‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/Chapitre 22 sur 146 · ÉCORCE DE CHÊNE, TAN · texte numérisé non relu

ÉCORCE DE CHÊNE, TAN

IG, extractif 5, sucre incristallisable 7, huile fixe douce, sucre particulier ou quercite, des sels à l'état de citrate et de phosphate.

On emploie en Turquie,suivant M. Bourlet, les Glands comme analeptiques. La poudre du Gland torréfié, mêlée à du sucre et des aromates, constitue le Palamoud des Turcs et le Racahout des Arabes. Ce sont des aliments de facile digestion.

Les Glands de Chêne qui entrent dans

la composition du Palamoud et du Racahout sont privés de leur tégument et dépouillés de leur arête par l'ébuUition dans une eau alcaline : disons toutefois que ces poudres alimentaires sont aujourd'hui préparées avec du cacao et des fécules, et qu'elles ne renferment pas de Gland.

On assure que ce que l'on vend en si grande quantité sous le nom de Café de Glands duux, n'est autre chose que de l'orge ou de l'avoine toii^éfiées.

L'Écorce de Chêne n'a de propriétés que celles qu'elle doit au tannin et à l'acide gallique. Aussi est-il superflu d'entrer dans d'autres détails thérapeutiques que ceux que nous avons donnés plus haut.

Un fait très-remarquable, et sur lequel nous devons appeler l'attention, est celui qui a été observé à l'École vétérinaire de Lyon : on fit prendre de grandes doses d'Écorce de Chêne à des chevaux et à des chèvres. Un cheval, qui en avait pris 10 kilogrammes en un mois, avait, à l'autopsie, le sang plus rouge, plus visqueux, plus consistant. Son cadavre est resté deux mois sans donner des signes de putréfaction ; or, on sait que, même pendant l'hiver, pourvu toutefois qu'il ne gèle pas, les chevaux se putréfient en très-peu de temps. (Compte rendu des travaux de l'École vétérinaire de Lyon, 18H.) De là le précepte de donner de fortes doses de Tan à l'intérieur à ceux dont la gangrène menace d'envahir un membre à la suite de grandes blessures : ce principe, bien entendu, ne s'applique pas à la gangrène sèche. On doit aussi recouvrir de poudre de Tan les parties mortiflées pour arrêter les progrès de la putréfaction. Jusqu'à quel point maintenant conviendrait-il de donner le Tan dans les affections typhoïdes, quelles qu'elles fussent? C'est à l'expérience de prononcer sur ce point.

Porta {Revue médicale, t. III, p. 493) a donné l'Écorce de Chêne à l'intérieur dans les hémorrhagies actives et passives. Il la prescrit à la dose de 2 1/2 grammes par jour, dose évidemment trop faible. Topiquement, la décoction de Tan a été également employée contre les hémorrhagies, dans la leucorrhée, la blennorrhagie ; en un mot, dans tous les cas oii nous avons vu conseiller le tannin et la ratania.

Les débardeurs saupoudrent leurs souliers avec du Tan lorsqu'ils quittent leurs travaux ; ils empêchent, par ce moyen, le développement ou l'accroissement d'une maladie qu'ils appellent grenouille : c'est un ramollissement avec altération du derme, avec gerçures et souvent usure des tissus qui sont souvent en contact avec l'eau; on l'observe au talon, sous le tendon d'Achille, etc., etc., surtout entre les orteils; on comprend facilement, d'après ce que nous venons de dire du Tan, quel est son mode d'action dans cette maladie.

Quant aux propriétés fébrifuges du Tan, elles nous paraissent fort équi-

MÉDICAMENTS ASTRINGENTS

voques, quoi qu'en ait pu dire Gullen dans sa Matière médicale (t. IT, p. 47), Quant au fait rapporté par Barbier, d'Amiens {Matière médicale, t. I, p. 328), savoir : qu'il existe dans un faubourg d'Amiens un moulin à Tan dont les ouvriers n'ont jamais la fièvre intermittente, tandis que ceux qui sont occupés dans le voisinage à d'autres ouvrages en sont fréquemment atteints, nous ne le révoquons pas en doute, puisque Barbier l'affirme ; mais, comme dans d'autres pays les ouvriers occupés à la mouture de l'Écorce de Chêne prennent la fièvre d'accès comme les autres, nous croyons que l'immunité dont parle Barbier tient à quelques circonstances qui, probablement, lui auront échappe.

Les Glands de Chêne vert, Quercus ilex, sont comestibles ; ceux du Quercus robur ne se donnent guère qu'aux bestiaux. Toutefois, les uns et les autres, qui contiennent à peu près un dixième de tannin, s'emploient en médecine après avoir été préalablement torréfiés comme le café.

Après qu'on les a torréfiés convenablement, on les moud finement, et cette poudre sert à préparer une infusion qui se fait comme le café ordinaire, et qui a exactement la couleur de ce dernier. Le goût en est assez agréable, surtout quand on, la mêle avec du lait.

Cette infusion caféiforme est fort utile aux enfants après le sevrage, lorsqu'ils prennent ces diarrhées apyrétiques si difficiles à arrêter. On la donne encore avec avantage aux personnes dont les digestions sont laborieuses, et qui éprouvent souvent du dévoiement. En un mot, elle doit être conseillée en guise de café aux malades irritables chez lesquels les fonctions digestives sont entravées par une phlegmasie chronique.

BISTORTE.

La Bislorte {Polygonum Usforta, L.) est une plante vivace de la famille des polygonées, octandrie trigynie de Linné.

Caractères généraux. Calice coloré à cinq divisions ; de cinq ù neuf étamines; deux ou trois styles ; stigmates en tête : une graine nue triangulaire (okène).

Caractères spécifiques.Tigc très-simple, à un seul épi ; feuilles ovales lancéolées, décurrentes sur le pétiole.

Cette plante croît en France dans les lieux humides, et doit son nom à la double courbure de sa racine, qui est grosso comme le doigt, et marquée de nombrcHises rides ou anneaux trés-rapprocliés. Culte racine est rougeàtre à l'intérieur, ino-

dore, mais fortement styptique au goût.

Parties usitées. La racine.

La décoction de Bislorte est très-rouge, et précipite le fer et la gélatine, ce qui indique qu'elle contient du tannin. Elle renferme aussi de l'amidon et de l'acide gallique.

Ou emploie surtout la Bislorte en tisane, en injections ou en extrait. Il faut la traiter par l'eau tiède pour ne pas dissoudre l'amidon, qui serait ensuite précipité eu combinaison insoluble avec le tannin.

Après une longue cuisson, la racine de Bisloi'te est employée comme aliment en Sibérie, en raison de la grande quantité d'amidon qu'elle renferme.

La racine de la Bistorte est à tort rangée à côté de celle de la tormentille. Celle-ci est douée de propriétés astringentes extrêmement énergi-

NOYER, BROU DE NOIX. Ur> ques ; la Bistorte, au contraire, qui contient cinq ou six fois moins de tannin, ne se place dans l'ordre d'activité qu'à côté de l'écorce de chêne. Elle entre, comme la tormentille, dans la préparation du diascordium.

Ses propriétés thérapeutiques, qu'elle doit au tannin, sont celles des substances nombreuses que nous venons de passer rapidement en revue.

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