DU MERCURE DANS LA SYPHILIS
Historique. — Dès l'année 1497, ainsi que nous l'avons dit au commencement du chapitre, Widmann administra extérieurement le Mercure
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contre la maladie vénérienne, car, à cause de la ressemblance de cette maladie avec la lèpre, on pensait que ce métal pourrait jouir de quelque efficacité contre elle ; mais les chirurgiens et les charlatans osaient seuls le mettre en usage, et on les punissait quand on venait à s'en apercevoir. Fernel prétend même encore que l'emploi du Mercure est une invention du charlatanisme, et Paulmier, son disciple, émet le même jugement. Cependant les cures heureuses que les chirurgiens opérèrent au commencement du seizième siècle éveillèrent l'attention des médecins. Jean de Vigo emploie le Mercure sous plusieurs formes ; il vante en effet les fumigations de cinabre et l'emplâtre qui porte aujourd'hui son nom. Vidus Vidius préfère les fumigations aux frictions ; mais Fracastor veut qu'on n'applique les frictions qu'aux membranes, et blâme les fumigations générales. Béranger de Carpi fut le principal apologiste des frictions. On savait que ses cures avec de l'onguent mercuriel lui avaient procuré une fortune immense ; cette raison détermina plusieurs médecins à suivre son exemple. Nicola Massa était partisan des frictions et les préférait à toutes les autres méthodes.
Mais le botaniste Matthiole, commentateur de Dioscoride, est le premier qui ait osé administrer le Mercure à l'intérieur. Les pilules de Barberousse, célère pirate algérien, contenaient aussi du Mercure à l'état métaUique. François I", roi de France, en reçut lui-même la recette de Barberousse et la fit connaître. Cependant c'est à Paracelse que l'on doit attribuer l'honneur d'avoir introduit une meilleure méthode d'administrer le Mercure dans la syphilis, et d'avoir recommande l'usage iuterne de ce médicament de préférence à tous les autres moyens. (V., pour tous ces détails, Sprengel, Hist. de la Méd.^t. III, p. 73etsuiv. Trad. franç.) Depuis Paracelse, le Mercure a été administré sous toutes les formes, par toutes les voies, dans le traitement des maladies vénériennes, et les témoignages qui constatent son efficacité sont tellement nombreux, tellement authentiques, chacun de nous a pu voir tant de faits qui déposent dans le même sens, que l'on peut considérer à bon droit le Mercure comme le plus héroïque remède dans le traitement de la vérole.
Dès l'origine de la vérole, et dès les premiers temps que le Mercure fut employé pour combattre cette maladie, de violentes attaques furent dirigées contre ce précieux médicament; et jusqu'à nos jours ces attaques se sont successivement renouvelées, et toujours sans succès. Déjcà, dans le cours de ce chapitre, nous avons réfuté quelques-unes des graves accusations qu'on avait dirigées contre le Mercure, et nous avons essayé de bien établir la différence qui sépare les accidents mercuriels de ceux qui sont dus à la syphilis. Mais, de nos jours, comme la spécificité du traitement antisyphilitique et de la maladie vénérienne embarrassait singulièrement les adeptes de la doctrine du Val-de-Grâce, ils ont trouvé plus simple de nier l'action curative du Mercure, et ils ont substitué au traitement de la syphilis par les Mercuriaux, le traitement ordinairement conseillé dans les phlegmasies et les irritations ordinaires.
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Des deux côtés, il y a en une exagération mensongère qui a reculé la science comme le font toujours les disputes, et n'a convaincu que peu de personnes. Cependant aujourd'hui la plupart des médecins, sans entrer dans l'aveugle routine des anciens, restreignent l'usage du Mercure, et ne le donnent plus que dans les circonstances que nous allons essayer de spécifier.
Chancre infectant. — Le chancre infectant a pour caractère principeil d'être précédé d'une période d'incubation, dont la durée moyenne est de vingt-six jours. Ce n'est donc pas à lui que s'adresse en général la méthode ectrotique conseillée par M. Ricord, et qui consiste à tuer sur place, par une cautérisation énergique, tout chancre qui n'a pas dépassé le cinquième jour après la contagion. Dans le cas où le chancre est mixte, c'est-à-dire qu'il offre d'abord les caractères du chancre simple et ne s'indure que plus tard, il n'y a pas d'inconvénient à suivre la pratique de M. Ricord, bien que les chances d'arrêter l'infection soient bien peu grandes. Nous considérons le chancre infectant, au contraire, comme la première manifestation de l'infection générale, et, en dehofs des indications que peut présenter le chancre comme toute plaie quelconque, il y a lieu d'examiner si le chancre infectant doit être traité par le Mercure.
Il est bon de rappeler que le chancre induré peut très-bien guérir quand on l'abandonne à lui-même et qu'il ne laisse pas de cicatrice. On peut donc se passer de tout traitement mercuriel, si l'on n'a en vue que !e présent ; nous verrons tout à l'heure ce que cela vaut pour l'avenir. L'expérience a montré toutefois que des caustiques faibles dans lesquels entrent, par exemple, le nitrate acide de Mercure ou le sublimé, peuvent améliorer les chancres, lorsque, sous l'influence d'un traitement non spécifique, ils prennent un caractère de chronicité extraordinaire ou qu'ils s'aggravent.
Que ces accidents primitifs, de la syphilis guérissent sans Mercure, c'est ce qu'il n'est pas permis de contester ; mais toute la question s'agite dans ces termes : La vérole consécutive est-elle plus commune lorsque, pour des accidents syphilitiques primitifs, on a fait un traitement me?xuriel, que lorsque l'on a omis ce traitement? De part et d'autre les partisans de la nouvelle et de l'ancienne méthode ont invoqué des faits ; de part et d'autre ont été publiés des relevés statistiques qui ont été taxés de mensonge ; de sorte qu'au milieu de ce conflit il nous est difficile de prendre un autre parti que celui de l'immense majorité des médecins, qui font toujours subir un traitement mercuriel aux malades qui ont eu des accidents syphilitiques, que ces accidents se soient ou non dissipés sous l'influence d'une médication simple et non spécifique, pourvu toutefois que l'on ait constaté l'induration du chancre primitif. Ce traitement, fait avec méthode et prudence, n'a jamais d'inconvénients, et nous ne voyons pas pourquoi on ne prendrait pas une précaution dont l'omission peut être fatale.
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.Infection sypliilitiqiie Quand il est survenu des accidents syphilitiques consécutifs et constitutionnels, la puissance du Mercure, bien qu'il ne soit pas infaillible, est cependant tellement évidente qu'il faut un inconcevable aveuglement pour ne pas la reconnaître. Dans ce cas, le traitement doit être longtemps continué, et les précautions hygiéniques, convenables en général pendant une maladie vénérienne, seront tout à fait indispensables dans ce cas.
Deux méthodes se disputent encore aujourd'hui la préséance dans le traitement de la syphilis par les Mercuriaux. Dans l'une, on donne le Mercure de manière à ne jamais produire la salivation, et en éloignant et en atténuant les doses; on y joint l'usage des sudorifiques et des dépuratifs, et on continue ainsi jusqu'à disparition totale des accidents syphilitiques, en ayant soin d'interrompre de temps en temps, pour que l'organisme se repose et redevienne sensible à l'action du médicament. Quand tous les symptômes du mal sont passés, on insiste sur le traitement un ou deux mois de plus, et on cesse alors.
Ce mode d'administration est appelé méthode d'extinction ou méthode de Montpellier; non qu'elle soit parfaitement conforme à celle que Haguenot avait d'abord préconisée sous ce nom, mais parce qu'elle en conserve l'esprit et la direction.
L'autre méthode consiste à administrer le Mercure à l'intérieur et à l'extérieur ou seulement par une de ces voies, et à arriver promptement à la salivation : c'est la méthode de Boerhaave ou de saturation.
La méthode de Boerhaave est incontestablement la plus active et la plus eflicace, mais elle demande des précautions hygiéniques sans nombre et un régime sévère auquel les malades ne veulent pas se soumettre. C'est celle que l'on préfère et que l'on doit toujours préférer dans les hôpitaux spéciaux, où il est permis d'exercer une surveillance active et une discipline sévère ; mais dans le monde la méthode de Montpellier a prévalu parce qu'elle est plus facile à suivre, plus commode, qu'elle n'assujettit à aucun régime bien sévère, cà aucun changement de vie qui puisse éveiller l'attention des personnes qui entourent le malade. Les médecins, malgré eux, se relâchent de la méthode qu'ils croient la meilleure, et, par cette fâcheuse condescendance, ils sont certainement la cause des accidents consécutifs si graves et si fréquents que nous avons à déplorer tous les jours.
Voici comment Boerhaave cherche à obtenir la salivation.
1468. Pour l'obtenir, on abreuvera pendant plusieurs jours le malade d'une grande quantité de tisane.
1469. Puis, toutes les deux heures, il prendra une petite dose de calomel.
1470. Quand l'haleine commencera cà devenir fétide, que les gencives deviendront douloureuses, que les dents sembleront s'allonger, il faudra examiner s'il convient de continuer ou de s'arrêter, ou bien de réprimer les symptômes.
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1471. Une salivation de trois ou quatre livres par jour est suffisante.
1472. Moindre, elle doit être excitée par le Mercure.
1473. Plus abondante, elle doit être modérée par des lavements émollients, les purgatifs, les sudorifiques.
1474. Si le Mercure fait irruption du côté du ventre, l'opium et les sudorifiques sont indiqués.
1473. Si la gorge, la bouche, les gencives, sont trop tuméfiées et trop douloureuses, on prescrira les remèdes indiqués dans l'aphorisme 1473, et des gargarismes adoucissants ou des collutoires.
1476. Cette médication doit être continuée jusqu'à l'entière cessation des symptômes, ordinairement pendant trente-six jours.
1477. Alors, pendant trente-six autres jours, il faut ne donner le Mercure qu'à une dose très-modérée, pour entretenir toujours une légère salivation.
Ces préceptes de Boerhaave sont encore suivis par quelques médecins dans des cas fort graves et fort rebelles, lorsque les malades consentent à se soumettre à ce traitement.
Mais ceux qui se proposent le même but que Boerhaave, et qui veulent produire à l'aide du Mercure les effets que recommande ce grand praticien, ne sont pas également d'accord sur le choix des préparations mercurielles et sur leur mode d'administration.
Les uns emploient les frictions avec les onguents mercuriels sur les cuisses, sur les bras, sous les aisselles, sur les parties génitales; les autres préfèrent les bains de sublimé, suivant la méthode de Wedekind et de Récamier ; ceux-ci veulent des fumigations de cinabre dans un appareil où la tête ne soit pas plongée; ceux-là préfèrent le traitement interne, et donnent, à l'exemple de Boerhaave, le calomel, le Mercure cru éteint ; mais les plus célèbres des médicaments internes sont le sublimé et les iodures de Mercure ; le premier mis en honneur par Van Swieten, le deuxième principalement préconisé par Biett et par les médecins français de notre siècle.
Richard Wisemann est le premier qui se soit servi, à l'intérieur, du sublimé corrosif, qu'il ne donna jamais sans mélange. Ensuite David Turner, en 1717, le donna dissous dans l'eau-de-vie, et, vers la même époque, il fut employé dans le Palatinat d'après les conseils de Brunner. Mais les éloges que Van Swieten donna à ce médicament lui procurèrent une célébrité extraordinaire. Conformément aux ordres de ce dernier, on fut obligé de s'en servir dans toutes les armées autrichiennes pour le traitement des maladies vénériennes; mais Brambilla dit que les chirurgiens militaires, convaincus de son incertitude et de ses dangers, avaient secrètement recours au Mercure doux, pendant qu'ils prodiguaient les louanges les plus outrées au remède prescrit par le gouvernement. (Sprengel, Hisl. de la méd., t. V, p. 518.) Les mesures acerbes et peu convenables qu'avait prises Van Swieten pour forcer ses confrères à user de son médicament favori, suscitèrent au sublimé de nombreux ennemis,
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qui ne manquèrent pas d'en exagérer les dangers ; mais, malgré ces diatribes violentes (Stoerk, Ann. méd., t. II, p. 215), l'usage de la liqueur de Van Swielen et du sublimé en pilules s'introduisit bientôt dans tous les hôpitaux militaires; et encore aujourd'hui ce médicament forme la base des pilules et des liqueurs des misérables qui exploitent la crédulité des malades en préconisant bien haut le traitement sans Mercure.
Depuis quelques années, dans la vérole constitutionnelle, on a substitué au sublimé et aux frictions avec l'onguent napolitain l'usage interne du protoïodure de Mercure, médicament puissant, sans doute, mais qui peut-être ne devrait pas dominer aussi exclusivement la thérapeutique des formes secondaires des maladies syphilitiques.
De la syphilis considérée dans ses éléments. Sypliilides. — Les
affections cutanées syphilitiques sont de deux ordres. Les unes, résolutives ou bénignes, sont en général précoces et peuvent disparaître sans traitement ; les autres, ulcéreuses ou malignes, sont tardives ; c'est à elles surtout que s'adresse le traitement mercuriel, et ce traitement est d'autant plus actif que le malade a moins pris de Mercure antérieurement. C'est donc pour ces dernières que l'on réserve les préparations raercurielles les plus actives.
AlTections syphilitiqnes de la bouche et de la gorge. — Il est bon
de faire remarquer que le Mercure, qui produit si facilement des affections de la bouche, réussit beaucoup moins contre ces accidents que contre les syphilides ; il faudra donc choisir de préférence les préparations sohibles du Mercure pour les affections de la bouche et les donner à petite dose. Et si le médicament n'agit pas promptement, il ne faut pas attendre, pour cesser le Mercure, que des symptômes de l'intoxication mercurielle soient venus compliquer les accidents syphilitiques. Dans ces cas, on se trouvera beaucoup mieux de recourir à l'iodure de potassium, ou de donner en même temps l'un de ces médicaments qui empêchent la stomatite mercurielle de prendre de trop grandes proportions.
Syphilis des os, des tendons et des muscles. — Ici le Mercure est en général peu actif, et l'iodure de potassium a, au contraire, une action héroïque, surtout quand il s'agit des altérations des os. Il n'en est pas tout à fait de même des tumeurs musculaires, el nous avons vu des tumeurs syphilitiques des muscles apparaître avec des syphilides tardives et pourtant guérir, comme par enchantement, sous l'influence de l'emplâtre de Vigo associé au traitement interne.
Syphilis viscérale et affections nerveuses syphilitiques. — Ici
l'iodure de potassium a bien peu d'action, et c'est au Mercure, et surtout
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au Mercure donné suivant la méthode de Boerhaave, qu'il faudra donner la préférence.
Syphilis héréditaire et congénitale — Si l'enfant naît avec une syphilis héréditaire dont il porte en naissant les traces ordinaires, que faut-il faire? Cette syphilis est tellement grave et tellement mortelle, que certains praticiens, comme M. Roger {Société médicale des hôpitaux, 1865), pensent qu'il est inutile de commencer un traitement. Si l'on a quelque raison, toutefois, d'espérer que l'enfant pourra résister, il faut commencer le traitement, mais par de faibles doses.
D'autres fois, l'enfant né manifestement de parenls syphilitiques ne porte pas au moment de la naissance de symptômes de l'infection. Nous croyons inutile alors de le soumettre à un traitement spécifique et nous nous réservons d'attendre les accidents. Mais ce qu'il faut exiger, c'est de faire nourrir l'enfant par sa mère et de ne point confier l'enfant à une nourrice, car si des accidents de la bouche survenaient et passaient inaperçus, il pourrait y avoir contagion de l'enfant à la nourrice, et le mécin en serait jusqu'à un certain point responsable. Si donc on ne peut faire nourrir l'enfant par sa mère, on devra recommander à la nourrice de ne pas manquer de donner à teter au moyen d'un bout de sein artificiel.
Enfin les accidents sont déclarés ; ici encore le Mercure doit faire la base de tout traitement. Chez l'enfant nouveau-né, les succédanés sont impraticables. Nous maintenons la préférence à la liqueur de Van Swieten, à la dose de 1 à 2 grammes par jour associé au lait, mais on est quelquefois forcé d'y renoncer à cause de la diarrhée qu'il détermine ou qu'il entretient. Dans ce cas, on s'abstiendra momentanément.
Le calomel, même associé au chlorate de potasse, et le protoïodure ont peu de partisans. Les frictions mercurielles ne sont elles-mêmes pas sans inconvénient sur l'intestin, et elles en ont d'autres.
Soigner la peau de l'enfant, éteindre les manifestations au plus vite, telle est la première indication.
De tous les remèdes, nous n'en connaissons pas un qui soit comparable aux bains et aux solutions de sublimé. La solution de deuto-chlorure hydrargyrique dans l'eau, à l'aide de l'alcool ou du chlorhydrate d'ammoniaque, a l'énorme avantage de se prêter à tous les dosages que commandent les circonstances, depuis la solution légèrement caustique jusqu'au bain assez atténué pour n'être pas même cause de sensation appréciable. Pour un bain d'enfant, nous ne mettons jamais plus de 1 gramme de sublimé. L'enfant a pour ce médicament une tolérance presque égale à celle de l'adulte, et ce serait une mauvaise pratique que d'abaisser le chiffre de la solution au degré où le prescrivent invariablement tous les formulaires. Une fois la peau guérie, bien que la syphilis ne le soit pas encore, l'enfant débilité cachectique peut, à un moment donné; ne pas trouver dans l'allaitement seul la réparation de ses forces ;
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les bains toniques, gélatineux, aromatiques, salés, sulfureux, fournissent alors des ressources que ne pourraient donner les toniques pris cà l'intérieur. Miiis ce genre de remèdes n'est applicable qu'à la condition qu'il agisse sur une peau saine.
Le régime, dans la syphilis infantile, est le premier des adjuvants, sinon des médicaments. Il faut autant que possible que la mère nourrisse son enfant et qu'elle prenne de la liqueur de Van Swieten, qui doit être surtout conseillée. [Clinique médicale de l'Hùlel-D'œu, 2* édit., t. III.)
Formes de la syphilis. — Lorsque la syphilis atteint un individu en état de santé apparente, les tendances pathologiques de l'organisme atteint se montrent en général en domiant à la syphilis un aspect et une marche spéciale. C'est pour cette raison que l'on voit les scrofuleux avoir plus fréquemment que d'autres des syphilis ulcéreuses et suppuratives, les goutteux des syphilides tuberculeuses, et les dartreux des syphilides humides, irritables et difficiles à traiter. Il faudra donc ne jamais oublier de joindre au traitement mercuriel un régime adopté à la constitution du malade; ce n'est qu'à cette condition que le Mercure donnera son action thérapeutique et non pas son action physiologique seule, c'est-àdire toxique.
Enfin, nous ajouterons que les climats extrêmes, tels que les climats très-chauds et très-froids, sont mauvais pour les syphilitiques, et qu'on se trouve bien dans le cas de syphilis rebelle d'envoyer les malades dans les pays tempérés qui bordent la Méditerrannée.
Durée du traitement. — A quelle dose le Mercure doit-il être employé pour détruire une maladie vénérienne constitutionnelle? Il est impossible de répondre catégoriquement à cette question. Dans la méthode de Boerhaave, la dose convenable sera celle qui produira les effets que Boerhaave demande. Dans la méthode d'extinction, la dose convenable sera celle à laquelle cèdent les accidents syphilitiques. Il est impossible de rien dire de plus précis, et en voici la raison.
11 arrive quelquefois qu'avec une friction d'onguent napolitain la salivation survienne et qu'on soit forcé de ne faire de frictions que tous les huit jours, pour entretenir la légère salivation que demande Boerhaave; dans ce cas, 15 grammes d'onguent mercuriel suffiront au traitement. D'autres fois il faudra, pour obtenir le même effet, vingt, trente et jusqu'à cent frictions de 8 grammes; ici 15 grammes ne suffisent plus, il faut 750 grammes d'onguent. Tel obtient les effets désirables avec le sublimé administré à la dose de 1 à 2 milligrammes ; tel autre supportera 25 milligrammes de sublimé matin et soir, et sera forcé d'en contiuusr l'usage pendant deux ou trois mois.
Il en est de même pour la méthode d'extinction.
Ici s'applique parfaitement cette loi de physiologie : on est nourri par ce que l'on digère et non par ce que l'on mange ; et dans l'ordre thérapeutique, on peut dire : on est guéri, non par la dose du médicament
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prescrit, mais par celle qui est absorbée. Il peut arriver, par des causes qu'il nous est impossible de calculer, que l'économie n'absorbe qu'un atome de Mercure, alors qu'on en présente des doses énormes aux surfaces absorbantes, et que, par contre, des doses minimes soient absorbées tout entières. En outre, il faut, pour que le Mercure soit utile, qu'il produise ces effets altérants sur lesquels nous avons insisté au commencement de ce chapitre; et on ne peut se dissimuler que bien souvent l'économie résiste à l'action toxique du médicament et qu'il en faille des doses proportionnées à ce degré de résistance.
Le Mercure a encore été conseillé pour prévenir la vérole. Falck (Treaiise on the venereal diseuses ; London, 1771) et W. Harrisson {Diss. de lue venereâ ; Edimb., 1781) prétendaient qu'on pourrait se préserver de la syphilis en ayant soin de se frictionner les lombes avec l'onguent napolitain avant le coït. L. Warren en faisait frotter le gland. [Nouvelle méthode pour guérir la gonorrhée virulente ; Amsterdam, 1771.) Assalini faisait faire dans le creux des mains ou sur le pénis des frictions avec du calomelunià la salive. [Essai médical sur les vaisseaux lymphatiques, etc.; Turin, 1787.) Guilbert de Préval faisait laver les parties génitales avant et après le coït avec de l'eau phagédénique. [Examen de l'eau fondante, de M. Guilbert, etc.; Paris, 1777.) J. Hunter faisait faire après l'acte des injections urétrales avec une faible solution de sublimé dans l'eau distillée, S à 10 centigrammes de deutochlorure de Mercure pour 230 grammes d'eau. [Treatise on the venereal diseases ; London, 1786.)
Nous ne savons trop si les moyens conseillés par tous ces auteurs ont la valeur qu'ils leur supposent ; on conçoit aisément que des onctions grasses avant le coït aient une action préservatrice toute mécanique, comme un condom, par exemple ; on conçoit que les lotions, de quelque nature qu'elles soient, puissent, après un coït impur, préserver en ce sens qu'elles empêchent le virus de rester en contact avec les parties génitales ; mais évidemment il faut ne pas se presser de conclure à l'action préservatrice des Mercuriaux, dût-on attacher une grande importance à cette expérience fort apocryphe de Harrisson {loc. cit.), qui, ayant mêlé du pus syphilitique avec une préparation mercurielle, constata par de nombreuses inoculations l'innocuité de ce virus. (Voir Gmelin, App. med., t. VIII, p. 28 et 29.) Ne sait-on pas, d'ailleurs, que M. Ricord a détruit la virulence du pus du chancre en le mêlant avec une multitude d'agents chimiques fort étrangers au Mercure ?
On ignore donc absolument ce que pourrait valoir le Mercure administré d'une manière préventive, et pourtant il serait bien facile de le savoir. Il existe un certain nombre d'industries où l'on manie le Mercure ; or, il serait curieux de savoir si parmi les ouviùers, qui sont imprégnés de Mercure d'une manière à peu près continuelle, la syphihs est plus ou moins grave que chez les autres ouvriers, ou du moins si elle est modifiée d'une façon quelconque. On conçoit que la solution de ce problème, qu'il suffit de poser pour le résoudre plus tard, jettera
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une certaine lumière sur l'effet du Mercure administré avant l'arrivée
des accidents secondaires.
Plilesmasics des membranes séreuses. — Le trtlitement antiphlogisti-
que, ordinairement si efficace dans le traitement des phlegmasies des membranes séreuses, est ordinairement impuissant dans la péritonite puerpérale et dans l'hydrocéphale aiguë. Les efforts des thérapeutistes ont dû tendre vers une médication assez puissante pour éteindre en quelque sorte subitement l'élément inflammatoire. Les Mercuriaux à hautes doses ont semblé arriver à ce but, du moins pour la péritonite, si l'on en croit les témoignages nombreux recueillis depuis un certain nombre d'années. C'est à M. Velpeau qu'est due la popularisation de cette méthode. Déjà, sans doute, longtemps avant lui, des médecins avaient donné le calomel et administré des frictions mercurielles dans la péritonite, comme dans une multitude d'autres phlegmasies ; Vandezande employait le calomel et les frictions ; mais ce praticien comptait particulièrement sur le calomel uni à l'opium, et n'usait des frictions que secondairement; il les faisait sur les cuisses une ou deux fois par jour, et seulement quand il ne pouvait donner le protochlorure de Mercure à l'intérieur. Laennec a fait usage des frictions, mais surtout dans la péritonite chronique. Quant à Chaussier, il les a essayées, il est vrai, dans la péritonite puerpérale, mais mollement et sans méthode. M. Velpeau, au contraire, se proposa pour but de faire absorber immédiatement de très-hautes doses de Mercure, de manière à produire aussi rapidement que possible la cachexie mercurielle. Par là il voulait mettre en peu d'heures le sang dans desconditions telles, qu'il devînt impropre à devenir élément d'une phlegmasie grave ; et cela lui semblait d'autant plus nécessaire que, dans lespéritonites puerpérales, les accidents phlegmasiques marchent avec uneeffroyable rapidité. 11 donna donc le Mercure sous toutes les' formes et à des doses énormes. Il fit faire des frictions en même temps sur le ventre,, sur les cuisses, et il administra le calomel à l'intérieur, de manière à produire en peu d'instants une infection mercurielle profonde. Il insista sur la médication jusqu'à ce que survinssent les signes de la saturation hydrargyrique, c'est-à-dire le gonflement des gencives et une abondante salivation. Les premiers faits observés par M. Velpeau furent publiésdans la Rbvue médicale, janvier 1827 ; mais le travail qu'il imprima deux ans plus tard dans les Archives générales de médecine, t. XIX, p. 535, acheva de placer la médication mercurielle en tête de celles qui réussissaient dans beaucoup d'épidémies. Nous disons dans beaucoup d'épidémies, car il en est quelques-unes où cette médication devient impuissante ; et M. Tonnelé, dans un mémoire publié dans les Archives quelques années plus tard, démontra que les frictions n'avaient plus eu, entre les mains des médecins de la Maternité, les mêmes succès que naguère avait obtenus M. Velpeau. Disons aussi que, dans certaines épidémies de fièvre puerpérale, les accidents locaux et généraux sont à ce point rapides que la mort survient en quelques heures. On conçoit que.
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dans de senildables circonstances, aucune médication ne puisse être utile, pas même celles qui ont l'action la plus vive et la plus puissante.
Ce serait mal comprendre la médication mercurielle dans le traitement de la péritonite que de l'appliquer mollement. Si une fois on a laissé marcher l'inflammation et s'épancher les produits morbides dans la cavité péritonéale, le moyen devient, sinon impuissant, du moins d'une utilité fort contestable. Il en est de cette méthode comme de celle par les saignées ; ce n'est pas tout de donner du Mercure et de tirer du sang, il faut le faire autant qu'il le faut et comme il le faut.
Les doses d'onguent mercuriel que M. Velpeau employait chaque jour pour produire une prompte salivation variaient de 30 à 60 grammes. Nous dvons été plus hardis, et nous avions l'habitude de le prescrire à la dose de 100 et môme de 150 grammes en 24 heures, tandis que M. Paul Dubois, comme nous l'avons dit plus haut, n'a pas craint de porter les doses jusqu'à 500 et même 730 grammes par 'our.
En présence d'un danger aussi grave que celui auquel expose la péritonite puerpérale, nous concevons l'exagération dans l'emploi des meilleurs moyens ; mais on doit confesser qu'une médication aussi active n'est pas sans inconvénients. Dès que l'infection mercurielle vient à se manifester par la salivation, il serait certainement utile de s'arrêter ; mais le Mercure couvre la peau, souille les vêtements et le lit du malade, et quand bien même on veut user de soins de propreté les plus minutieux, l'absorption n'en continue pas moins pendant plusieurs jours. L'intoxication mercurielle fait de rapides progrès, et alors surviennent, outre de graves lésions de la bouche, ces éruptions eczémateuses générales si graves et si bien décrites par Alley, ces phlegmasies gangréneuses des parties génitales indiquées par M. Paul Dubois.
C'est ici que la méthode de Law trouve son application. On se rappelle ce que nous avons dit plus haut. Le calomel, à doses très-petites et trèsfréquemment répétées, produit la salivation presque aussi vite, tout aussi sûrement que les frictions mercurielles les plus copieuses. Or, en administrant le calomel suivant cette méthode, on s'arrête quand on veut et l'on ne sature pas l'économie de doses inutiles d'un poison quelquefois si pernicieux. Depuis plus de quinze ans que nous avons substitué la méthode de Law aux frictions à hautes doses dont nous étions les partisans très-zélés, nous avons toujours obtenu par le calomel ce qu'auparavant nous obtenions à l'aide des frictions, et cet effet, nous l'avons obtenu sans fatigue et sans danger pour le malade, sans inconvénient pour ceux qui le soignent.
Hydrocéphale ai$;u« — 11 est bien rare de guérir un enfant ou un adulte atteint d'hydrocéphale aiguë (nous entendons par là l'inflammation aiguë et simultanée des méninges et du cerveau). Ce n'est pas par son étendue, mais par son siège, que cette phlegmasie est si grave. Déjà la pulpe nerveuse est sur le point d'être désorganisée lorsque l'on peut asseoir sur cette maladie un diagnostic positif ; et si actives que soient les médi-
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
cations que nous mettons en œuvre, elles échouent pourtant, au désespoir des familles et des médecins. Les Mercuriaux, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, ont été conseillés comme dans la péritonite, mais avec moins de succès, car l'incertitude du diagnostic ôtc beaucoup de l'intérêt pratique des observations, d'ailleurs assez nombreuses, que Percival, Delpech, Major, etc., etc., ont publiées sur ce sujet. Postérieurement M. Liégard {Bull, de thér., t. VII, 1834) et Beid Glanny {Journ. des Conn. méd.-chir.,nov. 1836) ont publié de nouveaux faits sur l'emploi des Mercuriaux dans l'hydrocéphale aiguë ; ce dernier insiste beaucoup sur ce point qu'on ne saurait trop et trop vite faire absorber du Mercure aux malades ; aussi donne-t-il à l'intérieur du calomel à des doses réellement effrayantes pour le vulgaire des médecins, mais qui cessent d'être telles si l'on veut examiner avec bonne foi et impartialité les motifs qui ont engagé Beid Clanny à donner de semblables doses. Ce praticien remarqua en effet que, dans les selles des malades, on trouvait presque tout le calomel que l'on administrait, de sorte qu'en en faisant prendre 60 centigrammes, par exemple, il n'y en avait pas un seul d'absorbé ; il pensa alors que l'on pouvait augmenter et répéter les doses ; aussi prescrivit-il jusqu'à 4 et 8 grammes de calomel par jour, et ainsi il fait promptcment absorber à l'économie une dose de Mercure capable de modifier puissamment la constitution. Depuis qu'il a adopté cette méthode, l'hydrocéphale ne lui a pas paru à beaucoup près aussi redoutable, et cette maladie, à laquelle il voyait succomber tous ceux qui en étaient atteints, est par lui rangée maintenant au nombre de celles dont le médecin peut aisément se rendre maître.
Quelque confiance que nous puissions avoir dans la méthode et dans les assertions de Beid Glanny, nous avouons cependant qne nous hésiterons à croire à d'aussi heureux résultats, jusqu'à ce que nous ayons nous-mêmes été témoins de quelques faits semblables. Mais nous devons avouer que, dans plusieurs cas de méningo-encéphalite, nous avons employé sans succès la méthode de Beid Glanny, bien que nous missions dans ce traitement une énergie que notre auteur n'aurait certes pas désavouée.
Nous avons, aussi sans succès, employé la méthode de Law dans cette redoutable maladie, en insistant sur le calomel, non pas deux, mais huit jours de suite. Rarement, il est vrai, nous avons obtenu la salivation ; mais, lors même que nous avons pu parvenir à enflammer vio lemment les gencives, les accidents n'en ont pas moins marché vers une terminaison rapidement fatale.
L'insuffisance du traitement mercuriel contre l'encéphalo-méningite des enfants ne préjuge rien contre la puissance du remède en général. Quoi qu'on fasse dans l'hydrocéphale aiguë, la mort est à peu près certaine. Nous avons maintenant vieilh dans la pratique, nous avons été longtemps à la tète d'un hôpital d'enfants, et, nous le confessons avec douleur, c'est à peine si nous pouvons compter un ou deux cas oîi nous avons vu guérir un enfant d'une fièvre cérébrale.
MERCURE
Rhumatisme synovial aigu. — L'influence rapidement heureuse du Mercure sur la plus redoutable des phlegmasies séreuses, la péritonite, nous suggéra l'idée d'employer la même médicatiou dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu. Nous avons traité par cette méthode quatorze rhumatisants dont la fièvre était très-vive et chez lesquels un grand nombre d'articulations étaient envahies. Chez six d'entre eux la rapidité de la guérison a été extraordinaire ; mais chez les huit autres les accidents ont marché comme si nous n'eussions rien fait. Les douleurs seulement ont été moins vives, et il nous a semblé aussi que les accidents du côté du cœur avaient été moins fréquents. Ici, comme dans la péritonite, nous faisions des frictions sur le ventre et sur les cuisses avec 2 et jusqu'à 60 à 120 grammes d'onguent mercuriel chaque jour, jusqu'à ce que les gencives se gonflassent, ce qui arrivait ordinairement à la fin du deuxième jour ou au commencement du troisième. Nous cessions alors, nous contentant d'entretenir autour des malades une douce teijipérature et de leur donner des boissons émoUientes. Mais, dans les hôpitaux, cette médication a de nombreux inconvénients ; les infirmiers s'y prêtent mal, les religieuses s'y opposent dans la crainte de tacher les fournitures des lits, et, lorsque la salivation commence, alors qu'il serait indispensable de bien nettoyer la peau du malade, de lui donner du linge blanc pour éviter une nouvelle absorption de Mercure, on ne prend pas ces petits soins, et il survient des inflammations des gencives les plus graves. Ajoutez à cela que les salles sont mal closes, que le matin, le soir, le balayage et la ventilation des infirmeries se font sans pitié et sans ménagement, et que les pauvres malades sont exposés à tous les accidents qui suivent une médication mercurielle énergique. Aussi avions-nous renoncé dans notre hôpital à cette méthode, non qu'elle ne nous eût paru préférable à celles que nous connaissions à cette époque, mais bien parce que nous ne pouvions l'employer avec les précautions et dans des circonstances convenables.
Mais aujourd'hui que nous avons appris à donner le calomel selon la méthode deLaw, nous n'hésitons plus à administrer ce médicament jusqu'à ce que les gencives commencent à se gonfler et que la salivation se manifeste. La fièvre par là est sensiblement diminuée : alors nous recourons au sulfate de quinine à la dose de 1 à 2 grammes par jour comme l'a indiqué M. Briquet, à la poudre de digitale à la dose de 23 centigrammes à 1 gramme, et cette méthode mixte nous paraît être la plus efficace dans le traitement du rhumatisme aigu.
Rhumatisme articulaire chronique. — Nous ne Saurions proclamer
assez haut l'heureuse influence de la médication mercurielle dans le traitement du rhumatisme articulaire chronique, soit que le rhumatisme soit la conséquence d'une affection blennorrhagique, soit qu'il ait succédé à une maladie aiguë développée sous l'influence du froid. Un de nos élèves, M. Bonardel, a fait sa thèse sur ce sujet en 1834 [Journal des Connaissances médico-chirurgicales, t. IT, p. 50), et, depuis cette époque,
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
nous avons eu de nombreuses occasions de répéter ces expériences.
A la suite du rhumatisme synovial, et sans que l'état aigu ait été fort évident, on voit quelquefois plusieurs articulations se tuméfier ensemble ou successivement, et les accidents vont en augmentant avec plus ou moins de rapidité; les jointures se gonflent, comme dans le premier degré des tumeurs blanches, et nous avons vu un jeune homme chez qui presque toutes les articulations étaient atteintes. La tuméfaction siège non-seulement dans les parties molles, mais encore, et c'est le cas le plus ordinaire, dans les os et dans le tissu fibreux. 11 est assez remarquable que, dans ce cas, on remarque rarement la fluctuation dans les capsules synoviales.
Ici il ne faut plus, comme dans la péritonite et dans le rhumatisme synovial aigu, il ne faut pas, disons-nous, brusquer l'action mercurielle et produire instantanément l'état de cachexie auquel, très-probablement, est dû l'heureux effet des Mercuriaux dans les deux graves phlegmasies dont nous venons de parler. L'état chronique demande une médication chronique, s'il nous est permis de nous exprimer ainsi ; aussi, dans ce cas, recourons-nous au Mercure à doses faibles et graduées, comme dans la syphilis constitutionnelle. Le moyen dont l'expérience nous a démontré la supériorité, est le sublimé en bains. Nous donnons aux adultes des bains dans lesquels nous faisons dissoudre de 8 à 30 grammes de sublimé ; le malade en prend un tous les jours ou tous les deux jours, et nous continuons ainsi jusqu'à ce que la tuméfaction et la douleur aient entièrement disparu. Ce traitement est accompagné, comme pour la vérole constitutionnelle, de boissons sudorifiques concentrées, de quelques bains simples et de vapeurs, et terminé par des fumigations de cinabre dans un appareil où la tête puisse être à l'abri de la vapeur mercurielle.
Les Anglais prescrivent dans ce cas des pilules de calomel et d'opium selon la formule suivante :
Calomel 3 part.
Opium 1
Conserve de roses q. s.
Pour faire des pilules contenant chacune dix centigrammes de calomel. Ils en donnent de une à deux par jour.
11 est une forme de rhumatisme chronique, ou plutôt de goutte atonique, que l'on observe plus particulièrement chez les femmes, et qui envahit successivement les articulations et flnit par constituer une des infirmités les plus tristes. M. Lasèguc, qui, dans les Archives de médecine, sous le nom de rhumatisme noueux, a publié un excellent travaii sur cette maladie si rebelle, a trouvé que les Mercuriaux étaient presque toujours inutiles, et que la teinture d'iode donnée plusieurs mois de suite, à des doses énormes, 2 à 5 grammes par jour, enrayait et guérissait même quelquefois cette terrible maladie. — Nous avons pu nous-
MERCURE. 271 mêmes expérimenter ce mode de traitement et en constater les heureux effets.
Les bains de sublimé nous ont paru beaucoup moins utiles dans le rhumatisme inter-articulaire chronique que dans le rhumatisme qui a son siège aux articulations. Toutefois , dans des essais que nous avons faits, nous avons obtenu deux ou trois fois une si rapide amélioration, que nous avons été tentés de croire que la cause syphilitique était pour quelque chose dans les douleurs que les malades éprouvaient.
Phiegmasies Nous ne pouvons passer sous silence les faits curieux
rapportés par le docteur Gobée, relatifs à l'emploi du calomel à hautes doses dans le traitement de la pneumonie. [Journal de Méd. de Schmidt, ia^ vol., 2° cahier.) Déjà cette médication, vers la fin du dernier siècle, <ivait été conseillée par Hamilton, et plus tard par Vogel. Voici en quoi consiste la méthode du docteur Gobée : il fait d'abord une saignée, et, peu après , il donne le calomel à dose de 50 centigrammes à 1 gramme et demi dans l'espace de vingt-quatre heures en douze prises. 11 éloigne un peu les doses s'il ne survient pas de diarrhée. Si la toux est fréquente, il associe l'extrait de jusquiame au calomel. Peu de jours suffisent pour amener la diminution des accidents inflammatoires. On cesse alors le médicament. M. Gobée fait observer que la salivation arrive fort rarement dans la pneumonie. [Bull, de Thérap., octobre 1837.)
Nous venons de voir quelle était l'heureuse influence des Mercuriaux sur les phlegmasies très-graves pai- leur étendue, par leur siège, ou par les réactions fébriles qu'elles suscitent. 11 n'y a vraiment pas de motif de ■croire qu'il n'en doive pas être ainsi pour les autres phlegmasies : aussi sommes-nous peu étonnés de la confiance que nos voisins d'outre-mer accordent au calomel dans le traitement des inflammations. Certes, pour qu'une masse de médecins comme celle de l'Angleterre, de toutes les possessions anglaises dans les Indes, de l'Amérique du Nord, accordent unanimement des propriétés antiphlogistiques au Mercure, il faut bien qu'il y ait quelque chose de vrai , et il est vraiment déplorable qu'il s'élève chez nous tant de préventions contre ce moyen héroïque.
Sans partager l'enthousiasme des praticiens de la Grande-Bretagne, nous reconnaîtrons volontiers que la méthode altérante par les Mercuriaux est évidemment bonne dans le croup, par exemple, soit que la membrane muqueuse du larynx soit simplement ei^flammée et gonflée, sans exsudation plastique, soit qu'elle soit le siège d'une phlegmasie spéciale en vertu de laquelle il se développe presque fatalement des fausses membranes. Ici le calomel sera donné à l'intérieur, à doses élevées et très-souvent répétées, afin que topiquement il porte sur le pharynx une utile modification, et qu'ensuite, absorbé dans les voies digestives, il aiUe modifier la masse du sang, en augmenter la fluidité et le mettre dans de telles conditions, qu'il ne fournisse plus aux sécrétions plastiques. Il est bon, à l'exemple de M. Bretonneau", de faire en même temps des frictions sur les parties latérales du cou ou dans tout autre point, afin de
272 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS,
faire <absorbor une plus grande quantité de Mercure et d'amener proniptement la cachexie hydrargyrique. Dans une maladie aussi rapidement mortelle, il est essentiel d'aller vile, et nous appliquons entièrement au croup ce que nous avons dit de la péritonite et de l'hydrocéphale.
niniadics du foie. — L'efficacité du Mercure dans le traitement des maladies du foie est devenue en quelque sorte triviale. Il existe entre tous les médecins une sorte d'accord tacite sur ce point, et bien que des expériences bien faites et surtout bien concluantes n'aient pas été encore publiées sur la matière, on n'en est pas moins dans l'usage d'associer les Mercuriaux à tous les traitements, ou empiriques ou rationnels, auxquels on soumet ceux qui sont atteints d'une a:fFection chronique du foie. Il nous est difficile de prendre un parti dans cette question, et nous nous abstiendrons de tout jugement, jusqu'à ce qu'il nous ait été permis de faire nous-mêmes des expériences qui nous satisfassent.
Pourtant, nous ne devons pas taire que nous avons eu récemment sous les yeux quelques faits qui ont produit sur nous une impression tout en faveur de l'efficacité du Mercure. Ainsi nous connaissons des malades qui souffraient depuis longtemps d'une affection gastro-hépatique assez difficile à bien caractériser, mais où il existait un certain degré de congestion au foie, accompagné de cet état douloureux que l'on désigne assez vaguement sous le nom d'hépatalgie.
Ces malades avaient été soumis sans résultat h bien des remèdes, et ils avaient fini par trouver la guérison dans des préparations mercurielles qui leur avaient été administrées tout à fait empiriquement. Nous pouvons citer une dame entre autres, qui depuis bien des années était tourmentée d'une maladie de foie mal déterminée, qu'on caractérisait de névrose anomale des plexus gastro-hépatiques. Cette malade avait tout épuisé sans éprouver de soulagement. Envoyée de guerre lasse aux bains de mer, elle y fit la rencontre d'un médecin anglais qui lui prescrivit les pilules bleues, qui paraissent jouir d'une propriété fondante , laxative et résolutive des plus remarquables.
La vérité est que , sous l'influence de ce remède , cette maladie, qui jusqu'ici s'était montrée si douloureuse et si réfractaire, avait en trèspeu de temps changé complètement de face , et que bientôt la guérison s'était opérée d'une manière aussi heureuse qu'inattendue. Ajoutons, d'ailleurs, que ces résultats s'accordent avec les observations faites par M. Monneret qui a obtenu quelques avantages des pilules bleues dans la cirrhose.
Les Anglais font un grand usage du calomel à titre de purgatif cholagogue dans la pléthore abdominale et la congestion hépatique caractérisée par la décoloration des selles, la dyspepsie flatulente, la pâleur et la tristesse du visage; ils appellent cette affection torpeur du foie et la traitent par les pilules de Plummer qui jouissent de l'autre côté du détroit d'une grande vogue. Ces pilules se composent de calomel, de sulfure
MERCURE
d'antimoine précipité, de racine de gaïac en poudre et d'iniile de ricin. Chaque pilule pèse 0'%25 et contient Os%0o de calomel. Elles s'altèrent au bout de quelque temps ; il se forme du sulfate de mercure et du trichlorure d'antimoine. Aussi les médecins anglais prétendent-ils que le bon effet de ces pilules est peut-être dû autant à l'antimoine qu'au Mercure. (Fonssagrives, Bulletin de Thérapeutique, t. LXXI. — Du rôle du calomel dans la médecine anglaise).
Qu'on nous permette, à cet égard, une simple remarque. On savait déjà, et aujourd'hui on sait mieux encore, grâce aux intéressantes recherches de M. le docteur Gubler, que le foie est susceptible, peut-être plus qu'aucun autre viscère, d'être affecté par le virus syphilitique. Or, n'est-il pas permis de se demander si quelques-unes de ces affections du foie indéterminées et si réfractaires auxquelles nous faisons allusion, ne reconnaîtraient pas pour cause l'infection vénérienne, et de plus, si dans quelques-uns de ces cas exceptionnels de terminaison heureuse, la guérison ne pourrait pas être rapportée à la vertu ant.isyphilitique du Mercure, plutôt encore qu'à la propriété générale altérante de ce médicament, ou même qu'à son action spéciale et comme élective sur les fonctions de la glande hépatique?
Nous aurons la môme réserve pour ce qui concerne la peste, le typhus, la fièvre jaune ; toutefois nous avons vu donner les Mercuriaux à hautes doses dans cette dernière maladie pendant l'épidémie de Gibraltar, en 1828, et nous avons pu conctater, non leur utilité, mais leur danger. L'expérience a été faite en grand, car le médecin d'un des régiments de la garnison avait adopté cette méthode, qu'il suivit pendant tout le cours de l'épidémie, et ce fut dans ce régiment que la mortalité fut la plus considérable, comme le prouvent les relevés officiels que nous avons entre les mains.
, Dans le traitement de la fièvre typhoïde, M. Lombard de Genève, M. Rœsch, ont préconisé l'usage du calomel; MM. Serres et Becquerel, celui du sulfure noir de Mercure à l'intérieur combiné aux frictions, ou l'onguent napolitain, jusqu'à la légère salivation ; nous-mêmes, à l'hôpital des Enfants, nous avons donné le calomel, à doses fractionnées, jusqu'à gonflement des gencives, dans la dothinentérie, et les résultats nous ont semblé moins malheureux que pfir l'expectation pure, ou que par toute autre méthode que nous ayons employée jusque-là. Mais il faut être sobre de conclusions quand il s'agit de juger une méthode de thérapeutique appliquée à une affection qui diffère tant d'elle-même, suivant les individus, et suivant les années oii l'on observe.
Diarrhée. — Les Anglais manient le calomel dans la diarrhée avec une hardiesse à laquelle nous ne sommes point habitués. Dans la diarrhée féculente ou diarrhée d'irritation ils donnent d'abord un minoratif ; puis, si les selles ne se modifient pas, ils donnent le soir une forte dose de calomel et le lendemain matin de l'huile de ricin. C'est une habitude en Angleterre de donner le calomel d'abord, puis un purgatif léger; par ce
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moyen on évite l'action altérante du Mercure en profitant de son action purgative, cholagogue et désobstruante du foie. Dans la diarrhée muqueuse ou catarrhale, ils donnent de même le soir le calomel uni à la poudre de Dower ou sulfate de potasse et le lendemain matin de Thuile de ricin ; dans la diarrhée séreuse ou bilieuse ils s'en abstiennent et reregardent au contraire le calomel comme contre-indiqué.
Dysenterie. — L'utilité incontestable des purgatifs dans le traitement de la plupart des épidémies de dysenterie nous autorisait à croire aux bons effets du calomel donné à l'intérieur pour guérir cette même affection. L'expérience a démontré, en effet, que l'un des moyens les plus puissants contre cette redoutable épidémie, c'était le calomel préparé à la vapeur, donné matin et soir à la dose de 2 grammes. Par ce moyen, les garde-robes ensanglantées et muqueuses perdent promptement ce double caractère. Les tranchées et le ténesme se modèrent, et les selles prennent la couleur vert foncé qui suit toujours l'administration du calomel. C'est lorsque les évacuations alvines ont pris cette teinte particulière, et alors seulement, que l'on doit cesser l'usage du protochlorure de Mercure. Le calomel agit-il ici comme agent substltuteur, et par conséquent en sa qualité d'irritant topique, ou bien, au contraire, tire-t-il son efficacité des qualités altérantes du Mercure ? c'est ce qu'il est assez difficile de décider. Nous serions pourtant tentés de croire que l'action altérante a, dans cette médication, la moindre part, car nous n'avons pas entendu dire que jamais les frictions mercurielles aient été employées avec avantage dans le traitement de la dysenterie, si ce n'est peut-être par Boage (Gmelin, App. méd., t. VIII, p. 93). C'est à M. le docteur Amiel, chirurgien-major du 12"= régiment de ligne de l'armée anglaise, qu'est dû le mérite d'avoir le premier formulé d'une manière nette cette méthode de traitement. Il fit de nombreux et d'heureux essais dans une épidémie de dysenterie qui sévissait sur la garnison de Gibraltar en 1812, et la déclaration du médecin principal de cette forteresse témoigne de l'excellence de la méthode. Doit-on penser qu'il en serait de môme dans toutes les épidémies de dysenterie ? c'est ce que nous ne croyons pas, et il nous suffit d'avoir indiqué ce moyen, qui probablement trouverait son application dans un grand nombre de circonstances. Le docteur Rœsch fait un grand éloge du calomel à haute dose dans les dysenteries graves. Il débute par quelques sangsues à l'hypogastre ou à l'anus, et il les fait suivre par le calomel à la dose de 20 centigrammes pour les enfants, et de 50 centigrammes pour les adultes, en deux doses, une le matin et une le soir; quelquefois il en donne une au milieu du jour. Il y a joint l'acétate de morphine en cas de douleurs vives et de ténesme.
Ce praticien emploie aussi le calomel à haute dose dans la fièvre typhoïde [Medicinisclie Annalen, 1839).
Dans une épidémie de dysenterie qui a sévi pendant l'automne 1850 sur la garnison de Tours, M. le docteur Frédéric Leclerc a eu l'occasion
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de constater de nouveau l'extrême efficacité de celte méthode. Il commence par une dose peu élevée, 10 centigrammes par jour en plusieurs doses, et il continue, en élevant successivement les doses, de manière h arriver à 40 et 50 centigrammes, si au bout de quelques jours de traitement il n'y a pas de notable amélioration. En même temps il couvre le ventre d'extrait de belladone pour éteindre le ténesme.
Si l'on recherche à quelle forme et à quelle période de la dysenterie le calomel est le mieux indiqué, il suffit de se rappeler que, dans la dysenterie aiguë, les phénomènes principaux : fièvre, diarrhée, hémorrhagie, spasme rectal, ne se combinent pas toujours dans les mêmes proportions. Tantôt la dysenterie est surtout une maladie inllammatoire et fébrile, et ce sont les émissions sanguines qui la soulagent mieux que toute autre chose ; d'autres fois, c'est le spasme, et les lavements stupéfiants en sont le remède; d'autres fois encore, c'est, l'hémorrhagie qui domine, et alors les purgatifs sont prescrits, et en particulier les purgatifs qui agissent sur la partie supérieure de l'intestin ou le foie, comme l'huile de ricin et le caloniel, ou comme le donnent les Anglais. Morehead (cité par M. Fonssagrives) prescrit le calomel durant les deux ou trois premiers jours du début, chez les personnes affaiblies par des maladies antécédentes.
11 donne le soir un paquet composé de :
Calomel Os',50
Ipéca. I
^ . > tîj 0 025
Opium. I
Le lendemain matin 16 à 30 grammes d'huile de ricin. Nous accepterions volontiers cette pratique, mais non plus la cure radicale qu'Anneslay ordonnait dans l'Inde et qui est aujourd'hui en partie abandonnée. Enfin, la dysenterie aiguë peut être bilieuse et s'améliorer promptement par le calomel, comme l'a administré M. Pécholier dans une épidémie de dysenterie, en 1864, à l'hôpital Saint-Éloi de Montpellier {Des indications de l'emploi du calomel dans le traitement de la dysenterie, 1865, Paris). Quant à la dysenterie à forme adynamique ou putride, elle contre-indique le calomel et guérit beaucoup mieux par le quinquina. On suivrait les mêmes indications dans la dysenterie chronique.
Tumeurs diverses. — Si l'on retranche des tumeurs de nature diverse, celles qui avaient pu être de nature syphilitique et qui avaient été plus ou moins reconnues, il reste encore au Mercure une action résolutive qui a pu faire résoudre quelques tumeurs formées surtout par une hyperhémie des tissus. Mais s'il s'agit de tumeurs ou de tissus pathologiques définis, il ne faudra plus compter sur le Mercure.
]\évro&*s. — Ce que nous venons de dire de la cause syphilitique dans ses rapports avec le développement des tumeurs s'applique également à
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
des affections nerveuses qui, au premier coup d'oeil, semblent ne devoir pas être sous l'influence de la vérole.
Un jeune homme attaché à la diplomatie anglaise avait eu plusieurs véroles; il croyait en être guéri, lorsqu'il commença à éprouver quelques vertiges épileptiques, puis bientôt de véritables attaques convulsives. Traité par ce qu'il y avait de plus recommandable parmi les médecins de Londres et de Paris, il ne voyait aucun terme à sa cruelle maladie, et il avait formé le projet de se tuer. Il demanda nos conseils et ceux de M. le docteur Lebreton. Rien n'indiquait chez notre malade l'existence de l'infection syphilitique ; mais plusieurs véroles avaient été traitées sans Mercure : ce nous fut un motif de croire que le virus vénériea pourrait ne pas être étranger aux graves désordres nerveux survenus depuis quelques années. Nous lui fîmes subir un traitement mercuriel en règle, et l'épilepsie disparut, et depuis seize ans M. *** n'a pas éprouvé le moindre ressentiment d'un mal qui avait pris rapidement une extension des plus inquiétantes. En 1855 nous avons encore obtenu un succès aussi rapide et aussi complet chez un Américain-Espagnol, qui, à la suite d'une syphilis constitutionnelle, avait été pris d'attaques d'épilepsie qui revenaient tous les jours. Sans doute nous ne conclurons pas de ces faits que l'épilepsie se guérit par le Mercure ; nous voulons dire seulement que l'épilepsie peut être quelquefois causée par des exostoses du crâne, par des végétations de la dure-mère, par toute autre lésion appréciable ou inappréciable du système nerveux dépendant de l'infection vénérienne, et qu'alors le Mercure guérira l'épilepsie, non par ses propriétés antiépileptiqu es, mais par ses vertus antisyphilitiques; de même pour certaines paralysies, pour la manie, qui peuvent reconnaître les mêmes causes matérielles immédiates, et la même cause éloignée que l'épilepsie dont nous parhons tout à l'heure. Ainsi l'on a vu des paraplégies, des hémiplégies, des amauroses, des surdités guéries par le Mercure, quand ces affections diverses étaient sous la dépendance directe ou indirecte de la vérole.
Certaines névralgies sont encore dans la même catégorie. — Un riche banquier de Paris, qui avait mené une vie un peu déréglée, éprouvait depuis dix ans des douleurs d'estomac et des vomissements qui revenaient chaque soir et que rien n'avait pu modifier. On s'avisa de lui donner du Mercure, plutôt en souvenir d'anciennes véroles que dans l'espoir fondé de le guérir. Dès que la salivation commença, les fonctions de l'estomac se rétablirent, et dès lors la santé fut excellente. Dans ce cas les douleurs et les accidents étaient nocturnes, et ce fut ce seul point de contact avec la syphilis qui engagea à prescrire les Mercuriaux. De plus nous avons vu deux femmes, l'une à l'Hôtel-Dieu, qui nous avait été adressée par M. le docteur Chambeyron, l'autre, dans notre pratique particulière, qui éprouvaient tous les jours, à heure fixe, c'est-à-dire principalement vers midi, des douleurs névralgiques intolérables de la face et du front. Tous les moyens que nous avions mis en œuvre furent inefficaces. Nous donnâmes du Mercure, et la guérison fut obtenue en peu de jours. Nous avions ap-
MERCURE
pris que ces deux femmes avaient eu la syphilis, et qu'il ne leur avait été administré aucune préparation hydrargyrique. Ajoutons enfin qu'en 1836 et en 1853, nous avons eu occasion de donner nos soins à deux femmes atteintes de névralgies intermittentes périodiques et diurnes, accompagnées d'exostoses crâniennes. Le Mercure en fit promptement justice, alors que l'iodure de potassium était resté inefficace.
Toutes les fois qu'une médication quelconque est vantée dans letraitôment du tétanos, il s'élève d'abord dans l'esprit une juste idée de défiance, car peu de nous ont vu échapper à la mort ceux qui avaient été atteints par le tétanos traumatiçue. Ce n'est pourtant pas une raison pour ne tenter aucun essai et pour rejeter comme apocryphes les faits de guérison cités par divers auteurs [V. Gmelin, App. med., t. VIII, p. 94). Mais de nos jours, en présence de nombreux élèves, dans la clinique de la Faculté de Médecine de Strasbourg, M. le professeur Forget a guéri, non pas un tétanos traumatique, mais un tétanos spontané, par les frictions mercurielles continuées pendant cinq jours à la dose de 30 grammes par jour. Eût-il réussi de même dans un tétanos traumatique ? C'est ce dont i^ est peut-être permis de douter. Faut-il croire maintenant ce qu'ont dit Rush et Clarkson {TransacL of the colleg. of pliys. at P/iiladelph.,\ol. I, 1793) de l'efficacité des frictions mercurielles sur le cou et sur les mâchoires dans le traitement du tétanos; ce qu'ont dit P. Desault et Darlae de l'utilité du même moyen pour préserver de l'hydrophobie (Desault, Diss. sur les mal. vénériennes; Bordeaux, 1733), et tant d'autres auteurs dont on pourra lire la longue nomenclature dans Gmelin (loc. cit.] ?