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ACTION PHYSIOLOGIQUE

Action vomitive. — Le Tartre stibié est le vomitif le plus énergique que possède la matière médicale. A la dose de 1 centigramme, de 2 centigrammes et demi, de 5, de 10, de 15 centigrammes au plus, il déter-

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mine dos vomissements plus ou moins abondants, suivant la nature du sujet, suivant la maladie pour laquelle on l'administre. L'effet vomitif s'obtient rapidement : il ne s'écoule ordinairement pas plus de dix minutes entre le premier vomissement et le moment où le médicament a été administré. Les vomissements se répètent à des intervalles plus ou moins éloignés, selon la susceptibilité du malade. Bientôt surviennent quelques coliques ; puis des garde-robes séreuses, ordinairement peu abondantes, attestent que le sel antimonial a également agi sur les entrailles : toutefois on remarque que l'effet purgatif est d'autant moins prononcé que le vomissement a été plus répété et plus rapidement obtenu, et vice um«, ce qui d'ailleurs se conçoit à merveille.

Le vomissement provoqué par l'émétique s'accompagne de plus d'angoisses, de plus d'efforts que celui qui a été sollicité par l'ipécacuanha, par exemple. Toutefois cela souffre quelques exceptions, et il est des personnes qui, au contraire, sont plus laborieusement tourmentées par l'ipécacuanha que par le Tartre stibié.

Dans cette production du vomissement, l'émétique n'agit pas seulement comme un irritant de l'estomac qui ne ferait que déterminer uneaction réflexe. L'émétique agit sur l'estomac par une sorte d'action élective. En effet, si l'on introduit l'émétique par une autre voie que l'estomac, l'action vomitive se produira néanmoins. Magendie a montré que 10 centigrammes de Tartre stibié introduits par la surface d'un vésicatoire, 5 centigrammes injectés dans les veines d'un chien déterminent des vomissements avec les autres phénomènes de l'intoxication stibiée. Richardson a obtenu les mêmes effets en faisant aspirer à des chiens de l'hydrogène antimonié mêlé à l'air de la respiration.

Action purgative. — Dans cette action complexe de l'émétique, il se produit souvent des garde-robes*, cette propriété bien connue de l'antimoine l'avait fait employer autrefois comme purgatif. On fabriquait à une certaine époque des gobelets et des bouteilles d'antimoine qu'on employait de la manière suivante : le soir, on y versait du vin ou simplement de l'eau, et le lendemain matin on buvait la liqueur, qui purgeait plus ou moins. On faisait encore des petites balles que l'on avalait et qu'on rendait ensuite avec quelques évacuations. Cette pilule, qu'on conservait dans les familles, était connue sous le nom de pilule perpétuelle.

Ce mode d'administration de l'antimoine est complètement abandonné aujourd'hui.

A la dose de 5 centigrammes dans un litre d'eau, l'émétique fait peu vomir, mais produit une purgation douce et soutenue. Enfin, à la dose de 10 centigrammes dans un litre d'eau ou mieux de limonade tarfrique donnée par verre toutes les demi-heures, on obtient encore plus de vomissements et de garde-robes.

Action irritante. — L'émétique est un irritant topique des plus énergiques; nous l'avons déjà mentionné comme tel ; néanmoins nous croyons de\oir y revenir ici.

Lorsqu'on met en contact avec la membrane muqueuse de l'œil 5 centigrammes de Tartre stibié, on détermine immédiatement de la rougeur, et bientôt une inflammation tellement vive, que nous avons vu souvent des chiens perdre la vue à la suite d'une application de Tartre stibié. Des accidents inflammatoires tout aussi violents sont produits lorsque le Tartre stibié est mis en contact avec la membrane muqueuse des organes de la génération, de l'oreille, du nez, de la bouche, ou lorsqu'il est déposé sur une plaie.

Nous avons injecté dans les poumons de plusieurs chevaux une solution de Tartre stibié, et toujours nous avons déterminé une violente phlegmasie de la membrane muqueuse et du parenchyme pulmonaire. La même expérience, faite par Schœpfer, a donné lieu aux mêmes accidents.

Les lotions d'eau tenant en dissolution de l'émétique, les frictions avec une pommade qui contient du Tartre stibié provoquent promptement sur la peau une inflammation pustuleuse dont les thérapeutistes ont tiré un grand parti.

Quand on veut irriter la peau, on se sert de préférence d'une pommade où l'émétique est incorporé à l'axonge ou au cérat, à la dose de 4 à 8 grammes pour 30 grammes "de corps gras, et l'on frictionne la partie sur laquelle on veut appeler l'irritation ; ou bien encore on saupoudre d'une quantité plus ou moins considérable d'émétique, 2 à 4 gros, par exemple, un emplâtre quelconque que l'on tient appliqué sur la peau pendant un, deux et même trois jours.

L'éruption déterminée par les frictions stibiées a des caractères tout à fait spéciaux. On aperçoit d'abord de petites pustules éparses et acuminées, sans que la peau intermédiaire participe à l'inflammation ; si l'on cesse la médication, l'inflammation s'arrête, et il ne se développe pas de pustules de plus; celles mêmes qui ont commencé à paraître ne prennent de développement que pendant le jour qui suit la cessation des frictions ; mais , si l'on persévère, bientôt survient une éruption conlluente de grosses pustules aplaties, extrêmement douloureuses, et se recouvrant promptement de croûtes brunes qui tombent peu à peu dès qu'on a cessé les frictions, et qui laissent sur la peau des traces aussi indélébiles que celles de la petite vérole la plus érodante.

L'apparition des pustules est plus ou moins tardive : assez ordinairement elle a lieu au bout de deux ou trois jours. L'état actuel du tissu cutané exerce une influence assez notable sur le développement de l'éruption; en effet, on observe qu'elle est plus ou moins prompie et plus ou moins abondante, suivant que le Tartre stibié se trouvera en rapport avec la peau fine et molle d'un enfant et d'une femme, ou bien avec la peau dure et épaisse d'un homme adulte et surtout avec la peau sèche et parcheminée d'un vieillard. Ajoutons que cette éruption peut n'être pas obtenue d'une manière sûre et constante. Ainsi, d'après M. J. Guérin, quia fait des recherches intéressantes sur la médication stibio-dermique,

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il paraît que certains états morbides apportent parfois un obstacle à la production de ce phénomène. A cet égard, il a émis trois laits importants qu'il a formulés dans les propositions suivantes :

1° Dans une foule de maladies internes, il existe un état de la peau qui la rend réfractaire à l'action postulante du Tartre stibié dans les points qui correspondent au siège de l'organe malade.

2° Des onctions répétées pendant un temps qui varie de dix à quarante jours ne parviennent pas à produire de pustules dans ce point ; toutefois, celles-ci se manifestent autour de la région réfractaire.

3° Malgré l'absence de toute pustulation, des douleurs vives, profondes, qui avaient résisté à toutes sortes de calmants, cèdent tout à coup à l'emploi des onctions stibiées.

Les pustules se développent soit sur le lieu des frictions, soit alentour ; elles peuvent même quelquefois apparaître loin des parties frictionnées. Autenrieth d'abord, puis M. Bretonneau, ont signalé, à la suite de frictions émétisées, l'apparition de pustules secondaires sur quelques parties de la peau ou des membranes muqueuses, notamment aux parties génitales. Ces pustules fugaces se manifestent ordinairement après la dessiccation des pustules locales ; rarement elles les précèdent. MM. Delens et Mérat, par exception sans doute, rapportent les avoir vues une fois se développer au quatrième jour des frictions, et avant l'éruption locale, aux parties génitales, ou mieux au pli de la cuisse chez une vieille femme. Autenrieth semble croire (et M. Guérin a soutenu plus récemment cette opinion) que ces pustules, développées à distance, sont dues à l'absorption du médicament et à une espèce de saturation antimoniale; mais M. Bretonneau a démontré qu'elles étaient produites par le contact direct du sel antimonial, qui était entraîné par les mouvement du corps, par les vêtements, et le plus souvent par les mains du malade ; et il a pu constater l'existence de l'émétique qui s'était mécaniquement accumulé dans le pli des cuisses.

Nous savons que M. J. Guérin s'est efforcé de soutenir par de nouveaux arguments le fait de l'absorption du Tartre stibié par la surface cutanée, et qu'il s'est surtout autorisé de l'apparition de certains phénomènes dynamiques, d'hyposthénisation, qu'il avait eu occasion d'observer chez des individus soumis aux frictions stibiées. Mais M. le docteur Poulet, de Plancher-les-Mines, nous paraît avoir victorieusement réfuté ces arguments.

Il objecte d'abord que ces phénomènes dynamiques, et notamment les vomissements, sont extrêmement rares, tout à fait exceptionnels à la suite des frictions stibiées, et que, par conséquent, tout porte à croire que ce sont là des faits de pure coïncidence. 11 fait observer ensuite que jamais dans ces cas on n'a fait mention de pustules à l'arrière-gorge,ni rien qui rappelât cette angine stibiée, si commune alors que l'émétique est pris parla bouche. Enfin, il insiste sur une dernière preuve qui nous parait tout à fuit décisive contre l'absorption cutanée, dans les cas mêmes

où certains phénomènes généraux graves tendraient à la faire supposer, c'est l'absence constante du métal dans les urines. Or, chacun sait que si le Tartre stibié a été ingéré dans l'estomac et que l'organisme en renferme la moindre trace, le rein, doué de propriétés électives spéciales, se charge de l'éliminer; et rien de plus facile que d'en constater l'existence dans le liquide urinaire.

Si la peau est dépouillée de son épiderme, ou si les applications sti— biées sont faites sur des piqûres de sangsues, en peu d'heures il s'allume une inflammation locale des plus intenses, et il se forme de petites eschares assez profondes.

La rapidité avec laquelle se développe cette inflammation, la véhémence des phénomènes locaux, ont fait employer cet énergique moyen dans le cas où l'on veut déplacer une maladie viscérale, et porter vers la peau la fluxion que l'on craint de laisser fixée sur un organe important.

C'est surtout dans les maladies chroniques des organes thoraciques, telles que le catarrhe chronique, la coqueluche, la pleurésie, qu'il est utile de développer sur la peau une éruption stibiée considérable.

Quelques médecins ont eu l'idée d'employer dans la fièvre typhoïde les frictions stibiées sur l'abdomen, notamment vers la région iléo-cœcale, dans le point où la lésion dothinentérique existe à son summum. Le moyen a été particulièrement expérimenté par M. le docteur Poulet, dans une épidémie de fièvre typhoïde, dont il a publié la relation dans V Union médicale (1857). Comme ce médecin ne croit pas à l'absorption du Tartre stibié par la peau, on comprend qu'il n'a pas l'idée de demander à cette médication une modification générale de l'organisme, pareille à celle qui suit l'ingestion du Tartre stibié à l'intérieur; mais il fait reposer toute sa puissance dans l'éruption pustuleuse, en un mot, dans une action topique et révulsive. A l'appui de cette manière de voir, il fait remarquer qu'il a obtenu surtout des succès dans la forme abdominale, et que la condition principale de la réussite était d'employer cette médication à une époque voisine du début de la maladie, avant la formation des altérations matérielles, c'est-à-dire l'inflammation et l'ulcération des follicules, altérations que la médication a pour mission de prévenir et non le pouvoir de combattre une fois formées. L'idée de prévenir ou d'arrêter la lésion folliculaire de l'intestin a été, comme on le sait, la prétention de la plupart des médecins, qui ont fait de cette lésion le point de départ et la cause anatomique de la fièvre typhoïde; mais jusqu'à ce jour les faits ne nous paraissent pas plus avoir donné gain de cause à la théorie qu'à la protique de tous ceux qui ont cru avoir trouvé une méthode thérapeutique capable de faire avorter ou d'enrayer cette pyrexie. A cet égard, nnus nous permettrons d'ajouter que les résultats obtenus par M. Poulet, résultats que nous ne pouvons discuter ici, sont loin d'être aussi décisifs qu'il est porté à le croire.

Action irritante par inoculation. — Indépendamment de la pommade et de l'emplâtre, il existe encore un moyen de produire des pustules sur la

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peau avec le Tartre stibié; ce moyen, trop peu connu et trop peu empiré, i-Vst .l'inoculation. L'idée première de ce procédé appartient à M. le docteur Lafargue, de Saint-Émilion. Au moyen d'une piqûre avec la lancette, exactement comme dans l'opération de la vaccine, ce médecin ingénieux démontra qu'on pouvait faire pénétrer dans l'économie un grand nombre de médicaments, et il s'efforça surtout de faire voir tout ]<■ parti qu'on pouvait tirer des substances narcotiques, morphine, belladone, etc. Ce mode d'administration, qui était une extension ou, si l'on veut, une modification de la méthode endermique, devait, dans l'opinion de son auteur, avoir généralement la préférence sur cette dernière, surtout dans les cas où l'on veut obtenir une action sédative locale, comme dans les névralgies. Mais, malgré quelques inconvénients, la méthode endermique a conservé la supériorité, soit à titre de moyen révulsif, soit comme moyen de faire absorber les médicaments par le derme dénudé. V.. Lafargue, dans ses nombreuses expériences, n'avait eu garde d'omettre le Tartre stibié, et il avait reconnu que l'inoculation faite avec une solution très-concentrée de ce sel donne lieu, au bout de quelques minutes, à une papule grosse comme une lentille, qui, vingt-quatre heures après, se change en une pustule semblable à celle de l'acné. De même, pour 'inoculation avec le croton tiglium. Il proposait en conséquence de remplacer la pommade d'Autenrieth par l'inoculation stibiée, qui devait avoir pour effet de produire une éruption pustuleuse moins douloureuse, circonscrite à la partie malade, et exactement aussi étendue qu'on le désire, puisqu'elle est nécessairement subordonnée au nombre des piqûres.

Ce mode d'administration du Tartre stibié, qui n'avait pas obtenu grande faveur, a été repris plus tard parle docteur Debourge, de Rollot ; et, dans ses mains, cette méthode a reçu une modification importante qui nous parait de nature à en augmenter l'efficacité. Au lieu de laisser les pustules produites par l'inoculation se dessécher et se flétrir rapidement, M. Debourge pensa qu'il pouvait être utile, pour remplir certaines indications, d'agrandir ces pustules et de les faire suppurer un certain temps. Or, pour obtenir ce résultat, il imagina le procédé suivant: à l'aide d'un petit pinceau à miniature, ou mieux encore d'une petite spatule en bois, il applique, dès le lendemain de l'inoculation, sur la petite pustule, soit un peu de pâte stibiée, soit de la solution aqueuse ou huileuse dont on s'est servi primitivement ; et cette application, qu'on réitère trois fois dans les vingt-quatre heures, doit être continuée pendant deux, trois, quatre, cinq ou six jours, suivant l'intensité ou la profondeur qu'on veut communiquer à l'inflammation locale. Dans le cas même où on est pressé d'agir, on peut recouvrir les pustules toutes les deux heures d'une nouvelle petite couche émétisée, de manière à activer leur développement. 11 est encore un moyen de les faire progresser plus vite et de leur faire acquérir un volume plus considérable, c'est d'opérer avec la lancette une légère déchirure de l'épidémie qui recouvre les pustules, déchirure qui permet l'introduction dans leur intérieur d'une cer-

taine quantité du sel antimonié. Pour éviter d'ailleurs le transport du médicament dans le voisinage et même à des parties éloignées, il est prudent de recouvrir les pustules d'un disque de taffetas gommé, ou même, au besoin, d'un emplâtre agglutinatif.

En quatre ou cinq jours, l'inoculation stibiée produit des pustules dont le diamètre varie de 1 centimètre et demi jusqu'à 3 centimètres, suivant qu'on aura employé la seule piqûre d'inoculation ou qu'on aura eu recours consécutivement aux petites déchirures simples ou multiples, et opérées en divers sens, par exemple en forme d'astérisque.

Quand les pustules stibiées, soumises à ces inoculations successives, sont parvenues à un certain degré de développement, leur coloration est violacée, noirâtre ; elles sont entourées d'une auréole rouge plus ou moins foncée ; un engorgement inflammatoire très-dur et très-étendu leur sert de base; en un mot, elles présentent la plupart des caractères du furoncle et même de l'anthrax; et il y a là un travail de suppuration qui dure un temps assez long, et qui fait, par conséquent, l'office d'un véritable et profond exutoire. M. Debourge, à qui nous empruntons tous ces détails, résume ainsi les avantages de l'inoculation stibiée, modifiée d'après son procédé : « Au moyen de cette inoculation, dit-il, on localise, on dirige à son gré le développement de l'éruption pustuleuse qu'on détermine; on obtient constamment le nombre de pustules que l'on désire; il n'en vient jamais plus qu'on n'en veut ; on les place à l'endroit précis où on les juge utiles ; on les espace à volonté, en ayant soin toutefois de laisser entre elles un intervalle d'autant plus grand qu'on se propose de les faire grossir davantage ; on leur fait acquérir le développement qui paraît nécessaire : on peut avoir des pustules. petites, à peu près insignifiantes, ou bien des pustules très-étendues, et constituant de véritables anthrax. »

Il n'est pas douteux que l'inoculation stibiée, surtout pratiquée selon le procédé de M. Debourge, ne doive constituer un très-puissant moyen de révulsion ; et l'auteur, qui l'a beaucoup expérimenté, cite à l'appui de son efficacité un certain nombre de faits de guérison. Sans doute, tous ces faits ne sont pas également concluants, mais on ne peut contester que dnns quelques cas, et notamment dans un cas de gastralgie avec vomissements réfractaires, clans une sciatique très-douloureuse, et peut-être même dans un cas de névralgie du cœur s'accompagnant de quelques phénomènes d'angine de poitrine, la production de dix à douze pustules plus ou moins larges, loco dolenCi, n'ait eu à revendiquer une trèsgrande part dans la guérison qui suivit d'assez près l'emploi de cette médication.

Parmi les indications assez nombreuses que l'inoculation stibiée peut être appelée à remplir et que signale l'auteur, nous noterons particulièrement son application aux tumeurs érectiles, aux nœvi materni, et autres excroissances cutanées. Dans ces cas, l'inoculation stibiée viendrait remplacer avantageusement l'inoculation vaccinale chez les individus qui auraient été vaccinés. — Malgré quelques avantages réels, il

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nous serait facile de signaler un certain nombre d'inconvénients attachés au procédé de l'inoculation stibiée, inconvénients tels, que les autres moyens Je révulsion le plus généralement usités conserveront toujours la prééminence en raison de leur plus grande commodité d'application; mais nous n'en devons pas moins reconnaître que ce nouveau mode d'administration du Tartre stibié constitue un procédé de révulsion qui doit légitimement trouver sa place à côté de ceux qui chaque jour rendent tant de services à la thérapeutique, tels que les vésicatoires, les cautères, les moxas, la cautérisation au fer rouge, etc.; et de plus, il est même facile de prévoir qu'il pourra se présenter des circonstances où l'inoculation stibiée, surtout telle que l'a modifiée le docteur Debourge, devra trouver son indication spéciale et obtenir la préférence sur les autres moyens analogues.

Nous ne terminerons pas ce que nous avons dit du Tartre stibié, on tant que substance irritante, sans parler d'une application que nous avons faite pour rappeler les hémorrhoïdes supprimées, ou pour en faire naître quand il n'en existe pas.

Nous avons publié dans le Journal des Connaissances médico-chiritrgicnles (3e année, 1836) une courte notice sur ce point important de thérapeutique.

Nous faisons placer un, deux ou trois jours de suite, dans le rectum des malades, un suppositoire composé de 4 grammes de beurre de cacao, auquel on incorpore 15, 20 et môme jusqu'à 30 centigrammes d'émétique. Ce suppositoire fond rapidement, et l'action du tartre stibié détermine une fluxion à la suite de laquelle les tumeurs hémorrhoïdales reparaissent souvent. Il est rare qu'il soit nécessaire de recourir à ce moyen trois jours de suite.

Que si le contact de l'émétique avec toutes les parties accessibles à la vue cause une inflammation violente, il est naturel de penser qu'il en est de même pour tous les tissus contenus dans les cavités splanchniques : l'autopsie a démontré, en effet, que la membrane muqueuse gastro-intestinale était, comme tous les autres tissus, vivement irritée par le Tartre stibié.

L'action de l'émétique sur les tissus avec lesquels il est en contact est tellement rapide qu'il sufût qu'un malade ait pris une potion stibiée, dans la pneumonie, par exemple, pour que des pustules puissent se montrer à la gorge.

Quant aux éruptions produites sur la peau par le Tartre stibié pris à l'intérieur, elles sont rares et sans importance.

Empoisonnement par le Tartre stibié. — L'émétique peut empoisonner de deux manières : 1° lorsqu'il est ingéré à l'intérieur; 2° lorsqu'il a été seulement appliqué à l'extérieur.

1° Empoisonnement par l'administration interne. — Quand l'émétique a été administré en une seule fois et à dose suffisante pour provoquer des accidents, les premiers symptômes consistent dans l'effet éminem-

ment vomitif de l'émélique. Puis les malades ne tardent pas à se plaindre de douleurs à l'estomac, de défaillance, de vertige, et même de syncope. On observe de la chaleur dans la gorge et de la difficulté d'avaler. Les garde-robes viennent ensuite; elles contiennent souvent du sang; l'urine est rare. La calorification s'altère bientôt, les extrémités se refroidissent, le pouls est peu fréquent et mou. La peau est souvent le siège d'une sueur visqueuse et peu chaude, qui, au bout de quatre à cinq jours, sera remplacée par une éruption vésico-pustuleuse analogue à celle que produit l'émétiquc appliqué sur la p?au. Peu à peu, la sidération augmente; le malade, semblable à un cholérique, est affaissé, immobile et froid. De temps en temps reparaît un peu d'agitation, puis des vomissements faciles et sans efforts, et le malade retombe dans une inertie dont il n'esttiré que par quelques hoquets. Enfin, la température continue abaisser, le pouls s'arrête et la mort survient dans un espace de cinq à six jours, chez l'adulte, et de quelques heures seulement, chez l'enfant.

Tel est l'empoisonnement dans sa forme ordinaire; mais il n'en est pas toujours ainsi : tantôt les vomissements du début ne se produisent pas, et le malade n'a que quelques garde-robes, tombe dans l'algidité, a quelques convulsions et meurt.

D'autres fois, au contraire, l'action vomitive est plus marquée, et l:s efforts du malade, en rejetant une grande partie du poison, lui permettent d'échapper à la mort.

Les grands criminels, et malheureusement il faut citer parmi eux Palmer et Pritchard, ont donné l'émétique à petites doses fréquemment renouvelées. Dans ces cas, la maladie a ressemblé d'une manière frappante au choléra, sauf l'ictère, les syncopes et l'éruption pustuleuse, sauf encore une marche irrégulière caractérisée par des sortes d'accès.

2° Empoisonnement par V administration externe de l'émélique. — « Une dame, affectée d'une petite plaie au sein, se laisse entraîner à consulter, en juin 1859, un individu connu à Paris sous le nom du Docteur Noir, qui prétendait posséder un spécifique contre le cancer. Il lui fit appliquer sur le sein une pommade blanche, et, au bout de quelques jours, la malheureuse mourait avec tous les symptômes d'un véritable et violent empoisonnement. L'analyse de la préparation employée fut faite par M. Rnussin, qui la trouva composée de parties égales d'axonge et d'émétique finement porphyrisé. La mort était la conséquence de l'absorption par la plaie du sein de cette énorme quantité de Tartre stibié. » (Tardicu, Elude médico-légale et clinique sur l'empoisonnement, 1867.)

Lésions anatomiques trouvées après la mort dans l'empoisonnement par le Tartre stibié. — Ces lésions ne. sont pas constantes; elles peuvent manquer tout à fait, comme, par exemple, chez les deux femmes empoisonnées par le docteur Pritchard. Cependant, quand le poison a été donné en une fois et à haute dose, on trouve des lésions étendues et multiples. Le tube digestif présente non-seulement de la rougeur, un enduit épais et sanguinolent, mais encore des pustules et des ulcéia-

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