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ACTION THÉRAPEUTIQUE DU TANNIN

Nous allons indiquer très-sommairement ce que nous savons de l'emploi thérapeutique du Tannin pur, nous réservant d'insister davantage sur les médicaments qui en contiennent une grande quantité, et qui ont été employés dans mille circonstances par tous les médecins.

La solubilité du Tannin, la facilité de son administration, l'ont fait employer dans tous les cas où l'on conseillait les astringents.

A l'intérieur, dans les diarrhées chroniques, à la dose de 1 à 5 centigrammes chez les enfants ; 5 à 50 centigrammes chez les adultes. Dans les hémorrhagies graves, à la dose de 10 centigrammes toutes les deux heures, jusqu'à concurrence de 4 grammes. Dans les blennorrhagies chroniques, dans les catarrhes pulmonaires et utérins, à la dose de 25 à 50 centigrammes par jour, pendant un et même deux mois.

M. Charvet, professeur à l'École secondaire de médecine de Grenoble, a employé avec avantage le Tannin pour combattre les sueurs qui fatiguent tant les phthisiques. Il le donne à la dose de 2 d/2 à 10 centigrammes dans les vingt-quatre heures, ordinairement le soir, et associé à l'opium.

M. Mialhe, guidé par la théorie chimique qu'il s'était faite sur l'albuminurie, avait proposé de combattre cette affection par le Tannin. D'après cette indication, quelques médecins employèrent ce moyen, non sans quelque avantage. M. le docteur Garnier et le docteur TiUing, de la province de Venise, entre autres, ont montré que le Tannin donné à assez haute dose (2 à 4 grammes), et associé au quinquina, modifie surtout d'une manière notable l'anasarque qui coïncide avec les urines albumineuses. En outre, on voit les urines elles-mêmes devenir plus abondantes et recouvrer peu à peu leurs caractères physiologiques ; en même temps

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le malade reprend de l'appétit et des forces ; en un mot, les principaux symptômes s'amendent assez rapidement, quelquefois même dès les premiers jours. Mais, pour épargner bien des mécomptes, nous devons ajouter que ces bons résultats s'observent à peu près exclusivement dans les albuminuries aiguës ou au moins encore assez récentes, c'est-à-dire dans les cas où la lésion rénale est légère ou superficielle , tandis que si l'on a affaire à une maladie de Bright avancée, le Tannin échoue, ou du moins ses effets ne sont pas durables.

M. Chansarel, de Bordeaux, dont le père a fait sur le Tannin des travaux d'un grand intérêt, a publié dans le Bulletin médical de Bordeaux ( octobre 1840 ) un mémoire sur l'emploi thérapeutique du Tannin. Ce travail, dans lequel l'auteur ne s'est peut-être pas défendu d'un peu d'exagération, met le Tannin au rang des médicaments dont la médecine aurait le plus h. se louer. Outre les propriétés curatives que nous avons indiquées plus haut, et qu'il lui reconnaît volontiers, il en a ajouté d'autres qui seraient encore plus précieuses. 11 a constaté que le Tannin guérissait les fièvres intermittentes aussi bien que le sulfate de quinine. Dans ce cas, il ordonne ce médicament à la dose progressive de 60 centigrammes à 2 grammes dans ISO grammes d'eau, associé à un mucilage de gomme arabique. Il fait prendre au malade une cuillerée à soupe de cette solution de trois heures en trois heures pendant l'intervalle des accès. Gela ne ferait que confirmer ce qui avait été dit au commencement de ce siècle par Pezzoni. ( Histoire de la Société de médecine pratique de Montpellier, 1807.)

Ajoutons que, tout récemment, M. le docteur Leriche, de Lyon, a mis hors de doute les excellents résultats du Tannin, employé comme succédané du quinquina dans les fièvres intermittentes. Ces résultats concordent d'ailleurs parfaitement avec les idées que nousprofessons sur le mode d'action du quinquina, ou du sulfate de quinine, considéré comme antipériodique, c'est-à-dire qu'à nos yeux la propriété antipériodique du Tannin, d'ailleurs exagérée par ces différents auteurs, pourrait bien n'être que la conséquence des propriétés astringentes, toniques et reconstituantes que ce médicament possède à un degré très-éminent.

M. Chansarel prescrit encore le Tannin comme anthelminthique. « Les enfants auxquels je l'ai fait prendre, dit-il (ibid.), soit en sirop, soit en potion, soit en lavements, à la dose de 30 à 50 centigrammes, se sont parfaitement bien trouvés de son emploi, et ont rendu une grande quantité de vers. »

Enfin, nous ne devons pas omettre ce qui a trait aux vertus du Tannin comme antidote. Le Tannin, suivant M. Chansarel, serait l'antidote certain des empoisonnements par le vert-de-gris et les autres préparations cuivreuses, le plomb et les préparations saturnines, le tartre émétique et les préparations antimoniales, les mouches cantharides, l'opium et ses composés, la ciguë, la jusquiame, la datura stramonium, les alcalis organiques en général, les champignons, etc. ( Chansarel, Journal de la

TANNIN

Société de médecine de Bordeaux, 2* série, t. VIII, p. 316.) Sans partaf^or l'enthousiasme de M. le docteur Chansarel pour le Tannin considéré comme antidote, nous n'en reconnaîtrons pas moins très-volontiers que, dans les empoisonnements dont nous venons de parler, le Tannin rend évidemment des services.

La propriété astringente du Tannin a donné à M. Voiliez l'idée de l'employer contre l'élément catarrhal des maladies des voies respiratoires. Suivant cet observateur, le Tannin, donné par pilules de O^^IS jusqu'à concurrence de soixante par jour, aurait promptement modifié des bronchites aiguës dont le déclin semblait se faire trop lentement. Dans ces cas, la quantité des crachats expectorés et des râles reconnus à l'auscultation aurait diminué du jour au lendemain d'une manière remarquable. M. Voiliez, pensant que dans ces cas le Tannin agissait surtout en modérant la circulation bronchique, fut conduit à employer le Tannin dans les congestions pulmonaires des fièvres, et en particulier dans la fièvre typhoïde. M. Voiliez a une telle confiance dans l'action du Tannin pour décongestionner le poumon, qu'il regarde ce médicament comme une pierre de touche pour diagnostiquer la phthisie; puisque, la congestion une fois disparue, les bruits persistants devraient tous être mis sur le compte de l'affection organique. Mais cette épreuve n'est guère possible que dans les phthisies atoniques, car, M. Voiliez le reconnaît lui-même, le Tannin aggrave les phthisies fébriles et éréthiques. {Bulletin deTliérapeutique, 1863.)

A l'extérieur, en gargarisme, à la dose de 4 grammes pour 230 grammes d'eau dans les phlegmasies chroniques de la membrane muqueuse, buccale et pharyngienne.

En poudre, en guise de tabac, dans les épistaxis rebelles et les coryzas aigus ou chroniques. En injection, dans le traitement des blennorrhagies vaginales et urétrales, à la dose de 10 à oO centigrammes pour 30 grammes de véhicule. En lavement, dans la proctorrhée, dans la diarrhée chronique, dans la dysenterie chronique, à la dose de 1 à 1/2 gramme pour 500 grammes d'eau. En collyre, dans l'ophthalmie catarrhale, à la dose de 10 à 20 centigrammes pour 30 grammes d'eau. En pommade, dans le traitement topique des dartres et dans la fissure à l'anus. Uni cà la glycérine, le Tannin a réussi dans certaines formes herpétiques rebelles, notamment dans l'herpès praîputialis. — Le tamponnement du vagin avec un mélange de glycérine 80 grammes, et Tannin 20 grammes (Demarquay), s'est montré très-efficace dans la vaginite soit aiguë, soit chronique. On renouvelle ce tamponnement toutes les vingtquatre heures. La pommade au Tannin a exactement les mêmes avantages.

Glycérê de Tannin [Codex], {Glycerinum cum Tannino).

Tannin pulvérisé 10

Glycéré d'amidon , 30

Mêlez avec soin.

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Dans CCS derniers temps, le Tannin, employé topiquement, à l'instar de l'alun, a été préconisé par quelques praticiens dans le traitement des angines couenneuses et même diphlhéritiqucs.

Pour diminuer la phlegmasie de la peau dans les érysipèles, nous avons pour habitude de faire étendre à l'aide d'un pinceau sur la partie malade une couche de la solution suivante : Tannin 20 grammes, camphre 40 grammes, éther sulfurique 100 grammes. L'éther, en se volatilisant, laisse sur la peau une poussière de Tannin et de camphre qui agit comme sédatif et résolutif.

En épithème sur la peau, quand on veut resserrer les tissus, résoudre les nœvi materni, etc., etc. N'omettons pas de mentionner qu'associé au benjoin et appliqué dès le début sur les pustules varioliques, le Tannin a été proposé par M. HomoUe comme moyen abortif, surtout à la face, à l'effet de prévenir les cicatrices difformes.

Enfin M. Mialhe se sert d'une solution de Tannin pour constater dans l'urine la présence d'une espèce d'albumine non précipitée par l'acide azotique et qu'il nomme alburninose.

On doit à M. Debauque, pharmacien à Anvers, d'avoir le premier signalé la solubilité de l'iode par le Tannin. D'après cette indication, M. Boinet avait pris pour règle générale, dans sa pratique, d'administrer l'iode dans la plupart des sirops astringents renfermant de l'acide tannique, comme les sirops antiscorbutiques, de raifort, de gentiane, de noyer, de quinquina, d'écorces d'oranges amères.

De la combinaison de l'iode avec le Tannin ou liqueur iodo«tan-

nique. — Dans ces dernières années, MM. Socquet et Guillierraond (de Lyon) ont eu l'idée d'associer dir(!Ctement l'iode au Tannin. Cette nouvelle forme pharmaceutique a pour avantage de rendre l'iode soluble, et de lui faire perdre ses propriétés caustiques et son odeur, sans lui enlever aucune de ses propriétés thérapeutiques. On prétend que, sous cette forme nouvelle, l'iode a beaucoup plus d'action qu'à l'état d'iodure-de potassium, et qu'il ne présente aucun des inconvénients de l'iode employé en dilution dans une matière inerte.

Les auteurs ont obtenu, par cette combinaison chimique des deux substances, une double solution : l'une dite neutre, parce que le papier amidonné n'y décèle pas de trace d'iode, et qu'elle est susceptible de dissoudre une nouvelle quantité d'iode égale en poids à la moitié du Tannin employé ; et l'autre (c'est cette dernière) constitue la solution iodo-tannique iodurêe.

C'est au Tannin extrait de la ratania que les auteurs ont donné la préférence, en raison de son degré d'astriction moindre que dans le quercitannin ; ce dernier est réservé pour l'usage externe.

Le sirop, préparé avec la solution iodo-tannique, est très-limpide, d'une couleur rouge magnifique et d'un goût agréable ; 30 grammes de sirop contiennent 6 centigrammes d'iode. On débute par cette dose, que l'on peut élever facilement jusqu'à 60 grammes par jour.

TANNIN

La solution pour l'usage externe, et préparée avec le quercitannin, contient 5 grammes d'iode pour 100 grammes de véhicule.

Les auteurs attribuent à cette combinaison nouvelle de très-notables avantages que nous nous dispenserons d'énumérer. Sans doute cette combinaison du Tannin avec l'iode paraît assez rationnelle. Mais, comme ce médicament, d'ailleurs mal défini chimiquement, est d'importation récente parmi nous, et que notre expérience personnelle ne nous a encore rien appris ni pour ni contre les propriétés de cet agent qui n'a jusqu'ici été expérimenté que par un assez petit nombre de médecins, nous nous en remettons à l'avenir pour juger s'il mérite la faveur avec laquelle il a été accueilli dès son apparition.

Nous devons ajouter que M. Barrier (de Lyon) a employé la solution iodo-tannique, à l'extérieur, en injections dans les fistules, suite d'abcès froids, et dans l'hydrocèle, et qu'il affirme en avoir obtenu les mêmes résultats qu'avec la teinture d'iode.

De plus, il a eu l'idée d'essayer cette solution comme agent coagulateur du sang. 11 a injecté des varices, et il a produit un résultat moins prompt à se former que par le perchlorure de fer, mais très-analogue. C'est donc un sujet de nouvelles recherches qui vient s'offrir aux chirurgiens. {Gazette hebdomadaire, mars 1854.)

M. Desgranges (de Lyon) a continué ces expériences sur la liqueur iodotannique, et il a constaté sa propriété astringente et hémospasique qu'il attribue exclusivement au Tannin et non à l'iode. L'un et l'autre sont repris par absorption, tandis que le perchlorure n'est pas absorbé. 11 conclut que ce composé est appelé à rendre des services à la chirurgie non moins qu'à la médecine. [Gazette médicale de Lyon, mai 1834 ; Union, 1834.)

Toutefois, nous ferons remarquer que les composés iodo-tanniques sont mal définis au point de vue chimique, et qu'une étude spéciale devient indispensable.

Tannatu de quinine. — Le Tannate de quinine, résultant de la combinaison du Tannin avec la quinine, est une préparation nouvelle que M. Barreswil vient d'introduire assez récemment dans la thérapeutique.

Déjà Berzelius avait pressenti qu'on pourrait tirer bon parti de ce composé, se fondant sur cette idée théorique que, bien que la quinine soit le principe éminemment actif du quinquina, le Tannin contenu dans cette écorce doit aussi contribuer pour une bonne part à son action.

Une commission nommée par l'Académie, et ayant pour rapporteur M. Bouvier, a soumis ce nouveau composé à de nombreuses expériences, et elle lui a reconnu une action au moins égale à celle du sulfate de quinine, soit contre les fièvres intermittentes, soit contre les rhumatismes aigus et certaines névralgies.

Outre ces propriétés comme antipériodique et comme sédatif ou controstimulant, qui lui sont communes avec le sulfate de quinine, on a attribué au Tannate de quinine certains avantages tout à fait propres.

Le premier de tous, c'est que le Tannate de quinine est beaucoup

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moins coûteux, et qu'à ce titre il est appelé h rendre d'utiles services

dans la médecine rurale.

Un second avantage du Tannate sur le sulfate consiste dans son degré d'amertume infiniment moindre, qui en facilitera l'administration chez les enfants et les personnes délicates.

Enfin, il n'aurait pas l'inconvénient d'exercer sur les organes digestifs une action irritante, inconvénient qui contre - indique assez souvent l'emploi du sulfate de quinine.

On a dit que la dose était à peu près la même que celle du sulfate de quinine; mais des expériences ultérieures ont appris que, pour triompher sûrement des fièvres intermittentes, cette dose devait être un peu plus élevée.

Le Tannate de quinine ne serait pas seulement un excellent fébrifuge; mais on lui attribue encore une action tonique très-puissante. A la dose de 20 centigrammes par jour, il passe pour être un réconfortant des plus précieux, dont l'usage mériterait d'être généralisé en médecine pratique.

Ajoutons enfin que le Tannate de quinine a été proposé pour combattre les sueurs nocturnes chez les phthisiques, et que dans ce cas il trouverait son indication en sa double qualité de tonique et d'antipériodique.

Au milieu de tous ces avantages, dont les uns sont réels, et dont les autres demanderaient à être mieux vérifiés, on reproche au Tannate de quinine un inconvénient, à savoir : son état amorphe et insoluble, et par suite la trop grande facilité qu'il prête à la falsification.

Avant d'en finir avec le Tannin, nous dirons que, dans ces derniers temps, un pharmacien a associé cette substance au zinc ; il en a formé un Tannate de zinc. Mais il paraît que cette nouvelle préparation est un simple astringent qui ne jouit d'aucune propriété spéciale.

Tannâtes de plomb, de zinc, de bismuth. — Le Tannate de plomb employé en médecine est un bitannate que l'on obtient en précipitant une infusion concentrée de noix de galle, et mieux une solution de Tannin par l'acétate de plomb liquide.

Autenrieth, et depuis M. Yoth, l'ont préconisé dans le traitement des ulcères gangreneux.

M. Ricken l'a prescrit avec succès pour cicatriser les plaies provenant du décubitus des phthisiques et des typhisés.

Le Tannate de zinc a été employé sous le nom de sel de Barnit dans le traitement de la gonorrhée.

M. Cap a cherché à introduire dans la thérapeutique un Tannate de bismuth que l'on obtient en faisant dissoudre dans de l'eau acidulée par l'acide nitrique 44 grammes de nitrate de bismuth cristallisé, et en précipitant par un léger excès de lessive des savonniers ; on recueille et on lave le précipité formé, et on le triture dans un mortier avec 20 grammes de Tannin ; on obtient le magma d'eau, on le jette sur une toile et on le lave, puis on fait sécher.

On peut aussi l'obtenir par précipitation. Malgré les essais faits par

NOIX DE GALLE. 441 MM. Aran et Bouchut, qui l'ont recommandé comme un bon astringent, ce sel est aujourd'hui à peu près abandonné.

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