‹ Traite de therapeutique et de matiere medicale/Chapitre 76 sur 146 · ACTION PHYSIOLOGIQUE DES CANTIIARIDES · texte numérisé non relu

ACTION PHYSIOLOGIQUE DES CANTIIARIDES

Ainsi que nous venons de le voir, divers insectes de la tribu des cantharidies contiennent une quantité plus ou moins considérable de cantbaridine, qui constitue, à vrai dire, le seul principe vésicant de ces insectes. Mais comme, en définitive, on ne se sert, en général, que de la Cantharidé officinale, c'est elle que nous prendrons pour type d'action.

Les Cantharides en poudre et les préparations nombreuses qui peuvent retenir leur principe actif sont des agents toxiques très-redoutables. On a assez fréquemment pu observer des empoisonnements produits par cette substance employée, soit dans le but d'exciter l'orgasme vénérien, soit dans celui de provoquer l'avortement. L'ingestion des Cantharides, outre les accidents gastriques communs à tous les poisons acres, produit des phénomènes nerveux spéciaux, tels que l'assoupissement, le délire, le ralentissement de la circulation, et, en même temps, une excitation quelquefois excessive des organes génitaux.

Mise en contact avec la peau, la poudre de Cantharides détermine, quelques heures après son application, un sentiment d'engourdissement d'abord peu douloureux, puis une douleur gravative qui finit bientôt par être cuisante. 11 est rare quelasoulfrance soit vive, elle ne le devient que si les malades font de grands mouvements et irritent les papilles dénudées de la peau. Après un temps plus ou moins long, qui varie en raison d'une multitude de circonstances, on voit l'épiderme soulevé par de petites bulles contenant de la sérosité, sans que d'ailleurs la peau ait acquis une rougeur bien vive. Plus tard, l'action des Cantharides se continuant, ces petites bulles se réunissent et forment une phlyctène unique. En l'enlevant, on trouve à la surface de la peau une couche de lymphe semi-coagulée, que l'on enlève avec facilité, et qui se renouvelle le plus souvent entre chaque pansement, de manière à constituer quelquefois une couche très-plastique et très-épaisse.

Ces fausses membranes s'enlèvent facilement aux premiers pansements ; mais les jours suivants elles deviennent de plus en plus adhérentes, et finissent par former en quelque sorte un épiderme artificiel qui se sèche, et au-dessous duquel on trouve, au bout de quelques joivrs, un épiderme mince, rose, analogue à celui d'une cicatrice récente. Dans d'autres cas, lorsque l'action des Cantharides a été peu énergique, il ne se forme pas de fausses membranes appréciables^ et l'épiderme se reconstitue immé-

CANTHARIDES. 521 diatement aux dépens d'une couche de l'humeur exhalée à la surface de la peau, qui semble se dessécher au contact de l'air.

Outre cette action topique, le vésicatoire en exerce encore une qui est générale, et qui tient d'une part à la réaction causée par l'inflammation de la peau, si peu intense qu'elle soit d'ailleurs ; d'autre part, à la résorption d'un élément irritant qui, circulant avec le sang, va stimuler les tissus divers de l'économie. Cette absorption du principe actif des Cantharides est démontrée, comme chacun sait, par les accidents que l'application des vésicatoires cause du côté des reins, de la vessie et des organes générateurs; et peut-être aussi ces accidents entrent-ils euxmêmes pour quelque chose comme cause de la réaction générale dont nous parlions tout à l'heure.

Ces accidents, du côté des organes uropoétiques et générateurs, sont ordinairement peu intenses, à moins que le vésicatoire appliqué ne soit extrêmement large, ou que des Cantharides n'aient été ingérées. Ils consistent ordinairement dans une augmentation de la quantité des urines, dans l'excrétion plus fréquente du liquide urinaire, fréquence qui est plus grande que ne le comporte la quantité sécrétée ; chez les hommes, dans de la chaleur en urinant, accompagnée de tendance à l'érection ; chez les femmes, dans une cuisson beaucoup plus prononcée en urinant, rarement accompagnée d'éréthisme érotique. Les malades n'indiquent ces légers désordres que lorsque l'on fixe leur attention ; mais, chez les personnes plus facilement irritables, chez celles qui ont pris une grande quantité de Cantharides, ou dont la peau a été recouverte de vésicatoires trop larges, ou bien encore lorsque ces vésicatoires sont appliqués sur une surface récemment scarifiée par des ventouses, ces accidents prennent une forme et une intensité qui ne permettent pas au malade de les cacher aux médecins. Ainsi, on voit se manifester la suppression ou la rétention d'urine, un cystite ou une néphrite aiguës, un priapisme douloureux qui peut aller jusqu'à l'inflammation, et, en définitive, jusqu'à la gangrène du pénis; une nymphomanie insatiable, des métrites aiguës, etc.; le plus souvent enfin des accidents qui tiennent le milieu entre ceux que nous venons de décrire et ceux dont nous avons parlé en premier lieu. Ajoutons que, dans ces derniers temps, MM. Bouillaud et Morel-Lavallée ont prouvé que, sous l'influence d'un large vésicatoire, il se fait une sécrétion albumineuse qui se mêle à l'urine, et dont on constate facilement la présence à l'aide de l'acide nitrique. Il se sécrète même de la fibrine, qui tantôt se condense en fausse membrane dans la vessie, tantôt se retrouve au fond du vase oil les urines ont été reçues.

Comme, en définitive, les Cantharides sont employées généralement dans le but d'appliquer et d'entretenir les vésicatoires, nous les considérerons principalement sous ce point de vue; et, nous servant d'expériences assez nombreuses que nous avons tentées dans notre hôpital et dans notre pratique particulière, nous indiquerons sommairement la 8' ÉD. — T. I. 40

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manière dont on fait panser les vésicatoires et dissiper les accidents qui se montrent quelquefois.

Quand on veut que le -vésicatoire soit ce qu'on appelle volant, les Cantharides doivent rester appliquées seulement le temps nécessaire pour soulever l'épiderme, et ce temps varie suivant la préparation cantharidique, suivant la nature de la peau des malades, suivant la maladie, en un mot, suivant une multitude de circonstances que le médecin devra toujours savoir apprécier.

Dès que la phlyctène sera formée, on enlèvera la matière vésicante, et on fera à la partie la plus déclive de la bulle une ouverture avec des ciseaux, de manière à laisser écouler la sérosité. L'épiderme se trouvera donc exactement en contact avec le chorion ; et, de cette manière, d'abord il y aura moins de douleur, et ensuite la guérison s'accomplira beaucoup plus vite; la partie est alors recouverte d'une compresse ou d'une ouate enduite de cérat et soutenue avec un appareil convenable ; les pansements sont renouvelés ainsi deux fois par jour, jusqu'à ce que toute exhalation de sérosité soit terminée.

Nous avons vu employer dans ce cas, avec succès, un glycéré ainsi préparé :

Mélangez l'eau et l'amidon, ajoutez la glycérine et remuez sur le fou jusqu'cà consistance de cérat.

Quéind, au contraire, le vésicatoire doit être converti en exutoire, les Cantharides pourront être laissées en contact avec lapeau quelques heures encore après que la phlyctène sera formée. L'épiderme sera enlevé en totalité, et on abstergera la plaie pour enlever la couche superficielle de fibrine que recouvre le derme. L'irritation de la peau est assez vive pour qu'il soit plutôt convenable de la tempérer que de l'exalter ; aussi les premiers pansements devront-ils être faits, non pas avec du cérat, mais avec du beurre ou tout autre corps gras qui ne détermine pas une trop rapide cicatrisation. Dès que l'on verra que la plaie tend à se guérir, on remplacera le beurre par une pommade ou un taffetas épispastique, aux Cantharides ou au garou, et l'on continuera ainsi jusqu'à nouvelle indication, et en se conduisant, dans ce pansement, suivant les règles que nous devons indiquer ici.

Nous allons supposer successivement les différents cas qui peuvent se présenter :

Le vésicatoire se sèche, ou bien il suppure trop abondamment; 11 se recouvre de fausses membranes ; Il s'entoure d'une éruption dartreuse ; 11 se recouvre de végétations ; Il cause la dysurie.

Pr. : Amidon Eau . .

Glycérin

33 gram.

CANTHARIDES

A. Le vésicatoire se sèche, ou bien il suppure trop abondamment. — Chez certaines personnes, les vésicatoires ne peuvent suppurer, et se sèchent avec une grande rapidité, bien qu'on les panse avec des pommades aussi actives que celle que l'on emploie chez d'autres personnes dont la suppuration est d'une extrême abondance. Quelques-unes des causes qui influent sur ce résultat peuvent être appréciées ; mais, le plus souvent, celte appréciation est tout à fait impossible, et tient à des causes dont on peut seulement constater les effets. On sait que, parmi les malades, il en est qui, s'ils se blessent légèrement, voient leurs plaies se cicatriser avec la plus grande facilité, et, en quelque sorte, par première intention ; chez eux, la suppuration ne s'établit qu'avec une difficulté extrême. D'autres, au contraire, qui ont ce que le vulgaire appelle des humeurs, ne peuvent avoir la plus légère égratignure sans que la plaie s'envenime, et chez eux les suppurations semblent s'éterniser. Les vésicatoires des malades de la première catégorie sont très-difficiles à entretenir ; ceux des makdes de la seconde n'ont besoin que de peu de soins pour que la suppuration se maintienne pendant longtemps. Chez les vieillards, la suppuration des vésicatoires ne s'établit qu'avec une difficulté extrême ; et on peut s'expliquer ce phénomène par le peu de vascularité de la peau dans la dernière période de la vie ; mais ce qui a lieu de nous étonner, ce que nous n'avons pu croire qu'après y avoir été en quelque sorte contraints par l'évidence des faits, c'est que la suppuration des vésicatoires est peut-être encore plus difficile à entretenir dans le jeune âge que dans la vieillesse; et si, dans un cas, nous avons pu invoquer comme cause le peu de vascularité de la peau, dans l'autre nous sommes obligés de recourir à une explication tirée de la puissance de la force plastique dans le jeune âge ; puissance en vertu de laquelle la cicatrisation s'effectue avec une grande rapidité.

Quoi qu'il en soit, l'expérience démontre que les vésicatoires, toutes choses égales d'ailleurs, doivent être entretenus chez les vieillards et chez les enfants avec des pommades et des taffetas beaucoup plus énergiques que ceux que l'on emploie pour les adultes; et, en définitive, il convient de dire que l'activité des agents épispastiques doit être proportionnée à la difficulté que l'on éprouve à entretenir la suppuration.

B. Le vésicatoire se recouvre de fausses membranes. — L'opinion généralement reçue est que l'excès de l'inflammation cantharidique est la cause de cette supersécrétion de fausses membranes que l'on observe si souvent sur les vésicatoires. Il est hors de doute que l'action des Cantharides a pour effet la production d'une phlegmasie pelUculaire, comme M. Bretonneau l'a si bien démontré. Ce praticien a pu, en instillant dans la trachée-artère, dans le larynx des chiens soumis à ses expériences, de l'éther cantharidé, déterminer une inflammation membraneuse qui simulait à merveille une phlegmasie diphthéritique ; et, en appliquant sur la membrane muqueuse de la lèvre d'un chien un peu de ce môme éther,

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il voyait, au bout de quinze à vingt minutes, l'épithélium se détacher, et, au-dessous, il se formait bientôt une fausse membrane qui s'enlevait avec facilité, et qui, pendant un jour ou deux, se renouvelait promptement.

D'après ce que nous venons de dire, on ne peut contester que l'inflammation cantharidique ne soit essentiellement membraneuse ; mais esû-ce à dire que l'excès de cette inflammation soit la cause de l'accumulation des couches successives de fibrine que l'on trouve à la surface des vésicatoires ? Nous ne le pensons pas. En effet, en suivant la méthode indiquée par tout le monde, et cela en vertu d'une idée théorique, c'està-dire en diminuant l'énergie des pommades, des taffetas et papiers épispastiques, les fausses membranes deviennent de plus en plus adhérentes, et le vésicatoire se sèche. L'application des cataplasmes, que l'on a conseillés quelquefois dans le même but, tantôt ramollit les fausses membranes, que l'on peut alors enlever assez aisément avec la spatule ; tantôt elle est tout à fait insuffisante.

La méthode de traitement précisément inverse est celle qui réussit le mieux. Ainsi, quand un vésicatoire se recouvre obstinément de fausses membranes qui deviennent de plus en plus adhérentes, nous appliquons sur la plaie un nouveau vésicatoire, ou un peu d'extrait éthéré de Cantharides, et le lendemain nous voyons les fausses membranes soulevées comme l'aurait été l'épiderme, et au-dessous apparaît le derme parfaitement net, qui, pendant quelques jours, loin de tendre à se recouvrir de concrétions fibrineuses, garde un meilleur aspect, et sert ainsi à démontrer que si l'inflammation cantharidique est la cause de la production des couches fibrineuses, l'excès de cette inflammation ne semble pas être tout h fait dans le même cas, en ce sens du moins que cet excès d'irritation donne lieu au développement de fausses membranes moins sèches, moins adhérentes, quoique plus nombreuses seulement.

Résumons-nous : lorsque, chez les malades, les vésicatoires se recouvrent de fausses membranes adhérentes, il faut se servir de pommades, de taffetas et de papiers épispastiques plus énergiques.

Il y a pourtant à cette règle une exception que nous devons indiquer ici, sous peine d'induire en erreur les médecins. Il arrive quelquefois que, tout d'un coup, la surface du vésicatoire devient extrêmement douloureuse, et se recouvre en même temps de concrétions molles, grisâtres, pultacées, qui exhalent une grande fétidité. Lorsqu'on cherche à les enlever, le sang s'écoule, et tout autour de la plaie la peau a une teinte érysipélateuse. Si, dans cette conjoncture, on se servait de pommades plus actives, on aggraverait les accidents. C'est dans ce cas que l'application des cataplasmes émollients d'abord, et, plus tard, l'usage du calomel en poudre déposé sur la plaie, ou bien celui d'un cérat composé avec précipité blanc, 1 gramme pour 38 grammes de cérat de Galien, amènent promptement une heureuse modification de la plaie, que l'on continue de panser ainsi jusqu'à ce que l'inflammation soit dissipée, et qu'une louable suppuration se soit rétablie.

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C. Le vésicatoire s'entoure d'une éruption dartreuse. — Il arrive trèssouvent que, chez les personnes sujettes aux affections dartreuses, la peau qui avoisine la plaie du vésicatoire se recouvre de vésicules qui, d'abord discrètes, deviennent confluentes plus tard, et finissent par constituer un véritable eczéma ; des pustules d'impétigo peuvent même se développer ; et il s'ensuit une démangeaison insupportable, un suintement abondant et une douleur souvent assez vive. Il n'est pas rare de voir l'eczéma, borné d'abord au bras où le vésicatoire a été appliqué, s'étendre de proche en proche, et bientôt envahir, sous une forme aiguë, toute la surface du corps. La fièvre alors s'allume, et des accidents généraux d'une certaine gravité peuvent se manifester.

Mais, chez les personnes non dartreuses, bien que cette extension de l'inflammation soit assez rare, cependant elle s'observe encore quelquefois, surtout au voisinage de la plaie du vésicatoire. Les moyens qui nous ont paru les plus propres à modifier l'affection eczémateuse, tant qu'elle reste bornée aux parties environnantes, sont : d'abord les pansements avec un linge imbibé de glycérine ; et puis bientôt, quand la phlegmasie locale a diminué, l'application d'une pommade composée avec précipité rouge, 1 gramme, cérat 15 ou 25 grammes; les onctions faites matin et soir avec un Uniment oléo-calcaire, composé de parties égales d'eau de chaux et d'huile de lin ou d'amandes douces; les pommades avec le carbonate ou l'acétate de plomb ; les lotions avec l'eau végéto-minérale de Gouîard, etc., etc., etc., en même temps que l'on stimule moins énergiquement la surface du vésicatoire.

Mais quand l'eczéma devient général, el qu'il s'accompagne de réaction fébrile, une saignée du bras, des bains généraux émollients, la diète, les laxatifs, et, plus tard, des bains de sublimé, dans la proportion de 10 à 15 grammes de bichlorure de mercure pour un grand bain, mettent fin assez promptement aux accidents.

D. Le vésicatoire se recouvre de végétations. — Lorsque le vésicatoire a été longtemps et violemment enflammé, il arrive assez souvent qu'il se recouvre de végétations, comme les plaies chroniques. Dans ce cas, les cautérisations superficielles avec le nitrate d'argent, le nitrate acide de mercure, l'application de l'alun calciné en poudre, du sulfate de cuivre, etc., etc., suffisent le plus ordinairement pour dissiper ces accidents. Dans ce cas, il convient de supprimer le vésicatoire et de le porter sur une autre partie. Malgré cette précaution, la cicatrice de la plaie restera inégale, quelquefois douloureuse, et souvent la guérison sera difficile à obtenir.

E. Le vésicatoire cause de la dysurie. — La dysurie survient ordinairement le jour même où l'on applique le vésicatoire. Elle tient, ainsi que nous l'avons dit, à l'absorption de la cantharidine, qui se fait à la surface de la peau privée de son épiderme. Mais souvent, chez des malades très-

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irritables et d'une susceptibilité eu quelque sorte exceptionnelle , les pansements avec des pommades, des papiers ou des taffetas cantharidés, causent des accidents du côté de la vessie. Dans ce cas, il faut immédiatement substituer, pour ce pansement, le garou aux Cantharidés. Ce seul changement suffit pour faire cesser tous ces troubles fonctionnels.

S'il n'était pas possible de faire cette substitution, l'usage du camphre à l'intérieur, à la dose de 15 à 30 centigrammes, devrait être conseillé. Que si l'ingestion du camphre ne pouvait être supportée par le malade, on ferait dissoudre le camphre dans les corps gras qui servent à la composition des pommades épispastiques, et de cette manière on aurait beaucoup de chances d'éviter les accidents qui se manifestent du côté des reins et de la vessie.

Toutefois, nous devons ajouter que les préparations de garou déterminent des douleurs très-vives, suivies d'irritations sanguinolentes.

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