NIC. 3G
bouillir dans l'eau. On trouve deux variétés d'orpiment dans le commerce : l'une cristallisée en belles lames, d'un jaune d'or, est le sulfure pur ; l'autre en masses jaunes opaques, contenant une grande quantité d'acide arsénieux (jusqu'à 94 pour 100), c'est le sulfure artificiel.
On ne doit jamais se servir de ce dernier pour l'usage médical.
L'orpiment naturel entre dans la préparation de poudres et de pâtes épilatoires.
Poudre fébrifuge de Hecker.
Pr. : Sulfure d'Arsenic
jaune 25 milligr.
Sucre blanc. ... 60 centigr.
Huile d'anis. ... 1/4 gutt.
Mêlez.
Pâte épilaloire.
Pr. : Orpiment 1 part.
Chaux vive 16
Amidon 10
Réduisez en poudre trôs-flne et mélangez.
On conserve cette poudre dans un vase bien bouché; au moment de s'en servir, on y ajoute assez d'eau pour faire une pâte molle, que l'on applique sur les parties il épiler.
Le rusnia, ou pâte épilatoire des Turcs, paraît être composé de :
Chaux vive 8 part.
Orpiment 1 à 2
On délaye cette poudre dans un peu de blanc d'œuf et de lessive des savonniers. Cette préparation est plus active que la précédente.
Cigarettes arsénicales.
Nous faisons préparer des cigarettes arsénicales de la manière qui suit :
Arsénite de potasse 1 gram.
Eau distillée 20
Épuisez cette solution sur une feuille entière de papier blanc non collé; séchez, divisez en vingt parties égales.
Pliez en cigarettes.
On peut aussi préparer des cigarettes avec l'arséniate de soude. (Voir à l'emploi de l'Arsenic dans l'asthme.)
Nous voici arrivés à l'histoire thérapeutique d'une de ces substances dont le nom a souvent effrayé les malades et les médecins. 11 en est résulté que l'Arsenic a été peu étudié, et que d'injustes préventions pèsent encore sur lui. Quoique nous l'ayons souvent employé, cependant notre expérience n'est pas suffisante ; mais après avoir comparé les auteurs qui s'en sont occupés, après avoir consulté les résultats proclamés 8« i.D.— T. I. 30
par chacun, et apprécie, autant qu'il était en nous, la justesse des critiques dont l'Arsenic avait été l'objet, nous avons rédigé cet article, d*ns lequel, par exception, le lecteur ne trouvera presque rien de nous. La plupart des matériaux de ce travail ont été puisés, d'une part, dans l'intéressante monographie de Harles [De Arsenici usu in medicina. Norimbergae, 1811), travail rempli d'érudition, et qui résume tout ce qui avait été publié jusque-là sur l'Arsenic; d'autre part, dans diverses publications de M. Boudin, et enfin dans de nombreux travaux récents.
Historique. Dioscoride est le premier qui traite des préparations arsenicales (Tuepl Tqç, "Iaxpr/.r,ç, lib. V, cap. 121, 122). Sous le nom de 'Apcjîvaov (Arsenic), il parle évidemment du sulfure jaune d'arsenic natif (orpiment), mêlé, suivant la remarque de Harles {De Arsenici usu in medicina. Norimb. , 1811, p. 50), aune certaine quantité d'acide arsénieux; et sous celui de cavoapay;o (sandaracha), il désigne le réalgar (sulfure rouge actif). Voici ce qu'il en dit: Arsenicum vim habet septicam., stypticam, et escharoticam cum morsione violenta; simul consiringit , et capillos démit. Sandaracha casdem habet vires ac prius : medetur alopeciœ et leprotico ungui, cumpice juncta, nec non phthiî-iasi, oleo mixta. Prodest itidem contra nariumorisque ulcéra, reliquaque exanthemata , cum oleo rosarum administrala (externe); œque ac contra condylomata. Datur quoquc (interne) pulmonum suppuratione laboranlibus , cum mulso. Suffitu etiam, addita résina, administratur adversus tussim inveteratam, vapore ipsius per siphonem are sucto. Cum melle propinata vocem clarefacit, et asthmaticis in potione cum résina porrigilur.
Le réalgar, comme on le voit par ce passage de Dioscoride, était beaucoup plus usité en médecine que l'orpiment, sans doute parce que ses propriétés vénéneuses étaient un peu moins actives. Les auteurs qui ont suivi Dioscoride, les Arabes, les Arabistes, ont également préféré, en général, la sandaraque ou sulfure rouge (réalgar) à l'Arsenic ou sulfure jaune (orpiment).
Après Dioscoride, on trouve dans Pline {Histor. natural. lib. XXXIV, cap. 18) des indices de l'emploi thérapeutique de l'Arsenic. Sandaracha valet purgare, sistere, excalefacere, perrodere. Summa ejus dos styptica. Suit rénumération d'autres propriétés tout à fait semblables à celles qu'indique Dioscoride. Celse {De Re medica, lib. V, cap. 5), Galien {De simpl. med. facult., passim.), Scribonius Largus {Compos. med., 123, 226, 237) copient Pline et Dioscoride. Gœlius Aurelianus (il/orè. chron., lib. IV, cap. 3), entre autres qualités de l'orpiment, lui reconnaît la propriété de tuer les vers intestinaux et de guérir la maladie cœliaque lorsqu'on l'administre en lavements. Du reste, tous ces auteurs, et les Galénistes jusqu'aux Arabes, s'accordent à reconnaître à l'orpiment, et surtout au réalgar, les propriétés indiquées par Dioscoride.
Les Arabes Rhazès, Mésué, Sérapion, Janus de Damas,Avicenne, vantent l'Arsenic sans doute d'après leur propre expérience, peut-êti'e aussi sur la foi de Gallien. Arsenici omnes species calendœ sunt et comburentes.
ARSENIC
IMentur scabiei, et ulceribus pudridis, et leprœ ulcerosœ, herpeti prœterea esthiomeno etpediculis, nec non asthmati, si vel cum illo suffumigatio aut epithema fiant. (Rhazès, De lie med., lib. III, cap. 33.) Avicenne dépose dans le même sens. Omnes species Arsenici escharoticœ sunt, antisepiÂcœ. Arsenicum citrinum et rubeum abradit pilos, et convenit alopeciœ. Fit ex eo empiastrum ad vulnera. Cum adipe et oleo confert scabiei et ulceribus sahafat {leprœ ulcerosœ) et pudredini ad cutem ; abstergit uritque. iJeratum factum ex eo, confert contra herpetem eslhiomenon ulcerosumque in oreet in naso. Datur quoque in potionibus cum hydromele ad pulmones suppuratos et tussim antiquam sputumque sanguinis et saniei, quandnque etiam inpilulis contra asthma, et, in clysteribus, contra hœmorrhoides ani. (Canon., lib. XI, tract. 11, cap. 49.) Plus tard, les Arabistes eux-mêmes n'employèrent guère plus l'Arsenic ; c'est à peine si dans les écrits des chirurgiens du quinzième et du seizième siècle il est question de ce médicament. Théodore l'emploie seulement contre la scrofule ulcéreuse [Chirurgie, liv. IV) ; Guy de Chauliac pour faire une eschare dans l'hydrocèle {Chir. Magn.).
Cependant, à partir du seizième siècle, c'est-à-dire à l'époque où la médecine, comme toutes les autres sciences, s'efforça de sortir des langes du moyen âge, l'usage externe de l'Arsenic redevint beaucoup plus fréquent ; mais ce ne fut guère que dans le cours du dix-septième siècle que l'on se hasarda à conseiller quelquefois l'Arsenic à l'intérieur. Van Helmont [Ortus med., p. 66, 198, 286) conseille les préparations arsenicales dans le traitement des ulcères; mais il les proscrit formellement à l'intérieur. Tagault [Institut, ckir., lib. I, p. 136} indique de la façon la plus explicite l'emploi qu'on en peut faire dans le traitement des ulcères cancéreux. Arsenicum ad curandos tumores ulcérantes (externe) primatum obtinet^ modo quis noverit eo recte uti. Lemery {Cours de chimie), Wepfer [Cicat. aquaf. hist.) signalent, mais pour les condamner, les essais que l'on faisait de l'Arsenic dans la thérapeutique interne, et surtout dans le traitement des fièvres intermittentes. Dans le cours du dix-huitième siècle, • une multitude d'écrits paraissent pour signaler les vertus fébrifuges de l'Arsenic ; mais Stœrck, qui avait appelé l'attention des thérapeutistes sur l'utilité de tant de poisons végétaux, s'élève contre l'Arsenic ;ivec une fureur singulière (Annus medicus). Il exerça sur le public médical une influence d'autant plus grande dans cette circonstance, qu'on ne pouvait le supposer prévenu contre les préparations vénéneuses.
L'arsenic tomba donc pendant quelque temps dans un profond discrédit, dont Fowler et d'autres médecins anglais le tirèrent à la fin du siècle dernier. Enfin, de nos jours, Harles, essaya de le réhabiliter dans l'opinion des médecins.
Nous allons d'abord étudier les effets de faibles doses d'Arsenic sui l'homme, indépendamment de toute affection morbide; nous verrons ensuite quelles ressources en ont tirées la médecine et la chirurgie.
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
ACTION PHYSIOLOGIQUE DE l'aRSENIC.
Action sur les plantes et sur les animaux. — « L'action physiologique de l'Arsenic sur les végétaux, dit M. Boudin, n'a pas été étudiée jusqu'ici; maniée à forte dose, cette substance fait mourir les plantes et détruit la sensibilité de la mimosa pudica. En Allemagne, les vétérinaires administrent l'Arsenic aux vieux chevaux pour leur donner du jarret. Jaeger dit avoir remarqué que des pigeons auxquels il avait donné de l'acide arsénieux mangeaient avec plus d'appétit. »
« On a trouvé il y a quelques mois, dans le lïampshire, des perdrix mortes dans les prés ; seulement, au lieu d'être couchées sur le côté, position ordinaire des animaux morts, on les trouva debout, la tête élevée, les yeux ouverts, et offrant toutes les apparences de la vie. Deux de ces oiseaux ayant été envoyés à Londres, le docteur Fuller constata une grande quantité d'Arsenic dans les grains de blé contenus dans le jabot. Un chat, à qui l'on fit manger de la chair cuite et le foie de ces oiseaux, en éprouva de vives souffrances et fut pris de vomissements. On suppose que les perdrix avaient mangé du blé chaulé à l'acide arsénieux. » {London Pharmaceutical journal.)
Action physiologique sur l'homme. — Les paysans styriens prennent l'Arsenic comme stomachique. D'après M. Stokes, professeur à l'université de Dublin, les fièvres intermittentes, endémiques dans une localité du Cornouailles, auraient cessé d'y sévir quelque temps après l'établissement d'une fonderie de cuivre, donnant lieu à un dégagement arsenical.
Les données, sinon les plus positives, au moins les plus curieuses que la science possède sur les effets physiologiques des préparations arsenicales, sont assurément celles qui ont été recueillies sur les mangeurs d'Arsenic, ou toxicophages, qu'on rencontre dans différentes contrées de l'Allemagne. On doit au docteur Tschudi des observations extrêmement intéressantes à ce sujet. Ces observations, qui ont fait l'objet d'une communication du docteur Kœpl à la Société de médecine de Bruxelles, ont été reproduites en partie dans l'i/raîon médicale, mai 1834.
Dans quelques contrées de la basse Autriche et de la Styrie, surtout dans les montagnes qui les séparent de la Hongrie, existe parmi les paysans l'habitude de manger de l'Arsenic. Ils l'achètent aux herboristes ambulants, à des colporteurs qui l'acquièrent à leur tour des ouvriers en verreries hongroises, ou des vétérinaires, ou des charlatans.
Les arsenicophages ont un double but : d'abord ils veulent se donner par cette pratique dangereuse un air sain et frais, et puis un certain degré d'embonpoint.
Ce sont le plus souvent déjeunes paysans et paysannes qui ont recours à cet expédient par coquetterie et désir de plaire ; et il est en effet remarquable avec quel succès ils atteignent leur but, car ces jeunes toxico-
ÂIîSExMC.
pliages par excellence se distinguent parla fraîcheur de leur teint et par une apparence de santé florissante.
Le second avantage que les arsenicophages veulent obtenir, c'est de se rendre, comme ils disent, plus volatils, c'est-à-dire de faciliter la respiration pendant la marche ascendante. A chaque longue excursion dans les montagnes, ils prennent un petit morceau d'Arsenic qu'ils laissent fondre peu à peu dans la bouche. L'effet en est surprenant ; ils montent aisément des hauteurs qu'ils ne sauraient gravir qu'avec la plus grande peine sans cette pratique.
La quantité d'Arsenic avec laquelle commencent les toxicophages représente un petit morceau de la grandeur d'une très- petite lentille, ce qui équivaut à un peu moins d'un demi-grain. Ils s'arrêtent à cette dose qu'ils avalent plusieurs fois par semaine, le matin à jeun, pendant assez longtemps, pour s'y habituer. Alors ils augmentent la quantité insensiblement, avec précaution, au fur et à mesure que la dose habituelle refuse son effet.
Il est bon de noter qu'aucune trace de cachexie arsenicale n'est visible sur la plupart de ces toxicophages, que les symptômes de l'empoisonnement arsenical chronique n'apparaissent jamais sur les individus qui savent approprier la dose parfois très-considérable du toxique à leur constitution et à leur tolérance.
Il y a encore ici une remarque bien curieuse à faire : c'est que la suspension de l'usage de l'Arsenic, soit volontaire ou forcée, est toujours suivie de phénomènes morbides qui ressemblent à ceux produits par l'intoxication arsenicale à un faible degré. Ainsi on observe un grand malaise joint à une indifférence extrême pour tout ce qui les entoure, de l'anxiété pour leur personne, des troubles delà digestion, de l'anorexie, une sensation de plénitude stomacale, des vomissements glaireux le matin avec ptyalisme, du pyrosis, de la constriction spasmodique du pharynx, et surtout des difficultés de la respiration. Contre tous ces phénomènes il n'y a qu'un seul moyen efficace, c'est le retour immédiat à l'usage de l'Arsenic.
La toxicophagie, dans ces mêmes pays, n'est pas bornée à l'espèce humaine, mais elle a été communiquée aux animaux. Ainsi l'usage de l'Arsenic est très-répandu à Vienne, surtout parmi les palefreniers et les cochers de grandes maisons. Ils en mettent une bonne prise en poudre à l'avoine, ou ils en enveloppent un morceau de la grandeur d'un pois dans du linge, et l'attachent au bridon lorsque le cheval est harnaché, de manière à ce que la salive dissout peu à peu le toxique. L'aspect luisant, rond et élégant des chevaux de prix, et surtout l'écume à la bouche, provient ordinairement de l'Arsenic qui augmente, comme on sait, la salivation. Les charretiers, dans les pays montagneux, mettent fréquemment une dose d'arsenic dans le fourrage qu'ils donnent aux chevaux avant une montée laborieuse.
Les maquignons utilisent beaucoup l'Arsenic à l'égard des chevaux poussifs qu'ils conduisent au marché.
Chose remarquable, cette pratique s'exerce pendant des années sans
accident; mais dès que le clieval passe dans les mains d'un maître qui n'emploie pas l'Arsenic, il maigrit, perd sa gaieté, devient blafard, et^ malgré la nourriture la plus abondante, l'animal n'acquiert plus la belle apparence qu'il avait antérieurement.
L'usage de l'Arsenic, quoique plus fréquent chez les chevaux, s'étend aussi à d'autres animaux. Ainsi on en donne aux bœufs et aux veaux destinés à l'engraissement. On donne la poudre arsenicale aux bœufs avec le gruau mêlé de paille hachée et qui a infusé dans l'eau chaude. L'effet est très-surprenant quant à l'augmentation du volume de la bête, mais celle-ci ne gagne pas proportionnellement en poids. Cela fait que les bouchers achètent très-rarement à vue le bétail engraissé de cette manière, car le poids réel est beaucoup inférieur au poids présumé d'après l'apparence.
On donne souvent aussi l'Arsenic à petites doses aux cochons, surtout au commencement de l'engraissement; ou bien au lieu d'Arsenic pur, on donne le sulfure d'antimoine non purifié, qui est mélangé, comme on sait, d'une certaine quantité d'Arsenic.
Comme on vient de le voir par la partie historique qui précède, l'usage de l'Arsenic comme médicament était très-restreint, et les indications en étaient bien vagues. Dans une période plus rapprochée de nous, l'Arsenic n'était guère connu que comme poison; aujourd'hui, l'Arsenic est un des médicaments à l'ordre du jour, et il ne tend rien moins qu'à devenir un spécifique correspondant à l'iode, au mercure et aux alcalins, et son usage est devenu journalier. Il importe donc de bien connaître son action physiologique pour l'employer en toute sécurité : Primo non nocere.
L'Arsenic, donné passagèrement à une dose qui ne dépasse pas un centigramme, ou un centigramme et demi, n'a, suivant M. Hirtz [Nouveau Dict. de méd., art. Arsenic), presque aucun effet sur les voies digestives. A dose plus forte, -2 centigrammes, la soif augmente ainsi que l'appétit, les digestions sont plus rapides, il y a une légère excitation du pouls et de la chaleur et une certaine légèreté dans les mouvements de la respiration. M. Masselot et nous en avons pris 8 centigrammes, et nous en avons éprouvé une excitation générale analogue à celle que produit une forte mfusion de café.
Si l'on administre l'Arsenic d'une manière continue, il se produit des effets nouveaux. De 5 à 15 milligrammes, la soif et l'excitation de l'appétit continuent, l'excitation du tube digestif amène des évacuations alvines plus fréquentes. La température, la fréquence du pouls augmentent ainsi que la transpiration et l'excrétion urinaire, phénomènes que Harles compare à une sorte de fièvre rémittente. De 25 à 35 milligrammes par jour, l'excitation intestinale augmente. Fowler a constaté sur ses malades des nausées, des tranchées ou même une certaine liberté du ventre; toutefois, les vomissements et la diarrhée ne se sont montrés que rarement.
ARSENIC
Il faut à ces symptômes en ajouter d'autres que l'on regarde, en général, comme une des preuves de la saturation arsenicale. Ce sont des démangeaisons aux extrémités des doigts et aux conjonctives, accompagnées d'injection des yeux, d'une couleur rouge cuivreuse des paupières, et parfois même des éruptions de petites pustules ou de furoncles. MM. Uevergie et Bazin ont même constaté de l'ecthyma et des ulcérations. Fowler, qui avait une grande expérience des préparations arsenicales, regardait ces effets comme désirables et devant précéder l'action thérapeutique, il les appelait operative effects. Il diminuait alors la dose ou tout au moins ne l'augmentait plus, et il attendait que, sous l'influence de cette excitation bien tolérée, il vit revenir l'augmentation des forces, l'embonpoint et la coloration du visage.
Tous les symptômes de l'Arsenic donné ainsi à dose modérée le rapprochent donc des reconstituants et peuvent, d'après M. Sée {Nouveau dict. de méd., art. Asthme), s'expliquer parce que l'arsenic favoriserait d'une manière remarquable les oxydations. Il en donne pour preuve que, d'après les expériences de Sabelin, l'urée, qui représente le produit des combustions organiques, augmente de 12 à 28, et que les chlorures et les phosphates terreux de l'urine s'élèvent au double de la proportion normale. D'un autre côté, l'acide urique diminuerait en proportion de l'augmentation de l'urée. Enfm, Taylor, en analysant les urines d'un enfant auquel Wilks administrait l'Arsenic à la dose de 2 milligrammes par jour pour un eczéma, crut y retrouver presque toute la quantité du médicament, et supposa que l'Arsenic s'élimine par les reins. {Guy's hospital rep. 3, ser. IX, p. 179.) Nous avons indiqué jusqu'ici les effets reconstituants de l'Arsenic, mais suivant M. Charcot, aux doses que nous mentionnons, l'Arsenic aurait déjà l'inconvénient de produire, par un usage prolongé, une sorte de paralysie des organes génitaux. Cette anaphrodysie ne cesserait môme pas immédiatement après la cessation du remède ; elle durerait, au contraire, un certain temps. M. Charcot a fait cette observation sur deux malades seulement. C'est donc, en tout cas, un accident relativement rare. {Bulletin de Thérapeutique.)
Au-dessus de 50 milligrammes ou 5 centigrammes, commence l'action toxique, et, sans vouloir décrire ici l'empoisonnement par l'Arsenic, nous croyons bon de montrer les effets de l'Arsenic à une dose un peu plus élevée que celle que nous avons prescrite. Nous empruntons cette description au remarquable livre de M. le professeur Tardieu. {Etude rrièdico-légale et clinique sur V empoisonnement, 1866.) (( Les patients se plaignent de brûlures à la gorge et à l'estomac, ils font des efforts pénibles de vomituritions qui reviennent périodiquement après des intervalles de rémission. Les vomissements sont fréquents, bilieux, provoqués par toute substance ingérée, accompagnés de coliques trèsviolentes et de digestions difficiles. Le malade, fatigué de douleurs et de lassitude dans les membres, éprouve des vertiges et est dans l'impossibilité de se tenir debout. Des saignements de nez, des hémorrha-
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
gies, des taches pétéchiales peuvent se montrer par intervalles. Parfois des syncopes ou de", attaques convulsives attestent l'atteinte du système nerveux. La sensibilité de la peau est souvent surexcitée, surtout vers les extrémités, et troublée par des démangeaisons insupportables et par de brusques sensations de chaleur et de froid. »
A l'extérieur, l'Arsenic est irritant ou escharotique, suivant la dose, mais avec une propriété singulière. Son action immédiate sur la peau n'est pas purement chimique comme celle de l'acide sulfurique, par exemple, puisque suivant M. Hirtz il n'aurait pas d'action caustique sur le cadavre, ou il ne fait que momifier et dessécher les tissus. L'Arsenic employé comme caustique agirait d'une manière vitale, c'est-à-dire qu'il produirait un trouble de nutrition par action réflexe. Nous ne sommes donc pas étonnés d'apprendre que, sous forme pulvérulente, il détermine par son contact sur la peau des éruptions érythémateuses, papuleuses, vériculeuses et pustuleuses, des ulcérations et des croûtes. Ces accidents se montrent surtout chez les ouvriers qui manient les verts arsenicaux et qui en transportent la poussière, soit sur les parties découvertes, le visage, par exemple, soit aux parties génitales chez les hommes. Ces éruptions ont été décrites avec beaucoup de détails par MM. Blondel, Chevalier, Beaugrand, Vernois, FolUn, Bazin, etc. (Voir les Annales d'hygiène.) 11 faut, pour compléter ces caractères de l'Arsenic, ne pas oublier que les ulcérations qu'on rencontre aux parties génitales ou aux extrémités des doigts, ont parfois des bords taillés à pic et peuvent faire croire à des chancres. En général, il suffit d'être prévenu de cette possibilité pour ne pas s'y tromper. Mais si le doute persistait, on aurait recours à l'inoculation, qui trancherait la question.
ACTION TPIÉRAPEUTIQUE DE l'aRSENIC.
Usage interne.
Fièvres intermittentes. — C'est surtout dans le traitement des fièvres intermittentes que l'Arsenic, comme médicament interne, a joui et jouit encore d'une réputation qui pourtant lui a été disputée assez vivement.
L'usage de l'Arsenic, dans le traitement de la fièvre intermittente, ne fut connu en Europe qu'à la fin du dix-septième siècle et au commencement du dix-huitième. Gohl parle d'un médecin militaire prussien qui donnait aux soldats atteints de fièvre intermittente de faibles doses d'une poudre composée de trois parties d'Arsenic et d'une partie de nitre, remède qui, d'après le témoignage de Gohl qui ici ne saurait être suspect, était très-sur, mais en même temps très-pernicieux, cer^«ss«mMm ne^w/ssimum [Comment, in act. med. Berolin., déc. 4, v. 3, p. 6). Lemery, dans sa Chimie, parle également de l'usage fréquent que les charlatans et les chirurgiens militaires faisaient en France de l'Arsenic dans le trai-
ARSENIC
tement des fièvres intermittentes. Les témoignages de Van Helmoni, de Zeller, deWepfer, de Stahl, déposent dans le même sens(Harles, loc. cit., p. 60, 61, 62).
Mais le premier travail fait par un homme grave sur les propriétés fébrifuges de l'Arsenic, date de 1700. Il est d'Hadrien Slevogt, professeur à léna [De exceptionibus, sive permissione prohibitorum, et prohibitione permissorum, léna, 1700), et peu après parut le travail si remarquable de Melchior Frick [Friccius), médecin à Ulm.
Slevogt, après avoir fait pendant longues années usage de l'Arsenic dans le traitement des fièvres intermittentes tierces et quartes, proclama ce remède le fébrifuge par excellence, et le déclara très-supérieur au quinquina. Par ce moyen, il évitait les récidives et les accidents consécutifs des fièvres intermittentes et de l'administration du quinquina. Il donnait l'Arsenic les jours d'apyrexie, et même le jour de la fièvre au début de l'accès, à la dose de 2 à 7 centigrammes, suivant la force des malades; mais il avait soin de l'unir à la thériaque pour modérer ses propriétés irritantes. Melchior Frick vint donner à l'Arsenic une importance beaucoup plus grande com^me fébribuge, par les faits qu'il publia. 11 employait ordinairement l'orpiment, qu'il mêlait à du cristal de roche et à du camphre, et dont il composait une poudre. Cette poudre, selon lui, l'emportait.sur le quinquina, et il n'a jamais vu un malade qui n'ait été guéri. Les succès qu'il obtenait étaient tels qu'il s'exprimait en ces termes: Experientia nos docebit, Arsenicum in febribus intermittentibus adhibitum omnes cas dotes possidere, quibus optima remédia prœdita esse dcbent. [Paradoxa de Venenis, 1710, p. 30 et suiv.)
A ces témoignages, nous pourrons ajouter ceux de Keil, de Bernhardt, de J.-G. Gmehn, de Don Monro, deJacobi, de Huermann (voir Harles, loc. cif.,^. 66 et suiv.); mais les deux Plencitz, vers la fin du dernier siècle, achevèrent d-e fonder la réputation de l'Arsenic comme fébrifuge {Acta et observ. mec? , Prag. et Viennœ, 1783, cap. m). Ces deux praticiens donnèrent l'Arsenic, à l'hospice des orphelins, à Vienne, à un nombre infini de malades atteints de fièvres tierces et quartes. Jamais ils ne virent d'accidents à la suite de cette médication, qui leur parut plus sûre et plus rapide qu'aucune de celles qu'ils avaient employées déjà. Ils se servaient d'acide arsénieux, qu'ils portaient à la dose énorme de 2 à 5 centigrammes. Ce moyen fut employé avec un succès à peu près constant dans des milliers de cas de fièvres intermittentes. Ejusque usu in millenis ferè febrium intermittentium casibus raro frustratos fuisse affirmant. Harles s'étonne avec raison qu'un succès aussi éclatant n'ait pas fait prévaloir l'Arsenic parmi les médecins autrichiens et hongrois, mais il explique le peu de faveur qui accueillit les travaux des Plencitz par l'opposition que Stœrck faisait à l'Arsenic, opposition d'autant plus puissante, que ce dernier occupait à la cour et dans les écoles un des premiers rangs.
Or, pendant que l'Arsenic, appuyé par les Plencitz, ne pouvait soute-
nir la lutte contre l'animosité envieuse de Stœrck, Thomas Fowler, en Angleterre, popularisait en quelque sorte l'usage de ce médicament {Médical reports on the effects of Ai^senic in tlie cure of agites, rémittent fevers, and periodic headach, 1786). Sur deux cent quarante malades atteints de fièvre intermittente, cent soixante et onze furent parfaitement guéris par l'Arsenic; quarante-cinq résistèrent à l'emploi de ce moyen et furent traités avec succès par le quinquina ; et vingt-quatre autres enfin, qui ne voulurent pas se soumettre à la médication dans toute la rigueur, n'obtinrent pas de guérison. Arnoldt cite quatre-vingts cas de réussite dans les fièvres tierces et quartes, et il n'y eut de récidive que très-rarement. Freir, de Birmingham, prétend avoir guéri sans aucun inconvénient plus de mille ouvriers par la méthode de Fowler.
En même temps que ce dernier, Robert Willan et Richard Pearson ne contribuèrent pas peu à faire prévaloir parmi les médecins de la Grande- Bretagne l'usage des préparations arsenicales dans le traitement des fièvres intermittentes. Le témoignage de "Willan en faveur de la méthode de Fowler est bien puissant : « Je ne connais, dit-il, aucun remède plus sûr, plus efficace et plus commode à prendre que cette solution arsenicale dans le traitement des fièvres intermittentes. » Pearson, qui modifia un peu la solution de Fowler, et qui lui donna son nom, comme celui-ci l'avait donné à la solution qu'il avait inventée, prit en ce médicament une grande confiance, qui fut bientôt partagée par le public lui-même, quand on eut vu un prince du sang royal, le duc d'York, guéri par l'Arsenic d'une fièvre intermii^snte qui avait été jusqu'ici rebelle au quinquina.
Tant d'exemples, tant d'écrits publiés sur la matière, donnèrent à l'Arsenic une vogue qui commençait à se répandre en France et en Amérique, quand la guerre de la Grande-Bretagne contre les États-Unis et contre notre révolution rompit toutes les relations scientifiques établies par l'Angleterre ; et quelques médecins chez nous, Valentin, Desgranges, Fodéré, Dufour de Montargis, Bouillier de Pont-Sainte-Maxence ; en Itahe Brera, Harles en Allemagne, conservèrent les traditions de Slevogt, de Frick, des Plencitz, de Fowler, de Pearson. Harles surtout, dans l'importante monographie qu'il publia sur l'Arsenic, remit sous les yeux du public médical tous les travaux entrepris sur la matière , rapporta lui-même les résultats de sa propre pratique, et contribua plus que personne à rendre l'usage de l'Arsenic un peu moins exceptionnel. Mais pourtant, malgré les faits nouveaux recueillis encore chez nous par M. Gendrin, l'invasion de la médecine physiologique, si funeste à la thérapeutique, s'opposa à l'admission de l'Arsenic dans la médecine française, et il n'est peut-être pas en France vingt médecins qui aient osé à cette époque faire usage d'un moyen qui est en quelque sorte trivial chez nos voisins d'outre-mer.
Cependant M. Boudin, ancien médecin en chef de l'hôpital militaire du Roule, à Paris, après de nombreux essais sur lui-même, remit chez nous
ARSENIC
l'Arsenic en honneur*. Il soumit l'administration de ce médicament à des règles précises, inconnues jusqu'alors, el démontra une loi de tolérance dont la connaissance nous paraît de nature à faciliter notablement le maniement thérapeutique des préparations arsenicales. Le nombre des fièvres intermittentes soumises à la médication arsenicale, et traitées par ce médecin dans les hôpitaux de Marseille, de Versailles et de Paris, s'élève aujourd'hui au chiffre énorme de plus de quatre mille ; et tel semble être le perfectionnement apporté au maniement de l'Arsenic, qu'il affirme n'avoir pas eu à recourir une seule fois au sulfate de quinine depuis la fin de l'année 1843, résultat bien différent de ceux qu'avaient obtenus Fowler, qui sur deux cent quarante fièvres intermittentes traitées par sa liqueur ne réussissait que cent soixante-onze fois. Voici les règles formulées par M. Boudin :
Première règle. — Ouvrir le traitement par un vomitif (ipéca. , 1 gramme ; tartre stibié, 1 décigramme), si la fièvre s'accompagne d'embarras gastrique, de suppression, ou seulement de diminution de l'appétit.
Après la fièvre coupée, revenir au vomitif, pour peu que le retour de l'appétit complet se fasse attendre, afin de rendre complètement possible une alimentation substantielle et abondante.
Deuxième règle. — Donner l'acide arsénieux à doses fractionnées, c'est-à-dire en plusieurs prises, dont la dernière doit être administrée au moins deux heures avant le moment présumé de l'accès ; proportionner la dose au génie spécial des fièvres, génie variable selon les lieux, les saisons, les individus.
Profiter de la tolérance au début du traitement pour élever le plus possible la dose d'acide arsénieux, en donnant, tous les quarts d'heure, 1 milligramme ou seulement 1/2 milligramme (1 gramme ou 1/2 gramme de la solution.)
A mesure que la tolérance baisse, diminuer graduellement la dose et insister sur le fractionnement ; s'il y a lieu, prendre le médicament en partie ou en totalité par le rectum.
On supporte par le rectum souvent 5 centigrammes, 10 centigrammes d'acide arsénieux, et même plus, alors que l'estomac a cessé de tolérer 1 centigramme.
Prendre le médicament pendant les jours d'apyrexie aussi bien qu'aux jours d'accès.
Le continuer pendant un temps proportionné à l'ancienneté de la maladie ainsi qu'à son caractère plus ou moins rebelle aux traitements antérieurs. Dans les fièvres de première invasion, le continuer au moins pendant huit jours après l'entière cessation des accès. Contre les fièvres anciennes et rebelles, prolonger l'usage de l'acide arsénieux pendant trente, quarante, cinquante jours, et même plus longtemps s'il le faut.
(1) Boudin, Traité des Fièvres intermitt. et conlag. des contrées palud., suivi de Recherches sur remploi the'rap. des prépar. arsenicales. Paris, 1842.
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
Troisième règle. — Faire usage d'une alimentation substantielle aussi abondante que possible, et n'ayant d'autre limite que l'appétit et la faculté de digérer. La faire consister de préférence en bœuf, ou mouton rôti : boire un vin généreux en quantité proportionnée au degré de détérioration de la constitution du malade ; s'abstenir autant que possible de boissons aqueuses.
En résumé, faire vomir pour combattre l'embarras gastrique concomitant, la suppression ou la diminution initiale ou persistante de l'appétit; proportionner la dose de l'acide arsénieux à la tolérance; fractionner le médicament et le continuer sans interruption pendant un temps proportionné à la durée, ainsi qu'à l'opiniâtreté de la fièvre; l'administrer, selon les cas, par la bouche ou parle rectum, en un mot, opposer à la diatht-se paludéenne en quelque sorte une diathèse arsenicale; alimenter fortement, faire subir au malade un véritable; entraînement., échelonner les trois parties du traitement de telle sorte que le temps soit utilisé de la manière la plus profitable pour le malade : telles sont les règles suivies par M. Boudin, et dont il recommande la rigoureuse observation à ceux qui voudront tirer le meilleurparti possible de la médication fébrifuge.
On le voit, ce traitement ne consiste nullement dans la simple substitution des préparations arsenicales au quinquina, mais bien dans une médication complexe, dans laquelle l'Arsenic est secondé par deux puissants moyens : les vomitifs et le régime ahmentaire. Les évacuants combattent l'embarras gastrique et hâtent le retour de l'appétit ; le régime alimentaire abrège la convalescence, combat la tendance aux récidives et prévient les accidents consécutifs multiples qui semblent se lier à l'appauvrissement du sang.
Tolérance. — Beaucoup de malades, dit M. Boudin, supportent parfaitement 5 centigrammes d'acide arsénieux au début du traitement, et cessent de tolérer cette dose deux ou trois jours après, quand la fièvre est coupée. La non-tolérance se manifeste par des nausées, de la céphalalgie, la diminution de l'appétit; à un plus haut degré, elle se produit par des vomissements, de la diarrhée. Le médecin doit avoir soin de suivre les oscillations de la tolérance, pour lui adapter sa posologie. A mesure que la tolérance décroît, il faut aussi diminuer la dose, insister sur le fractionnement, et, au besoin, faire administrer le médicament par le rectum. Tel malade qui a cessé de supporter 1 centigramme par la bouche, supportera souvent 5, 10, et même 20 centigrammes par le rectum. M. Boudin a toléré 10 centigrammes d'acide arsénieux par la bouche étant malade ; il a éprouvé, au contraire, une abondante salivation et des nausées passagères, après avoir pris, en santé, seulement 2 centigrammes. Cette règle, cependant, est sujette à exception.
Dose. — La dose n'a rien d'absolu ; elle doit s'adapter au génie spécial des fièvres, et surtout à la tolérance des malades. Il y a autant d'inconvénient à rester en deçà qu'à aller au delà de la dose exigée. C'est pour n'avoir
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pas tenu compte de cette règle, que quelques médecins ont provoque de? accidents passagers, ou n'ont pas obtenu de l'Arsenic tout ce que ce médicament peut donner. M. Boudin a souvent réussi avec un seul milligramme. Dans d'autres circonstances , il a dù élever k dose à S centigrammes et au delà, dans les vingt-quatre heures.
Action sur la rate. — Les nombreuses expériences de M. Boudin lui ont démontré d'une manière péremptoire la disparition de l'engorgement splénique, sous l'influence du traitement arsenical.
Récidives. — La faible proportion des récidives conclut dans le môme sens. En effet, ou la rareté relative des récidives dépend de la disparition de l'engorgement splénique, ou bien la fièvre intermittente est indépendante de ce dernier, et il est alors inutile de s'en préoccuper.
Les expériences faites à Lille par M. Maillot lui ont donné 15 récidives sur 42 malades traités par le sulfate de quinine dans une période de cinq mois, soit 84 récidives sur 100 fièvres dans une année.
Or, M. Masselot [Arch. gén, de Méd., 1846), sur 311 fièvres intermittentes traitées à Versailles par M, Boudin, dans une période de trentedeux mois, n'a compté que 10 récidives, soit 1,2 pour 100 pour une année. A Rome, l'armée française comptait après dix mois de séjour 91 récidives sur 100, soit 109 sur 100 dans l'année. Jusqu'ici les documents numériques fconnus semblent donc se prononcer en faveur, sinon de l'Arsenic, du moins de la médication arsenicale telle qu'elle est maniée par M. Boudin.
Administration prophylactique dans les localités marécageuses pour prévenir la fièvre. — S'appuyant sur l'extrême rareté des récidives après le traitement arsenical, et sur la rareté des fièvres signalées par le docieur Stokes dans une localité marécageuse du Cornouailles, M. Boudin a proposé l'administration préventive de très-faibles doses d'acide arsénieux, par exemple 1 milligramme par jour. Les faits déjà connus permettent d'affirmer l'innocuité ; à l'expérience appartient de prononcer sur l'efficacité de ce moyen.
Les heureux résultats signalés par M. Boudin sont confirmés par ceux d'un grand nombre de praticiens, dont la presse médicale a enregistré les travaux. Nous nous bornerons à rappeler les essais de MM. Néret à Nancy, Tessier à Lyon, Maillot à Lille, Bernier à Sarreguemines, Leterme à Luynes, Mazière à lle-Boin, Vaulpré et Travail dans les marais de la Bresse, Vérignon à Hyères, Portafax en Corse, Garbiglietti à Turin, Rouis en Algérie, Sigaud au Brésil, ceux de Conet, premier médecin en chef de la marine à la Guadeloupe, et enfin ceux qui ont été obtenus tout récemment par le docteur Sistach, M. Millet de Tours, et Frémy de Paris. Enfin, M. Goldschmidt, médecin de la colonie pénitencière d'Ostwald, a fait, à la demande de M. Hirtz, des expériences sur l'action comparée du sulfate de quinine et de l'acide arsénieux. Il est arrivé ainsi à peu près aux mêmes conclusions que M. Boudin.
i\cvraigies. ~ La solution aqueuse et la poudre d'acide arsénieux ont
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été employées sur une large échelle par M. Boudin contre les névralgies. Il affirme avoir constamment réussi, quand la névralgie présentait un type périodique prononcé , beaucoup moins lorsque cette condition n'existait pas.
Dans les névralgies rebelles, dans celles surtout qui reviennent périodiquement, le quinquina ou le sulfate de quinine ont besoin d'être administrés à des doses si considérables, qu'il en résulte souvent des accidents du côté du système nerveux et des organes de la digestion. La maladie, d'ailleurs, reparaît fréquemment malgré le quinquina, et ce moyen reste alors insuffisant. C'est dans ce cas que les préparations arsenicales rendront des services qu'on demanderait eft vain à tout autre moyen.
Le titre seul de l'ouvrage de Fowler indique assez que ce praticien avait constaté l'utilité de l'Arsenic dans le traitement de la névralgie périodique; il rapporte sept cas de guérison. Hoffmann cite le cas suivant (Harles, loc. cit., p. 331) : un homme de quarante-neuf ans éprouvait, depuis un certain temps, une céphalée périodique qui revenait tous les matins à sept heures, et durait jusqu'à une heure de relevée ; l'intensité des douleurs était telle que le malade entrait dans un délire furieux. C'était en vain que l'on avait mis en usage l'opium, la valériane, l'ammoniaque et d'autres moyens. On ajouta enfin de l'élixir arsenical à l'infusion de valériane et de calamus aromaticus, et ce mal opiniâtre fut détruit en un jour. On lit aussi dans la Revue médicale française, mai 1828, l'histoire d'une céphalalgie nerveuse durant depuis longues années et guérie à l'aide de l'Arsenic par le docteur Alexander. Cahen, médecin de l'hospice Rothschild, a traité de même 65 névralgies par l'Arsenic avec un succès presque constant. {Arch. de méd., 1863.)
Rhumatisme chronique et notamment rhumatisme noueux. —
M. H. Guéneau de Mussy vient de proposer l'usage des bains arsenicaux comme un moyen efficace pour combattre le rhumatisme noueux.
L'auteur distingue les rhumatismes noueux en deux catégories : chez les uns, le travail morbide est franchement chronique; chez d'autres, la maladie est plus récente, les phénomènes réactionnels sont moins effacés, l'excitabilité nerveuse est très-développée ; ou bien la maladie, quoique très-ancienne, appartient à cette espèce d'affections chroniques qui semblent constituées par une longue série de crises plus ou moins aiguës, chroniques par la persistance opiniâtre du travail morbide, aiguës par la forme qu'il revêt.
Dans le premier cas, quand la chronicité est nettement établie, M. Guéneau de Mussy emploie le mélange suivant pour un bain entier :
Sous-carbonate de soude 100 gram.
Arséniate de soude 1
11 porte rapidement cà 2 grammes la dose de l'arséniate ; rarement il a été au delà.
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Dans le second cas, s'il y a à craindre des effets d'excitation, il emploie l'arséniate de soude seul à la dose de 1 à 3 grammes dans un bain simple ou dans un bain gélatineux.
Au début du traitement, on donne un bain tous les deux jours ; plus tard, un bain chaque jour, avec un jour de repos de temps en temps.
La durée du traitement est subordonnée aux effets produits et aux résultats obtenus. Un des malades de M. Guéneau de Mussy a été jusqu'à une soixantaine de bains.
Toutefois, nous devons ajouter que, concurremment avec les bains arsenicaux, M. Guéneau de Mussy donnait à ses malades de la décoction de gaïac et une mixture renfermant de 60 centigrammes à 1 gramme d'extrait de quinquina, de 30 centigrammes à 1 gramme d'iodure de potassium. Pour prévenir ime objection naturelle en présence de cette médication complexe, l'auteur fait remarquer que cette mixture, employée seule depuis une quinzaine d'années, ne lui avait donné aucun résultat.
Ajoutons que M. Guéneau de Mussy a encore essayé cette médication avec succès dans toutes les formes de rhumatisme chronique, dans diverses névralgies, dans un cas de paraplégie rhumatismale et dans certaines affections chroniques de la peau. [Bull, de Thérapeutique, 1860.)
Herpétisme. — Dartres. — Le mot dartre, employé depuis longtemps par les pathologistes français, n'avait pas de signification bien précise; il désignait seulement des affections cutanées rebelles ayant delà tendance à récidiver et à se généraliser. Aujourd'hui que l'on cherche à rattacher les éruptions à des maladies dont elles ne sont qu'une des manifestations, on a développé les descriptions de Lalouette sur les éruptions scrofuleuses ou scrofulides, celles de Biett sur les syphilides, celles de Franck sur les arthritides, celles de M. Rayer sur les affections artificielles; M. Bazin y a joint tout un chapitre de maladies parasitaires. Mais on n'a pas encore tout classé; il reste une série de manifestations cutanées qui possèdent au plus haut point ce caractère réfractaire, ces tendances à la récidive et à la généralisation. Ces dernières affections ont-elles un lien commun et se rattachent-elles à un lien pathologique commun? M. Bazin n'en doute pas, et il les caractérise du nom à'herpét/dcs.
Ainsi, pour M. Bazin, les dartres sont des affections cutanées, non contagieuses, qui récidivent avec opiniâtreté et qui n'ont pas pour origine un seul vice, ladialhèse dartreuse, comme le croit M. Hardy, mais qui sont les manifestations cutanées de trois maladies constitutionnelles : la scrofule, l'arthritis et l'herpétisme. M. Bazin admet donc qu'il y a des affections nerveuses et viscérales herpétiques, comme il y a des manifestations internes scrofuleuses, et, parmi ces affections herpétiques, il faurt citer en première ligne la dyspepsie, l'asthme, la dysménorrhée et certaines névroses, l'éréthisme nerveux étant le symptôme dominant de toutes les affections herpétiques.
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Pourquoi donc les opinions de M. Bazin, qui ont déjà de si nombreux adhérents, n'en ont-elles pas eu davantage ? Gela tient à ce que cette maladie, ou cette classe de maladies, renferme des affections aussi nombreuses que variées, plus rebelles aux méthodes nosologiques que les affections scrofuleuses, syphilitiques et goutteuses, ou rhumatismales ; elles ne sont pas seulement des maladies héréditaires, elles sont, par excellence, des maladies de famille et de race, et, à mesure qu'elles se transmettent, elles perdent leurs caractères. Cependant, chose bien remarquable, ces affections, qui vont ainsi se dégradant de plus en plus, finissent à un moment donné par produire à une génération ultérieure une maladie franchement herpétique; il semble qu'il se fasse là une véritable génération alternante. En effet, s'il n'en était pas ainsi, il ne pourrait arriver que deux choses : ou la maladie héréditaire se reproduirait toujours avec ses mêmes caractères, ou elle disparaîtrait complètement. (Voir, pour plus de détails, Pidoux, Introduction à une nouvelle doctrine de la phthisie pulmonaire, Union médicale, avril et mai 1865.)
Ce qui semble toutefois résulter d'un grand nombre de travaux modernes, c'est que l'Arsenic convient à toutes ces affections.
Herpétides — Les éruptions herpétiques forment trois groupes : 1° les herpétides pseudo-exanthématiques, superficielles et rapides dans leur marche ; elles se comportent en général comme des maladies aiguës accidentelles ; elles ne réclament pas directement le traitement arsenical ; 2" les herpétides circonscrites; 3° les herpétides généralisées ou invétérées. C'est à ces deux derniers groupes que convient la médication arsenicale. Dans ces deux classes se trouvent compris le pityriasis, le psoriasis, le prurigo, le lichen, l'eczéma et le pemphigus.
AiTections nerveuses diverses. — Épilepsie. — La monographie de
Harles rapporte quatre cas de guérison d'épilepsie par l'Arsenic (p. 324). L'un a été observé par Edward Alexander, médecin anglais; l'autre par Duncan, d'Edimbourg; un troisième par Hoffmann, un quatrième enfin par l'auteur lui-même. Les deux derniers faits surtout semblent assez probants ; mais que conclure de deux faits, surtout quand il s'agit d'épilepsie ? Le même auteur cite encore des cas de guérison de danse de Saint- Guy par le moyen de l'Arsenic.
État nerveux. — Ce qu'on appelle le tempérament nerveux développé et devenu pathologique devient l'éréthisme nerveux et peut exister seul d'une manière indépendante ou se surajouter à des affections communes, c'est alors le cachet imprimé aux affections accidentelles ou autres par un vice constitutionnel ou héréditaire. Il engendre facilement l'hypocondrie, l'hystérie, les névralgies et les névropathies viscérales. Cet état est avantageusement modifié par l'Arsenic, et nous devons à M. Isnard, de Marseille, un excellent travail sur la médication arsenicale qui est venu démontrer une fois de plus cette vérité. {De l'Arsenic dans
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la pathologie du système nerveux. Paris, 1885.) Tandis que le médecin est obligé d'employer tantôt les stupéfiants, les sédatifs, les antispasmodiques, etc., contre les troubles de la sensibilité et du mouvement, le fer et le quinquina contre l'atonie et l'anémie, et une foule d'autres remèdes suivant les symptômes, l'Arsenic peut les remplacer tous; il mérite, suivant M. Isnard, d'être le médicament de l'état nerveux, et, selon M. Bazin, le médicament spécifique de l'herpétisme.
Suivant M. Isnard, il est un des meilleurs toniques de la convalescence des maladies aiguës. Donné aux femmes enceintes atteintes d'éréthisme nerveux, il est très-utile, surtout au début de la grossesse, et peut être préféré à l'opium et à la belladone, ou tout au moins être mis sur le même rang. Enfin M. Isnard a pu de même soutenir des nourrices qui supportaient mal l'allaitement.
Congestion cérébrale et apoplexie. — Nous ne devons pas taire ici
que M. le docteur Lamare-Picquot, de Honfleur, a proposé l'acide arsénieux comme moyen préservatif de l'apoplexie.
Nous indiquons cette médication, mais sans nous porter garants de son efficacité, qui jusqu'ici n'a encore été constatée que par M. Lamare- Picquot, sur sa propre personne d'abord, et puis, ajoute-t-il, sur vingttrois malades dont il aurait, par ce moyen, obtenu la guérison. Toutefois les observations de M. Cahen {Arch. de rnéd., 1863), dans lesquelles des congestions liées à des névralgies ont été améliorées par l'Arsenic, viennent, comme celles de M. Isnard, appuyer les faits de M. Lamare- Picquot.
Angine de poitrine Cette maladie est l'une des plus atroces que
nous connaissions ; nous avons pu donner à nos malades un soulagement temporaire à l'aide du datura stramonium, mais les accès sont revenus avec une férocité désespérante. Si le fait cité par M. Alexander est -vrai, ce dont il n'est pas permis de douter, l'Arsenic lui aurait, dans une circonstance semblable, rendu un immense service. Il s'agissait d'un homme de cinquante-sept ans, atteint d'une angine de poitrine parvenue au plus haut degré. Il lui donna trois l'ois par jour six gouttes de solution arsenicale de Fowler, et le malade n'eut pas de nouvel accès. Toutefois, comme il se reproduisait de légers paroxysmes, Alexander revint à l'usage des mêmes moyens, et la guérison désormais ne se démentit plus. (Harles, loc. cit., p. 329.) M. Garin, de Lyon, a guéri de môme une névralgie périodique du cœur. Dans le doute oi!i l'on pourra être entre une affection nerveuse et une affection organique du cœur, l'Arsenic pourra devenir un élément précieux de diagnostic.
M. Tessier, de Lyon, a publié, dans le journal de médecine de Lyon (mai 1848), deux observations intéressantes sur l'emploi des préparations arsenicales contre des névroses extrêmement graves. Dans la première,
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il s'agissait d'une névrose intermittente du cœur et des organes de la respiration, chez un homme de soixante-six ans; dans l'autre, c'était une gastralgie caractérisée par des douleurs atroces, chez une dame de trente-deux ans. Dans le premier cas, il y eut guérison, et dans le second simple amendement.
Asthme — Qu'on veuille hien se rappeler ici les observations faites sur les toxicophages, et notamment la coutume établie chez certains montagnards d'avaler un peu d'Arsenic pour se donner de l'haleine et du jarret, et comme ils le disent, pour se rendre volatils, au moment oîi ils se disposent à faire une course dans les montagnes. Qu'on n'oublie pas non plus cette pratique usitée chez les voituriers de ces mêmes pays, qui consiste à mêler de l'Arsenic à l'avoine des chevaux, lorsqu'ils ont à faire une montée laborieuse.
Guidé par ces indices, le docteur Kœpl eut l'idée d'essayer si l'Arsenic n'aurait pas quelque influence sur certains troubles des fonctions respiratoires. Il donna en conséquence la liqueur de Fowler à quelques individus atteints d'Asthme, et il déclare avoir obtenu de ce moyen des avantages marqués.
Déjà, au commencement de cet article, nous avons rapporté les opinions des auteurs anciens, à commencer par Dioscoride qui préconisait surtout les préparations arsenicales données à l'intérieur et en fumigations, dans le traitement des maladies chroniques de la poitrine et du larynx. Lors de la publication de notre première édition, nous n'avions jamais expérimenté ces médicaments, nous n'avions même jamais vu prescrire l'Arsenic dans le but de modifier des maladies thoraciques, de sorte que nous ne pouvions donner notre propre avis ; mais nous devons dire que la lecture des auteurs qui se sont occupés de l'Arsenic nous avait convaincus que cette substance était évidemment utile dans les fièvres intermittentes, mais qu'elle n'était pas moins utile dans les catarrhes chroniques et dans l'asthme spasmodique. Trop de témoignages déposaient dans ce sens pour qu'il nous fût permis d'en douter; mais aujourd'hui nous pouvons parler d'après notre propre expérience.
« A l'intérieur, dit Dioscoride, on donne l'Arsenic aux malades qui ont du pus dans la poitrine. ( Vide suprà, p. 361.) Mêlé au miel, il rend la voix plus claire, et on le donne aux asthmatiques en potion avec de la résine. Dans les toux invétérées, on fait respirer aux malades, à l'aide d'un tube, la vapeur d'un mélange de résine et d'Arsenic. »
Il est inutile de citer de nouveau Pline, Galien et ses commentateurs les Arabistes, qui tous semblent avoir copié Dioscoride, et qui peut-être ont juré sur la parole du maître sans avoir jamais expérimenté par euxmêmes; mais h des époques plus rapprochées de nous, des observateurs attentifs ont démontré par l'expérience la vérité des assertions de Dioscoride et de ceux qui l'avaient suivi.
A la fin du seizième siècle, George Weith avait inventé un électuaire
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dans la composition duquel entrait l'orpiment, et dont il donnait une dose fort considérable aux malades atteints d'asthmes les plus graves. (Jo. Langius, Epistol med., Hanov., 1603, p. 847.) Il paraît, d'après ce même auteur, que l'usage des fumigations arsenicales dans le traitement de l'asthme était, en quelque sorte, populaire dans quelques climats septentrionaux de l'Europe. Ettmiiller donnait à fumer aux asthmatiques un mélange de tabac et d'Arsenic, et ce dernier était porté graduellement à la dose énorme de 75 centigrammes sans qu'il en survînt le moindrî accident. (Harles, loc. cit., p. 328.)
Or, en mettant à profit ces observations, des médecins se sont demandé si cette influence singulière et toute spéciale de l'Arsenic sur les fonctions de la respiration, ne pourrait pas être utilisée pour combattre certains troubles de ces fonctions. Guidé par ces indices, le docteur Kœpl, un des premiers, eut l'idée d'essayer la liqueur de Fowler (dont la base est l'arséniate de potasse) sur quelques individus atteints d'asthme, et ses essais eurent, dans un assez grand nombre de cas, les heureux résultats qu'il en attendait. L'expérience a été renouvelée par d'autres avec un égal succès ; et, quant à nous, depuis plusieurs années que nous les employons, les préparations arsenicales administrées à l'intérieur nous ont rendu dans le traitement de l'aslhme nerveux de réels services.
Le plus habituellement, nous prescrivons l'arséniate de soude dans une potion ainsi composée :
Arséniate de soude 0,03
Eau distillée 100
Teinture de cochenille, q. s. pour colorer la liqueur.
Le malade prend, chaque jour, au commencement de ses deux principaux repas (précaution utile pour que le médicament soit bien toléré par quelques estomacs susceptibles) une cuillerre à café de cette liqueui*, représentant environ 2 milligrammes 1/2 d'arséniate de soude.
Nous faisons, en outre, respirer des cigarettes arsenicales, dont la préparation sera indiquée en parlant de la phthisie.
Ces aspirations arsenicales réussissent surtout, d'après M. Viaud-Grand- Marais, dans ce que Laennec appelait l'asthme avec respiration puérile, ainsi que dans l'emphysème. M. Sée [loc. cit.) rapporte des succès analogues ainsi qu'une observation du docteur Julius, qui soulagea proraptement une dame asthmatique depuis vingt-cinq ans.
Chorce Nous devons à M. Gellé, ancien interne de Gillette, à l'hôpital des enfants, une excellente Thèse (1860) sur l'emploi de l'Arsenic dans la chorée, à laquelle nous empruntons la plupart des détails qui suivent.
On trouve déjà dans la Gazette médicale de 1840, p. 139, que le docteur Leesse, de New-York, administrait la teinture de Fowler à la dose
380 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
de six à huit gouUes, matin et soir, chez les sujets de huit à dix ans. M. Rayer, après lui, en a aussi obtenu de bons effets. [Union médicale, 1847.) En Angleterre, ce même moyen a souvent été mis en usage avec succès par Martin, Gregory, Latter, et plus récemment par Babington, Hughes et Begbi. Depuis, Roniberg a vu, sous l'influence de ce traitement, la guérison se faire en deux mois ; M. Dieudonné a vu les mouvements disparaître en douze jours M. Barthez a noté une amélioration sensible dans un cas dès le deuxième jour ; dans un deuxième cas, guérison au huitième jour. Dans une observation de Aran, la jeune fdle travaillait à l'aiguille le huitième jour. Guersant père avait noté l'amélioration dès le deuxième jour. Dans les faits de Gillette recueillis par M, Gellé, on trouve plusieurs cas où l'influence se fait sentir au bout de trente-six ou quarante-huit heures; mais, en général, dès le cinquième et surtout le huitième jour, l'action est évidente et un mieux sensible s'est opéré dans l'état des malades. M. Gellé a fait mieux que d'indiquer la durée du traitement de ses malades, il a cherché à préciser les médications et les contre-indications de la médication arsenicale dans la chorée. Il lui a paru que l'acide arsénieux avait échoué sur les sujets nerveux et sanguins, qui se sont mieux trouvés de l'émétique et de l'opium. L'Arsenic réussit, au contraire, à merveille chez les malades atteints de misère, de lymphatisme, de chlorose et de cachexie. Cette opinion est aussi celle de Romberg et de M. Bourguignon. Bien plus, dans trois chorées graves où les malades usent leurs draps et leur propre peau par leur mouvement incessant, où la déglutition est impossible, les sphincters relâchés, etc., l'Arsenic a été encore utile, et, dans les trois cas où il a été employé, il a amené une amélioration rapide et la guérison en vingt jouis.
Chlorose. — Dysménorrhée. — Rien n'est commun comme de voir les filles de dartreux avoir des règles difficiles, accompagnées d'hystéralgie et des phénomènes qu'elle produit par action réflexe. A un degré plus élevé, c'est l'aménorrhée avec les mêmes symptômes et l'anémie consécutive. La première idée est de donner du fer, et l'on réussit une première fois, mais un an, dix-huit mois après, la dysménorrhée reparaît ; on donne de nouveau du fer qui a si bien réussi une première fois, mais on est tout étonné de voir que le fer, loin de faire disparaître les symptômes, les augmente ; si alors on a recours à l'Arsenic, on obtient souvent des succès que l'évolution ultérieure de la santé, ou plutôt de la pathologie de la malade, explique suffisamment. Nous employons, dans ce cas, l'acide arsénieux de préférence à l'arséniate de fer, qui nous a moins bien réussi.
l'hthisie. — Faut-il croire que Beddoes, cité par Girdlestone, ait traité avec succès un phlhisique dont deux frères étaient morts de consomption mésentérique, et que Bernhardt {Cliymisch Versuc/i., p. 233) ait guéri nombre d'enfants affectés du carreau, en leur faisant prendre trois fois par jour une faible dose d'une préparation arsenicale; que Ferriar [Med.
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jacts and observ.) ait donné avec avantage aux enfants atteints de la coqueluche la solution de Fowler à toutes les périodes de la maladie ?
Nos essais ont été faits sur des plithisiques et sur des malades atteints de catarrhe chronique du larynx. Chez les phthisiques, nous avons obtenu, non pas des guérisons, mais tout au moins une suspension des accidents fort extraordinaire dans une maladie dont rien ne retarde la marche fatale. Nous avons vu la diarrhée se modérer, la fièvre hectique diminuer, la toux devenir moins fréquente, l'expectoration prendre un meilleur caractère ; mais nous n'avons pas guéri. De nouveaux tubercules se formaient et se ramollissaient, et la mort venait plus lard, il est vrai; mais elle venait inévitable- comme toujours. Toutefois les résultats que nous avons obtenus sont pour nous des motifs d'encouragement, et rien n'empêche d'espérer que, dans des affections peu étendues, nous obtiendrons une complète guérison. Voici, d'ailleurs, la méthode que nous avons mise en usage. Nous faisons préparer une solution arsenicale de 2 à 4 grammes d'arséniate de soude dans 20 grammes d'eau distillée. Un morceau de papier d'une grandeur déterminée est imbibé dans cette solution, puis séché, divisé et plié en forme de cigarette. De cette manière, chaque cigarette peut contenir un poids connu d'arséniate de soude, ordinairement 3 ou 10 centigrammes. Les malades, après avoir allumé la cigarette, en aspirent la fumée dans la bouche ; puis, par une lente inspiration, la font passer dans les bronches. On aspire d'abord quatre ou cinq gorgées deux ou trois fois par jour ; et, à mesure que l'on s'y habitue, on augmente le nombre des inspirations. Quand il y a beaucoup d'oppression, on peut rouler dans le papier des feuilles de datura stramonium.
Dans l'opération si simple que nous venons de décrire, l'arséniate de soude se réduit au contact du carbone contenu dans le papier incandescent ; il se forme un carbonate de soude, de l'oxyde de carbone, et l'Arsenic volatilisé est entraîné avec la fumée et se met en contact direct avec la membrane nmqueuse et avec les surfaces ulcérées. Nous employons le même moyen, mais avec beaucoup plus d'avantages, dans les catarrhes chroniques simples, bronchiques et laryngés.
Nous voudrions que l'on fût bien persuadé que, dans nos expériences sur l'Arsenic, nous n'avons pas fait d'erreur de diagnostic. On nous suppose, nous l'espérons du moins, assez d'habitude des hôpitaux et de l'auscultation pour croire que, dans une phthisie tuberculeuse confirmée et au second degré, nous n'avons pu méconnaître les lésions pulmonaires, et nous méprendre sur les symptômes généraux qui précèdent ou accompagnent la pulmonie; d'ailleurs, ces essais ont été faits en présence d'un grand nombre d'élèves, qui suivaient notre clinique, et qui, pour la plupart, étaient reçus docteurs ou étaient à leur dernière année d'études.
En même temps que chez nos malades, nous faisons faire des fumigations arsenicales, nous administrons à l'intérieur des pilules