‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/Chapitre 63 sur 146 · POTION GAZEUSE · texte numérisé non relu

POTION GAZEUSE

Potion anlivomilive de Rivière.

(Potio Effervescens.)

N» 1. — Potion alcaline.

Bicarbonate de Potasse. . 2 gr.

Eau commune 50

Sirop de sucre 15

Faites dissoudre le sel dans l'eau et ajoutez le sirop.

N" 2. — Potion acide.

Acide citrique . 2 gr.

Eau commune 50

Sirop d'acide citrique aromatisé au citron 15

Faites dissoudre l'acide citrique dans l'eau et ajoutez le sirop d'acide citrique.

Pour administrer cette potion, tantôt on met une cuillerée de chacune des potions, et, après avoir agité, on boit immédiatement; tantôt on fait prendre successivement une cuillerée de chacune des deux potions, en commençant parle n» 1.

Carbonate de Potasse et d'ammoniaque.

Carbonate de Potasse ... 4 gr.

Carbonate d'ammoniaque. 1

Eau q. s.

Faites dissoudre.

Faites passer dans la liqueur un courant de gaz carbonique pour la saturer; chauffez et faites cristalliser.

On peut, pour la composition, rapprocher ce sel du carbonate double de magnésie et de potasse.

Carbonate de quinine.

En mêlant de la quinine fraîchement précipitée et lavée à l'eau que l'on charge d'acide carbonique, cette solution, exposée à l'air, laisse dégager l'acide carbonique. Après cette évaporation, les cristaux aiguillés transparents de carbonate de quinine se déposent.

La liqueur des cailloux, connue de Basila Valentin, et qui est indiquée dans les anciennes pharmacopées, s'obtenait en faisant bouillir dans la Potasse caustique des cailloux brisés ou du sable. Ces matières une fois dissoutes, le produit s'intitulait liqueur des cailloux ou verre liquide. Cette préparation n'est autre chose que du silicate de Potasse avec excès de base.

Le docteur Shun a proposé de tremper des bandelettes de toile dans du silicate do Potasse pour remplacer les bandes dextrinées dans les appareils contentifs.

Le silicate de Potasse a reçu de nombreuses applications, comme vernis, servant à produire l'incombustibilité.

M. Kuhlmann l'a employé avec succès pour durcir le plâtre, les pierres poreuses, et fixer les couleurs sur le verre, le papier, les tissus et les métaux.

La Potasse caustique est ordinairement employée pour ouvrir les cautères. La Potasse à la chaux est préférable à la Potasse à l'alcool, parce qu'elle fuse moins que cette dernière ; mais, depuis quelques années, on se sert de préférence du caustique de Vienne, dont nous allons parler tout à l'heure. Ce dernier caustiaue l'emporte de beaucoup sur la Potasse.

MÉDICAMENTS IRRITANTS

Tout le monde connaît le mode d'application de la pierre à cautère. On applique sur la peau un petit morceau de diachylon, auquel on a pratiqué une ouverture dont la largeur égale celle du morceau de Potasse. Cette ouverture reçoit alors la Potasse, qui est maintenue avec un morceau de diachylon plus grand que le premier. L'appareil est soutenu par des compresses et par des bandes.

Au bout de quelques minutes, il survient de la cuisson, puis un sentiment de vive brûlure qui dure pendant trois ou quatre heures. Tout s'apaise alors. Si, dans ce moment, on lève l'appareil, on trouve sur la peau une tache grise un peu molle à son centre, coriace au contraire à sa circonférence. Cette tache occupe ordinairement toute l'épaisseur du derme ; elle occupe un espace ordinairement quatre ou cinq fois plus large que le diamètre du morceau de Potasse caustique que l'on a appliqué. Le médecin ne devra jamais oublier cette dernière circonstance, afin de proportionner le poids de la Potasse à l'étendue de l'eschare que l'on veut produire.

L'eschare, d'abord molle et humide, se sèche bientôt et prend une teinte plus foncée. Si l'on appUque constamment sur la peau un morceau de diachylon ou tout autre corps capable de retenir l'humidité, l'eschare conserve de la mollesse jusqu'au moment ovl elle tombe.

La chute de la portion du derme ainsi détruit s'effectue à une époque en général assez mal appréciée. Lorsque le derme est décollé, l'eschare tombe au bout de six à dix jours, mais quand la peau est épaisse, la portion mortifiée peut rester jusqu'à deux mois sans se détacher.

La séparation du mort avec le vif se fait de la circonférence au centre.

La largeur de l'eschare, la lenteur de la séparation du derme mortifié, rendront toujours difficile l'usage de la Potasse caustique, et, en général, des cautères potentiels, pour ouvrir les fonticules. La lancette et le bistouri sont certainement préférables, à moins que les malades ne soient par trop méticuleux.

Depuis quelques années, la Potasse, en tant que caustique, a été remplacée avec raison par la poudre de Vienne.

Pour employer cette poudre, on la délaye, ainsi que nous l'avons dit plus haut, avec de l'alcool ou de l'eau de Cologne, et l'on fait ainsi un mortier assez ferme, qui est d'une extrême causticité, et qui a l'avantage de ne pas fuser. M. Hennau {Revue médicale^ 1833, 1. 1, p. 212) l'employait pour appliquer des cautères. 11 lui suffisait, pour escharifier le derme, de laisser le caustique appliqué pendant six ou dix minutes. Nous avons souvent répété cette expérience, et, dans notre hôpital, ainsi que dans notre pratique particulière, nous avions l'habitude d'ouvrir les fonticules de cette manière ; l'idée nous vint alors d'appliquer ce moyen héroïque au traitement des tumeurs cancéreuses peu profondes, et notamment celles du sein, et nous avons publié à ce sujet un travail dans le Journal des connaissances médico-chirurgicales (décembre 1833). Une pâte caustique employée dans le même cas, dans laquelle la chaux, la Potasse et

POTASSE. 423 l'opium sont associés, a été indiquée dans la Pharmacopée universelle de Jourdan, t. II, p. 317.

Depuis la publication de notre travail, M. Bonnet, de Lyon, avait employé la Potasse caustique pour cautériser la peau et les parois des veines, dans le but d'oblitérer le tronc principal d'un arbre veineux superficiel sur le membre abdominal, dans le cas de varices graves ou d'ulcères variqueux; mais Aug. Bérard a préféré, et ajuste titre, le caustique de Vienne à la Potasse caustique, pour remplir l'indication thérapeutique que se proposait M. Bonnet. Il a également, d'après notre avis, attaqué par le môme caustique les tumeurs érectiles {nœoi materni), et il a obtenu des succès qui lui ont paru valoir à cette médication la préférence sur les autres moyens chirurgicaux, sinon dans tous les cas, du moins dans le plus grand nombre des circonstances.

Plusieurs chirurgiens ont déjà été frappés du mauvais effet queproduit, dans le traitement des affections de l'utérus, l'application trop souvent répétée des caustiques, et l'on sait que c'est dans le but de parer aux graves inconvénients qui en résultent, qu'Amussat, à l'exemple de Dupuytren, a eu l'idée de recourir à l'usage de la Potasse caustique, dont l'effet est assez vif pour escharifier rapidement tous les tissus altérés, et pour n'exiger, par conséquent, qu'un petit nombre d'applications avant que la guérison soit complète. Mais, de son côté, la potasse elle-même n'est pas non plus sans présenter des inconvénients ; elle se liquéfie très-promptement, et elle peut alors fluer derrière le spéculum et s'étendre sur la face postérieure du vagin, en y produisant des eschares assez profondes pour perforer quelquefois la cloison recto-vaginale. C'est pour éviter d'aussi graves accidents, dont on ne peut, dans l'état actuel des choses, se garantir qu'à l'aide des plus minutieuses précautions, que, sur l'intervention d'Amussat, M. Filhos a entrepris une série d'expérimentations et de recherches qui l'ont amené à la préparation du composé suivant :

Pr. : Potasse 200 grammes.

Chaux vivo 100

On met ces deux substances dans une grande cuiller de fer, et on les soumet à l'action d'un feu très-vif; la fusion de la potasse ne tarde pas à avoir lieu ; celle de la chaux ne s'opère qu'un peu plus tard. Lorsque la totalité des deux corps est liquéfiée,^ on les mêle bien intimement, puis on coule le mélange dans une lingotière qu'on a eu la précaution de chauffer, et dont on ne retire ensuite les cylindres qu'après leur entier refroidissement.

Le plus souvent on coule le caustique fondu dans des tubes en plomb à parois épaisses que l'on ferme aux deux extrémités et qu'on conserve dans des tubes en verre contenant de la chaux vive et hermétiquement bouchés.

Ces cylindres, qui sont excessivement durs, absorbent promptement l'humidité de l'air, et se recouvrent ainsi d'un hydrate de chaux mêlé de Potasse. Pour les préserver de toute altération et pouvoir les conserver

S'' ÉD. — T. I. 3-i

426 MÉDICAMENTS IRRITANTS

pendant un temps indéterminé, on peut les revêtir d'une lamelle de plomb, ou mieux encore, en suivant le procédé conseillé par M. Duméril pour le nitrate d'argent fondu, d'une couche mince de cire à cacheter; on les renferme ensuite dans des tubes de verre que l'on bouche avec soin.

Ce caustique joint, dans la pratique, aux avantages de la Potasse, celui de ne point se liquéfier comme elle lorsqu'on vient à s'en servir. Voici le mode d'application auquel M.Filhos conseille de recourir. On place la malade sur le bord d'un lit élevé, les jambes appuyées sur des chaises, et le dos assez relevé pour que le v.agin soit dans une direction oblique de haut en bas et d'arrière en avant. Cette position permet aux liquides qui pourraient s'écouler du col de l'utérus de se porter directement dans le spéculum, au lieu de fluer entre cet instrument et le conduit vaginal. Le spéculum plein est celui qui mérite la préférence pour cette opération. Après l'avoir huilé et introduit tout doucement, il faut s'attacher à bien découvrir le col utérin. On éponge ensuite avec le plus grand soin la partie affectée, après quoi on introduit un petit bourdonnet de charpie ou de coton, retenu par un long fil, au-devant de l'extrémité antérieure de la valve inférieure du spéculum, immédiatement au-dessous du col de la matrice ; ce bourdonnet est là pour garantir les parties du vagin placées au-dessous du point qui doit être cautérisé. Avec un peu d'habitude, on peut, dans les cas ordinaires, se dispenser de l'emploi de ce dernier moyen, qui prolonge un peu l'opération. On applique ensuite le cylindre, soit à l'aide d'un porte-caustique, soit en le fixant à l'extrémité du tube de verre qui le renferme. La cautérisation terminée, on s'empresse d'essuyer l'eschare avec des boulettes de charpie saisies avec la pince placée à l'une des extrémités du porte-caustique ; puis on retire promptement, si l'on en fait usage, le bourdonnet de charpie au moyen du fil qui le retient, et on fait deux injections d'eau froide ou mieux d'eau légèrement vinaigrée, qu'on a bien soin de faire parvenir jusque sur le col de l'utérus. L'eau acidulée possède ici l'avantage de neutraliser le peu de caustique qui aurait pu rester adhérent à l'eschare. Après l'injection, il est nécessaire de placer dans le vagin un petit morceau de bande dont l'extrémité inférieure sorte un peu entre les grandes lèvres pour pouvoir le retirer facilement. La malade est alors replacée dans son lit.

Le cylindre caustique destiné à l'opération ne doit être que peu découvert à l'une de ses extrémités. S'il avait déjà servi, et que la portion mise à nu se fût recouverte d'une -légère croûte de sous-carbonate de chaux, il serait nécessaire de l'enlever avec un grattoir. On peut, au besoin, rendre plus active l'action du caustique en le trempant légèrement dans une liqueur spiritueuse, telle que l'alcool, l'eau-de-vie, l'eau de Cologne. Après la cautérisation, on doit essuyer avec soin le cylindre avant de le replacer dans le tube de verre.

M. Levrat-Perotton a conseillé la potasse caustique dans le traitement de l'ongle incarné, pour réprimer les chairs fongueuses {Transact. méd., t. XI, p. 41). M. Solera l'emploie sous forme de cylindre, qu'il recouvre

POTASSE

d'un vernis de gomme laque, dans le traitement des fistules lacrymales, du ptérygion, du trichiasis, des ulcères de mauvaise nature, de la grenouillette, des rétrécissements du rectum, des ulcérations du col utérin, et pour perforer la membrane du tympan {Bulletin des sciences méd., de Férussac, t. XX, p. 336). Sans partager l'enthousiasme exclusif de M. Solera pour ce caustique, nous reconnaissons volontiers que, employé suivant sa méthode et avec les petites précautions qu'il recommande, il rend à la thérapeutique chirurgicale des services très-grands.

Nous parlerons plus tard de l'usage que l'on en a fait pour ouvrir certaines tumeurs, pour produire des adhérences entre des tissus seulement juxtaposés.

Gimbernat l'employait en collyre à la dose de 5 à 10 centigrammes par 30 grammes d'eau distillée, pour faire disparaître les taies de la cornée. Saviart, Cohen l'unissaient soit au camphre, soit à l'alcool, et la dissolvaient dans l'eau pour exciter les ulcères indolents.

En bains généraux, elle a été conseillée par Antheaume, de Tours, dans le traitement du tétanos. Ce chirurgien en mettait de 30 à \'20 grammes dans un grand bain, et y plongeait le tétanique, jusqu'à ce qu'il survînt un peu de résolution; il recommençait ainsi plusieurs fois par jour, jusqu'à ce que le spasme eût entièrement cédé ; dans sa thèse inaugurale {Thèses delà Faculté de médecine de Paris), il rapporte un certain nombre d'observations qui semblent assez concluantes.

Nous-mêmes avons souvent employé des bains semblables dans le traitement de certaines dartres, et surtout des affections vésiculeuses qui s'accompagnent de fortes démangeaisons ; mais nous ne mettons jamais plus de 30 à 60 grammes de Potasse caustique dans un grand bain. Nous préférons même le plus ordinairement les sous-carbonates de soude ou de Potasse, que nous prescrivons alors à une dose triple ou quadruple.

A l'intérieur, la Potasse caustique n'est jamais donnée que dissoute dans une grande quantité d'eau, dans le but de neutraliser les acides en excès qui se produisent dans l'estomac, ou de provoquer la diurèse.

Quant au sous-carbonate de Potasse, ses propriétés sont exactement les mêmes que celles de la potasse, à cela près pourtant qu'il ne peut être employé extérieurement que comme excitant local et non comme caustique. Mais dans tous les cas où l'on emploie la Potasse autrement que comme moyen escharificateur, il vaut beaucoup mieux recourir au sous-carbonate de Potasse. Ainsi les bains alcalins, les lotions, les injections vaginales, les pommades, seront composés avec le sous-carbonate de Potasse, et non avec la Potasse pure. Ces médications topiques sont surtout utiles, ainsi que nous l'avons dit plus haut, dans les affections accompagnées de prurit.

Le spécifique des frères Mahon contre la teigne n'est autre chose qu'un mélange de substances alcalines provenant des cendres de bois neuf.

Pour les goutteux, chez lesquels la diathèse uratique est bien manifeste, le docteur Galtier Boissière préfère les alcalins à acides organiques faibles, tartrates, citrates, malates de Potasse surtout, de soude et de

MÉDICAMENTS IRRITANTS

magnésie, à tous les autres alcalins carbonatés, et même aux diverses eaux minérales alcalines.

Le plus souvent dans l'intervalle des attaques, soit aussi au début ou à la fin des accès, il emploie avantageusement le mélange suivant :

Tartrale de Potasse 50 grammes.

— de soude 30

— de magnésie 20

Mêlez, pulvérisez et divisez en dix paquets de 10 grammes.

Comme boisson alcaline : tous les jours, un demi ou un paquet dans une grande tasse de tisane de ményanthe d'orange ou de frêne.

Et, comme purgatif : tous les huit, quinze ou trente jours, trois à quatre paquets dans autant de tasses de la même tisane.

Pour l'usage externe des alcalins dans la goutte, M. Galtier Boissiére préfère de beaucoup la Potasse à la soude et aux autres alcalins. Dans les empâtements goutteux des membres, lorsqu'il n'y a plus de douleurs aiguës, ce médecin a employé souvent avec succès des bains généraux, ou seulement locaux, dans lesquels il met 30 à 60 grammes de Potassfr caustique par grand bain de 300 litres. Il se sert d'une solution de 2 à 3 grammes par litre d'eau pour faire des fomentations sur les tophus.

Page 1