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ACTION THÉRAPEUTIQUE DES CANTHARIDES

Malgré l'activité d'un pareil remède, et peut-être à cause de cette activité, quelques thérapeutistes ont osé le prescrire à l'intérieur, et leur exemple a été suivi par un assez grand nombre de praticiens qui, de nos jours, se sont acquis une juste réputation.

Le père de la médecine, Hippocrate, donnait la poudre de Cantharidés dans les cas d'hydropisie, d'apoplexie et d'ictère; il conseillait le même moyen dans les accouchements laborieux, pour solliciter l'expulsion du fœtus et du placenta. 11 avait cru constater aussi les propriétés emménagogues de ce médicament.

Dans les premiers âges de la médecine, on avait donc reconnu déjà les affinités électives entre les Cantharidés et les organes génito-urinaires. Déjà les historiens nous apprennent que les Cantharidés entraient dans la composition des philtres et des breuvages propres à éveiller les désirs amoureux. L'expérience avait, en effet, démontré que l'usage interne des Cantharidés jette les organes génitaux dans un état d'érélhisme qui n'est pas toujours sans danger, et qui peut amener et des pissements de sang et une inflammation du pénis ou de l'utérus, et même le sphacèle de la verge. Aussi engagerons-nous les praticiens, si jamais ils croient devoir conseiller les Cantharidés dans le cas d'anaphrodisie, à y mettre une extrême prudence, et à retenir les malades trop disposés à abuser d'un remède qui leur rend une jeunesse factice et des plaisirs longtemps regrettés.

Malgré l'imposante autorité d'Hippocrate, l'usage interne des Cantharidés dans le traitement des maladies autres que l'impuissance était à peu près tombé en désuétude parmi les modernes, quand J. Groenevelt, médecin anglais, essaya de réhabiliter ce remède; et il devint, à cette occasion, l'objet de persécutions fort actives de la part de ses confrères. C'était surtout dans la dysurie qu'il donnait les Cantharidés. Il composait, avec 60 centigrammes de Cantharidés en poudre et 73 centigrammes

CANTHARIDES

de camphre, deux ou trois bols, qu'il faisait prendre à quatre heures d'intervalle l'un de l'autre (J. Groenevelt, Tutus Canthmndum usus internus, Londini, 1698, in-8). Werloff {Commercium liKerarium, an. 1733) conseille la même médication dans la dysurie ; il n'associait pas les Cantharides au camphre, et donnait 5 centigrammes de poudre toutes les quatre heures. S'il s'agit ici de la dysurie des vieillards, qu'il faut attribuer souvent à une demi-paralysie de la vessie, il est évident que cette médication est rationnelle, et qu'elle ne peut, en général, causer aucun accident notable ; mais, si ce symptôme est sous la dépendance d'une phlegraasie chronique du col de la vessie, entretenue, par exemple, par la présence d'un calcul ou par le p.assage fréquent des graviers qui déchirent la membrane muqueuse, si elle tient à un engorgement grave de la prostate, il est douteux que les Gantharides rendent alors les mêmes services ; c'étaient ces considérations et d'autres encore qui faisaient et font encore aujourd'hui blâmer, dans ce cas, l'usage interne des Gantharides.

Presque h la même époque que Groenevelt, mais un peu postérieurement. Th. Bartholm {Cantharidum usus internus, in Hist. anatom. cent. V. hist. 82) imagina de donner l'infusion vineuse des Gantharides dans la blennorrhagie. Ce moyen extraordinaire, adopté également par Werloff, fut repris plus tard et singulièrement préconisé par Richard Mead [Monita et prœcepta, Londini, 1751), qui imagina une teinture alcoolique de Gantharides faite en mettant digérer 8 grammes de Gantharides contuses dans 750 grammes d'alcool. Il en donnait aux malades de 30 à 50 gouttes matin et soir ; et, de nos jours, nous avons vu Robertson. d'Edimbourg, traiter la blennorrhagie parla même méthode: il employait la teinture de Gantharides à la dose énorme de 15 grammes en vingt-quatre heures [Biblioth. médicale, t. XX, p. 39).

Nous dirons comment nous concevons le mode d'action du copahu dans la blennorrhagie : c'est, pensons-nous, en déterminant sur la membrane muqueuse malade une irritation artificielle qui se substitue à l'irritation morbide. G'est de la même manière que nous nous rendons compte du mode d'action des Gantharides dans la blennorrhagie et dans les diverses maladies irritantes des voies urinaires ; mais ici, évidemment, le mal est à côté du bien : c'est au médecin qu'il appartiendra de proportionner l'irritation topique artificielle à l'inflammation morbide ; et, en exposant plus bas notre doctrine de la Médication substitutive, nous essayerons de poser les règles de son application.

Pour mieux faire comprendre ce mode d'action des Gantharides dans le traitement des affections catarrhales des voies urinaires, nous rappellerons encore ici ce que nous avons dit plus haut en traitant de l'action physiologique du remède, et nous ferons mieux comprendre comment, en effet, on a le droit d'assimiler, jusqu'à un certain point, l'emploi des Gantharides données à l'intérieur à ces injections irritantes, que nous faisons dans la vessie et dans le canal de l'urètre pour guérir les phlegmasies de la membrane muqueuse qui revêt ces organes.

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Los publications de M. Morel-Lavallée, celles de M. Bouillaud et la thèse inaugurale de M. Dourif (5 mai 1849) ne laissent que peu de chose à désirer sur ce peint.

M. Bouillaud, à la suite de l'application de larges vésicatoires, trouve des traces de phlegmasie évidente dans les reins et dans l'uretère. Il a trouvé même une fois de petites pseudo-membranes sur la surface muqueuse des bassinets, et un paquet défausses membranes à l'embouchure vésicale des deux uretères. M. Bouillaud démontre donc ainsi l'influence irritante des Cantharides sur les reins et l'uretère. Il constate également que, dans les mêmes circonstances, les urines deviennent albumineuses.

M. Morel-Lavallée, de son côté, prouve par des autopsies (et MM. Andral et Yidal (de Cassis) déposent dans le même sens), il prouve, disonsnous, que la vessie et le canal de l'urètre s'enflamment sous l'influence de la même cause. 11 voit la membrane muqueuse vésicale se recouvrir quelquefois d'une véritable fausse membrane fibrineuse, et il trouve aussi des fausses membranes dans l'urine du vase de nuit. Sans discuter ici la question de savoir si l'albuminurie constatée par M. Bouillaud ne tient pas uniquement au passage du sérum du sang tenant en dissolution de la fibrine, et si les dépositions fibrineuses indiquées par M. Morel-Lavallée dans la vessie ne sont pas dues à la séparation de la fibrine dissoute dans le sérum, toujours est-il qu'on ne peut révoquer en doute l'existence d'une irritation des organes uropoétiques.

Nous ne parlerons pas ici de l'emploi des Cantharides dans l'épilepsie, l'hystérie, la rage, etc.; il suffit qu'un remède soit héroïque et que l'administration en soit périlleuse pour qu'il se trouve des médecins qui croient devoir le tenter dans le traitement des affections aiguës et chroniques réputées incurables ; et, comme on se résout difficilement à avoir fait des essais infructueux, on exagère souvent les vertus du remède dont on a étudié les effets, et l'on finit quelquefois par s'abuser soi-même et par tromper les autres.

Dans l'antiquité, la teinture de Cantharides était employée dans le traitement des maladies chroniques de la peau : témoin ce chevalier romain dont parle Pline, et qui mourut pour avoir pris d'un breuvage dans lequel il entrait des Cantharides, dans le but de guérir une éruption rebelle. 11 faut pourtant arriver presque jusqu'à nos jours pour retrouver des médecins qui emploient de nouveau ce remède. Lorry {Tractatus de Morb. cutan., Paris, 1777, p. 388) conseille la teinture de Cantharides dans l'éléphantiasis des Grecs, et il dit positivement que, de son temps, des médecins anglais employaient beaucoup ce moyen dans le traitement des maladies de la peau.

Biett, qui, au rapport de M. Cazenave (Dict. de méd., 2° édit., t. VI, p. 349), s'est servi de teinture alcoolique de Cantharides à l'hôpital Saint- Louis, pendant plus de vingt ans, sur un grand nombre de malades, en a obtenu det.^s-bons résultats, principalement dans certains eczémas chroniques, et surtout dans les dermatoses de forme squammeuse. La

GAROU

teinture de Cantharides, administrée à la dose de 3 gouttes d'abord , et portée graduellement jusqu'à 20 gouttes et davantage, réussit trèsbien dans le traitement des psoriasis et surtout de la lèpre vulgaire. Donnée avec prudence, et surveillée dans son mode d'action, elle ne détermine pas d'accidents : sous son influence, la peau s'anime, les plaques deviennent rouges, les squammes tombent, les élévations papuleuses s'affaissent, disparaissent, et au bout d'un mois ou six semaines, souvent plus tôt, on peut obtenir la résolution complète et la guérison d'une maladie qui duriiit depuis plusieurs mois. Une chose digne de remarque, c'est que ce médicament agit plus promptement et réussit mieux chez les femmes, chez les individus jeunes, sanguins, actifs, que chez ceux qui sont débiles.

Nous admettons même que la Cantharide puisse exercer une action toute spéciale sur certaines formes de cette maladie.

Nous avons indiqué plus haut (voy. Matière médicale) la formule de la pommade dite de Dupvytren dans le traitement de la calvitie. Il est bien évident que, dans quelques cas, la chute des cheveux tient à une affection herpétique du cuir chevelu, et, à ce titre, une pommade irritante substitutive, en guérissant la maladie de la peau, fait cesser la cause de la calvitie. Mais, quand la calvitie est héréditaire, quand elle vient par les progrès de l'âge, quand elle s'accompagne, comme cela est le plus commun, de l'atrophie du bulbe pileux, il est trop évident qu'il n'est pas de pommade qui puisse rendre à la peau du crâne sa texture anatomique normale.

Les médecins de l'Inde emploient non-seulement les Cantharides, mais encore plusieurs espèces de mylabre, telles que les mylabris cichoris, punclum, pustulafn et indica. Les naturels des marais de Pondichéry emploient encore la racine du plumbago zeylanica réduite en poudre. Cette préparation aurait, dit-on, l'avantage de ne pas agir sur les organes urinaires, tandis que Vammania vesicatoria ne serait qu'un vésicant d'une action inférieure aux précédents. {Gaz. hehd.^ août 1861.)

GAROU

Le Garou {Daphne gnidium) est une planto de la famille des Daphnacées, de l'octandrie monogynie de Linné.

Caractères botaniques. Cet arbrisseau s'élève à la hauteur de 70 centimètres à 1 mètre ; ses rameaux supérieurs sont garnis de feuilles étroites, aiguës, sessiles; ses fleurs sont petites, d'un blanc sale, formées d'un calice tubulé à limbe quadrifide, de huit étamines, d'un style court et d'un stigmate; le fruit est monosperme.

Toutes les espèces du genre daphné sont douées d'un principe âcre, épispastique.

Trois sont employées: lole Garou, sain bois (Daphne gnidium) ; 2° le mésérâ.on, bois gentil (Daplinc mesereum) jS" \a.tauréole (Daphne laureoia). L'espèce la plus employée est le Garou.

Garou. — Ecorce mince en morceaux longs de 1 à 2 pieds, larges de 1 à 2 pouces, très-diflîcile à rompre transversalement, couvert d'un épiderme demi-transparent, crispé ou ridé par la dessiccation et marqué de petites taches blanches tuberculeuses.

Au-dessous de l'épiderme se trouvent des fibres longitudinales, très-tenaces,

MÉDICAMENTS IRRITANTS

couvertes d'une soie très-fine, blanche et lustrée. L'intérieur de l'écorce est d'un jaune paille uni.

L'écorce de Garou a été analysée par un grand nombre de chimistes, nolaniment par Vauquelin, Gmelin et Dublanc jeune. Ce dernier a retiré de l'écorce du daphne mescreum :

Une matière cristalline, résinoïde, sans àcrelé, une sous-résine insi/iide, une matière verte demi-fluide très-dcre.

D'autre part, d'après l'analyse de Gmelin et Baër, l'écorce de daphne mesereum contient : cire, résine dcre, daphnine, matière colorante jaune, extraclif sucré, extractif non sucré, gomme.

Le Garou parait devoir ses propriétés à la daphnine.

La matière verte demi-fluide de Dublanc n'est autre chose que la daphnine tenant en dissolution de la chlorophylle. C'est sous cette forme impure qu'on retire le principe actif du Garou pour les besoins de la thérapeutique.

Poudre de Garou.

On l'obtient en coupant transversalement le Garou en lanières étroites, le faisant sécher à l'étuve et le pilant jusqu'à ce qu'il ne reste plus que de la matière cotonneuse.

Extrait de Garou.

On traite le Garou par l'alcool et l'on en fait un extrait d'après les procédés ordinaires.

Pois suppuratifs de Wislin.

Pr. : Extrait alcoolique d'écorce

de Garou 1 part.

Alcool à 80» {31 Cart.). . . 4

Dissolvez l'extrait dans l'alcool, plongez plusieurs fois des pois d'orange dans cette solution, et laissez sécher chaque fois à l'air libre. Ces pois s'emploient pour provoquer une suppuration abondante.

On fait également des pois h. cautère irritant avec le bois de Garou.

Huile de Garou.

Pr. : Huile d'olive 2 part.

Ecorce de Garou 1

On divise l'écorce, on la fait digérer dans l'huile, et l'on passe avec expression. L'huile se charge du principe actif du Garou.

Pommade épispaslique au Garou.

(Pomatum epispasticum cum extracto Gnidii.)

Pr. : Extrait éthéré de Garou . . 40 gr.

Axonge 900

Cire blanche 100

Alcool rectifié 90

Faites dissoudre l'extrait dans l'alcool, ajoutez la graisse et la cire, et chauffez modérément en agitant continuellement jusqu'à ce que l'alcool soit évaporé. Passez à travers une toile ; versez dans un pot, et remuez jusqu'à ce que la pommade soit en partie refroidie.

Nous devons à M. Coldefy une excellente méthode qu'il est bon d'employer toutes les fois que le Garou est destiné îl subir l'action de quelque véhicule. Cette méthode consiste à piler l'écorce de Garou, préalablement coupée au couteau, dans un mortier de fer, en l'humectant avec de l'alcool jusqu'à ce qu'on ait formé une masse fibreuse sans aucune apparence d'écorce; le Garou est ainsi parfaitement divisé sans danger pour l'opérateur, et la résine mieux disposée à la solution.

On prépare encore avec le Garou des taffetas vésicants. M. Beral en a donné plusieurs formules.

C'est plus particulièrement le daphne mesereum qu'on a essayé d'introduire dans la thérapeutique interne.

M. Cazenavc en compose une tisane ot un sirop qu'il administre dans le cas de syphilis constitutionnelle.

Autrefois on employait les diverses espèces de Garou comme stimulants et diaphorétiques, surtout dans les maladies du système osseux, dans les douleurs ostéocopes, les exostoses, dans les scrofules, les affections dartreuses, le rhumatisme chronique.

Un grand nomhre d'auteurs, entre autres Russel, Home, Swediaur, Wright, recommandent, surtout dans les affections syphilitiques constitutionnelles, l'usage de l'écorce de mesereum comme un remède trèsprécieux.

C'est sans doute sur la foi de ces autorités que Cazenave a songé à réintroduire ce remède dans la thérapeutique de ces affections. Ajoutons qu'il demande à être manié avec une certaine prudence, at-

GAROU

tendu qu'il est susceptible de produire quelquefois d'assez gravesaccidents.

Ainsi, chez un malade de la ville affecté d'une paralysie locale que l'on croyait devoir rapporter à une exostose syphilitique intracrânienne, nous avons vu le Garou donné en décoction être suivi de graves accidents inflammatoires du côté de la vessie, et cela k deux reprises différentes ; de sorte que le médecin ordinaire du malade, qui d'abord s'était refusé à croire à cette action du médicament, fut obligé de se rendre à l'évidence et de renoncer à son usage. Ce fait est-il exceptionnel, ou bien le Garou posséderait-il, bien qu'à un très-faible degré, la propriété d'exercer sur les voies urinaires une action irritante analogue à celle des cantharides? C'est une question que nous ne sommes pas en mesure de pouvoir décider.

A l'intérieur, la décoction de méséréon se donne à la dose de 1 à 8 grammes par litre d'eau.

L'écorce de Garou s'emploie comme épispastique. Mais son action est lente, et cette manière d'appliquer les vésicatoires ne peut être adoptée que pour les parties où la peau est d'une grande finesse, comme le derrière des oreilles, par exemple, ou bien encore chez ceux dont les organes gcnito-urinaires sont ordinairement irrités par les cantharides.

Quand on veut faire un vésicatoire ou produire de la rubéfaction avec une écorce de Garou, on la choisit flexible et unie, et on la laisse macérer dans l'eau, et mieux dans le vinaigre; puis on l'applique sur la peau, de manière que le contact soit bien immédiat. Vingt-quatre ou trentesix heures après l'application du Garou, on voit s'élever de. très-petites vésicules, et, en continuant cette application et en la renouvelant souvent, on obtient une ulcération superficielle que l'on peut entretenir longtemps par le même moyen.

M. Leclerc, de Tours, a fait préparer des extraits aqueux, alcooliques et éthériques d'écorce de Garou. Un épithème fait avec chacun de ces extraits fut appliqué pendant vingt-quatre heures sur l'avant-bras de trois malades. L'extrait éthérique seul produisit un effet énergique. Il se développa un grand nombre de petites vésicules remplies d'une sérosité trouble sur la partie qu'avait recouverte l'épithème fait avec cet extrait. Une simple rubéfaction fut obtenue avec l'extrait alcoolique; l'extrait aqueux resta sans effet. (Leclerc, Essai sur les Epispasliques. — Journal des Connaissances médico-chirurgicales, t. III, p. 92.)

D'après ces travaux comparatifs de M. Leclerc, il est évident que, lorsqu'on voudra composer une pommade au Garou, dans le but, par exemple, d'exciter la suppuration des vésicatoires, il faudra toujours employer de l'extrait éthérique; et ce même extrait devra aussi être employé de préférence à l'écorce, lorsque l'on voudra solhciter un peu d'inflammation dans les parties où la peau est fine.

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