‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/Chapitre 38 sur 146 · HUILE DE PAPIER · texte numérisé non relu

HUILE DE PAPIER

MATIÈRE 3IÉDICALK.

Le docteur Ranque a donné le nom de Pyrolhonide h une huile pyrogénée, déjà décrite par Lémery sous le nom d'Huile de Papier. Cette liuile s'obtient en brû-

lant i l'air libre du papier, du linge, du chanvre, du coton, et en recevant et condensant l'huile empyreumatique qui s'en dégage sur le fond d'une assiette ou d'un

MÉDICAMENTS ASTRINGENTS

vase quelconque. Ce liquide, d'un bistre On emploie ce mérlicameut avec suofoncé, est étendu de trois ou quatre l'ois ces en collyre, eu injections, en gai'gason poids d'eau. risme.

Ce médicament, assez insignifiant, est utile pourtant en collyre, dans les ophthalmies catarrhales légères ; en injections, dans les blennorrhées peu graves; en gargarisme, dans les angines catarrhales superficielles. Ranque, un peu enthousiaste par caractère, accordait à son Pyrothonide de merveilleuses propriétés, et il le préconisait même comme un spécifique dans l'angine diphthérique, la plus redoutable des maladies de la gorge. L'expérience n'a pas confirmé les promesses et les assertions du praticien d'Orléans.

Toutefois l'Huile de Papier deLémery nous a paru, dans quelques circonstances, d'une incontestable utilité. Nous l'employons souvent dans les circonstances et de la manière suivantes : dans certaines altérations du timbre de la voix, fort communes d'ailleurs, et qui tiennent uniquement à un catarrhe chronique de la glotte, avec ou sans exsudation trop abondante du mucus; dans des catarrhes bronchiques qui durent depuis longtemps, nous faisons inspirer plusieurs fois par jour de la fumée de papier, de telle manière que l'Huile de Papier elle-même, qui est volatile, se mette nécessairement en contact avec les membranes malades. Pour rendre cette inspiration plus commode, nous la faisons faire avec de petites cigarettes ; on allume la cigarette, on en aspire la fumée dans la bouche, puis, par une nouvelle aspiration, on la fait passer lentement dans les bronches. Ce moyen, qui, au premier coup d'œil, semble futile, exerce une action topique puissante, caractérisée par une cuisson souvent fort vive, par de la toux, par une supersécrétion muqueuse momentanée. Dans quelques cas nous faisons les cigarettes avec du papier préalablement imbibé d'une solution arsenicale, mercurielle ou autre, quand, dans le cas de phthisie laryngée, nous voulons remplir quelque indication spéciale.

Nous ne terminerons pas ce qui est relatif à l'Huile de Papier s<ins parler d'une propriété singulière de cette substance, découverte par M. Johnson. Si l'on en met sur la langue quelques gouttes, l'on n'éprouve aucun effet appréciable ; mais à l'instant le goiit se trouve aboli, de telle sorte que l'on ne peut percevoir la saveur des choses les plus sapides : cet état persiste quelquefois pendant ime heure. On peut utiliser cette propriété pour dissimuler aux malades le goût de certains médicaments qui leur répugnent.

PLOMD.

PLOMB

Lo Plomb {Plumhum, Salurnus) est un int-tul d'un blanc bleuâtre, qui a beaucoup d'i'clat lorsqu'on vient de le couper, mais qui se ternit rapidement h l'air. Il s'étend on feuilles très-minces, et se laisse plier plusieurs fois en sens contraires sans se rompre ; il est tellement mou qu'il peut être rayé par l'ongle. Sa pesanteur spécifique est de 11,43. 17usibleà322", volatilisable au rouge blanc. Se combine facilement avec l'oxygène, et forme trois oxydes.

Les préparations pharmaceutiques du Plomb sont très-nombreuses ; les principales sont les suivantes :

1° Plomb métallique. Le Plomb, réduit en feuilles assez fermes, ne sert en médecine que pour maintenir les cicatrices des vieux ulcères.

Oxyde de Plomb. Deux oxydes seulement sont usités en médecine, le protoxyde et le minium.

Le proloxyde de P'.omh, PbO, connu dans les arts sous le nom de massicot ou de litharge. C'est le seul des oxydes de Plomb qui puisse se combiner avec les acides. Fondu, il prend le nom do lilharge, et se présente alors sous forme de petites lames micacées d'un jaune rougeàtre; dans le commerce, il est ordinairement impur et s'obtient par l'oxydation du plomb argentifère. La litharge n'est presque jamais employée à l'état simple, mais elle sert à la préparation d'un grand nombre de médicaments, et notamment à la confection des emplâtres et de l'onguent de la mère. Nous allons parler ici rapidement des principaux emplâtres.

Emp'.dire simple Litharge, axonge, huile d'olive : de chaque 2 l{ilogrammes; eau commune, 4 kilogrammes. Mettez dans une grande bassine de cuivre la graisse et l'huile, puis l'oxyde; faites fondre; mélangez exactement et tenez en ébullition jusqu'à ce que la masse soit parfaitement qomogène, et qu'elle ait pris une couleur blanche Laissez refroidir, roulez en magdaléons. Dans cette oi)éraiion, il se forme des oléatcs et des stéarates, des margarales de Plomb.

Uonguenl de la mère Tiiècle se prépare en faisant chauffer ensemble dans une bassine de cuivre 500 grammes d'huile d'olive, et 230 grammes d'axongo, de beurre et de suif. On chauffe fortement, puis, quand le mélange commence à dégager de la fumée, on laisse tomber lentement et en mélangeant à mesure 230 grammes de litharge pulvérisée. On continue de chauffer jusqu'à ce que le mélange ait pris une teinte de bistre très-foncée et une consistance convenable; on ajoute de

la poix noire et de la cire jaune, on laisse refroidir en partie et on coule dans des moules.

Par l'action de la chaleur sur les corps gras il se forme plusieurs produits, mais surtout des hydrogènes carbonés, gazeux et inflammables. Il faut donc éviter d'approcher un corps enflammé de la bassine dans laquelle on opère, parce que les vapeurs et les gaz prendraient feu. Il se forme aussi de l'acide acétique, et conséquemmeut de l'acétate de Plomb. L'addition de la poix et de la cire à la fm a pour but d'empêcher cet acétate de Plomb de venir â la surface de l'emplâtre.

La plupart des emplâtres que l'on emploie en médecine ont pour base l'emplâtre simple, auquel on ajoute diverses substances; ainsi les emplâtres de Vigo, diachylon gommé, diapalme, etc., ne sont autre chose que l'emplâtre simple, auquel on incorpore les extraits ou la poudre de ces diverses plantes.

Le minium, 2PbO, PbO'^, est un composé de protoxyde et de peroxyde de Plomb. On le prépare en chauffant au contact de l'air et à une chaleur modérée le massicot ou le carbonate de Plomb, réduit on poudre ; il est d'un rouge orangé très-beau, et d'autant plus vif qu'il est plus pur. Il entre dans la composition de l'emplâtre de Nuremberg, ou emplâtre de minium camplirë, que l'on prépare avec l'emplâtre simple, la cire jaime, l'huile d'olive, le minium et le camphre. Il sert aussi à la préparation des truchisques de minium, qui doivent leurs principales propriétés au deutochlorure de mercure qu'ils renferment.

Voici leur composition :

Deutochlorure de miM-ciu i\ 8 gram.

Minium 4

Mie de pain 30

Puisque le protoxyde de Plomb est le seul qui soit soluble dans les acides, c'est le seul aussi qui puisse être absorbé dans l'estomac.

Le minium formé de protoxyde et de bioxyde ne le serait qu'on partie.

D(! là cette conséquence que les poussières de minium, toutes choses égales d'ailleurs, produiront plus lent;'ment l'intoxication saturnine, et que le massicot doit lui être préféré pour les usages thérapeutiques.

Le bioxyde de Plomb doit être rejeté.

si;ls du plomb.

Carbonate de Plomb, carbonate plombi-

MÉDICAMENTS ASTRINGENTS

que, céruse, blanc de ccrusc, blanc de Plomb. PbO, C02. Ce sol est d'un blanc éclatant quand il est bien préparé, inodore, insipide, peu soluble dans l'eau. Il se produit naturellement :i la surface du Plomb métalliciue exposé à l'air humide, ce qui rend si dangereux l'usage de l'eau renfermée dans des vases de Plomb. Il n'est employée en médecine que dans la thérapeutique externe. Il forme la base de la fameuse pommade de Rhazès, préparée avec une partie de céruse sur cinq d'axonge. M. Ouvrard a formulé aussi un cérat contre la névralgie, composé de deux parties de céruse et une de cérat de Gaiien; on peut y ajouter de l'extrait d'opium ou de l'extrait de datura stramonium.

h'emiitûtie de céruse se prépare de la manière suivante :

Céruse en poudre. . . 500 gram.

Huile d'olive 1000

Cire blanche 100

Eau 1000

Mettez la céruse et l'huile dans une grande bassine ; mélangez ; ajoutez l'eau ; mêlez; laissez refroidir; faites fondre de nouveau avec la cire, et formez des magdaléons.

Acétate neutre de Plomb, acétate plombique, sel de Saturne, sucre de Saturne, PbO, A, 3Aq. L'acétate neutre est un sel blanc, d'une saveur douceâtre et pourtant astringente, très-soluble dans l'eau, 100 parties d'eau à 15» dissolvant 59 parties de sel.

Le sous-arélate de Plomb, acétate Iri- •plomhique. Ce sel est blanc et cristallisé en lames opaques. On ne l'emploie en médecine qu'à l'état de dissolution, sous le nom à'exirail de Saturne. Cet extrait de Saturne se prépare de la manière suivante :

Pr. : Acétate neutre de Plomb. 30 part.

Lithargo 10

Eau distillée 90

Faites bouillir l'acétate de Plomb avec la litharge réduite en poudre, jusqu'à ce que la litharge soit dissoute et que la liqueur marque 39° à l'aréomètre; fdtrez, et conservez dans des flacons bouchés.

Il entre dans la composition d'un grand nombre de formules importantes.

L'eau de Goulard ou eau végéto-minérale, composée de :

Sous-acétate de Plomb liquide. 20 gr.

Eau de rivière 900

Alcoolat vulnéraire. ....... 80

Mêlez. (Codex.)

Cette eau a toujours une teinte laiteuse, qui doit être attribuée au sulfate, au carbonate, au phosphate et au chlorure de Plomb, qui s'est formé par l'action de l'acétate de Plomb sur les divers sels de l'eau, de sorte que l'action thérapeutique de l'eau de Goulard dépend totalement de

l'excès d'acétate de Plomb tribasique qu'on a employé.

Le cé7-at de Goulard [cérat de Saturne) se prépare avec huit parties de cérat de Galien que l'on mêle avec une partie de sous-acétate de Plomb liquide.

Le sous-acétate de Plomb liquide précipite non-seulement l'albumine de sa dissolution aqueuse, mais encore la gélatine et la gomme, ce que ne fait point l'acétate neutre.

lannate de Plomb, PbO, T, -f- 2Aq. Sel blanc presque insoluble dans l'eau, préparé en mélangeant une dissolution de tannin à une dissolution d'acétate neutre de Plomb. Il se précipite un tannate de Plomb que l'on fait sécher.

L'iodure de Plomb, Pbl {Yiodure plombique, ioduretum plumbicuni), est d'un beau jaune-citron. Il est fort peu soluble et se prépare de la manière suivante :

Nitrate de Plomb. . . 100 gram.

lodure de potassium. . 100

Dissolvez le nitrate de Plomb à froid, dans une quantité d'eau suffisante, et, d'autre part, préparez une solution concentrée d'iodure de potassium. Versez à froid, par petites portions, la solution d'iodure dans celle de nitrate, jusqu'à ce qu'elle cesse d'y produire un précipité jaune ; lavez le dépôt d'iodure de Plomb à l'eau distillée froide et séchez-la à la température de l'étuve. (Codex.)

On en fait des pommades en l'incorporant à l'axonge dans les proportions d'une à deux parties d'iodure pour huit parties d'axonge.

Bromure de Plomb.

Le bromure de Plomb s'obtient par double décomposition d'un sel de Plomb et du bromure do potassium ; il a été pou employé, et seulement en pilules, pour combattre les érections douloureuses.

Voici la formule de ces pilules :

Bromure de Plomb, de 2 à 5 centigr.

Extrait de belladone, de 2 à 5 Lupuline 5

Pour une pilule. En faire six semblables, dont on prendra deux ou trois par jour. (Codex.)

M. Mialhe a démontré que toutes les préparations de Plomb, avant d'être absorbées, passent à l'état de chlorure plombique rendu plus soluble encore par sa combinaison avec le chlorure de sodium des humeurs. Les préparations insolubles se transforment moins facilement que les autres, d'où la préférence qu'on doit accorder à celles-ci lorsqu'on veut faire passer le Plomb dans la circulation.

Voici deux formules auxquelles cet auteur conseille d'avoir recours pour l'administration du Plomb :

PLOMB

l'ilules ciiloro-plomliques.

Pr. : Aci'tate neutre de Plomb. 1 gram. Clilorure de sodium. ... 4 Racine de guimauve pulvérisée o

Sirop de gomme q. s.

Pour 100 pilules.

Pommade chloro-plomlique.

Pr. : Acétate neutre de Plomb. 1 gram. Clilorure do sodium. . . 4 Axonge 30

.Mêlez.

Les composés du Plomb sont très-nombreux. Employés dès les premiers âges de la médecine sous les formes les plus diverses, ils n'ont cessé d'occuper dans la thérapeutique un rang important ; et si, pendant le premier quart de ce siècle, le Plomb, comme tant d'autres médicaments utiles, a été peu employé par les médecins français, il a repris, depuis quelques années, le rang qu'il n'aurait pas dû perdre.

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