‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 2)Chapitre 12 sur 185 · TER. {S · texte numérisé non relu

TER. {S

de même dans une autre variété de purpura simplex, avec taches ordiaairement lenticulaires ou pétéchies assez circonscrites et se manifestant sous forme de poussées successives. Ici le médicament peut bien encore avoir pour effet d'abréger un peu chaque poussée bémorrhagiqne, mais il n'empêche pas les récidives ou les poussées ultérieures, et finalement il n'exerce qu'une très-faible influence sur le mode d'évolution et sur la durée totale de la maladie.

Tout au contraire, dans le purpura hœmorrhagica, affection plus profonde et plus grave, caractérisée surtout par des tlux hémorrhagiques sur diverses surfaces muqueuses, le perchlorure de Fer possède une remarquable efficacité. A cet égard, les observations de M. Fize, de Montélimart, et d'un certain nombre d'autres praticiens, paraissent bien concluantes.

Toutefois, ce serait une grave erreur que de vouloir, sur la foi de ces premiers succès, attribuer à ce remède une sorte d'infaillibilité. En effet, il faut bien savoir que cette maladie, tout en se présentant sous les mêmes apparences, peut être au fond très-différente d'elle-même; il ne faut pas oublier surtout qu'avec ou sans telle ou telle médication, tantôt elle guérit avec une facilité merveilleuse, tantôt, au contraire, on la voit marcher invinciblement vers une terminaison fatale. Aujourd'hui, l'on n'en est plus à attendre des faits pour démontrer l'insuffisance du prétendu spécifique contre ces formes réfractaires du purpura hœmorrhayica.

A titre de préparation martiale, le perchlorure devait tout naturellement jouer un certain rôle dans le traitement de l'anémie et de la chlorose. 11 est bon de rappeler qu'à la fin du siècle dernier, ce médicament, associé à la liqueur d'Hoffmann, avait joui d'une grande célébrité, et que, sous le nom de teinture de Bestuchef, il passait pour faire des cures merveilleuses, comme tonique et comme antispasmodique. Des expériences nouvelles ont, en effet, démontré l'efficacité des préparations perchloruro-ferriques, dans les affections caractérisées par l'appauvrissement du sang. Aussi, en sa double qualité de reconstituant et d'astringent, ce remède nous parait devoir trouver son indication toute spéciale dans la chlorose de forme ménorrhagique. A ce titre, le même moyen rendra encore d'utiles services à un certain nombre de jeunes filles récemment réglées, chez lesquelles on voit les premières époques menstruelles se manifester sous la forme de véritables pertes.

Dans ces conditions, nous avons eu plus d'une fois l'occasion de constater les bons effets de la solution de perchlorure de Fer, employée pendant la crise hémorrhagique, tandis que, dans les intervalles, nous avons recours à la poudre de quinquina, comme moyen de régulariser l'établissement de la fonction nouvelle et de prévenir de nouveaux accidents aux époques ultérieures.

11 nous reste à parler maintenant de l'application du perchlorure de

Fer à la diphthérie. En raison de son intérêt tout spécial, cette question exige que nous lui consacrions quelques développements.

C'est à M. le docteur Aubrun que revient, à cet égard, tout le mérite de l'initiative; nous devons ajouter même que, grâce aune expérimentation poursuivie avec habileté et persévérance, notre honorable confrère a su faire sortir de cette application particulière toute une nouvelle méthode de traitement du croup et de l'angine couenneuse, qui n'est peut-être pas sans avenir.

Voici en quoi consiste cette méthode.

Si l'on a affaire, dès le début, à la diphthérie pharyngienne, on commence par toucher l'arrière-gorge avec une éponge imbibée d'une solution aqueuse de perchlorure de Fer, plus ou moins concentrée. A cet égard, peut-être la liqueur du docteur Rodet devrait-elle mériter la préférence. Cette opération a pour but immédiat de faciliter la respiration en débarrassant l'arrière-gorge des concrétions pseudo-membraneuses, et, en même temps, elle agit comme substitutif sur les parties malades. On devra y revenir plus ou moins, suivant la gravité de l'affection locale, et surtout suivant la facilité plus ou moins grande des fausses membranes à se détacher.

Ici nous devons dire toutefois que, contrairement à l'opinion commune et à la pratique généralement adoptée, M. Aubrun n'accorde aux applications topiques qu'une utilité très-secondaire, et qu'il n'insiste guère sur leur emploi ; mais nous ne saurions partager cette manière de voir, qui est trop exclusive. Pour lui, tout le traitement, ou à peu près, consiste dans l'usage du perchlorure de Fer à l'intérieur.

11 attache, d'ailleurs, une très-grande importance au mode d'administration.

S'il s'agit d'un enfant, on met 20 gouttes de perchlorure liquide à 30° dans un verre d'eau froide. Le malade devra boire une gorgée de cette solution (environ deux cuillerées à café) de cinq minutes en cinq minutes dans l'état de veille, et de quart d'heure en quart d'heure pendant l'état de sommeil. Immédiatement après chaque ingestion du médicament, on fait avaler à l'enfant une gorgée de lait froid, non bouilli, sans sucre.

M. Aubrun recommande de continuer ce traitement avec une régularité scrupuleuse pendant plusieurs jours de suite, sans même respecter le sommeil pendant les trois premiers jours, au moins dans les cas tout à fait graves. Il donne pour motif de cette insistance que c'est seulement à la fin du troisième jour que les fausses membranes commencent, en général, a se ramollir et à se détacher.

Il faut d'ailleurs avoir la précaution d'administrer la solution perchloroferrique dans un verre ou dans une tasse de porcelaine, et non dans une cuiller ou un vase en métal, afin de prévenir la décomposition du médicament. Pour la même raison, il importe également d'éviter toutes les boissons, ainsi que toutes les substances médicamenteuses ou alimentaires susceptibles d'opérer cette décomposition, et plus particulièrement les

Page 1