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CHAPITRE III

MÉDICAMENTS ALTÉRANTS

Le Mercure, Mercurius ou hydrargyrum des Latins, ûSjâp-wjpoç des Grecs (noms anciens : argent vif, vif-argent), est un métal qui se trouve sous quatre états dans la nature : natif, amalgamé à l'argent, combiné au chlore, mais le plus ordinairement à l'état de sulfure.

C'est surtout à Almaden en Espagne, à Idria dans le Frioul, au Mexique, au Pérou, dans la Chine, etc., que ce métai esi exploité. On en a récemment découvert une mine aux environs de Toulouse.

Caractères physiques. Le Mercure est liquide à la température ordinaire de l'atmosphère; il est insipide, inodore, d'un blanc d'argent légèrement bleuâtre ; sa densité est de 13,598.

Exposé à un froid artificiel de 30 à 40 degrés, il se solidifie et devient malléable. La congélation de ce métal, autrefois si difficile à obtenir, est aujourd'hui d'une extrême facilité, au moyen de l'acide sulfureux anhydre, ou mieux encore de l'acide carbonique solidifié. (Thilorier.)

Soumis à l'action du calorique, le Mercure bout et se volatilise à 360 degrés. Il se combine directement a l'oxygène, mais à une température moyenne ; à. une température élevée, il ne peut s'y unir; bien plus, cette forte chaleur sépare l'oxygène des oxydes du Mercure.

Nous n'entrerons dans aucun détail sur les usages de ce métal, qui sont fort nombreux, surtout dans les arts. Nous dirons seulement qu'il est employé dans la construction des baromètres et des thermomètres, pour les injections fines, etc.

Avant de parler des différents produits pharmaceutiques qui sont d'usage en médecine, nous devons, pour plus d'ordre et de clarté, traiter successivement du Mercure et de son emploi à l'état de métal, de ses oxydes, de ses sulfures, de ses

chlorures, de ses iodures, de ses bromures, de son cyanure ; enfin, des sels dont il est la base. Immédiatement à la suite de l'histoire de chaque corps, nous indiquerons les préparations officinales et magistrales dans lesquelles il entre, les formes sous lesquelles on l'administre, les mélanges qu'on en fait, ceux qu'il faut éviter, etc.

I. Mercure à tétat métallique (Mercure coulant). Celui du commerce n'est pas très-pur; il contient souvent du plomb, de l'étain, du bismuth, du zinc; pour l'avoir parfaitement pur, il faut le distiller dans une cornue de grès ou de fer, dans laquelle on a introduit un mélange de 2 parties de cinabre avec 1 partie de limaille de fer, ou de chaux vive; et encore, par ce procédé, on ne parvient pas à le séparer du zinc, qui est volatil : le meilleur moyen de purifier le Mercure du commerce consiste à l'agiter pendant plusieurs jours avec du nitrate acide de Mercure.

Quelles sont les formes sous lesquelles on emploie le Mercure métallique?

Le Mercure en masse, prescrit autrefois à l'intérieur, a cessé d'être en usage; le Mercure en vapeurs fait naître de fréquents accidents qui en ont interdit l'emploi. La seule forme qui soit maintenant d'un usage presque quotidien, c'est le Mercure divisé ou éteint, et combiné à diverses substances (eau, sucs végétaux et animaux, graisses, etc.).

Le Mercure ne décompose l'eau a aucune température, mais quand on le fait bouillir pendant quelques heures avec ce liquide, il en absorbe deux millièmes de son poids; la liqueur séparée par décantation constitue l'eau mercurielle. Ainsi donc, une partie du Mercure est dissoute dans l'eau, et d'après les expériences de

Wiggers, on peut en démontrer la présence par l'hydrogène sulfuré, après avoir ajouté a l'eau merourielle un peu d'acide nitrique.

Le Mercure peut se trouver dans cette liqueur à l'état de gaz simplement dissous, si les réactifs étaient parfaitement purs; à l'état d'oxyde, si le Mercure était terni ou si l'eau distillée élait aérée; enfin, à l'état de sublimé, toutes les fois qu'on fait usage de Mercure oxydé et I ni chargée de chlorures alcalins.

De toutes les préparations mercurielles, l'onguent est sans contredit la plus ancienne, et, suivant les proportions de métal et de graisse employées, il prend les noms d'onguent simple ou gris, d'onguent double ou napolitain.

Ce dernier, beaucoup plus fréquemment employé que l'autre, est ainsi composé :

Pommade mercurielle.

(Onguent mercuriel double.)

Mercure métallique.

Axonge benzoïuée. .

Cire blanche

. oOOgr.

. 4fi0 (Codex.)

Triturez le Mercure avec le quart de la graisse dans un mortier de marbre ou de fer, jusqu'à ce qu'un peu de pommade, frottée entre deux morceaux de papier gris, ne laisse apercevoir aucun globule métallique; ajoutez alors par parties le reste de la graisse de porc, et faites un mélange exact. Avec l'axonge rance l'extinction du Mercure se fait plus promptement.

La composition de la pommade mercurielle simple (onguent gris, est de :

Pommade mercurielle double. 100 gr.

Axonge benzoïnée 300

Mêlez. (Codex.)

Une autre préparation très-importante, dont le Mercure métallique est la base principale, c'est Yempldlre mercuriel 'emplâtre de Vigo cum mercurio); voici la formule du Codex :

Pr. : Emplâtre simple 2000 gr.

Cire jaune 100

Résine de pin 100

Gomme ammoniaque. . . 30

Bdellium 30

Oliban 30

Myrrhe 30

Poudre de safran 20

Mercure G00

Térébenthine du Mélèze. 100

Styrax liquide purifié. . . 300

Huile volatile de lavande. 10

Réduisez en poudre les gommes-résines et le safran ; d'autre part, triturez le Mercure avec le styrax et la térébenthine dans un mortier de fer, jusqu'à ce qu'il soit complètement éteint; faites liquéfier l'emplâtre simple avec la cire et la résine de

pin, ajoutez-y les poudres et l'huile volatile, et quand l'emplâtre sera déjà refroidi, mais cependant encore liquide, ajoutez-y le mélange mercuriel, que vous "icorporerez par agitation.

M. Soubeiran a introduit dans cette préparation et dans celles de l'onguent mercuriel quelques modifications fort utiles qu'il indique dans son Traité de pharmacie, 0e édition i.p. 478 et suiv.) ; nous conseillons d'y avoir recours.

Avec le Mercure cru, on prépare aussi les pilules mercurielles (pilules de Belloste).

Pr. : Mercure pur G0 gr.

Poudre d'aloès 60

— de rhubarbe . . 30

— de scammonée. 20

— de poivre noir . 10 Miel G0

Triturez longtemps le Mercure avec le miel; quand il sera parfaitement divisé, ajoutez les poudres, et faites une masse que vous conserverez dans un pot et que vous diviserez, ? mesure du besoin, en pilules de 20 centigrammes. Chaque pilule contiendra 5 centigr. de Mercure, 5 centigr. d'aloès, 2 centigr. 1/2 de scammonée et de rhubarbe.

Piluler de Sédillot.

Onguent mercuriel 90 gr.

Savon médicinal C0

Poudre de réglisse 30

Fs. a des pilules de 06^,20 à 06^,30.

De deux à six par jour; ces pilules sont bien supportées, mais provoquent facilement la salivation.

On prépare également avec le Mercure cru les Tablettes mercurielles, composées de Mercure, mucilage de gomme adragante, sucre.

Faites des tablettes de 00 centigrammes. Chaque tablette contient 10 centigrammes de Mercure.

Les pilules bleues, faites avec Mercure, conserve de roses et poudre de réglisse.

Ou éteint le Mercure dans la conserve de roses, on ajoute la poudre de réglisse, et l'on fait des pilules de 15 centigr.

Ces préparations sont analogues jusqu'à un certain point aux pilules de Belloste, qui ne sont elles-mêmes qu'une imitation des pilules de Barberousse, tant vantées anciennement.

Nous passerons sous silence une multitude d'autres préparations qui contiennent aussi du Mercure éteint, telles que l'électuaire anthelminlluque de Heister, l'éthiops minéral, qu'on regarde comme un sulfure, le Mercure gommeux de Plenck, etc. ; elles sont aujourd'hui d'un emploi fort rare.

II. Oxydes. Le Mercure forme deux oxydes : l'un contenant deux proportions de Mercure et une d'oxygène; l'autre une proportion de ces deux corps.

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