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CHAPITRE III

MÉDICAMENTS ALTÉRANTS

MERCURE

ÎIATIÈUE MÉDICALE.

Le Mercure, Mercurius ou hydrargyrum «les Latins, ûrîoâp^upo; des Grecs {noms anciens : argent vif, vif-argent), est un métal qui se trouve sous quatre états dans la nature : natif, amalgamé à l'argent, combiné au chlore, mais le plus ordinairement à l'état de sulfure.

C'est surtout à Almaden en Espagne, à Idria dans le Frioul, au Mexique, au Pérou, dans la Chine, etc., que ce métai eoi exploité. On en a récemment découvert une mine aux environs de Toulouse.

Caractères yhysiques. Le Mercure est liquide à la température ordinaire de l'atmosphère; il est insipide, inodore, d'un blanc d'argent légèrement bleuâtre ; sa densité est de 13,598.

Exposé à un froid artificiel de 30 à 40 degrés, il se solidifie et devient malléable. La congélation de ce métal, autrefois si difficile à obtenir, est aujourd'hui d'une extrême facilité, au moyen de l'acide sulfureux anhydre, ou mieux encore de l'acide carbonique solidifié. (Thilorier.)

Soumis à l'action du calorique, le Mercure bout et se volatilise à 300 degrés. Il se combine directement à l'oxygène, mais à une température moyenne ; à une température élevée, il ne peut s'y unir; bien plus, cette forte chaleur sépare l'oxygène des oxydes du Mercure.

Nous n'entrerons dans aucun détail sur les usages de ce métal, qui sont fort nombreux, surtout dans les arts. Nous dirons seulement qu'il est employé dans la construction des baromètres et des thermomètres, pour les injections fines, etc.

Avant de parler des différents produits pharmaceutiques qui sont d'usage en médecine, nous devons, pour plus d'ordre et de clarté, traiter successivement du Mercure et de son emploi à l'état de métal, de ses oxydes, de ses sulfures, de ses

chlorures, de ses iodures, de ses bromures, de son cyanure ; enfin, des sels dont il est la base. Immédiatement h la suite de l'histoire de chaque corps, nous indiquerons les préparations officinales et magistrales dans lesquelles il entre, les formes sous lesquelles on l'administre, les mélanges qu'on en fait, ceux qu'il faut éviter, etc.

I. Mercure à l'état métallique (Mercure coulant). Celui du commerce n'est pas très-pur; il contient souvent du plomb, de l'étain, du bismuth, du zinc ; pour l'avoir parfaitement pur, il faut le distiller dans une cornue de grès ou de fer, dans laquelle on a introduit un mélange de 2 parties de cinabre avec 1 partie de limaille de fer, ou de chaux vive ; et encore, par ce procédé, on ne parvient pas à le séparer du zinc, qui est volatil : le meilleur moyen de purifier le Mercure du commerce consiste à l'agiter pendant plusieurs jours avec du nitrate acide de Mercure.

Quelles sont les formes sous lesquelles on emploie le Mercure métallique"?

Le Mercure en masse, prescrit autrefois Il l'intérieur, a cessé d'être en usage ; le Mercure en vapeurs fait naître de fréquents accidents qui en ont interdit l'emploi. La seule forme qui soit maintenant d'un usage presque quotidien, c'est le Mercure divisé ou éteint, et combiné à diverses substances (eau. sucs végétaux et animaux, graisses, etc.).

Le Mercure ne décompose l'eau 5, aucune température, mais quand on le fait bouillir pendant quelques heures avec ce liquide, il en absorbe deux millièmes de son poids ; la liqueur séparée par décantation constitue Veau niercurielle. Ainsi donc, une partie du Mercure est dissoute dans l'eau, et d'après les expériences de

MERCURE

Wiggers, on peut en démontrer la présence par l'hydrogène sulfuré, après avoir ajouté à l'eau mercurielle un peu d'acide nitrique.

Le Mercure peut se trouver dans cette liqueur à l'état de gaz simplement dissous, si les réactifs étaient parfaitement purs; à l'état d'oxyde, si le Mercure était terni ou si l'eau distillée était aérée; enfin, à l'état de sublimé, toutes les fois qu'on fait usage de Mercure oxydé et d'eau chargée de chlorures alcalins.

De toutes les préparations mercurielles, l'onguent est sans contredit la plus ancienne, et, suivant les proportions de métal et de graisse employées, il prend les noms d'onguent simple ou gris, d'onguent double ou napolitain.

Ce dernier, beaucoup plus fréquemment employé que l'autre, est ainsi composé :

Pommade mercurielle.

(Onguent mercuriel double.)

Mercure métallique. . . . 500 gr.

Axonge benzoïuée 4i!0

Cire blanche 40

(Codex.)

Triturez le Mercure avec le quart de la graisse dans un mortier de marbre ou de fer, jusqu'à ce qu'un peu de pommade, frottée entre deux morceaux de papier gris, ne laisse apercevoir aucun globule métallique; ajoutez alors par parties le reste de la graisse de porc, et faites un mélange exact. Avec l'axonge rance l'extinction du Mercure se fait plus promptement.

La composition de la pommade mercurielle simple (onguent gris) est de :

Pommade mercurielle double. 100 gr.

Axonge benzoïnée 300

Mêlez. (Codex.)

Une autre préparation très-importante, dont le Mercure métallique est la base principale, c'est Vempldlre mercuriel (emplâtre de Vigo cum mercurio) ; voici la formule du Codex :

Pr. : Emplâtre simple 2000 gr.

Cire jaune 100

Résine de pin 100

Gomme ammoniaque. . . 30

Bdellium 30

Oliban 30

Myrrhe 30

Poudre de safran 20

Mercure 600

Térébenthine du Mélèze. 100

Styrax liquide purifié. . . 300

Huile volatile de lavande. 10

Réduisez en poudre les gommes-résines et le safran ; d'autre part, triturez le Mercure avec le styrax et la térébenthine dans un mqrtier de fer, jusqu'à ce qu'il soit complètement éteint; faites liquéfier l'emplâtre simple avec la cire et la résine de

pin, ajoutez-y les poudres et l'huile volatile, et quand l'emplâtre sera déjà refroidi, mais cependant encore liquide, ajoutez-y le mélange mercuriel, que vous 'ncorporeroz par agitation.

M. Soubeiran a introduit dans cette préparation et dans celles de l'onguent mercuriel quelques modifications fort utiles qu'il indique dans son Traité de pharmacie, C« édition ip. 478 et suiv.) ; nous conseillons d'y avoir recours.

Avec le Mercure cru, on prépare aussi les pilules mercurielles (pilules de Belloste).

Pr. : Mercure pur 60 gr.

Poudre d'aloès 60

— de rhubarbe . . 30

— de scammonée. 20

— de poivre noir . 10 Miel 60

Triturez longtemps le Mercure avec le miel; quand il sera parfaitement divisé, ajoutez les poudres, et faites une masse que vous conserverez dans un pot et que vous diviserez, P mesure du besoin, en pilules de 20 centigrammes. Chaque pilule contiendra 6 centigr. de Mercure, 6 centigr. d'aloès, 2 centigr. 1/2 de scammonée et de rhubarbe.

Pilule.' de Sédillot.

Onguent mercuriel 90 gr.

Savon médicinal 60

Poudre de réglisse 30

Fs. a des pilules de 0ef^20 à 0gr,30.

De deux à six par jour; ces pilules sont bien supportées, mais provoquent facilement la salivation.

On prépare également avec le Mercure cru les Tablettes mercurielles, composées de Mercure, mucilage de gomme adragante, sucre.

Faites des tablettes de 00 centigrammes. Chaque tablette contient 10 centigrammes de Mercure.

Les pilules bleues, faites avec Mercure, conserve de roses et poudre de réglisse.

On éteint le Mercure dans la conserve de roses, on ajoute la poudre de réglisse, et l'on fait des pilules de 15 centigr.

Ces préparations sont analogues jusqu'à un certain point aux pilules de Belloste, qui ne sont elles-mêmes qu'une imitation des pilules de Barberousse, tant vantées anciennement.

Nous passerons sous silence une multitude d'autres préparations qui contiennent aussi du Mercure éteint, telles que Vélectuaire anthelminihique de Heister, Véthiops minéral, qu'on regarde comme un sulfure, le Mercure goinmeux de Ptenck, etc. ; elles sont aujourd'hui d'un emploi fort rare.

IL Oxydes. Le Mercure forme deux oxydes : l'un contenant deux proportions de Mercure et une d'oxygène ; l'autre une proportion de ces deux corps.

MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

Protoxyde (oxyde mercureux, Berz. ; oxyde noir ou gris de Mercure), Hg'O. 11 n'existe guère que combiné avec les acides, et s'obtient en mettant du protochlorure de Mercure en contact avec un excès de dissolution de potasse, et à froid ; autrement on a un mélange de Mercure métallique et de bioxyde.

Cet oxyde n'est presque jamais employé en médecine, si ce n'est dans Veau phagédénique noire (eau noire allemande), qui se prépare avec :

Mercure doux à la vapeur. 5 cent.

Eau de chaux 32

Mêlez.

Il entre aussi dans la composition du Mercure solublc de Moretti, qui diffère peu de la préparation précédente.

Bioxyde (oxyde mercurique, Berz., précipité rouge, oxyde rouge de Mercure), HgO. Il est toujours un produit de l'art; on l'obtient soit en décomposant le nitrate de Mercure par la chaleur, soit en chauffant pendant quinze jours le Mercure à l'aire libre; obtenu par ce procédé, il porte le nom de prdcipité perse.

La couleur du bioxyde varie selon qu'il est hydraté ou anhydre. Dans le premier cas il est jaune; dans le second, c'est-àdire anhydre, il est en petites masses agylomérées, composées de paillettes rouges et brillantes ; il est inodore, très-peu soluble dans l'eau, à laquelle cependant il donne une saveur métallique. Il s'unit très-bien aux acides.

Les préparations qui ont pour base le Lioxyde de Mercure sont nombreuses.

Nous citerons d'abord Veau phagédénigue.

Pr. :%ublimé corrosif . . 10 cent.

Eau de chaux. ... 32 gram.

Dissolvez le sublimé dans une petite quantité d'eau et mêlez à l'eau de chaux. La liqueur est formée de chlorure de calcium, tenant en suspension du bioxyde de Mercure. Ce médicament est plus actif que l'eau phagédénique noire.

Sans nous astreindre à donner toutes les formules en usage, nous dirons que le bioxyde de Mercure, sous forme de précipité rouge, est une des préparations mercurielles les plus employées, et qu'il fait la base de presque toutes les pommades ophthalmiques, telles que celles de BesauU, de Régent, de Saint- Yves, etc.

Ces différentes pommades, généralement trop énergiques, ne doivent contenir qu'un vingtième à un dixième de précipité rouge.

III. Sulfures. Le Mercure forme avec le soufre deux combinaisons, correspondantes aux oxydes pour leur composition chimique.

Le protosulfure ou sulfure noir, Hg^S, est pulvérulent, inodore, insipide, insoluble dans l'eau. On l'obtient en triturant.

dans un mortier de verre ou de fer, un mélange de 100 parties de Mercure et de 200 parties de soufre sublimé et lavé, jusqu'à ce que le Mercure soit bien éteint et que le mélange ait acquis une couleur noire. Ce sulfure, qu'on nommait autrefo'iséthiops minéral, est plutôt un mélange de sulfure de Mercure avec du soufre et quelquefois du Mercure métallique, qu'un sulfure de Mercure particulier. (Soubeiran.)

L'éthiops minéral n'est presque plus employé de nos jours; autrefois il servait à préparer le sucre vermifuge mercuriel, Véiliiops antimonial de Malouin, etc.

Le bisulfure de Mercure (cinabre vermillon, sulfure rouge de Mercure), HgS, existe abondamment dans la nature; celui qui est employé pour les usages pharmaceutiques est artificiellement préparé en sublimant le sulfure noir obtenu par la voie de fusion. Ce sulfure artificiel (cinabre) est en masses volumineuses formées d'aiguilles d'un rouge violacé ; mais réduit en poudre, il est d'un rouge vif et pur; on le nomme alors vermillon. Il est insoluble dans l'eau, complètement volatilisable par la chaleur. Ce dernier caractère peut le distinguer des substances qui ont servi à le sophistiquer.

Le bisulfure de Mercure est maintenant , assez rarement employé. A l'état de cinabre, il fait la base de plusieurs pommades et entre dans la composition de la poudre escarrotique arsenicale (poudre caustique de frère Côme ou de Rousselot) ; on l'emjiloie aussi avec succès en fumigations. Voici la manière dont on les fait :

Pr. : Cinabre 4 à 32 gram.

On projette le cinabre sur une plaque de fer chauffée assez fortement pour le volatiliser. Le malade, placé dans une chaise fermée, reçoit les vapeurs. On peut également les diriger avec un entonnoir sur quelques parties du corps. Le cinabre est en partie détruit par l'oxygène de l'air, et la fumigation se compose réellement d'un mélange d'acide sulfureux avec de la vapeur de Mercure et de la vapeur de cinabre.

Disons, en terminant l'histoire du cinabre, que tout ce qui a été dit de ce sulfure par les anciens doit se rapporter au sang-dragon.

IV. Chlorures. Nous en connaissons deux; le proto et le bichlorure, qui, tous deux, sont employés en médecine et sont le produit de l'art.

Protochlorure de Mercure (chlorure mercureux, Berz.), Hg^CI. On lui a imposé une foule de noms différents, tels que ceux de Mercure doux, calomelas, calomel, panacée mercurietle, aquila alba, précipité blanc, muriale de Mercure, etc.

Le protochlorure de Mercure est d'un blanc grisâtre, jaunissant par le frottement ou la pulvérisation, très-pesant, insoluble dans l'eau et dans l'alcool, volatil, soluble dans le chlore, qui le transforme

MERCURE

en bichlorure; coloré en noir par les alcalis.

Sa composition est de : Mercure, 85,12; chlore, 14,88.

Il faut distinguer trois sortes de protochlorure, relativement à l'usage médical, savoir : 1° Mercure doux ordinaire ou calomel ; 2» Mercure doux préparé à la vapeur, ou calomel à la vapeur ; 3" précipité blanc ou protochlorure de Mercure, obtenu par précipitation. Trois procédés différents de préparation sont indiqués par le Codex.

Préparation. 1» Protochlorure de Mercure par sublimation. C'est le calomel ordinaire. Après avoir fait bouillir à une douce chaleur 5,000 parties de Mercure et 6,000 parties d'acide sulfurique à GG degrés, on évapore jusqu'à siccité ; le résidu étant refroidi, on ajoute 5,300 parties de sel marin que l'on mélange et dont on remplit aux deux tiers de grands matras à sublimation ; on nivelle la masse et on la couvre d'un mélange fait avec 20 parties de sable et 1 partie de charbon végétal bien calciné. Ces matras, dont l'orifice est recouvert d'un pot de faïence renversé, sont disposés dans un bain de sable en tôle et placés sous une cheminée; on chauffe très-doucement pendant trois jours et trois nuits; le Mercure obtenu est sublimé de nouveau dans de petits matras, il est alors en pains d'un blanc éclatant.

Avant d'être employé en médecine, le Mercure doux ou calomel ordinaire doit être porphyrisé et lavé avec de l'eau distillée chaude pour le dépouiller complètement du sublimé corrosif. On est arrivé à (•e dernier résultat lorsque les lavages ne précipitent plus par la potasse caustique et par l'hydrogène sulfuré.

2° Protochlorure de Mercure préparé à la vapeur (calomel à la vapeur). Cette préparation consiste à faire arriver en même temps, dans un même espace, de la vapeur d'eau et du Mercure doux vaporisé ; les vapeurs de celui-ci se condensent au contact de la vapeur d'eau, parce que leur température se trouve abaissée au-dessous du point où elles peuvent conserver l'état aériforme ; mais elles restent sous la forme d'une poudre fine, parce que la vapeur d'eau qui s'est interposée entre elles met obstacle à ce qu'elles puissent se réunir en une masse cohérente. (Soubeiran, voir les détails de l'appareil, Traité de Pliarmacie.)

Le calomel à la vapeur, anglais, est plus blanc, plus léger que celui que nous fabriquons en France. M. Soubeiran est parvenu à imiter le produit anglais d'une manière avantageuse; pour cela, il suffit de chauffer le calomel par sublimation dans un cylindre en terre, en ayant soin de mélanger préalablement un peu de bichlorure de Mercure : on fait arriver les vapeurs dans une grande fontaine en grès dans laquelle les vapeurs se condensent en une poudre très-blanche et légère, qu'il faut laver jusqu'à ce que les eaux de la-

vage ne précipitent plus par l'hydrogène suîfuré.

Le Mercure doux à la vapeur est presque le seul que l'on emploie aujourd'hui.

3» Protochlorure de Mercure par précipitation (précipité blanc). On fait réagir 1,000 parties de Mercure et 1,500 d'acide nitrique; on abandonne à elle-même la dissolution, qui cristallise après deux jours; après avoir décanté la liqueur et égoutté les cristaux, on les broie et on les traite par de l'eau aiguisée d'acide nitrique.

La solution étant complète, on réunit toutes les liqueurs dans un vase allongé, et on y verse un léger excès d'acide chlorhydrique afin de précipiter tout le Mercure. On laisse déposer, et on lave le dépôt à plusieurs reprises à l'eau froide, puis à l'eau chaude, on le laisse ensuite égoutter sur une toile et on le divise en trochisques.

Le précipité blanc se rapproche beaucoup du Mercure doux à la vapeur quant à ses propriétés thérapeutiques. Il est toutefois beaucoup plus irritant.

Nous appelons l'attention des praticiens sur une confusion qui se fait souvent dans le commerce des produits chimiques, et qu'il importe d'éviter; c'est probablement à cette confusion qu'il faut rapporter les variations gui ont été signalées dans l'action du précipité blanc.

En effet, souvent on livre pour du précipité blanc préparé comme nous venons de le dire un composé ammoniaco-mercuriel qu'on obtient en précipitant une solution de sublimé corrosif par l'ammoniaque, et qui porte le nom de précipité blanc de Lemery, chlorure amtnoniacomercuriel (Soubeiran), précipité blanc ammoniacal (Guibourt), oxydochlorure ammoniacal (Thénardl, chloramidure de Mercure (Kaner). Ce composé ammoniaco-mercuriel se distingue du protochlorure de Mercure en ce que la potasse humide qui noircit celui-ci n'en dégage pas d'ammoniaque, tandis qu'elle jaunit et dégage de l'ammoniaque du précipité blanc ammoniacal ; l'ébullition prolongée dans l'eau distillée ne dissout ni n'altère le protochlorure, tandis que l'oxychlorure est converti en un composé soluble de bichlorure et de sel ammoniac, et en bioxyde de Mercure hydraté insoluble et jaune.

Les trois variétés de protochlorure mercuriel ne difi'èrent que par leur degré de division. D'après M. Moritz, la ténuité du calomel en pain, divisé par porphyrisation, étant prise pour unité, celle du calomel à la vapeur, ou de Josias Jeweel, s'exprime approximativement par quatre ; et celle du calomel de Schéele, ou précipité blanc, par quatorze.

Leur activité est en raison directe de leur état de plus grande division.

Un grand nombre de préparations sont faites avec le protochlorure de Mercure; à l'intérieur, les tablettes, les chocolats, les biscuits vermifuges, dans lesquels le calomel entre seul, ou bien mélangé à des ré-

MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

sines purgatives. On l'administre aussi fort souvent à l'extérieur en foudre, associé au supro.

Il faisait partie de plusieurs médicaments anciens, maintenant inusités, tels que les pilules suédoises, les pilules mineures d'Hoffmann, la poudre de Godernaiix, etc.

Il entre aussi dans la composition de la poudre mercurielle arsenicale de Dupuytren, dont voici la formule :

Pr. : Mercure doux à la vapeur. 199 part.

Acide arsénieux 1

Mêlez.

Nous ne devons pas oublier de signaler un fait important, c'est que le protoclilorure de Mercure tend toujours à être transformé en sublimé corrosif, surtout lorsqu'il est en présence des chlorures alcalins. On évitera aussi de l'associer à l'acide cyanhydrique et aux amandes amèrcs, M. Deschamps ayant observé qu'il se fait dans ce cas du cyanure et du bichlorure de Mercure. Il ne faut donc jamais prescrire du calomel dans un looch ; en présence de l'eau de laurier-cerise, suivant M. Bérang-er, il se ferait, aux dépens du calomel, du cyanure de Mercure, du chlorure benzoïle; il y aurait du Mercure réduit.

Poudre à poudrer (Trousseau).

Pr. : Précipité blanc. . . 5 gram. Amidon parfumé. . 100

Mêlez. Pour tuer les poux de la tête, du corps et du pubis, et contre le pityriasis du cuir chevelu.

Bichlorure de Mercure, HgCl (chlorure mercurique, Berz.). Noms anciens : deutochlorure de Mercure, miiriale oxygéné de Mercure, sublimé corrosif II est d'un blanc mat, d'une saveur très-âcre, volatil, soluble dans l'eau, qui en dissout un seizième de son poids, à froid; soluble dans trois fois son poids d'eau bouillante ou d'alcool. Il est formé de 70,09 de Mercure et de 23,91 de chlore.

Préparations. On l'obtient par la double décomposition du deutosulfate de Mercure et du chlorure de sodium. On ajoute du bioxyde de manganèse qui a pour effet de s'opposer à la formation du Mercure doux ; l'excès d'acide sulfurique que contient le sulfate favorise la séparation d'une partie de l'oxygène du bioxyde de manganèse. Cet oxygène se porte sur le sodium et met du chlorure en liberté : celui-ci fait passer à l'état de bichlorure le Mercure doux qui s'est formé parla décomposition mutuelle du sel marin et du sulfate de Mercure.

Quels sont les usages du bichlorure de Mercure (sublimé corrosif)? Ils sont extrêmement nombreux : îi l'intérieur, en solution, en pilules; à l'extérieur, enbuins, en injections, en collyres, en pommades, en trochisques, etc.

La préparation qui est presque exclusi-

vement employée à l'intérieur est connue sous le nom de liqueur de Van Swielen; voici la formule du Codex :

Pr. : Bichlorure de Mercure. 1 gram.

Eau distillée 900

Alcool rectifié 100

Dissolvez le sublimé corrosif dans l'alcool et ajoutez ensuite l'eau distillée. Cette liqueur contient un millième de son poids de sublimé corrosif. Chaque cuillerée à bouche contient 1 centigr. 1/2 de sublimé.

La formule de cette liqueur varie suivant les différentes pharmacopées.

Cette solution de sublimé, plus ou moins modifiée, fait la base d'une foule de recettes aujourd'hui inusitées, parmi lesquelles nous citerons : l'eau antivénérienne de Quercetan, le sirop antivénérien de Saint- Ildefonse, l'eau stomacliique de Dacher, la teinture nntivénérienne de Falk, l'élixir de Wright, le rob de Laffecleur, etc., etc.

On prescrit assez fréquemment les pilules anlisyphdiliques de Dupuylren, qui se composent de :

Deutochlorure de Mercure. . 20 cent.

Extrait d'opium 40

— de gayac 80

Faites une masse bien homogène que vous diviserez en vingt pilules, dont chacune renferme OgfjOl de deuto-chlorure et 08''j02 d'extrait d'opium.

A l'extérieur, les principales préparations où entre le sublimé sont :

La pommade de Cyrilto, qui est encore quelquefois employée, se prépare, d'après le Codex, de la manière suivante :

Pr. : Sublimé corrosif. . . 4 gram.

Axonge 30

Porphyrisez le sublimé; ajoutez l'axonge, et continuez la porphyrisation pour obtenir un mélange très-exact.

Bains de sublimé simple.

Adultes. Enrants.

Pr. : Bichlorure de

Mercure. . . 8 à 20 gr. 2 à 8 gr. Alcool 100 100

Pour un bain ordinaire.

Bains de sublimé composé.

Adultes. Enfaols.

Pr. : Bichlorure de

Mercure. . . 8 à 20 gr. 2 à 8 gr.

Chlorhydrate

d'ammoniaque. 30 20

Eau 200 200

Faites dissoudre pour un bain. Contre les sypbilides et les affections chroniques de la peau.

Enfin, les trochisques escarrotiques de sublimé, dont voici la formule :

Pr. : Sublimé 8 gr.

Amidon 16

Mucilage de gomme adra-

gante q. s.

MERCURE

Porphyrisez le sublimé, mèlez-le ù l'amidon, et ajoutez le mucilage pour obtenir une pâte avec laquelle vous ferez des trochisques en forme de grains d'avoine du poids de 15 centigrammes.

Les trachisques de minium se préparent avec : minium, 1 p. ; sublimé, 2 p. ; mie de pain et eau distillée, q. s.

Ces trochisques sont dans beaucoup de cas d'une grande efficacité.

Le sublimé était aussi à l'état de mélange dans un multitude de médicaments externes presque complètement abandonnés, tels que l'eau phagédénique de Grindel, l'injeclwn de Whathely, l'eau aniidartreuse du cardinal de Luynes, l'eau caihérétique de l'ienck, etc.

Les préparations pharmaceutiques dans lesquelles entre le bichlorure de Mercure peuvent être divisées de la manière suivante :

1" Préparations dans lesquelles le sublimé corrosif n'est pas altéré et agit en entier. Exemple, la liqueur de Van tiwieten;

2» Préparations dans lesquelles l'action du sublimé est diminuée. Exemple, lorsqu'on l'associe avec des matières extractives, pilules Dupuytren ;

3» Préparations dans lesquelles l'action du sublimé corrosif est considérablement diminuée. Exemple, lorsqu'on l'associe aux matières protéiques, lait, gluten, albumine, etc. ;

4° Préparations dans lesquelles l'action du sublimé est augmentée. Exemple, lorsqu'on l'associe aux chlorures alcalins, et surtout à l'hydrochlorate d'ammoniaque;

5" Préparations dans lesquelles l'action du sublimé est très-augmentée. Exemple, l'association aux composés cyaniques ;

G» Enfin l'action du sublimé est presque détruite par suite d'une réaction chimique. Exemple, eau phagédénique jaune.

Il existe encore d'autres chlorures employés en médecine ; ce sont : l" le chlorure ammoniaco-mercuriel soluble (sel Alembroth) ; a» le chlorure ammonio-mercuriel insoluble (oxychlorure ammoniacal de Mercure, précipité blanc de Prusse).

Le premier résulte de la combinaison du bichlorure de Mercure avec le sel ammoniac ; le dernier se produit lors de la précipitation du sublimé corrosif par l'ammoniaque, il fait la base de l'onguent antipso7-ique de Zeller, de la pommade de Janin, etc.

On emploie aussi avec avantage : 3° un chlorure double de Mercure et de morphine, (HgCI, G3*Azo^Chl).

Ce sel s'obtient en mélangeant des dissolutions de chlorhydrate de morphine et de sublimé corrosif; le précipité obtenu, repris par l'eau bouillante, cristallise par le refroidissement; il est peu soluble dans l'eau froide, très-soluble dans l'alcool ; il contient 28 de sublimé et 72 de chlorhydrate de morphine; il est employé contre les affections syphilitiques et surtout pour calmer les douleurs nocturnes.

Pilules.

Pr. : Chlorure double de Mercure

et de morphine 1 gr.

Poudre de réglisse 2

Sirop de gomme q. s.

Pour 72 pilules ; en prendre une matin et soir, en élevant ensuite la dose.

4° Chlorure double de Mercure et de quinine (HgCl, H'^AZO- HGl).

Ce sel s'obtient en dissolvant séparément, dans le moins d'eau possible, le sublimé corrosif et le chlorhydrate de de quinine : on mêle les liqueurs et le sel double cristallisé.

C'est Dermott (de Dublin) qui a le premier indiqué la préparation de ce sel ; il a été très-vanté par Hamilton dans les maladies rebelles de la peau, telles que le lupus, les syphilides tuberculeuses et ulcéreuses.

Dose : 25 milligrammes à 5 centigrammes, deux ou trois par jour, en pilules, associé à l'opium.

V. lodures. Le Mercure forme avec l'iode trois combinaisons, savoir ; le proto, le sesqui et le bi-iodure de Mercure. Le premier et le dernier de ces iodures sont seuls employés en médecine.

Prolo-iodure de Mercure (iodure mercuroux, Berz.), Hg^I. Il est jaune verdàtre, volatil lorsqu'on le chauffe rapidomont; chauffé faiblement^ il se transforme en Mercure et en bi-iodure insoluble dans l'eau et- dans l'alcool ; se transformant facilement en bi-iodure par l'iode.

Préparation. Le meilleur procédé pour l'obtenir est celui qui a été indique par M. Berthemont :

Pr. : Mercure 100 part.

Iode GO

Alcool q. s.

On met dans un mortier de porcelaine l'iode et le Mercqre ; on ajoute assez d'alcool pour transformer la masse en une pâte molle; on continue de triturer jusqu'à, ce que le Mercure ait entièrement disparu, et que le mélange ait pris l'apparence d'une poudre d'un vert jaunâtre; on fait sécher le produit dans une étuve, à l'abri de la lumière, et on le renferme dans des vases couverts d'un papier noir.

L'iodure mercureux neutre peut contenir jusqu'à 9 pour 100 d'iodure mercurique, d'après M. Thierry. L'iodure mercureux basique en renferme toujours incomparablement moins : c'est donc celui-ci qu'il convient d'employer en médecine; encore est-il que, pour apprécier la valeur thérapeutique de ce médicament, il est nécessaire de le dépouiller par 1 alcool bouillant de la petite proportion de bi-iodure qu'il retient toujours, même en ayant soin, suivant la recommandation de M. Mialhe, d'opérer avec un excès de Mercure. (Soubeiran.)

Le proto-iodure de Mercure est em-

ployé' en pilules, en pommade et en teinture alcoolique.

Voici quelques formules:

Pilules de proto-iodure de Mercure opiacées. [Pilulœ cum iodureto-hydrargyroso.)

Proto-iodure de mercure récemment pré-

paré o gr.

Extrait d'opium 2 —

Conserve de roses 10 —

Poudre de réglisse q. s.

Mêlez exactement l'extrait d'opium à la conserve de roses. Ajoutez-y le protoïodure, puis la quantité nécessaire do poudre de réglisse. Divisez la masse en cent pilules. Chaque pilule contient 0,05 de proto-iodurej et 0,02 d'extrait d'opium.

(Codex.)

Pommade de proto-iodure de Mercure.

(Pomalum cum iodureto-hydrargyroso.)

Proto-iodure de Mercure 1 gr.

Axongo benzoïnée 20 —

Mêlez très-exactement sur un porpliyrc.

(Codex.)

Bi-iodure de Mercure, Hgl (iodure morcurique^ Berz.). Il est d'une belle couleur rouge, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool chaud; chaufTé, il se volatilise en paillettes, jaune citron, qui devient rouge au bout d'un temps plus ou moins long, et immédiatement si on les frotte avec une baguette de verre se combinant avec les chlorures alcalins, en jouant avec eux le r(Me d'acide. On l'obtient en faisant dissoudre séparément dans une grande quantité d'eau 100 parties d'iodure de potassium et 80 parties de sublimé corrosif; on verse une des deux liqueurs dans l'autre; on lave le précipité rouge qui se forme, on le fait sécher, et on le conserve dans un flacon à l'abri de la lumière.

Les formes sous lesquelles on l'administre sont les mêmes que pour le protoiodure de Mercure, lequel est actuellement beaucoup plus employé.

M. Bouchardat a tout récemment découvert un iodure double de Mercure et de morphine, qu'il obtient en traitant par l'alcool bouillant un mélange de parties égales de bi-iodure de Mercure et d'iodhydrate de morphine. Par le refroidissement, il se dépose des grains cristallisés du composé double, d'une couleur blanche légèrement jaunâtre. C'est, dit-il, un sel |)n's(|ue' aussi énergique que l'iodure lie mercure, et qui doit être employé avec beaucoup de précaution.

M. P. BouUay a fait connaître aussi un iodure double de Mercure et de potassium Kl^ (Hgl), qui, dans ces derniers temps, a élé employé en médecine d'une manière efFicace par le docteur Puche. Il donne îi ce sel la forme pilulaire en le mélangeant avec huit fois son poids de sucre de lait, et une quantité suflisante de mucilage de feumme arabique.

Lavement vermifuge.

Pr. : Bi-iodure de Mercure. 0,002 Iodure de potassium.. 0,10

Faites dissoudre : contre les ascarides vermiculaires et lombricoïdcs. (Trousseau.)

M. Boutigny a, dans ces dernières années, composé un iodwe rie chlorure mercureux^ni depuis lors a été très-largement exploité par quelques médecins spécialistes dans le traitement de la couperose.

Ce composé est formé, soit avec un équivalent d'iode et deux de calomel, soit avec un équivalent d'iode et un de calomel.

Pour préparer le premier composé, on prend :

Iode, un équivalent. . . . 1579,3 Prolochlorure de Mercure,

deux équivalents. . . . 8948,S

On pulvérise grossièrement le calomel, on l'introduit dans un matras d'essayeur, et on le chauffe doucement, en l'agitant jusqu'à ce qu'il commence à se sublimer; alors on y ajoute l'iode par petites parties, et la combinaison s'effectue avec bruit, sans perte sensible de l'iode. Si, au contraire, on mélangeait l'iode avec le calomel avant de l'introduire dans le matras, une bonne partie de l'iode se volatiliserait, et l'on n'obtiendrait qu'un médicament à proportions inconnues, et par conséquent d'un effet incertain.

Pour obtenir le second composé, on prend un équivalent de calomel seulement; le mode de préparation est absolument le même.

La première formule est destinée aux préparations internes et externes sous forme de pommades; la seconde a été coulée en cylindres pour servir comme caustique.

La dénomination d'iodure de chlorure mercureux donnée à ces divers composés,, est très-impropre ; il est bien démontré aujourd'hui que ce sont des composés en proportions variables de proto, de bichlorure et de bi-iodure de mercure, qu'il vaut mieux après tout formuler par le mélange de ces trois corps.

VI. Bromures. Deux combinaisons de brome et de Mercure ont été employées, mais assez rarement. Elles ont à peu près les mêmes propriétés médicales que les combinaisons correspondantes de chlore et de Mercure ; ainsi le proto et le bichlorure de Mercure peuvent leur servir de succédanés.

VU. Cyanure. On emploie de préférence à beaucoup de sels mercuriels le cyanure de Mercure, HgCg (cyanure mercurique, Berz.; prussiate de Mercure). Il est blanc, d'une saveur âcre très-désagréable, soluble dans l'eau, surtout à chaud, moins dans l'alcool; il est composé de : Mercure, 79,33; cyanogène, 20,67.

Préparation. On l'obtient en faisant bouillir dans 40 parties d'eau distillée.

MERCURE

* parties de bleu de Prusse et 3 parties de bioxyde de Mercure finement pulvérisés.

Quand la matière a pris une couleur d'un brun clair, on sépare le liquide par la filtration, et l'on fait bouillir le résidu pendant quelques instants avec une nouvelle quantité d'eau; on filtre encore, on évapore les liqueurs et on les fait cristalliser.

Il est souvent employé à l'extérieur en solution dans de l'eau distillée, et en pommade; à l'intérieur, en pilules.

Uoxy do -cyanure de Mercure (cyanure basique de Mercure) a été employé dans les mêmes cas que le cyanure de Mercure ; il a été surtout préconisé par M. Parent, qui l'a administré dans les mêmes formes, mais avec beaucoup plus de succès que le précédent.

On le prépare en faisant digérer dans l'eau 100 parties de cyanure de Mercure et 22 parties d'oxyde de Mercure; on filtre et on évapore à siccité à une chaleur très-douce, car ce composé est facilement décomposable par la chaleur.

"VIII. Sels. Il nous reste à parler des sels de Mercure qui sont un peu déchus de leur ancienne importance thérapeutique, à l'exception cependant du nitrate acide de Mercure, dont nous allons bientôt faire mention, et qui est très-fréquemment employé, à l'extérieur, comme caustique.

l" Les sulfates. On en connaît deux :

le protosuifale de Mercure, Ilg^OjSO^, qui est blanc, très-peu soluble, composé de 84 parties de protoxyde de Mercure et de 16 parties d'acide sulfurique. Il est inusité.

Le deutosulfate, HgO,SO^, blanc aussi, soluble dans 600 parties d'eau bouillante; formé de 73,16 parties de bioxyde de Mercure et de 26,84 parties d'acide sulfurique.

L'eau le décompose en deutosulfate solide et en sous-deutosulfate presque insoluble, poudre d'un beau jaune, connue et employée autrefois sous le nom de précipité jaune, et surtout sous celui de turbith minéral. On en faisait une pommade qui, dans ces derniers siècles, a eu une très-grande vogue. '

20 Les azotates ou nitrate. Deux sont employés en méd;cine, le proto et le deutonitrate de Mercure.

Le protonitrate, Hg^O jAzO", cristallise en prismes blancs : il est d'une saveur âcre, styptique; traité par l'eau, il se décompose en nitrate acide soluble et en une poudre blanche insoluble, devenant jaune verdàtre par des lavages h chaud; c'est le turbith nitreux des anciens.

Si l'on verse lentement dans le protonitrate acide obtenu quelques gouttes d'ammoniaque peu concentrée, on a bientôt un précipité noir qu'on nommait autrefois Mercure soluble d'Hahnemann (protonitrate^ ammoniaco-mercuriel).

La préparation du protonitrate se fait en dissolvant, au moyen d'une douce chaleur, 1 partie de Mercure dans 2 parties d'acide nitrique.

Ce sel entre dans la composition du

siroj) Mercuriel de Bellef, médicament infidèle que l'on avait vanté d'une manière exagérée.

Le deutonitrate de Mercure, HgO,AzOS, est un sel presque incristallisable, trèscaustique. L'eau le change en un sousnitrate et en une dissolution acide.

Voici, d'après le Codex, la préparation du nitrate acide de Mercure liquide :

Pr. : Mercure 100 parties.

Acide nitrique à 35».. 200

Faites dissoudre le Mercure dans l'acide nitrique, et évaporez la dissolution jusqu'à ce qu'elle soit réduite aux trois quarts de son poids primitif, c'est-à-dire à 225 parties.

Le deutonitrate sert à composer l'onguent citrin, qui est préparé avec : Mercure, 40 gram. ; acide nitrique, 80 gram. ; axonge et huile d'olive, de chaque, 400 gram. m. s. a.

La préparation du deutonitrate est la même que celle du précédent.

Le protoacétate de Mercure, Hg^O, A-i-Og (terre foliée mercurielle) n'est presque plus employé. Pour l'obtenir on décompose une dissolution de protonitrate de Mercure par une dissolution d'acétate de potasse.

Ce sel fait la base des pilules ou dragées de Keyser.

Nous donnerons, en terminant, les principaux caractères des sels de Mercure.

Les sels à base de protoxyde sont précipités en noir par les alcalis, même par l'ammoniaque, et en blanc par l'acide chlorhydrique ou le sel marin. L'iodure de potassium les précipite en jaune verdàtre.

Les sels à base de bioxyde ou de peroxyde sont précipités en jaune par les alcalis, en blanc par l'ammoniaque; le sel marin ne les précipite qu'autant que leur solution est concentrée. L'iodure de potassium y détermine un précipité d'un beau rouge.

M. Mialhe a fait sur les Mercuriaux des recherches qui intéressent vivement les thérapeutistes et que nous allons essayer de résumer.

Suivant ce chimiste distingué, toutes les préparations mercurielles usitées en médecine sont en partie ou en totalité transformées en sublimé corrosif par les chlorures alcalins des humeurs, avec ou sans le concours de l'oxygène et de l'acide chlorhydrique.

Les protosels passent d'abord à l'état de protochlorure, lequel, à son tour, se transforme en chlorure mercurique.

Le sublimé produit se combine aux chlorures alcalins à la manière d'un acide complexe; dès lors il n'est plus précipité par l'albumine, et parcourt le cercle circulatoire sans être décomposé.

Les matières organiques n'altèrent pas en général le sublimé corrosif, excepté l'acide formique et l'aldéhyde.

La proportion de bichlorure formé est

MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

en rapport, non avec la quantité de préparation mercurielie ingérée, mais av»-; celle des chlorures alcalins.

La présence des matières organiques neutres n'empêche pas la transformation du calomel en sublimé : la dextrine la favorise; le sucre, et probablement l'albumine, ne la modifient pas, mais la graisse y apporte un retard marqué.

Voici les conclusions qu'on peut tirer de ces résultats, qui, d'ailleurs, ont été en partie contestés par MM. Hervy, Guibourt, Caventou, Larocque et Morits :

i" L'action des préparations mercurielles doit être attribuée en définitive au sublimé.

2» Les bisels sont plus actifs que les autres.

3° Il faut éviter d'administrer les préparations qui contiennent du sublimé et de l'acide formique ou du sucre en présence d'un alcali libre.

40 On peut, au contraire, l'associer aux extraits, à l'albumine, comme l'a dit M. Soubeiran.

Pour favoriser l'action des protosels ou des bisels, autres que le bichlorure, il convient de leur associer préalablement des chlorures alcalins.

Ces réflexions ont conduit M. Mialhc à proposer quelques formules rationnelles dont le secret consiste précisément îi associer le sublimé à une quantité environ double ou quadruple de chlorure de sodium ou de sel ammoniac. C'est dans ce sens qu'il a, par exemple, modifié la liqueur de Van Swieten.

Toutefois, deux objections doivent être faites à la théorie de M. Mialhe : si tous les Mercuriaux n'agissaient que parce qu'ils sont transformés en sublimé corrosif, ils devraient tous produire les mômes effets physiologiques; or il est certain que le calomel augmente singulièrement la sécrétion biliaire, et que le sublimé corrosif détermine rarement la salivation; celle-ci est au contraire produite facilement par les iodures et le Mercure divisé.

Il est une observation fort importante que l'on doit à M. Bouchardat, c'est que l'iodure de potassium, en présence d'une préparation mercurielie insoluble, donne naissance h un iodiu'e double de Mercure et de potassium. Toutefois, il se forme également du sublimé quand on met en contact du calomel et un iodure alcalin.

L'emploi des Mercuriaux en thérapeutique est de date moderne. Les anciens craignaient de faire usage du Mercure à cause des propriétés vénéneuses qu'ils lui supposaient. Il faut arriver jusqu'aux Arabes pour trouver des notions positives sur l'usage médical de ce médicament. Ceux-ci ne l'employèrent d'abord que contre certaines affections cutanées, contre les ulcères, la maladie pédiculaire, la lèpre ; et ce fut plus tard, quand la vérole envahit le monde, que J. Widmann publia, en 1497, un ouvrage sur l'emploi du Mercure dans la syphilis {vide Gmelin, Apparatus medicaminum, t. VIII, p. 24). Peu après et presque en même temps, il parut une multitude d'écrits sur la môme matière, et, depuis cette époque, le Mercure a pris dans la thérapeutique un rang des plus importants, qu'il a conservé jusqu'à nos jours.

Cependant l'emploi de ce médicament, d'abord borné à quelques maladies, s'étendit bientôt extraordinairement, et il est peu d'affections graves et si incurables qu'elles puissent être, qu'on n'ait essayé de guérir parle Mercure.

De tant d'essais, souvent peu philosophiques, de tant d'exagérations ridicules, de tant de travaux plus ou moins bien faits, il est resté beaucoup de résultats précieux, que nous essayerons de faire connaître.

Dans cet article, nous traiterons d'abord des Mercuriaux, c'est-à-dire des préparations mercurielles et de leurs propriétés communes; puis nous étudierons ce qu'ont de spécial ces mêmes préparations, de manière à donner une histoire complète du Mercure.

MERCURE

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