EMPLOI DE LA MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE DANS LA FIÈVRE TYPHOÏDE
Nous avons parlé d'abord des maladies aiguës qu'on doit s'efforcer d'arrêter dans leur marche le plus tôt et le plus vigoureusement possible. Nous sommes passés à d'autres où ce but si désirable ne peut pas toujours être atteint, à cause de la nature souvent constitutionnelle de l'affection dont un élément seul est aigu.
Les premières sont de toutes les plus rapprochées des inflammations traumatiques. Leur principe ou, si l'on ve jl, la force qui les engendre est aiguë comme les phénomènes par lesquels elles se manifestent. Cette force ne dure pas plus qu'eux; elle ne persiste pas latente après leur disparition ; elle s'épuise ou s'éteint en quelque sorte dans ses produits.
Les secondes sont remarquables par des caractères tout opposés. La force qui préside à leurs phénomènes persiste après ceux-ci, latente ou transformée ; elle ne s'éteint qu'imparfaitement dans ses symptômes et ses produits. Telles sont les raisons pour lesquelles la Médication antiphlogistique doit être employée énergiquement et sans-arrière pensée dans les premières ; prudemment et avec la préoccupation constante de la nature réfractaire et constitutionnelle de l'affection, dans les secondes.
Toutefois, cette dernière considération est la seule qui doive mettre un frein cà l'emploi des émissions sanguines dans les phlegmasies et les fièvres rhumatismales; car la nature de ces maladies n'a d'ailleurs rien d'essentiellement funeste, rien de désorganisateur, aucune de ces pro-
MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE. 633 priétés qui rendent les poisons morbides si délétères et si hostiles au principe de la vie, et qui imposent en même temps au médecin la plus grande sobriété dans l'usage des médications débilitantes.
Nous arrivons maintenant à d'autres affections aiguës, où la difficulté d'appliquer la Médication antiphlogistique ne gît pas tant dans la considération de l'avenir du malade que de son état présent. Lorsque, en effet, le médecin saigne trop ou trop peu dans le rhumatisme aigu, il peut préparer par cette erreur des conséquences fâcheuses mais toujours éloignées ; et cela s'explique par la nature constitutionnelle de la maladie, qui la rend très-susceptible de récidives, de reliquats et de chronicité. On comprend, au contraire, que cela ne puisse arriver que difficilement dans les véritables maladies aiguës, puisque dans ces maladies il n'y a à considérer que le présent, et par cela même qu'elles sont franchement aiguës, elles ne peuvent rien avoir de constitutionnel, et n'ont, par conséquent, à redouter ni les récidives ni la chronicité. Que si elles peuvent laisser après elles des suites {sequelœ morborum), c'est-à-dire des lésions ou des troubles fonctionnels non morbides et sans rapport avec l'affection qui a précédé, elles ne peuvent pas au moins laisser des reliquats {reliquiœ morborum), c'est-à-dire des accidents morbides de même nature que ceux de la maladie génératrice. 11 résulte de là que le danger de saigner trop ou trop peu est, dans ce cas, immédiat et plus grave, puisque c'est de l'issue prochaine de la maladie qu'il s'agit, et que les maladies aiguës pures n'ont que deux manières de se terminer, la guérison ou la mort.
Si l'on pousse la saignée au delà des bornes légitimes dans le rhumatisme aigu constitutionnel, on courra risque de changer celui-ci en un rhumatisme chronique fixé sur un fond anémique; ou bien, on exposera le sujet à des récidives sans fin, et on aura à résoudre le plus difficile et le plus ingrat des problèmes de la thérapeutique : traiter l'anémie chez un malade où les analeptiques et les stimulants ne seront pas supportés, ou traiter des phlegmasies rhumatismales subaiguës chez un sujet où seront contre-indiqués les antiphlogistiques.
Si, au contraire, on épargne trop la saignée aux malades, et qu'on ne la remplace pas par des médications sédatives directes ou contro-stimulantes, on permet aux phlegmasies rhumatismales de développer tous leurs elfets, d'envahir les viscères, de modifier les tissus affectés, et de produire ainsi des lésions quelquefois irrémédiables.
Mais les inconvénients de ces deux excès sont plus effrayants encore dans le traitement des fièvres graves, et, par exemple, de notre fièvre typhoïde.
Il y a cette grande différence entre les maladies aiguës précédentes et celle-ci, qu'il est rare qu'une médication expectante puisse suffire au traitement des premières, et que l'intervention de l'art y est presque toujours indispensable, tandis que, dans les fièvres proprement dites, le médecin sage a plus souvent à s'abstenir qu'à agir. Cette différence capitale découle de celle que nous avons remarquée entre ces deux ordres de ma-
ladies aiguës. Il est certain, en effet, que plus une affection est constitutionnelle, et que plus, par conséquent, elle est subordonnée à des conditions individuelles, plus aussi elle est indéterminée, moins elle trouble les actions physiologiques, moins elle est assujettie à des formes et à une durée spécifiquement définies, moins enfin elle fait naître l'idée d'une force étrangère, venant s'implanter dans l'organisme, y déroulant sa vie propre, y naissant, y accomplissant des périodes régulières ou des âges, et y mourant en quelque sorte après s'y être reproduite. Il résulte de là que les maladies d'une nature bien déterminée, si surtout elles sont spécifiques, ont une marche bien moins susceptible d'être modifiée que les maladies individuelles. Le médecin est bien forcé, comme le malade, de subir alors ce qu'il ne peut empêcher. Il en résulte aussi, que lorsque le^cas est grave, il est bien plus fatal dans ses développements et bien moins susceptible d'être modifié par la thérapeutique. Cela, nous le répétons, est surtout vrai des maladies spécifiques, c'est-à-dire des maladies qui se reproduisent toujours identiques à elles-mêmes par génération. Si la fièvre typhoïde ne peut pas être exactement rangée dans cette catégorie, on doit convenir qu'elle a plusieurs caractères qui l'en rapprochent.
Il n'est pas aussi facile qu'on le croit dans l'école anatomique de dire oià commence cette fièvre et où elle finit. On ne la circonscrit pas aussi aisément que la variole ou la rougeole. Cela fait que la thérapeutique peut exercer sur elle plus d'influence que sur ces deux dernières maladies. Il y a encore de cela une autre raison : c'est que, dans son unité de nature, cette pyrexie est susceptible d'une bien plus grande variété de formes ou d'expressions symptoraatiques que les véritables pyrexies spécifiques. C'est ainsi qu'elle se présente souvent avec un appareil inflammatoire extrêmement intense qui peut fournir l'indication des émissions sanguines, et que, d'autres fois, elle débute par des symptômes d'adynamie ou d'ataxie qui repoussent au contraire énergiquement l'emploi de ce moyen.
Mais, quand on veut étudier la fièvre typhoïde plutôt en médecin qu'en naturaliste, il ne faut pas choisir d'abord des types parmi ces cas surchargés d'états organiques très-graves et de symptômes inflammatoires ou nerveux qui par leur intensité peuvent absorber toute l'attention et faire croire que la fièvre en question est essentiellement nerveuse, inflammatoire, bilieuse, etc. L'observation nous présente, en effet, dans le plus grand nombre des cas, une fièvre typhoïde qui ne ressemble en rien à ces tableaux effrayants tracés par les médecins nosographes à qui il faut de toute nécessité de grands traits, des descriptions pittoresques, des observations complètes, des diagnostics vérifiés par l'autopsie. A côté des fièvres typhoïdes graves, soit putrides, soit ataxiques, soit adynamiques, il y a heureusement la fièvre typhoïde simple, la fièvre qui parcourt ses périodes sans mériter à aucun moment de sa durée un seul des noms sous lesquels cette maladie était connue de Pinel. Le nosographisme
escamote toujours les nuances, les transitions et tout ce qui échappe à la brutale étroitesse de ses compartiments. Il ne doit reconnaître que les espèces rigoureusement manifestées par le groupe complet de leurs caractères ; et comme il les prend toutes formées, il n'a pas à s'occuper de ce qui peut éclairer leur formation et établir leur pathologie. Mais la médecine, qui a affaire à des forces et non à des formes, est obligée de répondre à tous les cas; elle n'est pas maîtresse d'éluder ceux qui gêneraient un nosographe. Rien n'est plus heureux, car les faits embarrassants pour celui-ci sont précisément ceux où se révèle au médecin la vraie nature d'une maladie.
Lorsqu'on observe de ces cas de fièvre typhoïde simple et dégagée de tous symptômes spéciaux; lorsque, par exemple, on voit ce que nous voyons si souvent, des fièvres typhoïdes, parfaitement caractérisées, durer depuis deux jusqu'à trois semaines et plus sans présenter aucune indication thérapeutique particulière, on se demande comment il se trouve des professeurs et même des praticiens pour dire que la saignée est le traitement propre et spécial de la fièvre typhoïde... Nous avons vu plusieurs fois des fièvres typhoïdes qui avaient débuté par un mouvement fébrile modéré, même quelque peu vif, mais simple, continuer leur marche bien connue, entourées de tous les signes caractéristiques désirables, à l'exception du mouvement fébrile, qui s'apaisait presque complètement après quelques jours, et laissait ainsi la maladie sans symptômes actifs et réduite à sa plus simple expression. Encore une fois, qui oserait dire, en face de cas pareils, que la méthode des saignées constitue la médication spéciale de la fièvre typhoïde ? Parler ainsi, c'est évidemment ne pas se comprendre; car pour cela il faudrait dire : la Médication antiphlogistique est le traitement spécial de l'état inflammatoire par lequel se manifeste souvent la fièvre typhoïde. Après cela, il ne resterait plus qu'à déterminer dans quelle mesure ces symptômes inflammatoires doivent être combattus par les émissions sanguines, eu égard à l'afi'ection typhoïde qui leur imprime des caractères et une nature qui par eux-mêmes n'ont rien à démêler avec la saignée.
Dans les fièvres et les phlegmasies saines, les symptômes, avons-nous dit, représentent toute la nature de la maladie ; ils en sont la manifestation adéquate, s'il est permis de parler ainsi. Il en résulte que la médication indiquée par les symptômes l'est aussi par l'affection qui les produit, et que si l'on a apaisé les premiers, on a la preuve que celle-ci l'est en proportion. Traiter la fièvre typhoïde par la méthode thérapeutique applicable à ces fièvres et à ces phlegmasies franches, c'est l'assimiler à ces maladies; c'est dire, en d'autres termes, que la nature de la fièvre typhoïde est mesurée exactement par l'intensité de la fièvre et des phlegmasies qu'on y observe, et que la meilleure méthode de traitement est celle qui se propose de faire cesser cette fièvre et ces phlegmasies dans le plus court espace de temps possible, comme on le peut bien quelquefois dans une phlegmasie franche, la pneumonie vulgaire, par exemple.
11 semblerait que de telles prétentions dussent déjà être bien loin de nous; il n'en est rien. On en est aujourd'hui encore réduit h. combattre des théories que leurs partisans croient pouvoir étayer par les succès d'une Médication antiphlogistique poussée jusqu'à ses dernières limites. Il est donc nécessaire d'entrer à ce sujet dans quelques considérations qui puissent permettre de poser autant que possible les bornes que la Médication antiphlogistique ne doit pas dépasser dans le traitement des fièvres graves, et d'arracher à l'empirisme la thérapeutique d'une maladie qui, susceptible de modifications individuelles innombrables, commande une observation toujours nouvelle et une infinie variété dans l'application des méthodes curatives.
La dénomination de fièvre typhoïde, l'aspect des malades, l'état de leurs forces musculaires et de leurs fonctions encéphaliques, ont de tout temps porté les médecins à fonder le traitement de cette maladie sur des indications d'adynamie; et ainsi, la médication tonique appliquée à la fièvre typhoïde n'a pas cessé d'avoir de nombreux partisans. C'était penser et agir légèrement, et il y avait dans cette pratique, aussi ancienne que les fièvres graves, une vérité mal comprise et une erreur difficile à éviter. Il devenait alors presque impossible qu'il n'y eût pas de déplorables excès.
Certains empoisonnements reproduisent, chacun à sa manière, cet état morbide particulier. On le retrouve dans une des périodes de l'ivresse alcoohque, de l'intoxication par l'opium, etc. Récemment encore, cette ancienne question de la prééminence du traitement stimulant et tonique sur le traitement débilitant dans les fièvres typhoïdes a été agitée de nouveau à propos des moyens les meilleurs à opposer aux graves accidents de l'empoisonnement par l'arsenic ; les uns exaltant la saignée, les autres les médicaments stimulants et toniques, parce que chez les uns et chez les autres l'attention est exclusivement absorbée ou par la considération d'un état fébrile et de quelques localisations inflammatoires trop évidents pour être niés, ou par la préoccupation d'un élément asthénique et typhoïde non moins prononcé.
Pourtant, puisque la coexistence de ces deux états est réelle ; puisque de leur simultanéité résulte un type nosologique bien caractérisé et parfaitement défini, et que la fièvre typhoïde forme une unité morbide qui n'est ni un état sthénique, fébrile et inflammatoire produisant consécutivement et indirectement un état asthénique ou typhoïde, ni un état asthénique ou typhoïde fortuitement compliqué d'un état fébrile, sthénique et inflammatoire; puisqu'en un mot, tout en distinguant pathologiquement ces deux éléments, on ne peut néanmoins les séparer, il est nécessaire de les distinguer de même en thérapeutique, sans les séparer davantage.
Les élèves de Broussais, forcés de reconnaître cet état typhoïde, et ne pouvant s'en rendre compte par la phlegmasie intestinale, ont imaginé une certaine infection du sang causée par la résorption de détritus gan-
:gréneux, de liquides corrompus, de matières putrides contenues dans l'intestin; et comme ils ont cru ne pouvoir faire jouer cette résorption qu'à la période de la maladie oii l'intestin est ulcéré et contient des matières septiques, etc., ils ont été obligés de n'admettre l'état typhoïde que dans le cours du deuxième septénaire de la fièvre et quelquefois plus tard. De sorte que, suivant eux, l'état typhoïde n'est dans celte fièvre qu'un accident, qu'une éventualité qui peut être ou ne pas être, et qui n'est nullement propre à la maladie.
On sent vaguement, nous le savons, le vice et la faiblesse de cette théorie mal ajustée, et on parle bien, pour la fortifier, de phlébites capillaires de l'intestin existant dès le début, et fournissant ainsi d'emblée le poison dont on a besoin pour expliquer les phénomènes de la maladie avant la période d'ulcération. Mais le remède est pire que le mal. On quitte une opinion démentie par les faits pour se jeter dans une hypothèse invérifiable, et qui repose sur l'existence d'une phlébite qui, fût-elle prouvée par l'observation, serait plutôt un obstacle qu'une circonstance favorable à la production de l'état général qu'on veut lui imputer. D'ailleurs, cette condition est commune à toutes les phlegmasies, qui ainsi devraient toutes être typhoïdes.
Il faut donc d'abord, et pour le moment, distinguer dans cette malndie deux choses : l" l'affection générale qui en forme le principe et l'unité ; 2° les altérations diverses, telles qu'inflammations, gangrènes, ulcérations, ramollissements, hémorrhagies, septicité des humeurs, altération profonde du sang, etc., qui forment les déterminations multiples de cette unité morbide.
L'affection, dans son unité ou dans son élément général, n'est point inflammatoire, quoi qu'on dise et quelque violente que soit la fièvre, quelque nombreuses que soient les inflammations. L'affection est typhoïde. Tel est son caractère, tout comme dans les inflammations vénériennes le caractère de l'affection est d'être syphilitique et non d'être inflammatoire. L'inflammation n'est pas plus nécessaire à l'affection typhoïde qu'à l'affection syphilitique.
Mais l'affection typhoïde se détermine très-généralement par une fièvre «t des inflammations typhoïdes qui, par la spécialité de leurs phénomènes, révèlent la nature de l'affection, la manifestent par des symptômes propres, une coordination particulière et des signes caractéristiques.
Cette affection ne porte pas son influence primitive sur un appareil spécial quelconque ou sur les fonctions nerveuses même les plus générales et les plus susceptibles de nombreuses sympathies; ce n'est donc point à son début une affection nerveuse, c'est une affection aiguë générale.
Elle frappe primitivement certains éléments organiques partout présents qui font la vie spéciale des tissus, et dont elle éteint d'emblée la vitalité par des gangrènes sans phlegmasie préalable ou par des ramollissements non inflammatoires.
GiO MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE.
Ici, il est indispensable de bien s'entendre sur la valeur que nous attachons au mot typhoïde.
11 ne suffirait pas de donner à ce mot sa signification étymologique, et de croire en conséquence connaître la nature de raffection typhoïde dont nous nous occupons, parce qu'on saurait que les fonctions vitales y sont primitivement frappées de stupeur. Elles le sont en effet dans beaucoup d'autres affections qui n'ont avec notre fièvre typhoïde que ce seul et unique rapport. Car pourquoi, par quoi, comment sont-elles ainsi affectées? Répondre à ces questions, ce serait faire connaître la nature de l'affection dont l'état typhoïde est le premier et le plus prochain effet. Ainsi donc, lorsque nous disions plus haut : « L'affection est typhoïde ; telle est sa nature, tout comme dans les inflammations vénériennes la nature de l'affection est d'être syphilitique, etc., » il est évident que nous ne voulions pas dire autre chose, sinon que la modification première imprimée par la cause prochaine de la maladie aux éléments organiques était une certaine stupeur.
Quant à la nature de cette cause et aux conditions de sa formation ainsi qu'cà celles de sa manifestation, c'est une tout autre thèse. Par cette dénomination de fièvre typhoïde, nous exprimons tout à la fois l'idée de stupeur et l'idée de la nature de la cause stupéfiante ou typhoïde. Il y a une foule d'affections typhoïdes selon la première de ces idées; il n'y en a qu'une selon la seconde, et c'est celle dont nous nous occupons en ce moment.
On n'exigera pas que nous recherchions la nature de cet état et de ces conditions de développement de l'affection typhoïde. C'est assez pour notre objet que nous sachions : 1° que cet état est primitivement général ; 2° qu'il affecte primitivement aussi les éléments organiques spéciaux répandus partout, et particulièrement l'élément sanguin et l'élément nerveux ; 3" enfin, que le mode de cette affection est la stupeur dont elle frappe ces mêmes éléments.
Pourtant, ne tenir compte que de l'affection qui est typhoïde ou stupéfiante, ce serait implicitement prononcer que la Médication antiphlogistique doit être absolument bannie du traitement des fièvres typhoïdes ; car quelle indication le seul élément stupeur peut-il offrir que la Médication antiphlogistique soit capable de remplir ? Il n'y aurait place dès lors que pour la médication tonique.
Et néanmoins la diète, des boissons délayantes et tempérantes, les émissions sanguines, le régime antiphlogistique enfin, sont appelés à répondre dans cette maladie à d'utiles indications.
Donc, il faut y considérer autre chose de très-important que l'élément stupeur, sans toutefois le perdre de vue, et réciproquement.
Quand on voit cette prostration musculaire, cette hébétude des sens, cette indifférence profonde aux impressions du dehors, etc., on juge simplement l'état typhoïde, car lui seul est révélé par ces symptômes et beaucoup d'autres qui ont le même cachet.
MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE. Gil Quand, après cela, on observe l'aspect et les qualités physiques du sang, 'odeur des matières diverses excrétées, leur septicité, les caractères chimiques de l'urine, l'état de la langue et des dents, la tendance des tissus à la gangrène, au ramollissement et à l'ulcération primitivement ou consécutivement à des inflammations toutes spéciales, les pétéchies, etc., etc., on comprend, à ces signes qui seuls peuvent la révéler, une modification profonde dans la plasticité ou dans l'état des fonctions végétatives, manifestée parleurs produits. On comprend, de plus, que ce changement intime, que cette atteinte générale est de nature à porter sur les appareils de la nutrition ou sur les tissus et les liquides vivants une influence stupéfiante qui les altère partout, lorsque localement elle ne les mortifie pas d'une manière complète.
Puis, quand on vient à considérer que cette maladie est généralement accompagnée d'une réaction fébrile régulière, présentant des périodes, assez calculables, une durée susceptible d'être approximativement fixée; que, semblable en cela aux fièvres éruptives spécifiques, sans cesser d'être la même, elle se montre à tous les degrés, depuis le plus bénin jusqu'au plus funeste ; que ces périodes et cette marche de la fièvre, quand elle est simple^ présentent dans leur cours une succession, une coordination très-physiologiques et parfaitement en harmonie avec les périodes et la marche des autres phénomènes; qu'en un mot, dans les cas communs quoique graves, il semble qu'on puisse comparer cette succession de phénomènes morbides à une fonction, c'est-à-dire à une suite d'opérations tendant à une fin particulière et dirigées par des lois connues, etc., l'esprit est irrésistiblement porté à supposer que l'organisme travaille, selon ces lois invariables, à rentrer dans l'état sain, et à se débattre, en quelque sorte, contre une cause de désorganisation et de mort. - Enfin, lorsque épuisant cette idée, et recherchant si cette cause efficiente est un germe comme celui qui produit la variole et les autres exanthèmes spécifiques, une matière morbide vivante venue du dehors et fournie par un organisme qui, l'ayant reçu d'un autre, le transmet identique à son tour, de sorte qu'une contagion plus ou moins directe soit la condition rigoureuse sans laquelle, actuellement, cette maladie ne se développerait plus; quand, disons-nous, recherchant s'il en est ainsi de la fièvre typhoïde, on constate bientôt le contraire ; on l'observe naissant spontanément ou indépendamment d'une foule de circonstances hygiéniques et de conditions d'insalubrité qu'on croirait très-puissantes pour la produire ; alors, force est bien de modifier et d'élargir l'hypothèse, et de demander à l'économie elle-même, à ses lois, à l'observation de ses besoins, de ses changements, de ses révolutions et des perturbations qui peuvent s'ensuivre, etc., quelques données capables d'éclairer l'étiologie si obscure de cette fièvre typhoïde.
L'homme n'y est sujet que jusqu'cà un certain âge, pendant une certaine période de sa vie, avant et après laquelle il est fort rare de l'observer ; et c'est vers la phase de son existence à laquelle il commence à être sta-
tionnaire ou à décroître, qu'il cesse d'y être exposé. C'est depuis l'âge où les sexes se prononcent, jusqu'à celui où l'individu n'a plus rien à acquérir du côté de l'organisation et du développement corporel, c'est-àdire de quinze à trente ans, qu'elle est le plus fréquente, et c'est chez des hommes surtout qu'elle a été observée plus tard.
Un de ses caractères les plus importants est certainement l'immunité qui est acquise aux personnes qui l'ont subie une fois.
Les jeunes gens qui quittent leurs provinces pour venir habiter une grande ville, comme Paris, où ils ont à essuyer toutes les conséquences d'une véritable acclimatation, pour qui tous les agents de l'hygiène sont modifiés plus ou moins et quelques-uns profondément dans cette nouvelle condition, ces jeunes gens sont éminemment disposés à la fièvre typhoïde.
Cette fièvre attaque sans acception de tempérament et sans causes extérieures appréciables. On remarque que dans les épidémies elle sévit principalement sur les jeunes gens les plus robustes.
Elle paraît, en général, plus grave, toutes choses égales d'ailleurs, chez les sujets très-sanguins et chez lesquels la force plastique est énergique, l'hématose puissante, les sucs abondants, les parenchymes repus, la végétation riche et exubérante. De plus, d'après une vieille expérience, ij faudrait ajouter que cette gravité est accrue chez ceux qui, dans de pareilles conditions de tempérament, ont jusque-là vécu exempts de toute maladie, et dont la santé n'a souffert aucune de ces affections graves pendant lesquelles le corps, soumis à une longue diète, à des traitements évacuants, à des évacuations naturelles, etc., a considérablement maigri et a en quelque sorte renouvelé sa substance
Cette voix de la tradition populaire et médicale répète encore que ceux qui ont éprouvé une fièvre typhoïde régulière quoique grave, chez lesquels elle s'est terminée franchement, et qui ont pu entrer sans accidents ni sans reliquats dans une bonne convalescence, sortent de celte épreuve mieux portants, plus robustes, etc.; fait qu'il nous a été permis d'observer plusieurs fois.
La maladie est caractérisée par une convalescence longue et difficile; les individus mangent énormément, sont longs à reprendre des chairs, et on a noté, avec beaucoup de raison, que c'était une signe favorable de voir les malades maigrir sensiblement et presque tout à coup vers la fin du second septénaire, dans les cas où la maladie doit durer trois semaines ou au delà.
Il nous serait peut-être permis aussi, si nous écrivions un traité de pathologie générale, de faire remarquer la particularité du siège qu'affecte constamment le signe organique spécial, la lésion anatomique singulière qui distingue cette maladie. C'est dans l'intestin grêle, l'organe le premier formé dans l'évolution enibryogénique, le plus fondamental des viscères ou des appareils spéciaux servant à la nutrition, celui dans lequel l'organisation a en quelque sorte ses racines, c'est dans les
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plaques de Peyer, origines du système lymphatique, c'est dans cette cavité, dont on peut dire, à bien plus juste titre que des oreillettes du cœur, qu'elle est primum vivens et ultimum moriens, que la maladie imprime son cachet propre et distinctif. Telle est la raison pour laquelle le tube digestif est 1 appareil qui a les rapports les plus immédiats avec les actions végétatives. Nul n'entretient avec la nutrition des sympathies aussi étroites, et on le voit bien dans les dyspepsies pour les maladies chroniques, dans le choléra pour les aiguës. Réciproquement, lorsque les fonctions vitales élémentaires ou végétatives sont primitivement altérées, comme dans toutes les fièvres graves, morbi totius subCanliœ, les lésions les plus constantes et les plus prochaines, quelquefois les plus caractéristiques, se rencontrent dans le tube digestif et spécialement dans l'intestin.
Nous nous garderons bien de formuler une théorie de la fièvre typhoïde, et nous avouons sans difficulté que nous ne nous en sentons pas capables. Si nous nous sommes livrés à quelques considérations sur ce point, c'est que nous y étions, comme on va le voir, forcés, pour justifier nos critiques et nos conseils sur l'application de la Médication antiphlogistique au traitement des fièvres graves.
En effet, l'appréciation des indications de cette méthode curative ne peut être faite sainement si l'on ne lient pas compte de tous les grands points que nous avons mis en saillie ; et on est exposé à pousser trop loin les émissions sanguines, ou à les employer à faux, si l'on n'a pas bien corppris la valeur de chacun de ces éléments d'indications thérapeutiques.
Sydenham pense que la fièvre typhoïde est déterminée par un besoin du sang de changer de diathèse, ut sanguis in novam aliquam diathesim immutetur.
Il est plus précis encore, et nous tenons à rapporter le passage oii il explique plus formellement en quoi l'étiologie de ces fièvres lui paraît différer de celle des fièvres éruptives. Cette distinction est des plus remarquables.
Porro, febrilcm hanc sanguinis commotionem ob materiœ cujusdam he~ terogcnœ ipsique naturœ adversantis secretionem ab eâdem concitari, omne genus febrium quœ eruptionibus stipantur testatum facit, ut pote in quibus istius ebu/litionis sanguinis beneficio, fit excretio ad cutim excrementi in wdem latitantis et pravâ qualitate affecti.
Quinimd, nec meâ quidem sententiâ minus liquet, febrilem sanguinis commotionem sœpè [ne dicam sœpihs) non alià collineore, quàm ut ipse sese in novum quemdam statum et diathesim immutet, hominemque etiam cui sanguis parus et intaminatus perstat, fehre corripi posse, sicuti in corporibus sanis evenire frequenti observatione conspcctum est, in quibus nullus apparatus morbi ficus vel quoad plethoram vel quond cacochymiam fuerit, nulla insalubris aeris anomalia, quœ febri occasionem subminislraret. Niliilommîts etiàm, hujus modi homines, prœcedenti aliquâ aeris, victàs cœtcra-
m MÉDICATION ANTIPIILOGISTIQUE.
rumque rerum non naturalium {ut vacant) mutatione, identidem fehre corripiuntm\ proptereà. quàd eorum sanguis novum statim et conditionem fldipisci gestit qualem ejus modi aer aut victus postularerinl, minime verà qiiùd particularum vitiosarum in sanguine stabulantium irritatio kbrim procreet. Etsi nequaquàm duhitem, materiam in sanguinis despumatione pnst febrilem commotionem solemniter excretam, vitiosam esse, quamvis sanguis laudabilem anteà diathesim obtinuerat, id quodvis magis mirandum esset,qvÀm quod esculentoi^um portioncs aliquot corruptœ et fœtidœ évadant, poslquàm insignem in corpore alterationem subierunt, ac jàm à reliquis segregatœ fuerint. (Sydenh. Op. med., t. I, p. 20.)
Cette théorie est parfaite si l'on se place au point de vue de Sydenham qui est celui du naturisme ou de l'autocratie de la nature. Ce système est en médecine ce que le rationalisme est en philosophie. Il n'est pas très-difficile de voir qu'il renferme une pétition de principe. Tl reste en effet toujours à demander et à savoir d'où vient la maladie. Or il est impossible d'y répondre dans le système de Sydenham, le naturisme n'admettant pas, ne pouvant pas admettre la véritable notion de cet état, et en supposant, par conséquent, toujours résolu ce qui est toujours en question. Entendue selon les principes de cette école, la maladie n'est plus qu'un incident assimilé à l'indigestion ou à l'éternument ; et alors, on ne comprend pas l'importance que Sydenham attachait à la description exacte de chaque espèce nosologique. Cette méthode, dont il a été l'inspirateur (après Baglivi toutefois), ne peut avoir de sens qu'autant que la maladie est considérée comme quelque chose de réel et de distinct d'une perturbation organique quelconque, et qu'autant que les maladies en particulier sont distinguées les unes des autres par d'autres caractères que ceux de leur siège, de leur intensité ou de leurs rapports physiologiques. Or ces distinctions sont réelles, et pourtant elles ne peuvent être conçues dans les principes du naturisme, où la maladie doit se borner nécessairement à une secousse superficielle, à une réaction passagère, et où chaque maladie en particulier ne peut différer d'une autre spécifiquement, mais sous le seul rapport physiologique.
Toutefois, en évitant l'excès où est tombé Sydenham, il faut bien se garder de ghsser dans l'excès contraire. Si le naturisme est tellement frappé de l'ordre et de la santé, qu'il ne veuille voir jusque dans la maladie que le triomphe de l'organisme sur des agents nuisibles, il y a bien près de lui, car les extrêmes se touchent, un autre système que nous nommons le nosologisme, et dans lequel la maladie est prise abstractivement comme un mal absolu, et étudiée comme une chose indépendante des lois de la vie et sans rapport avec la santé ; sorte de manichéisme médical qui poserait dans l'économie deux principes ennemis, l'un tout bon pour la santé, l'autre tout mauvais pour la maladie, et qui prononcerait ainsi sans plus de façons le divorce entre la physiologie et la médecine...
Pour nous, nous croyons que la vérité est au-dessus de ces deux sys-
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tèmes qui s'excluent mutuellement, et que par la puissance d'un principe supérieur, elle renferme, sans contradiction, ce que chacun d'eux a de conciliable avec l'autre. Si cela est, et nous n'avons pas à le démontrer ici, il y a dans la théorie de Sydenham sur les fièvres graves un point de vue qui n'est pas à négliger, et qui loin d'être incompatible avec l'idée de la maladie dont il s'agit, l'explique, sinon dans son principe générateur et dans sa spécificité morbide, au moins dans sa physiologie générale et dans ses rapports avec les lois de l'organisme. Or cette considération est pour nous, thérapeutes, d'un immense intérêt, et voici comment.
Nous ne connaissons pas de traitement spécifique contre la fièvre typhoïde ; en d'autres termes, nous ne possédons aucun moyen capable d'atteindre immédiatement la cause efficiente ou le principe générateur de cette affection. Si nous disposions d'un teL spécifique, nous n'aurions que faire de l'observation des lois de la nature, parce que nous ne demanderions rien à la force médicatrice qu'elle déploie dans le cours d'une fièvre; nous irions droit au mal, sûrs de l'atteindre dans son génie. Mais privés de cette *ressource, réduits à des médicaments indirects en face d'une maladie très-déterminée, aux lois de laquelle nous sommes forcés de subordonner plus ou moins nos actions thérapeutiques, nous n'avons pas, pour nous diriger sûrement dans ces inévitables difficultés, de guide meilleur que l'observation de ces lois. Or elles ne sont qu'un vain mot si l'on n'admet pas la théorie de Sydenham, en tant au moins qu'elle montre la force vitale capable de dominer le désordre, de le régulariser et de rétabhr la santé suivant l'harmonie qui préside à l'accomplissement de toutes les fonctions en général. Que cet ordre puisse être plus ou moins troublé dans la maladie, c'est ce qui n'est pas douteux; mais on ne peut faire de ce désordre un principe et une loi ; on ne peut le prendre pour unité, pour type, car. par cela même qu'il est désordre, il n'est assujetti à aucune constance et ne peut servir de terme de comparaison. On voit donc qu'en introduisant la vraie notion de la maladie dans la théorie de Sydenham, on ne détruit pas cette théorie, quoiqu'on la modifie ; de même que lorsque la maladie est entrée pour la première fois dans le corps de l'homme, elle ne l'a pas détruit, mais seulement modifié.
Ainsi, au lieu de considérer, avec Sydenham et son école, la cause interne de la fièvre typhoïde comme un objet passif de réaction, et ses symptômes comme constituant cette réaction elle-même et n'ayant alors rien de morbide ou rien qui représente la nature de la maladie, nous considérons cette cause comme un principe actif, une force morbide, et les symptômes, ainsi que les états organiques caractéristiques de l'affection, comme les manifestations morbides et spécifiques de cette force. Puis, après nous être éloignés ainsi de la théorie du naturisme, nous y rentrons en reconnaissant que la marche des fièvres graves prouve que, quand l'organisme n'est pas assez profondément atteint dans ces fièvres pour être hvré à une dissolution et à une ataxie funestes, les choses se passent suivant l'ordre calculable et constant que l'on observe dans l'ac-
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complissement d'une fonction, comme si la force vitale conservait assez d'intégrité et d'harmonie pour imposer ses lois à la maladie, tout en subissant celles que la maladie lui impose. Cette vérité importante ne renferme pas sans doute la théorie de la fièvre typhoïde, mais elle est la boussole du praticien, qui, ne pouvant pas faire beaucoup mieux que ne fait la nature dans les cas simples où elle se suffit, trouve dans l'observation de ses lois la mesure de ce qu'il lui est donné de tenter pour simplifier autant que possible la marche de l'affection.
Quant à l'idée de la récorporalion salutaire que Sydenham voit comme besoin et comme résultat dans la fièvre typhoïde, nous avons présenté plus haut quelques remarques propres à montrer ce qu'on peut accepter de cette opinion. Quoi qu'il en soit, cette idée aurait besoin d'être modifiée par celle de la maladie entendue autrement que ne l'entendent les naturistes; nous pensons même qu'elle ne peut avoir de sens pour eux, et qu'elle ne serait soulenable que dans une doctrine où l'on regarderait la maladie, non comme un accident produit par des circonstances extérieures, mais comme la manifestation d'une force morbide. Alors, il faudrait retrancher de cette théorie l'idée du besoin de la métasyncrise comme cause de la fièvre typhoïde, et ne conserver que l'idée de la récorporation critique comme résultat heureux d'un événement mauvais en lui-même. Nous nous trouvons donc ici encore, comme plus haut, en face de la nécessité d'admettre dans un même sujet ce mélange inséparable de bien et de mal, en reconnaissant néanmoins que l'ordre précède le désordre, et que, s'il ne l'explique pas, il est le principe de sa réparation, et doit être, par conséquent, le guide comme le point d'appui du médecin.
Sydenham n'avait pas cru pouvoir exposer sa méthode de traitement des fièvres graves sans émettre d'abord son opinion sur leur nature. Hisce posilis fundamentis, dit-il, therapiœ methodun hoc ritu instituo. Cette dernière tâche était pour lui plus simple et plus facile que pour nous. L'anatomie pathologique moderne a réuni sous une même dénomination des fièvres qui, pour les anciens et même pour l'école de Pinel, étaient séparées les unes des autres comme autant de maladies distinctes. Si aujourd'hui encore on ne maintient pas, dans une vue thérapeutique au moins, un certain nombre de ces divisions disparues depuis trente ans sous l'unité de nature déterminée par l'unité de caractère anatomique, il sera très-difficile, sinon impossible et dangereux, d'appliquer les mêmes préceptes thérapeutiques à deux fièvres typhoïdes. 11 y a pourtant une manière de sortir de cet embarras : c'est de proclamer un traitement empirique ou une méthode curative, avec la prétention de s'attaquer à la nature de la maladie, sans voir dans ses modifications sporadiques ou épidémiques autre chose qu'une source d'indications très-secondaires. Tel est le traitement de M. Bouillaud par les saignées coup sur coup à l'exclusion de tout autre moyen, ou celui de M. Delarroque par les purgatifs administrés avec la même rigueur, nous allions dire avec le même
aveuglement. Nous croyons inutile de discuter la valeur absolue ou comparée de ces méthodes, par cette seule raison qu'elles sont inapplicables avec toute leur exactitude ailleurs que dans les hôpitaux. Dans la pratique particulière, on ne se croit pas obligé de traiter activement tous les malades sans distinction; on n'a pas d'expériences à faire; on abandonne à eux-mêmes les cas qui peuvent l'être sous une surveillance active et éclairée; on n'agit que lorsqu'il y a indication de le faire, et cette conduite n'est pas systématique, car on ne la tient que dans ces sortes de maladies. Quelque simple que soit une syphilis, on la traite positivement; une fièvre intermittente, on la traite de même, parce qu'on a des moyens de le faire avec succès, en ne s'inquiétant que très-secondairement des indications individuelles, et sans s'inquiéter en rien de la marche naturelle de la maladie. On fait de même dans une phlegmasie franche, quelque modérée qu'elle soit. Ainsi, on traite avec activité une petite pneumonie, une pleurésie, une péritonite même légères; et pourtant on se contente d'observer attentivement et sans intervention thérapeutique une fièvre typhoïde simple. Gela est trop sensé pour avoir besoin de commentaires et de justiflcation. Stahl ne daignait pas discuter avec les empiriques de son temps qui se vantaient de guérir les fièvres par la saignée. Nemo, credo, fuerit prœter illos quos Lanio-doctores noster author appellat, qui per venœ sectiones morbos directe curare, ncmpè sanare, in animum inducat; dùm omnes potiùs vel paulà circumspectiores, prœoccupare solùm sperant nimias ebuUitiones quœ in morbis tirnentur et reliquœ medicalioni planiorem viam sternere.
Nous supposons donc seulement les cas où la Médication antiphlogistique est indiquée. Ce sont ceux où aux caractères essentiels de toute fièvre typhoïde s'associent intimement, ce qui est fort commun, des symptômes de pléthore fébrile générale, ou, si l'on veut, la surexcitation fébrile des maladies aiguës, qu'elle soit ou non accompagnée de congestions inflammatoires plus ou moins vives. Cette turgescence typhoïde, manifestée par la surstimulation fébrile du grand appareil circulatoire et de divers départements du système capillaire sanguin, est, nous le répétons, très-ordinaire au début des fièvres graves. Il ne faudrait pas croira cependant que, quelque intenses que puissent être ces manifestations, elles soient des complications de l'affection typhoïde, distinctes d'elle dans leur principe, nées à part, et sur lesquelles, en conséquence, on doive agir séparément par une Médication antiphlogistique proportionnée à leur intensité. La quantité de ces phénomènes ne représente point exactement leur nature. Cela est si vrai, qu'il peut arriver, p ir suite de certaines conditions individuelles ou épidémiques, qu'une seule saignée, sans rien ôter de leur activité à ces symptômes, en modifie tellement la physionomie et permette aux caractères fâcheux de l'affection d'apparaître avec une telle évidence, que si elle se fût présentée ainsi dès le début, personne n'eût songé à l'emploi des émissions sanguines.
Ce point de pratique offre de grandes difficultés. Lorsqu'à l'aide des
saignées on veut emporter la maladie tout entière comme une pneumonie, ces embarras s'évanouissent, parce que le médecin n'est plus alors qu'un phlébotomiste plus ou moins exercé à une séméiotique superficielle. Mais celui qui ne marche qu'appuyé sur les principes de la pathologie et sur les leçons de l'expérience clinique voit à chaque malade les difficultés se reproduire et les incertitudes renaître ; car il ne s'agit de rien moins que d'appliquer à l'individu cette dynamométrie vitale qu'il est déjà si peu aisé d'enseigner en principe. Il faut, en efTet, une sagacité et une expérience consommées pour apprécier justement vers la prédominance de quel ordre de symptômes incline plus particulièrement tel ou tel malade. Il y a là un élément typhoïde qu'on pourrait appeler Vuniversel de la maladie, et un élément fièvre, inflammation, etc., qu'on pourrait appeler son individuel. Or, pour bien traiter la fièvre typhoïde, il faut en quelque sorte opérer sans cesse la différenciation eiV intégration de ces deux éléments de la maladie, c'est-à-dire que, tout en les séparant abstractivement, tout en les considérant comme différents par la pensée, il ne faut jamais oublier que chez le malade ils forment un tout indivisible ou un entier.
Si dans le traitement on néglige trop l'élément universel et '^u'on tire toutes ses indications de l'élément individuel^ on expose le malade à l'adynamie, à l'ataxie, etc. Si, au contraire, on néglige trop l'élément individuel pour ne s'occuper que de l'élément universel, on risque de laisser au premier une activité d'oti naissent ces phlegmasies et ces congestions spéciales. qui multiplient à leur tour l'élément typhoïde, infectent l'économie, enrayent les fonctions organiques, altèrent les tissus et empoisonnent toutes les molécules vivantes.
Au début d'une fièvre grave, la stupeur seule ou plutôt l'enivrement typhoïde n'est pas une contre-indication à l'emploi des émissions sanguines, si elles sont indiquées d'ailleurs, et l'on peut les répéter jusqu'à ce que la maladie soit simplifiée, c'ost-à-diro jusqu'à ce qu'elle n'offre plus d'indications. Or, on sait que par elle- mémo elle n'en offre aucune, lors même qu'elle est bien caractérisée.
Cette dernière restriction demande un mot d'explication.
Il n'est pas si facile que le croit l'école anatomique, avons-nous dit plus haut, de circonscrire l'espèce morbide désignée de notre temps sous le nom de fièvre typhoïde. Nous n'avons rien aujourd'hui qui, dans nos cadres nosologiques, tienne la place de la fièvre inflammatoire essentielle des anciens, rien qui donne l'idée de ce qu'ils désignaient moins vaguement sous le nom de synoque simple, de synoque imputride, etc. Pourtant ces fièvres, bannies de notre enseignement, ne le sont pas de nos cliniques. On y rencontre souvent de ces pyrexies continues sur la nature desquelles on reste incertain pendant quelques jours, malgré un début quelquefois très-vif, impossible à distinguer de la fièvre typhoïde simple ou à symptômes inflammatoires. Mais, soit spontanément, soit sous l'influence d'une émission sanguine, ces fièvres disparaissent au bout de
MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE. 649 huit, onze ou quinze jours. Cela s'observe surtout chez des sujets blonds, lymphatico-sanguins, lorsque, dès l'invasion, la peau a donné une sueur générale et continue. On explique de plusieurs manières ces cas trop négligés par les pyrétologistes modernes, et communs dans certaines constitutions médicales. Les uns, grands jugulateurs de ' fièvres, veulent s'attribuer tout l'honneur de la cure ; ils croient avoir arrêté dans sa marche une fièvre typhoïde qui sans eux eût fatalement parcouru sa marche compliquée plus tard des graves accidents du typhus, etc. D'autres, convaincus que la fièvre typhoïde est une maladie spécifique, invariable dans sa durée, impossible sans une évolution complète et sans le cortège de tous les symptômes et de toutes les lésions organiques propres aux cas graves et bien complets, nient que les fièvres continues dont il s'agit soient de même nature que les fièvres typhoïdes, et, sans leur en assigner aucune, ils les laissent provisoirement en dehors de la nosologie. Quelques nosologistes trouvent commode de trancher la difficulté en faisant de la synoque une espèce aussi distincte de la fièvre typhoïde que de la rougeole. Pour ceux-là il n'y a pas de pathologie. Enfin, le plus petit nombre (si tant est que cette opinion soit représentée dans la science) incline à penser que la fièvre typhoïde n'étant pas une maladie spécifique et virulente comme la variole, par exemple, n'est pas, comme elle et les autres fièvres éruptives spécifiques, assujettie à une marche, à une durée, à des périodes nécessaires ; qu'il y en a d'incomplètes, de mal formées, d'avortées même, comme il y en a de complètes, de parfaitement caractérisées, et qui accomplissent régulièrement toutes leurs phases, sans pourtant présenter dans leur cours aucun de ces phénomènes graves qui ont mérité à l'espèce le nom de typhoïde; et c'est parmi ces variétés qu'ils rangent les synoques imputrides dont la durée flotte entre une, deux, trois semaines et plus, et s'arrête quelquefois à sept jours ou à la moitié du second septénaire. Pour ces derniers, la synoque est à la fièvre typhoïde grave ce que la varioloïde est à la variole, la cholérine au choléra, etc. Mais, s'il en est ainsi lorsqu'on les abandonne à leur propre mouvement, il n'est pas impossible de les abréger encore par une Médication antiphlogistique quelque peu énergique.
11 arrive, en effet, dans plus d'un cas, au printemps surtout, que ces fièvres débutent avec beaucoup de vivacité et avec un appareil inflammatoire très-violent chez des sujets jeunes, sanguins, vigoureux, et que plus d'une raison porte le médecin à pratiquer en peu de temps plusieurs saignées générales et locales. Or, nous avons vu plus d'une fois dans le service clinique de M. Bouillaud, à l'hôpital de la Charité, ainsi que dans notre propre pratique, ces fièvres continues à symptômes inflammatoires prononcés cesser assez promptement comme éteintes en quelque sorte sous cette énergique médication. De telles fièvres étaient-elles destinées à une marche ultérieure fatale et à l'évolution de tous les caractères de la fièvre grave ? Nous n'oserions pas le nier absolument, mais nous le croyons bien peu vraisemblable ; et l'opinion que nous avons émise plus
GjO Médication antipiilogistique.
haut sur les divers degrés de puissance et de formation auxquels peut s'élever la fièvre typhoïde, comme la variole, le choléra, etc., nous dispense de l'affirmer et nous permet d'expliquer autrement ces succès. Nous avons vu tant d'autres cas, semblables à ceux-là en apparence, marcher imperturbablement, s'aggraver même malgré l'emploi d'un traitement pareil et quelquefois plus hardi, que lorsqu'il nous arrive d'obtenir par la Médication antiphlogistique de pareils résultats, nous n'osons jamais nous flatter d'avoir traité autre chose qu'une synoque, sans néanmoins pouvoir nous défendre de l'idée que cette fièvre diffère de la typhoïde bien plus par son degré de détermination que par sa nature.
Il nous semble, en effet, assez probable que, sous l'influence de certaines constitutions médicales ou chez quelques sujets en particulier, l'élément individuel de la fièvre typhoïde domine beaucoup sur son élément universel, tandis que dans d'autres conditions sporadiques ou bien générales c'est l'inverse qui a lieu. Or, dans le premier cas, la Médication antiphlogistique peut remplir les principales indications, et l'élément typhoïde se manifester si faiblement, qu'il disparaisse presque tout à fait avec l'autre élément par le bienfait de cette médication ; ce sont les cas dont nous avons parlé plus haut. Dans le deuxième cas, au contraire, les émissions sanguines n'offrent plus qu'une ressource secondaire et plus ou moins bornée. 11 arrive même souvent que l'élément universel ou typhoïde soit si prononcé et que la maladie soit en conséquence si bien formée ou si fortement déterminée, qu'elle doive marcher fatalement comme une fièvre spécifique et qu'elle se refuse alors à toute Médication antiphlogistique. Ces cas, lorsqu'ils sont graves, ont avec le typhus une telle analogie, que beaucoup d'auteurs les confondent ensemble et n'y veulent voir qu'une seule maladie.
Quoi qu'il en soit, une Médication antiphlogistique modérée abrège et atténue évidemment les fièvres continues que nous avons placées dans la première division. Les derniers partisans de la médecine physiologique prétendent que cette médication empêche les fièvres dont il s'agit de s'élever à un degré plus caractérisé et d'atteindre cette seconde période où se déclarent les symptômes du typhus lorsqu'ils n'ont pas apparu primitivement. Que cette exagération ne soit pas un motif de nous priver systématiquement des services que peuvent rendre les émissions sanguines lorsque tout invite à les mettre en usage.
Mais dans le cas où une fièvre typhoïde présentant à son début les indications les plus expresses pour la Médication antiphlogistique laisse voir pourtant sous ce masque inflammatoire les phénomèmes graves propres à ces sortes de fièvres, que doit-on chercher dans la Médication antiphlogistique? que doit-on en espérer? à quel résultat faut-il la limiter? Nous l'avons dit plus haut : à simphfier la maladie, à la décharger, lorsqu'on le peut sans danger, de tout ce qui serait ultérieurement matière à des congestions et à des phlegmasies typhoïdes.
Nous le répétons donc : dans les cas que nous avons soigneusement spécifiés, quelques petites saignées locales rapprochées et au début, si le malade ne manifeste ni ataxie ni adynamie, si surtout, avant la fièvre, il était dans de bonnes conditions de santé, de force, etc. , peuvent simplifier beaucoup les périodes ultérieures de la maladie, et modérer trèsbeureusement plusieurs des accidents graves qu'on redoute après la première semaine.
M. Bouillaud, tout en ne sachant pas se préserver d'excès inséparables ■d'une mauvaise pathologie, a prouvé par des faits nombreux (dont sa théorie, du reste, n'a aucun profit à tirer) qu'on pouvait, dans la forme de fièvre typhoïde réservée plus haut, et qui est certainement de beau- <;oup la plus commune au début, saigner alors que le plus grand nombre de médecins n'osent le faire, et porter les saignées plus loin que ceux qui croient pouvoir saigner.
Dans ce cas, les raisons de saigner peuvent être aussi bien déduites des indications générales que des indications particulières ; aussi bien de la considération de la nature de la maladie, abstraction faite de ses symptômes, que de la considération de ses ,symptômes, abstraction faite de sa nature.
Ainsi, dans l'école dite physiologique, on soustrait du sang sur les seules indications particulières tirées des symptômes et des états organiques (fièvre, phlegmasies, douleurs, congestions, etc.), sans attention pour les indications générales tirées de la nature de la maladie.
Or, bien qu'à nos yeux cette dernière considération ne suffise pas à elle seule pour motiver les évacuations sanguines, lorsque leur indication nous est d'ailleurs suggérée par des symptômes marqués et des signes positifs, nous puisons dans l'idée de la nature de l'affection de nouveaux motifs pour nous enhardir à satisfaire aux besoins exprimés par la violence delà fièvre, des congestions infiammatoires, etc., et nous ne saignons alors, localement surtout, qu'avec plus de confiance et de certitude d'être utiles.
Dans toute affection où. l'on observe chez un sujet vigoureux une fièvre ■énergique, de l'oppression, une céphalalgie violente, des signes de pléthore inflammatoire avec fluxions et phlegmasies diverses, il y a indication de tirer du sang et de prescrire tous les autres moyens de la Médication •antiphlogistique.
Qui posera des bornes à cette indication particulière tirée des symptômes?
D'abord, sans aucun doute, leur modération sous l'influence des moyens employés, mais bien plus encore la considération de la nature de la maladie. Ce sont les indications générales déduites de cette considération qui régleront l'emploi des moyens suggérés par les indications particulières tirées des symptômes. Ceux-ci fournissent les indications; celle-là, nous le répétons, les règle, les juge, les contrôle et fixe le point où l'on doit s'arrêter dans l'usage des moyens propres à les remphr.
Voit-on maintenant les abus auxquels les médecins que nous critiquons sont exposés dans l'application qu'ils font des émissions sanguines au traitement de la fièvre typhoïde ?
Broussais et son école ne veulent pas s'élever au-dessus de l'observation des phénomènes, c'est-à-dire des symptômes et des éiats organiques. Ceux-ci, dans la majorité des fièvres typhoïdes à leur début, et même plus tard encore, sont fébriles et inflammatoires. Alors on saigne, on débilite coup sur coup jusqu'à réduction des phénomènes indicateurs, et en principe on le doit. Qui pourrait en empêcher? Toute fièvre, toute inflammation ne sont- elles pas un mal, et le médecin doit-il les souffrir sous ses yeux? Ainsi, M. le professeur Bouillaud n'a vraiment aucune raison pour s'arrêter dans l'emploi des saignées ; car, avant que les phlegmasies soient domptées, il faut terriblement dépouiller le sang! Et lorsque avec cette méthode on recule, c'est qu'on est dominé malgré soi par les impulsions secrètes du sens commun et de la tradition.
Si donc il importe de savoir céder aux indications évidentes fournies ptir des phénomènes fébriles et inflammatoires dont l'excès est dangereux, il n'importe pas moins de garder, dans l'administration des moyens indiqués, la mesure et la prudence que prescrivent les lois de la maladie.
Or, d'une matière absolue, on ne trouve pas dans l'observation de ces lois de contre-indication à l'usage des saignées, mais seulement à leur abus ; on n'en trouve pas à leur usage, et, loin de là, elles offrent, en faveur de cette méthode curative, des raisons très-formelles.
En effet, lorsqu'une réaction fébrile véhémente avec pléthore, turgescence, fluxions diverses, phlegmasies, soit existant déjà, soit menaçant d'éclater, etc., survient avec l'affection typhoïde à un sujet robuste chez qui prédominent la force plastique et les fonctions hématosiques et; végétatives, l'indication de saigner, éveillée par l'observation de tous ces phénomènes, est encore commandée par celle de leur nature.
Rapprochez ce fait de l'idée que vous vous formez de sa cause et de ses conditions d'existence. Quel violent travail il vous révèle! et l'économie suffira-t-elle ? L'organisation est profondément altérée dans ses fonctions plastiques; ses parties les plus animalisées semblent frappées de stupeur et d'une tendance septique. Il faut qu'elle succombe, ou que ce poison morbide, fourni par sa substance elle-même, soit, comme on dit dans l'école hippocratique, digéré, séparé, éliminé, et que le corps soit rétabli dans sa crase normale. Il est donc urgent d'évacuer, de soustraire une partie de ce sang infecté, afin de diminuer d'autant le travail de la nature. Il faut aider la récorporation physiologique en favorisant les éliminations morbides ; et les évacuants des premières et des secondes voies sont dans ce but d'un grand secours.
Rappelons-nous maintenant : 1° qu'il faut d'autant moins saigner dans une maladie aiguë que la cause de cette maladie a porté sur le sang et les solides une action plus septique et plus dissolvante ; 2" que les saignées, lorsqu'elles sont indiquées, doivent être d'autant plus faibles et
MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE. 6S3 d'autant plus rapprochées en même temps, que le malade est plus faible, €t la maladie plus engagée et sa marche plus nécessaire; 3" que dans les maladies inflammatoires spéciales dont les médications évacuantes constituent le principal traitement, les spoliations humorales ou indirectes sont d'autant plus indiquées relativement aux spoliations sanguines ou directes, que l'élément spécial l'emporte davantage sur l'élément inflammatoire, et réciproquement.
Ce qu'il y a de certain, c'est que, dans les cas que nous avons indiqués, les émissions sanguines, en diminuant la masse du sang, en le désanimalisant, enlèvent des matériaux aux phlegmasies et à la putridité. Voilà ce qui a pu faire dire à certains enthousiastes que la fuliginosité de la langue et autres signes de putridité étaient rayés de la symptomatologie de la fièvre typhoïde par l'emploi de saignées coup sur coup selon la méthode de M. Bouillaud. Nous avons observé des malades affectés de cette fièvre chez M. Bouillaud et dans d'autres services du même hôpital, et nous devons à la -vérité de dire que la diminution des graves accidents liés à l'état septique nous a paru un des bienfaits de la Médication antiphlogistique employée plus généreusement qu'on ne le fait ailleurs, et que cette différence est bien plus évidente encore entre les malades de M. Bouillaud et ceux traités par les médecins qui ont adopté dans cette affreuse maladie une pure et simple expectation, l'abandonnant à ellemême quoi qu'il arrive. Seulement, la question serait de savoir si l'on ne pourrait pas obtenir à moins de frais cet avantage si précieux, et si, appliquant le procédé de M. Bouillaud (application du reste rarement nécessaire dans sa rigueur) sous la direction d'autres principes et d'autres idées, on n'obtiendrait pas plus sûrement le bénéfice sans faire encourir les dommages.
En comparant l'état de ses malades avec les descriptions de Pinel, par exemple, et des médecins de son école, M. Bouillaud commet une erreur qui ne l'a jamais frappé sans doute. Il dit : Chez Pinel, il n'est question que de phénomènes putrides, de maladies de trente, quarante jours et au delà, d'eschares, de délire, etc., etc. : voyez combien ces accidents sont rares chez nous ! — Mais souvenez-vous donc que, pour qu'une fièvre fût dite putride par Pinel, il fallait un ensemble de symptômes qui ne vous est plus nécessaire aujourd'hui pour caractériser une fièvre typhoïde. Vous avez pour cela des indices suffisants indépendamment de tout état putride. Pinel ne comptait parmi les fièvres putrides que celles dont vous lisez l'histoire et le tableau sous ce titre dans sa Nosograpliie et dans sa Médecine clinique. Vous, au contraire, vous comptez dans vos relevés une foule de cas qui n'ont de commun avec la fièvre putride de Pinel que l'entérite folliculeuse ; et parmi quarante de ces cas, trente-huit peut-être auraient guéri par la seule expectation. De plus, Pinel a rangé avec ces cas de fièvre typhoïde putride des cas de pneumonies putrides et autres affections inflammatoires compliquées de putridité, mais très-différentes de la fièvre typhoïde.
C'est un des leurres de la statistique. On fait d'immenses tableaux, et on s'attribue la guérison de tous les cas.
Les indications générales, avons-nous dit plus haut, tirées de la connaissance de la nature de la fièvre typhoïde, autorisent les émissions sanguines quand les signes et les symptômes en exigent l'usage; mais, avons-nous ajouté, elles empêchent l'abus qu'on pourrait en faire en ne se fondant que sur les indications fournies par les phénomènes abstraits. C'est le plus grand bienfait de cette distinction.
En même temps, en effet, que cette modération porte le médecin à faciliter l'œuvre de la nature, à enlever à l'organisation des matériaux viciés, et à favoriser ainsi le mouvement métasyncritique tant que le besoin en est indiqué par l'intensité des symptômes; en même temps, elle l'avertit qu'il lui est impossible de se substituer entièrement à la nature, et qu'en lui épargnant en quelque sorte les accidents, les surcharges, les longueurs, les dangers, une certaine action doit lui être laissée. Ainsi le veut la nécessité, et il y a le plus grand péril à la méconnaître. Telle est la maladie, telle sa nature, telles ses lois. Avez-vous la prétention de vous y opposer? A merveille, si vous nous offrez pour cela un moyen sûr; car cette nécessité nous afflige. Nous la limitons autant que possible, mais nous ne nous croyons pas le pouvoir de changer la nature humaine.
Ainsi donc, alors que de la fièvre, des phlegmasies, des phénomènes morbides enfin, persistent encore et semblent demander au praticien la continuation des moyens par lesquels ils ont été modérés d'abord, la pensée de la nature de la maladie vient borner cette indication et justifier l'art de son inaction intelhgente quoique forcée.
Nous ne nous occuperons pas des contre-indications de la saignée dans la fièvre typhoïde. La longueur de cette tâche dépasserait nos intentions et notre objet. Il y a, dans ce qui précède, plus de principes qu'il n'en faut pour comprendre la nature de ces contre-indications. Ainsi que les indicfitions, elles sont renfermées dans ce passage de Sydenham :
(( Indicationes veras uc gcnuinas quœ in hoc morbo consurgiint in eo versari, ut sariguinis commotio intrà modum naturœ proposito congruentem sistatur; eâ nimirum ralione ut nec hinc plus œquo gliscat, undè pericu-
losa symptomata insequi soient, nec illinc nimihm torpeant, etc Adeo ut
sive materiœ heterogeneœ irritand, sive cruori res novas molienti febris ortus debeatu?', indicatio utrobique eadem existai. »
Au reste, peu de maladies aiguës sont plus personnelles, si nous pouvons ainsi dire, que la fièvre typhoïde; et de toutes, elle est celle dont le traitement est susceptible de plus de modifications. Les pays, les constitutions médicales, les circonstances épidémiques, impriment à la thérapeutique qui lui convient les variations les plus grandes. Ceci est de l'histoire. Les formes inUammatoire, putride, adynamique et ataxique sont, si l'on peut ainsi dire, ses formes naturelles, et le passage de l'une à l'autre est facile et naturel aussi. Il y a, nous le répétons, une forme simple dont le traitement consiste dans la plus simple expectation. Saigner
MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE. 6S3 dans cette forme, et même dans celle qui est accompagnée d'une réaction assez vive avec diathèse inflammatoire et putride intense mais franche, et sans aucun élément de maladie personnelle préexistant, et croire, parce que le malade guérit, qu'on lui a été très-utile, est le préjugé, dont, à l'hôpital de la Charité, on est singulièrement imbu. On saigne dans tous les cas et dans des circonstances surtout où rien n'indique la saignée, et les guérisons semblent appartenir à la méthode. Heureusement que ces cas sont de ceux auxquels il est difficile de nuire : ils guérissent envers et contre tout.
Venœ sectionem in talibus casihus plané omisi, ditStahl : ad ipsius autem febris veram curationem omnia dirigem nihilo infeliciùs, imô nihilo difficiliùs, sub divinâ benedictione , febres ad salutarem exitum perduxi.
On ne connaît que des cas graves, moyens, légers, et on saigne beaucoup, moyennement ou peu. Mais peu est quelquefois beaucoup trop. La moitié des fièvres typhoïdes se passent d'un traitement actif, et nous ne craignons pas de dire qu'on verse d'autant moins de sang dans la fièvre typhoïde qu'on la connaît mieux.
La saignée étant indiquée, la même question se reproduit toujours : combien de fois, dans un temps donné, faut-il la pratiquer? Sydenham va répondre à M. Bouillaud, qui l'invoque si souvent :
« Mensuram quod attinet, mihi solenne est earn duntaxat sanguinis quarttitatem detrahere quantum conjicere liceat, quœ œgrum ab incommodis quibus immodicam ejus commotionem obnoxiam esse diximus, incolumen prœstet. jEstuationem illam deinceps rego ac moderor, phlebotomiam vet repetendo, tel omittendo, cardiacis calidis vel insistendo, ac deniquè alvum vcl laxando vel compescendo, prout motum illum vel efferari vel languere animadverto. »
Nous terminerons là nos conseils sur l'emploi de la Médication antiphlogistique dans la fièvre typhoïde. Au lieu de nous tenir dans de telles généralités, nous aurions, bien plus facilement certes, pu prendre la voie contraire. Cette méthode eût été interminable, et, ne pouvant tout dire, nous n'aurions su que choisir de préférence. Un des grands travers de notre époque médicale est de confondre ce qui est pratique avec les détails, et les détails avec ce qui est pratique. Nous croyons, sans être entrés dans les détails, nous être montrés plus praticiens aux yeux de ceux qui étudient consciencieusement leur art que si nous avions touché quelques points particuliers sans montrer les principes auxquels ils se rattachent.
MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE DANS l'ÉRYSIPÈLE DE LA FACE.
Le traitement de l'érysipèle de la face a été le sujet de bien des disputes entre la médecine expectante et la médecine agissante. Ici, plus qu'ailleurs peut-être, les prétentions exagérées desjugulateursontété funestes,
m MÉDICATION ANTIPIILOGISTIQUE.
et le faux pronostic de quelques médecins naturistes a dû. coûter la vie à
plus d'un malade.
L'érysipèle de la face est une fièvre éruptive spéciale dont les périodes sont assez régulières et la terminaison très-généralement favorable. Dans le plus grand nombre des cas, les personnes de la classe peu aisée qui connaissent cette affection ne croient pas devoir appeler un médecin. Elles savent par elles-mêmes, et très-bien (d'autant mieux que l'érysipèle de la face récidive avec une facilité et une sorte de périodicité annuelle ou bisannuelle peu communes), qu'elles en ont pour neuf jours ; et cette attente est rarement trompée, lorsque l'érysipèle ne quitte pas la face.
Nous avons observé la marche naturelle d'un très-grand nombre d'érysipèles de la face complètement abandonnés à eux-mêmes, et nous devons dire que nous n'avons eu à reprocher à cette méthode aucun accident, aucune issue funeste.
11 est certain, néanmoins, que dans quelques cas où l'intensité de la céphalalgie, de l'inflammation et de la réaction fébrile, fournissait de positives indications pour la saignée, l'emploi de ce moyen n'eût sans doute pas été suivi d'effets mauvais, bien plus, que l'obtempérance à cette indication n'eût pu que soulager les malades ; mais nous pensons que la durée de la maladie n'en eût pas été très -sensiblement abrégée, ni sa marche notablement modifiée.
En opposition avec ces cas, nous avons observé quelques érysipèles traités par d'abondantes saignées; et tout d'abord, nous pouvons dire que si nous avions, nous, affectés de cette maladie inflammatoire, à choisir entre l'expectation systématique indiquée plus haut et la méthode systématique des saignées à outrance (nous voulons dire poussées au delà des indications), de ces deux routines, nous préférerions la première.
Blanchir un érysipèle de la face n'est pas le guérir, ce n'est même pas le modérer; bien plus, c'est aggraver la maladie.
Nous avons vu, sous l'influence de cette médication irréfléchie, des érysipèles marcher en blanc, qu'on nous permette cette expression. On avait enlevé à ces érysipèles leur matière colorante, mais on ne leur avait enlevé que cela. On ne les distinguait plus guère qu'aune teinte d'un rose blafard ou grisâtre, circonscrite par un liséré d'un rose un peu plus vif, s'agrandissant imperturbablement et enfermant tous les jours une étendue un peu plus considérable de cette phlegmasie virtuelle que les spoliations sanguines avaient bien pu convertir en un œdème quasi-inflammatoire, c'est vrai, mais en un œdème, en une phlegmasie blanche traduisant encore toute la spécialité de la cause érysipélateuse, bien qu'il ne représentât plus l'intensité de ses effets.
î> La fièvre, les symptômes particuliers et l'état général étaient, comme la phlegmasie elle-même, appauvris et languissants sans avoir reculé d'un pas; la maladie entière n'était que méconnaissable, et parce qu'on en avait fait quelque chose qui n'a pas de nom, toute prévision était devenue impossible. Au lieu d'une fièvre inflammatoire connue et calcu-
MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE. 6d7 lable, on avait un mouvement fébrile persistant, nerveux, irrésoluble ; au lieu d'une convalescence, une cachexie, etc.
Quand nous avons parlé plus haut de saignées à outrance, nous avons immédiatement justifié et précisé le sens défavorable et critique que nous attachions à ce mot en disant que par là nous entendions les saignées poussées au delà des indications. C'est maintenant sur la valeur de ce dernier mot qu'il nous faut nous expliquer.
Pour le médecin expectant systématique, il n'y a jamais d'indications ; pour le médecin agissant systématique, il y en a toujours. Tant que celui-ci constate des symptômes, il faut qu'il s'y oppose.
On dépasse les indications de la saignée dans l'érysipèle de la face quand on veut obtenir par son emploi plus que la disparition ou la rémission de quelques symptômes étrangers à la marche naturelle et simple de la fièvre éruptive et qui annoncent une complication grave ; ou bien, plus que la modération des symptômes inséparables de l'affection elle-même, lorsque, par leur suracuité, ils peuvent en troubler et en dénaturer les périodes et la terminaison.
Le comble de l'art est de savoir éviter l'excès des expectants quand même, sans tomber dans celui des agissants quand même.
La frayeur d'une méningite est ce qui occupe le plus le praticien qui traite un érysipèle de la face d'une certaine intensité. Nous serions, pour notre compte et sans sortir de nos propres observations, fort embarrassés de dire jusqu'à quel point cette crainte est fondée ; car nous ne nous souvenons pas d'avoir une seule fois rigoureusement constaté cette complication funeste. Nous n'ignorons pas pourtant ce qui a été observé dans certaines épidémies d'érysipèle de la face oîi l'arachnitis emportait beaucoup de malades; mais nous mettons de côté ces événements extraordinaires pour ne parler que de notre érysipèle sporadique. Or, sans nier la terminaison par méningite, qui est incontestable, et sans discuter la valeur des théories qui ont été récemment proposées pour expliquer l'extension de la phlegmasie de la peau aux membranes périencéphahques, nous pensons qu'on a exagéré la fréquence de cet accident terrible.
D'abord, le délire, l'assoupissement, le coma même, les soubresauts des tendons, puis les vomissements, sont assez communs dans l'érysipèle facial. Ces symptômes réunis peuvent faire redouter la méningite, mais ne suffisent pas pour la carq,ctériser. Us suffisent néanmoins aux yeux de quelques praticiens; et en voilà assez pour populariser la méningite, et persuader à beaucoup de malades et de médecins qu'ils ont eu affaire à une fièvre cérébrale qui a cédé à tel ou tel traitement. ^ Mais ceux qui meurent avec des symptômes cérébraux?...
Encore une fois, nous ne nions pas ce que nous ne cherchons en ce moment qu'à préciser. Nous avons vu pratiquer et pratiqué nous-mêmes quelques autopsies d'individus morts d'érysipèle de la face avec symptômes cérébraux, et nous n'avons pas trouvé dans leur arachnoïde, leur piemère ou leur cerveau, des signes certains d'inflammation.
658 MÉDICATION ANTIPHLOGISïIQUE.
A côté décela, nous en avons observé un très-grand nombre qui, ayant présenté les mêmes accidents et donné les plus graves inquiétudes, ont été plus heureux que les premiers, et ont pu guérir sans conserver aucun trouble des fonctions cérébrales, et absolument comme après une fièvre typhoïde avec délire. Or, ceux-là, à coup sûr, n'avaient pas eu d'arachnitis; et pourtant, qu'ils eussent succombé, que leur autopsie n'eût pas été pratiquée, combien de médecins qui eussent attribué leur mort à une phlegmasie cérébrale! Encore une fois, qu'on réfléchisse à ce qui arrive dans les fièvres typhoïdes, les scarlatines, etc., oii les individus meurent avec des symptômes cérébraux nombreux, durables, intenses, et non par eux, et non par une méningite que l'autopsie ne révèle presque jamais. Or, nous le répétons, ce qu'on a souvent et ce qu'on prend encore tous les jours pour une arachnitis compliquant un érysipèle de la face n'est fort heureusement dû, dans bien des cas, qu'à une excitation et à une fièvre locale de l'encéphale, directe ou sympathique, peu importe, mais faussement attribuée à un état organique inexorablement funeste.
Ces choses étaient fort importantes à dire afin de mettre un peu d'accord entre les assertions également exagérées de ceux qui, quoi qu'il arrive, ne traitent pas les érysipèles, et de ceux qui les maltraitent avec le même aveuglement.
On comprend, en effet, que le médecin moins préoccupé de la perspective si souvent illusoire d'une méningite conservera plus de mesure et d'indépendance d'esprit qu'il n'en peut avoir sous le coup de cette crainte, et que sa prudente sécurité imprimera à ses méthodes thérapeutiques quelque chose de déhbéré et de ferme, tel que certains maîtres en pratique, comme Sydenham, Boerhaave, Hoffmann, nous en ont particulièrement laissé des modèles.
Dans presque tous les érysipèles sporadiques de la face, lorsqu'ils dépassent un certain degré d'intensité qui peut faire craindre quelques accidents ou une durée et une étendue extraordinaires de la maladie, deux indications fondamentales se présentent, l'une que les émissions sanguines peuvent seules remplir, l'autre qui demande l'usage des vomipurgatifs. Il arrive très-souvent qu'en satisfaisant à une seule, tout marche ensuite de soi aussi promptement que possible. Mais voici la difficulté.
D'un côté, fièvre considérable, céphalalgie avec congestion énorme et tous les indices d'un état inflammatoire violent. De l'autre, dyspepsie plusieurs jours avant l'invasion, et depuis lors, élément saburral, état gastrique des plus prononcés, etc.
Si ce dernier état n'est témoigné que par l'enduit mucoso-biheux de la langue sans souvenir d'un embarras gastrique antérieur à l'invasion de la fièvre; si la bouche n'est pas décidément mauvaise, et que l'insipidité et l'amertume ne soient pas fortement accusées par le malade parmi les incommodités qui le fatiguent le plus, avec un sentiment de surcharge et d'indigestion accompagné d'éructations pénibles, de nausées et d'efforts
MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE. GfiO
pour vomir ; et si en même temps les signes de l'état inflammatoire sont très-marqués, on peut déférer de suite à l'indication fournie par ceux-ci. Il est probable que les vomitifs seront inutiles, et que plus tard seulement les cathartiques pourront trouver utilement leur place.
A plus forte raison en sera-t-il de même si, comme il arrive quelquefois, le malade n'offre d'autre symptôme d'un état gastrique qu'une douleur plus ou moins vive àl'épigastre, augmentant par la pression, puis une langue d'un rouge vif à sa pointe et sur ses bords, présentant à son centre un enduit nacré laissant transparaître au-dessous de lui la muqueuse rutilante, aspect particulier qui fait ressembler la langue à un muscle recouvert d'une aponévrose éraillée, et qui est propre aux phlegmasies et à toutes les fièvres éruptives, y compris la fièvre typboïde, l'érythème noueux fébrile, etc., etc. Dans ce cas même, une application de sangsues au creux de l'estomac peut être faite seule ou conjointement avec la saignée du bras, selon ce qu'exigent l'état général, la saison, le tempérament, les habitudes et les forces du malade.
Quant aux bornes et, comme on dit, aux doses de la Médication antiphlogistique dans le traitement de cette maladie, nous ne nous piquons pas de médecine exacte, et nous tenons beaucoup à ne pas les fixer, même approximativement. Les indications une fois signalées, le génie de la maladie connu, le reste est du médecin. L'empirique trouvera ailleurs ce qu'il désire : des traitements tout faits pour les cas graves, moyens et légers.
Il faut saigner jusqu'à satisfaction de l'indication qu'on se propose de remplir en saignant. Ce n'est jamais contre les saignées abondantes et répétées que nous nous élevons. Il n'y a pas pour nous de saignées trop abondantes, ni de saignées trop peu abondantes, quand on n'est pas allé au delà ou resté en deçà de l'indication. La Médication anliphlogistique, et, par exemple, la méthode de M. le professeur Bouillaud, comme tout moyen, n'est ni bonne ni mauvaise par elle-même. C'est l'esprit médical qui met en œuvre ce moyen que nous jugeons mauvais. Nous croyons les principes faux, et, par conséquent, les moyens souvent mal appliqués. En un mot, nous pensons que cet honorable professeur, manquant des vrais principes de la médecine, est en quelque sorte esclave d'un moyen, maîtrisé et mené par les exigences de sa méthode, puis ainsi entraîné au delà du but qu'il méconnaît fréquemment, surtout dans le traitement des affections dont il s'agit.
Le naturisme, adopté par certains sceptiques comme favorable à leur désolante incertitude, a donné naissance à d'autres abus. Sous prétexte que l'érysipèle de la face n'est jamais dangereux, ou, quelquefois encore, par une répugnance systématique pour la Médication antiphlogistique et les saignées, on néglige un moyen qui, employé avec discernement, peut abréger et surtout adoucir la maladie, la rendre moins laborieuse, moins exposée à des complications inflammatoires.
L'érysipèle de la face n'est point une fièvre éruptive spécifique. Il n'est
pas nécessairement assujetti à une forme, à une durée, à une étendue invariables ; et il est permis au médecin de chercher à le limiter sous tous les rapports, en sachant respecter ce qu'on n'attaquerait pas impunément pour le malade.
En confiant tout à la nature, on favorise quelquefois d'une triste manière l'extension de la maladie, qui paraît se multiplier indéfiniment et se féconder elle-même, comme dans les érysipèles qui ne sont pas francs, et qui se portent sur le tronc, en vertu de mauvaises conditions préexistantes du sujet. Avec les évacuants des voies gastriques et de l'appareil circulatoire, on eût simplifié l'état morbide, aidé aux mouvements naturels, et facilité cette sorte de métasyncrise qui est toujours plus ou moins produite dans les affections fébriles exanthématiques, surtout dans celles qui ont des retours périodiques, comme la fébri-phlegmasie dont il est maintenant question.
Rien de tout ce que nous venons d'enseigner ne concerne les érysipèles cachectiques, ceux qui apparaissent à la suite de certaines fièvres typhoïdes, ni ceux des membres; aucun de ceux enfin qui forment des épisodes plus ou moins graves dans le cours de certains états morbides aigus et surtout chroniques.
MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE DANS LES MALADIES AIGUËS SPÉCIFIQUES. VARIOLE.
Rigoureusement parlant, spécifique veut dire qui fait espèce. Une maladie spécifique est donc une maladie qui fait espèce, qui se comporte comme une espèce naturelle, et peut lui être assimilée. Or, qu'est-ce qu'une espèce? En zoologie, on la définit : Un type d'organisation, de forme et d'activité rigoureusement déterminé., qui se multiplie dans l'espace et se perpétue dans le temps par génération dii^ecfe et dune manière indéfinie. {RoWavà, Nouveaux Éléments de Zoologie, Paris, 1839.)
De sorte que le caractère essentiel de l'espèce est la conservation constante d'un type, et sa perpétuation indéfinie par voie de génération directe, dernier trait qui consacre un des faits les plus importants parmi ceux qui fondent l'espèce, savoir, son incommunicabilité. Les espèces sont incommunicables entre elles : c'est un axiome d'histoire naturelle.
Si maintenant nous appliquons à la variole cette notion de l'espèce, nous verrons qu'elle lui convient assez exactement.
En effet, la variole se transmet et se perpétue comme par une véritable génération. Elle est de plus incommunicable, c'est-à-dire qu'elle ne communique pas avec une autre espèce, ne se mélange et ne se confond pas avec une autre diathèse spécifique pour former, par cette sorte d'amalgame, une maladie composée. Au contraire, lorsqu'elle existe chez le même individu avec une autre maladie spécifique, on les voit marcher dans une indépendance complète, comme parallèlement, l'une à
côté de l'autre, sans fusion et sans même se modifier réciproquement en quoi que ce soit. On peut en dire autant de toutes les maladies spécifiques considérées soit en elles-mêmes, soit à l'égard les unes des autres.
Ces espèces ont leurs variétés et même leurs races. Leurs variétés, comme dans les règnes de la nature, sont produites par les circonstances ambiantes, soit propres à l'organisation dans laquelle germent et se développent les virus spécifiques en question, soit dépendantes du milieu qu'habite l'individu, etc. Ces modifications toutes sporadiques semblent véritablement répondre aux variétés zoologiques, qui ne sont en quelque sorte, comme on l'a dit, que des accidents de l'espèce, lesquels, perpétués par la génération, constituent les races. Or, dans les épidémies ou les endémies des maladies spécifiques, on voit ces accidents de l'espèce ou ces variétés se reproduire par la contagion, l'infection ou la communauté d'origine, et former, pour ainsi dire, des races pathologiques ou des accidents de l'espèce, des variétés enfin, conservées et perpétuées pendant un certain temps.
Les varioloïdes, les varioles confluentes, malignes, pétéchiales, etc., sont des exemples qui justifient le rapprochement que nous venons d'essayer.
Il résulte de ces considérations préliminaires, que les fièvres spécifiques provenant d'un germe qu'elles doivent en quelque façon perpétuer, et laissant un privilège d'immunité aux individus qu'elles ont une fois frappés, sont en général semblables à des fonctions naturelles, et qu'elles réclament aussi des méthodes thérapeutiques naturelles.
Par une méthode naturelle, on se propose, en médecine, d'imiter les réactions salutaires de la nature : 1° en les abandonnant à elles-mêmes et entourant l'organisme de circonstances favorables à leur déploiement spontané, lorsque les phénomènes en sont réguliers; 2° en apaisant leur violence excessive par diverses médications tempérantes destinées à réduire la réaction à un degré compatible avec la conservation de la vie et l'accomplissement de la fonction morbide ; 3° en stimulant l'inertie du système nerveux, et le mettant, à l'aide de divers moyens excitants, au niveau des besoins et des nécessités de la maladie, soutenant la fièvre, animant dans une juste mesure les appareils d'élimination, prêtant, en un mot, à l'organisme vivant les forces qui lui manquent pour résister à la maladie, réparer ses pertes et se relever de sa faiblesse.
Dans l'immense majorité des varioles simples et discrètes, les émissions sanguines sont inutiles, et il ne faut jamais tirer inutilement du sang.
Nous savons très-bien que cette maladie est une de celles oh l'on peut le moins nuire, précisément à cause de son admirable régularité et de la nécessité prévue de sa marche et de sa terminaison. Chez un sujet bien disposé, présentant un certain degré de réaction, une et même plusieurs saignées dans le cours de la fièvre d'incubation n'auraient pas la puissance d'empêcher l'éruption et d'altérer l'ordre imperturbable des phé-
662 ^iÈDlCATION ANTIPHLOGISTIQUE.
nomènes. (Quelques sujets d'une complexion faible, laxioris sangttinis, sont, suivant Sydenham, et nous en avons nous-mêmes été témoins plus d'une fois, exempts de fièvre primaire. L'éruption se fait même après quelques jours d'un léger malaise.) 11 n'en serait pas ainsi dans certaines formes graves de la même affection et dans les fièvres exanthématiques érythémateiises appartenant aux groupes dont nous aurons à parler tout à l'heure. Mais encore une fois, la saignée étant inutile à moins d'indications spéciales que nous signalerons, il faut s'en abstenir et conserver au malade des forces dont on n'est pas sûr qu'il n'aura pas besoin plus tard.
Les sueurs abondantes qui accompagnent la fièvre d'incubation sont une raison de proscrire la saignée, car cette circonstance annonce, en général, qu'on n'a pas à redouter une variole confluente.
Il n'y a non plus aucun traitement antiphlogistique à opposer à la rachialgie lombaire, aux douleurs épigastriques et aux vomissements, qui s'apaisent d'eux-mêmes lorsque l'éruption est achevée et même lorsqu'elle commence à se faire.
Il faut bien aussi se garder d'une trop grande précipitation thérapeutique contre un certain degré de somnolence et de stupeur qui est le signal avant-coureur assez fidèle de l'imminence de l'éruption. Nous avons vu ces symptômes effrayer des praticiens, qui se mettaient déjà en devoir de combattre avec énergie une congestion préjugée inflammatoire de l'encéphale, lorsque les premiers signes de la phlegmasie cutanée venaient, en faisant mieux qu'eux, les avertir qu'ils allaient mal fture.
Ce n'est pas que, dans les varioles bénignes, la Médication antiphlogistique ne soit, en quelque sorte, la seule indiquée. Mais cette médication n'a pas pour uniques agents les divers moyens d'évacuer le sang. Le repos, la diète, les boissons délayantes, etc., sont des moyens antiphlogistiques très-puissants. A eux seuls ils suffisent pour mener à bien les varioles régulières, surtout si l'on y joint la méthode rafraîchissante de Sydenham, qui consiste dans le lever quotidien, la déambulation domestique et une ventilation prudente jusqu'au deuxième jour de l'éruption ou sixième de la maladie.
Pour cette dernière précaution, Sydenham prétendait faire plus pour tempérer l'effervescence du sang, la violence de la fièvre et les complications qui peuvent en résulter, que par l'intervention souvent intempestive d'un traitement antiphlogistique rigoureux. Ce grand praticien avait l'art de suppléer par toutes sortes de moyens simples, naturels et efficaces, à l'emploi des saignées, qu'il savait pourtant prescrire à propos avec une louable énergie. C'est qu'il connaissait les opportunités et saisissait l'occasion fugitive de manière à pouvoir économiser le sang de ses malades. Aussi non-seulement il guérissait, mais il guérissait ùien : non tâm citô quàm tuto. Nous reviendrons plus tard sur ce principe général.
Passons aux varioles, où peut être discutée et remplie l'indication de saigner.
Il faut tout de suite se demander si la variole confluente n'est qu'une variole discrète plus intense et dont l'éruption plus abondante amène la confusion des pustules, et si, par conséquent, en supposant que la confluence pût être prévue sur la foi de certains indices, un traitement antiphlogistique très-actif serait capable de changer la confluence en discrétion, et de remplacer le danger qui s'attache à ce premier état, par la sécurité presque inséparable du second.
L'étude comparée de ces deux variétés de la même maladie repousse formellement une telle hypothèse.
Bien que très-probablement tous les caractères pathologiques qui impriment à la maladie le cachet de la confluence dépendent beaucoup plus de l'état du sujet que de la nature de la cause prochaine ou du virus, il n'en est pas moins vrai qu'il y a entre ces deux sortes de variole une autre différence que celle de l'intensité, et que la diathèse de confluence provient, sinon d'un état morbide spécifique, au moins d'un état particulier très-distinct de celui qui forme le fond des varioles discrètes et simples. Cet état n'est sans doute relatif qu'à une prédisposition des individus, puisqu'une variole discrète peut communiquer une confluente et réciproquement. Mais il faut dire aussi que de la combinaison de l'état variolique avec cette crase spéciale de certains sujets résulte une maladie composée, tout autrement grave, nous le répétons, par sa nature que par sa violence. Toutefois, il est impossible de ne pas convenir que l'intensité de la réaction, l'abondance de la matière et des produits morbides, la profondeur et l'étendue des lésions organiques locales, etc., ne concourent, pour une certaine part, avec la nature délétère du virus, à rendre cette affection une des plus funestes parmi celles qu'on appelle aiguës.
On a beau, par un régime et une thérapeutique bien institués, s'opposer autant que possible à la férocité d'une variole confluente, elle n'en garde pas moins tous ses caractères et toute son insidieuse léthalité. On sait que la confluence est suffisamment accusée lorsque les pustules, discrètes et môme rares sur toute la surface cutanée, sont néanmoins petites et confondues sur. le visage seulement; de sorte que, si l'on voulait comparer l'étendue de la peau enflammée et pustuleuse dans une variole discrète et dans une variole confluente, on pourrait trouver quelquefois que cette étendue est plus considérable dans la première que dans la seconde. Cela est si vrai que Sydenham a observé une épidémie de varioles confluentes sans confluence, c'est-à-dire qui présentaient tous les caractères des confluentes, hormis la confusion des pustules. Celles-ci étaient discrètes, mais très-petites, noircissant promptement, étaient quelquefois remplacées par de larges phlyctènes ; et, de plus, la précocité de l'éruption (se faisant au troisième jour), la salivation, la gravité de l'affection inusitée dans les discrètes, etc., se réunissaient pour témoigner que ces varioles étaient de la nature des confluentes malgré la discrétion des pustules.
Ainsi, il faut être bien prévenu que, par la saignée, on ne doit pas se
684 AIÉDICATION ANTIPIILOGISTIQUE.
proposer une chose impossible, savoir la réduction d'une confluente en bénigne. Nous ne nions pas les avantages de la saignée au début d'un bon nombre de varioles très-intenses et oil domine avec excès V élément inflammatoire, c'est-à-dire l'élément individuel, pour parler comme plus haut; mais pour que les émissions sanguines soient indiquées par cette condition, il n'est pas nécessaire que les varioles soient confluentes. Expliquons-nous.
Dans la variole confluente, il y a l'état inflammatoire et l'inflammation, d'oii cette maladie tire les caractères individuels par lesquels elle a des points de contact avec toutes les phlegmasies, tous les états inflammatoires. Il y a, en outre, la disposition accidentelle et spéciale de la confluence, en vertu de laquelle cette variole est distincte de toute autre fièvre varioleuse. En troisième lieu, il y a la spécificité, qui, dominant les deux états précédents, peut exister indépendamment d'eux, et qui imprime à la maladie les caractères inaliénables de toute variole.
Or, la saignée n'a rien à faire avec la spécificité, peu de chose avec la disposition accidentelle d'où dépend la confluence, davantage avec l'élément individuel, qui lui fournirait toutefois bien plus d'indications si l'on pouvait, hors de certaines limites que nous allons tracer, l'attaquer sans violer les contre-indications qu'imposent, sous peine des plus funestes périls, l'état de confluence et l'état spécifique.
Il est des varioles discrètes dans lesquelles l'état inflammatoire est exagéré en raison de certaines conditions de saison, de constitution médicale, de régime, de tempérament, etc. La saignée, même répétée, pendant la fièvre primaire, simplifie admirablement la maladie, qui marche ensuite d'elle-même. L'éruption est facilitée, la suppuration moins abondante, la fièvre secondaire modérée, toutes les phases de l'affection abrégées et réduites à leurs plus bénignes proportions. Le sang est fortement couenneux, le caillot volumineux et consistant ; on a ainsi enlevé à la fièvre, à la phlegmasie et à la pustulation, des matériaux qui ne pouvaient qu'aggraver ou prolonger la maladie, et peut-être donner naissance à des complications inflammatoires fâcheuses. Mais la variole était discrète et simple. Il n'y avait pas entre l'état inflammatoire ou individuel et la diathèse spécifique d'état spécial à considérer.
Or, cet élément spécial d'où naît la confluence, non-seulement n'indique pas toujours la Médication antiphlogistique, mais quelquefois encore il la contre-indique d'une manière formelle. Enfin, dans les cas où il en appelle le plus sincèrement l'emploi, c'est avec une circonspection craintive et toutes sortes de mesures qu'elle veut être appliquée.
Au contraire, dans la variole simple et discrète où domine l'état inflammatoire, on n'a rien à redouter et l'on a tout à gagner. On pousserait jusqu'au superflu et à l'abus les émissions sanguines, que, comme nous le disions, on ne parviendrait que bien difficilement à nuire, à cause de l'espèce de fatalité que l'élément spécifique, lorsqu'il règne seul, imprime à la marche et à la durée de la maladie.
Lorsque Sydenham ne rencontrait aucun empêchement à faire lever pendant les six premiers jours les malades affectés de variole confluente, il ne les saignait pas, car il regardait sa méthode rafraîchissante comme beaucoup plus propre que la saignée à s'opposer à la violence et à la précipitation de l'éruption. Il attribuait les varioles confluentes les plus simples (c'est-à-dire les plus franchement inflammatoires, les moins septiques) à un trop grand échauffement du sang, antérieur à l'infection variolique ou provoqué par un régime incendiaire maladroitement employé pour hâter l'éruption, à une assimilation trop prompte du virus : à prœcipiti nimis materiœ variolosœ assimilatione ortum ducit, etc. Quibus omnibus modis disponitur sanguis ad excipiendas et intimiùs admitiendas morbi impressiones, ipsaque natura, ceu furiis agitata, prce exuberanti materiœ variolosœ copiâ et plenitudine, omnem ferè succorum et carnium molem in exanthemata evomere satagit.
Il avait remarqué, ce qui en effet est remarquable, que dans les variales confluentes, l'éruption se fait au troisième jour; qu'elle est précédée trèssouvent de diarrhée ; qu'à une certaine époque fixe de la maladie, un émonctoire comme supplémentaire s'ouvre au moyen de la salivation, remplacée elle-même à une époque fixe plus reculée par un développement plus complet de l'exanthème dans certains points du corps; qu'en outre, lorsque par une bonne thérapeutique on était parvenu à atténuer l'excès de la confluence, l'éruption était retardée d'un jour et les pustules plus larges et moins assemblées.
Or, cette bonne thérapeutique est, pour Sydenham, la déambulation et la ventilation. La saignée ne lui paraît indiquée que dans les cas oii le malade, trop affaibli par l'excès de la fièvre ou de quelque souffrance locale, ne peut absolument quitter le lit. Que fait alors le grand praticien? va-t-ii saigner largement coup sur coup? il s'en défie. Une saignée du bras; quelques heures après, un vomitif; ensuite les boissons acidulées, une limonade minérale, pour mettre le malade en état de se lever, de se j)romener dans l'appartement et de prendre un bain continuel d'air tempéré et toujours renouvelé... On voit à sa précaution de faire vomir presque aussitôt après la saignée, puis de prescrire la limonade sulfurique, que Sydenham était préoccupé d'autre chose que de l'état inflammatoire, puisque, après avoir obéi à une indication spoliative, il recourait bien vite à deux antiphlogistiques des plus puissants lorsqu'on redoute un état grave d'agitation fébrile nerveuse et frénétique, ainsi qu'une transformation putride ou purulente du sang.
Dans un autre passage, il n'autorise la saignée au début des varioles confluentes que dans le cas où le sujet est jeune, très-sanguin, ou bien, adonné à l'usage des boissons spiritueuses, souffrant spécialement et violemment de quelque organe, ou bien encore, lorsqu'il est en proie à d'énormes et incoercibles vomissements.
Nous venons de parler des varioles confluentes dans lesquelles la diathèse spéciale donnant lieu à la confluence consiste en une disposition
phlogistique très-intense du sujet, disposition naturelle ou factice, etc.; et nous avons vu que dans ces cas, les plus favorables de tous au succès de la Médication antiphlogistique, il fallait être néanmoins assez réservé sur son emploi. Il est deux motifs de cette réserve qu'il importe de signaler, alin de mieux imprimer dans l'esprit du lecteur toute la gravité du précepte. Nous voulons parler surtout de la fièvre purulente et des. morts subites dans le cours des varioles confluentes.
Cela ne veut pas dire qu'il faille s'abstenir de la saignée, et que la saignée produise par elle-même les fièvres purulentes et les morts subites, si déplorables dans la maladie qui nous occupe. Nous pensons, au contraire, que l'omission de la phlébotomie peut, comme son abus, attirer sur les malades les périls en question. C'est ici le cas de se rappeler la circonspection craintive que nous recommandions plus haut, et de se tenir dans un sage milieu, d'autant plus que la saignée n'étant et ne pouvant pas être, en ce cas, curative, mais simplement adjuvante, il importe moins qu'on soit attentif à la maladie qu'à la vie du malade.
Quand on pense, d'une part, à l'altération profonde de toute la substance dans cette horrible maladie; de l'autre, à la somme de résistance vitale nécessaire pour traverser toutes les phases de cet état nouveau de l'économie et rétablir l'organisation dans sa constitution physiologique, on est étonné que les morts subites et les fièvres purulentes ne soient pas plus fréquentes encore dans lo cours des varioles confluentes.
Quelle mission que celle d'un homme préposé en cette conjoncture au maintien d'uae unité si dissoluble, et qu'un tel art est vraiment bien plus sérieux qu'on ne le croirait à entendre les modernes Cnidiens qui tranchent la difficulté par des moyennes arithmétiques! Vous comptez des cas de variole confluente traités par les émissions sanguines suivant telle ou telle méthode ! Mais la statistique vous apprend-elle ce que c'est que l'homme malade ? et tel homme malade, la maladie dont il est affecté, etc., etc.? Vous comptez donc des choses inconnues, et vous ne savez pas ce que vous comptez, caria seule méthode que vous admettiez ne peut pas vous l'enseigner. Il faudrait étudier, pour en avoir quelque idée, les choses sur lesquelles votre méthode veut opérer; et quand votre esprit les aura connues, nous discuterons la valeur de cette méthode. Qu'est-ce que l'homme? qu'est-ce que la maladie? premières questions, notions dominantes et fondamentales. Après cela, pour revenir à notre sujet, qu'est-ce que la variole confluente, etc. ? Daignez consacrer quelques années à ces recherches, et vous nous direz ensuite ce que voua pensez de la statistique. Car enfin, il est raisonnable et sensé de savoir ce que l'on compte, et il est par conséquent déraisonnable et insensé de ne le savoir pas. Vous n'avez donc pas compris le sens si juste de ce mot de Broussais : Il n'est pas possible de faire sortir d'un nombre autre chose qu'un nombre? L'esprit des mathématiques est tout entier dans ce mot. Là, en effet, il n'est pas besoin de s'occuper de la nature de ce que l'on compte.
MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQDE. 6G7
Nul doute que, d'une manière générale, la Médication antiphlogistique ne soit la base de la méthode curative propre aux varioles confluentes de l'espèce de celles dont nous parlons maintenant, c'est-à-dire de celles oîi domine un élément phlogistique très-prononcé, une inflammabilité extrême du sang, et, pour parler comme Sydenham, une précipitation violente et une multiplication considérable de la matière varioleuse par cette constitution si inflammable du sang.
Mais la Médication antiphlogistique n'a pas pour seuls moyens les émissions sanguines. Cette médication consiste dans la modification qu'introduisent dans l'organisme l'application et l'influence des remèdes antiphlogistiques, soit qu'ils produisent cette modification en soustrayant des éléments de nutrition et de stimulation, soit qu'ils la produisent en tempérant les qualités du sang et modérant consécutivement le système nerveux par l'ingestion et l'absorption de substances rafraîchissantes, soit enfin qu'ils atteignent le même résultat par l'éloignement de toutes les causes d'excitations physiques ou morales, etc., etc.
On se propose donc, par la médication dont il s'agit, de substituer une diathèse antiphlogistique à une diathèse phlogistique. On s'efforce d'introduire et de former dans l'organisme des conditions opposées à celles d'où naissent l'état inflammatoire et ses effets. En général, une médication n'est que cela : une sorte de tempérament, de constitution artificielle formés par le médecin dans le but de neutraliser une disposition opposée.
Nous convenons sans peine que la saignée est au premier rang des moyens propres à produire la Médication antiphlogistique; mais, encore une fois, ce n'est pas le seul. Certains médicaments diurétiques, quelques purgatifs, les applications tièdes et humides, fomentations, bains, cataplasmes, un air pur et renouvelé souvent, les boissons délayantes, mucilagineuses, acidulés, la diète, le repos, plusieurs médicaments dits sédatifs et tempérants, comme le camphre à petites doses, la belladone, le sel de nitre, la digitale, le laurier-cerise, etc., etc. ; d'autres qu'on nomme altérants, tels que le calomel, les substances alcalines, etc., sont des auxiliaires plus ou moins puissants de la saignée, et sont capables de la remplacer quelquefois, d'en restreindre l'usage souvent, surtout d'en aider l'action.
Or, suivant les cas, le praticien peut et doit choisir entre tous ces moyens d'un même but, entre tous ces agents de la même médication. S'obstiner à ne faire usage que de l'un ou de l'autre, c'est avouer implicitement qu'il n'y a qu'une seule espèce dans les phlegmasies et dans les diathèses inflammatoires. Ainsi, parmi les évacuants antiphlogistiques, il n'est pas indifférent de choisir, soit la saignée, soit les cathartiques, soit les diurétiques, soit les sudoriflques, soit les sialagogues.
S'il est une maladie où il faille ménager l'harmonie et la résistance du système nerveux, certes, c'est la variole confluente. Nous avons déjà fait sentir pourquoi ; et telle est une des raisons importantes pour lesquelles il convient de ne saigner dans ce cas qu'avec une extrême réflexion.
Qu'on se rappelle aussi ce que nous avons dit plus haut sur les chances de mort subite dans cette maladie et sur la nécessité d'une fixité énergique dans les rapports du système nerveux avec les fonctions végétatives, et l'on sentira plus sérieusement encore la nécessité qu'il y a pour le médecin de ne pas compromettre la résistance vitale de son malade par des saignées arbitraires dont l'indication ne soit pas de la dernière urgence.
L'autorité de Sydenhara, qu'on n'accusera certes pas de prévention contre la saignée, ajoute un poids considérable à nos préceptes, et nous ne voulons pas les en priver :
« Et sancl'e assero, dit-il, insignissimum ferè omnium quos mihi unquàm videre contigit h confluentium génère morbum, et qui œgram undecimo die jugulaverit , juvenculœ supervenisse ubi pritnùm à rheumatismo usitatâ illâ methodo copiosœ et iteratœ venesectionis fuerat liberata. Atque hinc p7nmiim mihi innotuit, pklebotomiam non perindè atque ego priùs arbitrabar, variolis intra justes limites coercendis conducere : tamctsi sœpè numéro observaverim itei^atam catkarsim, sanguine nondùm inquinato, subséquentes variolas laudabiles et distinctas ut plurimùm reddidisse. »
La prétention d'exterminer les maladies inflammatoires, de les guérir plutôt vite que bien, entre plusieurs inconvénients fort graves, a le suivant : c'est que, jaloux de guérir plus vite et en moins de jours que tel de ses adversaires, on épuise en très-peu de temps les avantages d'une méthode, celle des émissions sanguines principalement, et que, si la maladie se permet de parcourir ses phases ultérieures, de présenter des périodes consécutives soit d'exacerbation, soit de transformation nécessaire qui indiquent un nouvel emploi de la saignée, on se trouve en face d'un organisme exsangue, exténué, incapable de supporter de nouvelles perles et de se prêter aux exigences de l'art comme de seconder les efforts de la nature.
C'est là encore un des bienfaits de la statistique. On veut opposer à ses adversaires de beaux relevés. Tel médecin guérit telle maladie en dix, en quinze, en vingt-cinq jours; il faut bien prouver qu'on est plus grand médecin que lui. Alors on expédie la maladie en six jours et demi, en huit jours et quart, en treize jours et un tiers ; on fait de la médecine à la course et à l'heure. Le malade, ainsi surmené, arrive à la convalescence rendu et sur les dents; mais le médecin a distancé son collègue, et peut, les chiffres en main, démontrer par-devant une académie quelconque la supériorité de sa méthode.
Sydenham n'usait pas ainsi ses ressources, et il les retrouvait dans le besoin. Il se ménageait habilement, dans la variole confluente, la facilité d'une saignée, tout au début de cette troisième manifestation fébrile qui constitue la fièvre de suppuration, et qu'il recommandait de bien distinguer de la fièvre concomitante de l'inflammation péripustuleuse. Elle s'élève vers le onzième jour chez les hommes robustes, et vers le seizième ou le dix-septième chez les sujets débiles.
MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE. 669 C'est vers le onzième jour, en effet, que surviennent ces morts inopinées dont nous avons parlé plus haut. Cette fièvre souvent mortelle, dit Sydenham, n'est ni celle du début, ni celle de l'inflammation éliminatrice; c'est une fièvre inflammatoire et putride de résorption.
Dès que cette fièvre apparaît, il dit ne rien connaître de mieux qu'une saignée de 3 ou 400 grammes, suivie d'un purgatif et de l'administration continuée des parégoriques ; puis en même temps il alimente très-légèrement et conseille les boissons vineuses,