être rangée parmi les poisons irritants. Les expériences d'Orfila (Toxicol. gén.) le démontrent surabondamment : 10 grammes de poudre de Bryone qu'il introduisit dans le tissu cellulaire de la cuisse d'un chien déterminèrent une violente inflammation, de vives douleurs, et amenèrent la mort au bout de soixante heures; 15 grammes introduits dans l'estomac firent également périr un autre chien.
Appliquée sur la peau, la pulpe de racine de Bryone provoque une phlegmasie analogue à celle que déterminent la moutarde ou plutôt les renoncules.
Malgré son activité, qui pourtant est moindre que celle de la Coloquinte, la Bryone a été recommandée par M. Loiseleur-Deslongchamps comme l'un des purgatifs indigènes les plus sûrs, et placée par lui-même au même rang que ,1e jalap. Il a constaté qu'il faut, chez un adulte, l8',30à 2 grammes de poudre de racine de Bryone pour obtenir un effet purgatif bien marqué. L'effet est encore plus certain si l'on administre une infusion longtemps prolongée de 8 grammes de cette substance dans 180 grammes d'eau.
Les femmes, dans les campagnes, ont l'habitude de prendre, pendant quelques jours, des lavements faits avec la racine de Bryone, quand elles cessent de nourrir et qu'elles veulent tarir la sécrétion du lait dans les mamelles. (Barbier, Mat. méd., t. IIL)