CANTHARIDES
de camphre, doux ou trois bols, qu'il Taisait prendre à quatre heures d'intervalle l'un de l'autre (J. Groenevell, Tutus Cantàaridum usas intérims, Londini, 1G98, in-8). Werloff (Commercium litlerarium, an. 1733) conseille la même médication dans la dysurie ; il n'associait pas les Cantharides au camphre, et donnait 3 centigrammes de poudre toutes les quatre heures. S'il s'agit ici de la dysurie des vieillards, qu'il faut attribuer souvent à une demi-paralysie de la vessie, il est évident que cette médication est rationnelle, et qu'elle ne peut, en général, causer aucun accident notable; mais, si ce symptôme est. sous la dépendance d'une phlegmasie chronique du col de la vessie, entretenue, par exemple, par la présence d'un calcul ou par le passage fréquent des graviers qui déchirent la membrane muqueuse, si elle tient à un engorgement grave de la prostate, il est douteux que les Cantharides rendent alors les mêmes services ; c'étaient ces considérations et d'autres encore qui faisaient et font encore aujourd'hui blâmer, dans ce cas, l'usage interne des Cantharides.
Presque à la même époque que Groeneveit, mais un peu postérieurement, Th. Bartholin'(Ca>!//<û>-i'(/um usus intérims, in Hist. anatom.cent. V. hist. 82) imagina de donner l'infusion vineuse des Cantharides dans la blennorrhagie. Ce moyen extraordinaire, adopté également par Werloff, fut repris plus tard et singulièrement préconisé par Richard Mead [Monita et pi-œcepta, Londini, 1751), qui imagina une teinture alcoolique de Cantharides faite en mettant digérer 8 grammes de Cantharides contuses dans 730 grammes d'alcool. 11 en donnait aux malades de 30 à 30 gouttes matin et soir ; et, de nos jours, nous avons vu Robertson. d'Edimbourg, traiter la blennorrhagie par la même méthode: il employait la teinture de Cantharides à la dose énorme de 13 grammes en vingt-quatre heures [Biblioth. médicale, t. XX, p. 39).
Nous dirons comment nous concevons le mode d'action du copahu dans la blennorrhagie : c'est, pensons-nous, en déterminant sur la membrane muqueuse malade une irritation artificielle qui se substitue à l'irritation morbide. C'est de la môme manière que nous nous rendons compte du mode d'action des Cantharides dans la blennorrhagie et dans les diverses maladies irritantes des voies urinaires ; mais ici, évidemment, le mal est à côté du bien : c'est au médecin qu'il appartiendra de proportionner l'irritation topique artificielle à l'inflammation morbide ; et, en exposant plus bas notre doctrine de la Médication substitutive, nous essayerons de poser les règles de son application.
Pour mieux faire comprendre ce mode d'action des Cantharides dans le traitement des affections catarrhales des voies urinaires, nous rappellerons encore ici ce que nous avons dit plus haut en traitant de l'action physiologique du remède, et nous ferons mieux comprendre comment, en effet, on a le droit d'assimiler, jusqu'à un certain point, l'emploi des Cantharides données à l'intérieur à ces injections irritantes, que nous faisons dans la vessie et dans le canal de l'urètre pour guérir les phlegmasies de la membrane muqueuse qui revêt ces organes.
Les publications de M. Morel-Lavallée, celles de M. Boiiillaud et la thèse inaugurale de M. Dourif (5 mai 1849) ne laissent que peu de chose à désirer sur ce point.
M. Bouillaud, à la suite de l'application de larges vésicatoires, trouve des traces de phlegmasie évidente dans les reins et dans l'uretère. Il a trouvé même une fois de petites pseudo-membranes sur la surface muqueuse des bassinets, et un paquet défausses membranes à l'embouchure vésicale des deux uretères. M. Bouillaud démontre donc ainsi l'influence irritante des Cantharides sur les reins et l'uretère. 11 constate également que, dans les mômes circonstances, les urines deviennent albumineuses.
M. Morel-Lavallée, de son côté, prouve par des autopsies (et MM. Andral et Vidal (de Cassis) déposent dans le même sens), il prouve, disonsnous, que la vessie et le canal de l'urètre s'enflamment sous l'influence de la même cause. Il voit la membrane muqueuse vésicale se recouvrir quelquefois d'une véritable fausse membrane fibrineuse, et il trouve aussi des fausses membranes dans l'urine du vase de nuit. Sans discuter ici la question de savoir si l'albuminurie constatée par M. Bouillaud ne tient pas uniquement au passage du sérum du sang tenant en dissolution de la fibrine, et si les dépositions fibrineuses indiquées par M. Morel-Lavallée dans la vessie ne sont pas dues à la séparation de la fibrine dissoute dans le sérum, toujours est-il qu'on ne peut révoquer en doute l'existence d'une irritation des organes uropoétiques.
Nous ne parlerons pas ici de l'emploi des Cantharides dans l'épilepsie, l'hystérie, la rage, etc.; il suffit qu'un remède soit héroïque et que l'administration en soit périlleuse pour qu'il se trouve des médecins qui croient devoir le tenter dans le traitement des affections aiguës et chroniques réputées incurables; et, comme on se résout difficilement à avoir fait des essais infructueux, on exagère souvent les vertus du remède dont on a étudié les effets, et l'on finit quelquefois par s'abuser soi-même et par tromper les autres.
Dans l'antiquité, la teinture de Cantharides était employée dans le traitement des maladies chroniques de la peau : témoin ce chevalier romain dont parle Pline, et qui mourut pour avoir pris d'un breuvage clans lequel il entrait des Cantharides, dans le but de guérir une éruption rebelle. Il faut pourtant arriver presque jusqu'à nos jours pour retrouver des médecins qui emploient de nouveau ce remède. Lorry ( Tractatus de Morb. cutan., Paris, 1777, p. 388) conseille la teinture de Cantharides dans l'éléphantiasis des Grecs, et il dit positivement que, de son temps, des médecins anglais employaient beaucoup ce moyen dans le traitement des maladies de la peau.
Biett, qui, au rapport de M. Cazenave (Dict. de méd., 2" édit., t. VI, p. 349), s'est servi de teinture alcoolique de Cantharides à l'hôpital Saint- Louis, pendant plus de vingt ans, sur un grand nombre de malades, en a obtenu det.^s-bons résultats, principalement dans certains eczémas chroniques, et surtout dans les dermatoses de forme squammeuse. La
n.\nou. :>2o
teinture de Canthnridcs, administrée à la dose de 3 gouttes d'abord, et portée graduellement jusqu'à 20 goulles et davantage, réussit trèsbien dans le traitement des psoriasis et surtout de la lèpre vulgaire. Donnée avec prudence, cl surveillée dans son mode d'action, elle ne détermine pas d'accidents : sous son influence, la peau s'anime, les plaques deviennent rouges, les squammes tombent, les élévations papuleuses s'affaissent, disparaissent, et au bout d'un mois ou six semaines, souvent plus tôt, on peut obtenir la résolution complète et la guérison d'une maladie qui durait depuis plusieurs mois. Une ebose digne de remarque, c'est que ce médicament agit plus promptement et réussit mieux chez les femmes, chez les individus jeunes, sanguins, actifs, que chez ceux qui sont débiles.
Nous admettons même que la Cantharide puisse exercer une action toute spéciale sur certaines formes de cette maladie.
Nous avons indiqué plus haut (voy. Molière médicale) la formule de la pommade dite de Dvpuytfeh dans le traitement de la calvitie. Il est bien évident que, dans quelques cas, la chute des cheveux tient à une affection herpétique du cuir chevelu, et, à ce titre, une pommade irritante substitutive, en guérissant la maladie de la peau, fait cesser la cause de la calvitie. Mais, quand la calvitie est héréditaire, quand elle vient par les progrès de l'âge, quand elle s'accompagna, comme cela est le plus commun, de l'atrophie du bulbe pileux, il est trop évident qu'il n'est pas depommadequi puisse rendre à la peau du crâne sa texture anatoniique normale.
Les médecins de l'Inde emploient non-seulement les Cantharides, mais encore plusieurs espèces de mylabre, telles que les mylabris cickoris, punelum, pustulafa et indica. Les naturels des marais de Pondichéry emploient encore la racine du plumbago zeylanica réduite en poudre. Cette préparation aurait, dit-on, l'avantage de ne pas agir sur les organes urinaires, tandis que Yammania vesicutoiia ne serait qu'un vésicant d'une action inférieure aux précédents. {Gaz. hebd., août 1SG1.)