FAMILLE DES EUPHORBI AGEES
La famille naturelle des Euphorbiacées cité, périsperme charnu. Plante contenant
renferme un très-grand nombre de plantes ordinairement un suc laiteux, acre et caus-
douées de propriétés fort énergiques. La tique, gommo-résineux.
plupart présentent une uniformité de ca- Les principales plantes de la famille des
ractères qui permet de les considérer Euphorbiacées employées comme purga-
comme un groupe aussi remarquable par tives sont : le Croton tiglium, l'Epurge,
sesqualités médicales qu'il est distinct par le Ricin commun, le Jatropha curcas ou
sa physionomie botanique. Ricin d'Amérique, et la Mercuriale. Don-
Caractéres botaniques de la famille, nons d'abord la description du Croton
Fleurs monoïques ou dioïques, disposées Tiglium.
souvent en épi ou réunies dans un invo- croton tiglium. lucre, ou, plus rarement, solitaires; péri-
gone à trois, six divisions, souvent nul Cet arbrisseau, qui produit la semence dans les fleurs femelles; dans les fleurs connue sous le nom de graine de tilly, maies : étamines insérées au réceptacle, à graine des Muluques, petit pignon d'Inde, fdament souvent articulé dans son milieu; croit dans les Indes orientales, à Ceylan, dans les femelles : ovaire libre, sessile ou aux iles Moluques. Son fruit est de la pédicelle; ordinairement trois styles bifi- grosseur d'une aveline, glabre, à trois codes (quelquefois deux ou un); fruit formé ques, renfermant chacune une graine ovale de deux ou trois coques mono ou disper- oblongue, presque quadrangulaire; le lest mes, s'ouvrant en deux valves avec élasti- de cette semence est dur, jaunâtre et taché
8e éd. — t. i. 55
de bnin ; il présente longitudinalement plusieurs saillies, dont les deux latérales, plus apparentes, forment, avant de se réunir a la base de la graine, deux petites gibbosités, caractère essentiel qui fait facilement distinguer la graine de tilly des gros pignons d'Inde et des ricins. Lorsqu'une des trois semences avorte, les deux autres ressemblent à des grains de café, étant entièrement accolés par leur surface interne.
La semence de Croton tiglium a été d'abord analysée par MM. Pelletier et Caventou, et depuis, avec plus de scrupule, par Brandes, quiy atrouvé : acide cruloniqnp, lmile brunâtre, résine, matière graisseuse blanche, matière brunâtre, matière gélatineuse, crotonine, gomme, albumine végétale.
On attribue les propriétés caustiques et purgatives de l'huile de Croton à l'acide crotonique et à la résine contenus dans les grains de tilly (Croton tiglium), qui sont d'une excessive âcreté.
L'huile de Croton tiglium est liquide, limpide, d'une couleur brune ou jaune orangé, d'une odeur désagréable, nauséabonde. Sa saveur est excessivement acre et persistante. Cette huile est insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, l'éther et les huiles fixes.
Procédé d'extraction. Passez les semences de Croton tiglium au moulin, et après avoir enfermé la poudre qui en résultera dans une toile de coutil, soumettez-la à la presse entre deux plaques de fer étamées et chauffées dans l'eau bouillante; conservez l'huile qui se sera écoulée, et au bout d'une quinzaine de jours, filtrez-la pour la purifier. D'autre part, broyez le tourteau qui est resté sous la presse, et faites-le chauffer au bain-marie avec deux fois son poids d'alcool à 31° Cart. (80 c), à la température de 50° à 00°, pendant dix à douze minutes; passez avec expression, et soumettez le résidu à la presse. Distillez les liqueurs, et conservez l'alcool qui passe pour une pareille opération. Il restera dans le bain-marie une huile brune, épaisse, que vous abandonnerez â ellemême pendant une quinzaine de jours, et que vous filtrerez pour la séparer du dépôt abondant qu'elle aura formé; vous la mélangerez avec l'huile obtenue par simple expression. (Codex.) 1 kilogramme de semences de Croton a fourni à M. Soubeiran 270 grammes d'huile, dont 140 ont été obtenus par la pression et 124 par l'alcool.
Quand on prépare l'huile de Croton, il faut prendre toute espèce de précautions pour se préserver des accidents qui résulteraient du contact des semences ou de leurs émanations avec quelque partie de corps.
L'huile de Croton tiglium est employée à l'extérieur comme irritant, en frictions pratiquées à l'aide d'une flanelle qui en est imprégnée. On mélange le plus souvent à cet effet l'huile de Croton avec cinq à six lois son poids d'huile d'olive pour en faire
un Uniment. A l'intérieur, cette huile est administrée ordinairement sous forme de potion et de pilules.
Potion huileuse purgative de Croton.
Pr.: Huile de Croton. 0er,05 à 06"-.20 — d'amandes douces 32 â. 120
Mêlez.
On peut aussi donner avantageusement cette huile dans un looch blanc. (Hôp.
Necker.)
Nous l'avons donnée assez souvent aussi en pilules de 5 à 10 centigrammes.
Saccharolé d'huile de Croton.
Pr. : Huile de Croton 1 goutt.
Oléo-saccharum de cannelle 4 gram.
Mêlez.
Hufeland composait une espèce d'huile artificielle qui remplaçait très-bien l'huile de ricin avec 1 goutte d'huile de Croton et 32 grammes d'huile d'olive, d'amandes douces ou d'oeillette.
La potion de Veller et celle du docteur Cory ont pour base l'huile de Croton tiglium ; les pilules pitrgatives de Kotrou doivent aussi en partis leur efficacité à cette huile.
ÉPURGE.
L'Épurge ou grande Ésule (Cataputia minor, Esula major, Euphorbia lathyris, L.), est une Euphorbiacée annuelle, indigène, et qui croit dans les lieux incultes du Midi de la France.
Caractères génériques. Plantes monoïques, herbacées ou frutescentes, souvent succulentes ou mêmes grasses, à suc blanc laiteux. Une douzaine de fleurs mâles, monandres, représentées par une étamine à filet articulé muni à la base d'une écaille multifide en guise de périanthe. Au centre, fleur femelle unique constituée par un ovaire à trois loges surmonté de trois styles, lequel devient une capsule à trois coques. Involucre commun à quatre-cinq divisions diversement figurées. Cet ensemble constituait pour Linné une seule fleur dodécandre.
Caractères spécifiques. Tige grosse, glauque comme toute la plante, simple du bas? rameuse en haut. Feuilles lancéolées, entières, opposées. Divisions de l'involucre échancréesen croissant terminé par un appendice lenticulaire h chaque corne.
Capsules très-grosses, lisses, glabres.
Les semences de cette plante, autrefois nommées Grana regia minora, sont plus petites que celles du ricin, dont elles diffèrent par leur couleur noirâtre. Elles sont rugueuses, non jaspées, d'une saveur acre et brûlante. Elles contiennent, d'après Soubeiran, une huile fixe jaune, de la stéarine, uue huile brune acre, une ma-
FAMILLE DI-S EUPHORMACKF.S.
lière cristalline, une résine brune, une matière colorante cxtractive, de l'albumine végétale.
L'huile d'Epurge (Oleum cataputiœ minoris, Codex) est légèrement jaunitrc, presque incolore, transparente, inodore, à peu près insipide, ne produisant pas, comme l'huile de croton, cette chaleur ftcre et cuisante à l'arrière-gorge. Elle est complètement insoluble dans l'alcool. On obtient l'huile d'Epurge par trois procédés : 1" par expression: 2° en traitant les tourteaux par deux fois leur poids d'alcool, comme pour l'huile de croton ; 3» en traitant dans l'appareil Ji déplacement les semences eu poudre par L'éther. Le Codex a adopté l'huile obtenue par simple expression. Ce procédé consiste 1 diviser les graines par la contusion ou mieux encore par le moulin, et à les exprimer dans une toile de coutil. On soumet ensuite le produit à la filtration.
Beaucoup d'autres espèces du genre Euphorbia jouissent de propriétés purgatives, mais moins prononcées : nous voulons parler surtout des semences de ces plantes dans lesquelles réside le principe purgatif; car les racines, les tiges et les feuilles ont paru douées principalement de qualités irritantes, que l'on a su quelquefois mettre 1 profit. Nous citerons parmi les espèces indigènes : l'Euphorbecyprès {Euphorbia cijparissias, L.); l'Euphorbe Esule LE. Esula, L.); l'Euphorbe Gérard (fi. Gerardiana, Jacq.); le Tilly mâle ou Réveille-matin ( E. Helioscopia, L.); l'Euphorbe des marais (fi. palùstris, L.); etc.
On donne l'huile d'Epurge sous forme pilulaire incorporée dans la mie de pain ou dans du miel, ou bien encore dans un véhicule, une potion gommeuse, un looch .
Tablettes d'huile à" Euphorbia lathyris
Pr. : Chocolat à la vanille. . . Se'.
Sucre 4
Amidon 1 ,30
Huile d'Epurge 31 goutt.
On broie l'huile avec le sucre et l'amidon, et on incorpore le tout au chocolat fondu; on divise en trente pilules que l'on aplatit en tablettes sur une feuille de ferblanc chauffée. Chaque pastille contient ine goutte d'huile. Il faut en prendre huit à dix comme purgatif. (Bailly et Cadet.)
d'un côté, aplaties de l'autre, offrant à leur base un petit caroncule. La surface est lisse, luisante, d'un gris marbré brun. L'amande, enveloppée d'une membrane mince, blanche, est d'une saveur d'abord douceâtre, puis mêlée d'une acrclé assez marquée. L'ombilic est surmonté d'un appendice charnu assez volumineux.
Arille.)
C'est un produit complexe qu'on n'a pas encore suffisamment bien analysé. Bussy et Lecanu en ont relire par la distillation une huile volatile, cristallisant par le refroidissement; il restaiteomme résidu une matière solide représentant les deux tiers du poids de l'huile employée. La saponilieation décèle aussi dans l'huile de Ricin trois acides gras : ricinique, élaïodique et margaritique ; les deux premiers sont extrêmement jeres, et communiquent cette propriété a l'huile de Palma-Christi, lorsque celle-ci en contient une quantité un peu considérable.
L'huile de Ricin [oleum Ricini communis) est très-peu colorée, inodore, très-visqueuse. Elle est douce au goût, un peu fade, insoluble dans l'eau, très-soluble dans l'alcool et dans l'éther.
Extraction. On prend des semences de l'année, sèches et bien saines; on les réduit en pite au moyen d'un moulin, on renferme la pite dans des carrés détachés, et on exprime l'huile graduellement, longtemps et fortement.
L'huile de Ricin nous venait autrefois d'Amérique; elle était très-colorée ettrèsicre; cela tenait au mélange des véritables Ricins avec plusieurs autres Euphorbiacées, telles que les Jatropha cureas, mullifida et gossipifolia et le Croton tiglium. De plus, on en opérait l'extraction par un fort mauvais procédé, suivi d'abord chez nous par quelques pharmaciens, mais bientôt rejeté. En France maintenant, surtout en Provence, on prépare beaucoup mieux cette huile qu'en Amérique.
On administre l'huile de Ricin principalement en potion, seule ou mieux mêlée à du bouillon aux herbes et à des sucs acides, ou bien encore suspendue dans une émulsion. Les mélanges doivent être faits seulement au moment de l'administration, car, l'huile s'épaississant beaucoup, la potion deviendrait trop consistante.
On distingue i'huile de Ricin préparée à froid et celle obtenue 1 chaud : la première est regardée comme plus active.