VIOLETTES
■estemplovée comme laxative on lavement, gative, et les racines vomitives. On em-
à la dose de 30 à 120 grammes. ploie la Pensée sauvage sous fur do
La Pensée sauvage (riolaarvensis,'Mxe.) suc et d'infusion. On la donne aussi en
Viola tricolor, L.), qu'on nomme vulgai- décoction laiteuse; c'est un modo d'admi-
remenl iacée, Deur <!»• la Trinité, est une nistration préférable pour les enfants.
plante si commune et si connue que nous On prépare également un xirup de ;)c«-
nous abstiendrons de la décrire. sée sauvage, que l'on administre avec
Elle appartient a oette même famille succès comme dépuratif,
des Violariées, et jouit do propriétés vo- La racine de Violette est vomitive ; pen-
mitives analogues à celles des Violettes dant la campa] ne d'Egypte, l'ipécacuanha
ind fènes et exotiques. ayanl manqué, Bouillon - Lagrange et
•■ et la tige de la Boudet le remplacèrent par la racine de
plante. sérail pur- Violette.
Les racines des diverses espèces de Violettes jouissent de propriétés a
peu près identiques ; aussi nous nous contenterons de parler de celles de la Violette odorante.
Les racines de la Violette odorante ressemblent singulièrement à celles do l'ipécacuanha; cependant elles sont plus minces et plus blanches, et ressemblance physique s'étend jusqu'aux propriétés intimes.
Les expériences de M. Bretonneau ont démontré que la poudre de racines de Violette, appliquée topiquement sur la peau dénudée et sur les membranes muqueuses, donne lieu exactement aux mêmes accidents la poudre d'ipécacuanha et de polygala.
Déjà Linné avait indiqué ces racines comme succédanées de l'ipécacuanha; mais les expériences de Coste et Willemet (Mat. mal. indig., p. 6) démontrent que la poudre de racine de Violette à la dose de 2 grammes avait donné lieu à un vomissement et à trois déjections alvines ; que de 3 grammes à -i grammes on obtenait jusqu'à six vomissements.
Us pensèrent donc que la racine de Violette pouvait être avantageusement conseillée comme émétique succédané de l'ipécacuanha ; et même ils lui reconnurent aussi des propriétés antidysentériques, point de ressemblance de plus avec la racine du Brésil.
Il est bien probable que les idées de Coste et Willemet sont fondées, car une analyse cbimique récente a démontré dans la racine de Violetteun alcaloïde, analogue à l'émétine, que Boullay propose de nommer émétine indigène (Mém. de l'Acad. rot/, de mêd., tome I, p. 417).
Les racines delà Pensée (Viola tricolor), Pensée sauvage, Jacée, jouissent de propriétés vomitives analogues à celles de la Violette odorante. L'infusion de la plante tout entière, au dire de Bergius (Mat. méd., p. 709), purge et fait quelquefois vomir : l'berbe sèche est un purgatif très-doux pour les enfants; on la donne alors en décoction à la dose de 1G grammes pour un demi-litre d'eau.
Nous ne savons si des propriétés que nous venons d'indiquer ici dérivent celles qui ont été attribuées à cette plante depuis plusieurs siècles. La Pensée sauvage passe en effet pour un des plus puissants dépuratifs que possède la matière médicale.
On peut lire dans Matthiole (Comm. in Dioscorid., p. 822), dans Pusb (ffist. stirp.,j>. 804), dans Bauhin {Hist . plant . , t. III, p. 547), ce que ces auteurs racontent de l'efficacité des feuilles et des tiges de Pensée sauvage dans le traitement des maladies cutanées chroniques.
Toutefois cette plante semblait oubliée, lorsque Starck (De Crustâ infanturn ejusque remedio, Francof. ad Mœn., 1779) reprit une série d'expériences sur cette plante, et démontra qu'elle avait une efficacité remarquable dans les affections de la peau : il la prescrivait surtout dans les affections dites laiteuses des enfants, que l'on comprend, dans le langage vulgaire, sous la dénomination générique de gourme, et qui sont tantôt un impétigo, tantôt un eczéma, plus rarement un lichen, tantôt enfin un véritable favus.
On peut lire dans Murray (App. med., t. I, p. 789) la nombreuse liste des médecins qui ont eu à se louer de l'emploi de la Pensée sauvage dans le traitement de la croûte laiteuse des enfants. Les exemples ne manquent pas non plus qui prouvent l'action curative de cette plante dans le traitement des affections diverses du cuir chevelu des enfants et des adolescents.
Une observation qui a été faite par la plupart des auteurs qui ont écrit sur ce point important de thérapeutique, c'est que la maladie cutanée prend un accroissement notable au début du traitement; on remarque encore que l'urine acquiert chez beaucoup de malades une fétidité extrême, soit que la crise s'opère par les voies urinaires, soit que la Pensée donne cà l'urine une odeur fétide, comme nous voyons la térébenthine communiquer à cette sécrétion l'odeur de la Violette.
Haase {Dissert, de Viola tricolor, Erlang., 1782), qui a parlé avec un enthousiasme peut-être un peu irréfléchi de la Pensée sauvage, et qui lui rend un témoignage si solennel pour le traitement des diverses maladies dont nous venons de parler, la regarde encore comme le meilleur moyen à opposer aux dartres en général, c'est-à-dire à toute cette cohorte de maladies de la peau auxquelles les dermatologistes modernes ont imposé des dénominations si diverses.
Mais, à côté de ces admirateurs de la Pensée sauvage, il se trouve quelques médecins qui ne lui reconnaissent que peu de propriétés curatives, d'autres môme qui les lui refusent entièrement, soit que réellement il y ait eu beaucoup d'exagération dans les dires des uns, soit que les autres n'aient pas expérimenté avec tout le soin et la patience désirables.
Toutefois Murray (App. med., t. I, p. 792) apporte dans la balance son imposante autorité, et déclare avoir lui-même constaté l'utilité de la Pensée sauvage dans les circonstances indiquées par les auteurs que nous venons de citer.
Ajoutons qu'on a encore étendu l'emploi de ce remède au rhumatisme chronique, à la vérole constitutionnelle, enfin à toutes les maladies organiques où l'usage des dépuratifs est indiqué. (Murray, loco cit., page 793.)
Mode d'administration et doses. — Starck faisait prendre aux enfants la
ASARUM. 71!)
Pensée sauvage bouillie dans du lait ; il n'a pas dit à quelle dose. Wendt conseillait une poignée d'herbe pourl kilogramme de lait. Murray (loco cit.) prescrit pour an enfant d'un an 8 grammes pour 192 grammes d'eau que l'on l'ait réduire considérablement par l'ébullition ; puis on ajoute dans du lait, que l'on fait encore bouillir, la quantité que l'enfant devra boire dans la journée. On fait des bouillies, des potages avec cette décoction laiteuse. On fait aussi des apozèmes avec 32 grammes de Pensée sèche ou une poignée de Pensée fraîche pour 1 kilogramme d'eau que l'on fait réduire à 2o0 grammes. Pour aromatiser cette décoction, on la jette encore bouillante sur des semences d'anis, de coriandre ou de fenouil. On peut donner aussi la poudre à la dose de 8 à 16 grammes par jour, mêlée à du miel ; l'extrait à la dose de -i, 8 et môme 16 grammes ; enfin le suc de la plante fraîche se prescrit à la dose de 123, 200, 250 grammes par jour.