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MODE D'ADMINISTRATION ET DOSES DES PRÉPARATIONS FERRUGINEUSES

Le Fer métallique, le' Fer réduit par l'hydrogène, les oxydes, les sels insolubles dans l'eau se donnent en poudre, en pilules, dans un électuaire, à la dose de 5 centigrammes à 1 gramme, deux ou trois fois par jour, pendant le repas.

Le Fer réduit par l'hydrogène demande ici une mention particulière, en raison de sa valeur propre et des études intéressantes que M. Quévenne a faites sur cet agent médicamenteux. Ce chimiste distingué a prouvé, par des expériences sur les animaux, que le Fer réduit par l'hydrogène introduit beaucoup plus de métal, à l'état de dissolution, dans le suc gastrique, que certaines préparations ferrugineuses solubles les plus usitées, telles que le protosulfate, le tartrate ferrico-potassique, etc., sans parler surtout d'autres préparations insolubles (comme le safran de mars) qui sont plus difficilement attaquées par les acides faibles.

Ce résultat particulier a cela d'instructif qu'il tendrait à faire révoquer en doute cette opinion, assez généralement admise, savoir : que les préparations de Fer insolubles par elles-mêmes (aethiops martial, limaille, etc.) sont moins actives et moins efficaces que celles qui sont naturellement solubles; opinion, d'ailleurs, que pour notre compte nous avons toujours hautement combattue.

D'autre part, il ne suffirait pas assurément d'avoir déterminé la quantité pondérable de Fer qui se trouve dissoute dans le suc gastrique, pour connaître la valeur thérapeutique du Fer réduit, non plus que de toute autre préparation ferrugineuse, soit soluble, soit insoluble. En effet, bien que cette dissolution du Fer dans le suc gastrique soit la condilion préa-

FER. bS

lable sineguâ non de l'absorption, il n'en résulte pas, d'une manière rigoureuse, que l'absorption aura nécessairement lieu, ou devra s'emparer de toute la quantité de métal dissoute.

A défaut de recherches précises de physiologie expérimentale, qui n'ont encore rien démontré de positif à cet égard, au dire même de M. Cl. Bernard, et qui n'ont pas encore permis d'établir rigoureusement la valeur thérapeutique de chaque composé ferrugineux, M. Quévenne a dû s'en référer à la clinique.

Or, pour ce qui concerne le Fer réduit par l'hydrogène, des observations assez concluantes, faites sur un certain nombre de chlorotiques, lui ont appris qu'il suffit d'administrer le Fer sous celte forme à doses extrêmement petites , pour obtenir les effets thérapeutiques ordinaires des ferrugineux.

Les doses les plus convenables lui ont paru être de 20 à 30 centigrammes par jour. A dose moindre, comme 10 centigrammes, les progrès de la guérison sont lents. A dose plus forte, comme -40 ou 50 centigrammes, on n'a pas observé d'inconvénients; mais, d'autre part, il ne semble point qu'il y ait eu d'avantage pour les malades. Associé au chocolat, et surtout sous la forme de pastilles, le Fer réduit constitue une préparation commode pour les enfants.

Le sulfate de Fer n'est employé dans la thérapeutique interne que très-exceptionnellement : l'estomac ne s'accommode pas facilement de son extrême astringence. Nous devons dire, toutefois, qu'en raison de cette propriété même, quelques praticiens ont cru lui reconnaître des avantages. Ainsi, M. le docteur Costes, de Bordeaux, affirme s'être bien trouvé du sulfate de Fer dans certains cas d'atonie et d'inertie de l'estomac, et dans certaines hémorrhagies passives avec anémie, surtout lorsqu'il y a complication d'un flux séreux intestinal ou utérin.

En lotions, en injections vaginales, le sulfate de Fer se prescrit à la dose de 10 à 25 grammes pour 1 kilogramme d'eau.

En bains, à la dose de 500 à 700 grammes par 2 hectolitres d'eau.

Ces bains sont administrés avec avantage dans quelques chloroses et dans un certain nombre de maladies chroniques accompagnées d'un état anémique et d'une grande débilité, et où le fer à l'intérieur est mal supporté.

Le sous- acétate de Fer est employé également pour bains entiers, bains de siège et irrigations. Voici un procédé économique de préparation recommandé par M. Lambossy, de Nyon : vinaigre, 1 litre; 3 à 4 poignées de limaille ou mieux de tournure de Fer. On laisse la bouteille ouverte- La réaction est terminée quand le liquide a pris le goût d'encre. Une bouteille est nécessaire pour un bain. Ces bains divers rendront des services dans les maladies chroniques de l'utérus, et notamment dans les leucorrhées accompagnées d'une débilité générale.

Perehiorure «le Fer. — Pour l'usage externe, on se sert d'une solution concentrée, marquant de -iOà -45°B. On l'emploie pure, pour toucher

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les parties malades sur lesquelles on veut exercer une action coagulante énergique et môme caustique.

En applications sur des surfaces saignantes, comme pour arrêter les épistaxis, ou pour modifier des plaies de mauvais caractère, on étend cette même solution dans un huitième, un quart et même dans moitié d'eau, suivant le degré d'action astrictive ou coagulante qu'on veut obtenir.

En injections dans le vagin, pour combattre les pertes de sang ou la leucorrhée, soit encore pour rendre à ce canal sa tonicité, on met 8 à 1:2 grammes de la solution à 40° dans 500 grammes d'eau.

Enfin, on a préparé une pommade au perchlorure de Fer, contenant 2 grammes de solution à 30° pour 30 grammes d'axonge.

11 importe de ne pas oublier, dans l'usage de toutes ces préparations à l'extérieur, que le perchlorure, plus encore que les autres préparations ferrugineuses, a l'inconvénient de tacher fortement le linge.

Pour l'usage interne, le perchlorure de fer, en solution marquant 30°, se donne dans une potion à la dose de 1 à 3 et même 4 grammes, pour les usages ordinaires, par exemple dans les diverses affections hémorrhagiques internes, soit hémoptysies, gastrorrhagies ou métrorrhagies, etc. Nous avons vu que, dans le traitement du croup et de l'angine couenneuse, le perchlorure est administré de préférence dans un verre d'eau pure à la dose de 20 à 40 gouttes. On peut sans inconvénient, dans cette circonstance, en faire prendre à un enfant de 140 jusqu'à 3G0 gouttes en vingt-quatre heures, et cela pendant quatre à cinq jours. Mais, pour que ce médicament soit bien toléré par les voies digestives, il importe que la préparation de perchlorure soit parfaitement neutre et inaltérable; ce n'est d'ailleurs qu'à cette double condition qu'on peut obtenir de ce médicament toute son efficacité.

On a préparé aussi des pilules au perchlorure de Fer contenant chacune 5 centigrammes de solution à 30°. Ces pilules sont administrées principalement dans l'anémie et la chlorose de forme ménorrhagique. à la dose de deux à six par jour.

Le sirop de perchlorure peut se donner, dans les mêmes circonstances, à la dose d'une à quatre cuillerées par jour.

La teinture de Besluchef est particulièrement conseillée aux femmes qui ont des accès hystériques liés à un état de chlorose.

Le tarlrate ferrico-potassique se donne à l'intérieur, en pilules, aux mêmes doses que le Fer métallique; parmi les préparations solubles, c'est peut-être celle qui est le mieux supportée, et qui a l'avantage de causer le moins de constipation.

Veau gazeuse martiale tartrique, dont nous avons indiqué la préparation (p. 7), est donnée à la dose d'une demi-bouteille à une bouteille par repas.

Les boules de mars servent surtout pour l'usage externe. On les fait dissoudre dans l'eau. Cette solution était jadis employée dans le traitement des contusions, des entorses, etc , etc.

Le vm chalybè, particulièrement conseillé dans les convalescences des lièvres intermittentes ou des maladies qui ont nécessité d'abondantes évacuations sanguines, se donne, à l'heure des repas, à la dose de 100 J 200 grammes par jour.

La teinture de mars tartarisce se donne dans les potions ; lorsqu'il s'agil seulement de combattre une diarrhée chronique ou un état de cachexie peu prononcé, la dose est de 2 à 10 grammes dans le courant de la journée.

Le proto-iodure de Fer, recommandé clans le traitement interne et cxterne de la scrofule et dans certaines formes de phthisie pulmonaire, doit peut-être plus, ainsi que nous l'avons dit, son efficacité à l'iode qu'au Fer lui-même. Dans la leucorrhée purement catarrhale, il rend journellement d'utiles services. 11 se donne, à l'intérieur, à la dose de 5 à 23 centigrammes par jour, et pour injections ou lotions, à celle de 25 à 40 centigrammes pour 30 grammes d'eau distillée.

En bains, on le prescrit à la dose de 60 grammes pour 200 litres d'eau.

Le citrate de Fer a pris dans ces derniers temps assez de faveur. On le donne en pastilles, en pilules, à la même dose que le sulfate et le tartrate ; en sirop, à la dose de 50 à 100 grammes par jour.

Le citrate de Fer et de quinine, récemment découvert par M. Béral, à qui la pharmacie et la thérapeutique doivent d'égales actions de grâces pour les beaux travaux qu'il a tentés sur les préparations ferrugineuses, esl conseillé avec avantage dissous dans du vin de Madère, dans les convalescences des fièvres intermittentes, dans les cachexies, chez les chlorotiques dont l'estomac est profondément débilité. Ce sel sera prescrit à la dose de 5 à 30 centigrammes à chaque repas.

Le lactale de Fer se donne sous forme de pastilles, de pilules, de sirop, de sacebarures, à la dose de 5 centigrammes à 1 gramme par jour, dans les mômes conditions que le tartrate ferrico-potassique.

Le bleu de Prusse (cyanure double de Fer, cyanure ferroso-ferrique, ferro-cyanure de fer) se donne à la dose de 1 à 5 centigrammes par jour, soit comme fébrifuge, soit comme moyen de combattre l'épilepsie.

Si maintenant nous voulons établir une sorte de comparaison entre quelques-unes des principales préparations martiales et faire ressortir certains avantages qui appartiennent plus spécialement à chaque composé ferrugineux, et si, à cet égard, il nous est permis d'admettre comme fondées les opinions qui ont cours dans la science, nous dirons :

Que le lactate de Fer, par exemple, passe pour jouir de la propriété d'exciter fortement l'appétit ;

Que le tartrate ferrico-potassique offre pour caractère spécial d'être facilement toléré par les organes digestifs, malgré sa solubilité;

Que les oxydes de Fer, comparés aux sels de Fer, semblent plus toniques;

Qu'enfin, d'après les recherches faites dans ces dernières années par

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MÉDICAMENTS 'RECONSTITUANTS.

M. Quévenne, ce qui distingue le Fer réduit par l'hydrogène entre les martiaux, c'est d'agir très-eflicacement à petite dose.

Loin de nous la pensée d'attribuer à telle ou telle préparation ferrugineuse une supériorité quelconque, et encore moins une préférence exclusive.

Un autre mode d'emploi du Fer consiste dans l'usage des eaux minérales ferrugineuses, sur lequel nous voulons donner quelques renseignements. Le Fer étant un métal extrêmement répandu dans le sol, il en résulte qu'un grand nombre de sources en contiennent et arrivent facilement à posséder un goût ferreux et à déposer des matières ocracées. Mais il faut bien savoir que ces deux caractères n'affirment pas la présence d'une quantité de Fer suffisante pour que ces eaux aient une valeur thérapeutique. En outre, les eaux ferrugineuses, qui sont si communes, sont, de toutes les eaux minérales, celles qu'on peut remplacer le plus facilement par des préparations officinales ou magistrales.

Nous donnons ici la liste des principales eaux minérales ferrugineuses, en marquant d'un astérisque les sources qui possèdent un établissement thermal :

* Neyrac (Ardèche).

Sy Ivan es (Aveyron).

Saint- Hippolyte d'Enval (Puy-de- Dôme).

Saint-Pardoux (Allier).

* Charbonnière (Rhône).

Cassuéjouls (Aveyron).

Saint-Julien (Hérault).

* Lamalou (Hérault,.

Andabre (Aveyron).

Rennes (Aude).

Campagne (Aude).

* Barbotan (Gers).

Rieu-Majou (Hérault).

Bourrasol (Haute-Garonne).

Orezza (Corse).

Porta (Corse).

Oriol (Isère).

Bussang (Vosges).

♦Sultzbach (Haut-Rhin).

Mâcon (Saône-et-Loire).

Crèches (Saône-et-Loire).

Saint-Christophe (Saône-et-Loire).

LacVillers (Doubs).

La Bonnefontaine (Moselle).

Laifour (Ardennes).

Chàteau-Gontier (Mayenne).

Pornic (Loire-Inférieure). Martigné-Briant (Seine-Inférieure).

Passy (Seine).

Auteuil (Seine).

* Forges (Seine-Inférieure).

Forges-sur-Briis (Seine-et-Oise).

Rouen (Seine-Inférieure).

Versailles (Seine-et-Oise).

Aumale (Seine-Inférieure).

Rançon (Seine-Inférieure).

Gournay (Seine-Inférieure).

Montlignon (Seine-et-Oise).

Segray (Loiret).

Provins (Seine-et-Marne).

Ruillé (Sarthe).

* Saint-Denis-lôs-Blois (Loir-et-Cher).

Castel-Jaloux.

Sainte-Madeleine de Flourens.

Oioun-Sekhakhna ou Frais Vallon Algérie).

Teniet-el-Had (province d'Alger).

* Spa (Belgique).

* Schvalbach (Nassau).

* Pyrmont (Westphalie).

Malheureusement les trois sources ferrugineuses les plus importantes ne se trouvent pas en France ; ce sont : Schwalbach, dans le duché de Nassau; Pyrmont en Westphalie, et Spa en Belgique; puis viennent, en France. Sultzbach, Forges, Neyrac, Charbonnière, Lamalou et Barbotan.

Nous ne donnerons pas de détails sur la cure à ces différentes stations, qui offrent les mêmes indications que les préparations ferrugineuses dont nous nous sommes occupés plus haut; nous dirons seulemenl qu'à Spa il existe deux sources ferrugineuses bicarbonatées qui sont surtout utiles dans le traitement de la goutte atonique, alors que les eaux de Vichy, d'Ems ou même de Royal devraient être écartées comme débilitantes.

On peut employer ces eaux pour faire des cures à domicile. On trouve facilement aujourd'hui, non-seulement à Paris, mais dans toute la province, les eaux de Spa, de Schwalbach, de Bussang, d'Orezza, de Passy, etc. Ces eaux se transportent et se conservent bien ; elles con • tiennent une certaine quantité de gaz carbonique et sont des plus faciles à boire et à digérer. Il est d'usage de les faire prendre au malade, soit aux repas, soit mieux encore une heure avant de manger. La dose variera d'un verre à une bouteille par jour, en ayant soin de donner le matin une dose à peu près double de celle du soir, et en mettant un quart d'heure d'intervalle entre deux demi-verres consécutifs.

Il est toutefois quelques précautions à observer : les eaux ferrugineuses portent à la somnolence, aussi les malades qui en font usage devront faire de l'exercice après chaque repas. Quaut aux contre-indications des eaux minérales ferrugineuses, elles sont les mêmes que celles des autres préparations martiales; il faudrait peut-être y ajouter la constipation opiniâtre.

Chacune des préparations, martiales a son utilité et sa valeur, et peut être appelée à son tour à une sorte de prééminence. Dans la pratique, il importe donc d'en savoir variera propos l'emploi. Souvent ce qu'on aura demandé en vain à telle préparation vous sera donné par telle autre sans difficulté. S'il est vrai pourtant que certaines préparations martiales se distinguent par des propriétés plus spéciales et par quelques avantages particuliers, il était bon de les mettre en relief. En effet, diriger au besoin le praticien dans son choix et l'aider à remplir quelques indications importantes, n'est-ce pas assurer, dans bien des circonstances, le succès d'une des médications les plus considérables de la médecine pratique?

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