RATA NIA
du sphincter, à la membrane muqueuse et au réseau cellulaire sonsjacent, permet-il aux tissus de résister plus efficacement à la distension causée par le passage du bol excrémentitiel, et la plaie qui, chaque jour, n'est plus déchirée, tend-elle tout naturellement à la cicatrisation ? Toutes questions que nous posons, mais sans avoir la prétention de les résoudre.
Est-ce à dire maintenant que la Ratania guérisse la fissure par quelque vertu spéciale, comme le quinquina guérit la fièvre, comme le mercure et l'iode guérissent la syphilis? Nous nous garderons bien de l'affirmer; et il est probable que toute substance végétale qui se rapprochera beaucoup de la Ratania par sa composition chimique donnera les mêmes résultats thérapeutiques.
Ce qui nous le fait croire, c'est que MM. Payen et Manec ont traité avec succès quelques malades atteints de fissures à l'anus au moyen de la monésia appliquée topiquement, qui, entre autres principes, contient une notable quantité de tannin, et surtout que le tannin, employé en substance, a donné les plus heureux résultats.
Comment convient-il d'employer la Ratania? Le mode d'administration qui nous a paru le plus simple est le suivant. Nous faisons prendre chaque matin au malade un lavement à l'eau de son ou de guimauve, afin de vider l'intestin; une demi-heure après que le lavement a été rendu, nous administrons un quart de lavement composé de 150 grammes d'eau, et extrait de Ratania, de 4 à 10 grammes; nous y ajoutons 4 grammes de teinture de Ratania. Le malade ne doit conserver qu'un instant ce lavement, et il en prend un semblable le soir.
Dans beaucoup de cas, la maladie résiste, et il semble qu'il ne reste plus d'autre ressource que l'opération. Cependant, avec quelques modifications dans l'emploi du remède, avec quelques moyens accessoires, on obtient le plus souvent une guérison sur laquelle on croyait n'avoir plus droit de compter.
L'expérience démontre d'abord que la Ratania agit sur la fissure d'une manière tout à fait topique. Ainsi, nous avons pu guérir par de simples lotions chargées d'extrait des fissures fort douloureuses, qui devenaient tout à fait extérieures lorsque le malade faisait des efforts comme pour aller à la garde-robe.
Si la fissure est plus profonde et si elle est rebelle, on fait, dans le rectum, des injections de solution astringente, à l'aide d'une seringue à jet continu, et, en môme temps, le malade fait effort contre l'injection, qu'il rejette dans la cuvette, et qui, reprise par la pompe, peut ainsi servir à une ablution qui se continuerait presque indéfiniment, et qu'il convient de faire donner trois ou quatre minutes de suite, et môme davantage.
Mais bien souvent la constipation est un obstacle invincible. Chaque jour le bol excrémentitiel volumineux et dur vient déchirer la plaie et détruire le commencement de cicatrisation obtenu par la Ratania. Il convient alors, pendant tout le cours du traitement, et même quelque temps encore après la guérison, de faire prendre au malade un léger laxatif
MÉDICAMENTS ASTRINGENTS
chaque jour, qui entretienne la liberté du ventre, et surtout qui rende les matières moins dures. Le laxatif que nous préférons, dans ce cas, c'est la poudre de racine de belladone prise le soir, à la dose de 1 à 5 centigrammes. Nous renvoyons d'ailleurs le lecteur à l'article relatif à la belladone, dans lequel nous avons particulièrement in&isté sur le mode d'emploi de ce médicament dans la constipation.
Avant de terminer, nous devons prévenir les praticiens que, souvent, pendant les premiers jours du traitement, les douleurs sont singulièrement aggravées, ce qui décourage le malade et le médecin : les causes de cette aggravation sont faciles à comprendre. Des malades qui, depuis le début de leur fissure, s'étaient habitués à ne plus aller à la garde-robe qu'une ou deux fois par semaine, afin de s'épargner des souffrances horribles, y vont maintenant plusieurs fois dans la journée : il en résulte une douleur qui peut quelquefois durer, presque sans relâche, plusieurs jours de suite. Ces cas, heureusement fort rares, se rencontrent pourtant, et imposent au médecin le devoir de ne donner, les premiers jours, qu'un lavement de Ratania au lieu de deux, et de s'abstenir de purgatifs, jusqu'à ce que la susceptibilité de l'intestin soit diminuée.
Quand les douleurs sont tout à fait calmées, on ne prend plus qu'un lavement de Ratania, et enfin, lorsque nous avons tout lieu de supposer que la guérison est complète, nous en faisons prendre un tous les deux jours pendant un, deux et trois mois.
Nous avons essayé, sans avantage, dans le traitement de la fissure, des suppositoires composés de beurre de cacao 5 grammes, et Ratania 1 à 2 grammes.
Les mèches enduites d'une pommade composée de 1 partie d'extrait de Ratania pour 6 ou 8 d'axonge, de blanc d'œuf ou de cérat, nous semblent encore devoir être conseillées dans quelques cas rares.
Au reste, le remède étant indiqué, c'est à chaque praticien de le modifier à sa guise, et suivant les cas spéciaux qu'il rencontrera.
Nous devons ajouter que nous avons vu un certain nombre de femmes affectées de fissures anciennes et profondes, qui se refusaient cà l'opération sanglante, guérir, contre toute espérance, après avoir employé la Ratania pendant près d'une année.
Fissures du mamelon. — 11 était tout naturel d'appliquer au traitement des fissures du mamelon celui qui réussissait si bien dans les fissures du podex ; c'est ce que nous avons fait, M. Blache et nous, avec avantage. — Chaque fois que la femme vient de donner à teter, nous faisons laver le bout du sein avec une mixture de Ratania très-chargée, soit 3 grammes d'extrait et 10 grammes de teinture pour 100 grammes d'eau. — De plus, nous laissons dans la profondeur de la fissure un peu d'une sorte de pâte molle, composée de blanc d'œuf et d'extrait de Ratania. Au moment où l'enfant doit teter de nouveau, on lave le sein. Les lotions chargées de Ratania sont encore fort utiles dans le traitement des simples excoriations du mamelon.
ÉGORGES D'INGA.
Stomatite. — Dans les stomatites mercurielles, dans certaines formes ulcéreuses des inflammations des gencives, le malade obtient un grand soulagement en tenant souvent dans sa bouche un collutoire composé avec 10 grammes d'extrait , 30 grammes de teinture de Ratania, et 200 grammes d'eau.
En un mot, on peut dire, en thèse générale, que la Ratania a des propriétés précieuses pour modérer et éteindre les douleurs des maladies ulcéreuses des membranes muqueuses ; et si des membranes muqueuses nous passons à la peau, nous voyons que, pour les brûlures, pour les ulcères, et surtout pour les vésicatoires, qui s'enflamment quelquefois si douloureusement en se recouvrant de productions pultacées, l'application de la Ratania fait cesser les douleurs avec une rapidité merveilleuse.
Ténesmc. — Nous avons eu encore à nous louer de son emploi dans le ténesme hémorrhoïdal et dysentérique; dans ce cas, après chaque évacuation, le malade doit se lever du siège et résister aux efforts d'expulsion, et faire immédiatement soit une lotion, soit une injection peu abondante avec la décoction de 8 grammes de racine de Ratania, pour deux litres d'eau.
L'extrait de la Ratania se donnera à l'intérieur à la dose de 50 centigrammes à 4 grammes par jour et même davantage. La racine, pour une décoction, se prescrit à la dose de 8 à 30 grammes.
Pour l'usage externe, les doses sont en quelque sorte illimitées.
Le sirop s'emploie également à des doses aussi élevées qu'on le désire pour édulcorer des tisanes.
ÉGORGES D'INGA.
Sous le nom d'écorces de Barbatimao d'inga du Brésil, on désigne des écorces très-astringentes produites par les genres acacia, inga ou mimosa de la famille des légumineuses; elles jouissent en Amérique d'une grande réputation. On les utilise dans tous les cas qui réclament l'usage des toniques et des astringents, tels que diarrhée, gonorrhée, hémoptysie, relâchement des tissus, etc., etc. A l'extérieur, leur poudre est préconisée comme antiseptique.
On en obtient par déplacement avec l'alcool faible 23 pour 100 d'un extrait en entier soluble dans l'eau légèrement alcoolisée, et qui paraît ne le céder en rien à l'extrait de Ratania, dont il pourra être un succédané avantageux jusqu'à ce qu'on ait déterminé ses propriétés spéciales. Ses doses devront, du reste, être les mêmes à peu près.
MONÉSIA.
Cette écorce exotique a été successivement rapportée à un chrysophyUum, aumohica de Martins, ou rhizophora gimnorhiza de Linné, à Vacacia cochleocarpa de Martins, à Vacacia virginatis. Sa véritable origine n'est pas encore connue. Toutefois nous nous appuierons sur l'autorité du savant Virey, et nous l'attribuerons avec lui au chrysophyllum glycyyhyllum, de la famille des sapolilliers.
L'arbre qui la fournit est de hauteur moyenne; son bois est employé en menuiserie ; il croît à Rio-Janeiro; ses fleurs à cinq étamines, monogynes ; corolle monopétale, à cinq divisions; le fruit est une baie oblongue, lisse, contenant quatre semences aplaties. L'amande huileuse passe pour vermifuge.
L'écorce, dont nous avons eu quelques échantillons à notre disposition, est d'une couleur rouge brun foncé, et présente une cassure nette. L'extrait, tel qu'il est préparé dans le pays, est en plaques d'environ 500 grammes, ayant une épaisseur de 2 centimètres; sa couleur est d'un brun foncé presque noir; la cassure n'offre ni l'aspect terne du cachou ni le brillant du kino ; il est entièrement soluble dans l'eau, et sa saveur, qui est d'abord sucrée, devient bientôt astringente, et laisse à la suite une àcreté très-prononcée et trèspersistante.
MM. Bernard Derosne, 0. Henry et Payen ont démontré, par l'analyse chimique, l'existence des principes suivants dans l'extrait de Monésia : 1» des traces impondérables d'un principe aromatique;
2" une matière grasse cristallisable (stéarine) ; 3" de la chlorophylle ; 4" de la cire ; 5" de la glycyrrhizine ; 0° de la Monésine, matière acre, analogue à la saponine ; 7° du tannin ; 8" une matière colorante rouge, assez semblable à celle du quinquina ou du cachou; 9" une petite quantité dégomme; 10» de l'acide malique ; 11» du malate de chaux ; là» du malate de potasse; IS" du phosphate de chaux; 14" du phosphate de magnésie; 15» du sulfate de potasse ; IG" du chlorure de potassium ; 17" de l'oxyde de fer; 18" de l'oxyde de manganèse; 19" de la silice; 20" de l'acide pectique; 21" du ligneux.
L'examen chimique de l'extrait importé et de celui qui a été préparé en France a démontré leur parfaite identité.
Ce médicament se traite pharmaceutiquement comme la ratania.
Les préparations pharmaceutiques qui ont été faites avec cette substance sont : 1" un extrait aqueux; 2" un sirop contenant 30 centigrammes d'extrait par 30 grammes de sirop simple ; 3" une teinture hydro-alcoolique contenant 1 gramme 1/2 d'extrait par 30 grammes ; 4" du chocolat contenant 30 centigrammes d'extrait par tablette de 30 grammes; 5" une pommade contenant un huitième de son poids d'extrait; 6" la matière âcre indiquée dans l'analyse.
En général, l'extrait a été employé isolément dans le plus grand nombre des cas où le médicament a été donné à l'intérieur, et c'est la forme pilulaire qui a été préférée.
La Monésia a été expérimentée avec soin par Alquié, Bérard jeune, Bnron, Manec, Martin Saint-Ange, Payen, Monod, Adrien, etc., etc. Ces praticiens l'ont trouvée douée de propriétés astringentes non équivoques, et c'est surtout dans les catarrhes chroniques, l'hémoptysie, la diarrhée chronique, la leucorrhée, la métrorrhagie, la blennorrhagie, certains ulcères cutanés que ces praticiens ont eu à se louer de la Monésia ; de plus, Payen et Manec {Gazette médicale, janvier et avril 1840) ont publié des faits qui démontrent que l'application topique de pommade de Monésia, d'extrait dissous dans l'eau et donné en lavement, ont rapidement guéri des tissures à l'anus. Si le lecteur se rappelle ce que nous avons dit plus haut, la Monésia se rapprocherait donc, par ses propriétés, de la ratania, que nous venons d'étudier, et il semblerait que l'une pût toujours
PAULLINIA OU GUARANA.
remplacer l'autre ; toutefois il n'en est point ainsi ; la ratania, par exemple, nous semble préférable à la Monésia dans le traitement des fissures à l'anus; mais dans celui des fissures du sein, dans les diarrhées chroniques, surtout chez les enfants, nous avons eu à nous louer de la Monésia plus que de la ratania.
MODE d'administration ET DOSES.
En général, la Monésia a été donnée en pilules, sous forme d'extrait h la dose de 60 centigrammes à l gramme et demi par jour, en deux ou trois fois ; M. Martin Saint-Ange l'a donnée jusqu'à 2 grammes et demi par jour.
Le sirop a été donné plus rarement; il est moins actif que l'extrait pur, et ne doit guère être préféré que pour les enfants. En injection, la teinture hydro-alcoolique a été employée le plus souvent à la dose de 2 à 3 grammes pour 100 grammes d'eau ; on peut l'employer plus concentrée sans inconvénient : M. Payen l'a donnée plusieurs fois coupée avec six ou sept fois son poids d'eau. On a donné cette teinture à l'intérieur à la dose de 4 à 8 grammes par jour dans une infusion amère. Pour les ulcères, on a employé la pommade ; le plus souvent l'extrait en poudre étendu sur l'ulcération est préférable, et peut-être la matière acre de la Monésia serait-elle encore plus avantageuse d'après l'expérience de M. Martin Saint- Ange.
PAULLINIA ou GUARANA.
Le Paullinia est un produit américain provenant de l'arbuste du même nom, indigène du nord du Brésil, près la rivière des Amazones. Le nom botanique de cette plante est Paullinia sorbilis, de la famille des sapindacées. Le fruit qu'elle produit offre de la ressemblance, quant à la couleur, avec le cacao. Le fruit miirit en octobre et novembre, et est récolté par les indigènes pour la composition du médicament que nous allons faire connaître.
On le prépare de la manière suivante : On sépare les graines des capsules ; on les expose au soleil jusqu'à ce que le tégument propre se sépare de la graine à l'aide de la seule pression entre les doigts. Ainsi mondé, on le place dans une sorte de mortier de pierre préalablement cbauffé, on le triture, et on le réduit en poudre fine. Cette poudre est réduite en pâte à l'aide d'une certaine quantité d'eau, ou bien par son exposition à la rosée de la nuit. On la pétrit, on la malaxe pendant longtemps, ou y incorpore quelques se-
mences entières ou grossièrement concassées. De CG même fruit, on fait alors des petits pains, des cylindres ou cônes du poids d'un demi-kilogramme environ, qu'on fait sécher et durcir dans des cheminées; puis on les enveloppe de feuilles de cocotier, et on les verse ainsi dans le commerce brésilien.
Caractères physiques. — Le Paullinia, préparé par les naturels du Brésil, offre extérieurement une couleur noire analogue à celle du chocolat; sa masse semble enveloppée d'une croûte mince, ce qui est dû à son exposition dans les cheminées ; sa cassure présenfe intérieurement des espèces de petites cavités produites par le retrait de la masse, et çà et là des graines encore entières et enveloppées ddteur tégument mince et brillant. Son odeur est S'ii generis, sa saveur est amère, un peu astringente^ et rappelle celle de la ratania. Il est difficile à réduire en poudre fine ; mais dans l'eau il se ramollit considérablement.
MÉDICAMENTS ASTRINGENTS
IGi
Analyse chimique. — M. Dechastelus, qui a analysé le PauUinia, a trouvé dans cette plante les substances suivantes :
l» De la gomme;
20 De l'amidon ;
8" Une matière résineuse d'un brun rougeûtre ;
4" Une huile grasse colorée en vert par la chlorophylle ;
0° Le tannin, qui colore en vert la solution de fer ;
G" Une substance cristallisablc jouissant des propriétés chimiques de la caféine.
Nous ne faisons qu'indiquer ici les résultats d'un travail beaucoup plus long, que M. Dechastelus a bien voulu communiquer à M. Gavarelle.
Le genre Paullinia, dédié à Simon Pauli, renferme une trentaine d'espèces; les principales sont :
Paullinia africana (R. Brown) est employée en décoction dans la Sénégambie pour arrêter le flux de sang.
Paullinia asiatica (L.) usitée à Bourbon comme fébrifuge ; son écorce est amère, acre, poivrée, aromatique.
Paullinia pinnala (L.), semences stupéfiantes, employées, au Brésil et aux Antilles, pour enivrer le poisson.
PauUinia sorbilis (Martins). C'est celle qui sert à préparer au Brésil le Guarana; on râpe celui-ci avec l'os lingual d'un poisson d'eau douce (le vastres condaminea) qui fait l'office de râpe.
Le Paullinia se prescrit en poudre, en extrait, en sirop que l'on prépare comme pour la ratania.
Au Brésil, dans les pays voisins, le Paullinia, suivant M. Gavarelle, est souvent employé par les indigènes sous forme de poudre mêlée au cacao, qu'on réduit en tisane. On s'en sert avec un succès remarquable contre les diarrhées et les dysenteries, qui sont si fréquentes et si graves dans ces pays, et, dans les convalescences, comme moyen de fortifier l'estomac, de fitire naître l'appétit et de faciliter les digestions. L'amertume de la tisane de Paullinia est plutôt agréable pour la généralité des goûts ; on peut, du reste, la corriger aisément à l'aide du sucre ou d'un sirop quelconque.
M. Gavarelle a fait venir du Brésil du Paullinia, et il a constaté que les propriétés de cette substance la plaçaient à côté de la ratania, mais que son amertume lui donnait quelque avantage sur cette dernière dans les cas de dyspepsie et de débilité des organes de la digestion.
Il l'a d'ailleurs administrée avec avantage dans les flux divers, oii les médicaments astringents réussissent si bien : telles sont les diarrhées, les blennorrhagies, les hémorrhagies, les leucorrhées, etc., etc.
Dans ces derniers temps, nous avons eu occasion d'administrer souvent la poudre de Paullinia dans les diarrhées et même la dysenterie aiguë ou subaiguë, et nous avons été à même de constater dans ces cas son efficacité. Nous la donnons à la dose de 1 à 2 grammes par jour en prises fractionnées.
La Paullinia a, depuis quelques années, conquis, à Paris, une certaine popularité dans le traitement des migraines. Assez longtemps incrédules sur C| point, nous avons dû céder devant des faits que nous avons pu observer chez plusieurs personnes de notre clientèle qui avaient pris le Paullinia sans notre autorisation. Nous ignorons si le pharmacien qui débite plus spécialement ce médicament à Paris donne très-exactement la poudre ou l'extrait de Paullinia, ou s'il n'y joint pas du sulfate de
CRÉOSOTE
quinine; mais nous devons à la vérité de déclarer ici que, de tous les moyens que nous avons vu employer contre la migraine, la poudre que l'on dit être exclusivement composée de PauUinia nous a semblé le moins inefficace.
Voici le mode d'emploi prescrit aux malades atteints de migraine dans l'instruction que l'on débite avec le médicament. Si les accès sont fréquents (plusieurs dans le mois), on doit prendre tous les matins une pilule de 10 centigrammes d'extrait de PauUinia, une demi-heure avant le premier repas, afin d'éloigner les accès, d'en diminuer le nombre par conséquent, et dans l'espoir d'une guérison entière. De plus, on avalera au début de la migraine, si on est prévenu à temps, ou pendant l'accès, dans le cas d'une surprise, 50 centigrammes de poudre de PauUinia délayée dans de l'eau sucrée. On attendra un quart d'heure, après quoi on en prendra autant si le mal ne s'est point amendé. La migraine la plus violente disparaît quelquefois au bout de cinq à dix minutes et ne revient assez souvent qu'après un temps très-long.
La poudre seule suffira, prise comme nous l'avons indiqué plus haut, quand les accès seront rares (un mois par exemple), et qu'Us ne seront point compUqués d'une autre affection contre laquelle il faudrait absolument employer les pilules.
Tout en confessant que nous avons vu le PauUinia réussir dans le traitement de la migraine, nous devons ajouter que son efficacité, d'abord assez évidente, diminue peu à peu, et que la plupart des malades finissent par s'en dégoûter, parce que leurs accès de migraine, moins douloureux, il est vrfii, deviennent ordinairement plus longs et plus incommodes.
Les préparations diverses du PauUinia sont les mêmes que ceUes de la monésia et de la ratania, et se donnent delà même manière et aux mômes doses.
CRÉOSOTE
La Cri'osote ou Créasote (de Kpsa;^ chair, eti^toïci), je conserve), C-8 H'^O*, est un produit pyrogéné découvert par Reichenbach, et dont la composition est : 7G,2 de carbone ; 7,8 d'hydrogène ; 1G,0 d'oxygène. Sa densité est de 1,037. Cette espèce d'huile essentielle, que l'on retire du goudron, a une odeur désagréable et extrêmement pénétrante, qui rappelle celle de la suie et de la fumée de bois vert. Incolore quand elle est pure, elle prend, en vieillissant, une teinte de bistre rougeàtre très-caractéristique. Sa saveur est âcre, astringente, caustique. Elle est soluble dans l'eau, dans la proportion de 1/80 de son poids; très-facilement soluble dans l'alcool, dans l'éther, et surtout dans l'a-
cide acétique. Elle se mêle facilement ?k l'ammoniaque et à l'axonge. Elle dissout parfaitement les résines, à peine le caoutchouc; elle coagule immédiatement l'albumine.
Préparation. Le Codex indique le procédé suivant : on distille le goudron de bois (pi'x liquida) dans de grandes cornues de terre ou de fer, jusqu'à ce qu'il se dégage des vapeurs blanches ; le produit distillé se sépare en trois couches ; on prend la couche inférieure, qui est huileuse et pesante, on la lave avec de l'eau légèrement acidulée par de l'acide sulfurique, et on la distille, ayant soin de séparer les premiers produits. Mêlez les derniers produits avec un soluté de pota; se
MÉDICAMENTS ASTRINGENTS
caustique, de 1,12 de densité, agitez fortement à plusieurs reprises, et laissez reposer. Il se forme deux couches; on sépare la couche inférieure, formée de Créosote et de potasse ; on l'expose à l'air jusqu'à ce qu'elle se décolore ; puis on sature la potasse par de l'acide sulfurique étendu, et l'on distille. Ces traitements successifs de la Créosote par la potasse, l'exposition à l'air, l'acide sulfurique et la distillation, devront être répétés jusqu'à ce que la Créosote, combinée à la potasse, ne se colore plus à l'air. On sature alors la potasse par l'acide phosphorique concentré, et on distille une dernifere fois eu rejetant les premières portions qui pourraient passer colorées ou se colorer à l'air.
On administre le plus ordinairement la Créosote en solution alcoolique.
Pr. : Créosote 1 part.
Alcool à 92" (380 Cartier). 16
L'Eau de Créosote (Créosote, 1 p., eau distillée, 80 p.) est aussi employée à l'extérieur.
ACIDE PICHIQUE.
Synonymie : Acide Carbazolique, Nitropicrique, Phénique Irinitré ou Trinilrovhénique, Nilrophënisique, Amer deWeller, C'2H5AzO>302.
Cet acide se produit dans un grand nombre de circonstances, lorsqu'on fait agir l'acide azotique sur la soie, l'indigo, la salicine, le plus souvent on opère sur l'huile de houille, que l'on traite par 7 ou 8 parties d'acide azotique. Il se présente sous la forme de lamelles rectangulaires très-allongées, d'un jaune clair, très-brillantes, à -h 50 il se dissout dans 150 parties d'eau; la solution, qui est très-jaune, colore fortement la peau et les tissus; l'alcool et l'éther dissolvent facilement l'acide picrique.
Pur, ou à l'état de Picrate de potasse, le docteur Bell, de Manchester, l'a con-
seillé comme succédané du quinquina dans les fièvres intermittentes, il détermine souvent des crampes d'estomac ; on a recommandé les picrates d'ammoniaque et de Per; on les administre en pilules de 0,01 à 0,025 trois fois par jour. Le docteur Maffat, qui a traité plusieurs cas de fièvres intermittentes par le Picrate d'ammoniaque, a observé que ce sel produisait une coloration jaune passagère de la peau et do la conjonctive.
Le prince L.-L. Bonaparte a préparé un Picrate de quinine et un sel à base de cinchonine, qui ne possèdent aucune propriété de la quinine et de la cinchonine.