MÉDICAMENTS ALTÉRANTS
d'iicide arsénieux à la dose de 2 à 15 milligrammes, dans le courant delà
journée.
maladies chroniques des voies digestives. — Nous disions au commencement de cet article que les paysans styriens prenaient l'Arsenic comme stomachique. A cet égard, voici un fait curieux qui a été consigné par le docteur Kœpl dans sa communication sur les toxicophages (loc. cit.), et qui mérite de trouver ici sa place.
Le domestique d'un château voulut se défaire d'une surveillante trop sévère. Pour atteindre son but, il mêla, pendant assez longtemps, de très-petites doses d'Arsenic aux repas de la dame, espérant pouvoir éluder tout soupçon de meurtre parla marche chronique de l'empoisonnement. A son grand étonnement, il vit cette dame, pendant quelques mois, gagner très-visiblement de l'embonpoint, un air frais et de gaieté. Voyant que les petites doses produisaient un effet contraire à son désir, il mêla une dose beaucoup plus considérable à une fricassée de poulet. La violence des symptômes qui s'ensuivirent mit sur la trace de la tentative d'empoisonnement et de son auteur, qui fut livré aux tribunaux.
C'est encore ici le lieu de rappeler les résultats obtenus par ces éleveurs de bestiaux, qui pour engraisser rapidement les bœufs, les veaux et les porcs, mêlent à leurs aliments une petite proportion d'Arsenic, et réussissent ainsi à leur faire prendre un embonpoint considérable en très-peu de temps.
De son côté, M. Tessier, de Lyon, dont nous rapportions plus haut les observations sur l'emploi de l'Arsenic dans certaines névroses des organes respiratoires et digestifs, fait cette remarque importante, que, dans ses expériences, il a reconnu à l'Arsenic la propriété de stimuler l'appétit et de faciliter les digestions, tout en diminuant l'excès de sensibilité de l'estomac. Il déclare, en outre, que ce médicament lui a paru exercer une influence favorable dans certaines affections chroniques des voies digestives et notamment dans les gastralgies. M. Legroux a amélioré de même un cas de diabète en joignant l'Arsenic à l'hydrothérapie.
Ces faits divers, tirés soit de l'ordre physiologique, soit de l'ordre pathologique, joints à quelques observations analogues qui nous sont personnelles, nous semblent devoir autoriser l'emploi de l'Arsenic à doses extrêmement petites dans certaines affections réfractaires des organes digestifs, par exemple dans les dyspepsies, ou gastro-entéralgies accompagnées de diarrhées rebelles, dans certains cas de lienterie avec état cachectique, que rien ne peut modifier.
Ajoutons ici une dernière remarque. Il est aujourd'hui parfaitement démontré que plusieurs sources minérales, et entre autres celles du Mont-Dore, de Bourbonne, de la Bourboule, de Vichy, de Plombières et surtoui de Bussang, contiennent une dose d'Arsenic appréciable par l'analyse. Or, qui sait si cette dose d'Arsenic, jusqu'ici négligée, n'entrerait pas pour quelque chose dans certaines guérisons de maladies
ARSENIC 3:3 chroniques des voies digestives, dont on attribue tout l'honneur aux sels alcalins ?
Vers intestinaux. — Nous ne savons SI, depuis Gœlius Aurelianus, qui conseille les lavements arsenicaux pour d(Hruire les vers intestinaux, on a jamais répété cette expérience. Il suffit de savoir quelles sont les parties de l'intestin habitées par les vers, pour comprendre que les lavements ne peuvent servir que lorsqu'il existe des ascarides vermiculaires. On ne saurait dire trop haut combien los injections faites dans le rectum avec une solution arsenicale sont utiles dans ce cas. A l'époque où nous avions un service dans un hôpital d'enfants, nous avons eu souvent l'occasion de les employer. Pour un lavement de 200 grammes d'eau, on fait dissoudre 1 à5 centigrammes d'arscniate de soude ou d'arsénite de potasse. Cette dose, qui serait énorme si elle était conservée, provoque une irritation assez vive, et, par conséquent, est rapidement rejetéc ; mais le contact, quelque rapide qu'il soit, de la solution arsenicale avec les vers, suffit pour les tuer.
Un seul lavement suffit ordinairement pour détruire ceux qui existent ; mais il y faut revenir deux ou trois jours de suite et ensuite deux ou trois fois encore, en laissant quatre jours d'intervalle, pour détruire les <Bufs des ascarides, et faire cesser toute chance de récidive. Nous n'avons jamais donné l'Arsenic à l'intérieur, pour guérir les vers intestinaux : il est, sinon certain, du moins bien probable, que des doses, capables de ne causer aucun danger, seraient absorbées dans l'estomac ou dans le duodénum avant d'arriver à l'intestin grêle, que les ascarides lomliricoïdes et les taenias habitent constamment. Peut-être pourtant le réalgar et l'orpiment, qui sont difficilement solubles, arriveraient-ils dans l'intestin grêle, sans avoir été totalement décomposés, et agiraient-ils topiquement, comme les lavements arsenicaux sur les ascarides vcrmicu. laires. Mais l'Arsenic, employé de cette manière, sera toujours une arme dangereuse; et nous conseillerons aux praticiens de ne jamais s'en servir, si ce n'est dans la circonstance que nous avons indiquée.
M. Boudin administre l'acide arsénieux en lavements, comme vermicide. 11 débute par 5 centigrammes, qu'il porte graduellement à 10, à 13 et jusqu'à 20 centigrammes. 11 a eu occasion de combattre ainsi le taenia, en administrant l'Arsenic en même temps par la bouche. L'acide arsénieux était donné en poudre avec du sucre blanc et porté, avec fractionnement, jusqu'à 7 centigrammes par jour. Le malade a rendu des fragments considérables de taenia, et tous les accidents ont cessé. Cependant, comme ce résultat était encore récent, il hésitait à affirmer la guérison définitive du malade.
Usage externe de V arsenic. — Dioscoride connaissait déjà très-bien les propriétés escharotiques de l'Arsenic : Vim hahet escharoticam cum usiioneei ciun morsione violenta (Dioscoride); Valet perrodere (Pline). Cclse,
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
Galien et tous les auteurs que nous avons cités au commencement de cet article lui reconnaissaient la même propriété : Arsenici omnes species simt comôurentes (Rhazes); Omnes species.Arscnici escliaroticœ sunt (Avicenne). Enfin, nous verrons tout à l'heure avec quel bonheur les modernes ont employé les préparations arsenicales dans le traitement topique des ulcères cancéreux. Théodore {Chirurg., lib. IV, p. 111) utilisait les mêmes propriétés escharotiques pour détruire les chairs fongueuses qui végètent sur les ulcérations scrofuleuses, et il obtenait, par ce moyen, une cicatrice facile et régulière.
Si maintenant l'Arsenic est employé topiquement à de très-légères doses, il agit homœopathiquement, c'est-à-dire suhstitutivement ; et il est alors d'un très-grand secours pour hâter la guérison des ulcères chroniques, des dartres phagédéniques, et de la plupart des affections chroniques de la peau. Ce remède était universellement adopté dans le traitement des maladies cutanées, jusqu'à l'époque oil le mercure prit, en thérapeutique, une suprématie qu'il mérite à tant d'égards. L'Arsenic, comme moyen topique, dans les ulcères de mauvaise nature, rend quelquefois de plus grands services que les préparations mercurielles ; mais il veut être manié avec une prudence extrême et à des doses très-minimes. Un médecin de Paris, qui fait ignominieusement un secret des moyens thérapeutiques qu'il emploie dans le traitement du cancer de l'utérus, modifie heureusement l'abondance et la fétidité de l'écoulement, et prolonge évidemment la vie des malades, en touchant légèrement le col de la matrice avec un peu de coton imbibé d'huile arsenicale. Il est d'autant plus essentiel de ne laisser cette huile qu'un instant en contact avec la partie malade, et de mêler l'Arsenic à l'huile dans des proportions très-minimes, 5 centigrammes pour 4 grammes, par exemple, que des doses plus fortes donnent lieu à des accidents inflammatoires qu'il n'est pas toujours facile de conjurer.
Ainsi donc, à faible dose, ils peuvent donner lieu à une très-violente phlegmasie ; à dose plus forte, ils frappent de mort les parties avec lesquelles ils sont en contact. Aussi ces préparations sont-elles employées dans le double but de modifier locéilement la partie, soit en excitant une phlegmasie d'une autre nature, soit en détruisant superficiellement les. tissus malades, en même temps que plus profondément l'Arsenic agit par des propriétés altérantes dont nous avons parlé plus haut.
Lorsqu'on ne veut qu'exciter localement une inflammation à la surface a une plaie, il ne faut employer que de très-faibles doses d'Arsenic, 5 centigrammes d'acide arsénieux ou d'arséniate de soude, pour 8 grammes de cérat, et une dose double de sulfure. Mais, pour produire des eschares superficielles, les doses doivent être beaucoup plus considérables.
Les poudres arsenicales les plus célèbres, employées dans ce but, sont celles de Justamond, du frère Cosme, de Pluncquet, celle de Rousselot, qui est à peu près la seule employée, et qui est presque identique à celle
ABSENIG.
du frère Cosme ; celle de Dubois, qui diffère peu des poudres du frère Cosme et de Rousselot : préparations dont nous avons indiqué la formule en tête de ce chapitre.
C'est surtout dans le traitement des cancers superficiels de la peau que ces poudres diverses ont été employées; on en fait une pâte, soit avec de la salive, soit avec de l'eau gommée, soit avec de l'eau simple, soit avec un peu de blanc d'œuf, et on Tétend sur la surface malade. Mais il y a quelques précautions importantes à prendre.
Quelques chirurgiens étaient dans l'habitude d'exciser la surface du cancer, d'enlever avec le bistouri tousles boutons indurés, et de recouvrir immédiatement la plaie avec la pâte arsenicale. Cette pratique fut suivie, dans plusieurs cas, d'accidents toxiques assez graves pour discréditer singulièrement l'emploi de la pâle arsenicale. Mais Dubois, ayant remarqué que l'absorption était d'autant plus rapide que la plaie était plus récente, qu'elle était au contraire presque nulle quand la suppuration était bien établie, pose en principe d'exciser d'abord la surface cancéreuse, et de n'appliquer la pâte arsenicale que quatre jours après. Quoique, par ce moyen, on évite en général l'absorption de l'Arsenic, cependant, quand la plaie est fort étendue, il arrive souvent que le poison cause encore des accidents mortels. De là ce précepte de ne recouvrir la plaie que successivement, de manière à ne faire qu'une application chaque jour.
Les premiers effets de la pâte arsenicale sont de produire une trèsviolente douleur, et une intlammation érysipélato-phlegmoneuse qui s'étend fort loin et dure ordinairement de quatre à huit jours. L'eschare, d'autant plus profonde que l'épaisseur de la pâte était plus considérable, se détache lentement et ne tombe ordinairement que du quinzième au trentième jour ; au-dessous on trouve ordinairement la cicatrice presque complète et le derme sans tubercules. Que s'il existe encore quelques végétations suspectes, on les réprime, soit avec le caustique de Vienne, soit avec le nitrate acide de mercure.
Dupuytren ne croyait pas nécessaire de produire uneeschare; et il pensait qu'une préparation arsenicale, capable d'opérer une violente phlegmasie, suffisait pour guérir les cancers superficiels de la peau. Il conseillait la poudre suivante : Acide arsénieux de 5 à 6 parties ; calomel, 100 parties. Il en faisait une pâte avec une solution gommeuse, et il l'appliquait sur les surfaces malades, l'enlevant au bout de deux ou trois jours, et renouvelant l'application jusqu'à cinq ou six fois, suivant l'exigence des cas.
Dans le lupus, dans les dartres rongeantes, cette môme pâte est d'une incontestable utilité, en même temps que l'on donne à l'intérieur d'autres préparations arsenicales, ainsi que nous l'avons dit plus haut.
MaL-idics des yeux. — Les propriétés irritantes des préparations arsenicales les faisaient employer par les anciens dans les collyres, au même titre que nous employons aujourd'hui les mercuriaux.
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
Ëpilatoire. — Enfin, de toute antiquité, et les citations nombreuses que nous avons faites au commencement de cet article le démontrent jusqu'à l'évidence, des préparations arsenicales sont entrées et entrent encore dans la composition de la plupart des poudres et des pommades épilatoires. Ce qu'il y a de singulier, c'est que les anciens, Dioscoride, Pline, Galien, etc., en même temps qu'ils constatent les propriétés épilatoires de l'Arsenic, affirment qu'il est très-utile dans l'alopécie. Il est utile sans doute dans les alopécies qui reconnaissent pour cause une maladie chronique du cuir chevelu, et alors il agit comme dans la plupart des affections cutanées qu'il guérit. Il faut noter que, comme dépilatoire, l'Arsenic a une action immédiate, et qu'il s'emploie alors à des doses considérables ; tandis que, pour guérir les maladies du cuir chevelu qui causent l'alopécie, les préparations arsenicales sont prescrites à des doses minimes, de manière à ne produire sur la peau de la tête qu'une irritation passagère.
MODES d'administration ET DOSES.
Nous avons dit plus haut de quelle manière l'acide arsénieux devait être prescrit, nous n'ajouterons que peu de mots.
Nous prescrivons encore l'acide arsénieux, sous forme de pilules, que nous formulons ainsi :
Acide arsénieux Oï^a
Amidon 5
Sirop de gomme q. s.
Pour faire selon l'art, en mêlant exactement par petites portions, une masse pilulaire que l'on divise en 100 pilules dont chacune contient par conséquent aussi 2 milligrammes et demi d'acide arsénieux. Le malade doit en prendre une avant chacun de ses deux repas. Pour les individus pusillanimes que l'idée d'absorber de l'Arsenic peut effrayer, nous décorons le médicament du nom de pilules de Dioscoride.
On augmente la dose suivant la tolérance du malade. On en continue l'usage pendant plusieurs mois de suite en le suspendant pendant huit ou dix jours chaque mois.
lodure d'Arsenic. — L'iodure d'Arsenic, médicament tout récemment introduit dans la thérapeutique, se donne à l'intérieur à la dose de 2 centigrammes et demi par jour; extérieurement, on l'incorpore à l'axonge dans la proportion d'un centième, et non à la dose énorme qu'indique M. Soubeiran [Dict. de Méd., 2'' édit., t. IV, p. 12).
Sulfure d'Arsenic. — Le sulfure jaune d'Ar^enic est aujourd'hui employé de préférence au sulfure rouge; cependant nous voyons que chez les anciens le réalgar, au contraire, avait la préséance sur l'orpiment. Quoi qu'il en soit, ces deux sulfures se donnent, à l'intérieur, à la dos3
ARSENIC
de o à 15 centigrammes en vingt-quatre heures; à l'extérieur, dans Jes pommades, à une dose double de celle de l'acide arsénieux.
Quand on le prescrit pour fumigations pulmonaires, mêlé à quelque résine, comme le benjoin, l'oliban, etc., etc., la dose ne doit pas dépasser 10 ou 15 centigrammes dans la masse qui doit être employée en une fois. Dans les fumigations pour l'ozène, la dose doit être la môme.
Le sulfure jaune d'Arsenic est la base des pommades épilaloires que le charlatanisme débite et invente chaque jour. Nous avons indiqué la composition du fameux rusma des Turcs. Pour s'en servir, on fait avec de l'eau une pâte molle dont on recouvre la partie que l'on veut épiler. Nous devons rappeler que le sulfure jaune d'Arsenic du commerce, ou orpiment, peut contenir jusqu'à 93 pour 100 d'acide arsénieux. Une pâte faite avec une forte solution d'arsénite de potasse remplit encore ce but.
Arsénile de potasse. — La solution de Fowler se donne à la dose de 5 à 20 gouttes, trois fois par jour, dans un demi- verre d'eau sucrée.
Arxéniate de soude. — La solution de Pearson, beaucoup moins énergique que celle de Fowler, se donne à la dose de 12 à 24 gouttes, deux ou trois fois par jour.
Gillette employait dans la chorée la solution suivante :
Arsôniate de soude Os^jOS
De une à huit cuillerées à ca/e par jour, en augmentant progressivement; huit jours de ce traitement suHisent ordinairement.
Varséniate de fer est prescrit à l'intérieur à la dose de 1 à 5 centigrammes dans les vingt-quatre heures.
Dans ces dernières années, M. Duchesne-Duparc a présenté à l'Académie des sciences un mémoire sur l'emploi del'arséniate de fer. Il propose cette préparation arsenicale comme le meilleur remède contre les dartres furfuracées et squammeuses. Il l'administre à doses graduées depuis 1, 2, 3 milligrammes par jour, en montant successivement jusqu'à 15 et 20 centigrammes.
Dans son opinion, l'arséniate de fer serait, de tous les composés arsenicaux, le mieux supporté par les organes digestifs et le plus inoffensif pour l'économie entière, sur laquelle il agirait à la manière des toniques excitants.
Les arséniates de mercure ont été employés avec succès contre les affections syphilitiques de la peau.
M. Gastinel, du Caire, a préparé deux nouveaux composés arsenicaux, l'arséniate de caféine et l'acide tanno-arsénique, qui ont paru jouir des propriétés anti-périodiques de l'acide arsénieux. {Gaz. des Hôp., janvier 1862.)
Eaux minérales arsenicales. — Nous avons donné plus haut la composition chimique des eaux arsenicales (Voir la matière médicale de l'Ar-
Mf-IDICAMENTS ALTÉRANTS.
senic) ; nous dirons seulement que M. Lhéritier attribue presque exclusivement à l'Arsenic l'efficacité des eaux de Plombières. Les eaux du Mont-Dore doivent aussi, sans doute, à l'Arsenic leur propriété de modifier si heureusement la bronchite chronique, surtout celle qui donne peu d'expectoration et une toux violente avec congestion pulmonaire, bronchite très-fréquente chez les dartreux, par parenthèse. M. Boudant, de Clermont, attribue aussi à l'Arsenic le bon effet des eaux du Mont- Dore dans l'angine et la pharyngite herpétiques. Enfin, depuis quelque temps M. Guéneau de Mussy emploie, à Paris, les eaux de la Bourboule, les plus riches en Arsenic, et en obtient des effets remarquables.
M. Privât a de même amélioré des malades atteints de rhumatisme noueux en administrant les eaux de Lamalou-l'Ancien. [Bulletin de Théi\, 1866.)
OR
L'Or pst un métal d'une couleur jaune, doué d'un éclat métallique trés-vif, extrêmement malléable, moins fusible que l'argent et le cuivre ; il fond vers 32 degrés du pyromètre de Wegwood. Cette température correspond à peu près à 1200 degrés du thermomètre à air. 11 ne se combine pas directement avec l'oxygène, mais il peut former avec lui deux combinaisons, et trois suivant quelques chimistes.
Or mélallique.
On emploie en médecine l'Or divisé ou l'Or à l'état de poudre.
On obtient la poudre d'Or par deux procédés :
1° On triture des feuilles d'Or avec sept ou huit fois leur poids de sulfate de potasse ou de sucre, jusqu'à ce qu'on n'aperçoive plus de fragments de feuilles; on traite cette poudre par l'eau qui dissout le sel ou le sucre, et laisse précipiter l'Or.
2° On verse dans une dissolution de chlorure d'Or un excès de sulfate de protoxyde de fer également dissous, on laisse en contact pendant vingt-quatre heures; l'Or se précipite en poudre très-ténue; on décante le liquide, on lave le précipité, on le fait sécher, et on le conserve pour l'usage.
On prépare avec cette poudre un sirop d'Or et une pommade d'Or dont l'efficacité est douteuse.
Oxyde d'Or.
Il existe deux combinaisons distinctes de l'Or avec l'oxygène, le protoxyde, et le bioxyde ou peroxyde.
Le protoxyde, AuO, est une poudre verte, peu stable, se transformant très-fa-
cilement en Or métallique et en peroxyde. Il n'est pas employé.
Le peroxyde, ÀuO^ (acide auriquo), connu en médecine sous le nom d'oxyde d'Or, est brun à l'état sec, jaune et rougcâtre à l'état d'hydrate, se réduisant trèsfacilement par l'action de la lumière, ce qui oblige de le conserver dans des flacons recouverts de papier noir. Il peut se combiner aux alcalis, mais il ne forme pas de combinaisons avec les acides. Il est insoluble dans l'eau.
On l'obtient en traitant une dissolution de chlorure d'Or par une solution de bicarbonate de potasse, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'effervescence ; le précipité qui se forme est de l'oxyde d'Or. Il est la base des pilules fondantes de Pierquin, dont voici la formule :
Pr. : Oxyde d'Or Os',ia
Extrait de garou. . . 8 F. S. A. Soixante pilules.
Pourpre de Cassius.
(Oxyde d'Or par l'étain, stannate d'Or.) AuO, Sn02 + Sn, Sn02-+-4Ho.
Sa composition est mal connue; on sait seulement qu'il contient de l'Or, de l'oxygène et de l'étain. Plusieurs chimistes le regardent comme une combinaison de protoxyde d'Or avec le bioxyde d'étain ; Berzeiius le considère comme un composé de protoxyde d'étain et d'un oxyde d'Or, intermédiaire au protoxyde et au peroxyde.
On l'obtient en versant, dans une dissolution de chlorure d'Or, une solution d'étain dans l'eau régale également étendue; il se forme un précipité pourpre que l'on lave et que l'on dessèche.
OR
Chlorure d'Or.
(Chlorhydrate d'Or, muriate d'Or.) AuCl".
Il n'est pas employé à l'état de pureté. Celui qui est usité en médecine est d'une belle couleur jaune, cristallisé en petits prismes aiguillés, moins soluble que le chlorure simple, soluble dans l'eau.
Chauffé, il perd de son acide, mais il commence à être décomposé en chlore et en Or métallique avant d'avoir perdu entièrement son acide chlorhydrique. Il est déliquescent.
On l'obtient en faisant dissoudre de l'Or métallique dans l'eau régale, évaporant jusqu'à ce que l'on sente une létfère odeur de chlore, puis on laisse cristalliser.
Sa solution aqueuse se dissout dans l'éther, qui se colore fortement en jaune, tandis que la solution aqueuse se décolore. On a employé cette teinture éthérée sous le nom d'Or potable. Une solution de sulfate ferreux réduit le chlorure aurique en précipitant de l'Or métallique.
Le chlorure d'Or colore la peau en violet.
Caustique de Récamier.
Pr. : Chlorure d'Or. . . . 0er,30
Eau régale 32
Faites dissoudre.
Chlorure d'Or et de sodium.
(Muriate d'Or et de soude, chloro-aurate de sodium, chlorure aurico-sodique.)
NaCl, AuC13+4Ho.
Sel d'une couleur orange, cristallisé en
longs prismes à quatre faces, soluble dans
l'eau.
On le prépare en ajoutant à une dissolution concentrée de chlorure d'Or du sel marin purifié et dissous ; on fait évaporer et cristalliser.
Dans ce sel, le chlorure d'Or joue le rôle d'acide, par rapport au chlorure de sodium.
Le docteur Chrestien, de Montpellier, a fait préparer avec ce sel un sirop, des tablettes, des pilules, etc. Ce sont là des préparations très-rationnelles, puisque le sel marin naturellement contenu dans le sang transforme les autres sels auriques en chloro-aurates alcalins.
lodure d'Or. Aul.
(Voir art. Iode, t. I, p. 94.)
Tout récemment M. Nicklès a démon-
tfè que l'iode peut attaquer l'Or^ à la condition de se trouver à l'état nnissant, ou bien à l'état ordinaire, si l'on opère à chaud et sous pression, ou bien encora sous l'influence des rayons solaires. Il a montré, en outre, que le sesqui-iodure de fer est un bon dissolvant de l'Or lorsqu'il est associé à l'éther, et que le sesqui-bromure de fer, bien exempt de brome libre, dissout peu à peu l'Or battu à chaud comme sous l'influence des rayons solaires. {Union pliarmaceutique, 18(3G, p. 112.)
Sous ces nouvelles formes, l'iodure d'Or ne tardera pas à être expérimenté en thérapeutique.
Hyposulfite double de proloxyde d'Or et de soude (Gelis et Fordos).
3(S202NaO) -I- S^O^AuQ + Aq.
Ce sel s'obtient en précipitant par l'alcool un mélange de solution de perchlorure d'Or et d'hyposulfite do soude; il cristallise en aiguilles déliées très-solubles dans l'eau et à peine solubles dans l'alcool.
Cyanure d'Or, AuCy^ -t- Aql/2.
C'est une poudre jaune, insoluble dans l'eau. Elle s'obtient en versant dans une solution de chlorure d'Or peu acide du cyanure de potassium ; il se dépose une poudre qui est d'une couleur rougeâtre si l'on a mis un excès de cyanure, mais qui peut être ramenée au jaune serin par un acide.
Poudre de cyanure d'Or.
Pr. : Cyanure d'Or. . 5 ccntigr.
Poudre d'iris. . 10
Divisez en paquets à employer en frictions (Chrestien).
Pilules de cyanure d'Or.
Pr. : Cyanure d'Or .... 5 centigp.
Extrait de gentiane. 90 F. S. A. Douze ou seize pilules (Chrestien).
Nous ajouterons que les préparations d'Or sont des médicaments infidèles quand on les associe, surtout pour l'usage interne, à des substances organiques qui les altèrent promplemeut, comme les poudres, les sirops, les extraits, etc.; aussi MM. Duporlal, Pelletier, Niel, etc., ontils conseillé de les administrer seules, en poudre ou en solution.
Historique. — Indiqué à peine par les Arabes, l'Or n'a pris une certaine importance médicale que lorsque l'alchimie commença à exercer de l'influence sur la thérapeutique. Les alchimistes tourmentèrent l'Or de mille et mille manières pour trouver la pierre philosophale, et, comme
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
ils le croyaient le plus pur, le pTus incorruptible des métaux, ils pensèrent qu'il devait être aussi le plus pur, le plus puissant des médicaments. Introduit dans l'économie, il devait la purifier de toutes les humeurs, de tons les vices héréditaires ou acquis; de là les recherches infinies des alchimistes pour rendre l'Or potable. Quand ils eurent trouvé le moyen de dissoudre l'Or dans l'eau régale, et de le retenir ensuite dans des huiles essentielles, ils crurent posséder une pan.icée universelle ; et dans les seizième et dix-septième siècles, et jusqu'au milieu du dix-huitième, les préparations d'Or potable furent des secrets de famille qui enrichirent beaucoup de personnes, etcpii, à dire vrai, opérèrent aussi quelques guérisons. Toutefois, il suffisait que les charlatans employassent ainsi ce remède, et que les alchimistes l'eussent vanté avec une exagération ridicule, pour que les médecins crussent devoir le proscrire et se refusassent à l'adopter jamais. Une autre cause contribua singulièrement tà discréditer rOr : c'est que les médecins qui le vantaient avec le plus d'enthousiasme l'amalgamaient avec le mercure, ou le mêlaient à des préparations mercurielles diverses; et comme ils le prescrivaient dans la vérole et dans d'autres affections où l'effet des mercuriaux ne pouvait être contesté, on concluait avec assez de raison que les prétendues propriétés thérapeutiques de l'Or devaient être réellement attribuées au mercure. Ce n'est pas que Pittcarn (1714) n'eût proposé l'Or en poudre ou en feuilles dans le traitement de la syphilis, mais c'est vraiment à notre compatriote M. Chrestien, de Montpellier, que l'on doit d'avoir appliqué méthodiquement, d'avoir fait connaître, et enfin d'avoir popularisé l'emploi de l'Or dans le traitement de la vérole et de plusieurs autres mîiladies.
M. Chrestien trouva de nombreux et puissants détracteurs : sa méthode, suivie par quelques médecins de Montpellier, ne pouvait prendre droit de cité hors de cette ville ; mais les travaux de Niel, ceux de Gozzi de Bologne, et surtout ceux de M. Legrand, firent mieux connaître les propriétés thérapeutiques de l'Or, engagèrent beaucoup de praticiens à les essayer, et les placèrent enfin au nombre des agents thérapeutiques dont il n'est pas permis aux médecins d'ignorer les usages et le mode d'administration. Aujourd'hui donc on ne pourra plus traiter l'Or avec légèreté, à l'exemple de Linné et de Gmelin.
Nous regrettons vivement de n'avoir que rarement mis en usage, dans notre pratique, les préparations nuriques, et de ne pouvoir, par conséquent, parler ici d'après notre propre expérience; mais il est difficile que la vie de deux hommes, si active qu'elle puisse être, suffise à l'expérimentation de tous les agents de la matière médicale, et le lecteur comprendra que notre devoir, dans cette circonstance, est de recueillir les témoignages relatifs à l'action thérapeutique du médicament, nous réservant seulement alors le rôle de critiques que nous ne devons jamais dépouiller.
OR