VIOLETTES
La famille des Violariées fournit aussi (les racines vomitives, qui peuvent être succédanées de l'ipécacuanha.
Parmi ces racines, les unes sont indit;ènes : telles que les Viola oriorata, Viola canina, etc.; les autres exotiques, beaucoup plus nombreuses, qui sont : le Viola ipécarManha, L.; Ylonidtum parvi/lorum { Viola parviflora, h.), ce sont les faux ipécacuanhas du Brésil; VIonidium stubua ( i'iola calceolaria, faux ipécacuanha de Lejeuno) ; VIonidium polugalœfulium. etc.
La nature du principe émétique des Violariées est mal connue. Vauquelin l'a attribuée îi l'émétine. M. Boullay a découvertdans cesracinesun principe immédiat qu'il a appelé viuline. Ce produit est en poudre blanche, d'une saveur amère, âcre et vireuse, peu soluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, insoluble dans l'élher.
Les pharmaciens doivent faire sécher eux-mêmes la fleur de Violette. Celle que l'on trouve dans le commerce nous vient du Midi, et est fournie par la Pensée tricolore (Viola tricotor).
On vend souvent sur les marchés de Paris pour la Violette odorante la fleur de Violette des bois [Viola arvensis), dont les pétales sont inodores, d'un pourpre mi peu pâle et rougeàtre.
Sur l'autorité de Lémery et de Baumé, on a cru pendant longtemps que les Violettes simples étaient préférables aux doubles pour la couleur et l'odeur; mais, en 1848, M. Mouchon, de Lyon, a fait voir que la Violette double convenait mieux pour la préparation du sirop, que l'on fait de la manière suivante :
Pr. : Pétales récents de Violettes 2 part
Eau bouillante 4
Sucre blanc 91
Los Violettes mondées do leur calice et de leur onglet, on les place sur une toile, et on les arrose avec de l'eau bouillante,
jusqu'à ce que celle-ci commence à prendre une teinte bleuâtre : on fait alors l'infusion, que l'on passe avec expression après vingt-quatre heures. On laisse déposer et l'on décante pour séparer un dépôt verdâtre; on y fait fondre ensuite, à une très-douce chaleur, le double de son poids de sucre.
Tous les linges qui servent à la préparation du sirop de Violette doivent être préalablement rincés, à plusieurs reprises, pour les bien débarrasser des traces de lessive alcaline qui verdiraient > couleur bleue du sirop.
On a reconnu que ce sirop, préparé dans des vases d'étain, avait une couleur beaucoup plus vive; M. Réveil conseille, pour obtenir un sirop plus foncé, d'exposer les pétales à l'air et à l'obscurité pendant quelques heures : ils prennent alors une belle couleur bleue.
Ce sirop est souvent employé contre la coqueluche; mais ce sont surtout les chimistes qui en font usage : il est rougi par les acides les plus faibles, et verdi par les alcalis.
Tisane de Violettes.
On la prépare par infusion avec 8 grammes de fleurs sèciies pour 1000 grammes de boisson. Cette tisane est légèrement laxative.
Les racines de Violette sont employées en poudre et en décoction. Elles produisent, d'après MM. Coste et Willemet, des effets vomitifs assez prononcés.
Met vio'.at.
Pr. : Violettes fraîches avec leurs
calices 1 part.
Miel blanc .• • • ^
On fait infuser les Violettes dans le double de leur poids d'eau bouillante; on mole l'infusion au miel, et l'on fait cuire à consistance de sirop. Cette préparation
VIOLETTES. "i7
est employôe comme laxative en lavement, gative, et les racines vomitives. On em-
;i la dose de 30 à 120 grammes. ploie la Pensée sauvage sous forme ih:
La Pensée sauvage (F!otaart;ens«j,Mir., suc et d'infusion. On la donne aussi en
Viola iricolor, L.), qu'on nomme vulgai- rUcoclion laiieuse; c'est un mode d'admi-
rcment jacée. fleur de la Trinité, est une nistration préférable pour les enfants,
plante si commune et si connue que nous On prépare également un sirop de pen-
nous abstiendrons de la décrire. sée sauvage, que l'on administre avec
Elle appartient à cette même famille succès comme dépuratif,
des Violariées, et jouit de propriétés vo- La racine de Violette est vomitive ; pen-
mitives analogues à celles des Violettes dant la campagne d'Egypte, l'ipécacuanha
indigènes et exotiques. ayant manqué. Bouillon - Lagraugo et
On emploie la fevitte et la tige de la Boudet le remplacèrent par la racine de
plante. D'après Bergius, la tige serait pur- Violette.
Les racines des diverses espèces de Violettes jouissent de propriétés à peu près identiques ; aussi nous nous contenterons de parler de celles de la Violette odorante.
Les racines de la Violette odorante ressemblent singulièrement à celles de l'ipécacuanha ; cependant elles sont plus minces et plus blanches, et cette ressemblance physique s'étend jusqu'aux propriétés intimes.
Les expériences de M. Bretonneau ont démontré que la poudre de racines de Violette, appliquée topiquement sur la peau dénudée et sur les membranes muqueuses, donne lieu exactement aux mêmes accidents que la poudre d'ipécacuanha et de polygala.
Déjà Linné avait indiqué ces racines comme succédanées de l'ipécacuanha; mais les expériences de Coste et Willemet {Mat. méd. indig., p. 6) démontrent que la poudre de racine de Violette à la dose de 2 grammes avait donné lieu à un vomissement et à trois déjections alvines; que de 3 grammes à 4 grammes on obtenait jusqu'à six vomissements.
Ils pensèrent donc que la racine de Violette pouvait être avantageusement conseillée comme émétique succédané de l'ipécacuanha ; et même ils lui reconnurent aussi des propriétés antidysentériques, point de ressemblance de plus avec la racine du Brésil.
11 est bien probable que les idées de Coste et Willemet sont fondées, car une analyse chimique récente a démontré dans la racine de Violette un alcaloïde, analogue à l'émétine, que BouUay propose de nommer émétine indigène [Mém. de l'Acad. roy. de méd,, tome I, p. 417).
Les racines delà Pensée [Viola iricolor), Pensée sauvage, Jacée, jouissent de propriétés vomitives analogues à celles de la Violette odorante. L'infusion de la plante tout entière, au dire de Bergius {Mat. méd., p. 709), purge et fait quelquefois vomir : l'herbe sèche est un purgatif très-doux pour les enfants; on la donne alors en décoction à la dose de 16 grammes pour un demi-litre d'eau.
Nous ne savons si des propriétés que nous venons d'indiquer ici dérivent celles qui ont été attribuées à cette plante depuis plusieurs siècles. La Pensée sauvage passe en effet pour un des plus puissants dépuratifs que le la matière médicale.
748 MÉDICAMENTS ÉVACUANTS
On peut lire dans Matthiole (Comr«. in Dioscorid., p. 822), dans Fush [Hist.stirp.,-^. 804), dans Bauhin {Hist. plant., t. III, p. 547), ce que ces auteurs racontent de l'efficacité des feuilles et des tiges de Pensée sauvage dans le traitement des maladies cutanées chroniques.
Toutefois cette plante semblait oubliée, lorsque Starck [De Crustâ infantum ejusque remedio, Francof. ad Mœn., 1779) reprit une série d'expériences sur cette plante, et démontra qu'elle avait une efficacité remarquable dans les affections de la peau : il la prescrivait surtout dans les affections dites laiteuses des enfants, que l'on comprend, dans le langage vulgaire, sous la dénomination générique de gourme, et qui sont tantôt un impétigo, tantôt un eczéma, plus rarement un lichen, tantôt enfin un véritable favus.
On peut lire dans Murray [App. med., t. I, p. 789) la nombreuse liste des médecins qui ont eu à se louer de l'emploi de la Pensée sauvage dans le traitement de la croûte laiteuse des enfants. Les exemples ne manquent pas non plus qui prouvent l'action curative de cette plante dans le traitement des affections diverses du cuir chevelu des enfants et des adolescents.
Une observation qui a été faite par la plupart des auteurs qui ont écrit sur ce point important de thérapeutique, c'est que la maladie cutanée prend un accroissement notable au début du traitement; on remarque encore que l'urine acquiert chez beaucoup de malades une fétidité extrême, soit que la crise s'opère par les voies urinaires, soit que la Pensée donne à l'urine une odeur fétide, comme nous voyons la térébenthine communiquer à cette sécrétion l'odeur de la Violette.
Rdinse (Dissert, de Viola tricolor, Erlang., 1782), qui a parlé avec un enthousiasme peut-être un peu irréfléchi delà Pensée sauvage, et qui lui rend un témoignage si solennel pour le traitement des diverses maladies dont nous venons de parler, la regarde encore comme le meilleur moyen à opposer aux dartres en général, c'est-à-dire à toute cette cohorte de maladies de la peau auxquelles les dermatologistes modernes ont imposé des dénominations si diverses.
Mais, cà côté de ces admirateurs de la Pensée sauvage, il se trouve quelques médecins qui ne lui reconnaissent que peu de propriétés curatives, d'autres même qui les lui refusent entièrement, soit que réellement il y ait eu beaucoup d'exagération dans les dires des uns, soit que les autres n'aient pas expérimenté avec tout le soin et la patience désirables.
Toutefois Murray {App, med., t. I, p. 792) apporte dans la balance son imposante autorité, et déclare avoir lui-même constaté l'utilité de la Pensée sauvage dans les circonstances indiquées par les auteurs que nous venons de citer.
Ajoutons qu'on a encore étendu l'emploi de ce remède au. rhumatisme chronique, à la vérole constitutionnelle, enfin à toutes les maladies organiques où l'usage des dépuratifs est indiqué. (Murray, loco cit., page 793.)
Mode d'administration et doses. — Starck faisait prendre aux enfants la
ASARUM.
Pensée sauvage bouillie dans du lait ; il n'a pas dit à quelle dose. Wendl conseillait une poignée d'herbe pour 1 kilogramme de lait. Murray [loco cit.) prescrit pour un enfant d'un an 8 grammes pour 192 grammes d'eau que l'on fait réduire considérablement par Tébullition ; puis on ajoute dans du lait, que l'on fait encore bouillir, la quantité que l'enfant devra boire dans la journée. On fait des bouillies, des potages avec cette décoction laiteuse. On fait aussi des apozèmes avec 32 grammes de Pensée sèche ou une poignée de Pensée fraîche pour 1 kilogramme d'eau que l'on fait réduire à 250 grammes. Pour aromatiser cette décoction, on la jette encore bouillante sur des semences d'anis, de coriandre ou de fenouil. On peut donner aussi la poudre à la dose de 8 à 16 grammes par jour, mêlée à du miel ; l'extrait à la dose de 4, 8 et même 16 grammes ; enfin le suc de la plante fraîche se prescrit à la dose de 123, 200, 2o0 grammes par jour.
ASARUM.
La racine à'Asarum ou Cabaret {radix Asari) employée en médecine appartient îi YAsarum europœum, L., plante vivace de la famille des Aristolocliiées, gynandrie monogynie de Linné. Elle croît dans les environs de Paris, mais surtout dans les lieux ombragés des Alpes et du Midi de la France.
Voici les caractères de cette racine :
Elle est grise, de la grosseur d'une plume, quadrangulaire, contournée et marquée de distance en distance de nodosités, d'où partent des radicules blanchâtres. Sa saveur est poivrée; son odeur forte se rapproche de celle de la valériane, surtout lorsqu'on écrase le chevelu de cette racine entre les doigts.
Les feuilles et les racines sont les seules parties usitées.
ÏNlàL Lassaigne et FeneuUe ont retiré
de la racine d'Asarum : une huile volatile, une huile grasse très-àcre, une matière brune, acre et nauséeuse, soluLle dans l'eau ; de la fécule, du nitrate et du malate de chaux [Journ. de Pharm., t. VI, p. 561).
Cette racine, d'après CuUen, MM. Coste et Willemet, Loiseleur-Deslongchamps, peut remplacer l'ipécacuauha comme vomitif, à la dose de 1 à 2 grammes. Elle est surtout employée comme sternutatoire.
Disons aussi qu'elle entre dans la.poudre de Saint-Ange.
On confond souvent dans le commerce la racine d'Asarum avec celle d'une autre plante nommée Asarine, Antirrhinum asarina, L., de la famille naturelle des Antirrhinées de Jussieu.
La racine d'Asarum est employée en poudre et en infusion.
La racine et les feuilles du Cabaret ont des propriétés irritantes fort énergiques ; mises en contact avec la peau privée de son épiderme ou avec une membrane muqueuse, elles causent une inflammation locale très-vive, exactement de même que le polygala, l'ipécacuanha et la violette. Aussi, comme les poudres de ces trois dernières plantes, fait-il un excellent sternutatoire et est-il employé souvent dans ce but.
Avant la découverte de l'émétique et de l'ipécacuanha, la poudre de Cabaret était le vomitif le plus ordinairement employé. Linné a constaté •que des feuilles d'Asarum réduites en poudre très-fine avaient des pro-
MÉDICAMENTS ÉVACUANTS
priétés vomitives plus énergiques que l'ipécacuanha, ce qui a été confirmi^ par Loiseleur-Deslongchamps.
Comme on le suppose aisément, l'Asarum purge en même temps qu'il fait vomir.
On ne trouve dans les auteurs de matière médicale rien de spécial sur les propriétés de l'Asarum, si ce n'est qu'il a souvent été employé dans un but coupable comme abortif.
Les feuilles et la racine de Cabaret servent à composer une poudre sternutatoire qui excite très-violemment la membrane muqueuse olfactive, et qui a été employée contre des céphalées opiniâtres, et pour rappeler vers les narines un flux habituel dont la disparition coïncidait avec le développement d'une maladie nouvelle. On l'a même employée comme topique irritant du conduit auditif externe pour guérir la surdité.
Comme vomitif, la poudre des feuilles se donne à la dose de 6 décigrammes à ^^^2; en infusion, on prescrit l'Asarum à la dose de 4 grammes dans 230 grammes d'eau ; cette infusion fait vomir et purge.