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EMPLOI DES PRÉPARATIONS MARTIALES DANS LES MALADIES EXTERNES

Les préparations martiales solubles sont généralement douées d'une propriété astringente plus ou moins forte. Elles chassent le sang des tissus avec lesquels on les met en contact, suppriment ou modifient les sécrétions, arrêtent ou tempèrent les hémorrhagies et généralement toutes les espèces de flux; en un mot, elles satisfont exactement aux indications diverses que l'on se propose ordinairement de remplir avec les substances dites astringentes. A cet égard, il importe d'établir ici une distinction. Tandis que les préparations insolubles sont de préférence

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conseillées h l'intérieur, les sels solubles, au contraire^ sont seuls employés dans la thérapeutique externe ; ce qui ne veut pas dire que ces derniers ne puissent aussi être administrés intérieurement.

Parmi les sels solubles les plus usités dans la thérapeutique externe, nous citerons surtout le sulfate, le chlorhydrate, l'acétate de peroxyde, et notamment le perchlorure, qui mérite de nous arrêter d'une manière plus spéciale.

PERCHLORURE DE FER.

Usage externe. — Le perchlorure de Fer a pris depuis quelques années une place importante dans la thérapeutique, soit à titre d'agent hémospasique, soit surtout comme hémostatique et astringent.

Personne n'ignore que c'est Pravaz qui le premier a eu l'idée de se servir du perchlorure de Fer en injections dans la cure des anévrismes.

Sansdoute, les premiers essais ont été loin d'être encourageants. Mais, depuis lors, ils paraissent avoir été moins malheureux : quelques demisuccès dans certains anévrismes, des succès plus complets dans le traitement des varices et des hémorrhoïdes, soit avec le perchlorure lui-même, soit avec l'acétate de peroxyde, tels ont été les résultats obtenus en dernier lieu; de manière que la méthode paraît avoir quelque chance de se relever de l'espèce de réprobation que des revers éclatants avaient de prime abord fait peser sur elle.

Des expérimentations ultérieures, faites avec prudence, sont donc nécessaires pour permettre de juger d'une manière définitive la valeur de cette grande question de thérapeutique chirurgicale. Si, d'ailleurs, la méthode des injections dans le traitement des maladies des vaisseaux artériels ou veineux vient à triompher des immenses obstacles qui l'ont arrêtée à sa naissance, l'honneur en reviendra à Pravaz d'abord, qui a pris à cet égard l'initiative, et ensuite à la chirurgie lyonnaise, qui poursuit son œuvre avec une intelligente persévérance.

Quoi qu'il en soit, si l'efficacité du perchlorure de Fer administré en injections dans les vaisseaux est encore problématique, il n'en est pas ainsi pour le même agent employé en applications externes.

Dans un mémoire présenté à l'Académie des sciences, en septemlire 1833, M. le docteur Pétrequin s'est appliqué à spécifier un grand nombre de cas dans lesquels le perchlorure de Fer, ou le perchlorure ferro-raaaganique, peut être utilement employé à l'extérieur.

Ainsi, dans les plaies qui donnent lieu à une hémorrhagie en nappe, il suffit, dit ce praticien, pour arrêter l'écoulement du sang, d'appliquer sur la surface saignante, préalablement lavée à l'eau froide, une compresse imbibée avec un mélange d'une cuillerée de la solution concentrée de perchlorure dans un verre d'eau. Si l'écoulement n'est pas arrêté, on réussira en ajoutant au mélange une seconde cuillerée de perchlorure.

La plaie est-elle inégale et irrégulière, on placera d'abord, avant la

^MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.

compre jjc, un tampon de charpie trempé dans le même liquide. Ce procédé peut encore suffire quand l'hémorrhagie provient d'une petite artère. On pourrait remplacer la charpie par un tampon d'amadou, d'éponge ou de hnge, qui servira en outre à comprimer le vaisseau lésé.

Dans les piqûres de sangsues qui, chez les enfants et certains sujets débiles, donnent lieu à des hémorrhagies inquiétantes, l'application d'un tampon de charpie ou d'amadou imbibé de perchlorure pur et maintenu avec le doigt suffit pour arrêter le sang à l'instant.

Ce moyen a réussi dans les cas d'épistaxis où le tamponnement et les autres hémostatiques avaient échoué.

Pour notre compte, nous ne connaissons rien de mieux pour arrêter les hémorrhagies dentaires, qui, dans quelques cas, se montrent, comme on sait, si réfractaires.

La solution de perchlorure de Fer a encore été proposée contre les tumeurs sanguines, les hémorrhoïdes, les fongus vasculaires.

M. le docteur Yvonneau (Bulletin de la Société d'Indre-et-Loire, 1854) cite un cas de tumeur fongueuse végétante du nez des plus rebelles, dans lequel il a obtenu un succès rapide et inespéré à l'aide d'une pommade faite avec 40 gouttes de perchlorure pour 1 gramme d'axonge. Une première application eut pour elfet d'arrêter le suintement sanguin ; la tumeur, desséchée et comme racornie, présentait une croûte d'un noir jaune qui se détacha au bout de quelques jours. Bientôt une nouvelle croûte ne tarda pas à se reformer et à se détacher, et ainsi successivement jusqu'à nivellement complet. Au bout de dix-huit jours, la cicatrisation était presque achevée.

Ce même médecin expérimenta la même pommade chez un malade pusillanime qui, quoique boiteux depuis plusieurs années par suite d'un ongle incarné, se refusait obstinément à toute opération sanglante. Un bourrelet énorme de chairs fongueuses recouvrait presque la moitié interne du gros orteil. On intercala deux fois le jour, entre la surface de l'ongle et la tumeur, quelques brins de charpie enduits de la pommade; on fit, en outre, des onctions dans tous les points où l'absence d'épiderme pouvait favoriser l'absorption. A deux jours de là, la presque totalité du bourrelet était racornie comme un morceau de cuir tanné, et la guérison paraissait devoir être très-prochaine.

La solution de perchlorure de Fer a déjà rendu de bons services dans diverses aifections des organes génitaux, notamment dans les métrorrhagies, la leucorrhée, la laxité des parois vaginales.

Ce moyen devait être naturellement dirigé contre les engorgements du col utérin, notamment contre ces états variqueux ou fongueux que, depuis quelques années, on est porté, un peu abusivement peut-être, à attaquer avec les caustiques et surtout avec le fer rouge ; et lorsqu'on voyait l'alun ou le tannin, appliqué topiquement, procurer souvent des guérisons, il était permis d'attendre beaucoup d'un médicament doué de propriétés si éminemment astringentes, résolutives et hémostatiques. Or les essais qui ont été tentés depuis quelques années ont complètement réalisé ces

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prévisions. Employée seule, ou mieux encore associée avec le collodion, la solution de perchlorure de Fer a donné, dans les cas spécifiés plus haut, un certain nombre de succès qui promettent à cet agent une place utile dans la thérapeutique des affections utérines.

Au dire de M. Pétrequin, le perchlorure est un excellent antiputriflc contre les plaies gangreneuses et les suppurations fétides; les lotions, avec la solution plus ou moins étendue, leur enlbvent rapidement leur mauvaise odeur : propriété importante pour l'hygiène des hôpitaux.

Depuis quelques années, un grand nombre de médecins, entre autres les docteurs Bourot et Salleron, ont étudié avec le zèle le plus louable les propriétés désinfectante et antiputride du perchlorure de Fer ; aussi est-il permis d'affirmer que les excellents résultats obtenus dans les affections purulentes et putrides, dans toutes les plaies de mauvaise nature, et particulièrement dans la pourriture d'hôpital, assurent désormais à cet agent une place importante dans la pratique chirurgicale, surtout dans la chirurgie militaire. A cet égard', on peut dire que le perchlorure de Fer peut rivaliser avec les désinfectants et les antiputrides le plus en réputation, telles que les préparations iodées.

Ajoutons que le perchlorure a encore été utilisé pour modifier un grand nombre d'affections scrofuleuses rebelles, soit de la peau, soit des membranes muqueuses, et que M. Bazin, entre autres, en obtient de grands avantages dans certaines scrofulides malignes. Le même moyen a été également employé avec succès dans quelques maladies parasitaires, toiles que la mentagre, la teigne, l'acné.

Il est une dernière application à l'extérieur du perchlorure de Fer qui mérite une mention toute spéciale : nous voulons parler de cet agent considéré comme moyen préservatif de la syphilis.

C'est à M. le docteur Rodet, médecin distingué de Lyon, qu'est due cette application nouvelle, application qui peut acquérir une portée immense, si l'avenir vient h confirmer les résultats annoncés, et surtout à réaliser les grandes espérances que ces résultats ont fait naître.

Disons d'abord que le perchlorure de Fer, quel que soit son degré de concentration, ne suffit pas à lui seul pour constituer ce préservatif, mais qu'il est nécessaire, pour lui conférer une efficacité complète, de lui adjoindre un acide libre, tel que l'acide chlorhydrique, ou, mieux encore, l'acide nitrique.

M. Burin du Buisson, qui a étudié avec soin l'action du perchlorure, au point de vue de ses effets chimiques, explique la nécessité de cette adjonction de la manière suivante : Quand on applique sur des piqûres d'inoculation le perchlorure de Fer, ce sel a pour effet immédiat de former un coagulum dans les parties albumineuses du sang, et ce coagulum faisant office de bouchon ne permet pas au liquide préservateur de pénétrer assez profondément dans l'épaisseur des tissus contaminés pour atteindre et détruire complètement le virus. Or, l'addition d'un acide vient précisément lever cet obstacle en redissolvant le coagulum et en favorisant la

MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.

pénétration du perchlorure dans tous les replis des membranes muqueuses et dans l'intérieur des tissus sur lesquels il a été appliqué.

D'après le même chimiste, le perchlorure préserve, non parce qu'il ^autérise à un degré quelconque, mais bien parce qu'il coagule : il préserve en faisant obstacle à la résorption du virus, en attirant du dedans au dehors les liquides albumineux répandus au pourtour du point inoculé, et en les coagulant à mesure qu'ils y affluent. De cette manière, le virus, se trouvant pris et comme emprisonné au sein des coagulums albumineux^ serait tout d'abord neutralisé, détruit même et bientôt éliminé.

Que le liquide préservateur inventé par M. Rodet agisse comme coagulant ou comme caustique, c'est une question que nous n'avons pas h décider. Voici, d'ailleurs, la formule qui, après de longs tâtonnements, a paru la meilleure et la plus efficace :

Eau pure 24 grammes.

Perchlorure de Fer liquide îi 30». ... 12 Acide chlorhydrique, ou, mieux encore,

Acide citrique 4

On comprend que nous ne pouvons nous engager ici dans les détails des expériences qui ont été répétées en très-grand nombre dans les hôpitaux de Lyon ; mais nous devons dire qu'en présence des résultats à peu près constants de ces expériences, il paraît démontré que le liquide Rodet possède la propriété de neutraliser le virus syphilitique introduit par inoculation, et d'empêcher le développement des accidents consécutifs. Nous ajouterons en passant que les mêmes effets ont été obtenus sur le virus-vaccin.

Mais ce moyen sera-t-il aussi efficace et aussi sûrement préservateur lorsqu'il s'agira de l'employer à la suite de rapports sexuels suspects ? Assurément on ne peut nier que les résultats déjà obtenus ne soient de nature à donner des espérances ; mais, d'autre part, on nous accordera que, dans une question de cette gravité, il serait téméraire de se prononcer avant qu'une longue et sévère expérience n'ait jugé en dernier ressort. On comprend, d'ailleurs, que, dans cette application particulière, la vertu du remède n'est pas tout, et que le succès doit être subordonné à bien des conditions tout à fait indépendantes du remède lui-même.

"Voici, d'ailleurs, quel est le mode d'application du préservatif, tel qu'il est conseillé par son inventeur.

Le plus promptement possible, après le coït suspect, il convient de faire un lavage avec un mélange d'eau et du liquide préservateur, dans la proportion d'une cuillerée à bouche du liquide pour un à deux verres d'eau. Puis, immédiatement après, on imbibe de la charpie ou un linge avec le liquide pur ; on le laisse appliqué un quart d'heure sur les parties supposées contaminées, en ayant soin que le liquide pénètre et s'insinue dans tous les replis de la peau et de la nmqueuse. Pendant l'application du linge, on pratique une injection avec le mélange, indiqué ci-dessus»

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d'eau et de liquide préservateur. Puis, on termine par un dernier lavage à l'eau froide.

L'emploi de ce moyen sera sans contredit plus facile et plus sûr chez l'homme que chez la femme; mais il n'en sera pas moins applicable chez la femme, soit sous forme d'injections dans le vagin avec le mélange indiqué, soit avec le liquide pur, au moyen d'un linge maintenu en contact pendant un certain temps entre les grandes et les petites lèvres.

En résumé, à supposer que ce préservatif ne donnât pas tout ce que l'enthousiasme a pu en attendre, et qu'il fût impuissant à réaliser, dans un avenir plus ou moins éloigné, le beau rêve de la suppression définitive de la syphilis, M. Rodet ne laisserait pas que d'avoir rendu à l'humanité un signalé service si, grâce au préservatif lui-même et au système de précautions que son emploi nécessite, on arrivait seulement à diminuer d'une manière notable les chances de propagation de ce terrible fléau.

Nous ne devons pas, d'ailleurs, terminer ce sujet sans ajouter que M. Rodet propose son liquide chloruro-ferrique non-seulement comme prophylactique delà syphilis, mais comme moyen curatif de cette même maladie. Ainsi, d'après ses expériences, le liquide modifierait les chancres simples et même les chancres indurés avec une rapidité vraiment remarquable : il leur ferait perdre quelquefois en vingt-quatre heures la propriété de sécréter du pus virulent.

Voilà assurément des résultats dignes de toute l'attention des médecins et dont nous appelons de tous nos vœux la confirmation.

Après la syphilis, il était tout naturel d'appliquer le chlorure ferrique à d'autres maladies virulentes, et l'on n'y a pas manqué. Ainsi, M. Rodet lui-même institua, avec le concours de son frère, vétérinaire distingué de Lyon, une série d'expériences ayant pour but la destruction du virus rabique et du virus morveux introduits par inoculation, et il paraîtrait avoir obtenu à l'aide de son liquide des résultats assez concluants.

Mais à l'égard de la rage, la prudence nous commande de faire ici nos réserves ; et jusqu'à complète démonstration, mieux vaudra, en cas de morsures, recourir d'abord à la cautérisation par le fer rouge, et puis, s'il y a lieu, il n'y aura qu'avantage à faire pénétrer le perchlorure liquide dans les anfractuosités des plaies que le fer rouge est souvent impuissant à atteindre.

Nous mentionnerons encore l'application du liquide préservateur aux venins, notamment au venin de la vipère ; mais on comprend qu'ici le succès ne pourra être obtenu qu'autant que l'application serait faite presque immédiatement après la morsure, attendu la rapidité tout exceptionnelle avec laquelle se fait ici l'absorption.

Au contraire, l'utilité de ce même moyen aura des chances bien plus favorables contre les piqûres des insectes, tels que cousins, guêpes, abeilles ; et son emploi surtout ne saurait être trop recommandé contre les piqûres de certaines mouches qui donnent lieu si souvent, pendant l'été, aux affections charbonneuses.

MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.

Enfin, nous ne devons pas taire que M. le docteur Pétrcquin recommande tout particulièrement contre les piqûres anatomiques le liquide préservateur de M. Rodct, qui, s'il était adopté dans les salles de dissection, lui paraîtrait appelé à conjurer bien des malheurs parmi la jeunesse médicale.

Usage interne. — Si depuis quelques années les applications du perchlorure de Fer à l'extérieur ont pris une grande et utile extension, on peut dire que les applications de ce même médicament à l'intérieur n'ont pas reçu un moindre accroissement.

Il y aurait injustice assurément à ne pas reconnaître la part considérable qui, dans ces applications nouvelles, revient à M. le docteur Deleau. Mais s'il a le mérite d'avoir signalé, un des premiers, les avantages réels qu'on peut retirer du perchlorure de Fer dans un certain nombre de maladies internes, peut-être, d'un autre côté, dans l'entraînement de son zèle, n'a-t-il pas su toujours se défendre de l'exagération et de l'illusion.

Il était naturel que le perchlorure de Fer, si utile comme hémostatique, fût appliqué au traitement des hémorrhagies internes. En effet, dès le principe, on l'employa dans les hémoptysies, dans les gastrorrhagies et dans certaines hémorrhagies intestinales.

Les résultats qu'on en obtint, dans ces divers cas, furent souvent avantageux, et plus tard ils le devinrent encore davantage, lorsqu'on eut appris à administrer le remède en temps opportun, c'est-à-dire le plus possible en dehors du molimen hémorrhagique, surtout quand on a affaire aux hémoptysies actives.

Peu à peu l'usage de ce moyen fut étendu à la plupart des grandes hémorrhagies internes; ainsi on y a journellement recours dans les métrorrhagies, soit essentielles, soit même symptomatiques de lésions organiques diverses, et l'on ne peut nier que, dans ces différentes conditions, il ne rende de très-utiles services.

Nous pouvons en dire autant pour la leucorrhée, pour la blennorrhagie à sa période de déclin, et pour un grand nombre d'affections des membranes muqueuses, qui s'accompagnent de flux sanguins ou muqueux.

C'est ainsi que nous-mêmes nous avons eu occasion d'employer le perchlorure avec succès dans certains cas de dysenterie grave, à une période déjà assez avancée, et alors que les moyens le plus ordinairement usités dans cette maladie avaient complètement échoué.

Il est une autre affection hémorrhagique où le perchlorure jouit d'une efficacité particulière : nous voulons parler du purpura, soit purpura simpkx, soit purpura hœmorrhagica.

Il y a toutefois à l'égard du purpura simplex une distinction à établir. Ainsi, d'après M. Devergie, si le purpura se présente sous la forme de plaques irrégulières, diffuses, toujours d'une dimension assez grande, si surtout il a une marche soutenue et uniformément progressive, le perchlorure triomphe assez rapidement de la maladie. Mais il n'en est plus

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de même dans une autre variété de purpura simplex, avec taches ordinairement lenticulaires ou pétéchies assez circonscrites et se manifestant sous forme de poussées successives. Ici le médicament peut bien encore avoir pour effet d'abréger un peu chaque poussée hémorrhagique, mais il n'empêche pas les récidives ou les poussées ultérieures, et finalement il n'exerce qu'une très-faible influence sur le mode d'évolution et sur la durée totale de la maladie.

Tout au contraire, dans le purpura hœmorrhagica, affection plus profonde et plus grave, caractérisée surtout par des flux hémorrhagiqucs sur diverses surfaces muqueuses, le perchlorure de Fer possède une remarquable efficacité. A cet égard, les observations de M. Fize, de Montélimart, et d'un certain nombre d'autres praticiens, paraissent bien concluantes.

Toutefois, ce serait une grave erreur que de vouloir, sur la foi de ces premiers succès, attribuer à ce remède une sorte d'infaillibilité. En effet, il faut bien savoir que cette maladie, tout en se présentant sous les mêmes apparences, peut être au fond très-différente d'elle-même; il ne faut pas oublier surtout qu'avec ou sans telle ou telle médication, tantôt elle guérit avec une facilité merveilleuse, tantôt, au contraire, on la voit marcher invinciblement vers une terminaison fatale. Aujourd'hui, l'on n'en est plus à attendre des faits pour démontrer l'insuffisance du prétendu spécifique contre ces formes réfractaires du purpura hœmorrhagica.

A titre de préparation martiale, le perchlorure devait tout naturellement jouer un certain rôle dans le traitement de l'anémie et de la chlorose. Il est bon de rappeler qu'à la fin du siècle dernier, ce médicament, associé à la liqueur d'Hoffmann, avait joui d'une grande célébrité, et que, sous le nom de teinture de Destuchef, il passait pour faire des cures merveilleuses, comme tonique et comme antispasmodique. Des expériences nouvelles ont, en effet, démontré l'efficacité des préparations perchloruro-ferriques, dans les affections caractérisées par l'appauvrissement du sang. Aussi, en sa double qualité de reconstituant et d'astringent, ce remède nous paraît devoir trouver son indication toute spéciale dans la chlorose de forme ménorrhagique. A ce titre, le même moyen rendra encore d'utiles services à un certain nombre déjeunes filles récemment réglées, chez lesquelles on voit les premières époques menstruelles se manifester sous la forme de véritables pertes.

Dans ces conditions, nous avons eu plus d'une fois l'occasion de constater les bons effets de la solution de perchlorure de Fer, employée pendant la crise hémorrhagique, tandis que, dans les intervalles, nous avons recours à la poudre de quinquina, comme moyen de régulariser l'établissement de la fonction nouvelle et de prévenir de nouveaux accidents aux époques ultérieures.

Il nous reste à parler maintenant de l'application du perchlorure de

lAlÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.

Fer à la diphthérie. En raison de son intérêt tout spécial, cette question exige que nous lui consacrions quelques développements.

C'est à M. le docteur Aubrun que revient, à cet égard, tout le mérite de l'initiative ; nous devons ajouter même que, grâce à une expérimentation poursuivie avec habileté et persévérance, notre honorable confrère a su faire sortir de cette application particulière toute une nouvelle méthode de traitement du croup et de l'angine couenneuse, qui n'est peut-être pas sans avenir.

Voici en quoi consiste cette méthode.

Si l'oa a affaire, dès le début, à la diphthérie pharyngienne, on commence par toucher l'arrière-gorge avec une éponge imbibée d'une solution aqueuse de perchlorure de Fer, plus ou moins concentrée. A cet égard, peut-être la liqueur du docteur Rodet devrait-elle mériter la préférence. Cette opération a pour but immédiat de faciliter la respiration en débarrassant l'arrière-gorge des concrétions pseudo-membraneuses, et, en même temps^, elle agit comme substitutif sur les parties malades. On devra y revenir plus ou moins, suivant la gravité de l'affection locale, et surtout suivant la facilité plus ou moins grande des fausses membranes à se détacher.

Ici nous devons dire toutefois que, contrairement à l'opinion commune et à la pratique généralement adoptée, M, Aubrun n'accorde aux applications topiques qu'une utihté très-secondaire, et qu'il n'insiste guère sur leur emploi ; mais nous ne saurions partager cette manière de voir, qui est trop exclusive. Pour lui, tout le traitement, ou à peu près, consiste dans l'usage du perchlorure de Fer à l'intérieur.

11 attache, d'ailleurs, une très-grande importance au mode d'administration.

S'il s'agit d'un enfant, on met 20 gouttes de perchlorure liquide à 30° dans un verre d'eau froide. Le malade devra boire uné gorgée de cette solution (environ deux cuillerées à café) de cinq minutes en cinq minutes dans l'état de veille, et de quart d'heure en quart d'heure pendant l'état de sommeil. Immédiatement après chaque ingestion du médicament, on fait avaler a. l'enfant une gorgée de lait froid, non bouilli, sans sucre.

M. Aubrun recommande de continuer ce traitement avec une régularité scrupuleuse pendant plusieurs jours de suite, sans même respecter le sommeil pendant les trois premiers jours, au moins dans les cas tout à fait graves. 11 donne pour motif de cette insistance que c'est seulement à la fin du troisième jour que les fausses membranes commencent, en général, à se ramollir et à se détacher.

Il faut d'ailleurs avoir la précaution d'administrer la solution perchloroferrique dans un verre ou dans une tasse de porcelaine, et non dans une cuiller ou un vase en métal, afin de prévenir la décomposition du médicament. Pour la même raison, il importe également d'éviter toutes les boissons, ainsi que toutes les substances médicamenteuses ou alimentaires susceptibles d'opérer cette décomposition, et plus particulièrement les

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substances contenant du tannin. En résumé, pendant les quatre ou cinq premiers jours, le traitement se borne presque exclusivement à la solution de perchlorure, variant de 20 à 40 gouttes par verre d'eau (suivant l'âge des malades), et au lait froid. En général, dans la période de vingt-quatre heures, un malade peut prendre de sept à dix verres de la solution (1 litre 1/2 à 2 litres) et à peu près autant de lait, ce qui fait de 140 à 360 gouttes au moins de perchlorure en vingt-quatre heures. M. Aubrun recommande d'ailleurs que le traitement soit toujours commencé le plus près possible du début de l'affection diphthéritique, si l'on veut plus facilement l'enrayer dans sa marche et obtenir plus sûrement la guérison.

A l'appui de ce nouveau traitement, M. Aubrun présente les résultats suivants, qu'il doit tous à sa propre pratique :

Dans l'espace de trois années, il a eu l'occasion de l'appliquer chez 39 malades.

Sur ces 39 malades, il a obtenu 35 guérisons, dont 2 seulement avec trachéotomie.

Ces 35 guérisons ont été ainsi distribuées :

25 diphthéries pharyngiennes dès le début 23 guérisons.

5 diphthéries pharyngiennes et cutanées dès le début. . . 5 —

„ , ' ■ ^ • , . ( 3 dès le début. 3 —

9 diphthéries pharyngiennes, laryngées, >njne ériode

généralisées, graves ] j P^""'*^'

> o i déjà avancée. 2 —

Ces deux dernières guérisons ont été obtenues à l'aide de la trachéotomie [Union médicale, 22 décembre 1860).

Voilà des résultats assurément des plus remarquables et qui ne peuvent que prévenir en faveur de la nouvelle médication.

Nous n'ignorons pas d'ailleurs que cette même médication a été mise en pratique par un certain nombre de médecins, tant de Paris que de la province, et que plusieurs ont eu également à s'en louer. Nous pouvons ajouter que l'un de nous, tout dernièrement, a eu l'occasion de l'employer chez une petite flUe gravement atteinte, et qu'il en a obtenu ua très-beau succès.

Parmi les médecins qui, après M. Aubrun, se sont le plus occupés de cette intéressante question de thérapeutique, nous citerons tout particulièrement M. le docteur Isnard (de Saint-Amand). A notre avis, cet honorable confrère a surtout le mérite d'avoir très- nettement saisi et trèsjudicieusement apprécié le mode d'action du perchlorure de Fer dans la diphthérie. Nous ajouterons qu'en faisant connaître la véritable manière d'agir de ce médicament dans cette affection particulière, il aura de plus aidé à comprendre la raison de son efficacité dans un certain nombre d'autres maladies oii il était employé, avec plus ou moins de succès, mais d'une façon tout empirique.

M. Isnard reconnaît au perchlorure de Fer une triple action qu'il résume ainsi :

1° Action sur le sang, dont il plastifie plus ou moins les éléments

MEDICAMENTS RECONSTITUANTS.

fibrino-albumineux, et les met ainsi dans l'impossibilité de transsuder à travers la muqueuse respiratoire ; plus tard, dans les cas infectieux, à travers les parois des tubes urinifères, les solutions de continuité cutanées, les séreuses, etc.

2° Action sur la muqueuse respiratoire, dont il plastifie aussi les éléments fibrino-albumineux et resserre la trame organique. Par cet efTet, la muqueuse devient incapable de se laisser traverser par les principes albuminoïde^ du sang.

3° Action tonique, corroborante sur le système nerveux, action essentielle pour la plupart des médecins, incontestable assurément, mais trèssecondaire dans le traitement immédiat du croup.

En s'appuyant sur les résultats déjà acquis, et peut-être plus encore sur la considération de cette triple influence, M. Isnard n'hésite pas à considérer le perchlorure de Fer comme l'espoir thérapeutique du croup, dont il serait en quelque sorte le spécifique.

Toutefois l'auteur se hâte d'expliquer comment il entend ici la spécificité : le perchlorure de Fer n'est point, dit-il, un spécifique anti-diphthérique dans toute l'acception médicale du mot; mais il prévient l'intoxication. Il ne détruit point l'infection déjà existante, mais il l'arrête dans ses progrès toujours croissants, et rend ainsi à l'organisme la faculté de réagir, et de se débarrasser avec ses propres forces et par ses émonctoires naturels des principes toxiques qu'il renferme. {Union médicale, septembre 1859.)

Cette interprétation, sans être tout à fait complète, nous paraît rationnelle et vraie; tout au moins elle a le mérite de réserver ses droits à l'organisme vivant et même de lui faire une importante part dans une question spéciale de thérapeutique où la chimie moderne aie tort de croire son intervention seule admissible, et le vitalisme tout à fait hors de cause.

Nous devons encore une mention à une tentative semblable, antérieure même à celle de M. Aubrun, et dans laquelle le perchlorure de Fer a été employé d'une manière purement topique. C'est un praticien distingué de Paris, le docteur Jodin, qui, ayant suivi avec beaucoup de soin et d'assiduité les études de M. Bazin sur la teigne, et frappé de la propriété contagieuse de la fausse membrane, s'est demandé si la fausse membrane ne serait pas composée essentiellement par un parasite.

Le docteur Jodin a, en effet, rencontré des spores et des tubes parasitaires dans les fausses membranes de la gorge et de la trachée. Malheureusement, si le fait est vrai, il est à craindre que l'interprétation n'en soit pas exacte. Le docteur Jodin rapporte lui-même fidèlement qu'il a rencontré les mêmes parasites dans la bouche, alors que les malades étaient atteints d'autres affections. 11 en résulte que ces spores ne caractérisent pas plus les fausses membranes que le muguet ne caractérise la phthisie.

Ce qu'il faut garder des observations du docteur Jodin, c'est que la cautérisation des fausses membranes par le perchlorure de Fer a été très-utile. 11 faut seulement, pour en assurer l'efficacité, exercer une certaine près-

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sion sur la fausse membrane pour qu'elle s'imprègne bien du liquide, et la cautériser dans son entier.

En résumé, tout en tenant compte des premiers succès donnés par la nouvelle méthode de traitement de la diphthérie, nous devrons laisser au temps le soin de prononcer déflnitivement sur sa véritable valeur thérapeutique.

On ne saurait, d'ailleurs, qu'être favorablement disposé pour une méthode qui se recommande par une si grande simplicité, et môme, malgré la saveur désagréable du percblorure de Fer, par une si remarquable facilité d'application.

En effet, si, d'une part, le traitement interne consiste uniquement dans l'administration d'un seul médicament et d'une seule boisson alimentaire, on a vu, d'autre part, que le traitement topique, supprimant toute cautérisation proprement dite, se réduisait à quelques applications aussi restreintes qu'inoffensives. Que si donc l'expérience ultérieure venait à reconnaître à cette méthode, simple et facile, une efficacité incontestable, il y aurait assurément à s'en féliciter comme d'un heureux progrès accompli dans la thérapeutique du croup et de l'angine couenneuse.

Dans notre précédente édition, alors que le médicament dont nous venons de traiter était encore assez récemment introduit dans la thérapeutique, nous terminions notre article par les lignes suivantes : « En résumé, le percblorure de Fer est devenu une acquisition précieuse pour la thérapeutique. En raison des propriétés toutes spéciales dont il est éminemment doué, cet agent mérite qu'on continue à l'expérimenter avec soin et persévérance. Les bons résultats qu'il a déjà donnés autorisent à fonder sur lui de très-légitimes espérances. »

Après le long exposé que nous venons de faire des nouvelles et importantes applications du percblorure de Fer, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, il peut nous être permis de faire remarquer que notre confiance n'était pas illusoire. Or, si le passé peut répondre de l'avenir, nous oserons dire que ce même médicament, après avoir beaucoup donné, peut donner beaucoup encore. En effet, combien il reste d'essais à tenter, combien de vérifications à poursuivre, — essais autorisés par une suffisante analogie, — vérifications commandées par les résultats encourageants déjà obtenus !

Parmi les maladies où le percblorure de Fer, en raison de ses propriétés éminemment plastifiantes et reconstitutives, peut autoriser des essais et légitimer môme quelques espérances, nous citerons les érysipèles graves, les infections purulentes, quelques formes d'hydropisie, l'albuminurie, le diabète, la suette miliaire, etc., maladies assurément très-dissemblables, mais reliées entre elles par une condition générale commune, soit une lésion des fonctions sécrétoires, soit une altération primitive ou consécutive du sang.

Nous y ajouterions encore certaines affections générales, principa-

MEDICAMENTS RECONSTITUANTS.

lement caractérisées par un état de dissolution profonde de la masse sanguine, et presque nécessairement mortelles, telles que les varioles de forme hémorrhagique et les diverses affections typhiques revêtant également cette forme redoutable.

Nous n'exclurions même pas de ce programme un certain nombre d'affections organiques, arrivées à la période de cachexie, et tirant toute leur gravité actuelle, soit de l'état d'altération générale du sang, soit de flux séreux ou sanguins concomitants, — affections organiques qui, sans trouver dans le perchlorure de Fer un moyen spécifiquement approprié à leur nature propre, ne laisseraient pas que de bénéficier, dans certaines limites, des propriétés de ce précieux remède, considéré comme tonique et comme coagulant.

Mais hâtons-nous, toutefois, d'ajouter que, dans toutes ces expérimentations, il ne doit entrer ni parti pris d'avance ni esprit d'engouement; autrement, le perchlorure de Fer, transformé bientôt en une sorte de remède universel, serait exposé à partager le sort de tant d'autres moyens utiles qui, pour avoir été exaltés au delà de toute mesure, ont fini par tomber dans le discrédit et l'abandon.

MODE d'administration ET DOSES DES PRÉPARATIONS FERRUGINEUSES.

Le Fer métallique, le Fer réduit par l'hydrogène, les oxydes, les sels insolubles dans l'eau se donnent en poudre, en pilules, dans un électuaire, à la dose de o centigrammes à l gramme, deux ou trois fois par jour, pendant le repas.

Le Fer réduit par l'hydrogène demande ici une mention particulière, en raison de sa valeur propre et des études intéressantes que M. Quévenne a faites sur cet agent médicamenteux. Ce chimiste distingué a prouvé, par des expériences sur les animaux, que le Fer réduit par l'hydrogène introduit beaucoup plus de métal, h l'état de dissolution, dans le suc gastrique, que certaines préparations ferrugineuses solubles les plus usitées, telles que le protosulfate, le tartrate ferrico-potassique, etc., sans parler surtout d'autres préparations insolubles (comme le safran de mars) qui sont plus difficilement attaquées par les acides faibles.

Ce résultat particulier a cela d'instructif qu'il tendrait à faire révoquer en doute cette opinion, assez généralement admise, savoir : que les préparations de Fer insolubles par elles-mêmes (œthiops martial, limaille, etc.) sont moins actives et moins efficaces que celles qui sont naturellement solubles; opinion, d'ailleurs, que pour notre compte nous avons toujours hautement combattue.

D'autre part, il ne suffirait pas assurément d'avoir déterminé la quantité pondérable de Fer qui se trouve dissoute dans le suc gastrique, pour connaître la valeur thérapeutique du Fer réduit, non plus que de toute autre préparation ferrugineuse, soit soluble, soit insoluble. En effet, bien que cette dissolution du Fer dans le suc gastrique soit la condition préa-

FER

lable sine quâ non de l'absorption, il n'en résulte pas, d'une manière rigoureuse, que l'absorption aura nécessairement lieu, ou devra s'emparer de toute la quantité de métal dissoute.

A défaut de recherches précises de physiologie expérimentale, qui n'ont encore rien démontré de positif à cet égard, au dire môme de M. Cl. Bernard, et qui n'ont pas encore permis d'établir rigoureusement la valeur thérapeutique de chaque composé ferrugineux, M. Quévenne a dû s'en référer à la clinique.

Or, pour ce qui concerne le Fer réduit par l'hydrogène, des observations assez concluantes, faites sur un certain nombre de chlorotiques, lui ont appris qu'il suffît d'administrer le Fer sous cette forme à doses extrêmement petites , pour obtenir les effets thérapeutiques ordinaires des ferrugineux.

Les doses les plus convenables lui ont paru être de 20 à 30 centigrammes par jour. A dose moindre, comme 10 centigrammes, les progrès de la guérison sont lents. A dose plus forte, comme 40 ou 50 centigrammes, on n'a pas observé d'inconvénients; mais, d'autre part, il ne semble point qu'il y ait eu d'avantage pour les malades. Associé au chocolat, et surtout sous la forme de pastilles, le Fer réduit constitue une préparation commode pour les enfants.

Le sulfate de Fer n'est employé dans la thérapeutique interne que très-exceptionnellement : l'estomac ne s'accommode pas facilement de son extrême astringence. Nous devons dire, toutefois, qu'en raison de cette propriété même, quelques praticiens ont cru lui reconnaître des avantages. Ainsi, M. le docteur Costes, de Bordeaux, affirme s'être bien trouvé du sulfate de Fer dans certains cas d'atonie et d'inertie de l'estomac, et dans certaines hémorrhagies passives avec anémie, surtout lorsqu'il y a complication d'un flux séreux intestinal ou utérin.

En lotions, en injections vaginales, le sulfate de Fer se prescrit à la dose de 10 à 25 grammes pour 1 kilogramme d'eau.

En bains, à la dose de 500 à 700 grammes par 2 hectolitres d'eau.

Ces bains sont administrés avec avantage dans quelques chloroses et dans un certain nombre de maladies chroniques accompagnées d'un état anémique et d'une grande débilité, et oîi le fer à l'intérieur est mal supporté.

Le sous-acétate de Fer est employé également pour bains entiers, bains de siège et iiTigations. Voici un procédé économique de préparation recommandé par M. Lambossy, de Nyon : vinaigre, 1 litre; 3 cà 4 poignées de limaille ou mieux de tournure de Fer. On laisse la bouteille ouverte. La réaction, est terminée quand le liquide a pris le goût d'encre. Une bouteille est nécessaire pour un bain. Ces bains divers rendront des services dans les maladies chroniques de l'utérus, et notamment dans les leucorrhées accompagnées d'une débiUté générale.

Perchiorure de Fer. — Pour l'usage externe, on se sert d'une solution concentrée, marquant de 40 à 4o°B. On L'emploie pure, pour toucher

MÈDICAiMENTS RECONSTITUANTS.

les parties malades sur lesquelles on veut exercer une action coagulante énergique et même caustique.

En applications sur des surfaces saignantes, comme pour arrêter les épistaxis, ou pour modifier des plaies de mauvais caractère, on étend cette même solution dans un huitième, un quart et même dans moitié d'eau, suivant le degré d'action astrictive ou coagulante qu'on veut obtenir.

En injections dans le vagin, pour combattre les pertes de sang ou la leucorrhée, soit encore pour rendre à ce canal sa tonicité, on met 8 à 12 grammes de la solution h 40° dans 500 grammes d'eau.

Enfin, on a préparé une pommade au perchlorure de Fer, contenant 2 grammes de solution à 30" pour 30 grammes d'axonge.

11 importe de ne pas oublier, dans l'usage de toutes ces préparations à l'extérieur, que le perchlorure, plus encore que les autres préparations ferrugineuses, a l'inconvénient de tacher fortement le linge.

Pour l'usage interne, le perchlorure de fer, en solution marquant 30% se donne dans une potion à la dose de 1 à 3 et même A grammes, pour les usages ordinaires, par exemple dans les diverses affections hémorrhagiques internes, soit hémoptysies, gastrorrhagies ou métrorrhagies, etc. Nous avons vu que, dans le traitement du croup et de l'angine couenneuse, le perchlorure est administré de préférence dans un verre d'eau pure à la dose de 20 à 40 gouttes. On peut sans inconvénient, dans cette circonstance, en faire prendre à un enfant de 140 jusqu'à 360 gouttes en vingt-quatre heures, et cela pendant quatre à cinq jours. Mais, pour que ce médicament soit bien toléré par les voies digestives, il importe que la préparation de perchlorure soit parfaitement neutre et inaltérable; ce n'est d'ailleurs qu'à cette double condition qu'on peut obtenir de ce médicament toute son efficacité.

On a préparé aussi des pilules au perchlorure de Fer contenant chacune 5 centigrammes de solution à 30°. Ces pilules sont administrées principalement dans l'anémie et la chlorose de forme ménorrhagique, à la dose de deux à six par jour.

Le sirop de perchlorure peut se donner, dans les mêmes circonstances, à la dose d'une à quatre cuillerées par jour.

La. teinture de Uesluchef est particulièrement conseillée aux femmes qui ont des accès hystériques liés à un état de chlorose.

Le tartrate ferrico-potassique se donne à l'intérieur, en pilules, aux mêmes doses que le Fer métallique; parmi les préparations solubles, c'est peut-être celle qui est le mieux supportée, et qui a l'avantage de causer le moins de constipation.

Veau gazeuse martiale tartrique, dont nous avons indiqué la préparation (p. 7), est donnée à la dose d'une demi-bouteille à une bouteille par repas.

Les boules de mars servent surtout pour l'usage externe. On les fait dissoudre dans l'eau. Cette solution était jadis employée dans le traitement des contusions, des entorses, etc., etc.

FER

Le vin chalybé, particulièrement conseillé dans les convalescences dos fièvres intermittentes ou des maladies qui ont nécessité d'abondantes évacuations sanguines, se donne, à l'heure des repas, à la dose de 100 è 200 grammes par jour.

La teinture de mars tartarisée se donne dans les potions ; lorsqu'il s'agil seulement de combattre une diarrhée chronique ou un état de cachexie peu prononcé, la dose est de 2 à 10 grammes dans le courant de la journée.

Le proto-iodure de Fer, recommandé dans le traitement interne et externe de la scrofule et dans certaines formes de phthisie pulmonaire, doit peut-être plus, ainsi que nous l'avons dit, son efficacité à l'iode qu'au Fer lui-même. Dans la leucorrhée purement catarrhale, il rend journellement d'utiles services. 11 se donne, à l'intérieur, à la dose de 5 à2o centigrammes par jour, et pour injections ou lotions, à celle de 25 à 40 centigrammes pour 30 grammes d'eau distillée.

En bains, on le prescrit à la dose de 60 grammes pour 200 litres d'eau.

Le citrate de Fer a pris dans ces derniers temps assez de faveur. On le donne en pastilles, en pilules, à la même dose que le sulfate et le tartrate ; en sirop, à la dose de 50 à 100 grammes par jour.

Leciti'ate de Fer et de quinine, récemment découvert par M. Béral, h qui la pharmacie et la thérapeutique doivent d'égales actions de grâces pour les beaux travaux qu'il a tentés sur les préparations ferrugineuses, est conseillé avec avantage dissous dans du vin de Madère, dans les convalescences des fièvres intermittentes, dans les cachexies, chez les chlorotiques dont l'estomac est profondément débilité. Ce sel sera prescrit à la dose de 5 à 30 centigrammes à chaque repas.

Le lactate de Fer se donne sous forme de pastilles, de pilules, de sirop, de saccharures, à la dose de 5 centigrammes à 1 gramme par jour, dans les mêmes conditions que le tartrate ferrico-potassique.

Le bleu de Prusse (cyanure double de Fer, cyanure ferroso-ferrique, ferro-cyanure de fer) se donne à la dose de 1 à 5 centigrammes par jour, soit comme fébrifuge, soit comme moyen de combattre l'épUepsie.

Si maintenant nous voulons établir une sorte de comparaison entre quelques-unes des principales préparations martiales et faire ressortir certains avantages qui appartiennent plus spécialement à chaque composé ferrugineux, et si, à cet égard, il nous est permis d'admettre comme fondées les opinions qui ont cours dans la science, nous dirons :

Que le lactate de Fer, par exemple, passe pour jouir de la propriété, d'exciter fortement l'appétit ;

Que le tartrate ferrico-potassique offre pour caractère spécial d'être facilement toléré par les organes digestifs, malgré sa solubilité;

Que les oxydes de Fer, comparés aux sels de Fer, semblent plus toniques;

Qu'enfin, d'après les recherches faites dans ces dernières années par

8^ ÉD. — T. I. il

MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.

M. Quévenne, ce qui distingue le For réduit par l'hydrogène entre les martiaux, c'est d'agir très-efficacement à petite dose.

Loin de nous la pensée d'attribuer à telle ou telle préparation ferrugineuse une supériorité quelconque, et encore moins une préférence exclusive.

Un autre mode d'emploi du Fer consiste dans l'usage des eaux minérales ferrugineuses, sur lequel nous voulons donner quelques renseignements. Le Fer étant un métal extrêmement répandu dans le sol, il en résulte qu'un grand nombre de sources en contiennent et arrivent facilement à posséder un goût ferreux et à déposer des matières ocracées. Mais il faut bien savoir que ces deux caractères n'affirment pas la présence d'une quantité de Fer suffisante pour que ces eaux aient une valeur thérapeutique. En outre, les eaux ferrugineuses, qui sont si communes, sont, de toutes les eaux minérales, celles qu'on peut remplacer le plus facilement par des préparations officinales ou magistrales.

Nous donnons ici la liste des principales eaux minérales ferrugineuses, en marquant d'un astérisque les sources qui possèdent un établissement thermal :

* Neyrac (Ardèche).

Sylvanès (Aveyron).

Saint- Hippolyte d'En val (Puy-de- Dôme).

Saint-Pardoux (Allier),

* Charbonnière (Rhône).

Cassuéjouls (Aveyron).

Saint- Julien (Hérault).

* Lamalou (Hérault).

Andabre (Aveyron).

Rennes (Aude).

Campagne (Aude).

* Barbotan (Gers).

Rieu-Majou (Hérault).

Bourrasol (Haute-Garonne).

Orezza (Corse).

Porta (Corse).

Oriol (Isère).

Bussang (Vosges).

* Sullzbach (Haut-Rhin).

Màcon (Saône-et-Loire).

Crèches (Saône-et-Loire).

Saint-Christophe (Saône-et-Loire).

Lac Villers (Doubs).

La Bonnefontaine (Moselle).

Lailbur (Ardennes).

Chàteau-Gontier (Mayenne).

Pornic (Loire-Inférieure).

Martigné-Briant (Seine-Inférieure).

Passy (Seine).

Auteuil (Seine).

* Forges (Seine-Inférieure).

Forges-sur-Briis (Seine-et-Oise).

Rouen (Seine-Inférieure).

Versailles (Seine-et-Oise).

Aumale (Seine-Inférieure).

Rançon (Seine-Inférieure).

Gournay (Seine-Inférieure).

Montlignon (Seine-et-Oise).

Segray (Loiret).

Provins (Seine-et-Marne).

Ruillé (Sarthe).

* Saint-Denis-lès-Blois (Loir-et-Cher).

Castel-Jaloux.

Sainte-Madeleine de F-lourens.

Oioun-Sekhakhna ou Frais Vallon (Algérie).

Teniet-el-IIad (province d'Alger).

* Spa (Belgique).

* Schvalbach (Nassau).

* Pyrmont (Westphalie).

Malheureusement les trois sources ferrugineuses les plus importantes ne se trouvent pas en France ; ce sont : Schwalbach, dans le duché de Nassau ; Pyrmont en Westphalie, et Spa en Belgique ; puis viennent, en France. Sultzbach, Forges, Neyrac, Charbonnière, Lamalou et Barbotan.

MANGANÈSE

Nous ne donnerons pas de détails sur la cure à ces difFérentes stations, qui offrent les mêmes indications que les préparations ferrugineuses dont nous nous sommes occupés plus haut ; nous dirons seulement qu'à Spa il existe deux sources ferrugineuses bicarbonatées qui sont surtout utiles dans le traitement de la goutte atonique, alors que les eaux de Vichy, d'Ems ou même de Royat devraient être écartées comme débilitantes.

On peut employer ces eaux pour faire des cures à domicile. On trouve facilement aujourd'hui, non-seulement à Paris, mais dans toute la province, les eaux de Spa, de Schwalbach, de Bussang, d'Orezza, de Passy, etc. Ces eaux se transportent et se conservent bien ; elles con • tiennent une certaine quantité de gaz carbonique et sont des plus faciles à boire et à digérer. Il est d'usage de les faire prendre au malade, soit aux repas, soit mieux encore une heure avant de manger. La dose variera d'un verre à une bouteille par jour, en ayant soin de donner le matin une dose à peu près double de celle du soir, et en mettant un quart d'heure d'intervalle entre deux demi-verres consécutifs.

Il est toutefois quelques précautions à observer : les eaux ferrugineuses portent à la somnolence, aussi les malades qui en font usage devront faire de l'exercice après chaque repas. Quant aux contre-indications des eaux minérales ferrugineuses, elles sont les mêmes que celles des autres préparations martiales; il faudrait peut-être y ajouter la constipation opiniâtre.

Chacune des préparations martiales a son utilité et sa valeur, et peut être appelée à son tour à une sorte de prééminence. Dans la pratique, il importe donc d'en savoir varier cà propos l'emploi. Souvent ce qu'on aura demandé en vain à telle préparation vous sera donné par telle autre sans difficulté. S'il est vrai pourtant que certaines préparations martiales se distinguent par des propriétés plus spéciales et par quelques avantages particuliers, il était bon de les mettre en relief. En effet, diriger au besoin le praticien dans son choix et l'aider à remplir quelques indications importantes, n'est-ce pas assurer, dans bien des circonstances, le succès d'une des médications les plus considérables de la médecine pratique?

MANGANÈSE

Le Manganèse, manganesium, découvert par Scheele et Gahn, est solide, d'un blanc grisâtre rappelant la couleur de certaines fontes de Fer : il est cassant, fort dur, non attaquable par la lime, rayant au contraire l'acier le mieux trempé ; il est susceptible d'un poli parfait, inaltérable à l'air humide, et, chauffé sur une feuille de platine, il se colore comme l'acier avant de s'oxyder. Sa densité varie de 7,138

à 7,200 ; il ne fond qu'à 1G0° du pyromètre de Wedgewood : il décompose l'eau à 100°.

La dureté de ce métal est telle qu'un fragment à angle aigu peut remplacer le diamant pour couper le verre, et même pour travailler l'acier et autres métaux. Le poli dont il est susceptible permettra de l'utiliser en optique, et il pourra être moulu aussi facilement que la fonte.

MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.

Il est ni magnéti(|ue, ni attiré par l'aimant : il est attaque par les acides.

Ces principales propriétés sont colles que M. Brunner a signalées dans le Manganèse préparé d'après son procédé.

Le Manganèse forme avec l'oxygène six combinaisons :

Le protoxyde de Manganèse ou

oxyde manganeux MNO

L'oxyde rouge ou oxyde man-

ganoso-manganique Mn^O*

Le sesquioxyde ou oxyde man-

ganique Mn^O'

Le peroxyde ou bioxydo de

Manganèse MnO^

L'acide manganique MnO'

L'acide permanganique Mn^O'

Trois de ces combinaisons vont seules nous occuper : le ■protoryde, qui est la base des sels de Manganèse, le bioxyde et l'acide permanganique, qui donne un sel si utile quand il est combiné avec la potasse.

Le protoxyde est le seul qui forme des combinaisons stables avec les acides; il est d'une couleur vert pille ; il est fixe au feu, insoluble dans l'eau, et s'oxyde à l'air en devenant noir. Il se dissout aisément sans effervescence dans les acides et forme des sels incolores.

Le bioxyde de Manganèse est le plus employé en médecine; il est si abondant dans la nature, qu'on ne le prépare pas ordinairement, on se contente de le purifier. Cet oxyde fut considéré autrefois comme un minerai de fer; Sclieele, en 1771, démontra que c'était un oxyde particulier, et Gahn en isola le métal. Il appartient à la classe des oxydes singuliers; il n'est ni base, ni acide, mais il devient l'un ou l'autre, suivant qu'il perd ou qu'il absorbe de l'oxygène. Le bioxyde de Manganèse naturel se présente sous la forme de prismes allongés doués d'un éclat métallique : le plus ordinairement il est en masses d'une couleur noire. Le bioxyde de Manganèse sert à la préparation du chlore^ de l'oxygène, des hypochlorites alcalins ; il sert aussi à blanchir le verre (ce qui l'a fait appeler savun des verriers) ; un centième de cet oxyde sulfit pour donner au verre fondu une teinte violette très-belle ; cette propriété le fait employer dans l'art de colorer le verre et de fabriquer les émaux.

L'acide permanganique a été découvert par Mitscherlich et isolé par M. P. Tlienard et par M. Aschoff. On le prépare en introduisant peu à peu du permanganate de potasse dans de l'acide sulfurique refroidi par un mélange réfrigérant. L'acide obtenu tombe au fond du vase, sous la forme d'un liquide brun-rouge foncé. Il est encore liquide à — 20". Il est très-instable, et se décompose ^ l'air humide. Sa composition répond ?i la formule Mn- 0' donnée par Mitscherlich. Il forme avec la potasse un sel magnifique.

Le Manganèse protoxyde forme avec

divers acides dos sels dont les principaux sont : le carbonate, l'azotate, le sulfate et le lactate de Manganèse.

Carbonate de Manganèse, MnO, CO^ {Car bonus manganosus).

Sulfate de Manganèse crist.. . . 200 gr. Carbonate de soude cristallisé. . 2C0

Faites dissoudre séparément les deux sels dans l'eau chaude; filtrez les doux dissolutions, et mêlez-les dans un vase de capacité suffisante. Il se formera un précipité blanc de carbonate de Manganèse.

Laissez déposer ; décantez la liqueur surnageante, et remplacez-la par une égale quantité d'eau chaude. Répétez ainsi la décantation et les lavages, jusqu'à ce que l'eau sorte sans saveur. Recueillez alors le précipité, et mettez-le en trochisques.

Le carbonate de Manganèse constitue une poudre blanche, très-légèrement rosée, qui se maintient à l'air sans altéralion. Il est soluble en totalité dans l'acide chlorhydrique, et la solutioH ne doit pas donner de couleur bleue par le ferrocyanure de potassium. (Codex.)

Pilules de carbonate ferro-manganeux.

Sulfate ferreux pur. ... 75 gram.

Sulfate manganeux pur. 25 Carbonate de soude pur. 120

Miel fin JjO

Eau q. s.

Faites des pilules de 06^,20.

Sulfate de manganèse, MnO, SO*, 4II0.

Sulfate manganeux {Sulfas manganosus in crislaltos concretus).

Bioxyde de Manganèse. , . . 200 gram. Sulfate de protoxyde de fer cristallisé 200

Pulvérisez séparément les deux substances; faites-en un mélange intime que vous introduirez dans un creuset de terre, et que vous soumettrez, pendant une demi-heure environ, à la température du rouge sombre. Laissez ensuite refroidir la masse, et traitez-la, après l'avoir finement pulvérisée, par 300 grammes d'eau bouillante; filtrez et évaporez jusqu'à siccité. Reprenez le résidu par 300 grammes d'eau chaude; filtrez de nouveau. Concentrez la liqueur par évaporation, et faites-la cristalliser par le refroidissement.

Le sulfate de Manganèse est en cristaux roses qui retiennent des proportions variables d'eau, suivant la température à laquelle ils se sont formés. Ceux qui ont pris naissance entre 20o et 30» contiennient ordinairement quatre équivalents d'eau ou 32,3 pour 100. Ils se dissolvent dans doux parties et demie d'eau froide. La sohilion ne doit pas donner de coloration bleue par le ferro-cyanure de potassium. (Codex.)

MANGANÈSE

Gl

lodure manganeux.

L'iodure manganeux (Mnl) s'emploie comme l'iodure ferreux; on l'obtient de la même manière. Il est, du reste, trèspeu usité.

Pilules d'iodure de Manganèse.

R. : lodure de potassium. 20 gram.

Sulfate manganeux. . 20

Dessécher les sels, les mélanger exactement par trituration, y ajouter q. s. de miel, et diviser la masse en pilules contenant 20 centigrammes d'iodure.

Une à six par jour.

Laclale de proloxyde de Manganèse (MnO, C6H«05).

Le lactate de Manganèse s'obtient en traitant une solution de sulfate manganeux par du lactate de soude. Une partie du lactate de Manganèse formé se précipite et l'autre partie s'obtient par l'évapotion du liquide.

Lactate de protoxyde de Fer et de Manganèse.

On peut obtenir ce sel directement ou par simple mélange des deux seuls.

Sirop de lactale de Fer et de Manganèse (Pétrequin).

R. : Lactate ferr. mangan. 4 gram. Sucre pulvérisé .... 16

Triturez et ajoutez :

Eau distillée 200 gram.

Dissolvez, versez les liqueurs dans un matras au bain-marie, et ajoutez :

Sucre cassé 384 gram.

Une à deux cuillerées par jour.

Pastilles de lactate de Fer et de Manganèse.

R. : Lactate de Fer et de ■Manganèse 200 gr.

Sucre fin 400

Eau q. s.

Faites des pastilles à la goutte de 5 centigrammes.

Six à huit par jour.

Permanganate de potasse (Mn^O'', KO) [l'ermanganas potassicus).

Le permanganate de potasse, connu depuis longtemps des chimistes, n'a reçu d'application sérieuse en thérapeutique que depuis les travaux de MM. Grégory, Lhermite, Personne, Wrehler, etc., qui sont parvenus il donner un produit d'une composition et d'une action constantes.

Le permanganate de potasse cristallise en aiguilles presque noires et à reflets métalliques. Pour le préparer, on introduit dans un creuset de fer 5 parties de potasse caustique avec une petite quantité d'eau, puis un mélange de 3 parties et demie de chlorate de potasse et de 4 parties de peroxyde de Manganèse finement pulvérisé. On chauffe, en remuant continuellement, jusqu'à ce que la masse soit sèche et que la température se soit élevée au rouge obscur. Après le refroidissement, on pulvérise le produit et on l'introduit dans 200 parties d'eau bouillante.

Quand la liqueur s'est colorée en rouge pourpre foncé, on la laisse reposer, on la décante, et, après l'avoir neutralisée par l'acide azotique très-etendu, on l'évaporé à une douce chaleur. Par le refroidissement , la liqueur concentrée fournit des cristaux que l'on fait sécher sur une brique.

Cette formule pour la préparation du permanganate de potasse a été adoptée par le Codex.

Le permanganate de potasse se dissout dans 15 à 16 parties d'eau froide. La solution est d'un pourpre magnifique et trèsintense, mais aussi très-instable ; elle abandonne de l'oxygène à un très-grand nombre de corps en se décolorant.

En analyse, on fait un grand usage de permanganate de potasse (MM. Cloez et Buignet). Dernièrement on l'a proposé comme désinfectant, dans le traitement des plaies fétides.

Solution de permanganate de potasse (Demarquay).

R. : Eau distillée 1000 gr.

Permanganate de potasse. 1

S'emploie dans le pansement des plaies simples. Elle suflit dans le plus grand nombre des cas.

On vient de voir que les propriétés chimiques du IManganbsc se rapproclient de celles du Fer, dans le minerai duquel on le rencontre presque toujours. Les propriétés thérapeutiques de cet agent semblent de môme analogues à celle du métal auquel la nature l'a presque toujours uni.

C'est sans doute la chimie organique qui a mis sur la trace des pro-

G2 MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS,

prictés thérapeutiques dont pouvait jouir le Manganèse. Depuis 1830, en effet, cette substance paraît avoir été reconnue dans le sang par Wurzer. M. Millon annonça à l'Institut, en 1847, que le sang de l'homme contient constamment du Manganèse, et que la proportion du fer et de ce métal y est assez forte pour qu'on puisse les doser par les méthodes d'analyse habituelles. En 1844, M. Marchessaux indiquait déjà cet alliage dans les globules sanguins.

Enfin, en IS.oO et 1831, M. Burin du Buisson, pharmacien à Lyon, s'occupant alors de préparations ferro-manganiques sous la direction de M. Pétrequin, chirurgien de l'Hôtel-Dieu, a vérifié le fait de l'existence constante du Manganèse dans le sang, et l'a rencontré aussi dans le pus louable.

M. Pétrequin, qui a voulu introduire le Manganèse dans la thérapeutique, fidèle aux indications de la nature inorganique et organique, qui réunit toujours le fer au Manganèse, soit dans le sein de la terre, soit dans les organismes vivants, M. Pétrequin ne propose pas non plus d'administrer le Manganèse seul. Il ne le conseille que comme adjuvant du fer. Il ne veut pas non plus qu'on le donne dans les cas oîi le fer seul suffit; mais il pense, et il appuie son opinion sur des faits cliniques, que lorsque le fer échoue, on doit et on peut réussir avec les préparations qu'il appelle ferro-manganiques. C'est presque toujours aussi sous la forme de sels ferro-manganiques que les plantes absorbent le fer que l'alimentation végétale fait passer ensuite en nous. M. Pétrequin remarque aussi que les préparations martiales de nos pharmacies contiennent presque toutes du Manganèse, et que c'est à cette association qu'elles doivent le complément indispensable de leur efficacité. On peut objecter à cette hypothèse que le fer réduit par l'hydrogène, qui prend rang aujourd'hui en tête de la pharmacologie du fer, ne renferme certainement pas un atome de Manganèse.

Le RIanganèse s'administre encore sous forme d'eaux minérales. Nous possédons en France deux sources de cet ordre : Luxeuil dans la Haute- Saône, et Cransac dans l'Aveyron, toutes deux munies d'un établissement thermal. A Luxeuil, les sources sont nombreuses et ne sont pas toutes ferrugineuses et manganésiennes : les unes, fortement thermalë^ et chlorurées, sodiques, faibles, se rapprochent des eaux de Plombières et de Bains, situées dans le voisinage ; les autres, métalliques, quoique moins chaudes que les précédentes, sont encore les plus thermales (27°, 5) de toutes les eaux ferrugineuses.

Ces eaux sont administi'ées en bains et en boisson à l'établissement. Elles possèdent encore une propriété qu'il faut connaître : celles de Cransac sont laxatives et celles de Z,wx<?m«'/ diurétiques. On les administre d'ailleurs comme les eaux minérales ferrugineuses.

Les cas où le fer est indiqué et oii il échoue sont si communs dans la pratique, qu'une variété naturelle et complémentaire de ce précieux médicament doit être bien accueillie dans la Matière médicale, et nous con-

MANGANÈSE

sellions aux praticiens de prendre celle-là en considération. Ils devront donc y avoir recours toutes les fois que le fer pur aura trompé leurs espérances.

Pas plus que le fer, les préparations ferro-manganiques ne doivent être données à trop hautes doses et d'une manière trop continue.

DE l'emploi du permanganate de potasse comme désinfectant.

Le Permanganate de potasse a été tout d'abord employé par les Américains, les Anglais et les Allemands. Dès 1860, il existait en permanence, dans la salle d'autopsie de l'Université de Leipzig, une solution de Permanganate de potasse destinée à désinfecter les mains des anatomistes. C'est vers cette époque que M. le docteur Demarquay, frappé des heureux résultats qu'on obtenait avec cette substance dans les hôpitaux de Londres, en introduisit l'usage à Paris, et ce sont ses expériences qui ont fait naître les travaux de MM. Ledreux [Thèse inaugurale, 1862), Castex [Mémoire à V Académie de médecine, 1862), Réveil [Archives de médecine, 1864), Cosmao-Dumenez [Bulletin de Thérapeutique, 1865).

Le Permanganate de potasse jouit de la propriété de désinfecter les plaies d'une manière assez remarquable; il a pu désinfecter des plaies cancéreuses de l'utérus et de la mâchoire inférieure, des ulcères scrofuleux ou atoniques, des érysipèles gangréneux, des plaies phagédéniques, etc., avec plus ou moins de succès. Ce serait, suivant M. Demarquay, le désinfectant par excellence. Nous rendrons justice tout d'abord à M. Demarquay de nous l'avoir importé en France, puis de nous avoir fait de nombreuses expériences qui en prouvent l'efficacité. Cependant, comment se fait-il que cette préparation ait été aussi peu de temps employée par les médecins et qu'elle soit aujourd'hui presque abandonnée? Nous allons tâcher d'en donner la raison.

Le Permanganate qu'on se procure est souvent impur; il contient •d'autres substances qui sont irritantes. Le Permanganate est caustique, et, quoique étendu dans une forte quantité d'eau, son application est quelquefois assez douloureuse pour qu'on soit obligé d'y renoncer; et puis cette préparation est coûteuse, elle se détériore facilement. Le Permanganate de potasse ne peut être dissous que dans l'eau distillée parfaitement pure, car l'alcool, la glycérine et le sucre surtout le décomposent instantanément; les linges eux-mêmes et la charpie l'altèrent. Voilà les motifs qui ont empêché ce médicament de se généraliser. Cependant nous croyons qu'on a eu tort et qu'il est précieux d'avoir un médicament qui désinfecte bien sans avoir d'odeur par lui-môme, ce qui n'appartient qu'à très-peu de désinfectants. Nous croyons donc que le mode de désinfection de M. Demarquay est destiné à survivre et que les praticiens ne l'abandonneront pas.

MEDICAMENTS RECONSTITUANTS.

MODE d'administration ET DOSE.

M. Dcmarquay emploie le Permanganate de potasse sous deux formes : 1» En solution :

R. : E.ui • 1000 gram.

Permanganate de potasse 10

Une cuillerée à bouche de cette solution, étendue de deux ou trois fois son poids d'eau, sufflt pour imbiber les linges d'un pansement 2° En poudre :

R. : Permanganate de potasse en pondre. \

Carbonate de e.lianx ; aa parties égales.

Amidon '

M. Demarquay emploie cette poudre de la manière suivante : il recouvre la plaie d'un linge imbibé de glycérine, puis met de la charpie bien soulevée et, par-dessus, le mélange pulvérulent. Le tout est enfermé ensuite dans des compresses absorbantes et des bandes contentives.

PEPSINE

La Pepsine, considérée au point de vue de la physiologie, est le principe actif du suc gastrique, ou le ferment spécial qui préside à la digestion.

Entrevue d'abord par Schwann, la Pepsine a été isolée par Wasmann, qui en a donné une connaissance exacte et précise. C'est d'ailleurs la même substance qui, sous des noms divers, a fait l'objet des recherches d'un grand nombre de physiologistes. Ainsi, d'après M. Mialhe, la Gastérase de M. Payen et la Chymosine de M. Deschamps (d'Avallon) constitueraient un seul et même principe, auquel il convient de laisser le nom de Pepsine.

L'introduction de la Pepsine dans la thérapeutique ne date encore que de quelques années. C'est à M. le docteur Lucien Gorvisart qu'en doit être rapporté tout l'honneur.

La Pepsine, pour l'usage thérapeutique, peut être empruntée à des animaux de diverses classes; car, sauf la ditîérence dans la quantité et dans le degré d'action, elle a exactement les mêmes propriétés, soit chez les carnivores, soit chez les herbivores. Toutefois la plus usitée est colle qn'on extrait de l'estomac des ruminants, et plus particulièrement du mouton.

Voici le mode de préparation recommandé par M. Bondault, qui, pour la partie chimique et pharmaceutique, a si uti-

lement secondé M. Corvîe£rt dans ses recherches sur ce nouveau médicament.

Prenez un nombre suffisant de caillettes (l'estomac des ruminants), videz-les, retournez-les, et lavez-les par un filet d'eau froide; raclez la membrane muqueuse, réduisez-la en pulpe, faites-la macérer dans de l'eau distillée pendant deux heures; passez au filtre, versez dans la liqueur quantité suffisante d'acétate de plomb; mouillez le précipité, faites-y passer un courant d'hydrogène sulfuré ; filtrez de

PEPSINE

nouveau et desséchez rapidement à une température inférieure h. + 45° ; pulvérisez.

Comme, dans la préparation de la Pepsine par les procédés chimiques, la plus grande partie de l'acide contenu normalement dans le suc gastrique se trouve éliminée, il importait de restituer cet acide, car chacun sait que la digestion n'est possible que grâce à l'action combinée de l'acide et du ferment. C'est dans ce but qu'on ajoute le plus ordinairement quelques gouttes d'acide lactique à la poudre de Pepsine.

Ce procédé est celui du Codex, qui désigne le produit sous le nom de Pepsine médicinale.

En outre, pour éviter l'état hygrométrique de la poudre de Pepsine, et en même temps pour rendre sa division plus grande, on y mêle une portion déterminée de poudre d'amidon bien desséchée et d'acide tarlrique. Ainsi acidulée et mélangée à l'amidon, la Pepsine prend le nom de Pepsine amylacée.

Elle exhale une odeur nauséeuse de lait caillé; sa saveur est acidulé et rappelle légèrement le goût du bon fromage. Sa couleur est blanchâtre.

On admet que la Pepsine amylacée est bonne, lorsque 1 gramme de cette poudre, mis en contact avec 20 grammes d'eau et 6 grammes de fibrine humide, en opère la dissolution en douze heures.

La Pepsine médicinale du Codex possède une action dissolvante bien plus énergique ; en effet, 23 centigrammes de cette préparation dissolvent 10 grammes de fibrine humide; mais elle est très-altérable et son action est très-inconstante.

La Pepsine amylacée nous paraît préférable pour l'usage thérapeutique; elle est dosée de façon à ce que la même quantité représente toujours la même action dissolvante, et elle se conservé trèslongtemps sans altération, lorsqu'on a eu la précaution de l'enfermer dans des flacons hermétiquement bouchés. On peut l'administrer en poudre, en pastilles et en pilules.

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