ROUGEOLE
La rougeole n'existe jamais sans un catarrhe trachéo-bronchique plus ou moins intense : et c'est en raison de cette phlegmasie interne, ainsi que des pneumonies et des pleurésies qui surviennent trop souvent dans son cours, que la Médication antiphlogistique revendique une part importante dans le traitement de cet exanthème.
Mais quels obstacles ne vient pas apporter ici l'élément spécifique! L'irritation bronchique est des plus vives, la toux opiniâtre, déchirante, la dyspnée considérable; la pneumonie vient s'y joindre; elle est étendue, accompagnée de pleurésie ; le malade est jeune, vigoureux, l'état inflammatoire excessif, les phlegmasies pullulent de toutes parts; et la fièvre est-elle assez véhémente?... 11 n'est pas possible de voir réunis à un degré plus marqué tant d'éléments d'indication pour les saignées.
On saigne donc, et dans la forme de l'affection que nous signalons, on saigne avec raison et la saignée est incontestablement très-utile. Mais les limites de cette utilité sont bientôt atteintes. Le médecin est forcé d'y renoncer alors qu'il en aurait encore longtemps besoin. Il a soulagé d'abord, et la saignée a eu promptement donné tout ce qu'elle peut tenir en pareil cas. Le voilà désarmé de ce côté, en face d'une pneumonie qui marche et s'étend, d'une fièvre indomptable et d'une gêne respiratoire qui s'accroît et inquiète.
L'organisme offre encore tous les symptômes d'une diathèse phlogistique, et déjà les plus puissants des antiphlogistiques sont interdits par l'adynamie que traduisent et l'affaissement du système nerveux, et l'ataxie dont quelques caractères commencent à menacer.
Ce système nerveux fléchit et se trouble déjà; les toniques, les excitants sont indiqués de ce côté, et le sang est encore trop inflammatoire, les tissus trop inflammables, la diathèse iphlogistique morbilleuse trop tendue, pour permettre l'emploi de ces moyens qui irriteraient au lieu de tonifier, alimenteraient la fièvre et les phlegmasies, et précipiteraient les désorganisations au lieu de hâter la solution et de maintenir l'unité vitale.
N'est-ce pas là la perplexité de l'art devant ces rougeoles intenses et compliquées de pleuro-pneumonies? Et quelque enthousiaste des sai-
gnées, même coup sur coup, viendra-t-il nier et leur impuissance et son
embarras ?
La médecine exacte n'a que faire des considérations médicales ; car là il n'y a ni stéthoscope, ni plessimètre, ni balance, ni thermomètre ; et la dynamométrie vitale domine tous ces phénomènes physiques qui n'ont d'importance que celle qu'ils empruntent d'elle seule.
11 serait pourtant plus exact de s'occuper de la puissance qui produit et règle tous ces elfets que de peser, écouter et compter ceux-ci, car, en définitive, c'est elle qu'il s'agit de modifier, et on la réintègre souvent malgré la persistance de ses effets qui absorbent tout l'esprit de nos grands observateurs. L'exactitude consiste à scruter avec attention le sujet spécial de son étude, quand bien même ce sujet n'est pas de ceux qu'on peut connaître par des procédés et des instruments propres aux sciences dites exactes. L'exactitude consiste à mettre et fi laisser chaque chose en sa place, et à ne pas faire uniquement de la physique et de la chimie là où il faut faire surtout de la physiologie et de la médecine.
Or, ce n'est pas avec des instruments et des procédés exacts'qu'on jugera des maladies spécifiques, ainsi que de l'état du système nerveux dans ces affections. Pour mesurer la résistance de l'harmonie de ce système; pour apprécier l'opportunité d'une méthode thérapeutique capable d'atténuer les effets d'une diathèse inflammatoire spécifique, tout en ménageant la résistance vitale, il faut savoir distinguer autre chose qu'un bruit de souffle d'avec un bruit de frottement.
Nous voyons, d'après ce qui précède, que les causes spécifiques ont en général sur le système nerveux une influence stupéfiante ou perturbatrice plus ou moins profonde.
Dans l'administration d'un traitement de ces maladies, il y a donc des indications en quelque sorte opposées.
Du côté de l'élément commun de la maladie, il y a à considérer qu'il est intlammatoire, et souvent, dans la rougeole surtout, à un point extrême. Mais il ne faut pas oublier qu'au-dessous de cet élément et des indications qu'il fournit, il existe un élément spécifique qui imprime à la maladie sa nature et sa gravité. En tant que spécifique, c'est-à-dire devant passer par toutes les phases nécessaires à la production d'une matière propre à engendrer une disposition semblable à celle dont il provient, il faut qu'il fasse subir à l'organisation et qu'il subisse de sa part une série de modifications particulières que l'art n'a guère le pouvoir de suspendre. D'oii l'indication de ne pas violenter cet état morbide et d'en accepter les nécessités, tout en cherchant à prévenir ou empêcher les accidents, c'est-à-dire les phénomènes fâcheux qui se développent inutilement.
Du côté du système nerveux et de la circulation, il faut sans doute tenir grand compte de leur excitation par l'élément pathologique commun. Mais que cela n'empêche pas d'être attentif à l'action délétère qu'exerce ou peut exercer sur lui ce second élément virulent ou spécifique, qui
domine la marche de la maladie, règle sa durée, commande l'enchaînement de ses périodes, sidère ou désunit le système nerveux. Lorsqu'on a eu l'imprudence d'obéir exclusivement à l'indication fournie par l'élément phlogistique, on a facilement triomphé de cet élément, mais on n'a pas évacué tout le poison morbide avec le sang. Il ne reste plus assez ■de ce sang malade pour alimenter la fièvre, l'éruption, les crises diverses, etc., mais il n'en reste que trop pour jeter une ataxie funeste dans les fonctions du système nerveux, désormais privé de son contrepoids et de son modérateur, le sang. Il est vrai qu'on a supprimé la fièvre, l'éruption, les phlegmasies, les produits de sécrétion morbide, mais on a découvert une névrose spécifique, un état nerveux plus grave cent fois qu'une fièvre qu'on connaissait, qui permettait de calculer, de prévoir; tandis que la malignité déjoue les prévisions et attaque le mouvement vital dans sa source.
Il est des rougeoles bénignes qu'il ne faut que surveiller à la faveur d'une médecine expectante, bien que les malades ne laissent pas que d'avoir une bronchite assez intense. Ne parlons donc pas de ces cas. fort heureusement les plus communs.
Il en est de plus graves, soit parce que la bronchite est très-profonde et confine la pneumonie diffuse, soit parce que celle-ci existe dans une grande étendue. Ces cas présentent un appareil inflammatoire des plus intenses, et il est, nous le répétons, peu de maladies aiguës oii il soit autant développé. Non-seulement la réaction fébrile est intense, les phlegmasies fort vives, mais la nature du virus morbilleux ajoute aux phénomènes ordinaires des phlegmasies quelque chose d'irritant et de caustique. Les produits de ces phlegmasies sont très-coagulables. De même que le contact de l'ammoniaque, l'action de ce virus développe facilement la diphthérite sur les muqueuses et d'abondantes exsudations plastiques et pseudo-membraneuses sur les séreuses. La catarrhe bronchique est comme purulent, ce qui imprime promptement aux crachats une forme, une couleur qui les fait ressembler à ceux d'une phthisie très-avancée, etc. On voit donc que l'élément inflammatoire ne manque pas ; et en vérité l'indication de tirer du sang parait bien évidente.
Dans ces cas, on conseille ordinairement les petites saignées. De cette manière, nous en convenons, on n'a pas à redouter les regrets d'avoir poussé au delà des bornes l'emploi d'un moyen utile dont on s'est ménagé la ressource. On est libre de recommencer selon le besoin et aussitôt qu'on le juge convenable, sans risquer d'intervertir fâcheusement la marche naturelle de la maladie; de supprimer, surtout chez les enfants, une éruption très-mobile et très-délitescente. Mais nous avouons que le kermès nous a presque toujours dispensé des émissions sanguines, en attendant l'indication des vésicatoires volants coup sur coup.
Les difficultés sont donc ici bien grandes. La fièvre et l'inflammation semblent réclamer par elles-mêmes des saignées. La nature, c'est-à-dire la cause prochaine toute spécifique de cette fièvre et de ces phlegmasies,
vient restreindre l'indication. Ce qu'il faudrait, ce serait donc un agent spécifique neutralisateur de l'agent pathogénique. Nous ne l'avons pas.
Mais rappelons-nous que la Médication antiphlogistique n'a pas pour seuls moyens les évacuations sanguines, et qu'il en est d'autres qui modifient la crase du sang dans le même sens, sans faire courir au système nerveux et à la succession phénoménale de la maladie les chances terribles dont nous avons parlé tout à l'heure.
Ce n'est pas ici le lieu de rappeler les moyens propres à fixer à la peau l'irritation morbilleuse, comme les frictions rubéfiantes, les révulsifs aux extrémités, moyens qui occupent une place si importante et si méritée dans le traitement des rougeoles graves et compliquées. Mais nous devons mentionner les antimoniaux et le calomel.
On ne guérit pas une rougeole, on ne guérit pas une variole, et nous verrons dans un instant qu'on ne guérit pas plus une scarlatine. C'est une banalité, dira-t-on ; tout le monde le sait. Oui, tout le monde le sait, et bien des personnes chargées de l'enseigner aux autres agissent comme si elles ne le savaient pas.
On le sait si peu, qu'on ne paraît avoir aucune idée ni aucun principe arrêté sur ce point de thérapeutique et sur les règles qui limitent l'emploi des saignées dans les fièvres inflammatoires en général. On va devant soi jusqu'à un certain nombre de kilogrammes.
' On se laisse emporter par une trop grande envie d'être utile et de tout faire. On ne voit chez le patient qu'une fièvre violente, qu'une grave péripneumonie, et médecin, pressé de conjurer un danger imminent, on ne calcule que ses propres ressources. On se croit souverain, on n'est que ministre. Il nous semble pourtant que la vraie fonction du médecin, dans le traitement de ces fièvres, n'est ni si passive ni si indigne d'un homme intelligent. Il est même certain qu'elle exige beaucoup plus de sagacité et de science que la routine inflexible de nos modernes Riolans.
L'exactitude algébrique d'une formule, et l'exactitude empirique à s'y conformer, ne feront jamais de la médecine une science exacte; et c'est une médecine fort inexacte, que celle qui prétend formuler la quantité de sang à tirer dans une maladie. Medicus sum, disait Sydenham, non verô medicarum formularum prcescriptor.
Dans les fièvres exanthématiques dont l'éruption consiste en un érythème, la répercussion de celle-ci est bien plus facile et bien plus fréquente que dans les fièvres éruptives pustuleuses, où la phlegmasie cutanée est fixe, profonde, suppurative, etc. Aussi, dans les premières, s'exposerait-on à de graves dangers en autorisant la méthode de Sydenham, l'aération, le lever, etc., si recommandable dans la première période de la fièvre varioleuse.
Ce point de l'histoire des rougeoles est un des plus intéressants' en théorie, et un des plus importants en pratique, un de ceux auxquels tout médecin sensé fait le plus attention.
Quelquefois l'éruption se localise, se porte en masse sur un point de
k peau, le reste de cette surface en étant à peine marqué. D'autres fois, quoique bien diffuses et générales, les taches morbilleuses sont pâles ou légèrement violacées, ce qui donne à la peau l'aspect pommelé qu'elle a chez quelques enfants, surtout par un certain degré de froid. Dans d'autres cas, l'éruption va et vient, paraît et disparaît avec une brusquerie et une irrégularité singulières. Chez celui-là elle est précoce, chez celui-ci tardive. Enfin, chez quelques enfants, c'est à peine si la peau se couvre de quelques marbrures livides; et, comme par compensation, l'éruption buccale et bronchique est intense, horrible, conlluente en quelque sorte. Le tégument interne a frustré la peau ; et ces cas sont parmi les plus graves, avec ceux d'éruption mobile, fugace, éphémère, que nous venons de citer.
A quoi peut être bonne la saignée, et comment peut-elle nuire dans ces occurrences diverses ?
L'éruption rubéolique apparaît assez constamment du troisième au quatrième jour, et fort heureusement, pendant ces jours de fièvre d'incubation, le malade offre quelques signes assez sûrement caractéristiques de la nature de cette fièvre et de l'espèce d'éruption dont elle sera bientôt suivie. Chacun connaît ces signes. Or, nous avons plusieurs fois eu l'occasion d'observep que, contrairement à ce que nous disions plus haut pour la variole, dans la rougeole, le retard de l'éruption est moins favorable que sa précocité. Et cela s'explique par cette circonstance que, dans la grande majorité de ces cas, c'est ou l'intensité de la phlegmasie pulmonaire, ou un état nerveux particulier lié à une dentition laborieuse, qui semble concentrer ou troubler les tendances naturelles de la fièvre éruptive.
Ainsi, l'éruption précoce est en général heureuse. Quant à l'éruption retardée, elle peut l'être : 1° ou par la violence de l'inflammation des organes thoraciques; et alors, si l'enfant est vigoureux, une saignée suivie de l'emploi des révulsifs et d'une sinapisation soutenue aux quatre extrémités, peut en décider et en généraliser la manifestation. Nous préférons, dans ce cas, la saignée du bras aux sangsues, même chez les enfants et surtout chez eux.
2° Ou par une congestion de l'encéphale avec assoupissement, céphalalgie, stupeur coupée de quelques attaques convulsives. Ce cas est moins grave que le précédent, et la fréquence ou le redoublement d'intensité des attaques éclamptiques présage même d'ordinaire une éruption trèsprochaine. Toutefois, si ces prodromes anomaux persistent, une sangsue ou deux aux malléoles, des rubéfiants promenés sur la surface du corps, un laxatif, etc., rompent assez facilement la concentration fluxionnaire vers l'encéphale, et permettent à l'éruption de se faire librement, u 3° Ou par un dévoiement exagéré. Alors les parégoriques et les bains tièdes sont les moyens les plus appropriés. Une ou deux gouttes de laudanum dans une infusion de bourrache, avec quelques gouttes d'esprit de Mindérérus ; des lavements féculents ou albumineux, et au besoin le
bain un peu chaud, ou mieux encore, les frictions avec l'eau fraîche vinaigrée, modèrent le dévoiement en excitant la peau, double effet résultant d'une seule et même modification de l'organisme.
Toutefois, il est des dévoiements survenant en même temps que l'éruption, et qui, coïncidant avec une fièvre très-vive, un exanthème abondant et excessivement rutilant, semblent annoncer une inflammabilité intense du sang, ou, comme quelques-uns diraient aujourd'hui, un degré considérable d'hémite. Sydenham avait déjà remarqué, avec sa sagacité ordinaire, que ces dévoiements étaient le signe d'une vive entérite produite par la même cause que l'érythème cutané, une véritable rougeole du gros intestin, une phlegmasie de cette membrane muqueuse enfin, tout à fait analogue à celle si spécifique qu'on voit dans la bouche, et qui forme, sans nul doute, en se fixant sur la muqueuse pulmonaire, le catarrhe trachéo-bronchique concomitant. 11 rapprochait ces diarrhées inflammatoires de celles qui accompagnent souvent le début des péripneumonies franches, et traitait cette superfétation par la saignée du bras.
Quin et diarrhcea quammorbillos excipere diximus, venœsectione pai'iter sanatur. Quàm enim habitus injlammati sanguinis in intestina rucntibus, ortum sumn debeat {quod eliam in pleurilide, peripneumoniâ, aliisque qui ab inflammatione creantur tnorbis usu venit) à quibus illa exscreationem stimulalur, sola venœ sectio levamen adfert à quâ tum revelltmtur acres isti humores, tum etiam sanguis ad debitarn redigitur temperiem.
Nous avons pu vérifier un certain nombre de fois la justesse de cette observation et de la pratique qui en découle.
4° L'état nerveux particulier auquel il faut rapporter la mobilité et les alternatives si fâcheuses de l'éruption, et que nous avons décrites plus haut, n'est guère attaquable par la Médication antiphlogistique. Il la repousse même généralement. La coïncidence d'une dentition difficile donne souvent lieu à cette déplorable condition. Les applications irritantes à la peau, les ba,ins tempérés, quelquefois même les alfusions fraîches, les stimulants diffusibles à l'intérieur, les lotions avec le vinaigre ou l'eau vinaigrée, doivent remplacer le traitement débilitant. Il n'est pas rare, alors, de voir survenir l'éclampsie; mais, loin que, comme tout h. l'heure, elle annonce l'approche d'une éruption vive, générale et franche, elle est un symptôme funeste et de formidable ataxie.
On doit être d'autant plus sobre d'émissions sanguines dans la rougeole, que celte maladie affecte surtout les enfants, et que, chez eux, les émétccathartiques, les bains et les révulsifs sont les véritables et les plus puissants antiphlogistiques.
Mais non-seulement l'âge des sujets commande une très-grande réserve dans l'emploi de cette médication, la nature spécifique de la maladie, nous ne saurions trop le répéter, ajoute à ce premier motif de prudence une considération non moins grave ; car chez les adultes, où, sans nul doute, l'usage des saignées souffre moins de contre-indications que cliez l'enfant, leur utilité a malheureusement des bornes très-
MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE. 673 étroites, quels que soient la violence de la fièvre, l'engorgement inflammatoire des poumons, etc., etc.
Pour s'en convaincre, il ne faut que considérer les merveilles de cette médication hardiment poussée dans la curation des péripneumonios franches, et observer après cela, sous la même lancette des mêmes médecins exacts, quelques pneumonies morbilleuses d'adultes placées dans les mêmes conditions physiologiques et hygiéniques que les premières...
Ici, le médecin commande, gouverne librement et prévient en quelque sorte la maladie. Là, au contraire, il est commandé, assujetti et prevenu par la maladie. Ici, il peut traiter et mener la maladie en maître, pourvu qu'il reconnaisse les lois suprêmes de la nature. Là, non-seulement il lui faut accepter les exigences de la nature, mais encore subir celles de la maladie. Quel surcroît d'embarras et de devoirs, surtout lorsque ces deux espèces de lois sont en contradiction, comme cela arrive le plus souvent dans les fièvres spécifiques ! La nature semble indiquer formellement tel secours ; la maladie ne s'en arrange que dans des limites trop restreintes, et quelquefois le rejette tout à fait, etc., etc.
Qu'on ne s'étonne donc pas si l'on nous voit si cauteleux et si perplexes dans l'appréciation des limites d'utilité de la saignée dans la rougeole. Nous ne sommes point hostiles à cette médication ; et celui qui, après avoir lu avec quelle réserve nous conseillons ce moyen, nous verrait à l'action devant tel malade affecté de rougeole, pourrait nous trouver trèshardis dans le maniement des émissions sanguines, auxquelles toutefois nous préférons, dans l'espèce, les antimoniaux et les vésicatoires infatigablement répétés.
Car nous ne sommes point de ceux qui prétendent apprendre aux élèves à traiter la pneumonie ou la rougeole de Paul ou de Jacques, dans cinq ans comme demain, à Marseille comme à Lille, etc. Nous écrivons de la thérapeutique générale tout simplement, et nous ne nous sommes pas encore élevés à la théorie des grands nombres et à la méthode des moyennes : même nous nous en moquons. Croire qu'on fait de la médecine exacte en catégorisant les cas et les divisant en graves, moyens, légers, et en tirant de là des règles de traitement qu'on applique ensuite aux cas graves, moyens et légers, nous paraît trop grossièrement impliquer l'idée que les hommes doivent être traités plutôt comme espèce que comme individus. Or, c'est en zoologie seule que l'on ne considère que l'espèce, qui, en elfet, est l'élément zoologique. Dans la société, au contraire, l'individu a une valeur personnelle et doit être traité comme tel.
Dans les magasins d'habillements d'une armée, il y a des uniformes pour grande, moyenne et petite taille. Les hommes, relativement à leur taille, sont de même ainsi classés. De cette manière, on peut confectionner des habits d'avance. Ces vêtements, qui vont à tout le monde, ne s'ajustent à personne.
CTfi