‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/Chapitre 60 sur 146 · ALCALINS , EAUX MINÉRALES ALCALINES · texte numérisé non relu

ALCALINS , EAUX MINÉRALES ALCALINES

Dans le chapitre suivant, en traitant des irritants locaux, nous indiquerons la plupart des propriétés des Alcalins donnés à l'intérieur. Ce serait ici le cas d'en parler un instant, et de nous appesantir plus particulièrement sur les préparations de chaux, d'ammoniaque, de potasse, de soude, de lithine, et sur les eaux minérales alcalines, surtout sur celles de Vichy ; mais nous ferons mieux comprendre tout à l'heure ce que l'on doit attendre des Alcalins en général, lorsque nous nous occuperons de la médication altérante.

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Parmi les agents de la matière médicale, il en est qui n'exercent sur l'économie qu'une action fugace ; la modification ne semble avoir touché que le système nerveux : peu d'instants, peu d'heures, peu de jours suffisent pour effacer toute trace du passage du médicament; et dans cette catégorie nous rangeons les irritants eux-mêmes et les escarrotiques, qui, tout en causant une perturbation locale aussi énergique que possible, n'atteignent pourtant pas la profondeur, l'intimité de l'économie, et n'étendent leur sphère d'action qu'à une distance peu considérable.

11 en est d'autres qui confèrent aux éléments organiques quelque chose qui demeure, qui survit à l'impression primitive du médicament; c'est tantôt un élément constitutif ou une aptitude fonctionnelle plus complète, et ceux-là prennent le nom à' analeptiques ou reconstituants ; tantôt, au contraire, ils dénaturent le sang et les humeurs diverses ; ils les rendent moins propres à servir à l'acte de la nutrition et à fournir des matériaux aux phlegmasies aiguës ou chroniques ; peut-être agissent-ils en rendant impossible la génération de produits accidentels épigénéti- ■ ques ; et ceux-là prennent le nom d'altérants.

Dans les maladies qui modifient à peine l'économie, dans celles qui n'occupent qu'un organe peu essentiel, on comprend sans peine qu'une médication superficielle, s'il nous est permis de nous exprimer ainsi, suffise pour la curation; mais quand l'économie est profondément touchée, quand un organe d'une extrême importance est envahi, ou que la multiplicité des accidents locaux équivaut en définitive à une vaste lésion unique ; ou bien encore quand un mal, chronique dans ses allures et dans ses formes, d'une nature rebelle et tenace, a pris racine dans l'économie, force est bien d'opposer une défense plus énergique à une attaque plus puissante, et c'est alors qu'il faut mettre en œuvre les moyens qui modifient profondément.

En tête des agents de la Médication altérante, il faut placer la saignée. Ce moyen thérapeutique, que nous étudierons d'une manière toute spéciale en traitant de la médication antiphlogistique, a pour résultat nonseulement de spolier le système vasculaire, et, par conséquent, tous les tissus auxquels il porte la vie, mais encore de changer la composition intime du sang, comme nous le démontrerons plus tard. Mais si, dans

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l'état aigu, ce moyen trouve souvent son opportunité, on ne peut so dissimuler que, dans l'état chronique, il ne peut être ordinairement admis, parce que la santé générale se trouverait trop fortement compromise par des saignées répétées et longtemps continuées. Il faut alors recourir à des agents qui modifient le sang sans détruire tout .à fait les éléments réparateurs qu'il contient. Ces agents, ce sont les médicaments altérants.

Parmi ces médicaments, les alcalins occupent certainement une place aussi importante que le mercure, dont nous nous sommes beaucoup occupés, ainsi que de l'iode et de l'arsenic; nous devons ici consacrer à leur étude quelques lignes qui ailleurs trouveraient moins bien leur place.

Le degré d'importance des alcalins est tel, qu'on peut avancer qu'ils sont aussi nécessaires à l'accomplissement de certaines fonctions que l'oxygène est nécessaire à la respiration.

Que si, maintenant, il fallait préciser le mode d'action de ces agents médicamenteux, et le rôle spécial qu'ils jouent dans l'économie vivante, nous dirions, que nos physiologistes modernes considèrent les alcalins comme indispensables à la production des phénomènes d'endosmose, de combustion, de digestion et de sécrétions.

Ainsi, ils contribueraient à maintenir le sang dans le degré de viscosité qui lui est nécessaire pour rester propre à l'endosmose, à l'exosmose et aux différentes compositions et décompositions qui constituent la vie organique. Ils donneraient aux matières sucrées et amyloïdes introduites par l'alimentation la possibilité de s'unir à l'oxygène, et de prendre part aux fonctions de respiration et de calorification. Ils fluidifieraient les éléments de la bile, les empêcheraient de s'épaissir, de se concréter, de former des calculs. Ajoutons qu'ils émulsionnent et saponifient les matières grasses ; qu'ils entretiennent les digestions intestinales, facilitent les sécrétions, et coopèrent ainsi d'une manière active à tous les actes de nutrition et d'assimilation.

Quelle que soit la valeur de ces interprétations physiologiques tirées de la chimie, il est une chose bien certaine, c'est que les alcalins exercent sur l'économie une influence immense, au même titre d'ailleurs que les acides, et il n'en pouvait être autrement. — Le sang est naturellement alcalin, mais il l'est dans une certaine mesure, moyennant quoi il départit aux sécrétions diverses des qualités chimiques spéciales. De ces sécrétions, les unes sont légèrement alcalines, ainsi la salive, le suc pancréatique ; les autres le sont à un très-haut degré, la bile. D'autres, au contraire, sont très-acides, les urines, les sueurs, le suc gastrique. Si vous supposez que, par l'usage des alcalins, vous augmentez l'alcanilitc du sang, il arrivera à la fin un état spécial du sang, un état tout nouveau des sécrétions. Les sécrétions qui naturellement sont alcalines ou neutres, deviendront nécessairement plus ou moins alcalines ; celles qui sont acides le seront moins, deviendront neutres ou môme alcalines. Ce sont là des effets chimiques nécessaires. Or, si la présence des acides est une des conditions de la digestion stomacale des aliments, il ue

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pourra pas être indifférent de neutraliser ces acides dont l'économie a besoin pour la transformation de certaines substances. De plus, la juste proportion des alcalis dans le sang donne, disent des chimistes, à ce liquide le moyen de brûler dans une juste mesure les éléments carbonés absorbés dans l'acte de la digestion, tel que le sucre, les graisses, l'alcool. Une combinaison imparfaite amènerait sans doute des accidents dont nous aurons à parler tout à l'beure ; mais une combustion excessive ou trop rapide n'aurait pas moins d'inconvénients, puisqu'elle amènerait des mutations importantes dans la composition du sang, et, par suite, dans la texture des organes.

D'après ces considérations, donner des alcalins soit dans l'état de santé ou de maladie, ne peut donc jamais être chose indifférente. Pris sans indication, durant peu de temps, ils ne causent en somme qu'un trouble momentané ; pris en grande quantité et longtemps, ils causent une cachexie, un amaigrissement déplorables.

Déjà les anciens avaient admirablement indiqué l'influence des alcalins sur la composition du sang. Ils avaient vu que ce liquide nourricier devenait plus fluide, qu'il se décolorait, et que, à la fin, il s'établissait une cachexie caractérisée par la pâleur, la bouffissure générale, des héraorrhagies passives. En outre, il survenait un amaigrissement souvent irréparable. Depuis quelques années, l'usage excessif que l'on a fait des eaux de Vichy, de Carlsbad et de Pougues dans le traitement de la goutte, a permis de juger cette grave question, et nous ne craignons pas de dire que l'abus des alcalins a causé plus de mal que l'abus de l'iode.

Lorsque, dans une maladie aiguë, nous voulons produire prompt ement dans la crase du sang une modification analogue à celle de la saignée, nous employons les mercuriaux, et notamment le calomel, suivant la méthode de Law, que nous avons indiquée plus haut; mais lorsqu'il s'agit d'une maladie chronique du foie ou d'une affection diathésique, avec prédominance vraie ou supposée des acides dans les sécrétions, telle que la goutte, c'est par les alcalins qu'il convient d'agir. Mais ici il faut prendre garde d'aller au delà du but que l'on se propose.

Certes on tempère les accès de goutte en prenant avec quelque persévérance les eaux de Pougues, de Carlsbad ou de Vichy ; plus sûrement encore, avec les mêmes remèdes, on empêche les graviers d'acide urique de se former dans les reins; mais éteindre les manifestations goutteuses, ce n'est pas guérir la goutte, pas plus qu'on ne guérit la vérole en faisant disparaître par des topiques les éruptions cutanées syphilitiques. La diathèse persiste à tel point que, sans s'exposer à d'autres influences hygiéniques que le reste des hommes, le goutteux reprendra des accès de goutte. C'est avoir beaucoup fait que de rendre les accès plus rares et moins aigus; mais si l'on prétend détruire même la diathèse, comme le veulent certains médecins peu intelligents , il devient nécessaire de fouiller le fond de la constitution, et l'abus des alcalins amène alors la cachexie dont nous parlions tout à l'heure, état morbide bien plus

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grave, et surtout bien plus irremédiabJe que la goutte et la gravelle.

Le foie se gonfle et devient gras chez les animaux que l'on nourrit avec des aliments fortement carbonés et que l'on condamne à l'inaction. Or, ■on sait que l'exercice est un des meilleurs moyens de favoriser la destruction des principes carbonés et surtout de la graisse; on sait aussi, et dans ce cas la théorie chimique est d'accord avec l'expérience thérapeutique, que l'ingestion des alcalins, et l'alcalinisation du sang qui en est la conséquence, rend d'ordinaire cette destruction plus facile et agit comme supplémentaire d'une respiration trop peu active. Il est bien constaté, enfin, que ces mêmes alcalins font perdre au sang une partie de sa coagulabilité ; il semblerait alors, mais nous sommes loin d'affirmer la réalité de ce fait, qu'en attaquant directement l'albumine et la fibrine, ils acquièrent la propriété de dissoudre les deux principaux éléments qui forment la base de la plupart des engorgements chroniques. Celte propriété est surtout remarquable relativement aux engorgements du foie, désignés vulgairement sous le nom d'obstructions. La théorie eût donc mis sur la voie de l'administration des alcalins dans le traitement des maladies chroniques du foie, si déjà la pratique n'avait prononcé depuis des siècles.

Mais encore il faut ici prendre garde d'abuser des alcalins. Les médecins ne se souviennent pas assez que les propriétés inhérentes aux tissus vivants suffisent à la résolution des engorgements dès que la première impulsion rétrograde a été donnée. Quand nous saignons dans une pneumonie, nous nous imaginons que nous enlevons, par la saignée, le song en excès dans le poumon : c'est là une idée qui ne peut entrer dans l'esprit d'une personne qui ait quelque notion de physiologie ; mais, la saignée faite, un obstacle à l'accomplissement des fonctions nutritives du tissu pulmonaire se trouve levé, et la résolution s'opère en vertu des propriétés inhérentes au tissu pulmonaire, sans que le médecin désormais ait à intervenir.

Cet obstacle, que nous levons quelquefois en un instant dans une maladie aiguë, nous ne pouvons le détruire que lentement dans une maladie chronique ; mais, dès qu'il est détruit, les propriétés du tissu reprennent désormais leur rôle, et le médecin ne doit plus être que spectateur attentif et intelligent.

Par ce que nous venons de dire, on comprendra mieux l'importance du précepte que nous établissions tout à l'heure, savoir : que, dans le traitement des maladies chroniques du foie, il faut s'arrêter dans l'administration des alcalins dès que l'engorgement est en voie de résolution, sans s'attacher à poursuivre le mal, qui désormais doit se guérir sans vous.

C'est pour n'avoir pas tenu compte des propriétés départies par la nature à nos tissus que tant de médecins insistent trop longtemps sur les alcalins dans les maladies du foie. Tel malade éprouve un peu de mieux à son retour de Vichy, de Fougues ou de Carlsbad; sa santé se rétablit

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pendant l'hiver. Il croit, pour prévenir le retour du mal, devoir prendre des eaux, plusieurs mois, plusieurs années de suite; mais au lieu du bienêtre qu'il avait d'abord trouvé, il ne rapporte désormais que du malaise et quelquefois' de graves accidents; aussi, au lieu d'accuser l'opiniâtreté du mal, ne doit-il accuser que son aveugle entêtement dans l'emploi du remède, alors qu'il n'en avait plus besoin.

Comment les médecins ne voient-ils pas qu'un remède puissant pour guérir est nécessairement puissant pour faire du mal ?

On donne les alcalins avec une légèreté singulière. Un médecin prescrira à un malade un ou deux mois d'eau de Vichy, de Carlsbad ou do Fougues, comme il conseillerait l'usage d'une tisane d'orge ou de bourrache ; mais est-il donc si indifférent de changer d'un seul coup toutes les sécrétions du corps ?

D'autres altérants se manient généralement avec plus de prudence : ainsi on est plus sobre dans l'emploi des mercuriaux, parce qu'on connaît un peu mieux leur danger. Il en est de même de l'iode.

Et pourtant que de médecins, dans une syphilis constitutionnelle, donnent aussi le mercure avec une insistance déplorable, suivant pied à pied toutes les manifestations vénériennes, et ne tenant la maladie pour battue que lorsque les périostoses auront entièrement disparu, lorsque les portions nécrosées du palatin ou de l'ethmoïde seront en tièrement tombées ! Ici nous voulons répéter ce que nous avons dit plus haut de la nécessité de laisser à la nature le soin d'agir lorsque le malade a fait déjà de rapides progrès vers la guérison, et ajouter quelques considérations sur la prétendue spécificité du mercure dans la syphilis.

L'idée qu'on se fait plus ou moins vaguement d'un spécifique, est celle d'un agent thérapeutique qui va, sans intermédiaire, au principe d'une maladie, et, par sa propre force, le neutralise directement. Les lois de l'organisme ne sont pas faites pour lui. Ce n'est ni par une vertu stimulante, sédative, chaude, froide, sèche, humide, etc., ni par aucune propriété particulière ; c'est, comme dit Galien, par toute sa substance, qu'il agit spécifiquement. Le quinquina guérit la fièvre intermittente, non parce qu'il est tonique suivant les uns, sédatif suivant les autres, astringent et momifiant, stomachique, diaphorétique, antispasmodique, etc.. Non : entre la cause des fièvres intermittentes et le quinquina, il y a une incompatibilité où le mal succombe comme entre deux espèces botaniques ou zoologiques qui ne peuvent pas vivre ensemble et dont l'une détruit toujours l'autre. Le mercure ne guérit pas la syphilis parce qu'il est acide oualcalin, antiplastique, comme on dit aujourd'hui, ou coagulant, comme on l'a pensé autrefois. Il agit contre cette maladie comme l'onguent grib sur les poux, en la tuant. L'organisme n'a point à intervenir dans l'action du quinquina et du mercure. Il recèle des sortes d'entozoaires dont ces substances sont le poison, et voilà tout. Le poison fait son choix par affinité; et sans léser l'organisme, il extermine le parasite comme dans une

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•éprouvette. C'est bien simple, en effet ; et la maladie n'est pas si mystérieuse qu'on le dit.

Nous prions tout de suite qu'on veuille remarquer une chose : c'est que, dans cette théorie, la maladie est confondue avec un produit morbide. On l'assimile à quelque chose de contenu dans l'organisme comme des vers dans l'intestin, ou de mêlé physiquement au sang, ou d'extravasé dans les tissus. Ainsi l'entend l'humorisme. On conçoit alors l'inutilité de l'organisme dans l'action du spécifique. Tout se passe en lui, mais sans lui. Qui se sent assez hardi pour soutenir cette théorie? Professée ou non, expresse ou induite, elle est pourtant celle de l'immense majorité des médecins; et presque tous les travaux de notre pathologie et de notre thérapeutique la supposent. Elle est aussi grosse de dangers que d'erreurs.

Les spécifiques n'ont pas une autre manière générale d'agir que les médicaments destitués de ce beau titre. Et, en effet, ils agissent avec ou sans le concours de la vie. Sans son concours, on s'expose à de graves objections.

Mêlé à des préparations mercurielles, le virus syphilitique est trèspositivement inoculable. Pris avant le développement des lésions syphilitiques visibles, le mercure ne les prévient pas. Que n'a pas vainement tenté dans ce genre le génie de la luxure ! Gela nous pourrait dispenser d'achever la réfutation. On voit les symptômes syphilitiques et les symptômes mercuriels marcher ensemble chez le même individu sans s'influencer en rien. Il n'est pas même rare que ceux-ci aggravent ceux-là, et y ajoutant leurs désordres, produisent une affection mixte, une cachexie syphilitico-mercurielle d'une très-difficile curation. Enfin, n'est-il pas vrai, qu'à côté des individus que le mercure guérit d'une syphilis ordinaire sans produire aucun phénomène mercuriel appréciable, il en est d'autres où, sans qu'on en détermine davantage, la vérole poursuit imperturbablement ses ravages ? Voilà tous les cas possibles, si l'on y joint cet autre très-commun : apparition d'accidents hydrargyriques, décroissance simultanée des phénomènes de la vérole. Quelle est, en face de cette diversité de rapports entre les deux séries de manifestations, l'une vénérienne, l'autre mercurielle, la signification des cas oii une modification mercurielle, appréciable ou non, fait cesser les accidents de la syphilis?

Contraste merveilleux ! le mercure excite les tissus sains à des actions altérantes, antiplastiques, exulcérantes ; et les tissus hectiquement rongés par la vérole, à des actions plastiques et séparatrices. Ce qui était cause de destruction ici, là devient cause de régénération; et c'est le même mode d'irritation qui produit des elfets si opposés ! Comment attribuer ces propriétés contradictoires à un même modificateur, s'il était vrai qu'il agit tout seul, ou comme l'antidote, qui se borne à neutraliser le poison en formant avec lui un composé inoffensif? Répondre à la môme action par une ulcération ou par une cicatrisation, c'est être ca-

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pable de ces deux effets contraires. Aussi n'en sortent-ils pas, mais bien de l'organisme imprégné par la vertu du mercure. Nous recélons donc des propriétés morbides que le mercure excite à se manifester par l'impression de certaines qualités qui n'appartiennent qu'à lui, et qu'on peut appeler spécifiques, — pourvu qu'on n'attache à ce mot aucun sens occulte et réservé ; — mais que nous aimerions mieux nommer, plus simplement, mercurielles. Chaque corps de la nature a les siennes qui ne sont pas celles d'un autre. Le mercure ne jouit à cet égard d'aucun privilège. Les toniques et les émollients, l'eau et le vin sont, à ce titre, des spécifiques aussi incompréhensibles que le mercure.

L'organisme guérit la vérole sous l'influence du mercure; voilà l'idée qu'il ne faut pas franchir. Appliqué localement à un chancre, le nitrate d'argent le guérit parfaitement. En conclura-t-on qu'il est aussi un spécifique de la vérole? Qui ne voit que ce modificateur ne fait qu'exciter une action vitale morbide ou une irritation différente d'une autre, moins malsaine qu'elle, et d'une curation spontanée? Si le mercure est le contre-poison de la syphilis, comment ne la neutralise-t-il pas toujours? C'est ce qu'il fait, dira-t-on, quand elle est franche ou exempte de tout amalgame pathologique. Autant vaudrait dire avec Hunter, qui pourtant était un partisan exagéré de la spécificité mercuriclle : le mercure est l'antidote ou le remède spécifique de la maladie vénérienne considérée ahstractivement. Est-ce une critique ou un éloge ? Quoi qu'il en soit, et malgré son fanatisme pour le mercure, Hunter en considérait l'action en vitaliste. Or, nous n'avons pas d'autre objet, en ce moment, que de ramener aux lois générales d'action de tous les médicaments, les spécifiques qu'on se représente toujours comme des agents plus mystérieux et plus extraordinaires que les autres ; et de prouver, de plus, que l'efficacité exceptionnelle dont ils jouissent contre telle ou telle maladie, dépend autant de certaines singularités tout exceptionnelles de ces maladies^ aue de la vertu intrinsèque du remède.

C'est l'organisme qui, excité par les aliments, tire d'eux la substance si variée de toutes ses parties. C'est de même l'organisme qui, excité par les médicaments, tire d'eux leurs propriétés ; c'est lui qui les développe et les vivifie ; car par lui, elles deviennent vivantes ou la vie même modifiée de telle ou telle manière. Il s'assimile ou rend semblable à lui quelque chose de ces forces étrangères. Elles passent en lui ; il les élève à son ordre d'activité. Ce n'est plus alors comme juxtaposées qu'il traduit ces substances, mais par intussusception. Il tire alors de lui seul, ah intus suscipil, les actions médicamenteuses. Miroir vivant des propriétés de ces poisons, on peut dire que, par elles, il devient successivement, à leur point de vue, opium, mercure, quinquina, antimoine, belladone, etc. C'est, si l'on veut, l'opium, le mercure, le quinquina, l'antimoine, dans un ordre d'activité plus éminente et représentative des propriétés essentielles de ces substances, lesquelles vivent ainsi, pour un instant, d'une vie supérieure, et sont, en quelque sorte, animalisées. Il n'y a là ni

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métaphores ni comparaisons : c'est la rigueur physiologique la plus absolue ; nous sommes à la racine de la Thérapeutique... Le vitalisme tire la toxicologie de la région inférieure des cornues et des alambics qu'elle n'a pas encore quittée, même au sein de l'organisme vivant; et, sans briser avec la tradition, s'appuyant largement sur elle, il <';lève la Matière médicale à la dignité physiologique.

Ainsi, pas d'exception pour les spéciflques, et pour le mercure, en particulier, qu'on proclame leur type. Il faut que l'organisme sain consente à son action physiologique, et qu'à celle-ci consente à son tour l'organisme affecté de la vérole. Il n'y a pas là plus d'action chimique que dans la nutrition, que dans la conception elles-mêmes; et on peut dire, avec la dernière rigueur, que pour que le mercure agisse, il faut que l'organisme d'un vénérien conçoive les propriétés mercurielles, de même que pour contracter la vérole il avait dû concevoir le virus syphilitique. Mais celui-ci agit plus profondément que le mercure sur l'organisation ; car il est de même nature qu'elle, un de ses produits, poison morbide plus intime qu'aucun autre. Le mercure, au contraire, n'atteint point ainsi l'organisme dans son essence ; il modifie passagèrement la nutrition, les sécrétions, etc., et par là, les déviations produites dans ces fonctions par le poison morbide vénérien. Mais ces symptômes supposent au principe de la maladie de? racines invisibles jusque dans le principe vital lui-même, c'est-à-dire dans le sens vital latent déjà concentré dans le germe, siège des diathèses, répapdu dans tout l'organisme, et qui est partout le fond toujours actif, la source incessamment féconde de toutes les fonctions spéciales. Or, le mercure, corps hétérogène au nôtre, ne paraît pas pouvoir poursuivre jusque-là la cause vivante initiale de la vérole ; ou, s'il y pénètre, il ne s'y identifie pas comme elle. Celle-ci se transmet par la génération : la maladie mercurielle n'en est pas susceptible. Le mercure attaquerait donc les symptômes et non leur principe. Par ce côté-là encore, quel spécifique ! Et puis est-il bien vrai qu'il guérisse si merveilleusement tous les symptômes ? Voilà que nous touchons peut-être au secret du mercure.

Le mercure agit surtout à une des phases de la maladie vénérienne, celle où apparaissent les accidents de seconde génération, qui affectent surtout la peau et les membranes muqueuses. Contre les accidents primitifs, il est au moins inutile ; et pris alors, il n'est pas prouvé qu'il empêche le développement des symptômes secondaires. Enfin, son efficacité va en diminuant, à proportion de ce qu'on s'éloigne de l'imprégnation initiale; et lorsque les altérations de troisième ordre se manifestent, celles qui attaquent les symptômes profonds, les os, les tissus blancs doués de peu de vie, son activité thérapeutique est tellement affaiblie, qu'il perd une grande partie de son privilège et cède à l'iode sa vertu spécifique. Remarquons-le donc bien : dans cette période de la syphilis où l'on peut le plus souvent se passer de lui, le mercure n'est pas plus spécifique que l'azotate d'argent ou tout autre modificateur

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substitutif. Dans cette autre période , où le mal a jeté des racines profondes , opiniâtres , difficilement résolubles d'elles-mêmes , et altéré intimement la constitution, il ne réussit guère mieux que contre d'autres affections non vénériennes des mêmes parties ; et l'iode lui dispute facilement l'avantage. Reste , pour son triomphe , la période intermédiaire. De toutes les affections organiques de nos tissus, c'est la plus mobile, la plus diversifiée, la plus modifiable, la plus altérable enfin. Qui oserait, pour l'incurabilité, la comparer au cancer, aux tubercules, etc., etc.? Or, le mercure est le plus puissant des altérants. Qui sait si ce n'est pas à ce rapport que se réduit sa spécificité ? Pourquoi cette vertu si singulièrement antivénérienne échouera-t-elle trèssouvent devant la vérole profonde et consommée, même quelquefois devant celle qui ne l'est pas encore? Pourquoi le vérolé passé au mercure n'est-il jamais sûr de ne pas voir repulluler une seconde, une troisième génération de maux et de ne pas infecter sa descendance ? Et d'ailleurs, si le mercure est un spécifique dans le sens scolastique attaché à ce mot, pourquoi a-t-il besoin, pour guérir, des conditions hygiéniques et thérapeutiques communes à toutes les maladies et à toutes les médications ? Est-ce lui qui cicatrise ? Mais encore une fois, physiologiquement, il exulcère. Quand l'organisme est malsain, les accidents syphilitiques sont mal définis, dépravés, perdent leur distance spécifique, pour parler comme Hunter, en un mot, n'ont pas de tendance à guérir spontanément. Eh bien! le mercure accroît trop souvent cette mauvaise disposition. Il faut modifier l'organisme pour que le fameux spécifique retrouve sa puissance, qu'on dit si directe. Chez certains sujets trèsirritables, il est nécessaire de lui associer l'opium, faute de quoi il n'agit pas, ou produit des désordres plutôt que des bienfaits. D'autres fois, ce sont des toniques qu'on doit employer simultanément pour assurer ses effets. Ailleurs, il donnera lieu à des accidents et étendra les désordres vénériens, si son emploi n'est pas précédé de la saignée, etc. C'est absolument comme pour les médicaments les moins spécifiques. Le voilà obligé d'avoir l'organisme pour lui, ni plus ni moins que les médicaments communs. 11 n'agit donc pas tout seul; il ne neutralise donc pas le principe de la maladie par une action immédiate et spécifique au sens des écoles. Rien de plus conditionnel que ses effets.

La vérole peut guérir d'elle-même à une certaine période de son évolution complète, et elle guérit aussi sous l'influence du mercure. Mais les causes médiates ou les conditions d'une guérison peuvent être trèsvariées : sa cause immédiate et efficiente, son principe, si l'on veut, ne peut différer de lui-même : il est un et identique. Or, la syphilis guérit spontanément, ou plutôt l'organisme guérit la vérole par ses propres forces ; donc, avec le mercure, c'est encore lui qui la guérit. Nous en concluons aussi qu'il est impossible que ce ne soit pas suivant les lois physiologiques que nous avons fait connaître et qui président à toutes les médications.

MÉDICATION ALTÉRANTE. 417 L'indication des altérants se présente dans les maladies aiguës et dans les affections chroniques.

1» Dans les maladies aiguës. Nous l'avons déjà dit, si dans le début d'une maladie aiguë le médecin entrevoit la nécessité de modifier presque instantanément la crase du sang, afln d'agir dans un sens analogue à la saignée, les altérants trouveront leur place. Mais ces altérants sont de deux sortes : les uns liquéfient, atténuent le sang immédiatement et sans excitation préalable, ce sont le mercure et les alcalins ; les autres, avant de produire leur effet altérant, excitent une irritation générale plus ou moins vive, et toujours d'autant plus vive que l'on cherche à obtenir plus promptement l'effet que l'on désire : ce sont l'arsenic, l'iode, l'or, le platine. Ces derniers doivent donc toujours être proscrits dans les affections aiguës.

Quant au mercure et aux alcalins, à côté desquels nous pourrions ranger encore le nitrate de potasse, ils agissent comme altérants, sans phénomènes intermédiaires, à peu près comme la saignée.

Ainsi le mercure, dans la péritonite puerpérale, dans le rhumatisme synovial, dans les inflammations aiguës franches des parenchymes et des membranes ; ainsi les sels alcalins de soude, le carbonate de potasse, et surtout le nitrate de potasse à doses très-élevées, dans les mêmes circonstances.

Ces trois agents de la Médication altérante ne doivent pas être employés indifféremment, et leur portée est loin d'être la même. L'un, le mercure, altère profondément la constitution, et ses traces persistent quelquefois pendant plusieurs mois ; les deux autres agissent immédiatement avec presque autant d'énergie ; mais peu de jours après leur emploi, l'organisme ne s'en souvient plus, parce qu'ils sont facilement assimilés ou éliminés; ils ne jettent pas non plus dans un affaiblissement aussi complet. De là l'indication de choisir ces deux derniers de préférence, si l'on a lieu de supposer que la constitution du malade va fléchir dès que l'inflammation sera tombée, et la nécessité de préférer l'autre chez les malades vigoureux, dont les réactions sont soutenues ou dont les phlegmasies doivent avoir de la continuité.

Dans les affections typhoïdes (et nous n'entendons pas par là la dothinentérie seulement, mais bien toutes les maladies s'accompagnant d'accidents typhiques), nous craindrions surtout les altérants à longues portée, le mercure, par exemple, et la raison en est bien simple : au début de ces affections, chez certains individus, il se présente quelquefois des phénomènes de réaction trop énergique qui obligent le médecin à intervenir avec des moyens déprimants. Les altérants et la saignée remplissent assez bien cette indication ; mais la saignée et le mercure surtout sont des agents de longue portée; et si, peu de jours après, survient la période de stupeur et de débilitation, nous aurons perdu les moyens de ramener l'économie au type d'énergie convenable pour triompher de la maladie, parce qu'on ne peut en un jour reconstituer le sang;

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parce, qu'on ne peut en un jour débarrasser l'économie du mercure qui imprègne les tissus, et qui l'a si profondément débilitée. On ne doit donc, dans cette circonstance, insister que peu de temps sur les mercuriaux et sur la saignée, et s'arrêter dans l'emploi de ces moyens, dès que l'orgasme inflammatoire commence à fléchir.

2° Dans les maladies citruniques. — Quand un mal a jeté de profondes racines, que les accidents s'accroissent avec lenteur ou restent stationnaires, que les organes essentiels à la vie sont compromis, ou qu'une affection, locale jusqu'ici, menace de se généraliser, on ne saurait trop insister sur les moyens propres à combattre ou la cause de ces affections ouïes effets qu'elles ont produits. Tantôt, en effet, le Médicament altérant s'attaque à la cause qu'il neutralise, et les lésions produites par cette cause se guérissent ensuite par les seuls efforts de la nature ; tantôt la cause qui s'use par les progrès de l'âge, ou d'une tout autre manière impossible à connaître, a laissé des traces de son passage dont la guérison spontanée est sinon impossible, du moins fort longue et fort difficile ; et l'agent altérant guérit ces effets sans avoir la plupart du temps prise sur la cause. Ainsi le mercure, l'or, l'iode, semblent pouvoir mettre hors d'état de nuire la cause syphilitique, et au contraire l'iode et l'or n'avoir de prise que sur les accidents consécutifs de la scrofule. En d'autres termes, et alors nous serons plus exacts, ces médicaments, s'ils ne détruisent pas la cause syphilitique quand elle est évidemment présente, détruisent les accidents symptomatiques qui l'accompagnent ; et, au contraire, dans l'âge où la scrofule fait encore des progrès, où par conséquent elle existe encore comme cause réelle dans l'économie, ces moyens semblent beaucoup moins efficaces qu'à l'époque où il ne reste plus à combattre que les altérations organiques plus ou moins graves qui ont été la suite des attaques successives du vice scrofuleux.

Dans le mode d'action des altérants sur les vices et sur le virus, il y a quelque chose de tout à fait direct ; car il n'y a aucun intermédiaire évident entre l'effet et la cause. La manière d'être du médicament par rapport à l'écononie dans l'état de santé ne fait rien préjuger de son action curative antisyphilitique ou antiscrofuleuse ; mais il n'en est pas de même quand on les considère indépendamment de leur mode d'action spécifique, par rapport aux affections chroniques communes. Ici on saisit jusqu'à un certain point le mécanisme de l'action des eaux de Vichy, par exemple, dans certains engorgements de foie.

Certaines maladies s'accompagnent d'une grave perturbation dans la composition chimique des divers liquides de l'économie. Le diabète sucré est dans ce cas. Le sang, dans cette affection, est un peu moins alcalin qu'à l'état normal, les sucs salivaires deviennent acides, et, en vertu de la disposition spéciale de l'économie, la fécule se convertit en glycose dès qu'elle arrive dans l'estomac plus rapidement et plus complètement que dans l'état normal ; et la glycose absorbée circule dans les vaisseaux, sans trouver une quantité suffisante d'alcali libre, qui n'est pas décomposé.

MÉDICATION ALTÉRANTE

passe dans les urines à l'état de sucre de raisin, non sans avoir, par son contact avec tous les organes, produit de graves désordres fonctionnels et une cachexie qui à la fin se traduit par des lésions organiques très-graves, « Lorsque la maladie n'est pas arrivée à un degré très-avancé, l'usage des alcalins, et notamment du bicarbonate de soude et de la magnésie, empêche d'une manière presque certaine la transformation saccharine, ou tout au moins permet que le sucre soit assimilé et décomposé dans le torrent circulatoire de manière à n'être plus rendu par les urines, et en même temps nous voyons la soif diminuer, les sueurs et les forces reparaître; et aujourd'hui, grâce à cette médication, on compte des cas assez nombreux de guérison plus ou moins complète d'une maladie que l'on considérait naguère comme à peu près au-dessus des ressources de l'art.

Faut-il admettre maintenant, ainsi que l'ont fait pressentir d'ingénieux médecins, que beaucoup de maladies chroniques, et même quelques maladies aiguës, puissent être considérées, dans leur expression locale, comme le résultat d'une production accidentelle assez analogue aux moisissures, aux champignons, aux lichens ?

Assurément on ne peut nier que la maladie en général n'imprime à l'organisme des altérations qui ne manquent pas de certaines analogies avec les êtres inférieurs de la série animale et même du règne végétal.

Ces productions inférieures germent dans l'économie aux dépens dessucs altérés par la maladie ; elles se développent ou à la surface ou dans l'épaisseur de nos tissus, et constituent des lésions locales qui gênent mécaniquement et forment des foyers de phlegmasies de mauvaise nature qui se multiplient indéfiniment elles-mêmes comme par une sorte de fermentation. Cette pathogénie est facile à démontrer pour la plupart des maladies des végétaux; et un jour viendra peut-être oii elle ne sera pas regardée comme tout à fait absurde, en ce qui concerne l'homme et les animaux.

En partant de cette idée, on expliquerait assez bien le mode d'action des altérants dans un certain nombre de maladies chroniques, tels que les dartres, les cancers, les scrofules, la syphilis, dont la cause serait plus ou moins profondément altérée par le mercure, l'arsenic, l'or, l'iode, etc.. Nos médicaments agiraient sur ces diathèses comme sur les surfaces malades des animaux vivants où se forment les cryptogames dont nous parlions tout à l'heure. Or, comment guérissent-ils localement ces dernières dégénérations ? C'est vraisemblablement en imprimant aux tissus malades une vie plus franche et plus saine, et les rendant ainsi à leur nutrition et à leurs sécrétions normales. Ce qu'il y a de remarquable dans ces médications, tant générales que topiques, c'est que chaque diathèse et chaque produit morbide a, dans la matière médicale, son altérant approprié qu'on appellera spécifique, si l'on veut, pourvu que, dans cette expression et dans l'idée d'action occulte et cabalistique qu'elle représente encore, on ne cherche pas un prétexte à l'empirisme et à une thérapeutique qui dispense d'être médecin.

MÉDICATION ALTÉRANTE

En suivant notre analogie, on voit que cliacune des espèces de productions morbides cryptogamiques chez les animaux a aussi son topique spécial, qui réussit généralement mieux qu'un antre.

Il y .a longtemps que M. Bretonneau, notre maître, a prouvé, par exemple, que les caustiques étaient entre eux comme les phlegmnsies ; que, comme celles-ci, ils avaient leur spécificité, et que les brûlures produites par chacun d'eux se distinguaient par leurs formes, leur marche, leur durée, leur manière de faire souffrir, de se cicatriser, etc.

L'idée incontestable de spécificité pathologique entraîne donc nécessairement celle de spécificité thérapeutique; et la Médication altérante en offre au besoin la preuve, tant dans les agents qu'elle emploie que dans les maladies auxquelles ils s'appliquent.

Du reste, cette importante question de la spécificité et du mode d'action des médicaments spécifiques doit se représenter bientôt à l'occasion de la médication substitutive, et elle recevra alors les amples développements qu'elle comporte.

Terminons par une réflexion générale qui a son importance, parce qu'elle doit aller au-devant de quelques objections, assez fondées d'ailleurs, qui pourraient être faites à la classification que nous avons adoptée.

Les médicaments que nous avons étudiés dans ce chapitre ne sont pas exclusivement altérants; et, en vérité, nous ne savons s'il existe, dans la matière médicale, un seul agent qui puisse se ranger rigoureusement dans une classe déterminée. C'est à bon droit, à coup sûr, que l'opium a été placé par nous dans la classe des stupéfiants ; mais, d'autre part, l'opium excite vivement la circulation; il est sudorifique, il est aphrodisiaque, il est emménagogue. L'iode, outre ses propriétés altérantes, est excitant, emménagogue, de même que l'or est un tonique puissant pour l'estomac. L'huile de morue, par sa composition complexe, offre encore autant d'incertitude et d'embarras pour la classification. En efTet, par les principes chimiques qui y sont contenus (iode, brome, etc.), elle vient se ranger naturellement à côté de ces altérants, tandis que ses propriétés thérapeutiques les plus caractéristiques sembleraient indiquer sa place auprès des toniques analeptiques. Ce que nous disons ici a un double but, d'abord, de faire valoir la difficulté, pour ne pas dire la vanité des classifications, et, en outre, de bien faire apprécier aux praticiens les qualités complexes des médicaments, pour qu'ils puissent se mettre sur leurs gardes, avertis qu'ils sont que les agents de la matière médicale sont souvent des armes à deux tranchants, et qu'il faut savoir à propos utiliser une des propriétés du médicament et neutraliser celle qui, dans la circonstance présente, pourrait être nuisible.

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