ACTION THÉRAPEUTIQUE DES PRÉPARATIONS FERRUGINEUSES
Pour bien comprendre le mode d'action des martiaux, dans des maladies auxquelles ces médicaments conviennent, il est indispensable d'entrer dans quelques considérations sur les troubles divers que les modifications dans la crase du sang exercent sur l'économie.
A la suite d'une abondante saignée, sans doute parce que les organe? ne reçoivent plus l'influx normal nécessaire à l'accomplissement des fonctions dont ils sont chargés, il survient dans l'économie des troubles nombreux. Ces troubles, d'abord très-notables, disparaissent peu à peu à
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mesure que le sang se renouvelle. M.ais si les saignées sont répétées de telle manière que le sang ne puisse se renouveler ; si l'alimentation n'est pas assez riche pour fournir aux matériaux de cette réparation, ou bien encore si une maladie, inconnue dans son essence, et si commune pourtant, décolore le sang plus profondément encore que lorsque l'on a éprouvé des pertes de sang abondantes, il se manifeste chez les femmes ce qui est connu soue le nom de chlorose, chez les hommes ce qui a reçu le nom d'anémie.
La chlorose est presque toujours spontanée. L'anémie est à peu près constamment secondaire.
Il est assez difficile de dire au juste pourquoi la chlorose est l'apanage à peu près exclusif des femmes, car chacun sait qu'il est extrêmement rare de trouver un jeune garçon chlorotique.
On a cru pouvoir expliquer ce fait par la différence de composition du sang dans les deux sexes. Ainsi, les analyses ont démontré que, en général, le sang d'une femme bien portante contenait un peu moins de globules sanguins que celui d'un homme jouissant d'une bonne santé. Mais, en admettant que cette différence ne soit pas ici sans quelque influence, il est plus rationnel de penser que c'est dans les conditions inhérentes au sexe lui-même que réside la véritable cause de ce fait pathologique si remarquable.
Les analyses de MM. Andral et Gavarret établissent que, dans l'état normal, sur 1,000 grammes de sang, on peut, en moyenne, trouver 127 de globules ; mais que, chez les chlorotiques, le chiffre des globules peut descendre jusqu'à 38, la quantité de fibrine restant d'ailleurs à peu près la même que chez les femmes bien portantes.
Les analyses du sang de MM. Andral et Gavarret rendent raison d'abord de la pâleur et de la liquéfaction du sang des chlorotiques, et peut-être aussi de la plupart des symptômes singuliers qu'elles éprouvent. On conçoit, en effet, comment le sang, dépouillé en partie de ces principes excitants, n'est plus dans des conditions convenables pour modifier les organes, et qu'il en résulte des troubles fonctionnels nombreux.
Les muscles de la vie de relation se décolorent, s'atrophient et se relâchent : de là, la difficulté, la lenteur des mouvements ; les muscles de la vie organique participent aux mêmes troubles; de là, la flaccidité du cœur, la difficulté de la circulation, la paresse de l'estomac, la constipation, les flatulences. Enfin le sang n'arrivant ni aux centres nerveux, ni aux glandes, ni aux membranes, avec ses qualités naturelles, les centres nerveux, les glandes, les membranes ne peuvent plus exercer leurs fonctions comme dans l'état normal.
Si doncon redonnait ausang les éléments principaux qui lui manquent, on le rendrait de nouveau apte à influencer régulièrement l'économie. Or le Fer remplit ce but.
Comment agit le Fer dans la chlorose?
A cet égard, il existe deux opinions bien tranchées.
Les uns, et ce sont aujourd'hui les plus nombreux, veulent que le Fer
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absorbé passe directement dans le sang, y soit précipité à l'état d'oxyde, lui rende immédiatement les principes qui lui manquent, et fasse d'emblée de ce fluide un élément réparateur.
Les autres attribuent à ce médicament une action uniquement tonique, en vertu de laquelle les fonctions digestives et nerveuses sont influencées de manière à rendre plus parfaites l'innervation et la nutrition. C'est donc par l'intermédiaire de cette action tonique que s'opérerait la reconstitution organique.
A l'appui de cette opinion, nous pouvons invoquer l'autorité de M. Cl. Bernard. (Leçons faites au Collège de France, publiées par V Union médicale, 1854.)
« La véritable question n'est pas de savoir, dit cet éminent physiologiste, si le Fer guérit la chlorose, mais d'abord si la chlorose est due à l'absence du Fer, et si le Fer administré va se mettre à la place de celui qui manque .
« Sans doute, quelques auteurs ont avancé qu'il y avait dans le sang des chlorotiques diminution dans la proportion de Fer, mais ils ne l'ont pas prouvé chimiquement. Ceux, au contraire, qui ont fait des analyses, ont trouvé que la quantité de Fer est la même avec ou sans chlorose. Ce qu'il y a de vrai, c'est que, dans cette maladie, il y a moins de globules dans le sang.
« Supposons, ce qui est probable, qu'il y ait à peu près 6 grammes de Fer dans la masse du sang, et que, dans la chlorose, le sang en perde 3 grammes. Si tout le Fer qu'on administre était absorbé, on aurait vite remis cette quantité dans le sang; mais on sait qu'il faut au moins un mois, et souvent bien plus de temps, pour guérir cette affection, malgré les masses de Fer qu'on a fait prendre. »
Arrive ici une autre difficulté : c'est qu'on ne peut constater positivement l'absorption du Fer ni dans l'estomac ni dans les intestins. M. Bernard a injecté dans l'estomac de la limaille, du lactate, etc. ; il n'a jamais pu trouver dans le sang de la veine porte plus de Fer que de coutume.
« Mais, continue M. Bernard, comme le Fer existe dans les aliments, il faut peut-être qu'il y ait une certaine combinaison pour que son absorption s'effectue. 1)
Ici, d'ailleurs, il est une chose bien positive et parfaitement démontrée : c'est, ajoute M. Bernard, que les sels de Fer exercent une action spéciale sur la muqueuse gastrique. Toutes les parties de la membrane qui en sont touchées prennent une circulation plus active. Le Fer est donc un excitant direct.
En terminant, M. Bernard se pose cette question :
«La chlorose ne serait-elle due qu'à un vice de digestion? Le Fer ne peut-il pas, par l'excitation qu'il produit, rétablir les actes troublés de cette fonction ? »
Que M. Bernard n'ait pas dit le dernier mot sur cette question, c'est possible. Mais on voit que les données fournies par la chimie sont loin de le satisfaire ; et s'il n'a pas encore obtenu la solution de cette grave dif-
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ficulté, il a au moins le mérite de mettre sur la voie qui doit y conduire.
Il lui reste, d'une part, à rechercher quelles sont les conditions qui, dans l'estomac, doivent favoriser l'absorption d'une certaine proportion de Fer ; car cette absorption, bien qu'encore imparfaitement démontrée par la chimie, nous paraît indubitable; et, d'autre part, à préciser quelle est celte combinaison mystérieuse à l'aide de laquelle elle peut s'effectuer, si minime et si imperceptible qu'on la suppose. Puis enfin, il s'agira de déterminer par quel secret mécanisme ces atomes de Fer, charriés dans les vaisseaux, iront revivifier les globules sanguins appauvris et altérés, et finalement servir à opérer la reconstitution organique.
Pour rester dans le vrai ou dans ce qui paraît actuellement le mieux démontré, nous dirons : 1° que le sang des chlorotiques contient moins de globules que le sang des femmes bien portantes ; 2" que, par l'usage des préparations ferrugineuses, le sang récupère en général assez promptcment la partie cruorique et les globules qu'il avait perdus; 3" que le Fer administré aux chlorotiques paraît avoir deux modes d'action trésdistincts, mais également nécessaires. Ainsi, il agit d'abord comme tonique et excitant direct de l'estomac, ou, si l'on veut, comme modificateur spécial du sens pepsique. Et puis, très-probablement, une certaine proportion de Fer dissoute dans le suc gastrique est absorbée, va se mettre directement en rapport avec la memljrane interne des vaisseaux ; enfin, en vertu d'une action que nous appelons dynamique ou vitale, mais que nous ne chercherons ni à pénétrer ni à définir, ce médicament rétablit peu à peu dans ses conditions normales la fonction hématosique, plus ou moins altérée par le fait de la maladie (1). C'est par le concours de cette double influence que s'opère la reconstitution des globules sanguins, et que s'effectue en définitive la guérison de la chlorose. Tel est, à notre avis, le véritable rôle des préparations ferrugineuses dans la chlorose ; telle est du moins l'interprétation que les recherches les plus récentes de la chimie organique et de la physiologie expérimentale, d'accord en cela avec le bon sens et la tradition, nous présentent comme la plus rationnelle et la plus acceptable.
Naguère encore, la chlorose était le véritable champ de triomphe de la théorie chémiatrique. Cette maladie est due manifestement, disait-on, à la diminution du Fer dans le sang. En administrant le Fer, on rend à ce sang le principe qui lui manque, et la maladie est guérie. Quoi de plus simple, de plus clair et de plus décisif?
Par malheur, l'expérimentation a commencé à ébranler ces deux bases de la théorie qu'on pouvait croire inattaquables. Nous pouvons ajouter que, dans la grave et longue discussion soulevée dernièrement au sein de
(1) Nous voulons parler spécialement ici de cet acte particulier de chimie vivante qui s'accomplit au sein du grand appareil circulatoire, acte important, quoique tro;i méconnu de nos physiologistes, qui commence dans les cavités gauches du cœur, va se perfectionnant dans toute l'étendue de l'arbre artériel, et reçoit son achèvement dans les extrémités capillaires.
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l'Académie, les chimistes les plus autorisés n'ont pu apporter aucun argument nouveau en faveur de l'opinion qu'ils s'efforçaient de faire prévaloir. D'après l'issue de ce débat, et d'après la tendance générale des esprits, il est donc permis de prévoir que la chlorose elle-même ne tardera pas à être rendue à la théorie vitaliste, tout aussi bien que le reste de la pathologie et de la thérapeutique.
' La chlorose, nous ne craignons pas de le dire, domine la pathologie de la femme, et le médecin qui ne saura pas reconnaître cette affection, sous ses formes diverses, échouera souvent dans le traitement des maladies des femmes. M. Nonat, se fondant sur la fréquence des bruits anormaux du cou chez les enfants, évalue jusqu'à huit sur dix le nombre des enfants chlorotiques. (Acad. de méd., 18 septembre 1860.) Sans doute ce n'est pas ici le lieu de faire une dissertation pathologique ; cependant, comme nous avons sur la chlorose des idées qui ne sont pas généralement reçues, nous sommes obligés de nous expliquer pour que le lecteur se place à notre point de vue ; autrement il lui serait impossible de comprendre l'étroite liaison qui unit des affections en apparence très-distinctes, et qui, toutes subordonnées à la même cause, obéissent à la même influence thérapeutique, celle du Fer.
Dans la forme la plus grossière, et quand il est rarement permis de la méconnaître, la chlorose seprésente avecle cortège des symptômes suivants :
Décoloration générale de la peau et des membranes muqueuses ; léger amaigrissement, bouffissure de la face et des extrémités inférieures.
Etat nerveux, hystérie, mélancolie, versatilité, débilité musculaire.
Douleurs névralgiques à type ordinairement irrégulier.
Augmentation ou diminution du volume du cœur; impulsion ventriculaire, quelquefois plus énergique, d'autres fois plus faible que dans l'état sain ; bruit de souffle généralement doux, au premier temps du cœur ; son quelquefois éclatant du deuxième bruit du cœur; bruits de souffle divers dans les gros vaisseaux artériels, et notamment dans les carotides, dans les sous clavières, etc., etc., ainsi que dans les veines du col.
Pouls plus fréquent que dans l'état de santé, chaleur fébrile, sécheresse de la peau, soif.
Anhélation au moindre mouvement, palpitations de cœur.
Dyspepsie, pyrosis, appétits dépravés, gastralgie, parfois vomissements, constipation habituelle, diarrhée quand la maladie a duré très-longtemps.
Menstruation douloureuse, irrégulière, peuabondante, décolorée, nulle; flueurs blanches; ménorrhagie, infécondité.
Tel est le tableau ou plutôt l'ébauche de la chlorose.
Ce cortège effrayant de symptômes disparaît ordinairement avec rapidité sous l'influence des préparations ferrugineuses.
Comment, dans la chlorose, doit-on donner le Fer, à quelle dose, pendant combien de temps ? toutes questions que les thérapeutistes ont à peine effleurées, et que peu de praticiens se sont donné la peine d'approfondir. Nous en exceptons pourtant Sydcnham, qui a donné les bases
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d'un bon traitement, mais qui n'a pas assez insisté sur quelques minuties qui sont d'une grande importance, comme nous en a convaincus une longue pratique de ce médicament.
Les préparations peu solubles doivent être employées en général au début du traitement. La limaille de Fer, avec son éclat métallique, le Fer réduit par l'hydrogène, le safran de mars apéritif, l'hydrate de peroxyde de Fer, occupent ici le premier rang. On les donne en poudre dans une cuillerée de potage, ou dans des confitures, matin et soir, aux deux principaux repas, à la dose de o à dS centigrammes chaque fois. Si cette dose est facilement supportée, on l'augmente graduellement, et l'on arrive ainsi jusqu'à 1 et 2 grammes pour chaque repas. 11 est essentiel que le médicament soit pris au commencement du repas ; car s' /^n le donne le matin à jeun, comme le font quelques médecins, les personnes malades éprouvent une pesanteur d'estomac, un dégoût fort grand, et elles perdent l'appétit.
11 est encore un autre motif qui doit le faire toujours prescrire au moment du repas : c'est que seulement alors les sucs gastriques contiennent une suffisante quantité d'acides'; tandis que, peu de temps avant le repas, ils sont un peu acides ou neutres, ou quelquefois même alcalins. 11 n'est pas besoin de dire que, dans le cas de pyrosis, le médecin pourrait, au contraire, conseiller de prendre le médicament dans l'intervalle des repas : on comprend aisément pourquoi.
Si les préparations peu solubles sont bien supportées, et si pourtant la guérison se fait attendre, on devra passer aux préparations solubles, et notamment au tartrate ferrico-potassique, soit qu'on le donne en pilules, soit qu'on l'administre sous forme d'eaux gazeuses (voir p. 7). Pour certaines femmes, nous prescrivons la teinture de mars tartarisée, l'eau ferrée, le vin chalybé, etc., etc.
Ce traitement, qui ne doit pas être suspendu même à l'époque menstruelle, sera continué jusqu'à ce que les symptômes de la chlorose aient entièrement disparu. On cesse alors, pour reprendre un mois après et insister sur les mômes moyens pendant quinze jours eu trois semaines. Puis on laisse deux mois d'intervalle ; on donne ensuite les martiaux pendant quinze jours, et l'on doit agir ainsi pendant cinq ou six mois; car s'd est facile de guérir la chlorose, il est difficile de la guérir de mfinière à ne pas craindre des récidives, et les récidives sont toujours à craindre si l'on suspend brusquement l'usage du Fer.
La chlorose est considérée par quelques pathologistes comme une maladie qui n'a presque pas de gravité ; mais, contrairement à cette opinion, nous estimons que la chlorose est une affection fort sérieuse, et dont beaucoup de femmes se souviennent toute leur vie, en ce sens qu'elles sont sans cesse sous l'imminence d'une récidive; ou bien, ce qui est plus commun, qu'elles conservent, avec les apparences de la santé, quelques-uns des troubles fonctionnels qui formaient l'apanage de la chlorose confirmée.
Il faut dire aussi, parce que c'est une vérité que l'on comprend en vieillissant dans la pratique, que le Fer, après avoir amendé rapidement les accidents les plus graves de la chlorose, devient quelquefois tout à coup impuissant, et nous laisse désarmés en présence d'une maladie qu'il domine en général avec tant de facilité. Le médicament, dans ce cas, agit d'autant moins sûrement que l'affection est plus ancienne, et surtout aue les récidives ont été plus fréquentes.
Quelques malades éprouvent un singulier phénomène. Pendant un temps plus ou moins long, elles supportent des doses considérables de Fer, avec un amendement rapide des symptômes de la chlorose ; puis, tout à coup, elles sont incommodées par le médicament, et semblent être dans une sorte d'état de saturation. Le médecin doit s'arrêter alors, pour reprendre suivant le mode que nous indiquions plus haut.
L'indication de l'emploi des ferrugineux, si évidente qu'elle soit, ne peut pas toujours être facilement remplie par le médecin. L'état de l'estomac et celui des intestins, une susceptibilité qu'il est impossible de prévoir, y peuvent mettre un grand obstacle. On n'en doit pas moins voir toujours le but auquel il faut arriver tôt ou tard ; et, pendant plusieurs semaines, et même plusieurs mois, modifier l'irritabilité du canal intestinal, ou accoutumer l'économie à l'impression des martiaux.
Toutefois, lorsque les apparences de la chlorose existent, il faut se défier d'une femme qui supporte mal le Fer : le plus souvent cette intolérance est le signe d'une diathèse fâcheuse.
Quand il y a chez les chlorotiques disposition à la diarrhée, il convient de ne pas commencer par l'administration du Fer, surtout de ne jamais prescrire les préparations martiales solubles. Mais, pendant un temps plus ou moins long, le sous-nitrate de bismuth, le Colombo, le diascordium, la poudre d'yeux d'écrevisse, à la dose de 25 à 50 centigrammes cà chaque repas, le nitrate d'argent à la dose de 1 à 5 centigrammes, dans une potion prise dans le courant de la journée, doivent être donnés dans le but de modérer la diarrhée.
Quand on a lieu de supposer que l'irritabilité gastrique est calmée, on donne concurremment d'abord de petites doses de limaille de Fer ou de toute autre préparation ferrugineuse peu soluble, et l'on augmente graduellement la quantité proportionnelle des martiaux, jusqu'à ce qu'on soit parvenu à faire supporter à la malade de 1 à 2 grammes de Fer.
Quand, au contraire, il existe une constipation que rien ne peut vaincre, on associe, sous forme pilulaire, un sel soluble de Fer, le tartrate, le citrate, avec de l'aloès, et une petite quantité de belladone, de manière à faire prendre 5 à 10 centigrammes d'aloès et 1 à 2 centigrammes d'extrait de belladone par jour, avec 75 centigrammes, 1 gramme, 2 grammes de sel martial. Ces pilules seront données aux repas ; cette précaution est de rigueur.
L'aloès a ici le double avantage d'agir comme laxatif et comme emmé-
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nagogue. Il s'ensuit que si la chlorose s'accompagne de ménorrhagie, ce qui est assez fréquent, l'aloès ne devra pas être administré ; mais on le remplacera par de la poudre de rhubarbe, ou, mieux, par de la magnésie, que la malade prendra le soir avant de se mettre au lit.
Il est une opinion accréditée parmi les médecins, c'est que la chlorose est une maladie qui n'affecte que les jeunes fdles, febris alba virginum. Cette idée, généralement reçue, est fausse de tous points, et chaque jour elle donne lieu à des méprises qui ont une bien funeste influence sur le traitement. La chlorose, hâtons-nous de le dire, est, en général, une maladie de l'adolescence, mais elle est aussi trl's-commune dans l'âge adulte; se montre encore chez les femmes à l'âge du retour ; et enfin nous l'avons vue deux fois après cette époque de la vie, chez une femme de cinquantedeux ans, chez une autre de cinquante-sept ; et, chez ces deux malades, la chlorose, caractérisée par les signes qui lui sont propres, fut aisément guérie par les martiaux.
Fausse chlorose. — Nous avons longtemps considéré le Fer comme un médicament innocent, dont il était bien difficile d'abuser. Aujourd'hui que nous avons un peu vieilli dans la pratique, nous déclarons que, déjà plusieurs fois, nous avons vu des malades dont la mort nous sembhdt devoir être imputée à l'administration intempestive des préparations martiales.
A priori on comprend qu'en exagérant les qualités stimulantes du sang chez un individu bien portant, on le dispose à des maladies auxquelles auparavant il n'était nullement disposé.
On comprend très-bien aussi comment une femme dont le sang est privé des trois quarts des globules cruoriques qui entrent dans la composition normale du fluide sanguin, peut, tout en éprouvant les accidents que nous avons dit appartenir à la chlorose, jouir pourtant d'une certaine immunité, relativement à des maladies qui frappent plus particulièrement celles dont le sang est riche en parties cruoriques.
Des femmes, bien que fortement prédisposées par le fait de leur constitution ou d'une hérédité fatale, ont pu, durant plusieurs années, rester chlorotiques sans éprouver du côté de la poitrine le plus léger accident ; mais vient-on à les soumettre à la médication ferrugineuse, la phthisie aiguë ne tarde pas à suivre la guérison de la chlorose.
Voilà des faits positifs, et des faits qui se sont si souvent reproduits sous nos yeux, que désormais nous refusons de donner des martiaux aux femmes affectées de pâles couleurs, si, antérieurement, ces femmes ont éprouvé du côté de la poitrine quelque chose de suspect, ou si elles portent des cicatrices évidentes de scrofules, et surtout si elles sont issues de parents tuberculeux. Dans ces cas, nous cherchons à soutenir les forces par les toniques névrosthéniques, et nous ne nous hâtons pas d'attaquer ces chloroses suspectes avec les ferrugineux qui, si souvent, leur deviennent promptement funestes.
De ce que nous venons de dire, qu'on se garde bien de conclure ce-
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pendant que nous excluons systématiquement les ferrugineux du traitement de la phlhisie pulmonaire.
Il est à cet égard une distinction importante à établir. Ainsi nous n'hésitons pas à déclarer, sur la foi d'observations multipliées, que dans la première période de cette maladie le Fer est généralement nuisible ; nous voulons dire quand le développement des tubercules s'accompagne de phénomènes prononcés de congestion ou d'irritation vers les appareils de la respiration et de la circulation, telles qu'hémoptysies plus ou moins répétées, toux âpre, fièvre avec sécheresse de la peau, douleurs pectorales vives, etc. Dans ces conditions, les ferrugineux, que nous voyons trop souvent employer d'une manière banale et abusive, sous prétexte de diminution des forces et d'appauvrissement du sang chez ces malades, se trouvent formellement contre-indiqués, à l'instar du régime tonique et analeptique.
Mais il n'en est plus de même dans des périodes plus avancées. Supposons en effet que le malade ait été affaibli par des hémoptysies abondantes ou répétées, et que l'expectoration, les sueurs, la diarrhée, etc., l'aient jeté dans l'épuisement, dans l'anémie et la cachexie. C'est alors que les martiaux sont appelés à rendre quelques services en ranimant un peu les fonctions digestives et assimilatrices, frappées de langueur et d'inertie.
Malheureusement, ici, le Fer a perdu une grande partie de cette vertu merveilleusement curative que nous sommes habitués à lui reconnaître dahs la chlorose, et dans l'anémie accidentelle, consécutive aux simples hémorrhagies.
Mais s'il ne peut rien ou presque rien contre la diathèse tuberculeuse elle-même, il ne laisse pas que d'être parfois utile, en aidant le malheureux phthisique à lutter quelque temps avec plus ou moins d'avantage contre l'état cachectique qui, plus que la lésion locale, tend à le précipiter vers sa fin. ^
Et encore, dans ce cas môme, il importe d'user de la plus grande circonspection dans l'emploi des martiaux ; car l'expérience journalière nous apprend que, lors môme que certaines indications semblent les réclamer le plus impérieusement, ils ne sont pas toujours facilement tolérés, et ■qu'en général ils sont loin d'être aussi inoffensifs que bien des praticiens se l'imaginent. 11 doit être d'ailleurs bien compris que ces remarques s'appliquent surtout à la phthisie essentielle, oii l'expérience a démontré que le Fer présente généralement plus d'inconvénients que d'avantages. Mais il n'en est plus exactement de même pour. la phthisie d'origine scrofuleuse, qui diffère tant de la première par la lenteur de sa marche, par la moindre intensité des accidents inflammatoires et réactionnels, et surtout par sa plus grande tolérance pour les toniques et les excitants. Aussi chez des enfants à la fois lymphatiques et strumeux, portant des tubercules dans les poumons et dans les glandes mésentériques, il n'est pas rare de voir le Fer, administré à doses modérées, remonter la nutri-
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tion, soutenir la résistance vitale, et enrayer pendant un temps plus ou moins long les progrès de la maladie.
En général, comme nous le disions plus haut, un praticien doit se défier d'une chlorotique qui, au début d'un premier traitement, supporte mal les préparations ferrugineuses, ou dont l'état n'est, dans ce cas, nullement modifié par des doses convenablement administrées. 11 doit supposer ou quelque diathèse latente, ou quelque maladie organique grave,^ ou quelque afl'ection morale, qui tiennent la chlorose sous leur influence réfrac taire.
La diathèse tuberculeuse, il faut le dire, se masque souvent sous la forme de la chlorose. Le médecin lutte vainement contre la maladie apparente ; des gastralgies opiniâtres, une diarrhée persévérante, des palpitations douloureuses du cœur, une oppression importune, des congestions sanguines vers la face, surtout le soir et après le repas, ou se produisent ou persistent, et le sang ne récupère que lentement les globules qui lui manquent ; heureuses les malades dont le sang ne se reconstitue pas au gré du médecin, car elles payeraient d'une prompte désorganisation des poumons cette espérance de santé qui avait lui pour elles un instant.
Dans le monde il en est autrement, et chaque fois qu'une jeune fille a quelque symptôme de chlorose ou tout simplement d'anémie, on s'empresse d'aller chez le pharmacien chercher du Fer. Il en résulte souvent qu'on active ainsi des phthisies commençantes. Le docteur Millet, de la colonie de Mettray, dit avoir plus de soixante observations de phthisie dans lesquelles des préparations ferrugineuses ont été administrées par des religieuses et des pharmaciens, au grand détriment des malades.
Bien souvent encore une cachexie qui simule entièrement la chlorose, se lie à l'albuminurie, à un engorgement chronique du foie ou de la rate, à une lésion des valvules du cœur. Ici, du moins, les martiaux ne nuisent pas, ils sont même d'une incontestable utihté dans le traitement de l'anémie qui semble dépendre d'une hypertrophie de la rate ou du foie, surtout quand ces lésions ne sont pas accompagnées de lésions organiques, et qu'elles ont succédé à des fièvres intermittentes.
De la chlorose considérée dans ses éléments. — NoUS venons de voir
l'heureuse influence du Fer sur la chlorose, lorsqu'elle se montrait avec tout le cortège des symptômes que nous avons indiqués plus haut ; mais la maladie ne se montre pas toujours avec cet ensemble, et bien souvent, le plus souvent même, elle ne se révèle que par la réunion de quelquesuns de ces symptômes. La phrase symptomatique est incomplète, pour nous servir de l'heureuse expression de M. Récamier; mais, tout incomplète qu'elle est, il faut la comprendre, sous peine de n'attaquer jamais le fond de la maladie et de ne lutter que contre un accident que l'on pourra conjurer un instant, mais qui se reproduira bientôt avec autant d'intensité qu'auparavant et sous une autre forme, sinon sous la même.
La décoloration du sang, et par conséquent celle de la peau et des membranes muqueuses, peut exister seule sans autre accident que l'anhélation
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et les désordres circulatoires. Cette forme est la plus simple, on le reconnaît aisément; elle se guérit avec facilité.
Mais assez souvent, avant que la décoloration soit arrivée à son summum, les symptômes ordinaires de la chlorose, tels que les accidents nerveux, les névralgies, les troubles dans la digestion, dans le flu;c menstruel, apparaissent ensemble ou isolément ; et alors le vulgaire des médecins, qui a besoin, pour juger, de la somme des éléments du diagnostic, méconnaît la chlorose qui, pour être moins complète, n'en est pas moins réelle.
Accidents nerveux. — L'hystérie, les spasmes, attaquent souvent les femmes après de grandes pertes de sang, après les couches, après l'allaitement, ainsi que les jeunes fdles qui éprouvent un commencement de chlorose. Ces troubles nerveux cèdent avec facilité aux préparations martiales. Les convulsions hystériques toutefois ne sont pas aussi heureusement combattues que les spasmes essentiels. Mais, lorsque cet état spasmodique existe chez une femme bien colorée, vigoureuse, et qui n'offre d'ailleurs aucun des attributs de la chlorose, il est plutôt augmenté que diminué par l'emploi des médicaments ferrugineux.
Névralgies. — Les névralgies sont un symptôme presque constant de là chlorose, à ce point que, sur vingt femmes chlorotiques, dix-neuf peutêtre ont des névralgies.
La névralgie ne se reconnaît pas toujours très-bien, et il arrive que la malade et le médecin sont tous deux trompés sur la nature du mal. Les femmes se plaignent de maux de tête ou d'estomac, de douleurs dans les côtés, dans les jambes, etc., etc. Un examen superficiel ne permet de constater qu'une céphalalgie ordinaire, qu'un mal d'estomac analogue à celui qui accompagne des digestions difficiles, que des douleurs vagues que l'on attribue à la fatigue ou à une courbature ; mais, en y regardant de plus près, on constate la nature névralgique de ces douleurs. La douleur de tête occupe le sourcil, les tempes, la région malaire, les dents, en un mot le trajet des nerfs de la cinquième paire et de leurs rameaux ; presque jamais elle n'assiège les deux côtés à la fois,, mais elle passe de droite à gauche, ou reste fixée dans un point. Tout d'un coup elle se déplace et vient se fixer dans la région de l'estomac, qu'elle abandonne aussi pour occuper le trajet de quelques nerfs intercostaux ou celui du nerf sciatique, ou celui de quelqu'un de ses rameaux, ou bien encore les branches diverses du plexus lombo-abdominal. Puis la céphalalgie reparaît au moment où cessent les souffrances qui occupent les autres points de l'économie.
Cette inconstance dans le siège de la douleur est fort remarquable et très-ordiaaire ; quelquefois pourtant, la névralgie affecte une seule partie, la tête, l'estomac ou quelques nerfs intercostaux. Il est rare qu'elle se fixe opiniâtrément dans d'autres points de l'économie; nous l'avons pourtant observée dans les nerfs du cœur, dans le clitoris, dans le plexus cervical superficiel, dans une des branches du plexus brachial, du plexus pharyngé (Turck, Arch. de méd., 1862); mais ces cas ne se présentent pas souvent.
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Ces formes de névralgies, si l'on veut bien y faire attention, s'observent rarement chez les hommes et affectent presque exclusivement les femmes faibles, et qui ont évidemment ou qui ont eu des symptômes de chlorose.
Quand la névralgie est le phénomène prédominant de la chlorose, soit qu'elle occupe la tète, soit qu'elle ait l'estomac pour siège, elle guérit ordinairement avec les martiaux, moins aisément pourtant que la chlorose simple.
La névralgie temporo-faciale (si improprement appelée tic douloureux, ce nom devant être réservé à la névralgie convulsive) a été combattue avantageusement par le sous-carbonate de Fer, à hautes doses; et Hutchinson, qui peut être regardé comme l'auteur de cette méthode (Benj. Hutchinson, Cases of neuralgia spasmodica, London, 1812), dit avoir observé près de deux cents cas de guérison. 11 donne depuis 2 grammes jusqu'à 4 grammes de sous-carbonate de Fer mêlé avec du miel, trois fois par jour; Wittke en a obtenu les plus heureux résultats. Il le donne à la dose de 1 gramme 1/2 avec 25 centigrammes de cannelle, trois fois par ]our (Hufeland, Journal, 1828, t. IV). Les journaux anglais abondent en observations qui déposent dans le même sens. Mais d'autres médecins n'ont pas été, à beaucoup près, aussi heureux, et le Fer, aux yeux d'un grand nombre, est tombé dans un discrédit qui n'est pas justifié par l'exagération de nos voisins d'outremer.
Comme nous avons fait un grand nombre d'expériences thérapeutiques sur le Fer, et notamment sur le sous-carbonate de Fer ; comme, dans la névralgie surtout, nous l'avons très-fréquemment administré, il nous a été facile de reconnaître la cause des dissidences des thérapeutistes. Quand nous avons donné le Fer aux femmes chlorotiques ou à celles qui, n'ayant qu'un commencement de chlorose, étaient atteintes de névralgies violentes, nous avons le plus souvent réussi ; si, au contraire, nous le donnions à des hommes ou à des femmes qui n'étaient nullement chlorotiques, le sous-carbonate de Fer échouait le plus souvent. On peut donc, en formulant ces résultats, dire que le sel martial n'est si avantageux dans les névralgies que parce que ces maladies sont ordinairement sous la dépendance de la chlorose, laquelle est guérie par le Fer.
Toutefois, dans le cas même où le Fer a guéri des névralgies, il ne l'a pas fait instantanément ; et il a fallu un temps assez long, huit, quinze, trente jours, et même davantage, pour obtenir une guérison véritable. Aussi, dans le traitement des névralgies de la face, prescrivons-nous toujours la méthode d'Hutchinson comme moyen de calmer les accès, et avons-nous recours immédiatement aux applications topiques d'extrait de datura stramonium, de belladone ou de chloroforme, aux vésicatoires ammoniacaux que nous saupoudrons de chlorhydrate ou de sulfate de morphine ; quand, par ce moyen, les douleurs sont calmées, c'est alors que les martiaux deviennent utiles. Ils guérissent l'état général d'où dépend
FER
la névralgie, et s'opposent ainsi efficacement aux récidives. Disons, avant de terminer ce qui est relatif aux névralgies, que le carbonate de Fer ne nous a paru avoir aucune utilité spéciale, et que tous les martiaux, pourvu qu'ils soient donnés à haute dose, jouissent des mêmes propriétés.
Gastralgies. — Les gastralgies chez les femmes chlorotiques, ou qui déjà présentent quelques-uns des symptômes de la chlorose, ont des caractères spéciaux sur lesquels il est essentiel d'insister ici. Elles ne sont pas continues au début : ce n'est qu'à des intervalles de deux, trois ou quatre jours qu'elles se renouvellent ; plus tard, les accès sont plus rapprochés et se reproduisent tous les jours, et même plusieurs fois dans l'espace de vingt-quatre heures ; l'ingestion des aliments est l'occasion la plus fréquente de leur retour. Si ces aliments sont au nombre de ceux qui fatiguent le plus les malades, les souffrances pourront suivre immédiatement leur ingestion ; mais, dans la grande majorité des cas, le temps qui s'écoule entre le repas et le retour de la douleur est au moins de deux à trois heures. La sensation que la malade éprouve est tantôt celle d'un poids à la région épigastrique, tantôt ce sont des tiraillements qui simulent une faim violente, tantôt des crampes, des chaleurs qu'elle rapporte à la même région; c'est dans cette partie que la douleur est le plus souvent bornée, mais elle peut s'étendre aux parties environnantes, et elle se fait sentir presque toujours derrière le sternum, et dans le dos, à la hauteur de l'estomac. Souvent, comme l'a fort bien indiqué M. Bassereau, elle se complique de névralgie intercostale, et même semble être une irradiation de cette névralgie. Les douleurs s'accompagnent le plus ordinairement d'un sentiment d'oppression qui se décèle par de profondes inspirations, par des bâillements et par le besoin de desserrer les vêtements qui pressent avec quelque force la région de l'estomac. Cependant, malgré cet état de souffrances si souvent renouvelées, souvent si étendues, la digestion paraît intacte, les aliments ne sont point rejetés, la nutrition des organes se fait d'une manière convenable, et les fèces, par leur consistance et leur aspect, annoncent une digestion complète de la matière alimentaire. La faim éprouve en même temps une modification plus ou moins remarquable; l'appétit est vif; mais à peine est-il entré quelques aliments dans l'estomac, que les malades éprouvent une satiété invincible. Quelquesunes cependant mangent beaucoup et avec avidité ; mais à peine le repas est-il fini que la faim se fait sentir de nouveau ; et le besoin est quelquefois chez elles si imprévu et si souvent renouvelé, qu'elles placent près de leur lit des ahments pour les prendre au milieu de la nuit. La soif, ordinairement augmentée, bien qu'il n'y ait ni fièvre, ni sécrétions abondantes, participe aux dérangements qu'éprouvent toutes les sensations qui se rapportent aux voies digestives. En un mot, dans l'ensemble de ces symptômes, il y a trouble dans les sensations, et il peut y avoir intégrité des fonctions.
A ces caractères nous reconnaissons évidemment une affection nerveuse et nous ne pouvons confondre les symptômes que nous avons décrits
MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
avec ceux des gastrites chroniques, ordinairement suivies de dogotîtpour les aliments, entraînant une douleur vive aussitôt après le repas, accompagnées de digestion difficile, et promptement suivies de diarrhée et de dépérissement. Du resfe, on doit remarquer que jamais les douleurs qui dépendent de la gastrite chronique ne disparaissent pour alterner avec des névralgies de la face ou de la tète ; tandis que, dans les gastralgies, nous voyons des affections, siégeant dans les nerfs des joues ou dans ceux du front, apparaître en même temps que se dissipent les douleurs d'estomac, et cesser ensuite avec le retour de ces dernières. Ce caractère est d'une haute importance, parce que les maladies qui se déplacent ont prohahlement toujours le même siège et la même nature, comme on peut le voir dans la succession des catarrhes et dans la marche des rhumatismes.
En cherchant à étahlir une différence entre les douleurs névralgiques de l'estomac et les affections inflammatoires de ce viscère, nous n'avons pas parlé des aigreurs et des vomissements qu'on observe si souvent dans les gastrites chroniques ; l'expérience nous ayant appris en effet que ces symptômes accompagnaient quelquefois des affections purement nerveuses, nous avons cru devoir les négliger comme signes différentiels.
La gastralgie, une fois établie, s'accompagne du dérangement plus ou moins notable dans les fonctions des intestins : les selles deviennent rares, les matières fécales dures, et des coliques se font assez souvent sentir.
Les gastralgies s'accompagnent presque toujours de leucorrhée ; ce flux ne préjuge rien sur l'utilité du Fer, car il s'observe de même dans certaines gastralgies auxquelles le Fer est bien loin de convenir.
La forme de gastralgie commune aux hommes et aux femmes qui ne présentent aucun symptôme de chlorose, a un caractère de fixité remarquable, bien différente en cela de cell î que nous venons d'étudier et qui alterne souvent avec des douleurs névrcdgiques occupant différents points de l'économie. Chez les femmes, elle est compatible avec une vive coloration de la peau, avec une menstruation peu abondante, mais rutilante, avec une leucorrhée chronique ; tandis que la gastralgie chlorotique s'accompagne, il est vrai, de leucorrhée; mais le sang des règles est décoloré, le teint est ordinairement pâle.
Or, tandis que la gastralgie qui se lie à la chlorose, et dont nous avons indiqué soigneusement les symptômes, se guérit assez facilement par les martiaux, l'autre est presque toujours aggravée par les mêmes moyens.
Le Fer, sous quelque forme qu'on l'administre, est utile dans la gastralgie chlorotique. La limaille d'acier, le Fer réduit, l'éthiops martial, le sous-carbonate de Fer, l'hydrate de peroxyde de Fer, sont employés le plus communément. Au début du traitement, on doit toujours proscrire les préparations solubles de Fer, parce qu'elles augmentent souvent la douleur.
Les martiaux, dans les gastralgies, sont donnés d'abord mêlés à un extrait amer et à quelque préparation aromatique.
FER
11 arrive quelquefois qu'une dose de Fer minime augmente la gastralgie pendant plusieurs jours. Cet accident décourage les malades, il ne doit pas effrayer le médecin. Celui-ci continuera aux mômes doses jusqu'à ce que la gastralgie en soit au même point qu'avant le commencement du traitement; il pourra aussi associer quelques centigrammes de poudre de belladone aux préparations ferrugineuses. On augmente alors la dose de Fer, et ainsi de suite jusqu'à ce que l'on prenne à chaque repas 2 grammes ■on tout au moins 1 1/2 gramme de limaille. On passera ensuite aux préparations solubles, que l'on continuera jusqu'à la fin du traitement. Du reste, nous devons recommander les mêmes précautions que dans le traitement de la chlorose, c'est-à-dire que l'usage du Fer doit être suspendu et repris plusieurs fois, lors même que la gastralgie serait entièrement guérie.
Quand il y a en même temps gastralgie et pyrosis, le Fer est ordinairement mal supporté. Il convient alors de donner d'abord, pendant •quelques jours, de la magnésie à dose légèrement laxative, et un peu plus tard une infusion de quassia amara ou de simarouba. Après cette médication préalable, les martiaux retrouvent toute leur opportunité.
Ce que nous avons dit plus haut des névralgies de la face s'aj^plique encore aux gastralgies. 11 arrive, et cela s'observe surtout chez les femmes qui depuis de longues années ont l'estomac douloureux, il arrive, disonsnous, que, malgré les préparations martiales, et lorsque l'appétit et les forces sont revenues depuis longtemps, la gastralgie persiste avec une opiniâtreté désolante. Les emplâtres de thériaque, les frictions avec le cérat au datura ou à la belladone, les vésicatoires ammoniacaux, simples ou saupoudrés de morphine, les cautères, les moxas, l'usage interne du bismuth, de la magnésie, des solanées vireuses, de l'opium, compléteront alors celte difficile guérison; comme aussi ces moyens thérapeutiques sont quelquefois nécessaires au début du traitement pour diminuer la vivacité des douleurs que le Fer augmente dans certains cas.
Il nous reste encore, avant de passer outre, à indiquer quelques préceptes relatifs au régime.
Les aliments que l'estomac digère sans douleur varient presque autant que les malades; quelques personnes ne peuvent supporter que du lait; les autres sont moins fatiguées par les viandes que par les légumes ; celles-là recherchent les pâtes et les préparations du même genre.
Ces dispositions individuelles doivent être prises en considération lorsqu'il s'agira de prescrire le régime , car il ne faut point imiter ces médecins qui, considérant la digestibilité des aliments d'une manière absolue, imposent à tous leurs malades une nourriture identique : il faut considérer les susceptibilités spéciales, et, quelque bizarres qu'elles puissentparaître, suivre les indications qu'elles présentent. C'est la méthode que nousavons suivie aussi constamment qu'il nous a été possible, permettant au malade les aliments que son expérience journalière lui avait fait connaître pour les plus digestibles. Nous avons tâché, au reste, d'en modérer la quantité
32 MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
au point dé ne permettre que le quart ou la moitié des aliments dont fait usage un individu en santé ; et lorsqu'il n'existait de répugnance pour aucun aliment, nous prescrivions les bouillons gras, les viandes blanches, rôties, etc., évitant autant que possible les légumes farineux, tels que les haricots, les lentilles, dont l'usage trop souvent répété dans les hôpitaux est certainement l'une des causes qui y rendent les succès plus rares qu'en ville, prescrivant au contraire les légumes verts et les fruits.
Les névralgies qui occupent d'autres parties que les nerfs de la face et ceux de l'estomac se doivent traiter exactement de même que la névralgie temporo-faciale, quant aux remèdes topiques ; et, comme la chlorose, par les moyens généraux.
Asthme. — Amaiirose. — Coqueluche. — Certaines névroses ont été avantageusement traitées par le Fer.
De ce nombre, nous pourrions citer l'asthme nerveux, l'amaurose, la coqueluche.
L'asthme nerveux a été guéri par M. Battaille, de Versailles, à l'aide des préparations martiales longtemps continuées à haute dose. 11 a employé cette médication dans trois cas ; c'était chez trois femmes : la première était évidemment chiorotique ; les deux autres ne semblaient pas l'être. Mais l'asthme nerveux eût-il été ici un accident delà chlorose, le résultat thérapeutique de M. Battaille n'en serait pas moins très-important. Il en résulterait la confirmation de ce fait, que nous avons proclamé si souvent dans cet ouvrage, savoir que les indications thérapeutiques se tirent plutôt de l'état général que de l'état local.
M. Blaud, de Beaucaire, a rapporté, dans le Bulletin de Thérapeutique (t. XVII, nov. 1839), l'histoire d'une chiorotique qui avait depuis un an une amaurose. Ce praticien pensa que le sang, dans l'état d'appauvrissement où il se trouvait, n'excitait plus convenablement l'appareil de la vision. 11 donna du Fer, et la malade recouvra en même temps la santé et la vue. M. Bretonneau a fait la môme observation chez un homme devenu cachectique h. la suite de fièvres intermittentes prolongées.
Dans la coqueluche, les docteurs Steymann et Ghisholme ont préconisé le sous-carbonate de Fer. Ce médicament n'est pas employé seul et à tous les stades de la maladie. Ces médecins le bannissent formellement dans la première période, et ils veulent que toujours on donne préalablement des émétiques. Plusieurs faits bien constatés semblent déposer en faveur de cette médication. La dose de sous-carbonate de Fer est de 50 centigrammes à 4 grammes. En quelques jours, suivant ces praticiens, la violence des quintes cesse, et il ne reste bientôt plus qu'une toux catarrhale. Nous regrettons de n'avoir pas tenté cette médication dans notre pratique.
niénorrhagie. — Aménorrhée. — Hémorrhagîe. — Anémie. — Beaucoup
de médecins, bons observateurs d'ailleurs, pensent que la chlorose est nécessairement caractérisée par une diminution notable ou par la suppression totale du flux menstruel. Ils regardent la ménorrhagie, c'est-
FER
à-dire l'ccoulement immodéré des règles, comme un accident tellement insolite dans cette maladie, qu'ils l'excluent formellement. Il leur est pourtant impossible de ne pas voir souvent, dans leur pratique, des femmes profondément anémiques et auxquelles il ne manque aucun des accidents généraux de la chlorose, et qui, chaque mois, éprouvent d'abondantes pertes de sang. Dans ce cas ils établissent une distinction : ils appellent anémiques les femmes qui sont dans ce dernier cas, et ddoroliques celles qui sont incomplètement réglées.
Et pourtant, ainsi que nous le disions tout à l'heure, il ne manque à ces femmes anémiques aucun des symptômes de la chlorose : ni l'extrême pâleur, ni la décoloration du sang, ni le bruit de souffle du cœur et des principaux vaisseaux, ni les névralgies diverses : de sorte que si, interrogeant chez ces malades toutes les fonctions, tous les appareils, on omettait seulement les organes générateurs, on ne pourrait méconnaître la chlorose.
A notre tour, nous essayerons d'établir une distinction entre Vanémie et la chlorose. L'anémie est un état accidentel ; elle est causée immédiatement, sans transition, par d'abondantes pertes de sfing : en quelques jours, en quelques heures on devient anémique. La chlorose est un état permanent, ordinairement lent à se développer, lent à abandonner la malade, toujours prêt à se produire sous l'influence delà cause en apparence la plus indifférente. L'anémie est un état essentiellement transitoire : quelques semaines suffisent à la réparation du sang et au retour complet des forces, sans qu'il soit besoin d'autres secours que ceux que donne un bon régime diététique. La récidive n'est jamais à craindre, à moins qu'une nouvelle perte de sang ne vienne placer la malade dans do semblables conditions.
A ces signes qui distinguent l'anémie de la chlorose, M. Burcq en ajoute deux autres. Il dit avoir observé que la sensibilité cutanée, conservée chez l'anémique, est altérée chez la chlorotique, et que l'anesthésie relative qui en résulte ne se montre pas d'une façon égale sur les différentes régions de la peau. 11 dit en outre que la puissance musculaire, diminuée chez l'anémique, l'est à peu près également dans tous les muscles, tandis que chez la chlorotique cet abaissement de la puissance contractile se montre dans certains groupes de muscles beaucoup plus que dans d'autres ; si bien que si l'on mesure la force respective des deux membres supérieurs au dynamomètre, il y aura chez l'anémique une diminution de force qui conservera la différence de puissance qu'on constate d'habitude entre les deux côtés, tandis que chez la chlorotique le côté droit pourra être le plus affaibli, et inversement le côté gauche, si la personne est gauchère. {Gazette des hôpitaux, 1864, p. 118.)
Jusque-là rien ne semble plus simple que la distinction entre ces deux maladies ; mais il s'en faut de beaucoup que, dans la pratique, la nature mette les malades dans deux camps aussi nettement séparés.
Tous les jours nous voyons chez une femme, chez une jeune fille, une
3i MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS,
impression morale être la cause déterminante de la chlorose; plus souvent encore le début de la maladie remonte évidemment à l'époque d'une première application de sangsues par laquelle il y a eu, en somme, peu de sang d'évacué.
Cela posé, nous comprendrons sans peine comment un saignement de nez trop copieux, une saignée abondante, des applications de sangsues répétées, un flux menstruel considérable, peuvent mettre dans des conditions telles, que la chlorose éclatera, c'est-à-dire qu'au lieu d'une simple anémie, maladie transitoire, et curable aisément par les seules forces de la nature, il se développera un état spécial de l'économie en vertu duquel la décoloration et la liquéfaction du sang augmenteront tous les jours, bien que les pertes de sang qui y avaient primitivement donné lieu ne se soient plus répétées.
Ici donc l'anémie a été le point de départ de la chlorose ; elle a disposé l'économie à la chlorose, elle a rendu celle-ci facile et plus rapide dans son développement.
Or, il convient d'examiner maintenant la part que l'anémie et la chlorose peuvent avoir dans les hémorrhagies.
Sans nous occuper ici des distinctions classiques entre les hémorrhagies actives et les hémorrhagies passives, on ne peut se refuser à croire que les hémorrhagies utérines et autres tantôt se lient à un état de l'économie dans lequel les réactions sont énergiques et oti les phénomènes tant généraux que locaux indiquent une surabondance de vie, tantôt surviennent chez des individus qui se trouvent dans des conditions tout à fait opposées. Nous voulons bien admettre que dans toutes les hémorrhagies (les hémori'hagies traumatiques et hypostatiques exceptées) il y a un travail local préalable, analogue, sinon identique, aux premiers phénomènes de l'inflammation; mais nous ne voulons avoir égard ici qu'aux conditions organiques générales, ne tenant aucun compte des conditions locales.
Or, les conditions générales de l'économie jouent ici un rôle d'une extrême importance. Lorsque, le molimen hémorrhagique étant le même, le sang est dans des conditions difi'jrentes, il est impossible que le flux ne soit pas, et il est en efl"et considérablement modifié par le degré de plasticité du sang.
Pour prendre d'abord les exemples les plus simples, voyons ce qui se passe dans une plaie récente, soit qu'on l'observe chez un homme vigoureux, pléthorique ; soit, au contraire, qu'on l'observe chez un homme profondément anémique.
Chez le premier, l'hémorrhagie peu abondante s'arrête promptement; et s'il a fallu lier de gros troncs artériels, il est superflu d'employer aucun moyen hémostatique pour s'opposer à l'écoulement du sang par les vaisseaux capillaires : tandis que chez le second, même après la ligature des plus petits troncs vasculaires, il s'écoule encore une quantité considérable de sang, ou du moins d'une sérosité rougeâtre, qui imbibe profondément
FER
les pièces de l'appareil, et dont l'abondance peut compromettre gravement les jours du malade.
Ce qui s'observe cbez l'homme se remarque également chez les animaux considérés comme genre. Ainsi, tandis que l'on peut, sur un chien, amputer les membres, faire d'énormes mutilations, sans que la vie soit compromise par l'héniorrhagie ; au contraire, les lapins périssent exsangues après une blessure peu importante. La plasticité du sang des chiens met obstacle à l'hémorrhagie, qui, au contraire, est favorisée par l'état de dissolution du sang des lapins.
Or, la disposition des individus anémiques pour les hémorrhagies est évidente dès les premiers moments qui suivent la perte de sang. Ainsi, si l'on applique pour la première fois quelques sangsues à un enfant, la perte de sang qui en résultera sera, toutes choses égales d'ailleurs, beaucoup moindre que celle qui suivra la seconde application ; et celle-ci sera moindre encore que l'hémorrhagie qui suivra une troisième application : à ce point qu'on a vu, malheureusement trop souvent, la piqûre d'une seule sangsue déterminer une hémorrhagie mortelle chez un enfant épuisé déjà par des pertes de sang.
Que si l'anémie, considérée comme un état transitoire et en quelque sorte aigu, peut avoir sur les hémorrhagies une influence aussi immense, combien plus grande ne sera pas cette influence si elle dure depuis longtemps, si surtout la chlorose s'est déclarée avec tous ses accidents !
Maintenant, transportons à la membrane muqueuse de l'utérus ce que nous disions tout à l'heure en thèse générale. Si une femme ou une jeune fille ont des règles trop abondantes, il arrivera sans doute que, pendant quelques mois, l'intervalle qui sépare chaque époque menstruelle suffira à la reconstitution du sang; mais bientôt la répétition des mêmes accidents amènera l'anémie et en définitive la chlorose. Que si le molimen hémorrhagique reste le même, le flux, en vertu de ce que nous disions plus haut, deviendra d'autant plus abondant ; et la chlorose, cause de l'augmentation de l'hémorrhagie, sera elle-même aggravée par l'hémorrhagie ; et la malade, tournant sans cesse dans ce cercle, ne tardera pas à péricliter.
Ainsi, ne perdons point de vue ces faits principaux : la chlorose est produite par de fortes menstrues ; la chlorose peut rendre la menstruation encore plus abondante. En d'autres termes :
Des règles trop copieuses causent l'atténuation et la dissolution du sang.
L'atténuation et la dissolution du sang sont une cause d'hémorrhagie utérine.
Il y a donc une forme de la chlorose que l'on pourrait appeler ménorrhagique.
Or, cette forme de la chlorose est-elle commune chez les jeunes filles? elle est rare : d'après nos relevés, nous ne l'évaluons qu'au douzième des cas. Chez les femmes adultes, elle est plus commune. Toutefois, nous ferons remarquer que nos observations, tant dans notre hôpital que dans
MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
notre pratique particulière, ne comprennent pas un assez grar^d nombre de faits pour pouvoir servir à une statistique complète.
Nous avons recueilli un assez grand nombre de cas de chlorose ménorrhagique :les uns sur des jeunes filles, les autres sur des femmes mariées. Aucune de ces malades n'avait de lésion organique de l'utérus : nous l'avons constaté positivement sur toutes les femmes mariées ; et chez les vierges, où pareil examen eût été difficile et peu convenable d'ailleurs, nous avons jugé, par la rapidité de la guérison, par le bon état dans lequel nous les avons vues ensuite durant plusieurs années, que la matrice était exempte de lésions graves.
Arrivons maintenant à la thérapeutique.
Deux circonstances capitales s'offrent aux yeux des médecins : d'une part la ménorrhagie, d'autre part la chlorose.
La ménorrhagie se combat par des moyens que l'on est habitué de regarder comme contraires h. la chlorose ; à la chlorose, dont le traitement passe pour être propre à exciter le flux menstruel. Le praticien se trouverait donc placé entre deux ccueils qu'il serait peut-être impossible d'éviter.
Voyons pourtant s'il est vrai que les préparations martiales, si puissantes dans le traitement de la chlorose, sont en effet un médicament emménagogue. On ne saurait mettre en doute que, chez une femme chlorotique qui a une aménorrhée, le Fer ne rétablisse la santé et le flux utérin ; mais le Fer a-t-il agi comme emménagogue ou comme reconstituant? c'est ce qu'il convient d'examiner.
Toutes les fois que nous donnons des préparations ferrugineuses, dans le cas de chlorose compliquée d'aménorrhée, le premier phénomène que nous observions, c'est la recoloration des tissus et, en même temps, la diminution progressive des appétits dépravés, des maux d'estomac, des palpitations de cœur, de l'essoufflement, du bruit du souffle dans les vaisseaux, de la soif, etc. : de sorte qu'après six semaines ou deux mois d'un traitement bien fait, les apparences de la santé la plus florissante sont revenues; tout va bien; mais les règles manquent encore; même il n'est pas rare qu'en continuant ce traitement, on voie survenir les signes d'une véritable pléthore sanguine ; et pourtant les règles ne viennent pas.
La santé est donc rétablie, la chlorose est guérie; l'aménorrhée ne l'est pas encore. A leur tour bientôt, les règles apparaissent pour suivre désormais leur cours normal. Or, ici le Fer a agi d'abord comme reconstituant; et quand une fois la santé a été rétablie, les fonctions de la santé, la menstruation entre autres, se sont rétablies à leur tour. La malade n'a donc pas recouvré la santé parce que, sous l'influence du Fer, ses règles sont revenues; mais, tout au contraire, les règles sont revenues parce que la malade a recouvré la santé sous l'influence du Fer. Cela est de la dernière évidence ; car s'il en était autrement, nous aurions vu le retour de la menstruation être le signal du retour de la santé, et c'est le contraire qui a eu lieu.
C'est pour n'avoir pas suivi l'évolution et la succession de ces divers
phénomènes que les praticiens se sont tous imaginé que le Fer était un emménagogue; et cette erreur, accréditée depuis des siècles, prévaudra longtemps encore contre les faits les plus patents, contre l'observation la plus rigoureuse; car nous sommes ainsi faits, que nous conservons volontiers une erreur, et que nous résistons opiniâtrément à la vérité.
Allons plus loin : non-seulement le Fern'estpas un emménagogue, mais, tout au contraire, il est un hémostatique. Ainsi, et nous le disons pour l'avoir expérimenté en grand dans notre hôpital : chez les femmes bien réglées d'ailleurs et non chlorotiques, l'administration du Fer retarde le plus souvent, et diminue la fluxion menstruelle ; nous disons le plus souvent, et non toujours.
Ceci posé, voyons à quel point se simplifient les indications thérapeutiques dans la chlorose ménorrhagique :
Indication principale, traiter la chlorose.
Indication secondaire, traiter la ménorrhagie.
Et le traitement de la ménorrhagie est tellement ici l'indication secondaire, que presque jamais on n'a à s'en occuper.
En effet, en donnant à hautes doses, entre deux périodes menstruelles, des préparations ferrugineuses, on parvient aisément à rendre au sangla plasticité qu'il avait perdue; et vingt-cinq jours ne s'écoulent pas sans que le teint ait recouvré sa coloration presque normale, et que les veines sous-cutanées aient repris leur volume et leur couleur bleuâtre. Lors donc que les règles reviennent, déjà le sang est dans de telles conditions, que l'hémorrhagie sera moins facile, et le plus souvent les règles sont beaucoup moins abondantes, bien que beaucoup plus colorées.
Nous avons vu pourtant quelquefois la ménorrhagie augmenter malgré le traitement, et peut-être à cause du traitement ; mais dans ce cas même la débilité et la décoloration qui suivaient l'époque menstruelle furent beaucoup moins prononcées que le mois précédent, et peu de jours suffirent pour réparer cette hémorrhagie. Mais remarquez que dans un cas pareil, lors même qu'une femme perd, absolument parlant, plus de sang qu'elle n'en perdait antérieurement, l'hémorrhagie relative est beaucoup moindre. 11 en résulte que l'atteinte portée à la santé par l'hémorrhagie est nulle ou presque nulle, le traitement réparant presque immédiatement les dommages causés par la maladie.
Que si, malgré l'usage des préparations martiales, la menstruation est aussi abondante que par le passé, si même son abondance augmente, il est important d'avoir encore d'autres moyens, qui, presque toujours, suffisent pour tempérer le flux du sang.
En première ligne, nous placerons la poudre d'ergot de seigle, les acides, le ratanhia, le tamponnement, la poudre d'écorce de quinquina jaune donnée à la dose de 2 à 3 grammes par jour, etc., etc.
Dès que les règles sont passées, il faut reprendre pendant huit ou dix jours les médicaments ferrugineux à une dose plus ou moins forte, suivant l'état de débilité delà malade. Que s'il reste encore un peu d'anémie
38 MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
ou de chlorose, il faut insister sur le Fer pendant tout le mois, et même durant la menstruation, si les règles ne sont pas assez abondantes pour nécessiter l'emploi d'un autre moyen.
Telles sont les règles pratiques que nous avons dû tracer rapidement, laissant au médecin le soin de suppléer à des détails minutieux dont on apprend h connaître Tiniportance lors seulement que l'on se trouve aux prises avec une malade rebelle.
Ce qui s'observe chez les chlorotiques pour les hémorrhagies utérines se remarque encore chez ces mêmes malades pour les hémorrhagies nasales. Nous avons connu une demoiselle chlorotique, âgée de vingt et un ans ; elle avait presque tous les jours des épistaxis extrêmement abondantes. Vainement avait-on essayé les acides, les astringents à l'intérieur, et surtout en injection dans les fosses nasales ; le quinquina en poudre pris à l'intérieur qui, dans ce cas, réussit presque invariablement, avait lui-même échoué ; le saignement de nez se renouvelait sans cesse. L'usage du sous-carbonate de Fer à hautes doses guérit la chlorose et modéra beaucoup les pertes de sang.
Ce serait se tromper que de croire que les hémorrhagies utérines et nasales ne se guérissent, par les martiaux, que chez les jeunes filles chlorotiques. Nous avons déjà plusieurs fois traité des femmes à l'âge de retour qui étaient épuisées par des métrorrhagies répétées. Malgré la crainte manifestée par les médecins appelés avant nous, nous insistions hardiment sur les pr'-parations martiales, et nous parvenions aisément à modérer l'hémorrhagie. Cette pratique d'ailleurs est conforme à celle de Phil. Frid. Gmelin {Dissert, de probalo tutoque usuinternovitrioli Ferri adversus hœmorrhagias spontaneas largiores. Tubing. Tliesaur. mat. med., t. II).
Le Fer, dans ce cas, a une double action, ainsi que nous le disions plus haut. D'abord il répare les pertes cruoriques et fibrineuses que la malade vient de faire; et ensuite, par cela qu'il augmente la plasticité du sang, qu'il le rend plus coagulable, il met ce fluide dans des conditions physiologiques telles, qu'il sera exhalé moins facilement.
Bien différents des autres médicaments hémostatiques, qui, pour un moment, donnent au sang une coagulabilité plus grande, sans le reconstituer, et par conséquent sans remédier à autre chose qu'à l'accident actuel, le Fer peut encore trouver son opportunité dans le traitement de certaines phases du mélaena et des hémorrhoïdes : non qu'il lutte utilement contre la lésion organique qui donne lieu ici à l'hémorrhagie ; mais il remédie à l'anémie consécutive, et, en rendant au sang de la plasticité, il peut guérir, si l'hémorrhagie est uniquement sous la dépendance de l'état de dissolution du sang ; il peut tempérer, si la dissolution du sang, bien que consécutive, est elle-même cause de l'hémorrhagie. En un mot, il faut répéter ici ce que nous avons dit plus haut à propos de la ménorrhagie. Il importe de se rappeler les résultats auxquels sont arrivés MM. Andral et Gavarret dans leurs analyses du sang. Ils ont vu que chez les individus atteints d'apoplexies sanguines avec épanchement, la partie cruorique
FER
élait plus abondante que chez le commun des malades. Dans ces hémorrhagies, qui, à bon droit, méritaient le nom d'activés, les préparations martiales seraient bien probablement nuisibles. Mais si ces observateurs eussent analysé le sang d'individus épuisés par le flux héraorrhoïdal, ils auraient évidemment constaté une diminution dans les globules cruoriques, et l'indication des martiaux aurait pu ressortir de cette constatation.
Concluons donc : 1° que le Fer n'est pas un emménagogue; 2" que, chez les chlorotiques, il semble provoquer les règles parce qu'il guérit la chlorose ; 3° qu'il modère en général le flux utérin chez les femmes dans l'état de santé ; 4° qu'il tempère les hémorrhagies utérines, celles du moins qui ne paraissent pas liées à un état pléthorique ; 5° qu'il modère les hémorrhagies diverses qui surviennent chez les chlorotiques.
Dysménorrhée. — Quand les règles sont douloureuses, et que d'ailleurs le sang est un peu décoloré, l'administration des martiaux, pendant l'intervalle des époques menstruelles, suffit, dans un grand nombre de cas, pour faire cesser les accidents; mais lorsque cette médication a été insuffisante, il est convenable d'y ajouter quelques injections vaginales avec une forte décoction de datura stramonium ou de belladone, ou avec un peu d'huile tenant en dissolution quelques gouttes de chloroforme.
stérilité. — Les préparations martiales rendent les femmes fécondes ; c'est encore une propriété aussi authentique que les vertus emménagogues du Fer, et qui avait été parfaitemenc indiquée par Hippocrate (Ope»', ed. Fcesii, t. I, sect. v, p. 686). Ce fait s'explique aisément. Si l'on considère en effet que les femmes chlorotiques sont en général stériles, qu'il en est de même de celles qui sont trop abondamment ou très-douloureusement réglées, on concevra que les préparations martiales, qui peuvent remédier à tous ces maux, remédieront en même temps à la stérilité qui en est la conséquence. M. Blaud, de Beaucaire {Bulletin de Thérapeutique, t. XVII, nov. 1839), a confirmé, par des faits nouveaux, cette possibilité de guérir par le Fer la stérilité qui se lie à la chlorose.
Cachexies. — Dire, avec les auteurs des siècles derniers, que les préparations martiales remédient aux cachexies, c'est dire quelque chose de bien vague. C'est pourtant énoncer une proposition vraie en quelques points.
Si l'existence d'un cancer ou des écrouelles a fait prédominer dans le sang la partie séreuse ; si les hémorrhagies auxquelles donne lieu une tumeur carcinomateuse ulcérée jettent dansl'anémie ; si une alimentation mauvaise et insuffisante appauvrit le sang, il n'est pas douteux qu'à l'aide des ferrugineux on obtiendra, non pas une guérison, mais une modification avantageuse dans l'état général, modification qui pourra quelquefois faire naître des espérances de guérison qui ne se réaliseront pas, parce que la cause, toujours présente, sera plus puissante pour détruire que le remède pour reconstituer.
Hydropisies. — Engorgements viscéraux. — Il est certain que, dans
un état de choses très-avancé, le cœur ne fait plus ses fonctions d'une
MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.
manière normale, et qu'en outre le sang n'a plus ses qualités naturelles. Les troubles de la circulation générale et capillaire qui en résultent mettent l'économie dans les mêmes circonstances que s'il existait une lésion organique du cœur. De là l'engorgement des poumons, l'hypertrophie du foie, l'hydropisie, l'anasarque. Le Fer, en guérissant la chlorose, guérit tous ces accidents ; mais il n'en faut pas conclure que le Fer pourra guérir ces mêmes lésions quand elles ne reconnaîtront pas la même cause.
Fièvres intermittentes. — A la même considération se rattache ce que nous avions à dire de l'influence du Fer, non pas sur la fièvre intermittente, mais sur les accidents qui peuvent en retarder la guérison ou en provoquer le retour; M. Bretonneau a fait voir que les miasmes producteurs de la fièvre d'accès, avant de manifester leur action par des paroxysmes bien nettement déterminés, modifiaient souvent le sang à la manière de la chlorose ; que la fièvre intermittente se développait avec d'autant plus de facilité que le malade avait été saigné davantage, ou que son sang était plus appauvri ; que la fièvre, quand elle avait duré quelque temps, jetait les malades et surtout les femmes dans un état d'anémie très-prononcé, de sorte que l'anémie était à la fois cause prédisposante et effet. L'expérience avait déjà démontré à Sydenham, à Stoll, que le vin chalybé, et, en général, les préparations ferrugineuses, étaient un adjuvant utile du quinquina. M. Bretonneau, à l'exemple de ces grands maîtres, en avait introduit l'usage dans son hôpital, et il avait constaté l'extrême utilité de ce moyen pour prévenir l'invasion et le retour des fièvres d'accès et pour guérir la leucophlegmatie et les engorgements de la rate qui succédaient aux fièvres prolongées. Il a pour pratique de donner, dans ce cas, les martiaux plusieurs mois de suite, concurremment avec les préparations de quinquina. L'action fébrifuge immédiate attribuée au Fer par Marc {Journ. gén. de méd., 1810), par Martin {Bulletin de la Société méd. d'émulation, août 1811) et par d'Autier, dans des essais assez nombreux tentés par MM. Bretonneau et Barbier, d'Amiens, n'a pu être constatée.
Quant à l'emploi du bleu de Prusse comme succédané du quinquina dans le traitement des fièvres intermittentes, nous l'indiquons ici seulement, nous réservant d'en parler plus au long quand nous nous occuperons des préparations cyaniques (t. II). Mais déclarons d'avance que nous croyons bien peu à l'efficacité de ce remède dans le cas qui nous occupe.
Scrofules. — Parmi les nombreux médicaments qui ont été mis en usage contre les scrofules, les martiaux occupaient le premier rang avant la découverte de l'iode. Mais leur action est fort équivoque, et l'efficacité reconnue de l'iodure de Fer dans ces maladies ne peut ici servir de preuve suffisante.-
En effet, à l'égard de ce composé, nous croyons devoir présenter ici une observation. D'après les expériences de M. Cl. Bernard faites sur les animaux, expériences que M. Quévenne a répétées ultérieurement avec
FER
beaucoup de soin sur lui-même, l'iodure de Fer est à peine introduit dans l'estomac qu'il se fait presque immédiatement une sorte de départ entre les deux éléments constitutifs. Alors voici ce qu'on observe. Après un temps très-court, l'iode, qui a été rapidement absorbé, se retrouve dans la salive, et passe dans les urines en quantité assez notable. Cette élimination continue de s'effectuer ainsi, en proportions graduellement croissantes, puis décroissantes, de manière qu'après quarante-huit heures, les trois quarts de l'iode ingéré se trouvent rejetés par ces divers émonctoires, tandis qu'au contraire, après ce laps de temps, la quantité de Fer absorbée et entraînée par ce métalloïde est à peine appréciable. En raison de cette extrême différence dans les résultats de l'absorption, ne serait-on pas autorisé à conclure que dans les affections toutes spéciales contre lesquelles l'iodure de Fer est habituellement employé, c'est-à-dire les scrofules et les tubercules, la plus grande part d'action doit revenir à l'iode, sans prétendre toutefois que celle du Fer soit tout à fait nulle?
Cancer. — Quant à l'emploi du Fer dans les maladies cancéreuses, nous n'en dirons rien, sinon que tous les bons observateurs ont reconnu son inutilité à titre de moyen curatif, comme celle de tant d'autres agents thérapeutiques vantés avec un enthousiasme très-peu mérité. Mais s'il est vrai que le Fer n'a jamais guéri un cancer, nous reconnaissons cependant qu'il peut avoir quelques avantages dans la période cachectique delà maladie. Toutefois, les restrictions qu'à cet égard nous avons cru devoir établir au sujet de la phthisie, s'appliqueront avec plus de raison encore à l'affection cancéreuse, qui, malgré l'état d'anémie profonde et de débilité extrême des malades, est loin de s'accommoder toujours de la médication martiale.
Diabète. — M. Heine, de Berlin, regarde le sulfate de Fer administré à l'intérieur comme une sorte de spécifique dans le diabète sucré des enfants. 11 a cité, dans le Journal des maladies des enfants, deux faits qui semblent assez probants ; mais, avant de nous prononcer sur l'efficacité de ce moyen, nous attendrons que notre expérience personnelle puisse infirmer ou confirmer des résultats si rapides dans une maladie ordinairement si rebelle.
Leucorrhée, — Blennorrhagie. — Dans le catarrhe utéro-vaginal simple, qui est lié à l'état de chlorose, le Fer a une évidente utilité ; mais il augmente au contraire les flueurs blanches qu'éprouvent les femmes fortement colorées. 11 ne modifie que bien peu non plus la leucorrhée qui s'accompagne d'une ulcération du col de l'utérus.
Quant à la blennorrhagie, elle a pu, dans quelques cas, être guérie par les martiaux ; et l'on sait que les artisans, dans la dernière période de la maladie, lorsque les symptômes inflammatoires sont passés, se guérissent souvent en buvant, en grande quantité, et pendant plusieurs jours, l'eau dans laquelle les forgerons éteignent le fer rouge, et cette eau, comme on sait, est très-ferrugineuse : mieux vaudrait sans doute, si l'on voulait essayer dans la blennorrhagie les préparations martiales, employer de hautes doses ou de tartrate ou de chlorure de Fer. Ajoutons
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MEDICAMENTS RECONSTITUANTS.
ici que M. Ricord a très-souvent recours à une solution de tartrtitede Fer et de potasse (4 à 8 grammes pour 100 grammes d'eau) pour panser los ulcères vénériens, surtout dans les cas où ces ulcères menacent de revêtir le caractère phagédénique.
Conservation de l'eau. — Depuis quelque temps on fait usage dans la marine de coffres de tôle, dans lesquels on renferme l'eau pour les voyages de long cours. Le sous-carbonate de Fer, qui se forme et qui se dissout dans l'eau en très-petite quantité, a le double avantage d'y empêcher le développement des plantes et des animaux infusoires, et par conséquent de la préserver de la corruption, et en même temps d'agir utile ment sur la santé des matelots.
Empoisonnement par l'arsenic. — On a préconisé le peroxyde de Fer hydraté dans le traitement de l'empoisonnement par l'acide arsénieux.
Dans ce cas il se forme un arsénite de Fer insoluble, ou du moins assez peu soluble pour que les médicaments purgatifs puissent l'entraîner au dehors, avant qu'il ait eu le temps d'infecter l'économie. Mais il est bon de faire observer que l'arsénite de Fer peut être dissous très-bien par les acides lactique et chlorhydrique qui se forment naturellement dans l'estomac ; il est donc important de les saturer, ce que l'on fait en administrant un excès d'hydrate de peroxyde de Fer.
On conçoit que cette importante propriété ne sera utile que si l'on est promptement appelé à donner des secours au malade, car peu d'instants suffisent pour que l'arsenic exerce sur l'économie des ravages généraux et locaux irrémédiables.
Ici pourtant nous ne devons pas passer sous silence une observation qui, dans certaines expertises médico-légales, pourrait acquérir une grande importance, savoir, que l'hydrate de peroxyde de Fer lui-même est souvent arsenical, lorsqu'il a été préparé au moyen du sulfate de Fer du commerce.
Empoisonnement par les sels tle cuivre. — La limaille de Fer est
encore un des meilleurs antidotes dans le cas d'empoisonnement par les sels de cuivre. La limaille doit avoir tout son éclat métallique. Dans ce cas, la réaction suivante a lieu : il se forme un sel de Fer qui ne peut être nuisible, et le cuivre se précipite à l'état métallique.