‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/Chapitre 71 sur 146 · ACIDE SULFURIQUE · texte numérisé non relu

ACIDE SULFURIQUE

L'Acide sulfurique, SO^ (huile de vitriol), esprit de soufre, lorsqu'il est pur, est un liquide visqueux, sans odeur, d'une causticité extrême, rougissant fortement la teinture de tournesol, pesant plus d'une fois et demie autant que l'eau (1,85). Il bout k 300O, et est décomposé par une forte chaleur en oxygène et en acide sulfureux. En contact avec des matières végétales et animales, il les corrode et les charbonne; il a une très-grande affinité pour l'eau.

On distingue l'Acide sulfurique anhydre et l'Acide sulfurique monohydraté. Ce

dernier est presque exclusivement employé; il doit marquer 66 degrés au pèseacide.

Préparation. L'Acide sulfurique s'obtient en grand dans les arts par la réaction de l'air et de l'eau sur les produits de la combustion d'un mélange d'azotate de potasse et de soufre. Nous renvoyons, pour les détails, aux ouvrages de chimie.

L'Acide sulfurique du commerce contient souvent de l'acide nitrique; on reconnaît facilement sa présence en projetant dans l'Acide un peu de protosuUate de

MÉniCAlMENTS IRRITANTS.

fer pulvérisé : la liqueur prend alors une belle couleur poupre ou lie de vin foncée (Desbassins de Richcmond).

Cet Acide contient aussi presque toujours du sulfate de plomb; on doit le purifier îi la distillation.

L'Acide sulfurique concentré est un caustique des plus violents; il faisait autrefois la base de pommades^ ou d'onguents fort énergiques et vantés; convenablement étendu d'eau, cet acide devient simplement astringent.

On l'administre souvent ii l'intérieur.

Acide svlfurique dilué (Acidum sulfuricum dilutum).

Pr. : Acide sulfurique .... 100 gram.

Eau distillée 900

Il faut avoir soin de verser l'eau en premier.

Limonade minérale ou sulfurique.

Pr. : Sirop de sucre 100 gram.

Eau commune 900

Acide sulfurique. ... 2 Mêlez.

On prépare avec l'Acide sulfurique des élixirs-nrides, qui sont de simples mélanges faits à froid dans des proportions variées d'alcool et d'Acide sulfurique. Les principaux sont : les élixirs de S' hntlz, de Dij'ppl, de Mjinsirhl, de HaUer, enfin l'eau de Hnbei, dont nous donnerons la formule et la préparation, comme étant le plus employé de ces élixirs-acides.

Eau de liabel.

(Acide sulfurique alcoolisé ou dulcifié.)

Pr. : Alcool à 90 degrés ... 300 gram. Acide sulfurique à G6 degrés, pur 100

On met l'alcool dans un matras et l'on verse dessus l'Acide sulfurique, en facilitant le mélange par l'agitation ; il se développe de la chaleur. On colore ordinairement l'eau de Rabel en rose avec de

l'orcanette ou à l'aide de quelques pétales de coquelicot.

Cette préparation ne doit pas être considérée seulement comme un simple mélange d'alcool et d'Acide sulfurique : ellr renferme une très-grande quantité d'acide sulfo-vinique (bisulfate d'éther) résultant de l'action de l'Acide sulfurique sur l'alcool.

L'Acide sulfurique fait encore partie de Veau d'arquebusade :

Pr. : Alcool rectifié ï de chaque

Vinaigre d'Orléans. . / 780 gram.

Acide sulfurique faible. 100 Sucre blanc 192

Mêlez et conservez.

On applique des compresses imprégnées de cette liqueur sur les parties nouvellement contuses.

Cette eau est mieux nommée eau vulnéraire de Thédpn. pour no pas la confondre avec l'alcoolat vulnéraire qui porte le vrai nom d'eau d'arquebusade, dont on trouvera la formule à l'article Mélisse. Un pharmacien auquel on prescrirait de l'eau d'arquebusade sans autre désignation ne donnerait que l'alcoolat vulnéraire.

Il entre dans la composition de l'eau antipniride de Beaufort. 32 grammes d'Acide sulfurique à 66 degrés, mélangés à 500 grammes d'eau.

Caustique safrano-sulfurique (Velpeau).

Pr. : Pondre de safran 10 part.

Acide sulfurique concentré. 20

L'Acide carbonise la matière organique et constitue une matière noire homogène ayant la consistance du miel. Ce caustique énergique triomphe de tumeurs encéphaloïdes que le bistouri n'oserait attaquer ; il les racornit et en diminue singulièrement le volume en les brûlant. L'absorption n'est pas à redouter comme pour l'Acide arsénieux.

Au lieu du safran, on emploie encore l'amiante pour former une pâte caustique.

C'est un des poisons irritants les plus énergiques.

En médecine, il n'est jamais employé pur, si ce n'est pour cautériser des verrues; encore doit-on l'appliquer avec une grande circonspection, parce qu'il détruit profondément les tissus.

Ordinairement, on l'étend d'une quantité d'eau plus ou moins grande, ou bien on le mêle à l'alcool, ou bien encore on l'incorpore avec de l'huile, de l'axonge, etc.

ZINC

A l'intéricnr, l'Acide sull'urique n'est jamais employé que comme tempérant ou comme hémostatique. (Voyez Sédatifs, Astringents.)

A l'extérieur, et comme moyen topique, on peut en faire usage dans quelques circonstances d'ailleurs assez bornées.

Ainsi, étendu de deux fois son poids d'eau, il peut remplacer l'acide hydi'ochlorique dans le traitement des maladies couenneuses de la bouche et de la gorge; à la dose de 2 grammes, pour 500 grammes d'eau, il sert à composer des gargarismes détersifs, des lotions propres à réveiller la vitahté à la surface des vieux ulcères, ou à empêcher qu'ils ne se recouvrent de sécrétions pultacées.

L'eau de Rabel (Acide sulfurique alcoolisé) est encore employée ou pure, ou étendue d'une grande quantité d'eau, suivant qu'on veut obtenir un effet plus ou moins énergique.

Dans les vieilles pharmacopées, on trouve un grand nombre de savons, de pommades, d'onguents préparés avec l'Acide sulfurique. Toutes ces préparations sont inusitées aujourd'hui.

Disons encore que, pour l'usage externe et interne, l'Acide sulfurique ne doit être employé comme caustique ou comme irritant local qu'à défaut des nombreux agents du même ordre que nous avons passés en revue.

Nous ne pouvons toutefois nous dispenser de dire que M. Legroux, à l'exemple de Mayor et de M. Robert, a substitué depuis longtemps la cautérisation sulfurique à la cautérisation au fer rouge dans le traitement des arthrites chroniques et des névralgies, et qu'il paraît avoir retiré de ce moyen des avantages assez marques de Thér., sept, et oct. 1852).

Plus récemment, le docteur Henri Gintrac, de Bordeaux, et le docteur Dubourg, de Marmande, ont publié de nouvelles observations qui confirment pleinement l'efficacité de ce caustique dans le traitement de la névralgie sciatique.

Quant aux autres usages assez nombreux de cet Acide, nous en traiterons dans le deuxième volume (cbap. Des Sédatifs).

ZINC

Le Zinc [Zincum] est un métal d'un blanc bleuâtre, lamelleux, assez ductile, peu dur, d'une saveur métallique peu prononcée, mais distincte. Il est fusible à 3C0 degrés et devient volatil au rouge blanc. Sa densité est de 7,1. Il ne doit contenir ni fer ni arsenic.

Dans la nature, on rencontre toujours le Zinc à, l'état de combinaison, soit combiné au soufre (blende ou fausse galène), soit à l'oxygène (tuthie), soit à l'oxygène et à la silice (calamine), soit enfin à l'état de carbonate ou de sulfate.

Le Zinc métallique n'est pas employé en médecine.

Oxyde de Zinc {Orydum Zinci mm igne para/um ) , Codex. (Noms anciens :

fleurs de Zinc, pompholix, nihilatbum, lana philosophica, tuthie préparée.)

Il est très-blanc, insipide, inodore, fort doux au toucber, se convertissant facilement à l'air en sous-carbonate. Il est Boluble dans la potasse, la soude et l'ammoniaque; il doit se dissoudre sans effervescence dans l'acide clilorbydrique.

On obtient l'oxyde de Zinc en chauffant le Zinc au contact de l'air.

C'est le plus souvent un oxyde imput connu sous le nom de lutine ou de cadinie

MÉDICAMENTS IRRITANTS

des fourneaux, que l'on emploie pour les diverses préparations pharmaceutiques.

M. Soubeiran conseille de renoncer à l'usage de cet oxyde, parce qu'il contient souvent de l'arsenic.

Oxyde de Zinc par précipitation. Oxyde de Zinc par voie humide.

{Oxydum Zincicum aqud mediante paraium.)

Cet oxyde est exempt d'arsenic.

Pr. : Sulfate de Zinc purifié et

cristallisé 300 gr.

Carbonate de soude cristallisé 350

Eau distillée 2000

Faites dissoudre les deux sels dans la moitié de l'eau prescrite. Introduisez la solution de carbonate de soude dans une grande capsule de porcelaine, chauffez-la graduellement, et, lorsqu'elle sera parvenue à l'ébullition, versez-y peu îi pi;u, et en agitant sans cesse, la solution de sulfate de Zinc ; en même temps qu'il se dégagera de l'acide carbonique, il se formera un dépôt blanc d'hydrocarbonato de Zinc. Entretenez l'ébullition pendant un quart d'heure environ pour détruire l'état gélatineux du précipité; laissez déposer, décantez la liqueur surnageante; lavez le dépôt à plusieurs reprises à l'eau distillée, jusqu'à ce que l'eau de lavage ne précipite plus par le chlorure de baryum ; recueillez le précipité ainsi lavé sur une toile. Quand il sera bien égoulté, faites-le sécher à l'étuve, puis, après en avoir rempli un creuset de terre, soumettez-le à l'action d'une température sombre, jusqu'à ce qu'une petite quantité de poudre, puisée au centre de la masse, ne donne plus d'effervescence dans l'acide sulfurique étendu. Laissez refroidir le creuset, et conservez l'oxyde obtenu dans un flacon bien fermé.

Pommade ou onguent tuthie.

Pr. : Tuthie porphyrisée ... 10 gram.

Onguent rosat 20

Beurre lavé à l'eau de

rose 20

Mêlez sur un porphyre.

Cérat de Hufeland.

Pr. : Cérat simple 18 gram.

Oxyde de Zinc 1

Lycopode 1

Mêlez sur un porphyre.

On emploie souvent l'oxyde de Zinc sous forme de coUure sec associé à parties égales au sucre candi, à l'iris de Florence, etc.

Il fait la base des onquenls ophlhalmiqufs roui/e et vert de Sloane et de Keiser, de Vemt Wre appelé Main-de-Dieu, etc., inusité aujourd'hui.

A l'intérieur, l'oxyde de Zinc (notamment les fleurs) a été employé avec succès.

Pilules contre l'épilepsie (Dupuytren).

Pr. : Oxyde de Zinc le'.

Poudre de valériane .... 1 ,50

Castoréum pulvérisé .... 0 ,10

Sirop simple. q. s.

Faites douze pilules, à prendre dans la journée.

L'oxyde de Zinc entre dans la composition des pilules de Méglin.

Pilules de Méglin.

Pr. : Extrait de jusquiame. . . 2 gram.

— de valériane. ... 2

Oxyde de Zinc 2

Pour quarante pilules.

Sulfate de Zinc, S03ZnO,7HO.

(Sulfate zincique, vitriol blanc, couperose blanche.)

Ce sel est blanc, sans odeur, d'une saveur styptique très -prononcée, soliible dans deux parties et demie d'eau froide et dans une moindre quantité d'eau chaude.

Il est composé de 50,10 d'oxyde de Zinc et de 49,90 d'acide sulfurique.

On l'obtient par la dissolution du Zinc dans l'acide sulfurique. Celui du commerce contenant toujours du sulfate de fer, on le purifie pour l'usage médical, en le dissolvant et en le faisant cristalliser avec soin.

Le sulfate de Zinc est le plus souvent employé à l'extérieur comme astringent, rarement à l'intérieur. Il fait la base d'un grand nombre de collyres, d'injections, de gargarismes, etc.

Ce sel coagule l'albumine; mais, lorsqu'il est en excès, il redissout le coagulum formé d'abord. C'est pourquoi M. Mialhe rejette son emploi à haute dose dans les cas de blennorrhagie, par exemple.

Pour les injections, il ne va pas au delà de GO centigrammes dans 200 grammes d'eau distillée, et, pour les collyres astringents, la plus forte proportion de sulfate de Zinc est 30 centigrammes pour 100 grammes d'eau.

Il donne, au contraire, la formule d'un collyre détersif qui renferme jusqu'à 1 gr. de sulfate zincique pour 10 grammes seulement d'eau distillée.

Collyre au sulfate de Zinc.

Pr. : Sulfate de Zinc 1 gram.

Eau de roses 2S0

Faites dissoudre.

Injections de sulfate de Zinc.

Pr. : Sulfate de Zinc 4 gram.

Eau de roses ...... 500

Laudanum de Syden-

ham *

Le sulfate de Zinc entrait dans une foule

ZINC

de médicaments maintenant tombés dans l'oubli, tels que Veau d'AUbuur, le collyre de saint Jerneron, Veau ophthalmique d'Odhélius, etc.

Acétate de Zinc.

11 est blanc, sans odeur, d'une saveur très-amère et très-styptique; il est extrêmement soluble dans l'eau, plus à chaud qu'à froid. Sa composition est de 43,9 d'oxyde de Zinc, et de 50,1 d'acide acétique.

On le prépare en dissolvant l'hydrocarbonate de Zinc par l'acide acétique, faisant évaporer et cristalliser (Soubeiran).

A l'intérieur, l'acétate de Zinc n'est jamais employé.

A l'extérieur, il a été recommandé, surtout en Angleterre, sous forme de collyres et d'injections astringentes.

Chlorure de Zinc, Zn,Cl.

(Beurre de Zinc, chlorhydrate, hydrochlorate de Zinc) {Clilorurelum Zincicum).

Il est blanc, cristallisé, très-soluble dans l'eau, fusible un peu au-dessous de 100 degrés, volatil à la chaleur rouge. Sa composition est de 47,67 de Zinc, et de 52,33 de chlore.

Préparation.

Pr. ; Zinc laminé q. v.

Acide chlorhydrique à 1,17 . q. s.

Transformez le Zinc en chlorure, en faisant réagir à froid sur ce métal l'acide chlorhydrique étendu de deux fois son poids d'eau. Lorsque tout dégagement de gaz aura cessé, il devra rester une petite quantité de métal non dissous. Décantez le liquide après repos et introduisez-le dans un vase de forme allongée.

Faites passer à travers cette dissolution un courant de chlore, en ayant soin d'agiter de temps à autre le liquide. En peu de temps le chlorure ferreux est transformé en sel ferrique; versez alors la solution dans des capsules, et chauffez de façon à dégager tout l'excès de chlore.

Dans cette dissolution portée à l'ébullition, ajoutez par fractions de l'oxyde de Zinc, 1 pour 100 environ du poids du Zinc; le chlorure ferrique est transformé en chlorure de Zinc, et l'oxyde ferrique, mis en liberté se dépose complètement. Les liqueurs, séparées du précipité par décantation, et soumises, s'il est besoin, îi la filtratlon sur l'amiante, sont évaporées, jusqu'à ce qu'on puisse les couler en plaques.

Ce composé, étant très-déliquescent, devra être conservé dans des flacons à large ouverture et bien fermés à l'émeri.

La solution de chlorure de Zinc qui est employée pour les injections cadavériques se prépare de la manière suivante :

Pr. : Chlorure de Zinc fondu. 100 gram. Eau distillée 200

Faites dissoudre en ajoutant à l'eau distillée la quantité strictement nécessaire d'acide chlorhydrique concentré (environ 3 grammes) pour dissoudre l'oxyde de Zinc que contient toujours le chlorure anhydre fondu ; conservez dans un flacon bouché. Ce liquide marque 1,33 au densimètre (3fio B.).

Le chlorure de Zinc est employé en médecine principalement comme caustique.

C'est le professeur Hanke, de Breslaw, qui l'a expérimenté le premier et avec de grands succès. Le docteur Canquoin, dans ces derniers temps, le remit en vogue et voulut l'exploiter comme remède secret; l'analyse chimique en fit bientôt justice.

Pâte escharolique de chlorure de Zinc.

(Pâte du docteur Canquoin.)

(N» 1). Pr. : Chlorure de Zinc. . 32 gr.

Farine de froment . 64

On mêle le chlorure réduit en poudre a-vec de la farine, et l'on y ajoute de l'eau pour obtenir une pâte solide; il en faut très-peu. On étend sur un marbre avec un rouleau, en couches variant de 1/2 ligne à 6 lignes, suivant l'épaisseur de l'eschare qu'on veut produire.

On connaît sous le nom de : pâte n» 2, celle où l'on met 3 parties de farine; no3, celle où l'on met 4 parties de farine; n" 4, celle où l'on met 5 parties de farine pour, 1 partie de chlorure. C'est le n" 1 qui est presque exclusivement employé. On coupe la pâte de la forme de l'escliare qu'on veut obtenir, et on l'applique sur la partie qui est à retrancher de l'économie.

En ajoutant un peu de chlorure d'antimoine, dit M. Soubeiran, la pâte prend une consistance molle et se moule aisément sur les parties. On l'emploie alors de préférence pour agir sur les tumeurs cancéreuses épaisses et inégales.

Pr. : Chlorure d'antimoine ... 1 part.

— de Zinc 2

Farine 3

Le chlorure de Zinc a été aussi employé à Vintérieur comme antispasmodique.

Nous nous occuperons plus tard de l'oxyde de Zinc, que nous avons rangé parmi les antispasmodiques, suivant un usage admis par la plupart de nos devanciers, sans que, à cet égard, nous puissions rien affirmer de

MÉDICAMENTS IRRITANTS

positif, les expériences faites jusqu'ici ne nous semblant pas suffisamment probantes.

Nous passerons rapidement en revue, d'abord les préparations solubles, le chlorure, le sulfate, l'acétate de Zinc; nous examinerons ensuite les préparations insolubles de Zinc, l'oxyde et le carbonate.

A l'intérieur, le chlorure de Zinc a été employé comme antispasmo. dique ; mais il est dangereux et moins utile que les autres préparations de Zinc.

C'est surtout de son usage extérieur que nous devons nous occuper ici. Ce chlorure est caustique, mais à un moindre degré que ceux que nous venons de passer en revue. Lorsqu'on l'applique pur et en poudre sur la peau revêtue de son épiderme, il l'enflamme, et au bout de six ou sept heures, il produit une eschare grisâtre qui se détache un peu plus vite que celle qui est produite par les alcalis caustiques. Cette propriété caustique a été utilisée par quelques médecins modernes. Hanke, de Brcslau, l'employait pour détruire les naevi materni, les fongus hématodes, les pustules malignes, les ulcères syphilitiques d'apparence carcinomateuse {Bulletin des Sciences méd. de Férussac, t. X, p. 74 ; Journ. de Pharmacie, t. XVI, p. 549). Plus récemment, M. Canquoin, qui prétendait posséder un remède contre le cancer, se vit forcé de rendre public le moyen qu'il tenait secret, et qui déjà ne l'était plus pour personne; et dès lors ce fameux remède cessa de faire des prodiges, et fut oublié aussitôt que connu. La pâte caustique de Canquoin n'a que peu d'action sur la peau revêtue de son épiderme ; il faut préalablement mettre le derme à nu à l'aide de la pommade ammoniacale, puis la tenir appUquée pendant un ou deux jours, suivant que l'on veut cautériser plus ou moins profondément. Ce mode de cautérisation est fort lent, et cause de si atroces douleurs, que les malades les plus courageux ne peuvent souvent se résoudre à une seconde application.

En général, aujourd'hui tous les praticiens préfèrent à ce caustique la poudre de Vienne, dont l'action est immédiate, rapide et peu douloureuse, dont les effets s'accomplissent en présence du médecin qui les surveille et les dirige; et il est reconnu que le chlorure de Zinc ne peut remplir aucune indication spéciale que le caustique de Vienne ne remplisse avec plus de certitude et de facilité.

Suivant Stanelli, le chlorure de Zinc, tombé en déliquium par suite de son exposition à l'air, compte au nombre de ses propriétés médicinales celle de calmer la douleur des dents.

Son mode d'application est des plus simples. A l'aide d'un petit pinceau, on en porte une petite quantité dans la cavité delà dent douloureuse, et, dans l'espace de quelques minutes, il en apaise les souffrances les plus aiguës, sans d'ailleurs en irriter aucunement les nerfs.

Avant de procéder à l'application, il est indispensable d'entourer soigneusement la dent avec du coton cardé, et puis, lorsque le chlorure a été appliqué, de bien remplir la cavité avec cette môme sorte de

ZINC

coton. Enfin, on termine par laver la bouche avec un peu d'eau tiède.

L'auteur affirme qu'il a obtenu un succès constant de ce moyen dans plus de cinquante cas, et que jamais il n'a observé que la marche de la carie en ait été rendue plus active. [Annali universali di medicina.)

'V oxyde de Zinc et le carbonate de Zinc ont été considérés comme antispasmodiques, ainsi que nous l'avons dit plus haut. A l'intérieur, on les a prescrits dans les convulsions des enfants, dans celles des femmes en couches ; on les a encore conseillés dans la chorée, dans le tremblement métallique, dans la coqueluche, en un mot dans les affections nerveuses, et même dans les maladies inflammatoires auxquelles se joignent des accidents spasmodiques.

Les doses, dans ce cas, ont été, chez les enfants, de 23 à 50 centigrammes par jour; chez les adultes, de 1 à 4 grammes.

On sait que, dans ces derniers temps, l'oxyde de Zinc, donné progressivement à très-hautes doses, a été préconisé par M. le docteur Herpin, de Genève, comme un des moyens les plus efficaces dans le traitement de l'épilepsie. Ces expériences ont été répétées en France par un certain nombre de médecins qui s'occupent spécialement des maladies nerveuses et mentales, entre autres par M. Moreau, de Tours; mais malheureusement elles n'ont nullement confirmé les résultats presque merveilleux qui avaient été annoncés par le médecin de Genève.

Toutefois, nous croyons devoir ajouter que les nouvelles observations publiées par cet observateur, sans être toujours aussi décisives qu'il le pense, suffisent au moins pour attester que ce médicament peut exercer une influence heureuse sur certaines épilepsies de nature curable : nous voulons parler surtout des épilepsies accidentelles et de date encore assez récente.

A l'extérieur, l'oxyde et le carbonate de Zinc ont été prescrits en pommade, en poudre, dans les ulcères chancreux, fétides, etc., etc., dans les gerçures du sein, des lèvres; dans l'intertrigo des enfants; dans les ophthalmies chroniques, le coryza : suspendus dans de l'eau mucilagineuse, ils sont employés dans la leucorrhée, la blennorrhagie, etc., etc.

A l'extérieur, les doses sont en quelque sorte illimitées.

Sulfate de Zinc. — Le sulfate de Zinc, comme le carbonate, l'oxyde et l'acétate de Zinc, a été employé à l'intérieur comme antispasmodique. Mais toutes ces préparations ont été surtout conseillées comme topiques, et toutes remplissent à peu près les mêmes indications, en observant toutefois que les préparations solubles de Zinc sont, en général, fort irritantes, et ne doivent être prescrites qu'à doses très-faibles, tandis que le carbonate et l'oxyde veulent être employés à des doses beaucoup plus considérables.

Le sulfate de Zinc, à l'intérieur, ne s'emploie que comme vomitif ; ce vomitif, suivant les expériences de M. Toulniouche, de Rennes, est plus sûr que le tartre stibié, et doit être assimilé au sulfate de cuivre pour ses propriétés émétiques. Il se donne, dans ce cas, à la dose de 40 à 73 cen-

MÉDICAMENTS IRRITANTS

tigrammes, dissous dans 100 à 125 grammes d'eau. Ce vomitif, trèssouvent employé par nos voisins d'outre-mer, n'est pas en usage chez nous, et c'est peut-être à tort; il doit être conseillé d'une manière spéciale dans le cas d'empoisonnement, parce qu'il produit le vomissement plus promptement et beaucoup plus sûrement que le tartre stibié : dans ce cas, il se donne à une dose un peu plus élevée que celle que nous avons indiquée tout à l'heure ; la dose doit être doublée et triplée s'il a été ingéré un poison stupéfiant.

Aran, à l'exemple de Baly, recommande le sulfate de Zinc comme un moyen assez efficace pour combattre la constipation chez les personnes nerveuses. Sulfate de Zinc, 25 centigrammes ; mie de pain, q. s. ; pour 12 pilules argentées. Une pilule immédiatement après le repas (de 3 à5 par jour et même plus).

A l'extérieur, le sulfate de Zinc est très-souvent administré. Dans les catarrhes aigus et chroniques des membranes muqueuses, il est avec avantage mis en contact avec la surface malade. Ainsi, dans l'inflammation de la conjonctive, de la membrane olfactive, du canal de l'urètre, on le prescrit à la dose de 1 centigramme, et même de 10 à 20 centigrammes par 30 grammes d'eau distillée ; dans la leucorrhée, en injections à la dose de 2 à 8 grammes pour 500 grammes d'eau ; à la même dose en gargarisme dans les maladies chroniques de la gorge.

Enfin, on l'a employé en lotions contre la gale (Gmelin, App. méd., 1. 1, p. 128), et Haies {Journ. univ. des Sciences méd., t. VJI, p. 254) l'a conseillé, non-seulement dans cette affection, mais encore dans la plupart des maladies chroniques de la peau.

En bains, on l'administre encore à la dose de 60 à 120 grammes pour guérir les démangeaisons causées par le prurigo, par l'eczéma chronique, et, en général, par toutes les affections herpétiques.

Le sulfate de Zinc, intimement uni avec l'alun, au moyen de la fusion de ces deux substances dans une capsule de porcelaine, a été présenté dans ces dernières années, par le docteur Richard, de Soissons, comme un des moyens le plus promptement et le plus sûrement efficaces à opposer au prurit des organes génitaux.

Comme ces deux substances, employées séparément, sont incontestablement utiles dans cette circonstance, il est permis de croire que, réunies et combinées, elles acquièrent encore un plus haut degré d'efficacité. C'est donc un moyen nouveau à ne pas négliger lorsqu'il s'agira de combattre une affection aussi incommode et aussi souvent rebelle.

L'acétate de Zinc n'est jamais employé à l'intérieur.

A l'extérieur, il a exactement les mêmes usages que le sulfate. M. le docteur Pujet, qui traite avec un grand succès les maladies de la peau, emploie principalement comme topique la solution d'acétate de Zinc, qu'il donne en bains, ou qu'il laisse appliquée sur la partie pendant une ou plusieurs heures.

Le Zinc, exposé à l'air libre et employé comme toiture ou comme gout-

CUIVRE. 'jOl tières, ne cède à l'eau de pluie qu'une quantité insignifiante de sel insoluble de Zinc ; il en est de même des caisses de tôle zinguée qu'emploie la marine. L'eau qui séjourne dans ces caisses s'y conserve trèslimpide, et celle qui passe sur les couvertures de Zinc est aussi trèssalubre (Bouchardatet Fonssagrives, Dull. de Thér., 1864, t. LXVII, p. 70). (Pour le valérianate de Zinc, voir à l'article Valériane.)

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