‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 2)Chapitre 13 sur 185 · FEU · texte numérisé non relu

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substances contenant du tannin. En résumé, pendant les quatre ou cinq premiers jours, le traitement se borne presque exclusivement à la solution de perchlorure, variant de 20 à -40 gouttes par verre d'eau (suivant l'âge des malades), et au lait froid. En général, dans la période de vingt-quatre heures, un malade peut prendre de sept à dix verres de la solution (I litre 1/2 à 2 litres) et à peu près autant de lait, ce qui fait de 140 à 360 gouttes au moins de perchlorure en vingt-quatre heures. M. Auhrun recommande d'ailleurs que le traitement soit toujours commencé le plus près possible du début de l'affection diphthéritique, si l'on veut plus facilemenf l'enrayer dans sa marche et obtenir plus sûrement la guérison.

A l'appui de ce nouveau traitement, M. Aubrun présente les résultats suivants, qu'il doit tous à sa propre pratique :

Dans l'espace de trois années, il a eu l'occasion de l'appliquer chez 29 malades.

Sur ces 39 malades, il a obtenu 33 guérisons, dont 2 seulement avec trachéotomie.

Ces 35 guérisons ont été ainsi distribuées :

23 diphlhéries pharyngiennes dès le début 23 guérisons.

5 diphthéries pharyngiennes et cutanées dès le début. . . 3 —

, , , . , ( 3 dès le début. 3 —

9 dipmneriespharyngiennes, laryngées.

6 à une période

généralisées, graves ) ....

' \ dt-ja avancée.

Ces deux dernières guérisons ont été obtenues à l'aide de la trachéotomie {Union médicale, 22 décembre 1860).

Voilà des résultats assurément des plus remarquables et qui ne peuvent que prévenir en faveur de la nouvelle médication.

Nous n'ignorons pas d'ailleurs que cette même médication a été mise en pratique par un certain nombre de médecins, tant de Paris que de la province, et que plusieurs ont eu également à s'en louer. Nous pouvons ajouter que l'un de nous, tout dernièrement, a eu l'occasion de l'employer chez une petite fille gravement atteinte, et qu'il en a obtenu un très-beau succès.

Parmi les médecins qui, après M. Aubrun, se sont le plus occupés de cette intéressante question de thérapeutique, nous citerons tout particulièrement M. le docteur Isnard (de Saint-Amand). A notre avis, cet honorable confrère a surtout le mérite d'avoir très- nettement saisi et trèsjudicieusement apprécié le mode d'action du perchlorure de Fer dans la diphthérie. Nous ajouterons qu'en faisant connaître la véritable manière d'agir de ce médicament dans cette affection particulière, il aura de plus aidé à comprendre la raison de son efficacité dans un certain nombre d'autres maladies où il était employé, avec plus ou moins de succès, mais d'une façon tout empirique.

M. Isnard reconnaît au perchlorure de Fer une triple action qu'il résume ainsi :

1° Action sur le sang, dont il plastifie plus ou moins les éléments

m MÉDICAMENTS RECONSTITUANTS.

fibrino-albumineux, et les met ainsi dans l'impossibilité de transsuder à travers la muqueuse respiratoire ; plus tard, dans les cas infectieux, à travers les parois des tubes urinifères, les solutions de continuité cutanées, les séreuses, etc.

2° Action sur la muqueuse respiratoire, dont il plastifie aussi les éléments fibrino-albumineux et resserre la trame organique. Par cet effet, la muqueuse devient incapable de se laisser traverser par les principes albuminoïdei du sang.

3° Action tonique, corroborante sur le système nerveux, action essentielle pour la plupart des médecins, incontestable assurément, mais trèssecondaire dans le traitement immédiat du croup.

En s'appuyant sur les résultats déjà acquis, et peut-être plus encore sur la considération de cette triple influence, M. Isnard n'hésite pas à considérer le perchlorure de Fer comme l'espoir thérapeutique du croup, dont il serait en quelque sorte le spécifique.

Toutefois l'auteur se hâte d'expliquer comment il entend ici la spécificité : le perchlorure de Fer n'est point, dit-il, un spécifique anti-diphthérique dans toute l'acception médicale du mot; mais il prévient l'intoxication. Il ne détruit point l'infection déjà existante, mais il l'arrête dans ses progrès toujours croissants, et rend ainsi à l'organisme la faculté de réagir, et de se débarrasser avec ses propres forces et par ses émonctoires naturels des principes toxiques qu'il renferme. {Union médicale, septembre 1859.)

Cette interprétation, sans être tout à fait complète, nous paraît rationnelle et vraie ; tout au moins elle a le mérite de réserver ses droits à l'organisme vivant et même de lui faire une importante part dans une question spéciale de thérapeutique où la chimie moderne a le tort de croire son intervention seule admissible, et le vitalisme tout à fait hors de cause.

Nous devons encore une mention à une tentative semblable, antérieure même à celle de M. Aubrun, et dans laquelle le perchlorure de Fer a été employé d'une manière purement topique. C'est un praticien distingué de Paris, le docteur Jodin, qui, ayant suivi avec beaucoup de soin et d'assiduité les études de M. Bazin sur la teigne, et frappé de la propriété contagieuse de la fausse membrane, s'est demandé si la fausse membrane ne serait pas composée essentiellement par un parasite.

Le docteur Jodin a, en effet, rencontré des spores et des tubes parasitaires dans les fausses membranes de la gorge et de la trachée. Malheureusement, si le fait est vrai, il est à craindre que l'interprétation n'en soit pas exacte. Le docteur Jodin rapporte lui-même fidèlement qu'il a rencontré les mêmes parasites dans la bouche, alors que les malades étaient atteints d'autres affections. 11 en résulte que ces spores ne caractérisent pas plus les fausses membranes que le muguet ne caractérise laphthisie.

Ce qu'il faut garder des observations du docteur Jodin, c'est que la cautérisation des fausses membranes parle perchlorure de Feraété très-utile. 11 faut seulement, pour en assurer l'efficacité, exercer une certaine près-

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sion sur la fausse membrane pour qu'elle s'imprègne bien du liquide, et la cautériser dans son entier.

En résumé, tout en tenant compte des premiers succès donnés par la nouvelle méthode de traitement de la diphthérie, nous devrons laisser au temps le soin de prononcer définitivement sur sa véritable valeur thérapeutique.

On ne saurait, d'ailleurs, qu'être favorablement disposé pour une méthode qui se recommande par une si grande simplicité, et même, malgré la saveur désagréable du perchlorure de Fer, par une si remarquable facilité d'application.

En effet, si, d'une part, le traitement interne consiste uniquement dans l'administration d'un seul médicament et d'une seule boisson alimentaire, on a vu, d'autre part, que le traitement topique, supprimant toute cautérisation proprement dite, se réduisait à quelques applications aussi restreintes qu'inoffensives. Que si donc l'expérience ultérieure venait à reconnaître à cette méthode, simple et facile, une efficacité incontestable, il y aurait assurément à s'en féliciter comme d'un heureux progrès accompli dans la thérapeutique du croup et de l'angine couenneuse.

Dans notre précédente édition, alors que le médicament dont nous venons de traiter était encore assez récemment introduit dans la thérapeutique, nous terminions notre article par les lignes suivantes : « En résumé, le perchlorure de Fer est devenu une acquisition précieuse pour la thérapeutique. En raison des propriétés toutes spéciales dont il est éminemment doué, cet agent mérite qu'on continue à l'expérimenter avec soin et persévérance. Les bons résultats qu'il a déjà donnés autorisent à fonder sur lui de très-légitimes espérances. »

Après le long exposé que nous venons de faire des nouvelles et importantes applications du perchlorure de Fer, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, il peut nous être permis de faire remarquer que notre confiance n'était pas illusoire. Or, si le passé peut répondre de l'avenir, nous oserons dire que ce même médicament, après avoir beaucoup donné, peut donner beaucoup encore. En effet, combien il reste d'essais à tenter, combien de vérifications à poursuivre, — essais autorisés par une suffisante analogie, — vérifications commandées par les résultats encourageants déjà obtenus !

Parmi les maladies où le perchlorure de Fer, en raison de ses propriétés éminemment plastifiantes et reconstitutives, peut autoriser des essais et légitimer même quelques espérances, nous citerons les érysipèles graves, les infections purulentes, quelques formes d'hydropisie, l'albuminurie, le diabète, la suette miliaire, etc., maladies assurément très-dissemblables, mais reliées entre elles par une condition générale commune, soit une lésion des fonctions sécrétoires, soit une altération primitive ou consécutive du sang.

Nous y ajouterions encore certaines affections générales, principa-

Si MEDICAMENTS RECONSTITUANTS.

lement caractérisées par un état de dissolution profonde de la masse sanguine, et presque nécessairement mortelles, telles que les varioles de forme hémorrhagique et les diverses affections typhiques revêtant également cette forme redoutable.

Nous n'exclurions même pas de ce programme un certain nombre d'affections organiques, arrivées à la période de cachexie, et tirant toute leur gravité actuelle, soit de l'état d'altération générale du sang, soit de tlux séreux ou sanguins concomitants, — affections organiques qui, sans trouver dans le perchlorure de Fer un moyen spécifiquement approprié à leur nature propre, ne laisseraient pas que de bénéficier, dans certaines limites, des propriétés de ce précieux remède, considéré comme tonique et comme coagulant.

Mais hâtons -nous, toutefois, d'ajouter que, dans toutes ces expérimentations, il ne doit entrer ni parti pris d'avance ni esprit d'engouement; autrement, le perchlorure de Fer, transformé bientôt en une sorte de remède universel, serait exposé à partager le sort de tant d'autres moyens utiles qui, pour avoir été exaltés au delà de toute mesure, ont fini par tomber dans le discrédit et l'abandon.

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