‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/Chapitre 34 sur 146 · ACTION THÉRAPEUTIQUE DE LA CRÉOSOTE · texte numérisé non relu

ACTION THÉRAPEUTIQUE DE LA CRÉOSOTE

La Créosote est un médicament nouveau. Elle a été découverte par Reichenbach, chimiste de Blausko, en Moravie. Ce savant s'occupait depuis longtemps de recherches sur le goudron; et, s'apercevant que l'épiderme de ses mains se desséchait et s'enlevait en lambeaux, il en trouva la cause dans une substance particulière qu'il appela Créosote.

Dès que ce médicament fut introduit dans la thérapeutique, il excita une graude émulation entre les thérapeutistes, et ce fut à qui trouverait des vertus nouvelles au nouveau remède. Le cancer, les dartres, les hémorrhagies, la carie des os, la scrofule, la phthisie, guérissaient par la Créosote. C'est avec cette escorte que, vers 1829, la Créosote s'introduisit en France. Ce fut un triste et déplorable engouement pendant quelques mois; l'Institut, l'Académie de médecine furent assaillis de mémoires pendant ce laps de temps. Les principaux travaux qui furent adressés à l'Académie de médecine étaient de Coster, d'Yvaji et de d'Huc. Ces travaux furent l'objet d'un rapport fort impartial de Martin Solon {Mémoires de l'Académie royale de médecine, i. V, p. 120), qui lui-même fit à son hôpital de nombreuses expériences.

C'est d'après ce rapport principalement que nous essayerons d'indiquer les propriétés thérapeutiques, d'ailleurs fort restreintes, de la Créosote.

maladies de la peau. Brûlures. — Les brûlures au premier, au deuxième et au troisième degré, ont été traitées par l'eau créosotée au quatre-vingtième; la commission n'a obtenu aucun effet notable. Les mêmes lotions ont complètement échoué dans le pemphigus, dans la lèpre léontine. De la pommade créosotée, composée de 6 à 20 gouttes de Créosote sur 30 grammes d'axonge, employée en onction pour les dartres de diverse nature, a donné quelques résultats avantageux dans les dartres furfuracées légères, mais a paru inefficace dans les formes plus graves.

Ulcères. — Dans le traitement des ulcères atoniques et sordides, à bords calleux et comme lardacés, on a obtenu des effets avantageux ; mais il fciut tenir compte ici des soins dans le pansement, soins que ne prenaient pas auparavant les malades ; et d'ailleurs, la Créosote ici n'a pas eu d'avantage sur les bandelettes de diachylon, sur les feuilles de plomb,

MÉDICAMENTS ASTRINGENTS

et sur tant d'autres moyens fort simples, fort faciles et connus de tous, et qui d'ailleurs n'ont pas le très-grave inconvénient d'empuantir l'atmosphère autour du malade , à tel point qu'il est obligé de se tenir confiné chez lui; et, même avec cette précaution, il infecte toute la maison qu'il habite. L'eau créosotée ne réussit pas mieux dans le traitement des maladies provenant d'un décubitus prolongé.

Gangrène de la bouche. — Le docteur Hasbach prétend avoir employé la Créosote avec succès dans la gangrène de la bouche, qu'on observe chez les enfants pauvres qui habitent des lieux humides et malpropres. La Créosote est étendue avec un pinceau sur les parties malades. Il s'établit bientôt une ligne de démarcation entre les parties saines et les parties malades, et les portions gangrenées ne tardent pas à se séparer. {JJnion médicale, 1853.)

Phlegmasîes des membranes muqueuses. — L'eau créosotée employée en injection a réussi dans l'otorrhée chronique, dans la leucorrhée, dans la blennorrhagie. Le docteur Arendt l'a beaucoup préconisée dans la plupart des affections catarrhales chroniques, et notamment dans la lienterie et dans la diarrhée chronique; dans ce cas, il la prescrit en lavements à la dose de 23 gouttes pour 1 kilogramme d'eau. Les mêmes injections lui ont paru également utiles dans le catarrhe de la vessie.

Vomissements — M. Rayer présente la Créosote comme un bon moyen pour calmer les vomissements réfractaires qu'on observe très-souvent dans la maladie de Bright.

Hémorrhagies. — L'action astringente de l'eau créosotée a été utilisée dans les hémorrhagies nasales. La Créosote pure a même été conseillée pour les grandes hémorrhagies dépendantes de plaies artérielles ; mais les expériences de Mighet [Recherches chimiques et médicales sur la Créosote, \ 834) ont démontré que les hémorrhagies des petites artères n'étaient pas même arrêtées par la Créosote.

Tumeurs érectîles. — Le docteur Thortsen, de Havelsberg, a préconisé l'emploi de la Créosote dans le traitement des nœoi materni. Il se sert de Créosote plus ou moins étendue d'eau, suivant les circonstances, et il l'applique à l'aide de compresses qu'il renouvelle deux ou trois fois par vingt-quatre heures. Sous l'influence de ce moyen , le nœvus d'abord s'excorie, puis s'ulcère, puis enfin disparaît en entier. La cicatrice qui en résulte est lisse et de bon aspect.

Carie des dents. — Pendant quelque temps on a fait de nombreuses expériences sur l'emploi de la Créosote dans le traitement de la carie des dents {Bulletin de Thérap., 1833, t. VIII). Évidemment cette substance, comme celles qui sont im peu cathétériques, calme en général les douleurs de dents et retarde la carie au même titre que le nitrate d'argent, le sulfate de cuivre, etc., etc. ; mais elle n'a pas de propriétés spéciales, comme on a pu s'en convaincre aisément, et aujourd'hui la Créosote est à peine employée par quelques dentistes.

Pbthisie. — Enfin, il n'est pas jusqu'à la phthisie pulmonaire que l'on

CRÉOSOTE

n'ait voulu et prétendu guérir par des fumigations de vapeur d'eau créosotée. Il est inutile de dire que, par ce moyen, quelquefois des catarrhes ont été modifiés, mais que la plithisie a suivi sa marche fatale.

Enfin la Créosote et l'eau créosotée ont été employées à la conservation des pièces anatomiques avec un grand succès ; de plus, on doit la considérer comme un des réactifs les plus sensibles pour reconnaître l'albumine dans les urines.

maladies parasitaires. — Les expériences récentes sur les fermentations, faites par MM. Pasteur, Béchamp, Pouchet, etc., ayant démontré que les mucédinées sont l'agent principal des fermentations et des putréfactions, on a appliqué depuis, aux maladies parasitaires, les agents antifermcntescibles. Cette idée, qui a amené toute une série d'expériences nouvelles, sera étudiée cà propos des sulfites et des hyposulfites. M. Masse a employé, d'après ces principes, la Créosote dans un cas de sycosis pustuleux parasitaire. Une solution, à parties égales, d'eau et d'alcool, contenant 1, puis 2 pour 100 de Créosote, a fait disparaître en quinze jours l'éruption pustuleuse et les parasites.

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