SECTION L
IDÉE GÉNÉRALE DE LA MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE ET DES MALADIES DANS LESQUELLES ELLE EST SPÉCIALEMENT INDIQUÉE.
L'usage et une convention imprescriptible déterminent mieux qu'aucune définition ce qu'il faut entendre par Médication antiphlogistique. Sans s'en être précisément rendu compte, tout médecin attache à ces mots l'idée de la modification qu'on peut produire dans l'organisme par les émissions sanguines, la diète, les boissons, les applications émollienles et tempérantes, dans le but de combattre les maladies caractérisées par la surexcitation morbide de la totalité ou d'une portion de l'appareil des vaisseaux sanguins.
D'autres moyens que ceux que nous venons de nommer sont sans doute capables de cet effet. Qui ne connaît l'action antiphlogistique puissante des antimoniaux, des mercuriaux, des alcalins, des purgatifs, etc. ? Mais ces agents jouissent de forces spéciales qui ne se manifestent pas immédiatement sur l'appareil circulatoire et la chaleur animale, ou qui ne les atteignent que par l'intermédiaire de propriétés dont les unes se font sentir primitivement sur la nutrition, primitivement sur les sécrétions, primitivement sur le système nerveux, etc. Les antiphlogistiques proprement dits, exerçant, au contraire, leur action primitivement sur l'appareil vasculaire sanguin, et tous leurs autres effets émanant de cette première action, il est juste qu'on leur applique spécialement aussi la dénomination à' antiphlogistiques. Ils le sont donc, par excellence, et nul ordre d'agents thérapeutiques ne mérite mieux d'être ainsi désigné.
11 nous semble tout à fait superflu d'étudier ici les effets des agents de la Médication antiphlogistique sur l'homme sain. Qui ne connaît ces effets? D'ailleurs, nous nous y sommes suffisamment arrêtés lorsque plus haut nous avons fait le tableau des désordres produits dans l'organisme par la diète, les évacuations ou les pertes sanguines, et ces états morbides qu'on nomme anémies ou cachexies.
Il est donc certains états morbides, ceux que nous venons de rappeler, par exemple, qu'il est quelquefois utile de produire ; de même qu'il faut savoir déterminer une pléthore artificielle dans le cas où les modifications qu'a pour but de produire la Médication antiphlogistique constituent des maladies.
Mais ce qui importe, c'est la détermination des cas où il est particulièrement indiqué de produire les effets physiologiques des émissions sanguines et des moyens accessoires de la Médication antiphlogistique.
Les maladies aiguës fournissent le plus grand nombre de ces indications. Si les maladies chroniques viennent à les présenter, c'est presque toujours à l'occasion d'accidents qui ont un certain degré d'acuité et qui s'annoncent par une surexcitation morbide de l'appareil circulatoire, tels que fièvre ou inflammation d'apparence vive, congestions sanguines, hémorrbagies, etc., accidents aigus, quoiqu'ils se rattachent à une affection chronique. Il y a alors opposition entre la nature de la maladie primitive et celle des symptômes accidentels, tandis que, dans les maladies aiguës proprement dites, les symptômes et l'affection à laquelle ils se rattachent sont en rapport de type et de nature. C'est dans cette opposition et cette harmonie que se trouve la raison des différences que ces deux ordres de maladies présentent pour la Médication antiphlogistique.
Enfin, en dehors de ces deux grandes classes d'affections, les émissions sanguines sont encore souvent indiquées dans des circonstances pathologiques très-diverses qu'on nomme plutôt des accidents que des maladies bien formées.
Nous aurons donc à étudier sommairement cette médication : {" Dans les maladies aiguës; 2° Dans les maladies chroniques ;
3° Dans ce troisième ordre d'états morbides que nous venons d'indiquer et que nous désignerons d'une manière générale sous le titre de trouble^ morbides de la circulation. Ces derniers accidents embrassent la pléthore, les congestions et les hémorrbagies.
C'est par l'examen des indications de la Médication antiphlogistique dans ce dernier ordre d'accidents morbides qu'il faudrait peut-être commencer notre étude, parce que ces accidents sont plus simples, plus rapprochés de l'état physiologique que les maladies proprement dites, et qu'ils constituent le plus souvent ou des prédispositions aux maladies aiguës, ou des complications de ces maladies, ou des transitions de l'état physiologique aux maladies chroniques. Lorsque nous en serons là, quelques exemples suffiront pour nous faire comprendre.
Traiter complètement ces trois sujets ne serait rien moins, on le comprend, qu'un cours entier sur la pathologie et la thérapeutique de toutes les affections de l'appareil circulatoire considéré comme le siège des fièvres, des phlegmasies, des congestions et des hémorrbagies. Il faut donc nous borner. Le meilleur moyen nous a paru de choisir quelques exemples dans chacune des divisions que nous venons d'étabhr. Le lec-
leur fera lui-même aux états dont nous n'aurons pas parlé l'application (les règles que nous essayerons de tracer pour l'emploi de la Médication antiphlogistique dans les cas que nous aurons pris pour types. Quelque différence qu'il puisse y avoir entre les indications de la saignée dans deux espèces de maladies dont le genre est commun, cette différence n'est pas plus grande que celle qu'on doit bien souvent apporter dans l'emploi de cette médication chez deux sujets affectés pourtant de la même espèce de maladie.
C'est sur les indications des émissions sanguines dans les maladies aiguës que nous nous arrêterons le plus. Pour être fidèles à notre dessein, nous multiplierons donc davantage les exemples de l'application de la Médication antiphlogistique au traitement de ces affections, nous contentant d'indiquer d'une manière générale l'esprit selon lequel cette puissante médication doit être employée dans le traitement des maladies chroniques et de ces accidents morbides qui révèlent une perturbation idiopathique de l'appareil circulatoire, sans néanmoins pouvoir être classés rigoureusement dans une nosologie.
Il devient donc nécessaire, avant d'entrer dans le détail, d'exposer en quelques mots les véritables caractères distinctifs des maladies aiguës et des maladies chroniques.
La durée des maladies n'est pas le caractère d'après lequel on doit mesurer l'acuité ou la chronicité. Une maladie, aiguë par sa nature, peut être chronique par sa durée, sa marche et ses symptômes; réciproquement, une maladie chronique par sa nature peut très-bien se montrer aiguë dans sa marche, sa durée et ses phénomènes. Cela dépend des dispositions morbides antérieures du sujet. Les maladies ne sont pas des abstractions.
Nous ne connaissons pas de maladie aiguë en dehors des deux grandes classes d'affections que les nosologistes ont de tout temps nommées les pyrexies et les phlegmasies ; et chacun sait la différence qui existe entre la fièvre et une pyrexie, entre l'inflammation et une phlegmasie.
Les fièvres ou les pyrexies sont des maladies aiguës formant des espèces distinctes dans lesquelles la lièvre est le symptôme commun et dominant ; qui ne sont point héréditaires, ne paraissent pas dépendre d'un vice de la constitution, se reproduisent souvent par contagion ou infection, attaquent indistinctement tous les individus, bien que chaque espèce affecte plus particuhèrement un certain âge de la vie et que beaucoup d'entre elles ne récidivent pas chez le même sujet. De plus, elles sont produites ordinairement par des influences tellement supérieures, jusqu'à présent au moins, à la prévision et à la puissance de l'homme, que lorsqu'elles existent on dit qu'elles régnent, et qu'elles semblent dès lors être bien plus les maladies des populations que les maladies des individus.
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Un grand nombre de ces caractères appartiennent aussi aux phlegmasies. Celles-ci pourtant paraissent, bien plus souvent que les fièvres, être produites par des causes accidentelles, par les vicissitudes atmosphériques, par l'influence des agents de l'hygiène, etc. Aussi celte différence nous fournira-t-elle plus loin une subdivision particulière des maladies aiguës. Mais on peut dire que, lorsque les phlegmasies offrent les traits généraux que nous venons de reconnaître aux pyrexies, elles ne diffèrent pas essentiellement de ces dernières. Cela se conçoit d'autant mieux, que les fièvres elles-mêmes accomplissent rarement leur cours entier sans que se développent des phlegmasies qui représentent dans tous leurs phénomènes les propriétés générales de l'espèce de pyrexie dont elles sont une des déterminations particuhères.
Ce qui distingue surtout les fièvres des phlegmasies, c'est que dans celles-ci l'affection locale, l'inflammation, est le fait primitif et important par rapport auquel il faut apprécier tout le reste. Les autres déterminalions de la maladie et principalement la fièvre lui sont subordonnées, augmentent, diminuent et cessent généralement avec lui. Dans les fièvres, ce rapport est modifié. C'est alors la fièvre qui domine et relie toutes les autres déterminations morbides, même les phlegmasies. Dans celles-ci, l'affection générale spécialement manifestée par la fièvre est secondaire eu égard à l'inflammation. Dans les fièvres, les affections locales, quand il en existe, se manifestent spécialement par des inflammations qui sont secondaires relativement à la fièvre. La fièvre forme le trouble primitif et représente plus particuhèrement la maladie.
Plusieurs caractères distinctifs d'un haut intérêt thérapeutique découlent de ces rapports inverses qu'affectent ordinairement la fièvre et l'inflammation dans les pyrexies et les phlegmasies.
La plus remarquable de ces différences se trouve dans la latence des phlegmasies qui se développent avec les pyrexies. On voit les inflammations multiples et disséminées les plus graves se former à l'insu des malades. Elles ne se révèlent même pas au médecin par des symptômes immédiats, par des troubles fonctionnels de l'organe frappé d'inflammation. Des caractères anatomiques, des signes physiques, quelquefois des produits morbides sont pour l'observateur les seuls indices de ces lésions locales.
Il en est autrement de la fièvre symptomatique dans les inflammations primitives. Elle fait éprouver aux malades des douleurs, des incommodités, des perturbations de fonctions, des modifications morbides de la sensibilité beaucoup plus péniblement perçues que ne le fait la fièvre des pyrexies. Généralement aussi, on voit, dans les phlegmasies, l'inflammation produire des symptômes locaux plus graves, déterminer dans la partie affectée des troubles bien plus sensibles pour le malade, bien moins obscurs pour le médecin que dans les pyrexies. Chacun trouvera facilement dans son esprit des exemples de ces faits. La pneumonie primitive franche, comparée aux pneumonies secondaires qui se déve-
loppenl dans le cours des pyrexies, offre de ces différences un type incontestable.
Cette latence, cette obscurité des symptômes dans un cas, comparées à leur excitabilité et à leur développement faciles dans l'autre cas, peuvent assez bien se comprendre. Dans les inflammations primitives, la partie menacée est dans son état normal; elle jouit, quand le stimulus morbide vient à l'atteindre, de toute sa sensibilité et de toute sa force de réaction. Que les fonctions de cette partie se troublent alors, que sa sensibilité et ses mouvements propres, que ses sympathies soient excitées, qu'il en résulte de vives souffrances pour le malade, et pour l'observateur des changements extérieurs immédiats qui traduisent par eux-mêmes le siège de l'intensité du mal, cela se conçoit sans peine.
Des conditions autres expliquent différemment la latence des inflammations dans les pyrexies.
Lorsque ces inflammations secondaires se forment, toutes les parties, tous les tissus sont déjà dans un état morbide qui a modifie leur susceptibilité. Ils sont malades d'une certaine manière, car c'est aux fièvres que s'applique l'expression de morbi tolius substantiœ . Les vaisseaux capillaires, eux surtout qui vont être le siège de l'inflammation, ont avec l'appareil des grands vaisseaux, siège spécial de la fièvre, des rapports très-étroits, et participent déjà à la maladie plus qu'aucune autre partie; de sorte que lorsqu'ils passent à l'inflammation, tout le travail se renferme en eux, et s'accomplit végétativement, sans éveiller ni consensus, ni perceptions douloureuses, ni symphathies éloignées, ni aucune des synergies spéciales de l'organe. D'ailleurs toutes les autres parties, déjà à l'unisson par leur état morbide simultané, ne réagissent plus comme lorsqu'elles sont excitées dans leurs conditions saines ; et les sympathies morbides qui pourraient être provoquées par des phlegmasies naissantes, se perdent dans les phénomènes généraux de la maladie.
Notons aussi que les inflammations secondaires des pyrexies ont beaucoup plus de tendance à se disséminer, à pulluler comme des exanthèmes, que n'en ont les phlegmasies primitives. Elles se terminent par suppuration bien moins facilement, et affectent généralement le caractère des inflammations bâtardes (nous exceptons le cas où la fièvre est une fièvre purulente). Voilà pourquoi l'inflammation, dans les phlegmasies primitives, est très-dangereuse relativement aux phlegmasies secondaires des fièvres.
Une autre différence capitale sous le rapport thérapeutique entre les fièvres et les phlegmasies, c'est que, dans ces dernières, le symptôme fièvre offre beaucoup plus d'indications curatives que le même symptôme dans les pyrexies. Le médecin s'inspire bien plus de la fièvre pour agir dans les phlegmasies que dans les pyrexies. Celles-ci sont généralement des affections dont le développement régulier a quelque chose de nécessaire. Si l'on peut les simplifier et les modérer, on ne les arrête pas, et telle n'est pas non plus la prétention ordinaire de l'art. Il n'en est pas
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ainsi dans les phlegmasies franches, surtout lorsqu'elles occupent un organe important. On doit s'efforcer alors de les enrayer; et quand on arrive à temps, on le peut chez les sujets sains et vigoureux. Dans ces maladies, la lièvre est le guide principal du thérapeute, parce que, sauf nne circonstance dont nous p.arlerons plus loin, elle est l'indicateur assez exact du degré de la phlegmasie, de ce qu'il faut craindre ou espérer.
Dans les pyrexies, la fièvre est généralement aussi, lorsqu'il n'y a pas d'ataxie ou de malignité, l'expression la plus sûre et la plus précieuse de l'état morbide et de l'état des forces. Mais elle a une tout autre signification quant au pronostic, et surtout quant à la thérapeutique. Le praticien qui tirerait d'un même degré de fièvre dans une pyrexie et dans une phlegmasie les mêmes indications pour la saignée, tomberait dans des excès dangereux. La médecine des phlegmasies primitives est donc et doit être beaucoup plus active que celle des pyrexies, plus active surtout que celle des phlegmasies qui se développent dans leur cours, et sur la marche desquelles l'art n'exerce qu'une action très-limitée.
Le nombre, l'étendue, l'intensité des phlegmasies dans les fièvres, donnent mieux la mesure de la gravité de celles-ci que l'intensité de la fièvre dans les phlegmasies ne donnent la mesure de leur gravité. Cela dépend de ce que certaines susceptibilités individuelles pour la fièvre font que ce symptôme paraît quelquefois très-considérable dans des inflammations peu graves, et réciproquement. Au contraire, quelle que soit la cause du nombre et de l'intensité des phlegmasies dans les fièvres, il faut toujours y voir la preuve d'une excessive gravité. Cette double considération importe beaucoup dans l'emploi des émissions sanguines. Elle peut en restreindre l'application dans le premier cas, et, dans le second, en autoriser un plus large usage.
Toutes les phlegmasies qui se développent dans le cours des fièvres n'ont pas ce caractère de latence que nous avons signalé plus haut. Il en est qui s'annoncent par des douleurs, des troubles fonctionnels spéciaux, des symptômes : ainsi des pneumonies ou des entérites qui produisent la toux et le point de côté, la douleur du ventre à la pression, les coliques, les selles avec ténesme, etc. Ces phlegmasies intercurrentes ne sont pas les vraies phlegmasies de ces fièvres. Ce sont plutôt des complications qui tiennent à l'existence d'une disposition inflammatoire préexistant chez le sujet. Aussi le sang qu'on tire alors offre-t-il toujours un excès de fibrine, une couenne infiammatoire qu'on ne retrouve pas dans le sang de ceux qui n'ont que les phlegmasies propres de leurs fièvres. Dans ces cas exceptionnels, les émissions sanguines peuvent être portées beaucoup plus loin que dans les circonstances ordinaires, même en supposant que les phlegmasies surajoutées dont nous venons de parler soient moins étendues ou moins nombreuses que les phlegmasies latentes particuhères aux pyrexies.
Il arrive quelquefois que des phlegmasies graves, qui ne se jugent pas franchement ou se terminent mal, sont suivies de la production de
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phlegmasies multiples plus ou moins latentes, avec une lièvre qui alors ne paraît plus symptomatique, mais qui finit par dominer la scène morbide. Ces phlegmasies consécutives rentrent, sous le rapport de leur mode de génération et de leur indication pour les émissions sanguines, dans l'ordre de celles qui se lient aux pyrexies. Peut-être même demandent-elles plus de réserve dans l'emploi de ce genre de moyens.
Les caractères distinctifs que nous venons d'établir entre les fièvres et les phlegmasies, sous le double rapport de leur pronostic comparé et de leurs indications pour la Médication antiphlogistique, se trouvent généralement confirmés par l'état comparé du sang dans ces deux ordres de maladies aiguës. On sait que, dans les phlegmasies, la proportion de fibrine est augmentée, et qu'au contraire, dans les fièvres, si elle reste quelquefois au chiffre de l'état normal, elle a généralement une tendance m.arquée à diminuer de quantité. Cette proportion inverse dans un des éléments les plus importants du sang est en rapport avec tout ce que nous avons dit jusqu'à présent de la différence des deux grandes classes de maladies aiguës. Elle contribue à expliquer aussi quelques-unes de ces différences, telles, par exemple, que la nature plus congestionnelle que suppurative, plus bâtarde que franche, des inflammations qui se développent dans le cours des fièvres.
Sous le rapport thérapeutique, qui nous intéresse plus particulièrerement, on peut dire aussi que l'hématologie des phlegmasies et des fièvres est d'accord avec la tradition médicale et la clinique moderne. Il ne faut pas pourtant faire de l'excès de la fibrine du sang dans les phlegmasies et de sa diminution dans les fièvres un signe absolu de l'indication de la saignée dans les premières et de sa contre-indication dans les secondes. Nous reviendrons spécialement sur ce double point en parlant des émissions sanguines dans le rhumatisme inflammatoire et dans les fièvres graves. Notons ici, seulement, que si dans les phlegmasies la fibrine augmente, et que si elle diminue dans les fièvres, la proportion des globules, autre élément non moins important du sang, subit une diminution et une augmentation inverses. Notons aussi que les congestions diverses des organes parenchymateux sont plus communes dans les fièvres que dans les phlegmasies, et que les saignées locales, les ventouses scarifiées, en particulier, ont, dans les fièvres, une opportunité d'application qu'elles n'ont pas au même degré dans les phlegmasies, en ce sens qu'elles sont un moyen d'éviter l'usage quelquefois dangereux des émissions sanguines générales.
D'ailleurs, l'augmentation de la fibrine n'est propre qu'à une espèce de phlegmasies, ce sont les phlegmasies franches et franchement primitives. Dans beaucoup d'espèces, citons pour exemples l'érysipèle de la face, l'angine catarrhale, et bien d'autres phlegmasies des membranes muqueuses, surtout lorsque ces inflammations sont épidémiques, la proportion de la fibrine n'augmente pas dans le sang. Il est vrai que ces af-
fections tiennent une sorte de milieu entre les fièvres et les phlegmasies. Cela a porté certains pathologistcs à les classer à part ou intermédiaireraent, sous la dénomination hybride de fébri-phlegmasies.
L'érysipèle de la face, la variole, l'érythème noueux, la scarlatine, et généralement les fièvres éruptives, rentrent dans cette classe. On peut y, retrouver, en effet, rassemblés, les caractères que nous avons assignés séparément aux fièvres et aux phlegmasies. Il est donc inexact de dire d'une manière absolue, comme on le fait depuis quelque temps : « La proportion de la fibrine est augmentée dans les phlegmasies, et c'est ce qui les distingue essentiellement des fièvres; » car cela n'est pas vrai de toutes les phlegmasies et ne peut s'appliquer qu'à celles qu'on nomme franches ou saines. Lors donc qu'on observera de ces phlegmasies, qui, par plusieurs des caractères généraux sur lesquels nous venons d'insister, se rapprocheront de la nature des pyrexies, et accuseront comme elles un état morbide assez grave de toute l'économie, ou bien encore qui devront avoir une évolution calculable et nécessaire à la terminaison salutaire de la maladie, on saura que les émissions sanguines ne peuvent leur être appliquées que dans le cas oii, par leur intensité extrême, elles deviendraient des complications nuisibles au développement régulier de l'affection. Alors aussi, le sang offrira bien souvent l'excès de fibrine des phlegmasies franches. Et, en effet, ce surcroît d'inflammation dépendra fréquemment de la complication individuelle d'un état inflammatoire proprement dit.
Un observateur qui se permet rarement d'établir des rapports entre les faits, M. Louis, voyant qu'une fièvre ne se prolonge pas pendant un certain temps sans que se manifestent tôt ou tard des lésions de nature le plus souvent inflammatoire, a cru pouvoir généraliser cette observation et l'énoncer comme une loi pathologique. La fièvre, d'après cela, devrait être regardée comme produisant par elle-même des lésions locales et spécialement des inflammations. Dans cette circonstance, ainsi que dansbeaucoup d'autres, le nombre, employé systématiquement et comme unique raison des choses, a trompé l'honorable statisticien. Lorsque des phlegmasies ou d'autres lésions en rapport avec les fièvres se développent dans le cours de celles-ci, ce n'est pas à la fièvre, ce n'est pas au mouvement fébrile considéré en soi qu'il faut principalement rapporter ces phlegmasies, mais à l'affection antérieure et plus intime qui a produit et entretient la fièvre elle-même. On en a la preuve dans la distinction qu'il faut faire à ce sujet entre les diverses espèces de fièvres. L'observation de M. Louis est très-exacte relativement à certaines fièvres : elle manque complètement de justesse à l'égard de quelques autres. Ce n'est donc pas la fièvre, mais ce qui est associé à la fièvre pour constituer avec elle telle ou telle espèce de fièvre ou de pyrexie, qui dans le cours de celle-ci produit des phlegmasies. Certaines fièvres nerveuses chez les hystériques et les hypochondriaques, les fièvres rémittentes, les fièvres
MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE. b87 intermittentes proprement dites, une espèce toute particulière de fièvre angéioténique propre aux sujets rhumatisants et goutteux, etc., etc., peuvent se prolonger pendant un temps indéfini sans formation de phlegmasies ou d'autres lésions intercurrentes. Au contraire, les fièvres qui semblent se rattacher à une affection primitive des affections vitales élémentaires ont à peine quelques jours d'existence, qu'on voit pulluler les congestions, les phlegmasies, les lésions de nutrition de toutes sortes. La loi de M. Louis est donc vraie d'un grand nombre de fièvres en particulier, et nous l'avons assez fait voir plus haut, mais elle est fausse de la fièvre en général. D'ailleurs c'est dans la membrane muqueuse du tube digestif que M. Louis a surtout rencontré les ramollissements et les phlegmasies qu'il regarde comme des effets de la fièvre. Or on sait trèsbien que la diète prolongée et absolue, imposée aux sujets affectés des diverses fièvres, est capable de déterminer dans le tube digestif plusieurs des altérations que M. Louis y signale comme des produits de la fièvre.
On conçoit de quelle gravité peuvent être ces distinctions sous le rapport de la médication antiphlogistique dans les fièvres. Si l'on part de cette idée erronée de M. Louis, que toute fièvre finit par engendrer des inflammations, on pourra se croire obligé à prévenir leur développement par des émissions sanguines. Toute fièvre devant produire des inflammations, on sera autorisé à considérer toute fièvre comme inflammatoire, et alors on tirera du sang. Ce sera à contre-temps, non-seulement parce que toute fièvre n'est pas dans ce cas, comme nous l'avons montré, mais parce que, comme nous le montrerons plus tard, toute phlegmasie n'indique pas l'emploi de la Médication antiphlogistique.
Fièvre et inflammation sont, comme hydropisie, hémorrhagie, délire, etc., de pures abstractions ; abstractions indispensables toutefois, et sans lesquelles il n'y a pas de science des maladies possible. Seulement, il ne faut pas les réaliser. Dans la nature, il n'y a que des fièvres et des inflammations. L'inflammation traumatique, l'inflammation phlegmoneuse, la fièvre simple, ou éphémère, etc., prises faussement, l'une pour type de l'inflammation en soi, l'autre pour type de la fièvre en soi, ne sont eUes-mèmes que des espèces d'inflammation et de fièvre. Qu'on les adopte comme types par rapport aux autres phlegmasies et aux autres fièvres, nous l'admettons en raison de leur simplicité, de la régularité ■de leur marche, de leur analogie avec l'accomplissement d'une fonction organique. Mais qu'on sache bien que, si elles sont plus franches et plus saines que les autres, elles n'en sont pas moins l'expression d'une cause spéciale. Donc par soi-même, la fièvre, l'inflammation n'indiquent rien au thérapeute. C'est telle ou telle fièvre, telle ou telle phlegmasie qui indiquent ou contre-indiquent les émissions sanguines.
La surexcitation simultanée de toutes les propriétés des vaisseaux capillaires sanguins, considérée indépendamment de sa cause morbide, indique sans doute par elle-même la Médication antiphlogistique ; mais le médecin ne doit pas s'inspirer de ce seul élément dans le traitement
d'une inflammation : il doit surtout puiser ses motifs d'agir ou de s'abstenir dans la connaissance de la cause morbide immédiate qui surexcite les petits vaisseaux. Cette cause, considérée en soi, peut ne pas contreindiquer, elle peut même indiquer l'emploi de? émissions sanguines et des émoUienls. Alors, tout dans cette espèce d'inflammation, cause et elTets immédiats, ce qu'il y a de général dans toutes les inflammations, comme ce qu'il y a de particulier à cette espèce, tout, disons-nous, porte à l'emploi des antiphlogistiques. Telles sont les phlegmasies saines.
Mais il y a des phlegmasies oti Yuniversel, l'inflammation, le genre, si l'on veut, étant le même que tout à l'heure (car il ne peut pas changer), sa cause spéciale sera cependant toute dilTérente, et contre-indiquera, par sa nature, l'emploi des antiphlogistiques. Alors, c'est à la contre-indication tirée de cet élément, qu'il faudra obéir plutôt qu'à l'indication tirée de la surexcitation des capillaires sanguins considérée en elle-même. Nous donnerons bientôt des exemples cliniques de tous ces cas particuliers.
Ce que nous venons de dire des phlegmasies s'applique exactement aux fièvres. Il n'y a à changer que l'appareil spécial des phénomènes. Dans l'inflammation, cet appareil est dans les vaisseaux capillaires sanguins. Les phénomènes spéciaux de la fièvre ont pour siège, au contraire, le grand appareil de la circulation sanguine. L'intime liaison de ces deux appareils explique l'intime liaison de l'inflammation et de la fièvre.
La surexcitation morbide, ou l'irritation des vaisseaux capillaires sanguins, ne prend le nom d'inflammation que lorsqu'elle est produite par une déviation préalable des fonctions qui, précédant celles des vaisseaux capillaires dans la série animale et dans l'évolution embryonnaire, sont la raison de ces vaisseaux et de leur activité. Voilà pourquoi on n'admet pas l'inflammation proprement dite là oti à l'irritation des vaisseaux capillaires sanguins n'est pas intimement unie une altération spéciale correspondante dans la nutrition, la texture, les productions organiques de la partie. Hors ce cas, et lorsque la surexcitation morbide des vaisseaux capillaires est idiopatbique, qu'elle a sa cause dans une afi'ection primitive de l'activité spéciale de ces vaisseaux ou dans celles d'organes postérieurs à eux dans la série animale et l'évolution embryonnaire, elle n'est plus appelée inflammation, mais fluxion, congestion, hyperémie, etc.
Les fièvres ont aussi leur cause ou dans l'affection des parties qui sont antérieures au grand appareil circulatoire dans leur évolution (fonctions vitales communes, action des vaisseaux capillaires), ou dans la déviation de l'activité de cet appareil lui-même, ou enfin dans l'affection d'autres appareils spéciaux et supérieurs, tels que les divers centres nerveux. Les premières sont généralement les plus graves {morbi acuti totius substantiœ). C'est dans leur cours que se forment ces phlegmasies ou ces altérations multiples des soUdes et du sang dont nous avons déjà parlé. Les fièvres continues, fièvres graves, typhoïdes, etc., sont de cette classe. On pourrait les appeler fièvres vitales, parce qu'elles ont leur cause première
MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE. 589 dans une lésion primitive des fonctions de la vie élémentaire. Dans la seconde il faut placer les lièvres qu'on a nommées angioténiques, qui diffèrent aussi entre elles comme leurs causes. Entin, à la troisième classe se rapportent les diverses fièvres nerveuses.
La Médication antiphlogistique n'est pas également indiquée dans toutes ces classes de fièvres ou dans ces espèces distinctes d'irritation des vaisseaux capillaires sanguins.
Dans les phlegmasies et les fièvres qui reconnaissent pour principe une affection primitive des fonctions vitales communes, la Médication antiphlogistique peut remplir de pressantes indications, mais à une condition, c'est que l'affection générale manifestée par la fièvre ou l'inflammation n'ait pas, dès son début, pour caractère essentiel, une tendance à la dissolution de la matière organique.
Beaucoup de fièvres et de phlegmasies révèlent primitivement cette disposition antiplastique dans les fonctions vitales élémentaires. Il faut se défier alors des émissions sanguines. On peut, au contraire, les placer au premier rang des moyens curatifs, lorsque les fièvres et les phlegmasies ■appartiennent aux espèces dans lesquelles la vie morbide a une tendance plastique marquée, et stimule les tissus et le sang aux productions organisées, aux formations vasculaires, etc. Ces l'ègles générales peuvent avoir leurs, exceptions dans les conditions individuelles des sujets ou dans celles des constitutions médicales ou épidémiques.
Les surexcitations morbides ou les irritations idiopathiques des vaisseaux capillaires sanguins, celles du grand appareil circulatoire, toutes deux jointes à leurs causes spéciales, forment, les premières, des fluxions, des congestions aiguës, des phlogoses mobiles non suppuratives, inorganiques ou rhumatoïdes; les secondes, des fièvres angioténiques, telles que certaines fièvres inflammatoires, les fièvres goutteuses et rhumatismales, etc. Ces surexcitations morbides primitives des vaisseaux capillaires et des grands vaisseaux, si communes dans la pratique, et susceptibles de nuances individuelles infihies, dont la nature est constamment méconnue dans notre enseignement clinique, au sujet desquelles tant de faux pronostics sont portés dans les consultations et tant de faux traitements prescrits, présentent pour la Médication antiphlogistique des indications d'un discernement délicat et souvent fort difficile. Ce sont celles qui, de toutes les fièvres et de toutes les affections locales de forme inflammatoire, offrent des symptômes qui, au point de vue physiologique, semblent commander le plus impérieusement les émissions sanguines, car les causes qui les produisent agissent immédiatement sur les vaisseaux sanguins eux-mêmes.
Mais, si on considère que les personnes chez qui l'on observe ces affect tions sont assez généralement nerveuses, sujettes à la goutte et au rhumatisme ; que, de plus, ces fièvres et ces fausses phlegmasies n'altèrenpas les tissus, ne sont pas fécondes en lésions organiques, etc., qu'elles sont essentiellement chroniques ou constitutionnelles et susceptibles de
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récidive, on se gardera de pousser les émissions sanguines aussi loin que l'excitation vasculaire, que les symptômes fébriles et le concour-s des quatre caractères chaleur, rougeur, tumeur et douleur, pourraient porter à le faire.
On s'apercevra bien vite, au peu de gravité de l'état général et de l'état des forces, à la mobilité des afTections locales, au bon aspect des membranes muqueuses, au caractère normal des sécrétions et des fonctions naturelles, au développement rapide de bruits morbides dans les vaisseaux, etc., qu'en pareil cas la Médication antiphlogistique a des bornes placées bien en deçà du point que semblerait indiquer une appréciation superficielle des symptômes et de la nature de la maladie.
On trouvera à la fin de ce chapitre, et à l'occasion de la pléthore, beaucoup de préceptes thérapeutiques qui pourront compléter la doctrine qui précède.
Nous ne dirons rien de la Médication antiphlogistique dans les fièvres et les congestions aiguës qui s'opèrent dans les névroses sous l'influence des surexcitations morbides du système nerveux. Cette médication n'a que trop exceptionnellement affaire dans de pareilles affections. 11 faut ici renvoyer le lecteur à la Médication antispasmodique.
Telles sont les considérations sommaires sur la Médication antiphlogistique, dans ses rapports les plus généraux avec les fièvres et les phlegmasies, que nous avions à présenter avant d'entrer plus particulièrement dans l'examen de cette médication appliquée à chacune des principales espèces de maladies aiguës.
Pour terminer ces considérations indispensables, il nous reste quelques mots à ajouter sur le véritable fondement de la distinction des maladies aiguës et des maladies chroniques. Rien n'égale l'importance de cette distinction dans l'emploi de la Médication antiphlogistique.
Les maladies aiguës forment, selon nous, un ordre tout à fait à part et sans aucun rapport de nature avec le'fe maladies chroniques. C'est par là qu'elles en diffèrent, bien plus que par la durée ou par le type, etc. Ces derniers caractères peuvent dépendre de circonstances capables de modifier les maladies aiguës et chroniques, mais incapables de les constituer, comme ils le font pourtant dans l'école des nosologistes systématiques.
On n'a donc cherché jusqu'ici la différence des maladies aiguës et des maladies chroniques que dans des caractères de second ordre. Or, comme tout ce qui n'est pas de l'essence d'une chose peut lui manquer sans qu'elle cesse d'être, on a élevé des notions générales et des classifîcation& absolues sur des fondements variables.
Sydenham a marqué d'une manière bien profonde et aussi générale que possible la différence qui existe entre les maladies aiguës et les chroniques, lorsqu'il a dit : Morbos acutcs qu- Deim habent authorem, sicut chronici ipsos nos. Il est impossible d'aller plus loin dans la distinction de ces deux ordres de maladies : mais auss , il est impossible d'aller
MÉDICATION ANTIPH LOGISTIQUE. SGI
moins loin, sans s'exposer cà des distinctions arbitraires et systématiqnes. Celle de Sydenham seule est fondée sur la nature des choses. Par Dieu auteur des maladies aiguës, opposé à l'homme auteur des maladies chroniques, Sydenham entend que les causes des maladies aiguës sont hors de nous, qu'elles résident dans des influences invisibles, placées au-dessus de la puissance de chaque individu, et que nous ne pouvons pas plus les produire de toutes pièces, les prévenir ou les arrêter par les soins de l'hygiène privée, que par la résistance d'une santé franche ou d'une constitution robuste, tandis qu'au contrjiire, l'individu est l'artisan de ses maladies chroniques. Ces dernières ont en effet leurs racines dans la constitution de chaque individu, dans ce qu'il y a de fixe, d'universel, de permanent dans chaque organisme, et voilà pourquoi elles sont héréditaires. Les maladies aiguës accusent, au contraire, des dispositions morbides transitoires de l'économie que l'acte même de la maladie épuise et fait cesser.
Si les agents connus de l'hygiène doivent être assurément regardés comme incapables de produire par eux-mêmes les maladies aiguës, et non-seulement les maladies aiguës spécifiques, mais encore les maladies aiguës communes, c'est surtout lorsque ces dernières revêtent le type épidémique. Être susceptible de revêtir ce type, constitue un caractère essentiel des vraies maladies aiguës qui les sépare radicalement des chroniques. Nous irions même jusqu'à penser qu'une maladie dont la cause est extérieure sans être physique et sans provenir d'une altération ou d'un mauvais usage des agents de l'hygiène, ne peut être une maladie chronique; et réciproquement, qu'une maladie dont la cause est constitutionnelle, propre à l'individu, héréditaire, ne peut être ni une maladie aiguë, ni une maladie épidémique, tant nous paraît essentiellement vraie la distinction de Sydenham.
Or, les maladies épidémiques reconnaissant pour causes des influences extérieures, sans provenir néanmoins du vice ou du mauvais usage actuel et accidentel des agents physiques et hygiéniques, il ne faut pas s'étonner si les anciens observateurs ne pouvaient comprendre le développement d'une épidémie sans supposer dans l'atmosphère quelque chose de vital, susceptible d'altération et de maladie comme notre propre vie. Ce principe est-il accidentel? ou bien, essentiel à notre atmosphère, a-t-il son état normal et ses altérations, et préside-t-il ainsi à la santé et aux maladies des populations? Est-ce de lui que dépendent ces grands mouvements de la santé publique qu'on désigne sous les noms de constitutions épidémiques , de constitutions médicales stationnaires , accidentelles, etc., et qui ont pour caractère bien remarquable de se comporter à la manière d'une maladie individuelle, d'avoir comme elle leur opportunité, leur invasion, leur état, leur déclin, leurs transformations, leurs crises, leurs anomalies, etc., et qui semblent indiquer par là qu'une seule et même cause préside à leur développement et à leur marche, etc.? Ce sont autant de questions dont la solution est réservée à l'avenir, mais
rm MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE.
qui peuvent être posées, et devraient recevoir dès à présent un commencement de réponse. Quoi qu'il en soit, ces constitutions médicales ne sont point des abstractions ; elles ne résultent pas plus de la collection de tous les cas de maladies individuelles nées sous leur influence, qu'une maladie individuelle ne résulte elle-même de la collection des symptômes et des lésions qui la caractérisent. Tel serait dans cette hypothèse, et dans d'autres encore qu'on pourrait proposer, le quid divinum des anciens pathologistes. Pour être ignorée, cette cause n'est ni occulte, ni mystérieuse. Supposée ici par nous pour expliquer des faits inexplicables sans elle, elle sera un jour reconnue et étudiée d'une manière positive, comme le sont aujourd'hui l'électricité et le magnétisme, plongés hier encore dans la nuit des causes occultes.
On saisirait mal notre pensée, si l'on supposait que nous refusons à l'influence violente ou irrégulière des agents de l'hygiène la puissance d'exciter en nous le développement de quelques maladies aiguës. Nous disons seulement que, sauf leur action directe physique ou chimique, ces agents ne produisent les maladies dont il est question qu'en provoquant l'explosion ou en modifiant les phénomènes de la cause vraiment eflicace qui consiste toujours en une disposition morbide. Or, cette disposition est de deux sortes. Nous avons caractérisé la première en disant que les maladies qui en naissent sont analogues à des espèces vivantes, qu'elles s'usent et s'éteignent comme elles après avoir duré pendant un teiops déterminé. Nous leur avons assigné pour caractère essentiel de n'être ni chroniques ni héréditaires, etc. Il n'en est pas ainsi de celles de la seconde espèce, que nous nommerions volontiers maladies aiguëschroniques. Leurs phénomènes accessoires ont bien le plus souvent un type aigu ; mais leur nature spéciale les rapproche des maladies chroniques, car elles sont, si nous pouvons parler ainsi, bien plus individuelles que les précédentes, et bien plus qu'elles liées à des conditions de tempérament, d'hygiène, d'hérédité, etc. Ce sont, nous le répétons, les maladies chroniques-aiguës, ou aiguës constitutionnelles. Pour nous faire comprendre de suite, nous citerons cette affection appelée le rhumatisme articulaire aigu ou inflammatoire. Or, quelque acuité qu'il puisse présenter, il a certainement plus de rapport avec une maladie chronique qu'avec une des maladies aiguës de l'ordre précédent, telle que la variole ou même la grippe. La classe des phlegmasies présente à étudier beaucoup de ces maladies, aiguës par un élément accessoire, chroniques par leur nature spéciale, formant ainsi, comme nous l'avons annoncé plus haut, une subdivision très-naturelle qui tient le miheu entre les maladies aiguës et les maladies chroniques.
Il est inutile maintenant de compléter notre distinction des unes et des autres en traçant les caractères essentiels des maladies chroniques entendues selon l'esprit de Sydenham. Ces caractères sont ceux que nous avons exclus des véritables maladies aiguës, et que nous avons reconnus en partie dans les maladies aiguës-chroniques.
MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE. 533 Il résulte des considérations auxquelles nous venons de nous livrer sur le caractère distinctif essentiel des maladies aiguës et des maladies chroniques, que, dans l'application de la Médication antiphlogistique au premier ordre de ces maladies, il faut consulter beaucoup plus le caractère de la maladie en général que les conditions physiologiques individuelles du malade ; et, si c'est dans une épidémie, s'inspirer bien plus du génie de la constitution que de celle du sujet que l'on traite ; et qu'au contraire, dans l'application de cette même Médication aux maladies chroniques, il faut prendre en considération bien plus le malade que la maladie, le tempérament du sujet que la nature des accidents qu'on observe chez lui.
En un mot, dans les maladies aiguës, c'est la nature de la maladie bien plus que celle des symptômes qui sera la source des indications de la saignée. Dans les maladies chroniques, c'est bien plus, au contraire, de la nature des symptômes que de celle de la maladie que sera tirée cette indication. Cette différence, prise au point de vue thérapeutique, rappelle et confirme celle que Sydenham a si profondément établie entre la nature de ces deux ordres d'affections.
Il importait d'autant plus d'insister sur ces différences, que les symptômes qui, en s'associant aux affections constitutionnelles, en font des maladies aiguës, sont toujours des symptômes fébriles et inflammaioires portant naturellement avec eux l'indication des émissions sanguines, et qu'il en est de même lorsque les maladies chroniques viennent à présenter accidentellement cette indication.