PRÉPARATIONS ET DOSES
Potasse caustique : pour un bain général, 30 h 60 grammes. Sous-carbonate de Potasse : ])0\iv un bain général, 125 à 250 grammes; pour bain de pieds, 30 à 60 grammes; pour lotions sur la peau, 4 à 8 grammes pour 30 grammes d'eau ; pour injections vaginales, pour lotions de la vulve et du gland, 4 grammes pour 250 à 300 grammes d'eau.
Nous devrions parler ici des propriétés thérapeutiques des carbonates de Potasse administrés à l'intérieur ; mais comme leur action ne diffère en rien de celle des carbonates de soude, nous renverrons nos lecteurs au chapitre suivant, afin d'éviter des répétitions inutiles.
SOUDE
Ce que nous avons li dire du Sodium et de ses composés ne diiïère pas beaucoup de ce que nous avons dit à l'article Potasse.
Les caractères physiques et chimiques du Sodium sont à peu près les méniies que ceux du potassium ; nous noterons cependant quelques propriétés qui ne sont pas communes à ces deux métalloïdes.
Le Sodium est un peu moins léger que le potassium (0,972) ; il décompose l'eau et y surnage comme celui-ci, mais sans produire d'inflammation, même au contact de l'air.
Soude fprotoxyde de sodium, oxyde sodique NaO. Oxydum Sodicvm). C'est le premier degré d'oxydation du Sodium.
Elle est blanche, fort caustique, inusitée en médecine à l'état pur.
Disons, avant de passer outre, que le principal caractère cliimique de la Soude et des sels dont elle est la base, est de ne pas précipiter par le chlorhydrate de platine, ainsi que le font toutes les préparations de potasse.
Dans la thérapeutique externe, il n'y a presque aucune différence entre la Soude
SOUDE
■et la potasse; mais dans la thérapeutique interne, la Soude et les sels de Soude n'ont plus la même analogie de propriétés.
L'hydrate de Soude NaO,HO est d'abord déliquescent; puis, plus tard, il s'effleurit à l'air; il difTèrc, en cela de celui de potasse : mêmes propriétés.
Soude à Valcool (hydrate de protoxyde de Sodium pur). On l'obtient de la même manière que la potasse à l'alcool.
Soude à la chaux (Soude caustique, Soda causiica, hydrate de protoxyde de Sodium impur). Elle se prépare également comme la potasse caustique, mais avec le carbonate de Soude cristallisé. Lorsqu'elle est dissoute dans l'eau froide, de manière il avoir une dissolution marquant 36", elle <;onstitue ce qu'on nomme en pharmacie la lessive des savonniers (oxydum Sodiuum aquà solutum).
Carbonate de Soude (sous-carbonate de Soude, carbonate sodique, noms anciens : alcali fixe minéral effervesceni, craie de Soude, méphile de Soude, Soude aérée, natrum ou nairoii, etc.). NoO,CO2,10HO, Carbonas sodicus in crislatlos concrelus. Ce sel est la base de toutes les Soudes du commerce ; il est très-employé dans les arts aux mêmes usages que la Soude. Solide, blanc, cristallisé en octaèdres, rhomboïdaux, il a une saveur acre eturineuse; il s'effleurit promptement ?i l'air, et est soluble dans 2 parties d'eau froide et 1 partie d'eau bouillante; insoluble dans l'alccol.
Le carbonate de Soude existe à l'état neutre dans les cendres des végétaux phanérogames qui croissent sur le bord de la mer, et principalement des salsolas.
On le trouve avec excès d'acide carboinique dans un grand nombre d'eaux minérales gazeuses acidulés, telles que celles de Saint- Alban (Loire), du Mont-Dore (Puy-de-Dôme), d'Ems (duché de Nassau), et surtout de Carlsbad (Bohême) et de Vichy (Allier).
On prépare le carbonate de Soude en faisant dissoudre à chaud le sel de Soude du commerce dans cinq fois son poids d'eau; on filtre, puis on évapore la liqueur dans une chaudière de fer jusqu'à 28 à 30» aréométriques de Baume, et l'on met cristalliser dans un lieu frais.
Le sous-carbonate de Soude est souvent employé en médecine; il sert à préparer des bains alcalins, où il entre 150 à 300 grammes de sel de Soude du commerce pour 300 kilogrammes d'eau. On prépare aussi avec ce sel quelques pommades alcalines dont nous donnons une formule :
Pr. : Carbonate de Soude. ... 8 gr. Laudanum de Sydenham. 4
Axonge 32
Mêlez.
Le natron ou natrum est nn sesqnicarbonate de Soude qui existe dans la nature, et que l'on obtient en faisant bouillir et cristalliser une solution de bicarbonate.
Bicarbonate de Soude, NaO,HO,2C02, Bicarbonas sodicus (carbonate de Soude saturé). Il est blanc, cristallisant en prismes rectangulaires ; sa saveur est un peu moins alcaline que le sel neutre; l'eau froide n'en dissout que le treizième de son poids; l'eau à 100" le transforme en sesquicarbonate et en acide carbonique.
Préparation. — On l'obtient, d'après le procédé de R. Smith, en soumettant le carbonate de Soude ordinaire cristallisé îi l'action d'une atmosphère d'acide carbonique.
Le bicarbonate de Soude est maintenant beaucoup plus en usage que le sel précédent. Il fait la base des tablettes digeslivfs de d'Arcet (tablettes de Vichy, tablettes de bicarbonate de Soude).
Pr. : Bicarbonate de Soude. . 32 gr.
Sucre o9(>
Baume de Tolu 8
Alcool h. 860 ir,
Gomme adragaut âs'',^0
Eau 44 gr.
Faites dissoudre le baume de Tolu dans l'alcool, dansune fioleîi médecine; ajoutez l'eau, chauffez un instant et filtrez. On se sert de cette liqueur pour préparer le mucilage; on fait des tablettes de 1 gramme qui contiennent chacune 5 centigrammes du bicarbonate de Soude. On les aromatise avec l'essence de menthe. Toutes les essences, mais surtout celles des labiées, forment des combinaisons avec les carbonates alcalins : ce sont des espèces de savonules. Il en résulte que les tablettes de Vichy, aromatisées de la sorte, acquièrent lîientôt une saveur urineuse très-pronoiioée.
Ces tablettes peuvent être avantageusement remplacées par la préparation suivante, que nous avons indiquée dans le Journal des connaissances médico-chirurgicales :
Sucre de Vichy.
Pr. : Bicarbonate de soude. , 10 gp.
Sucre pulvérisé 200
Mêlez.
Le bicarbonate de Soude fait encore la base de cette boisson si fréquemment employée par les Anglais, le soda-water ; il fait aussi partie des Sedlilz powders, mélange laxatif et acidulé composé de 1 partie de bicarbonate de Soude et de 3 parties de tartrate de Soude et de potasse.
Il entre dans la composition d'un grand nombre d'eaux minérales.
Benzoate de Soude, NaO,C<*II503-l-HO.
Ce sel cristallise en aiguilles qui s'efflcurissent légèrement, il est soluble dans l'eau, peu soluble dans l'alcool; on l'obtient en saturant une solution d'acide benzoïque par une solution de carbonate de Soude; on filtre et on concentre pour faire cristalliser.
Le benzoate d'ammoniaque s'obtient en
MÉDICAMENTS IRRITANTS
dissolvant l'acide benzoïque dans l'ammoniaque concentrée.
En 1841, le docteur Ure constata que l'acide benzoïque est transformé en acide
hippurique dansTéconomie animale. C'est donc ce dernier acide que l'on retrouve dans l'urine. Ce fait a été confirmé par Relier.
La Soucie a été longtemps confondue avec la potasse, et il est vrai de dire que ces deux substances ont des propriétés chimiques et physiques presque identiques. Quant aux propriétés thérapeutiques, elles sont à peu de chose près les mêmes. Toutefois, nous ferons tout de suite une importante distinction.
Dans la thérapeutique externe, il n'y a que peu de différence entre ces deux agents, soit qu'on emploie la Soude à l'alcool ou à la chaux, pour ouvrir des cautères, soit qu'on fasse usage du sous-carbonate de Soude en solutions pour bains généraux ou locaux, pour injections vaginales dans le prurit de la vulve, etc.
Mais dans la thérapeutique interne, il n'en est pas de même; la Soude et les sels de Soude font partie de nos humeurs ; tous nos éléments organiques en contiennent une proportion plus ou moins grande ; aussi remarque-t-on que les préparations de Soude sont bien plus facilement supportées que les mêmes préparations de potasse ; et cela a lieu non-seulement pour les sels alcalins, mais encore pour les sels neutres.
C'est pourquoi, pour tous les usages internes que nous avons plus haut attribués au sous-carbonate de potasse, nous préférons le sous-carbonate de Soude.
En parlant de sous-carbonate dépotasse, nous avons omis à dessein de traiter de ses vertus lithontriptiques, nous réservant de nous appesantir sur ce sujet, lorsque nous serions arrivés au sous-carbonate de Soude. Cette importante propriété, connue des médecins des siècles passés, a fait partie d'une multitude de formules que l'on trouve consignées dans la Pharmacopée universelle de Jourdan; ainsi, le sous-carbonate de Soude et le savon médicinal faisaient la base de beaucoup de bols lithoniriptiques; avec l'eau de chaux, 4 grammes pour 500 grammes, il constituait l'eau antinéphrétique de plusieurs autres. D'après les recherches de W. Brandes, il dissout évidemment les calculs d'acide urique, et quelques heures après avoir été ingéré, il rend les urines alcalines ou neutres, d'acides qu'elles sont naturellement. Swediaur en composait des bols stomachiques qu'il conseillait surtout aux gens dont les digestions étaient pénibles et s'accompagnaient de développement d'acides- C'est dans le même but qu'on le prescrivait en potions connues sous le nom d'absorbantes, d'antacides, de digestives (Gmelin, Apparat., med., t. I, p. 60).
De nos jours, pour l'usage interne, on a généralement substitué le bicarbonate au sous-carbonate de Soude. Le bicarbonate de Soude, fort commun dans la nature, fait la base de toutes les eaux alcalines gazeuses, et notamment des eaux justement célèbres de Vichy, d'Ems et de Carlsbad.
SOUDE
Ce sel fait la base des pastilles dites de Vichy ou de d'Arcet, qui contiennent 5 centigrammes de bicarbonate de Soude pour dix -neuf parties de sucre, et qui sont particulièrement conseillées dans la goutte, dans la gravelle, dans les migraines périodiques, dans les digestions pénibles accompagnées d'éructations acides. On en prend de quatre à vingt par jour (d'Arcet, Note sur la préparation et les usages des pastilles alcalines digesiives). Il y a quelques années, M. Blondeau a fait préparer avec ce sel, de la gomme arabique en poudre et du sucre, un mélange pulvérulent auquel il a donné le nom de saccharo-kali, et qui est utile surtout pour les enfants qui digèrent difficilement le lait, et chez lesquels cette substance alimentaire semble passer trop rapidement à l'acescence. La dose est ordinairement d'une cuillerée à café pour une tasse de lait.
Allaitement. — Dans le service de nourrices et d'enfants à la mamelle que nous dirigions à l'hôpital Necker, nous étions dans l'habitude de faire mettre dans tout le lait que l'on donnait aux enfants 50 centigrammes de bicarbonate de Soude par litre. Cette précaution a deux avantages : celui d'abord d'empêcher le lait de se caillebotter, ce qui arrive facilement dans l'espace qui s'écoule entre la distribution du jour et celle du lendemain, et ensuite celui de neutraliser en partie la quantité considérable d'acides qui se développent dans le canal alimentaire des enfants qui sont soumis chez eux et quelquefois même à l'hôpital à un détestable régime. Grâce à ces soins, la diarrhée, si fatale aux petits enfants, surtout dans les établissements oii ils sont réunis en grand nombre, se rencontrait moins souventqu'ailleurs à l'hôpital Necker. Si, nonobstant ces précautions, la diarrhée persévère, nous substituons avec avantage le saccharate de chaux au bicarbonate de Soude {voir plus bas).
Vertige stomacal. — M. Bretonueau est le premier, nous le pensons, qui ait établi d'une manière positive l'influence que certains états de l'estomac exercent sur les fonctions cérébrales. Il a observé que, dans un très -grand nombre de cas, des vertiges accompagnés de maux de cœur et de tendance à la lipothymie se produisent chez des personnes qui, en même temps, se plaignent d'avoir des éructations acides; dans ce cas, et lors même que ces éructations ne se manifestent pas, il donne, cinq ou six jours de suite, et trois fois dans la journée, un paquet composé de 1 gramme de bicarbonate de Soude et de .50 centigrammes de carbonate de magnésie. Puis, pendant huit ou dix jours, il fait prendre, immédiatement après les deux repas, une demi-tasse d'eau dans laquelle on a fait macérer, pendant vingt-quatre heures, 2 grammes de quassia amara coupé en minces copeaux.
Angine de poitrine. — Le même praticien a été conduit par le hasard à constater un cas de guérison d'angine de poitrine après l'usage longtemps continué du bicarbonate de Soude. Depuis lors, il a souvent répété l'expérience, et assez ordinairement avec succès; mais, dans ce cas, il continue l'usage du sel de Soude pendant plus d'une année, et y revient encore après une interruption de quelques mois. La dose, dans le cas
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d'angine de poitrine, doit être considérable, 2 à 10 grammes par jour, et, dans le plus grand nombre des cas, lorsqu'il a modifié très-notablement le mal à l'aide du sel de Soude, il y associe heureusement la poudre de racine de belladone.
Dyspepsie. — 11 est un fait capital découvert par Proust et confirmé par Tiedemann et Gmelin, savoir : que l'estomac vide renferme très-peu de suc gastrique ; que ce liquide, avant la digestion, est peu acide et quelquefois même neutre par suite de l'ingestion d'une grande quantité de salive ; que le suc gastrique augmente après l'ingestion des substances alimentaires, et acquiert alors une très-grande acidité. Ne pourrait-on pas par là se rendre compte de l'extrême variabilité dans les résultats qui ont été observés à la suite de l'administration de la potasse et de la Soude employées comme lithontriptiques, et ne pourrait-on pas, de cette donnée, tirer une déduction pratique relative à l'époque et au mode d'administration de ces substances ? On conçoit, en effet, que si ces médicaments sont administrés fractâ dosi, à des intervalles éloignés entre eux et à une époque très-rapprochée des repas, oii le suc gastrique abonde, elle trouvera toujours assez d'acide hydrochlorique pour être convertie en sel; de telle sorte qu'au lieu de potasse ou de Soude, l'économie ne recevra que de l'hydrochlorate de ces bases (Lambossy, Considérations physico-chirniques relatives à l'absorption des médicaments minéraux, Thèse; Strasbourg, 22 avril 1830).
Cependant les analyses du suc gastrique faites par MM. Cl. Bernard et Barreswil nous ont appris que l'acide chlorbydrique était rarement à l'état libre dans l'estomac. C'est à l'acide lactique surtout que doit être attribuée l'acidité de ce liquide.
M. Blondot et M. Cl. Bernard ont indiqué, dans un travail important, la différence d'action entre les cai-bonates alcalins concentrés et les mêmes sels dilués dans une grande quantité d'eau ; en effet, si l'on administre du bicarbonate de Soude en solution concentrée et môme en cristaux, la sécrétion gastrique est suspendue ; le même, s'il est fortement dilué, après avoir saturé les acides libres de l'estomac, détermine une sécrétion gastrique très-abondante ; on conçoit quel parti on peut tirer de ce fait.
Pléthore, byperinose. — Dans ces derniers temps, le bicarbonate de Soude, de préférence aux autres sels alcalins, a reçu de très-larges applications dans le traitement, tant préservatif que curatif, des divers états morbides, qui ont pour principal caractère la prédominance dans le sang des éléments stimulants, nutritifs et plastiques : nous citerons surtout les différentes formes de pléthore, soit physiologique, soit morbide, les affections rhumatismales et goutteuses, et toute la classe des phlegmasies aiguës.
Il n'est guère de médecin qui ne s'adresse journellement aux solutions de bicarbonate de Soude, ou mieux encore, k l'eau de Vichy naturelle, pour modifier l'état pléthorique qui résulte d'une alimentation trop succulente, du défaut d'exercice musculaire et de combustion intraviscérale,
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état si commun chez les gens riches, sensuels et désœuvrés, notamment dans les grandes villes.
D'autre part, ce même moyen trouve souvent encore son indication chez, les individus de tempérament sanguin, qui, soit par suite d'hérédité ou de causes accidentelles, présentent une disposition plus ou moins prononcée aux congestions et à l'apoplexie.
Or, on ne peut nier que, dans ces conditions, le hicarbonate de Soude ne soit utile à plus d'un titre, soit en faisant disparaître l'embarras des voies digestives qui se lie souvent à l'état pléthorique, soit en modifiant la crase du sang, et en corrigeant l'excès d'acides et la prédominance des éléments plastiques.
En insistant sur cette médication altérante, mais avec prudence et réserve toutefois, et en y associant surtout un régime de vie convenable, on peut combattre avec avantage cette disposition pléthorique et cette habitude congestive qui, pour nombre d'individus, sont à la fois un danger incessant et un tourment perpétuel, et il est même possible, chez quelques-uns, de prévenir ainsi l'hémorrhagie cérébrale, ou tout au moins d'en reculer plus ou moins les premières attaques ou les récidives.
Dans ces circonstances, on donne le bicarbonate de Soude à la dose d'un gramme seulement par jour. On reste à cette dose pendant huit à quinze jours, et on arrive progressivement à en donner 2 grammes et même un peu plus, mais avec la précaution de suspendre de temps en temps l'usage de ce médicament, et de ne jamais trop élever les doses.
Au chapitre de la médication altérante, nous avons signalé le rôle important que jouent les alcalins, et notamment le bicarbonate de Soude, dans le traitement des maladies inflammatoires. Par exemple, dans les pneumonies et les pleurésies, ainsi que dans les rhumatismes articulaires de forme aiguë, il est incontestable que les boissons alcalines, et à leur tête les solutions de bicarbonate de Soude, deviennent un très-utile auxiliaire des émissions sanguines.
Nous ajouterons même que le bicarbonate de Soude a été tout récemment employé dans la pneumonie aiguë à l'exclusion de tout autre remède, et qu'à lui seul il aurait obtenu, dit-on, des succès. Nous le croyons sans peine, car la pneumonie franche est une de ces maladies qui semblent s'accommoder le mieux de beaucoup de méthodes thérapeutiques» sans en exclure même la méthode expectante. Toutefois, dans les cas graves, il sera toujours plus prudent de reléguer les alcalins à la seconde place, et de ne pas les compromettre sans nécessité en voulant leur donner le pas sur des moyens plus puissants et mieux éprouvés, tels que les émissions sanguines et les contro-stim niants.
Uiphthérie. — Le bicarbonate de Soude, en sa qualité d'altérant, semblait naturellement indiqué dans les affections diphthéritiques. On s'en était servi, en effet, depuis longtemps, pour combattre l'angine couenneuse et le croup ; mais les résultats n'avaient rien d'assez décisif pour lui mériter la faveur. Toutefois, ce médicament n'avait pas cessé d'occuper
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dans la pratique la place à la fois utile et modeste qui lui convient. Les choses en étaient là lorsque, dans ces dernières années, quelques succès retentissants, les uns réels mais purement fortuits, les autres douteux ou très-discutables, vinrent appeler très-fortement l'attention publique sur ce médicament; et bientôt, l'enthousiasme s'en mêlant, il s'en fallut de peu qu'on ne crût avoir trouvé dans le bicarbonate de Soude le spécifique de l'affection diphthéritique, et même du croup.
Mais cet engouement ne devait pas durer, et l'observation calme et réfléchie eut bientôt réduit les choses à leur juste valeur. On n'a pas renoncé au bicarbonate de Soude, mais, quand on y a recours dans les angines couenneuses et dans le croup, on l'emploie concurremment avec d'autres moyens plus énergiques, à titre de moyen simplement auxiliaire. Grâce à son action altérante et antiplastique, il est permis d'en espérer quelque avantage, soit pour modifier l'état général diathésique qui semble présider au développement de l'affection diphthéritique, soit encore pour agir topiquement sur les pseudo-membranes qui tapissent l'arrièregorge ou les voies aériennes, en aidant ces pseudo-membranes à se ramoUir et à se détacher. A ce double titre donc, le bicarbonate de Soude peut avoir son utilité; mais il y a loin d'une utilité très-secondaire à l'importance excessive qu'on s'était plu à, lui attribuer.
Graveiie, calculs. — Toutes les solutions alcalines, et notamment les eaux chargées de bicarbonate de Soude, en tête desquelles nous placerons l'eau de Vichy, possèdent, comme chacun le sait aujourd'hui, la propriété d'alcaliser très-rapidement l'urine.
Cette propriété, une fois reconnue, devait conduire tout naturellement à l'idée de la dissolution des concrétions ou calculs vésicaux. Magendie est peut-être un des premiers qui aient exprimé cette idée Ct sollicité les praticiens à diriger leurs expériences en ce sens.
Notons, d'ailleurs, que cette dissolution des calculs vésicaux était un fait implicitement acquis à la science depuis très-longtemps. En effet, les nombreux remèdes dits lithontriptiques, tels que les coquilles d'escargots, préconisés par Pline, le fameux spécifique de mademoiselle Stephens, la potion de Saunders, le remède de J urine et de Chittilis, la tisane de Mascagni etc., etc., tous ces remèdes n'ont-ils pas pour base des carbonates de Soude ou de potasse, et n'est-ce pas à leur qualité de substances alcalines qu'il faut rapporter des succès qu'on ne saurait contester ?
Guidé par ces faits empiriques, et plus encore par des observations ou expérimentations plus récentes et plus décisives, dues à des chimistes éminents, tels qued'Arcet et Berzélius, un certain nombre de médecins, répondant d'ailleurs à l'appel adressé par Magendie, instituèrent des expériences pour vérifier d'une manière positive la propriété dissolvante des solutions ou des eaux alcalines, administrées soit en boissons ou cubains, soit en injections. En tète de ces médecins, vient se placer M. le docteur Petit, inspecteur des eaux de Vichy.
De ses observations et de ses expériences, M. Petit crut pouvoir com-
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dure « que les eaux de Vichy n'agissent pas seulement en augmentant la sécrétion de l'urine, et en facilitant par ce moyen l'entraînement des graviers ; mais leur véritable effet, leur effet le plus prononcé, c'est, en communiquant leurs qualités chimiques à l'urine, d'offrir aux graviers un liquide dans lequel ils peuvent naturellement se dissoudre ou se désagréger dans un temps plus ou moins long, qui est en rapport avec leur volume et leur composition chimique. »
Pour expliquer le mécanisme de la destruction d'un grand nombre de calculs sur lesquels le sel alcalin n'a pas d'action chimique directe, M. Petit invoqua et fit valoir avec insistance une considération spéciale qu'il crut propre à lever plus d'une difficulté : « On ne saurait, dit-il, apporter trop d'attention au rôle que joue le mucus vésical ; ce mucus se mêle à la substance calculeuse, s'interpose entre ses molécules, en augmente la force adhésive, en un mot se comporte à la manière d'un ciment. Il y a, par conséquent, dans le même calcul une sorte d'agglutination de la matière animale et de la matière saline. Or, les eaux dissolvent la partie saline, laquelle privée de son ciment se dépose par petites lamelles et est rendue avec les urines ; de cette manière, elles peuvent agir sur les calculs phosphatiques, surtout sur ceux de phosphate ammoniaco-magnésien^ presque aussi bien que sur ceux d'acide urique.
M. Petit n'hésite pas à tirer de cette considération cette conséquence que, sans avoir d'action chimique sur les éléments d'un calcul, quelle que soit d'ailleurs sa composition, les eaux de Vichy, parla désagrégation des divers ingrédients des calculs, peuvent peu à peu les diminuer et donner lieu à leur expulsion naturelle hors de la vessie.
En attribuant aux eaux de Vichy cette vertu si admirablement dissolvante dans toutes les concrétions calculeuses sans exception, et en faisant jouer ici un si grand rôle aux réactions chimiques, M. Petit devait infailliblement susciter contre lui bien des contradicteurs. En effet, les uns lui contestèrent la réalité des faits eux-mêmes, c'est-à-dire la dissolution des calculs, quelle que fût leur composition, et en preuve ils lui opposaient des expériences directes dans lesquelles les calculs, soit dans la vessie, soit hors de la vessie, mis en contact pendant un temps plus ou moins long avec l'eau de Vichy, n'avaient subi aucune diminution dans leur poids ni aucune altération dans leur texture. D'autres plus nombreux, tout en admettant en général l'influence favorable de ces eaux dans certaines affections calculeuses, et notamment dans la gravelle, s'élevaient, non sans raison, contre l'explication trop exclusivement chimique à l'aide de laquelle on prétendait rendre compte des résultats obtenus.
Toutefois, sans s'arrêter aux exagérations et aux mauvaises explications dont le temps a fait justice, on peut dire que l'eau de Vichy a gagné ici sa cause; et aujourd'hui on ne saurait révoquer en doute l'efficacité des alcalins, et notamment de l'eau de Vichy, dans les affections graveleuses, efficacité attestée par des guérisons dont la plupart des médecins ont pu être témoins.
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A cet égard pourtant, il y a une distinction à établir entre les différentes espèces de gravelle. Elles peuvent ici se ramener à deux groupes principaux : 1° celle qui est déterminée par l'acide urique et ses composés ; 2° celle qui résulte de dépôts phosphatiques.
Or, l'efficacité des solutions alcalines contre la gravelle urique ou gravelle rouge, la seule qui provienne d'une véritable diathèse, est à peu près généralement admise. L'expérience a, en effet, démontré très-positivement que l'usage des sels alcalins, et notamment qu'une ou plusieurs saisons des eaux de Vichy, favorisent l'expulsion des graviers, et, en outre, paraissent contribuera en prévenir la formation pendant un temps plus ou moins long.
Mais cet accord qui existe au sujet de la gravelle rouge n'est plus du tout le même relativement à la gravelle phosphatique, ou gravelle blanche. On sait que, dans ce dernier cas, l'urine, au lieu d'être acide, est devenue neutre ou alcaline.
Ici, il faut en convenir, la théorie chimique semblerait, de prime abord, contraire à l'usage des eaux alcalines. Ne sait-on pas, d'ailleurs, que des savants de premier ordre, entre autres Marcet et Prout, ont élevé contre cette médication des objections, en apparence pleines de force et de justesse. Mais il est vrai d'ajouter que d'autres chimistes non moins distingués, et particulièrement M. Mialhe, se sont efforcés de réfuter ces objection^ par des considérations non moins décisives.
Mais nous abandonnerons aux chimistes la question de chimie, et nous nous en tiendrons ici à l'observation et à la clinique. Or, en consultant les faits, nous croyons pouvoir dire que si, dans la gravelle phosphatique, la médication alcaline ne jouit plus de cette efficacité évidente et incontestable qu'elle possède contre la gravelle urique, elle ne laisse pas que de rendre encore dans ce cas de bons et utiles services.
On sait que la gravelle phosphatique ne dépend plus, comme la gravelle urique, d'une disposition générale de l'économie ; c'est une affection toute locale et qui a généralement pour siège la vessie. Elle est presque toujours le résultat d'un catarrhe de cet organe ; dans ce cas, l'urin'd se trouve retenue dans son réservoir par un obstacle à son libre cours ; et par le fait de cette rétention, elle s'y altère et devient ammoniacale.
Or, abstraction faite des réactions chimiques, qui, au dire de quelques auteurs, exercent en ce cas même une action toute locale des mieux appropriées à l'affection de la vessie, les faits semblent parler encore ici en faveur de l'eau de Vichy, s'il est vrai qu'en introduisant dans l'économie une grande quantité d'eau minérale, cette eau augmente et renouvelle sans cesse la sécrétion et l'écoulement des liquides urinaires, dissout les mucosités purulentes, modifie avantageusement les surfaces malades, arrête la formation des produits ammoniacaux, et s'il est vrai enfin que, par ce moyen, on arrive h enlever peu à peu la cause des dépôts et des précipités et à attaquer ainsi la maladie dans sa source.
En résumé, c'est par une action à peu près identique, c'est-à-dire par
SOUDE. i37 l'introduction d'une grande quantité de bicarbonate de Soude dans l'économie, que les eaux de Vichy sont avantageuses à la plupart des affections des voies urinaires qui se caractérisent par la gravelle ou les concrétions calculeuses. D'une part, elles modifient l'état pathologique de la muqueuse vésicale et fluidifient les mucus sécrétés ; et, d'autre part, en agissant sur la composition du sang, en prévenant la formation soit de l'acide urique, soit des phosphates neutres, elles changent la constitution des principes urinaires, de telle sorte qu'en arrivant aux reins et à la vessie, ils ne contiennent plus de substances insolubles propres à former des précipités. {Extr. (Tune Notice sur les eaux de Vichy, 1834.)
Dans cette manière d'apprécier l'action des alcalins sur les affections deï5 voies urinaires, qui paraît exprimer l'opinion actuellement dominante parmi les médecins de Yichy, nous aimons à constater que tout n'est plus réduit comme par le passé à une action purement chimique, mais qu'on tend à rapporter, au moins en très-grande partie, le succès de la médication alcaline à l'influence physiologique exercée par cette médication tant sur l'organisme que sur les organes malades.
En effet, tout nous semble concourir ici, l'observation non moins que le bon sens médical, pour faire intervenir, dans la cure des affections graveleuses et calculeuses, quelque chose de plus qu'une simple réaction entre les éléments chimiques qui se rencontrent dans le réservoir urinaire.
Une guérison réelle et plus ou moins durable peut-elle se concevoir ici sans une modification générale, profonde, de tout l'organisme, en un mot sans une influence du remède sur la diathèse morbide elle-même, quand cette diathèse est reconnue, d'un commun accord, comme la véritable cause de la maladie?
En d'autres termes, comment sans cette interprétation se rendre compte de ce fait si constant et si remarquable, à savoir : que les personnes qui, pendant plusieurs mois, ont pris des eaux alcalines, et qui, pendant l'administration de ces médicaments, ont été débarrassées de la gravelle, restent plusieurs mois et même plusieurs années sans rendre de nouveaux graviers, bien qu'elles aient cessé l'usage, de la substance alcaline ? Dans ce cas, ne faut-il pas admettre de toute nécessité que, sous l'influence de la médication alcaline, non-seulement l'urine cessant d'être acide n'a pu former de nouveaux calculs, mais que le remède a modifié, ou les reins, ou les voies digestives, ou l'économie tout entière, que la diathèse en un mot a été, sinon détruite dans son fond, au moins atténuée et enrayée dans ses manifestations.
Goutte. — Au chapitre de la Médication altérante, nous avons déjà dit un mot de ce qu'il fallait penser de l'action curative des boissons alcalines, et, en particulier, de l'eau de Vichy dans la goutte. On connaît, à cet égard, le désaccord qui existe entre les médecins de Vichy. Or, voici ce que notre expérience personnelle nous a appris.
Il est très-rare que la médication alcaline réussisse à guérir radicale-