ACTION PHYSIOLOGIQUE ET THÉRAPEUTIQUE DE LA MERCURIALE
La Mercuriale annuelle {Mercurialis annuu) est une plante de la famille des Euphorbiacées, comme les précédentes : nous ne la citerons que parce que nous venons de parler de cette famille, car elle n'a que des propriétés fort peu énergiques. Les anciens s'en servaient comme purga-
tif, particulièrement dans l'hydropisie ; son extrait, d'après Lemolt, de Bourbonne, purge à la dose de 4 à 8 grammes. Toutefois, on n'emploie en médecine qu'une seule préparation de cette plante ; c'est le miel mercurial, ou mieux miel de Mercuriale, que l'on prescrit pour lavements, à
la dose de 60 à 120 grammes.
Le miel de Mercuriale à cette dose est un purgatif assez énergique ; mais comme les pharmaciens ont l'habitude d'y faire entrer un peu de séné, il est vraiment difficile de dire si tout l'honneur de la médication ne doit pas revenir à ce dernier; cependant nous devons ajouter que le miel de Mercuriale des hôpitaux, qui est parfaitement préparé, purge à
la dose de 60 grammes
Lavement laxatif.
Pr. : Miel de Mercuriale . . .
Décoction de guimauve.
CO grammes.
[Formulaire des hôpitaux.)
FAMILLE DES CONVOLVULACÉES.
Nous venons de donner la description des purgatifs fournis par la famille naturelle des Euphorbiacées; nous allons maintenant passer en revue ceux que présente la famille des Convolvulacées. Les principaux" sont : le Jalap, le Turbith, la Scammonée, la Soldanelle, le Méchoacan, les Liserons. Donnons les caractères de la famille des Convolvulacées.
Plantes herbacées, à tige grimpante ; feuilles alternes; calice à cinq lobes, persistant; corolle régulière; cinq étamines insérées à la base de la corolle; ovaire simple, libre, surmonté d'un ou de plusieurs styles; stigmate simple ou divisé ; capsule ordinairement triloculaire et à trois valves; placenta central triangulaire, à angles prolongés en cloisons, et correspondant aux sutures des valves sans y adhérer; semences osseuses ; périspermes mucilagineux. Les racines des Convolvulacées sont les seules parties de ces plantes usitées en médecine ; elles sont plus ou moins acres et purgatives.
Le Jalap (Convolvulus officinalis, Pel., Tonlopall des Mexicains, Exogomim purga) est une racine purgative qui tire son nom de Xalapa, ville du Mexique, auprès de laquelle cette plante croit en abondance. Quoique le Jalap soit fort ancien dans la thérapeutique, son histoire botanique n'est guère connue que depuis quelques années. On a très-longtemps
ignoré à quel genre il devait appartenir. Il a été considéré successivement comme une bryone, une rhubarbe, une belle-denuit. Gaspard Bauhin, le premier qui l'ait décrit, en 1620, le nomme Méchoacan noir ou mâle ; plus tard, Linné le reconnut pour être un liseron, et lui donna le nom de Convolvulus Jalapa; puis quelques autres botanistes, entre autres le docteur Cope, en 1S27, l'attribuèrent à VIpomœa macrorhiza ; enfin ce ne fut que quelques années plus tard que MM. Desfonlaincs et Gabriel Pelletan le décrivirent avec soin sous le nom de Convolvulus officinalis. Ces deux botanistes ont été convaincus, par les échantillons rapportés du Mexique par M. Ledanois, pharmacien français, que la plante qu'ils avaient décrite était bien le vrai Jalap. Pourtant Nées et Marquard rapportent à un genre voisin la plante qui fournit cette racine et qu'ils nomment Ipomœa purgans.
Cette racine a généralement la forme d'un navet allongé par la partie supérieure. Son poids varie de 120 a 500 grammes.
Elle est souvent entière, quelquefois coupée par tranches, presque toujours marquée de profondes incisions qu'on y pratique pour favoriser la dessiccation. Sa surface est rugueuse, d'un gris veiné de noir ; son intérieur d'un gris sale, à cassure compacte, ondulée; son odeur est nauséabonde, sa saveur acre et tenant à la gorge.
On a extrait de la plupart des racines des Convolvulacées une résine purgative.
FAMILLE DES CONVOLVULACÉES.
La résine an Jalap, qui forme depuis la dixième parti? jusqu'au quart de la racine, est d'un brun verdàtre, à cassure vitreuse,
en lames ou en cylindres; sa saveur est Acre el désagréable : elle est soluble dans l'alcool, insoluble dans les huiles fixe9 et volatiles.
M. Soubeiran a obtenu cette résine en épuisant le Jalap par l'alcoolà 80° (31° Cartier), en distillant et lavant à plusieurs reprises pour séparer les parties gommeuses OU extraelives.
Analyse de la racine du Jalap. Elle a fourni a Gerber: résine dure, résine molle, cxlractif un peu acre, extrait gommeux, matière colorante, sucre incristallisable, gomme, mucilage végétal, amidon, l 'cite racine, ainsi que nous l'avons dit, contient S à 30 pour 100 de résine, qui parait en être le principe actif.
Pour obtenir la résine de Jalap parfaitement décolorée, il faut suivre le procédé de Nativelle : Les racines sont épuisées d'abord par des lavages à l'eau bouillante suivis de l'expression; puis on les traite à plusieurs reprises par l'alcool à GS° seulement, dans le bain-marie d'un alambic bien étante; on fait bouillir et on exprime. Enfin, on réunit les liqueurs, on décolore par le noir animal, on chasse l'alcool et l'eau, et l'on obtient une résine friable qui donne une poudre aussi blanche que l'amidon.
La résine de Jalap du commerce est brunâtre, se ramollit sous les doigts; elle est souvent mélangée à la résine de galac, dont on reconnaît la moindre trace par le bioxyde d'azote, qui lui donne une couleur d'un bleu verdàlre, tandis que la couleur brune de la résine de Jalap n'est pas altérée par le gaz.
Poudre de Jalap.
On pulvérise la racine sans laisser de résidu. Cette forme d'administration du Jalap à l'intérieur est très-souvent employée. Cette poudre fait la base du sucre orangé purgatif, qui est un fort bon médicament pour les enfants.
La teinture alcoolique se prépare avec une partie de racine de Jalap et quatre d'alcool à 5G° centigr. (21° Cari.).
11 est très-rare de trouver du Jalap sain dans le commerce, il est souvent piqué des vers; les racines ainsi altérées ne doivent jamais être employées a la préparation de la poudre, car les insectes ne détruisent que la matière amylacée, et laissent la résine, seule partie purgative; la poudre serait trop active; au contraire, le Jalap piqué des vers peut servir avec avantage pour extraire la résine seulement.
Eau-de-vie allemande.
(Teinture de Jalap composée.)
Pr. : Racine de Jalap .... 80 gram. — de turbilh ... 10 Scammonéc d'Alep. . . 20
Alcool à 56° cent 900
Faites macérer pendant quinze jours, passez avec expression et filtrez. 'Codex.) Cette teinture est un excellent purgatif à
la dose de 15 à 30 grammes.
On prépare aussi un extrait de Jalap en traitant celte racine par l'alcool dans l'appareil à déplacement.
Savon de résine de Jalap.
Pr. : Résine de Jalap 1 gram.
Savon médicinal 2
Alcool à 80° cent q. s.
On fait dissoudre la résine et le savon dans l'alcool, et on évapore à consistance pilulaire. Ce savon contient le tiers de son poids de Jalap.
On trouve dans le Jalap du commerce deux faux Jalaps : l'un est attribué a l'espèce Jalaiia mirabilis; l'autre a été reconnu par M. Guibourt pour une espèce appartenant au genre Smilax, voisine de celle qui fournit lasquine.
Il existe aussi deux autres Jalaps vrais, le Jalap mdle (Jalap léger, Jalap fusiforme) fourni par l'ipomaea jalapa (Convolvulus orizabensis, Pell.), et comme on a pensé longtemps que le Jalapa mirabilis produisait le vrai Jalapa officinal, la racine a dû en être récoltée. M. Guibourt en a trouvé une fois une forte partie dans le commerce, et il a reconnu son identité avec celle de la racine de la même plante que l'on cultive A Paris.
Le Jalap du commerce est souvent mélangé au faux Jalap rouge, que l'on a pris pour une excroissance venue sur le tronc de certains arbres; mais M. Guibourt croit qu'elle prodent, d'une racine tubéreuse de convolvulacée. Son décodé aqueux ne contient pas d'amidon et ne bleuit pas l'iode. Quant au faux Jalap à odeur de rose. M. Grosourdy l'a reconnu pour la patate à odeur de rose que l'on oultive aux Antilles. Ces deux faux Jalaps sont très-peu purgatifs.
La racine du Convolvulus batatas, L.
[Batala edulis, Chois.), fournit la patate comestible, qui est un bon aliment.
Le Turbilh ( Turbilh végétal) est une racine fournie par le Convolvulus turpethum, plante de la pentandrie monogynie de Linné, famille des Convolvulacées. Elle croît dans l'Inde occidentale, en Asie et dans l'ile de Ceylan.
Cette racine est en morceaux cylindriques de la grosseur d'une plume ; l'écorce en est épaisse, l'extérieur rougeàtre, l'intérieur blanchâtre ; le ligneux, lorsqu'il existe, est assez souvent criblé de trous, ainsi que la partie corticale elle-même, et par lesquels la matière résineuse exsude souvent en grande abondance sous la forme de petites larmes jaunâtres. Le Turbilh n'a pas d'odeur; sa saveur est d'abord faible, puis amère et nauséeuse.
La racine de Turbilh [radix Turpethi)
est jusqu'ici seule usitée; elle contient, comme celle du jalap, une résine particulière dans laquelle paraissent résider toutes les propriétés purgatives. Les diverses préparations de Turbith sont analogues à celles que nous avons indiquées pour le jalap.
On peut quelquefois confondre avec la racine de Turbith celle du Thapsia villosa, espèce appartenant à la famille des Ombellifères. Elle est connue dans le commerce sous le nom de racine de faux Turbithmi de Thapsie, et ne possède qu'une analogie de forme ; ses propriétés sont fort différentes.