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EMPLOI DES PRÉPARATIONS MARTIALES DANS LES MALADIES EXTERNES

Les préparations martiales solubles sont généralement douées d'une propriété astringente plus ou moins forte. Elles chassent le sang des tissus avec lesquels on les met en contact, suppriment ou modifient les sécrétions, arrêtent ou tempèrent les hémorrhagies et généralement toutes les espèces de flux ; en un mot, elles satisfont exactement aux indications diverses que l'on se propose ordinairement de remplir avec les substances dites astringentes. A cet égard, il importe d'établir ici une distinction. Tandis que les préparations insolubles sont de préférence

conseillées a l'intérieur, les sels solubles, au contraire, sont seuls employés dans la thérapeutique externe; ce qui ne veut pas dire que ces derniers ne puissent aussi être administrés intérieurement.

Parmi les sels solubles les plus usités dans la thérapeutique externe, nous citerons surtout le sulfate, le chlorhydrate, l'acétate de peroxyde, et notamment le perchlorure, qui mérite de nous arrêter d'une manière plus spéciale.

PERCHLORURE DE FER.

Usage externe. — Le perchlorure de Fer a pris depuis quelques années une place importante daus la thérapeutique, soit à titre d'agent hémospasique, soit surtout comme hémostatique et astringent.

Personne n'ignore que c'est Pravaz qui le premier a eu l'idée de se servir du perchlorure de Fer en injections dans la cure des anévrismes.

Sansdoute, les premiers essais ont été loin d'être encourageants. Mais, depuis lors, ils paraissent avoir été moins malheureux : quelques demisuccès dans certains anévrismes, des succès plus complets dans le traitement des varices et des hémorrhoïdes, soit avec le perchlorure lui-même, soit avec l'acétate de peroxyde, tels ont été les résultats obtenus en dernier lieu; de manière que la méthode paraît avoir quelque chance de se relever de l'espèce de réprobation que des revers éclatants avaient de prime abord fait peser sur elle.

Des expérimentations ultérieures, faites avec prudence, sont donc nécessaires pour permettre de juger d'une manière définitive la valeur de cette grande question de thérapeutique chirurgicale. Si, d'ailleurs, la méthode des injections dans le traitement des maladies des vaisseaux artériels ou veineux vient à triompher des immenses obstacles qui l'ont arrêtée à sa naissance, l'honneur en reviendra à Pravaz d'abord, qui a pris à cet égard l'initiative, et ensuite à la chirurgie lyonnaise, qui poursuit son œuvre avec une intelligente persévérance.

Quoi qu'il en soit, si l'efficacité du perchlorure de Fer administré en injections dans les vaisseaux est encore problématique, il n'en est pas ainsi pour le même agent employé en applications externes.

Dans un mémoire présenté à l'Académie des sciences, en septembre 1853, M. le docteur Pétrequin s'est appliqué à spécifier un grand nombre de cas dans lesquels le perchlorure de Fer, ou le perchlorure ferro-maaganique, peut être utilement employé à l'extérieur.

Ainsi, dans les plaies qui donnent lieu à une hémorrhagie en nappe, il suffit, dit ce praticien, pour arrêter l'écoulement du sang, d'appliquer sur la surface saignante, préalablement lavée à l'eau froide, une compresse imbibée avec un mélange d'une cuillerée de la solution concentrée de perchlorure dans un verre d'eau. Si l'écoulement n'est pas arrêté, on réussira en ajoutant au mélange une seconde cuillerée de perchlorure.

La plaie est-elle inégale et irrégulière, on placera d'abord, avant la

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comprejje, un tampon de charpie trempé dans le même liquide. Ce procédé peut encore suffire quand l'hémorrhagie provient d'une petite artère. On pourrait remplacer la charpie par un tampon d'amadou, d'épongé ou de linge, qui servira en outre à comprimer le vaisseau lésé.

Dans les piqûres de sangsues qui, chez les enfants et certains sujets débiles, donnent lieu à des hémorrhagies inquiétantes, l'application d'un tampon de charpie ou d'amadou imbibé de perchlorure pur et maintenu avec le doigt suffit pour arrêter le sang à l'instant.

Ce moyen a réussi dans les cas d'épistaxis où le tamponnement et les autres hémostatiques avaient échoué.

Pour notre compte, nous ne connaissons rien de mieux pour arrêter les hémorrhagies dentaires, qui, dans quelques cas, se montrent, comme on sait, si réfractaires.

La solution de perchlorure de , Fer a encore été proposée contre les tumeurs sanguines, les hémorrhoïdes, les fongus vasculaires.

M. le docteur Yvonneau (Bu/ktin de la Société d'Indre-et-Loire, 1854) cite un cas de tumeur fongueuse végétante du nez des plus rebelles, dans lequel il a obtenu un succès rapide et inespéré à l'aide d'une pommade faite avec 40 gouttes de perchlorure pour 1 gramme d'axonge. Une première application eut pour elfet d'arrêter le suintement sanguin ; la tumeur, desséchée et comme racornie, présentait une croûte d'un noir jaune qui se détacha au bout de quelques jours. Bientôt une nouvelle croûte ne tarda pas à se reformer et à se détacher, et ainsi successivement jusqu'à nivellement complet. Au bout de dix-huit jours, la cicatrisation était presque achevée.

Ce môme médecin expérimenta la même pommade chez un malade pusillanime qui, quoique boiteux depuis plusieurs années par suite d'un ongle incarné, se refusait obstinément à toute opération sanglante. Un bourrelet énorme de chairs fongueuses recouvrait presque la moitié interne du gros orteil. On intercala deux fois le jour, entre la surface de l'ongle et la tumeur, quelques brins de charpie enduits de la pommade; on fit, en outre, des onctions dans tous les points où l'absence d'épiderme pouvait favoriser l'absorption. A deux jours de là, la presque totalité du bourrelet était racornie comme un morceau de cuir tanné, et la guérison paraissait devoir être très-prochaine.

La solution de perchlorure de Fer a déjà rendu de bons services dans diverses affections des organes génitaux, notamment dans les métrorrhagies, la leucorrhée, la laxité des parois vaginales.

Ce moyen devait être naturellement dirigé contre les engorgements du col utérin, notamment contre ces états variqueux ou fongueux que, depuis quelques années, on est porté, un peu abusivement peut-être, à attaquer avec les caustiques et surtout avec le fer rouge ; et lorsqu'on voyait l'alun ou le tannin, appliqué topiquement, procurer souvent des guérisons, il était permis d'attendre beaucoup d'un médicament doué de propriétés si éminemment astringentes, résolutives et hémostatiques. Or les essais qui ont été tentés depuis quelques années ont complètement réalisé ces

prévisions. Employée seule, ou mieux encore associée avec le collodioiij la solution de perchlorure de Fera donné, dans les cas spécifiés plus haut, un certain nombre de succès qui promettent à cet agent une place utile clans la thérapeutique des affections utérines.

Au dire de M. Pétrequin, le perchlorure est nn excellent antiputride contre les plaies gangreneuses et les suppurations fétides; les lotions, avec la solution plus ou moins étendue, leur enlèvent rapidement leur mauvaise odeur : propriété importante pour l'hygiène des hôpitaux.

Depuis quelques années, un grand nombre de médecins, entre autres les docteurs Bourot et Sallcron, ont étudié avec le zèle le plus louable les propriétés désinfectante et antiputride du perchlorure de Fer; aussi esl-il permis d'affirmer que les excellents résultats obtenus dans les affections purulentes et putrides, dans toutes 1rs plaies de mauvaise nature, et particulièrement dans la pourriture d'hôpital, assurent désormais à cet agent une place importante clans la pratique chirurgicale, surtout dans la chirurgie militaire. A cet égard, on peut dire que le perchlorure de Fer peut rivaliser avec les désinfectants et les antiputrides le plus en réputation, telles que les préparations iodées.

Ajoutons que le perchlorure a encore été utilisé pour modifier un grand nombre d'affections scrofuleuses rebelles, soit de la peau, soit des membranes muqueuses, et que M. Bazin, entre autres, en obtient de grands avantages dans certaines scrofulides malignes. Le môme moyen a été également employé avec succès dans quelques maladies parasitaires, telles que la mentagre, la teigne, l'acné.

Il est une dernière application à l'extérieur du perchlorure de Fer qiti mérite une mention toute spéciale : nous voulons parler de cet agent considéré comme moyen préservatif de la syphilig.

C'est à M. le docteur Rodet, médecin distingué de Lyon, qu'est due cette application nouvelle, application qui peut acquérir une portée immense, si l'avenir vient à confirmer les résultats annoncés, et surtout à réaliser les grandes espérances que ces résultats ont fait naître.

Disons d'abord que le perchlorure de Fer, quel que soit son degré de concentration, ne suffit pas à lui seul pour constituer ce préservatif, mais qu'il est nécessaire, pour lui conférer une efficacité complète, de lui adjoindre un acide libre, tel que l'acide chlorhydrique, ou, mieux encore, l'acide nitrique.

M. Burin du Buisson, qui a étudié avec soin l'action du perchlorure, au point de vue de ses effets chimiques, explique la nécessité de cette adjonction de la manière suivante : Quand on applique sur des piqûres d'inoculation le perchlorure de Fer, ce sel a pour effet immédiat de former un coagulum dans les parties albumineuses du sang, et ce coagnlum faisant office de bouchon ne permet pas au liquide préservateur de pénétrer assez profondément dans l'épaisseurdes tissus contaminés pour atteindre et détruire complètement le virus. Or, l'addition d'un acide vient précisément lever cet obstacle en redissolwint le coagulum et en favorisant la

pénétration du perchlorure dans tous les replis des membranes muqueuses et dans l'intérieur des tissus sur lesquels il a été appliqué.

D'après le même chimiste, le perchlorure préserve, non parce qu'il .autérise à un degré quelconque, mais bien parce qu'il coagule : il préserve en faisant obstacle à la résorption du virus, en attirant du dedans au dehors les liquides albumineux répandus au pourtour du point inoculé, et en les coagulant à mesure qu'ils y affluent. De cette manière, le virus, se trouvant pris et comme emprisonné au sein des coagulums albumineux, serait tout d'abord neutralisé, détruit même et bientôt éliminé.

Que le liquide préservateur inventé par M. Rodet agisse comme coagulant ou comme caustique, c'est une question que nous n'avons pas à décider. Voici, d'ailleurs, la formule qui, après de longs tâtonnements, a paru la meilleure et la plus efficace :

Eau pure 24 grammes.

Perchlorure de Fer liquide à 30°. ... 12 Acide chlorhydrique, ou, mieux encore,

Acide citrique 4

On comprend que nous ne pouvons nous engager ici dans les détails des expériences qui ont été répétées en très-grand nombre dans les hôpitaux de Lyon ; mais nous devons dire qu'en présence des résultats à peu près constants de ces expériences, il paraît démontré que le liquide Rodet possède la propriété de neutraliser le virus syphilitique introduit par inoculation, et d'empêcher le développement des accidents consécutifs. Nous ajouterons en passant que les mêmes effets ont été obtenus sur le virus-vaccin.

Mais ce moyen sera-t-il aussi efficace et aussi sûrement préservateur lorsqu'il s'agira de l'employer à la suite de rapports sexuels suspects ? Assurément on ne peut nier que les résultats déjà obtenus ne soient de nature à donner des espérances ; mais, d'autre part, on nous accordera que, dans une question de cette gravité, il serait téméraire de se prononcer avant qu'une longue et sévère expérience n'ait jugé en dernier ressort. On comprend, d'ailleurs, que, dans cette application particulière, la vertu du remède n'est pas tout, et que le succès doit être subordonné à bien des conditions tout à fait indépendantes du remède lui-même.

Voici, d'ailleurs, quel est le mode d'application du préservatif, tel qu'il est conseillé par son inventeur.

Le plus promptement possible, après le coït suspect, il convient de faire un lavage avec un mélange d'eau et du liquide préservateur, dans la proportion d'une cuillerée à bouche du liquide pour un à deux verres d'eau. Puis, immédiatement après, on imbibe de la charpie ou un linge avec le liquide pur ; on le laisse appliqué un quart d'heure sur les parties supposées contaminées, en ayant soin que le liquide pénètre et s'insinue dans tous les replis de la peau et de la muqueuse. Pendant l'application du linge, on pratique une injection avec le mélange, indiqué ci-dessus,

d'eau et de" liquide préservateur. Puis, on termine par un dernier lavage 1 l'eau froide.

L'emploi de ce moyen sera sans contredit plus facile et plus sûr chez l'homme que chez la femme; mais il n'en sera pas moins applicable chez la femme, soit sous forme d'injections dans le vagin avec le mélange indiqué, soit avec le liquide pur, au moyen d'un linge maintenu en contact pendant un certain temps entre les grandes et les petites lèvres.

En résumé, à supposer que ce préservatif ne donnât pas tout ce que l'enthousiasme a pu en attendre, et qu'il fût impuissant à réaliser, dans un avenir plus ou moins éloigné, le beau rêve de la suppression définitive de la syphilis, M. Rodet ne laisserait pas que d'avoir rendu à l'humanité un signalé service si, grâce au préservatif lui-môme et au système de précautions que son emploi nécessite, on arrivait seulement à diminuer d'une manière notable les chances de propagation de ce terrible fléau.

Nous ne devons pas, d'ailleurs, terminer ce sujet sans ajouter que M. Rodet propose son liquide chloruro-ferrique non-seulement comme prophylactique de la syphilis, mais comme moyen curatif de cette même maladie. Ainsi, d'après ses expériences, le liquide modifierait les chancres simples et même les chancres indurés avec une rapidité vraiment remarquable : il leur ferait perdre quelquefois en vingt-quatre heures la propriété de sécréter du pus virulent.

Voilà assurément des résultats dignes de toute l'attention des médecins et dont nous appelons de tous nos vœux la confirmation.

Après la syphilis, il était tout naturel d'appliquer le chlorure ferrique à d'autres maladies virulentes, et l'on n'y a pas manqué. Ainsi, M. Rodet lui-même institua, avec le concours de son frère, vétérinaire distingué de Lyon, une série d'expériences ayant pour but la destruction du virus rabique et du virus morveux introduits par inoculation, et il paraîtrait avoir obtenu à l'aide de son liquide des résultats assez concluants.

Mais à l'égard de la rage, la prudence nous commande de faire ici nos réserves; et jusqu'à complète démonstration, mieux vaudra, en cas de morsures, recourir d'abord à la cautérisation par le fer rouge, et puis, s'il y a lieu, il n'y aura qu'avantage à faire pénétrer le perchlorure liquide dans les anfractuosités des plaies que le fer rouge est souvent impuissant à atteindre.

Nous mentionnerons encore l'application du liquide préservateur aux venins, notamment au venin de la vipère; mais on comprend qu'ici le succès ne pourra être obtenu qu'autant que l'application serait faite presque immédiatement après la morsure, attendu la rapidité tout exceptionnelle avec laquelle se fait ici l'absorption.

Au contraire, l'utilité de ce même moyen aura des chances bien plus favorables contre les piqûres des insectes, tels que cousins, guêpes, abeilles ; et son emploi surtout ne saurait être trop recommandé contre .es piqûres de certaines mouches qui donnent lieu si souvent, pendant l'été, aux affections charbonneuses.

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Enfin, nous ne devons pas taire que M. le docteur Pétrequin recommande tout particulièrement contre les piqûres anatomiques le liquide préservateur de M. Rodet, qui, s'il était adopté dans les salles de dissection, lui paraîtrait appelé à conjurer bien des malheurs parmi la jeunesse médicale.

Usage interne. — Si depuis quelques années les applications du perchlorure de Fer à l'extérieur ont pris une grande et utile extension, on peut dire que les applications de ce même médicament à l'intérieur n'ont pas reçu un moindre accroissement.

Il y aurait injustice assurément à ne pas reconnaître la part considérable qui, dans ces applications nouvelles, revient à M. le docteur Deleau. Mais s'il a le mérite d'avoir signalé, un des premiers, les avantages réels qu'on peut retirer du perchlorure de Fer dans un certain nombre de maladies internes, peut-être, d'un autre côté, dans l'entraînement de son zélé, n'a-t-il pas su toujours se défendre de l'exagération et de l'illusion.

Il était naturel que le perchlorure de Fer, si utile comme hémostatique, fût appliqué au traitement des hémorrhagies internes. En effet, dès le principe, on l'employa dans les hémoptysies, dans les gastrorrhagies et dans certaines hémorrhagies intestinales.

Les résultats qu'on en obtint, dans ces divers cas, furent souvent avantageux, et plus tard ils le devinrent encore davantage, lorsqu'on eut appris à administrer le remède en temps opportun, c'est-à-dire le plus possible en dehors du molimen hémorrhagique, surtout quand on a affaire aux hémoptysies actives.

Peu à peu l'usage de ce moyen fut étendu à la plupart des grandes hémorrhagies internes; ainsi on y a journellement recours dans les métrorrhagies, soit essentielles, soit même symptomatiques de lésions organiques diverses, et l'on ne peut nier que, dans ces différentes conditions, il ne rende de très-utiles services.

Nous pouvons en dire autant pour la leucorrhée, pour la blennorrhagie à sa période de déclin, et pour un grand nombre d'affections des membranes muqueuses, qui s'accompagnent de flux sanguins ou muqueux.

C'est ainsi que nous-mêmes nous avons eu occasion d'employer le perchlorure avec succès dans certains cas de dysenterie grave, à une période déjà assez avancée, et alors que les moyens le plus ordinairement usités dans cette maladie avaient complètement échoué.

Il est une autre affection hémorrhagique où le perchlorure jouit d'une efficacité particulière : nous voulons parler du purpura, soit purpura siu.pkx, soit purpura hœmorrhagica.

Il y a toutefois à l'égard du purpura simplex une distinction à établir. Ainsi, d'après M. Devergie, si le purpura se présente sous la forme de plaques irrégulières, diffuses, toujours d'une dimension assez grande, si surtout il a une marche soutenue et uniformément progressive, le perchlorure triomphe assez rapidement de la maladie. Mais il n'en est plus

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