BORAX OU BI-BORATE DE SOUDE
un autre borate, le borate de mercure, auquel on a attribué des propriétés analogues au calomel. M. Guibourt l'obtient en décomposant une dissolution de sublimé corrosif par une autre de Borax : il se forme un précipité blanc, on le lave, on le sèche ; le produit est le borate mercuriel.
Ces composés sont pour la plupart inusités, le borate de soude est le seul employé.
Sirop boraté (Trousseau).
Borate de soude pulvérisé . . b gram.
Sirop de sucre 100
Une cuillerée il café 7, 8 et 10 fois par jour, en ayant soin de ne pas faire boire immédiatement. Employé contre le catarrhe laryngé.
Lolion au Borax.
Borate de soude pulvérisé . . 10 gram.
Eau distillée 100
Contre les démangeaisons qui accompagnent certaines éruptions.
Collyre au Dorax (Soubeiran).
Borate de soude pulvérisé de OgfjSO à 1 gr.
Eau distillée de laurier-cerise. . . 50 Eau distillée de roses 50
Collutoire boraté (Trousseau).
Borax pulvérisé 10 gram.
Miel blanc 10
Pommade au Dorax.
Borax pulvérisé 1 gram.
Axonge benzoinée 10
Glycéré de Borax (E. Delpech).
Borate de soude pulvérisé. . . 3 gram. Glycérine pure 30
Gargarisme au Borax.
Borate de soude 8 gram.
Infusion de feuilles de ronces. 250 Miel rosat , 32
Le Borax, ou sel sédatif de Homberg, était employé autrefois comme fondant au même titre que les autres sels alcfilins. Mais aujourd'hui c'est surtout à l'intérieur qu'il est le plus ordinairement employé, et, pour cette raison, nous avons dû le rapprocher des acides ou sels acides, et en particulier de l'acétate de plomb. Le Borax possède non-seulement les propriétés astringentes de ce sel, mais il possède au même titre que lui des propriétés sédatives qui se font sentir principalement sur la circulation.
Stomatites et angines. — C'est surtout comme collutoire que le Borax a été employé : on le mêle au miel par parties égales, ou dans la proportion d'un quart, d'un huitième, d'un douzième, et on le conseille dans les ulcères sordides des gencives, de la face interne des joues, dans le muguet, dans l'angine pultacée. (Bisset, Gooch, Veryst, Starke, Gmelin, Apparat, med., continuation de Mwray, Beaup, de Hyon, Bibliothèque de Genève, t. XL ; Récamier, Leçons cliniques de la Faculté de médecine de Paris.) Dans les cas de catarrhe laryngé, nous préférons l'emploi du sirop boraté aux gargarismes, surtout chez les enfants. On le donne par cuillerée à café huit ou dix fois par jour, et on a la précaution de ne pas boire immédiatement après, pour prolonger le contact du sel avec la muqueuse affectée.
Dans les angines, les aphthes, le muguet des enfants, et même le muguet des adultes, il suffit souvent en collutoire, associé quelquefois à l'opium dans les stomatites et les angines si douloureuses qui signalent les cachexies ultimes (phthisie, cancer, cirrhose, etc.).
Prurit des muqueuses et de la peau. — En injections vaginales, il
MÉDICAMENTS ASTRINGENTS
est encore utile dans le traitement des flueurs blanches qui sont entretenues par une légère é 'osion du museau de tanche ; dans celui du prurit des parties génitales de l'homme et de la femme. (Dewees, Bibliothèque médicale, t. LXIV, p. 136.)
Chez certaines personnes très-irritables, il remplace avec avantage les sulfates de zinc et de cuivre dans la confection des collyres. Il calme chez elles l'éréthisme de la conjonctive et possède, dans ces cas, des propriétés styptiques suffisantes.
De nos jours, Hufeland et Récamier l'ont remis en honneur. Hufeland, et ensuite Reinhard, à l'exemple de Starke ( voir Gmelin, loc. cit. ), l'a conseillé en dissolution dans l'eau, ou associé à divers mucilages, pour le traitement des maladies sèches superficielles de la peau, accompagnées de prurit incommode et d'une sensation d'ustion très-pénible, comme les efflorescences du visage et les engelures. {Journal de chimie médicale., t. II, p. 591 ; Archives générales de médecine, t. XVI, p. 137.) •
Donné à l'intérieur, le Borax, indépendamment de ses propriétés sédatives, et en raison môme de son alcalinité, jouit d'un certain pouvoir lithontriptique sur les calculs et les graviers d'acide urique.
lUenstruatioii. — Mais il est une autre propriété sur laquelle le comjjilateur Gmelin {loc. cit.) appelle l'attention des thérapeutistes, et il cite à cet égard un grand nombre d'autorités. C'est sur la propriété qu'a le Borax de favoriser la menstruation, de calmer les douleurs utérines qui accompagnent ou précèdent cette fonction, et même celles qui se manifestent pendant l'enfantement, de déterminer le Uux lochial, etc. Il est probable que le Borax doit ces qualités à la soude qu'il renferme ; quant à son action toute spéciale sur l'utérus pendant l'acte de l'accouchement, nous attendrons, pour l'admettre, que des faits plus nombreux soient venus la démontrer d'une manière plus évidente. Ce n'est pas que, de nos jours, Hufeland [Journal d' Hufeland)., Lobstein, de Strasbourg [Journal de médecine, de Leroux, t. XXXVI, p. 107), Van Krassendonck [Bulletin des sciences médicales de Ferrussac, t. XI, p. 275), ne l'aient également conseillé pour régulariser le travail de la parturition et pour ranimer les contractions de la matrice ; mais Duchàteau, qui avait expérimenté ce sel dans les mêmes circonstances et aux mêmes doses, prétend n'en avoir retiré aucun avantage. (Société d'émulation, novembre 1816.) f Nous ne devons pas taire, toutefois, que plus récemment M. le docteur Spengler d'Ems a cherché à déterminer d'une manière plus précise les circonstances qui indiquent l'emploi de ce médicament. Ainsi, il a cru reconnaître que le Borax trouve surtout son opportunité dans les cas où la femme est en proie à une exaltation de la sensibilité, qu'il existe un état spasmodique de l'utérus qui met obstacle au travail, état spasmodique s'accompagnant de crampes, de douleurs. S'il eu était ainsi, le Borax serait spécialement indiqué dans les conditions précisément inverses à celles qui réclament l'usage du seigle ergoté. Ce médicament se donne à l'intérieur à la dose de 2 à 4 grammes.
MÉDICATION TONIQUE ASTRINaENTE.
Il pourra paraître d'autant plus étonnant que les substances qui forment cette catégorie soient mises au rang des Toniques, qu'appliquées localement sur les tissus elles semblent en diminuer les propriétés vitales. Mais si on se rappelle que, contrairement aux autres Toniques, ceux dont il s'agit produisent leurs effets thérapeutiques par l'intermédiaire de phénomènes physiologiques très-sensibles, on apercevra que ces effets sédatifs sont immédiats, passagers, et font bientôt place à des effets locaux toniques qui sont les effets thérapeutiques.
Cette espèce de Toniques agit toujours par la présence d'un acide, d'un sel avec excès d'acide, ou du tannin, qui n'est lui-même qu'un acide, l'acide gallique combiné à de la matière colorante et à diverses autres substances. Les plus importants de ces médicaments sont, comme on vient de le voir, l'acide sulfurique étendu d'eau et ses composés, comme l'eau de Rabel [acide sulfurique alcoolisé), l'alun, les sulfates de fer, de zinc, les sels de plomb, le borax, pour le règne minéral, et le tannin, l'acide gallique, la noix de galle, la ratania, le grenadier, le cachou, la gomme kino, le fruit du cognassier, la bistorte, la tormentille, les roses rouges ou de Provins, etc., pour le règne végétal.
Déposées immédiatement sur la peau, sur une membrane muqueuse ou sur une plaie récente ou ancienne, ces substances manifestent des effets véritablement toniques, en restreignant ce mot à sa valeur rigoureuse et étymologique; c'est-à-dire qu'elles y produisent une astriction fibrillaire, un resserrement, une tonicité qui effacent le diamètre des interstices organiques et des vaisseaux capillaires au point d'en expulser les liquides, d'y tarir les exhalations, d'y produire du refroidissement, de la pâleur et une sensation bien connue de froncement et de condensation.
Si l'application du topique astringent n'est pas continuée, et qu'il soit permis ainsi au mouvement réactionnaire de succéder à cette impression immédiate et antivitale, des phénomènes contraires à ceux que nous avons décrits ne tarderont pas à se développer. Il se produira conséquemment plus de rougeur, plus de chaleur, plus de sensibilité, plus d'épaisseur et de fermeté dans le tissu qu'avant l'action tonique, c'est-à-dire que, par cet instinct de réaction vitale qui, convenablement dirigé et mesuré, constitue la force médicatrice, un excès de vascularité et de
tous les actes organiques qui y sont liés, remplacera bientôt ce spasme tonique qui avait effacé la vascularité de la partie et affaibli tous les actes organiques qui en dépendent.
Mais si le contact de la substance astringente est continué ou promptement renouvelé avant que le retour de la vascularité se soit opéré, les tissus vivants restent frappés de cette condensation, de cet engourdissement, de cette rigidité, de cette pâleur primitive. Ils sont froids, insensibles, roides, mortifiés, sans cependant céder à la décomposition, à la gangrène ; ils sont tannés comme les peaux mortes ; et cette préservation du sj)hacèle qui peut être compatible avec une telle diminution de vitalité, tient sans doute h. ce que les parties les plus sujettes à la putréfaction, les liquides, ont abandonné les parties solides qui y résistent beaucoup mieux, d'autant mieux qu'elles sont d'une texture plus serrée, condition portée à un haut degré par l'impression de l'agent tonique. Il est probable aussi que la combinaison de ces principes tannants avec les molécules des tissus, rend ceux-ci moins attaquables par la fermentation septique.
Voilà ce qui arrive dans les cas oîi l'on s'obstine longtemps et sans interruption dans cette médication astringente topique. Mais, dans les cas les plus ordinaires, on n'applique les astringents que pour rendre aux tissus frappés d'atonie et de relâchement une tonicité suffisante, et alors on ne cherche pas des effets aussi extrêmes que ceux dont il vient d'être parlé. Nous y reviendrons, du reste, dans un moment. 11 faut, avant d'abandonner ce qui regarde l'action physiologique des Toniques astringents, faire remarquer que cette action est d'autant plus énergique et véritablement tonique et durable, qu'elle est opérée par les astringents tirés du règne végétal, par ceux qui contiennent le plus de tannin et d'acide gallique ; et que, lorsque cette action est produite par les acides ou les sels minéraux, elle est moins persistante et moins roborante, quoique immédiatement aussi vive et aussi sensible.
Si nous considérons maintenant l'action physiologique générale des Toniques astringents, elle nous paraîtra moins satisfaisante et moins constante, surtout beaucoup moins en rapport avec les effets thérapeutiques de ces médicaments. C'est ici principalement qu'ils sembleront parfaitement contraires au but de la médication tonique.
Ingérés à petites doses, ils causent dans la bouche, et bientôt le long de l'œsophage et dans l'estomac, une sensation de rétrécissement vraiment singulière, et qui va, pour le tannin, jusqu'à donner pendant un instant l'illusion que la cavité buccale est presque complètement revenue sur elle-même et oblitérée. Un appétit extraordinaire succède ordinairement à cette première impression. Ils constipent, suppriment la transpiration cutanée, ce qui est vraisemblablement cause de la diurèse qui en suit assez souvent l'usage. A plus hautes doses, ce sentiment de constriction de la cavité gastrique se change en cardialgie, en nausées, en vomissements, en ces douleurs d'estomac vulgairement désignées sous
MÉDICATION TONIQUE ASTRINGENTE. 2Io le nom de crampes, lesquelles, au bout de quelques instants, se propagent au tube intestinal.
On conçoit aisément, d'après ce que nous avons dit plus haut de l'action topique de ces substances, qu'elles doivent, en produisant sur les surfaces muqueuses qu'elles parcourent le resserrement et le spasme fibrillaires inséparables de leur contact , nuire singulièrement aux absorptions de ces surfaces et, par conséquent, être elles-mêmes fort lentement absorbées. C'est, en effet, ce qui a lieu. Néanmoins elles le sont : le tannin absorbé se retrouve dans les urines à l'état d'acide gallique ou pyrogallique (Frazer). Les Toniques astringents vont, au moyen de la grande circulation , porter leur action physiologique à tous les tissus, à toutes les surfaces exhalantes, dont elles affaiblissent l'action de la même manière, mais à un degré beaucoup plus faible qu'elles ne le faisaient par application topique. Ceci admis, on ne sera pas surpris d'apprendre que la dyspepsie, la suspension des sécrétions, la réduction et la petitesse des battements du cœur, l'amaigrissement et l'atrophie, soient mis au nombre de leurs effets généraux portés au plus haut degré. De tous les effets physiologiques, tant locaux que généraux, que nous venons de faire connaître, et dont plusieurs sont dangereux et délétères, résultent néanmoins des effets thérapeutiques très- précieux, sur lesquels nous allons maintenant jeter un rapide coup d'œil.
De ces effets physiologiques, les uns peuvent trouver leur opportunité comme topiques pour exciter une réaction vitale dans les parties qui en ont besoin. Ce sont ceux qui ont pour résultat médiat d'amener ou de développer de la vascularité et tous les actes qui en sont la conséquence, à la suite du mouvement immédiat de concentration et de sédation dont a été suivie l'application de la substance astringente. Mais nous n'avons pas à nous occuper de cette action thérapeutique à l'occasion des médicaments qui font le sujet de ce chapitre. Jamais, en effet, on ne les emploie dans ce but, pour plusieurs raisons : d'abord, parce qu'on a des moyens plus sûrs pour atteindre cet objet, des moyens directs et infaillibles pour développer une réaction dans une partie ; ces moyens seront étudiés en traitant des médicaments et de la médication épispastique, irritante ou rubéfiante; en second lieu, parce que, quand on veut produire une réaction vasculaire sur un tissu par l'intermédiaire d'une sédation préalable, on a particulièrement recours à l'application du froid. Le froid est donc un Topique indirect; et si nous n'en parlons pas ici, c'est que son emploi thérapeutique est plus spécialement relatif à d'autres affections, et que c'est comme sédatif absolu et des plus puissants qu'il mérite surtout une étude attentive.
Les effets immédiats qui sont produits par l'application continue ou répétée des topiques Toniques-astringents, et qui consistent dans l'affaiblissement de la vascularité et des propriétés vitales des tissus et surtout dans la persistance de l'astriction et de la tonicité qui leur sont alors imprimées, ces effets rencontrent de fréquents et utiles emplois.
Le début des congestions, des fluxions et des phlegmasies est signalé par un grand et prompt développement du système capillaire de la partie. Le sang aborde ses vaisseaux plus abondamment, plus rapidement; il en agrandit le calibre et en pénètre un grand nombre qui, auparavant, refusaient de l'admettre. Une circulation nouvelle et plus riche semble se créer et s'étendre. Il est tout naturel de chercher alors à contre-balancer cette force d'expansion, en réduisant à leur volume normal ces vaisseaux dilatés, en forçant ceux dont la turgescence a donné passage au sang pour le contact et la circulation duquel ils ne sont pas destinés, à reprendre leur sensibilité et leur calibre physiologiques; en s'opposant, en un mot, à l'excès imminent de vascularité, au séjour prolongé du sang dans ces parties fluxionnées, à la stimulation insolite dont il est l'aliment, et aux lésions et désorganisations qui en sont les effets. Cette attente peut quelquefois être heureusement remplie par l'application des Toniques-astringents qui, en rendant aux vaisseaux leur ton et en expulsant les liquides (]ui y affluent, sont capables d'amener une délitescence favorable et d'empêcher l'inflammation et ses suites, en en dissipant les premiers actes avant qu'ils se soient fixés d'une manière inamovible.
Mais des conditions importantes à connaître sont nécessaires pour que cette méthode abortive ait des chances de réussite et soit exempte d'inconvénients.
D'abord il faut assister, pour ainsi dire, au début de la phlogose. Il faut que les forces altérantes de la partie, pour nous servir de l'expression de Grimaud, n'aient pas encore été modifiées. Il faut qu'il n'y ait encore que l'afflux du sang et que la lésion de la sensibilité organique qui l'a attiré si promptement dans la partie. Alors l'application des Toniques-astringents pourra avoir le double objet de ramener à son type normal cette sensibilité organique altérée, par la propriété sédative directe dont ils jouissent, et d'expulser les liquides attirés par cette épine métaphorique. On a dit depuis longtemps : Ubi stimulus, ubi fluxus. Tel est, en effet, dans le plus grand nombre des cas, l'ordre et la subordination des phénomènes; mais bientôt l'effet devient cause à son tour. Or les Toniquesastringents "affaibliront le stimulus, et ainsi le fluxus, qui, par sa délitescence, ne sera plus une occasion de permanence et de retour pour le stimulus.
Cependant, dans les cas les plus importants, cette médication brusque et abortive est formellement contre-indiquée. On conçoit effectivement que, lorsque la cause de la fluxion ou de la phlegmasie a été instantanée et passagère, que cette cause s'est retirée api-ès son action et n'a laissé derrière elle que les effets de son impression éphémère, on conçoit, disons-nous, que l'emploi des Toniques-astriagents soit suivi d'une disparition définitive et innocente de la fluxion, laquelle n'a plus de raison que dans un nouveau mode de vitalité du tissu affecté, altération qui, abandonnée à elle-même, cessera naturellement après avoir parcouru les phases de son existence pathologique. Mais ces cas ne sont guère que
MÉDICATION TONIQUE ASTRINGENTE. 217 ceux qui reconnaissent pour causes des agents externes, physiques ou chimiques; ce sont les fluxions et les congestions qu'on nomme traumatiques. Une partie de celles qui sont du ressort de la pathologie interne peuvent encore être assimilées aux précédentes. Il est certain que lorsque, appelé dès le moment de la naissance de la phlegmasie, le médecin jugera que la cause n'a pas agi avec assez d'intensité ou de durée pour que le développement d'une inflammation complète et régulière en soit la suite inévitable, il devra prompt ement avoir recours à l'application méthodique et soutenue des Toniques-astringents. Nous disons méthodique et soutenue, pour indiquer que, si on se bornait à faire agir pendant très-peu de temps ces substances, sans en renouveler le contact plusieurs fois et jusqu'à ce qu'il soit vraisemblable que la fluxion est conjurée, on courrait risque d'agir contre ses intentions et de prêter des forces au mal qu'on voulait conjurer.
Il ne faut plus prétendre aux mêmes succès lorsque la fluxion ou la phlegmasie sont le produit, la manifestation d'une cause générale, interne, qui n'est pas éliminée de l'économie par la localisation inflammatoire qui en est l'effet. Alors même que cette cause interne et générale ne survivrait pas à la disparition de la phlegmasie ou de la fluxion, qui sont ses déterminations anatomiques, et que ceci, suivant l'expression hippocratique, devrait lui servir de crise ou de jugement définitif, les Toniques-astringents seraient encore pleins de danger et de conséquences fâcheuses, puisqu'ils n'ont de chances de réussite qu'au début de la phlegmasie, et que celle-ci, dans les cas que nous supposons, doit jusqu'au bout poursuivre sa marche. Ainsi, ils seront rejetés du traitement de toutes les affections inflammatoires produites ou entretenues par des causes internes; que ces phlegmasies soient critiques et jugent définitivement la maladie, comme dans les exanthèmes fébriles, ou qu'elles reconnaissent pour cause un principe qui n'est pas épuisé et peut se reproduire indéfiniment sous la même forme ou sous d'autres apparences, comme dans les éruptions érysipélateuses spontanées, les dartres, la syphilis, etc., etc.
Indépendamment des cas qui précèdent, il en est d'autres qui n'ont avec eux que peu d'analogie et qui néanmoins contre-indiquent aussi l'emploi des Toniques-astringents comme moyens d'opérer la délitescence des mouvements inflammatoires commençants. Ces cas sont ceux où l'explosion de la fluxion ou de la phlogose est sous la dépendance d'une pléthore par quantité ou par qualité du sang, et, comme on dit en langage scholastique, plethora quoad molem, pletlwra quoad crasim. La médication antiphlogistique, tempérante ou évacuante, est alors la ressource première, et l'on s'exposerait à de graves accidents en n'obéissant qu'aux indications fournies par l'affection locale, sans égard pour l'état général qui l'a précédée et peut la reproduire ailleurs d'une manière bien plus grave.
Les fluxions ou les phlegmasies attaquables par la méthode abortive
des Tonicpies-aslringents sont celles qui siègent à l'extérieur, sur l'enveloppe cutanée ou sur les portions des membranes muqueuses accessibles aux topiques. Les secondes voies ne sont jamais destinées à porter ces substances dans toute l'économie pour modifier, sous le rapport que nous venons d'étudier, les parties atteintes d'affections inflammatoires.
Pourtant o;i emploie quelquefois avec succès les acides minéraux dans les phlegmasies chroniques de la peau et de l'utérus; ainsi, la-limonade sulfurique dans les dartres rebelles, le sulfate d'alun et le tannin dans les métrites chroniques, etc.
Quelques praticiens ont voulu agir par les Toniques-astringents sur tout le système circulatoire, comme on agit sur eux par des portions circonscrites de ce système. Ainsi, pour supprimer des fièvres rebelles, principalement des fièvres nerveuses rémittentes et intermittentes , ils ont plongé tout le corps dans des bains frais tenant en dissolution du tannin, de l'alun, de l'acétate de plomb, etc. Cette pratique hardie est tout à fait exceptionnelle et très-peu répandue. Dans le cas où le médecin croirait devoir y recourir, les mêmes principes que nous avons établis à l'occasion des phlegmasies et des fluxions commençantes, les mêmes distinctions, les mêmes données pathologiques pourraient guider encore sa conduite.
Voilà pour l'indication des topiques Toniques-astringents dans le traitement des fluxions et des phlegmasies débutantes.
Dans les phlegmasies chroniques, les raisons d'agir, les indications ne changent pas précisément de nature. Le mode essentiel d'action physiologique du médicament reste le même ; mais les parties affectées étant dans d'autres conditions et réclamant cette action dans un autre but, des effets thérapeutiques différents sont obtenus.
L'habitude de l'hyperhémie inflammatoire, les altérations produites dans le tissu travaillé depuis longtemps par la phlegmasie, ont singulièrement affaibli la tonicité des vaisseaux capillaires. Ils n'ont plus ce sufficiens robur dont parle Stahl, pour réagir et rétablir en eux une circulation et une nutrition normales. Ils sont frappés d'atonie.. Nous supposons que la cause locale ou générale qui a excité cette phlegmasie chronique est éloignée, et que tout consiste actuellement dans l'altération du tissu, dont la sensibilité organique et la contractilité latente sont impuissantes, se font segniteret otiosè, suivant l'expression du même Stalh, conditions souvent les seules qui entretiennent les inflammations chroniques. On sait en effet qu'il arrive un moment, dans les phlegmasies aiguës, où les vaisseaux capillaires de la partie sont distendus outre mesure, et comme sous le poids d'une ingestion de sang, sur lequel ils ne peuvent plus réagir pour l'expulser et le distribuer normalement. Si la persistance de la cause, l'état de débilité de l'organisme tout entier ou seulement du tissu souffrant ne permettent pas cà la partie enflammée d'entrer en résolution, ce relâchement et cette distension passifs des vaisseaux capillaires persistent, l'habitude s'en établit; la réaction de la partie est lan-
■guissante, mais elle a conservé l'état organique et souvent aussi l'excès de sécrétion des parties frappées d'inflammation. Les membranes muqueuses sont principalement le siège de ces phlegmasies a toniques avec persistance de sécrétions anormales et plus abondantes. Un modificateur qui viendra corroborer ces tissus relâchés par de vieilles phlegmasies et y rétablir la tonicité qu'a fini par vaincre la répétition d'un molimen sanguin extraphysiologique, un tel modificateur suffirait à la guérison. Mais que ne faut-il pas de sagacité d'esprit et de talent pratique pour discerner ■ces cas de ceux où la thérapeutique a autre chose à faire que de condenser, que de tanner un tissu vivant pour le ramener à ses conditions physiologiques? Les mêmes difficultés se représentent ici, que nous avons déjà signalées au sujet du traitement abortif des phlegmasies aiguës débutantes, et nous y renvoyons. De plus, une autre particularité demande à être bien considérée.
En supposant, comme nous le faisions il y a un instant, que tout le mal consiste actuellement dans la pure et simple atonie du tissu, dont l'inflammation n'existe plus guère que par ses phénomènes anatomico-pathologiques et par un flux exagéré, ainsi que cela se voit pour tous les catarrhes chroniques (leucorrhée, bronchorrhée, gonorrhée, etc., etc.), en supposant aussi l'absence de tout principe générateur et capable de se reproduire, la brusque guérison de ces affections par les applications Toniques-astringentes, et sans autres précautions, serait souvent suivie de fâcheuses conséquences, comme l'atteste l'expérience de tous les jours. La membrane, siège du catarrhe chronique, est devenue dans l'économie un organe sécréteur accidentel, un énionctoire que l'habitude a fini par y naturaliser, et qui ne doit être tari qu'après circonspection. C'est le cas de remplacer temporairement par des évacuations supplémentaires, par un traitement prophylactique emprunté le plus souvent aux exutoires, aux purgatifs, aux altérants tirés des végétaux connus sous le nom do dépuratifs, aux eaux minérales sulfureuses, à la gymnastique, etc., cette fonction accidentelle et pathologique qu'il est, dans bien des circonstances, imprudent d'intervertir trop soudainement.
Les mêmes précautions ne sont pas nécessaires quand les Toniquesastringents sont appliqués à titre de résolutifs, de répercussifs sur des parties infiltrées, sur des engorgements, des tumeurs presque toujours résultant de causes extérieures, comme les entorses, les épanchements, les ecchymoses, les œdèmes, les brûlures, oii ils agissent en favorisant la résorption des liquides épanchés et en affaiblissant la sensibilité et la douleur, tout à fait à l'instar de la compression. Leur indication se présente ici toutes les fois qu'on veut atrophier un tissu, et alors leur application doit être énergique et soutenue, comme lorsqu'il s'agit d'arrêter les progrès d'une tumeur anévrismale, etc., etc. Des bains composés avec la décoction ou la solution de substances Toniques-astringentes peuvent trouver leur utilité dans des cas d'ecchymoses scorbutiques et
purpura hœmorrhagica, quand l'atonie du tissu tégumentaire se pré-
sente comme phénomène dominant dans la maladie. Après tout ce qui précède, il est inutile d'insister sur les propriétés cicatrisantes des applications toniques-astringentes. Ces propriétés ne se manifesteront que sur les plaies et les ulcères dont le défaut de cicatrisation reconnaîtra pour cause l'atonie des tissus ulcérés, le boursoufflement fongueux, la coloration blafarde des tissus. Ces applications agiront alors comme le fait la compression, moyen si puissant de cicatriser les ulcères fongueux, variqueux et atoniques.
Mais l'emploi local des Toniques-astringents n'est jamais suivi d'un succès plus prompt el plus évident que contre les hémorrhagies traumatiques ou par exhalation, toutes les fois qu'il est possible de mettre ces substances en contact immédiat avec les parties qui fournissent le sang. Le médicament remplit ici son but thérapeutique au moyen d'un double elfet physiologique, savoir, le strictum, le froncement imprimé aux extrémités des capillaires divisés ou donnant passage au sang par leurs bouchesexhalantes, et la coagulation de la fibrine, qui, devenant tout à coup plus plastique par l'action des astringents, s'arrête et adhère de manière à. oblitérer les voies hémorrhagiques.
Les hémorrhagies capillaires traumatiques ne résistent pas à ces moyens. Les hémorrhagies spontanées, quoique capillaires, y cèdent moins sûrement, parce qu'une cause, un molimen que n'atteignent pas les Toniquesastringents préside à ces hémorrhagies, les entretient et les renouvelle, tandis que dans les premières, tout consiste dans la lésion physique des petits vaisseaux, qui, une fois resserrés et bouchés, n'ont plus hors d'euxmêmes la raison d'une hémorrhagie.
Les applications locales des Toniques-astringents ont encore d'autres modes d'actions propres h. rempUr des indications différentes de celles que nous venons de passer en revue. Nous avons dit, en effet, que de la combinaison de ces substances avec la matière animale résultait sans doute une action antiseptique qui préservait les chairs de la putréfaction, comme on le voit pour les peaux mortes, par la combinaison du tannin avec ces tissus. Cette observation est souvent mise à profit dans le pansement des plaies qui tendent à la mortification ou qui fournissent des matières décomposées et septiques. Ainsi, on applique avantageusement la poudre des écorces qui contiennent beaucoup de tannia sur les ulcères sordides, gangréneux, sur les plaies compliquées de pourriture d'hôpital, en un mot, sur tous les tissus menacés de décomposition et de sphacèle. On agit alors par la propriété tonique de ces substances qui, en enlevant aux tissus affectés leur excès d'humidité et réprimant leurs exubérances fongueuses, suppriment des éléments puissants de fermentation putride; et par leurs propriétés conservatrices et comme momifiante!^ des matières animales, on agit de plus en neutralisant l'influence délétère des parties frappées d'un commencement de décomposition.
Si maintenant nous passons aux indications thérapeutiques de l'administration intérieure des Toniques-astringents, nous les verrons encore
agir par l'intermédiaire des trois genres d'effets physiologiques que nous avons reconnus donner lieu aux effets thérapeutiques attribués à leur emploi tonique et immédiat. Ici donc encore ils agiront : 1° par leurs effets tonifjues et astrictifs sur la fibre; 2° par leurs propriétés de coaguler le sang; 3» par leur vertu antiputride,
La thérapeutique se sert du premier de ces effets dans les maladies totius substantiœ caractérisées parles mêmes altérations des solides, auxquels tout à l'heure nous opposions les topiques parce que l'atonie était partielle et siégeait sur des portions du corps accessibles aux applications immédiates des remèdes.
Maintenant, ces altérations sont générales, intimes, profondes, et demandent des modificateurs généraux, intimes et profonds, qui ne peuvent leur parvenir que par les secondes voies, que mêlés au liquide qui pénètre €t recompose toutes les molécules organiques. Cette action est beaucoup plus incertaine, bien moins évidente que celle qui s'opère sous le contact immédiat de la substance médicamenteuse avec la fibre relâchée ; et on «n sent facilement la raison.
Néanmoins on ne peut nier cette action, qui se manifeste surtout trèsavantageusement dans la maladie scorbutique. Nous ne discuterons pas ici la question de savoir si ce sont les solides ou les liquides, le sang, qui dans cette grave affection sont primitivement lésés; cette question, d'un haut intérêt pathologique, perd de son importance quand on ne l'en- "visage que du point de vue de l'action thérapeutique des Toniquesastringents. On peut lire à ce sujet d'admirables pages de Broussais où la question est traitée avec la force, l'abondance, la richesse de preuves qui distinguent cet illustre écrivain quand il est dans le vrai ; et «ous le rapport clinique, on ne saurait rien consulter de mieux que le traité de Lind.
Quoi qu'il en soit, dans le scorbut bien caractérisé, la crase du sang est atténuée; ce liquide a perdu sa coagulabililé, et ses éléments solides ou organisables sont comme dissous dans la partie fluide qui est leur véhicule. Les solides partagent à un haut degré cette disposition : ils sont atoniques, perméables, friables, se laissent pénétrer et traverser par le sang dans tous les points qui devraient le contenir et lui résister. Les Toniques-astringents s'opposeront donc à cette double altération, et par leur action coagulatrice du sang, et par leur action tonique sur la contraction fibrillaire.
Ce n'est pas ici le lieu de dire que ces moyens employés successivement n'auraient sur la constitution scorbutique qu'une influence temporaire et palliative, et que cette influence doit être soutenue et pour ainsi dire alimentée par des moyens qui puissent changer essentiellement le mode de nutrition, médication qui n'est possible qu'à l'aide de matériaux <rassimi]ation meilleurs. Les Toniques -astringents sont employés pour ■satisfaire à des indications dominantes et urgentes, et, qu'on nous permette l'expression, en attendant des secours plus vérit;d3les et plus radi-
eaux, mais d'une action plus lente et quelquefois d'un usage actuellement impossible.
Ces indications urgentes se tirent surtout de l'existence d'hémorrhagies qui menacent prochainement la vie, ainsi que du ramollissement et de la friabilité des solides portés au point que les organes principaux, comme le cœur et le cerveau, par exemple, finissent par tomber dans une flaccidité et une espèce de deliquium qui rendent impossibles leurs fonctions et en même temps l'existence. 11 faut, par conséquent, pour que les organes ainsi réduits, pour que l'estomac dont les membranes muqueuse et musculaire sont à ce point ramollies et impuissantes, deviennent capables de réagir sur les aliments et les Toniques analeptiques qu'on leur présentera, et qui sont dans ce cas les seuls remèdes curatifs, il faut, disons-nous, que ces organes soient préalablement mis en état de supporter et de digérer de telles substances. Or, cette médication préparatoire aura pour agents les Toniques-astringents. Ceux-ci, en imprimant d'emblée et momentanément aux solides le sufficiens robur et la tonicité, les mettront en rapport avec les Toniques analeptiques, qui, une fois tolérés et assimilés, renouvelleront fondamentalement le sang et les solides par une bonne nutrition.
Nous devons prévenir, et les plus indispensables notions sur la thérapeutique du scorbut suffisent pour l'apprendre, que les Toniques analeptiques qui ont le privilège de réformer la nutrition altérée dans cette maladie, sont rarement pris dans la classe des médicaments et des aliments dont nous allons bientôt étudier les indications générales, mais bien dans les aliments végétaux frais, dans les viandes fraîches et jeunes, ainsi que dans quelques excitants tirés des crucifères et des acides tempérants du règne végétal, etc.; car la privation de ces ingesta est souvent une des causes principales du scorbut.
Tous les flux exagérés, toutes les hémorrhagies mêmes actives, peuvent être avantageusement combattus par les Toniques-astringents pris à l'intérieur, dans le but de produire médiatement sur la fibre un resserrement capable de roidir les tissus et les rendre moins perméables aux liquides qui y affluent et s'en échappent pour produire les flux. Il est aussi d'observation que les Toniques-astringents, convenablement étendus d'eau et pris à l'intérieur, exercent une influence sédative sur la grande circulation, diminuent la force et la fréquence des contractions du cœur, tempèrent la chaleur, et joignent ainsi à leur action dépressive de la vascularité des tissus l'avantage de modérer en même temps l'énergie de la circulation et d'enrayer de cette façon indirecte ia vitalité et la turgescence des parties par lesquelles se font les flux ou les hémorrhagies.
Le choléra asiatique, qui présente parmi ses accidents graves et dominants une sécrétion exagérée de la membrane muqueuse gastro-intestinale, n'a pas manqué, à cause de ce phénomène, qui paraissait un des plus funestes et des plus caractéristiques, de suggérer l'idée de donner des Toniques-astringents dans le but de supprimer cette incoercible et
MÉDICATION TONIQUE ASTRINGENTE. 223 abondante exhalation. Cette indication semblait la plus pressante, la plus naturelle, la plus radicale, puisque la majorité des praticiens regardent le refroidissement, l'extinction graduelle de la circulation et de la respiration comme le résultat physiologique nécessaire du flux excessif dont le canal alimentaire est le siège. On croit ainsi remonter à la source du mal, et conjurer, en le détruisant, tout le danger du fléau. Mais, si l'on parvient dans bien des cas à arrêter les évacuations alvines, la marche des symptômes funestes n'en est que peu ou pas ralentie. La période algide, l'asphyxie, conduisent de même les malades au tombeau, et on n'a fait en définitive qu'une misérable médecine du symptôme.
Une bien simple observation aurait, ce me semble, dû borner la confiance en de pareils moyens : c'est que, dans le choléra, la gravité des accidents et la rapidité des terminaisons fatales ne sont guère en raison directe de l'abondance ou de la fréquence des évacuations gastro-intestinales ; c'est que nous avons vu comme tout le monde des choléras secs, c'est-à-dire la période algide, l'asphyxie, etc., avec une suppression complète de toute sécrétion, de toute exhalation intestinale ou autre. Les malades débutent par l'agonie, et meurent sans avoir eu une seule garderobe, ou après quelques selles liquides dix fois moins considérables qu'on n'en remarque dans une foule d'autres maladies qui n'ont avec le choléra aucune ressemblance.
Est-ce que dans les fièvres pernicieuses algides, dans le frisson mortel de quelques fièvres intermittentes, dans l'émotion foudroyante qui glace tout à coup, dans le refroidissement irrémédiable causé par la pénétration de certains virus, de certains poisons dans l'économie, ce sont des évacuations quelconques qui expliquent de pareils effets?
Il est juste pourtant d'ajouter que nous ne regardons pas comme contreindiqués les Toniques-astringents pour modérer l'excès des évacuations alvines dans le choléra asiatique, quand ce phénomène prédomiue beaucoup, qu'il pourrait augmenter le collapsus général, hâter l'extinction des forces, et aggraver pendant la période de réaction ces altérations des facultés digestives et ces phlegmasies interminables qui rendent si difficiles et si graves les convalescences des cholériques. Mais ces médicaments ne remplissent pour nous que des indications secondaires, et ne doivent pas dispenser d'obéir aux indications plus capitales qu'il n'est pas de notre sujet d'étudier ici.
Les Toniques-astringents pris à l'intérieur s'opposent aux hémorrhagies, autant et encore plus peut-être par la disposition à se coaguler plus facilement qu'ils donnent au sang que par le resserrement fibrillaire qu'ils déterminent dans les tissus. Plus on a perdu de sang par une hémorrhagie, plus on est condamné à en perdre, parce qu'alors ce liquide s'appauvrit graduellement, et que l'organisme ne possède plus désormais le moyen puissant d'un arrêt spontané de l'hémorrhagie, savoir : la plasticité et la coagulation du sang, qui, pour peu que le nisus hœmon^hagicus se ralentisse ou se suspende, oblitère solidement tous les couloirs éh-
morrhagiques. C'est donc un grand bienfait que procurent alors les Toniques-astringents, qui, mêlés au sang, en augmentent la coagulabilité, rendent son passage plus lent et plus difficile dans les petits vaisseaux de Boërhaave, et enrayent ainsi son écoulement au dehors.
Nous avons vu plus haut les Toniques-astringents, employés topiquement sur les parties menacées de la décomposition putride, ramener par leurs propriétés antiseptiques la suppuration à des qualités louables, et préserver les chairs de la putridité et de la gangrène. Dans les maladies générales caractérisées par une remarquable tendance des fluides et des solides à céder aux lois delà chimie brute, dans les afi'ections typhoïdes, ces fièvres putrides pestilentielles, quelle que soit leur place dans la nosologie, mais surtout dans la forme putride des fièvres entéro-mésentériques, comme dans tous les états morbides qui sont empreints de ce cachet de putridité, l'administration intérieure des Toniques-astringents a de tout temps été reconnue pour combattre les progrès de la septicité, et s'opposer à la dissolution générale du sang et des solides vivants. On a principalement recours dans ce but à la limonade sulfurique et aux potions légèrement alumineuses. C'est principalement dans la dernière période des maladies typhoïdes ( ce mot étant pris dans sa véritable et plus large acception) qu'on met en usage ces moyens ; et à cette période ils ont encore l'avantage de relever le ton de l'estomac, de ranimer les fonctions digestives, de modérer le dévoiement et la tendance aux hémorrhagies intestinales, qui alors ne sont que trop fréquentes. Ils modèrent aussi la fièvre ; et tous ces effets ont peut-être plus de part à l'amendement de la maladie que les propriétés directement antiseptiques de ces substances, propriétés que nous ne voulons néanmoins pas récuser.
En traitant des effets physiologiques des Toniques-astringents pris à l'intérieur, nous avons signalé les graves altérations des forces digestives, l'arrêt de la nutrition, la suspension des sécrétions, l'amaigrissement, l'atrophie générale qui pouvaient résulter de leur administration imprudente et trop prolongée. Les contre-indications et les inconvénients de ces remèdes se tirent tout naturellement de pareilles observations. On pourrait, néanmoins, utiliser ces effets nuisibles en les faisant servir à combattre de graves incommodités qui résultent ou d'un excès de la force assimilatrice de l'organisme, ou plus souvent d'un défaut de proportion entre le mouvement de décomposition alors inaclif et le mouvement de décomposition nutritive trop actif. L'obésité ou polysarcie est produite par ce manque d'équilibre entre les deux puissances qui président à la réparation du corps, et il ne serait sans doute pas impossible de les rétablir dans de plus égales proportions par l'administration prudente et soutenue des Toniques-astringents.
A présent que nous avons examiné d'une manière générale les indica-
tions des Toniques-astringents, si nous essayons de déduire de cette étude tous les enseignements qu'elle peut renfermer pour la pathologie et la thérapeutique générales, nous serons frappés des considérations suivantes, que le lecteur saura bien étendre et féconder sans que nous ayons besoin de le faire nous-mêmes.
Les Toniques-astringents resserrent, condensent, tannent les tissus et en dissipent l'humidité. Une autre classe de médicaments leur est parfaitement opposée et produit des effets diamétralement contraires : ce sont les remèdes émollients ou atoniques, qui relâchent, ramollissent les tissus et y font dominer l'humidité. Or, supposons pour un instant que les ressources de la thérapeutique soient bornées à ces deux ordres de moyens, les toniques proprement dits et les atoniques ou émollients : quelle pauvreté et que d'indications thérapeutiques en dehors de celles que sont appelées à remplir ces deux classes d'agents curatifs! Ce sont ceux dont la médecine pratique se passerait le plus facilement ; et ils ne sont guère qu'adjuvants ou palliatifs lorsqu'on les fait concourir à un traitement. Qu'on remarque bien que nous n'entendons pas parler des moyens qui produisent indirectement ces deux états opposés, le strictum et le laxum, mais des moyens qui, comme ceux que nous venons d'étudier, les produisent immédiatement. Ainsi, nous ne faisons pas allusion aux émissions sanguines, aux purgatifs, etc., etc., qui déterminent l'atonie d'une manière éloignée; ni aux ferrugineux, aux analeptiques, à la gymnastique, etc., etc., qui déterminent la tonicité d'une manière éloignée ; car nous pourrions, en procédant de cette façon, ramener toute la thérapeutique à la production définitive de ces deux conditions organiques. Il n'est question que des agents qui les font naître par une influence propre et caractéristique, comme sont, encore une fois, les toniques et les atoniques.
La supposition étant ainsi restreinte, qui ne voit pas que la thérapeutique serait complètement désarmée et impuissante contre les quatrevingt-dix-neuf centièmes des maladies, et qu'elle ne pourrait prêter de secours réels qu'à quelques affections aux indications véritables desquelles encore elle ne saurait pas toujours répondre! De quelle stérilité et de quelle fausseté ne seraient pas entachés des systèmes de médecine qui auraient adopté pour base physiologique la dichotomie que nous admettons fictivement, qui auraient fait rouler sur les lésions pures, uniques et essentielles de ces deux états des solides vivants toute l'étiologie et la pathologie, et n'auraient enfin accepté dans la thérapeutique que des moyens correspondants pour resserrer ou relâcher la fibre, que des Toniques ou des Émollients !
Et cependant c'est dans cette étroite sphère, dans cette thérapeutique mesquine, insuffisante, superficiellement modifiée par les diverses époques médicales, que s'obstinent depuis deux mille ans tous les solidistes exclusifs! D'Asclépiade à Cœlius Aureliaaus, le strictum et le laxum;
plus tard, rirritabilité en excès ou en défaut, la tension et le relâchement, le spasme et l'atonie, la sthénie ou l'asthénie, la diathèse de stimulus et le contro-stimulisme, l'irritation et l'abirritation, n'ont fait que changer de formes en passant parles systèmes de Glisson, de Baglivi, d'Hoffmann, de Haller, de Cullen, de Brown, de l'école Rasorienne et de la doctrine physiologique. Il est vrai de dire que, depuis Thémison jusqu'à Broussais, il y a eu d'immenses progrès et un agrandissement considérable d'idées qui sont devenues de moins en moins grossières, de plus en pluslarges et physiologiques. « Thémison, comme le remarque fort bien l'immortel auteur de V Examen des doctrines ( Ex. des Doctr , 1. 1, p. 112 ), ne calculait point la somme des forces vitales ; il ne s'élevait pas jusqu'à cette abstraction des vitalistes modernes ; il ne voyait que les pores, et en général toutes les ouvertures qui se présentent à l'extérieur du corps, etc., etc. » Oui; mais il faut ajouter que, sauf l'absence des données anatomiques impossibles à son époque, Cœlius Aurelianus n'avait dans le détail presque rien laissé à faire de fondamental à Broussais. Mais celui-ci n'en avait pas connaissance, et le public eût été plus érudit, que Broussais n'en aurait pas acquis moins de célébrité, et que le monde médical n'aurait pas moins glorifié ses erreurs.
Il n'en reste pas moins certain que tous ces systèmes dans leur pureté native, et pour rester fidèles à leurs principes, sont obligés de rejeter les observations les plus précieuses de la clinique et les agents curatifs le& plus nombreux et les mieux éprouvés. Le solidiste exclusif ne doit en effet pas tenir compte de l'altération morbide primitive des liquides, de la marche spéciale que cette condition imprime aux maladies, et des modifications qu'elle apporte à la thérapeutique ; il faut qu'il rejette la spécificité des maladies, et partant les remèdes spécifiques ; *qu'il n'admette que la voie d'une sympathie vague et indéterminée pour expliquer les affections générales, la simultanéité ou la succession des phénomènes morbides ; qu'il ne voie que des quantités et jamais des qualités diverses dans les maladies ; en un mot, qu'il méprise toutes les observations et tous les préceptes si précieux amassés par les médecins qui ont suivi la ligne hippocratique. Aussi, remarquez que les écoles exclusivement solidistes ont pu fournir des hommes d'un grand talent, d'illustres écrivains, mais que ce n'est pas de leur sein que sont sortis ceux qui ont mérité le nom de prôfonds observateurs, de praticiens consommés, et dont les leçons sont à l'abri des outrages du temps et des systèmes.
De même donc que les moyens thérapeutiques qui n'agissent que sur le solide vivant pour augmenter ou relâcher sa tonicité n'ont qu'un usage très-limité et souvent dangereux, puisqu'ils n'attaquent en général (excepté dans les cas simples que nous avons plus haut distingués avec soin) que la manifestation extérieure de la maladie, et laissent la cause ou la condition génératrice avec toute sa puissance morbifique ; de même les systèmes de médecine, appuyés sur le solidisme exclusif, sont étroits, insuffisants et dangereux, puisque, dans un très-grand nombre de cas, ils ne voient et
ne combattent que les actes extérieurs ou les symptômes que les solides seuls sont capables de manifester, et qu'ils laissent les principes ou les causes avec toute leur intensité morbifique.
Il est, nous pensons, superflu de donner des preuves de ces assertions : chacun les entrevoit aisément. Ce que nous avons dit des indications et des contre-indications topiques des Toniques-astringents peut mettre sur la voie de ces arguments aussi nombreux qu'incontestables.