‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/Chapitre 57 sur 146 · EXPÉRIENCES FAITES SUR DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES FAITES SUR DES ANIMAUX

Perchlorure de Platine. — Un lapin de taille ordinaire, auquel il avait fait prendre 5 décigramraes de perchlorure de Platine dissous dans de

PLATINE

l'eau distillée, continua de vivre, sans présenter extérieurement aucun phénomène remarquable.

Quatre jours après, il tit prendre au même lapin le double de cette dose, ou i gramme de la même substance, et l'animal ne cessa pas de vivre.

Le lendemain, il répéta la même expérience sur un autre lapin, avec

1 gramme de perchlorure de Platine. Quarante-deux minutes après, l'animal périt au milieu de convulsions très-violentes. A l'ouverture on trouva la portion cardiaque et la petite courbure de l'estomac fortement colorées en jaune. La membrane interne de cet organe, de mènie que la muqueuse de l'œsophage, étaient très-ramollies, en partie détruites, et s'enlevaient avec une grande facilité. Le sang contenu dans les ventricules du cœur était non caillé et diftluent. Le foie, les reins, les poumons et le cerveau ne présentaient rien d'extraordinaire.

Même expérience sur un chien de taille ordinaire. Mort au bout de quarante-cinq minutes. Même coloration jaune de l'estomac et du duodénum.

Chloroplatinate de sodium (chlorure double de Platine et de sodium). — L'auteur avait d'abord pensé, à priori, que le chlorure double de Platine et de sodium serait beaucoup moins toxique que le perchlorure simple, et probablement analogue aux autres sels de soude, dans lesquels les propriétés de l'acide et celles de la base se trouvent neutralisées réciproquement. En conséquence, il fit prendre à un gros lapin tout d'abord

2 grammes de chloroplatinate de sodium ; mais l'animal périt, au bout de deux heures cinquante minutes, après avoir rendu (par l'anus) beaucoup de matière fécale demi-liquide, comme s'il avait subi l'effet d'une superpurgalion. Il trouva l'estomac très-peu coloré en jaune, ramolli et percé cà la partie inférieure de la grande courbure ; une partie des matières contenues dans l'estomac s'échappaient par cette petite ouverture pour tomber dans la cavité du péritoine. Le sang contenu dans le ventricule du cœur était caillé.

Même dose, 2 grammes, sur un chien de petite taille. Mort au bout de deux heures. A l'ouverture, on n'a point trouvé l'estomac percé, comme dans l'expérience précédente.

Chloroplatinate d'ammonium (chlorure double de Platine et d'ammoniaque). — Trois expériences successivement entreprises avec les doses de 2, 3 et 4 grammes de chloroplatinate d'ammonium, et une quatrième expérience avec 4 grammes de chloroplatinate de potassium (chlorure double de Platine et de potassium), ont servi à prouver que ces composés sont moins actifs que les précédents, et qu'ils ne tuent point les lapins et les chiens (de taille ordinaire) aux doses qui viennent d'être indiquées.

EXPÉRIENCES FAITES SUR l'hOMME A l'ÉTAT DE SANTÉ.

Perchlorure de Platine appliqué extérieurement. — Lorsqu'on frotte la neau du dos de la main ou de toute autre partie du corps avec une

MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

dissolution concentrée (dissolution de trois quarts) de perchloriire de Platine, on éprouve, au bout de deux à trois mîïiutes, des démangeaisons, semblables aux démangeaisons de la gale, dans l'endroit même qu'on a frotté avec la dissolution platinique. La peau, que le perchlorure de Platine colore en jaune, ne tarde pas à se couvrir de très-légers boutons rosés, qui disparaissent au bout de trois à quatre minutes. La peau reste colorée en jaune, comme si elle avait subi l'action de l'acide nitrique (1). L'épiderme n'est pas détruit.

Quand on lave le gland et le prépuce avec la dissolution de Platine, on observe, au bout de quelque temps, les phénomènes suivants :

Démangeaisons très-vives, qu'accompagne bientôt une sensation de chaleur et de picotements assez incommode ; symptômes d'urétrite aiguë ; douleur en urinant ; dysurie légère. Quelques heures après, il se manifeste, au pourtour du gland, des boutons d'une teinte un peu livide, légèrement saillants, de la grosseur d'une tête d'épingle. A un examen superficiel, on pourrait les prendre pour des ulcères syphilitiques commençants (chancres). Après un laps de temps de huit à douze heures, tout est revenu à l'état normal.

Perchlorure de Platine pris intérieurement. — D'après ce qui venait d'être observé, il était très-curieux de savoir quelle action exercerait la solution de Platine sur l'homme à l'état de santé, et jusqu'à quelle dose on pourrait en prendre impunément. Les expériences faites sur les animaux avaient bien fait connaître la dose qui tue les chiens et les lapins ; mais on ne peut pas tirer de pareilles expériences des conclusions exactement applicables à l'homme.

Hoefer établit sur lui-même les expériences physiologiques suivantes :

5 centigrammes de perchlorure de Platine, pris dans un verre d'eau froide, ne produisaient aucun effet sensible. Les jours suivants, il éleva successivement la dose jusqu'cà 2 décigrammes. A cette dose, il éprouva, quelques aigreurs d'estomac, accompagnées d'un léger mal de tête. Le pouls était normal. Tous ces phénomènes avaient disparu dans un espace de temps de vingt-cinq à trente minutes.

Le lendemain soir, il prit en une seule fois 4 décigrammes de perchlorure de Platine dans un verre d'eau. Un quart d'heure après, il éprouva les symptômes suivants :

Frisson léger ; pouls accéléré (85 pulsations par minute) ; sensation de chaleur et de pesanteur à la région épigastrique; céphalalgie très-vive, surtout vers la région occipitale ; constriction de la gorge assez forte pour

(1) Le fait que nous signalons est de quelque importance en médecine légale.

Si la tache jaune provient du perchlorure de platine, il sera facile de l'enlever par l'eau, tandis que la tache produite par l'acide nitrique ne s'enlève pas ainsi; la potasse caustique elle-même ne la détruit qu'incomplètement. L'iode tache aussi la peau en jaune ; cette coloration disparaît avec le temps, et immédiatement par la potasse : quant aux taches jaunes produites par le safran et autres matières jaunes, l'eau les fait disparaître à l'instant.

PLATINE

gêner sensiblement la voix et la déglutition ; nausées, envies de vomir. — Ces symptômes allaient en s'aggravant pendant cinq à six minutes, ce qu'il attribue non pas seulement à l'action du Platine lui-même, mais surtout à l'influence morale, car il avait la conviction d'être empoisonné. Cependant ces symptômes disparaissaient rapidement, et au bout d'une demi-beure, il sentait seulement dans la bouche une légère saveur métallique assez désagréable, qui persista pendant quelques heures. Cette expérience avait été faite dans un appartement oii le thermomètre centigrade marquait 16°, 25, l'hygromètre de Saussure 75% le baromètre 0,76 ; h lumière était diffuse.

Deux jours après, il répéta la même expérience, à la même heure de la journée, mais en plein air (sur la butte de Montmartre) ; le temps était beau et serein ; le thermomètre centigrade marquait IS^SO, le baromètre 0,75, l'hygromètre de Saussure 78" : les deux lamelles d'or de l'électroscope (de Saussure), élevé environ de 3 mètres au-dessus du sol, s'écartaient environ de 2 centimètres l'une de l'autre.

Mêmes symptômes que dans l'expérience précédente, mais à un degré beaucoup moins fort. De plus, il éprouva, pendant plusieurs heures, de petits mouvements fibrillaires brusques, dans le muscle occipital, dans les muscles du dos et des extrémités.

Dans aucune de ces expériences il n'y a eu de vomissement.

C hloroplatinate de soude (chlorure double de Platine et de sodium). — 1 décigramme de ce sel dans un verre, pris en une seule fois. — Point d'effet sensible.

Le lendemain, il prit 2 décigrammes de ce même sel dans un verre d'eau, en une seule fois. Un quart d'heure ou vingt minutes après, chaleur et sentiment de pesanteur à la région de l'estomac, borborygmes, coliques passagères; gaz s'échappant par la bouche et par l'ouverture anale ; céphalalgie à peine sensible.

Le même jour, il prit 4 décigrammes de ce sel, en deux fois, à deux heures d'intervalle. Aux symptômes précédents se joignaient des nausées, des envies de vomir; point de vomissement; {lugmentation considérable des urines et de la salive. Cette augmentation était surtout sensible le lendemain matin.

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