MANNE
La Manne est un suc sucré, concreL, qui est fourni principalement par deux espèces de fr^.ne, le Fraxinus ornus L., et le Fraxinus rotundifulia Lam., arbres appartenant à la famille des Jasminées, polygamie diœcie de Linné. Ils croissent surtout en Sicile et en Calabre.
Le Fraxinus rotundifulia est extrêmement voisin de notre Fraxinus excetsior.
Un trouve dans le commerce plusieurs espèces de Manne :
1° La Manne en larmes, que l'on récolte au mois de juillet et d'août, en incisant l'écorce du frêne à Manne. Le suc se concrète, à la sortie de l'incision, surl'écoree mémo de l'arbre ou sur des brins de paille disposés à cet cfi'et; il forme en s'épaississant des larmes allongées ou des espèces de stalactites. C'est la Manne la plus pure et la plus blanche; elle a une saveur sucrée agréable, quoique un peu fade. Elle nous vient exclusivement de la Sicile.
2" La Manne en sorte, ou Manne commune, est composée de fragments agglutinés d'un jaune sale, impurs, possédant aussi une saveur sucrée, mais beaucoup plus fade que celle de la précédente; elle est même quelquefois nauséeuse. Cette Manne se distingue en Manne de Sicile ou Manne géracy, et en Manne de Calabre ou Manne capacy. Celle-ci contient de plus belles larmes et en plus grande quantité que la Manne géracy.
3» Enfln^ la Manne grasse, qui est encore plus impure que la Manne en sorte, et qui ne parait être autre chose que cette dernière, altérée par des circonstances ■quelconques.
D'autres plantes que les frênes fournissent de la Manne : le mélèze, Abies laryx L., donne la Manne de Briançon, de la-
quelle M. Berthelot a isolé un sucre particulier qu'il a nommé Metlilose. Une espèce de sainfoin de la Perse et de l'Asie Mineure, Y Hedisarum alhagi, fournit la Manne connue sous le nom d'alliagi.
Quelques espèces d'érables et de saules laissent aussi découler une Manne liquide constituée par un sucre analogue au sucre de canne.
Analyse. La Manne est composée de mannile, sucre incristallisable, avec gomme, matière gommeuse, matière azotée.
La mannile, qui est la partie purgative de la Manne, est une substance blanche, sans odeur, d'une saveur sucrée, douce; soluble dans l'eau, cristallisant par le refroidissement; peu soluble. On l'obtient en faisant chauffer la Manne en larmes au bain-marie, avec de l'alcool à 33° centigrades; on filtre la dissolution bouillante, et par le refroidissement de la mannite se dépose; on l'exprime, on la dessèche et on la pulvérise. La mannite est un produit constant de la fermentation visqueuse.
La mannite est purgative au môme de gré que la Manne.
Tablettes de Manne.
Pr. : Manne en larmes 64 gr.
Sucre 140
Gomme adragante. ... 2
Eau de fleurs d'oranger. 32
On triture la Manne avec le sucre, et l'on fait, au moyen du mucilage, des tablettes de 8 décigrammes.
La Manne entre dans la composition des pastilles de Calabre, où elle est associée à l'opium ; elle fait aussi partie des marmelades de Tronchin, de Zanelti, etc.
La Manne se dissout parfaitement dans l'eau ; et, comme son goût est Ibrt doux et très-analogue à celui du sucre, elle est un médicament précieux dans la thérapeutique des enfants.
Elle purge assez bien les enfants à la dose de 38 grammes, les adultes, à ceUe de 60 à 100 grammes.
La Manne se donne dissoute dans l'eau, dans le lait, dans divers liquides. On peut la faire entrer dans la composition des loochs blancs que l'on veut rendre laxatifs. Son action purgative se fait sentir assez tard ; mais elle se prolonge plus longtemps que celle des purgatifs salins, et même que celle de la plupart des purgatifs drastiques. Elle n'a pas non plus l'inconvénient de laisser après elle la constipation aussi sou-
vent que les médicaments purgatifs dont nous parlions tout à l'heure. Sous ce rapport, la Manne peut remplir certaines indications spéciales ; mais, à côté de ces avantages, elle a l'inconvénient de laisser aux malades de l'inappétence, des llatuosités et des coliques.
HUILE D'OLIVE, DE NOIX, D'AMANDES, etc.
Les Huiles d'Olive, de Noix, d'Amandes douces, de Culza, de Pavot, d'Arachide, etc., les corps gras, tels que le saindoux, le beurre en état de fusion,, et surtout le lait, sont employés comme laxatifs, mais seulement en lavements. Ils agissent, non pas par des propriétés stimulantes, mais seulement parce qu'ils ne sont pas absorbés et qu'ils favorisent le glissement et la sortie des matières fécales.
Toutefois, les Huiles d'Olive, de Noix, d'Amandes et de Pavot, prises par la bouche h la dose de 100 à 120 grammes, donnent lieu h une véritable indigestion, et purgent utilement.
M. Claude Bernard, à qui la physiologie doit des découvertes si intéressantes, a prouvé, dans un travail récent, que les huiles étaient digérées au moyen du suc pancréatique, qui les émulsionno et les
transforme, comme le feraient les alcalis, en acides gras et en glycérine. M. Bernarcf a prouvé d'ailleurs que cette action n'était pas due à l'alcali libre du suc pancréatique, de sorte que ce suc, rendu neutre, faisait éprouver au corps gras la même transformation.
Nous savons donc aujourd'hui que la digestion des substancesternaires, comme les fécules, commence dans la bouche.
Toutefois, Eberle et MM. Collin et Bérard ont démontré que l'émulsionnement des corps gras pouvait se faire sans le concours du suc pancréatique, puisque la lymphe est lactescente chez les animaux auxquels le pancréas a été enlevé. La digestion des fécules s'achève dans l'intestin grêle, celle des matières azotées se fait dans l'estomac, et celle des substances grasses dans l'intestin.