‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 2)Chapitre 52 sur 185 · iO · texte numérisé non relu

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MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

Protoxyde (oxyde mercureux, Berz. ; oxyde noir ou gris de Mercure), Hg- 0. Il n'existe guère que combiné avec les acides, et s'obtient en mettant du protochlorure de Mercure en contact avec un excès de dissolution de potasse, et à froid ; autrement on a un mélange de Mercure métallique et de bioxyde.

Cet oxyde n'est presque jamais employé en médecine, si ce n'est dans l'eau phagédénique noire (eau noire allemande), qui se prépare avec :

Mercure doux à la vapeur. 5 cent.

Eau de chaux 32

Mêlez.

Il entre aussi dans la composition du Mercure soluble de Moretti, qui diffère peu de la préparation précédente.

Bioxyde (oxyde mercurique, Berz., précipité rouge, oxyde rouge de Mercure), HgO. Il est toujours un produit de l'art; on l'obtient soit en décomposant le nitrate de Mercure par la chaleur, soit en chauffant pendantquinze jours le Mercure à l'aire libre; obtenu par ce procédé, il porte le nom de précipité perse.

La couleur du bioxyde varie selon qu'il est hydraté ou anhydre. Dans le premier cas il est jaune ; dans le second, c'est-àdire anhydre, il est en petites masses agglomérées, composées de paillettes rouges et brillantes ; il est inodore, très-peu soluble dans l'eau, à laquelle cependant il donne une saveur métallique. Il s'unit très-bien aux acides.

Les préparations qui ont pour base le bioxyde de Mercure sont nombreuses.

Nous citerons d'abord l'eau pliagédénique.

Pr. : Sublimé corrosif . . 10 cent. Eau du chaux. ... 32 g-ram.

Dissolvez le sublimé dans une petite quantité d'eau et mêlez à l'eau de chaux. La liqueur est formée de chlorure de calcium, tenant en suspension du bioxyde de Mercure. Ce médicament est plus actif que l'eau phagédénique noire.

Sans nous astreindre à donner toutes les formules en usage, nous dirons que le bioxyde de Mercure, sous forme de précipité rouge, est une des préparations mercurielles les plus employées, et qu'il lait la base de presque toutes lès pommades ophthalmiques, telles que celles de Desault, de Régent, de Saint-Yves, etc.

Ces différentes pommades, généralement trop énergiques, ne doivent contenir qu'un vingtième à un dixième de précipité rouge.

III. Sulfures. Le Mercure forme avec le soufre deux combinaisons, correspondantes aux oxydes pour leur composition chimique.

Le protosulfure ou sulfure noir, II g2 S, est pulvérulent, inodore, insipide, insoluble dans l'eau. On l'obtient en triturant,

dans un mortier de verre ou de fer, un mélange de 100 parties de Mercure et de 200 parties de soufre sublimé et lavé, jusqu'à ce que le Mercure soit bien éteint et que le mélange ait acquis une couleur noire. Ce sulfure, qu'on nommait autrefois éthiops minéral, est plutôt un mélange de sulfure de Mercure avec du soufre et quelquefois du .Mercure métallique, qu'un sulfure de Mercure particulier. (Soubeiran.)

L'éthiops minéral n'est presque plus employé de nos jours; autrefois il servait à préparer le sucre vermifuge mercuriel, l'éthiops antimonial de Malouin, etc.

Le bisulfure de Mercure (cinabre vermillon, sulfure rouge de Mercure), IlgS, existe abondamment dans la nature; celui qui est employé pour les usages pharmaceutiques est artificiellement préparé en sublimant le sulfure noir obtenu par la voie de fusion. Ce sulfure artificiel (cinabre) est en masses volumineuses formées d'aiguilles d'un rouge violacé ; mais réduit en poudre, il est d'un rouge vif et pur; on le nomme alors vermillon. Il est insoluble dans l'eau, complètement volatilisable par la chaleur. Ce dernier caractère peut le distinguer des substances qui ont servi à le sophistiquer.

Le bisulfure de Mercure est maintenant assez rarement employé. A l'état de cinabre, il fait la base de plusieurs pommades et entre dans la composition de la poudre escarrotique arsenicale (poudre caustique de frère Corne ou de Rousselot) ; on l'emploie aussi avec succès en fumigations.

Voici la manière dont on les fait :

Pr. : Cinabre ,

4 à M gram.

On projette le cinabre sur une plaque de fer chauffée assez fortement pour le volatiliser. Le malade, placé dans une chaise fermée, reçoit les vapeurs. On peut, également les diriger avec un entonnoir sur quelques parties du corps. Le cinabre est en partie détruit par l'oxygène de l'air, et la fumigation se compose réellement d'un mélange d'acide sulfureux avec de la vapeur de Mercure et de la vapeur de cinabre.

Disons, en terminant l'histoire du cinabre, que tout ce qui a été dit de ce sulfure par les anciens doit se rapporter au sang-dragon.

IV. Chlorures. Nous en connaissons deux; le proto et le bichlorure, qui, tous deux, sont employés en médecine et sont le produit de l'art.

Protochlorure de Mercure (chlorure mercureux, Berz.), Hg2Cl. On lui a imposé une foule de noms différents, tels que ceux de Mercure doux, calomelas, calomel, panacée mercurieile, aquila alba, précipité blanc, muriale de Mercure, etc.

Le protochlorure de Mercure est d'un blanc grisâtre, jaunissant par le frottement ou la pulvérisation, très-pesant, insoluble dans l'eau et dans l'alcool, volatil, soluble dans le chlore, qui le transforme

i ii bioldorure; coloré en noir par les alcalis.

Sa composition esl de : Mercure, S5, 12; chlore, 14,88.

11 faut distinguer trois sortes de protochlorure, relativement a l'usage médical savoir : 1° Mercure doux ordinaire ou calomel; 2" Mercure doux préparé à la vapeur, ou calomol a la vapeur; 3° précipité blanc ou protoohlorure de Mercure, obtenu par précipitation. Trois procédés différents de préparai ion sont indiqués par le Codex.

Préparation. 1° Protochlorure de Mercure par sublimation. C'est le calomel ordinaire. Après avoir l'ait bouillir à nue douce chai, ni- 5,000 pallies de .Mercure et ii,000 parlii s d'acide sulfurique à 66 degrés, on évapore jusqu'à siccilé ; le résidu .tant refroidi, on ajoute 5,300 parties de sel marin que l'on mélange et dont on remplit aux deux tiers de grands matras à sublimation ; on nivelle la masse et on la couvre d'un mélange fait avec 20 partics de sable cl 1 partie de charbon végétal bien calciné. Ces matras, dont l'oriflee est recouvert d'un pot de Faïence renversé, sont disposés dans un bain de sable en tôle et places sous une cheminée; ou chauffe très-doucement pendant trois jouis el trois nuits; le Mercure obtenu esl sublimé de nouveau dans de petits matras, il est alors en pains d'un blanc éclatant.

Avant d'être employé en médecine, le Mercure doux ou calomel ordinaire doit être porpbyrisé et lavé avec de l'eau distillée chaude pour le dépouiller complètement du sublimé corrosif. On est arrivé à ce dernier résultat lorsque les lavages ne précipitent plus par la potasse caustique et par l'hydrogène sulfuré.

2° Protochlorure de Mercure préparé à la vapeur (calomel à la vapeur). Cette préparation consiste à faire arriver en même temps, dans un même espace, de la vapeur d'eau et du Mercure doux vaporisé ; les vapeurs de celui-ci se condensent au contact de la vapeur d'eau, parce que leur température se trouve abaissée au-dessous du point où elles peuvent conserver l'état aériforme ; mais elles restent sous la forme d'une poudre fine, parce que la vapeur d'eau qui s'est interposée entre elles met obstacle à ce qu'elles puissent se réunir en une masse cohérente. (Soubeiran, voir les détails de l'appareil, Traité de Pharmacie.)

Le calomel à la vapeur, anglais, est plus blanc, plus léger que celui que nous fabriquons en France. M. Soubeiran est parvenu a imiter le produit anglais d'une manière avantageuse; pour cela, il suffit de chauffer le calomel par sublimation dans un cylindre en terre, en ayant soin de mélanger préalablement un peu de bichlorure de Mercure : on fait arriver les vapeurs dans une grande fontaine en grès dans laquelle les vapeurs se condensent en une poudre très-blanche et légère, qu'il faut laver jusqu'à ce que les eaux de la-

vage oe précipitent plus par l'hydrogène sulfuré.

Le Mercure doux a la vapeur est presque le seul mie l'on emploie aujourd'hui.

3° Protochlorure de Mercure par précipilatiun (précipité blanc). On fait réagir 1,000 parties de Mercure et 1,500 d'acide nitrique; on abandonne a elle-même la dissolution, qui cristallise après deux jours; après avoir décanté la liqueur et égoutté les oristaux, on les broie et on les traite par de l'eau aiguisée d'acide nitrique.

La solutiou étant complète, on réunit toutes les liqueurs dans un vase allongé, et on y verse un léger excès d'acide oblorhydrique afin de précipiter tout le Mi rcure. On laisse déposer, et on lave le dépol à plusieurs reprises à l'eau froide, puis à l'eau chaude, on le laisse ensuite egoutter sur une toile et on le divise en trochisques.

Le précipité blanc se rapproche beaucoup du Mercure doux à la vapeur quant à ses propriétés thérapeutiques. 11 est toutefois beaucoup plus irritant.

Nous appelons l'attention des praticiens sur une confusion qui se fait souvent dans le commerce des produits chimiques, et qu'il importe d'éviter; c'est probablement à cette confusion qu'il faut rapporter les variations qui ont été signalées dans l'action du précipité blanc.

En effet, souvent on livre pour du précipité blanc préparé comme nous venons de le dire un composé ammoniaco-mercuriel qu'on obtient en précipitant, une solution de sublimé corrosif par l'ammoniaque, et qui porte le nom de précipité blanc de Lemery, chlorure ammoniacomercuricl (Soubeiran), précipité blanc ammoniacal (Guibourt), oxydochlorure ammoniacal (Thénard), chloramidure de Mercure (Kaner). Ce composé ammoniaco-mercuriel se distingue du protochlorure de Mercure en ce que la potasse humide qui noircit celui-ci n'en dégage pas d'ammoniaque, tandis qu'elle jaunit et dégage de l'ammoniaque du précipité blanc ammoniacal; l'ébullition prolongée dans l'eau distillée ne dissout ni n'altère le protochlorure, tandis que l'oxychlorure est converti en un composé soluble de biclilorure etde sel ammoniac, ctenbioxyde de Mercure hydraté insoluble et jaune.

Les trois variétés de protochlorure mercuriel ne diffèrent que par leur degré de division. D'après M. Moritz, la ténuité du calomel en pain, divisé par porphyrisation, étant prise pour unité, celle du calomel à la vapeur, ou de Josias Jeweel, s'exprime approximativement par quatre ; et celle du calomel de Schéele, ou précipité blanc, par quatorze.

Leur activité est en raison directe de leur état de plus grande division.

Un grand nombre de préparations sont faites avec le protochlorure de Mercure ; à l'intérieur, les tablettes, les chorolals, les biscuits vermifuges, dans lesquels le calomel entre seul, ou bien mélangé à des ré-

Î.M MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

sines purgatives. On l'administre aussi vement employée à l'intérieur est connue

fort souvent à l'extérieur en poudre, asso- sous le nom de liqueur de Van Swieten;

cié au sucre. voici la formule du Codex :

Il faisait partie de plusieurs médica- n „.,,., -,

ments anciens, maintenant inusités, tels Pr- : ^chlorure de Mercure. 1 gram.

que les pilules suédoises, les pilules mi- ^au distillée 900

neuves d'Hoffmann, la poudre de Goder- Alcool rectilie 100

nal'-T> «f. ... , , Dissolvez le sublimé corrosif dans l'al-

II entre aussi dans la composition de la cool et ajoutez ensllite l'eau distillée. Cette

poudre mercurielle arsenicale de Dupuy- lu Jcontient un mimme de son poids

tren, dont voici la formule : de sllblimé corrosif. Chaque cuillerée à

Pr. : Mercure doux à la vapeur. 199 part. B°ruoh.e cont,iel't 1 ce^f- •» de su.blimé-

Acide arsénieux. ..... 1 £f.f° rmule de cette liqueur varie sur-

vant les différentes pharmacopées.

Mêlez. Cette solution de sublimé, plus ou moins

.. , , .. , , modifiée, fait la base d'une foule de recet-

Ncfis.ne devons pas oublier de signaler tes aujou'rd'hui inusitées, parmi lesquelles

un fait important, c est que le protoch lo- nou3 Jciterons . Ceau antivénérielne de

rare de Mercure tend toujours à être Quercela„t le sirop anttoénérien de Sainl-

transforme en sublime corrosif, surtout adefunsejeau stomachique de Dacher, la.

lorsqu il est en présence des chlorures al- ^^ nnlwénMl:nne d\ Falk rMixi'r de

câlins. On évitera aussi de 1 associer à Wrigh, k rub de L„ffeCteur, etc., etc.

1 acide cyanhydrique et aux amandes amé- Qn> ;escrit asgez ?réqueramem. les pi

res M. Deschamps ayant observe qu il se ,|(, fln,is,/phUiliques de Dupuylren, qui

fait dans ce cas du cyanure et du bichlo- se compos'fnt de ï

rure de Mercure. Il ne faut donc jamais *

prescrire du calomel dans un looch ; en Deutochlorure de Mercure.. 20 cent.

présence de l'eau de laurier-cerise, suivant Extrait d'opium 40

M. Béranger, il se ferait, aux dépens du do gayac ......'. 80

calomel, du cyanure de Mercure, du chlorure benzoïle ; il y aurait du Mercure ré- Faites une masse bien homogène que duit. vous diviserez en vingt pilules, dont chacune renferme 0sr,01 de deuto-chlorure Poudre à poudrer (Trousseau). et 05r 02 d'extrait d'opium.

Pr. : Précipité blanc. . . 5 gram. „ A Intérieur les principales prépara-

\„-j „ „„„f„™i ,inn tions ou entre le sublime sont :

Amidon parfumé. . 100 La pgmmade de CyrUl0> j egt encore

Mêlez. Pour tuer les poux de la tète, quelquefois employée, se prépare, d'après

du corps et du pubis, et contre le pity- le Codex, de la manière suivante : riasis du cuir chevelu.

Bichlorure de Mercure, HgCl (chlorure Pr- : Sublime corrosif. . . 4 gram.

mercurique, Berz.). Noms anciens : deu- Axonge 30

lochlorurede Mercure, muriate oxygéné Porphyrisez le sublimé; ajoutez l'axonge, de Mercure, sublimé corrosif II est d un t j^e* la porphyrisation pour obteblanc mal, d une saveur très-acre volatil, ^ mélange très-exact, soluble dans 1 eau, qui en dissout un seizième de son poids, k froid ; soluble dans Bains de sublimé simple. trois fois son poids d'eau bouillante ou Adultes. Enfams. d'alcool. Il est formé de 70,09 de Mercure pr . Bichlorure de et de 25,91 de chlore. . Mercure. . . '8 à 20 gr. 2 à 8 gr.

Préparations. On l'obtient par la dou- Alcool 100 100

ble décomposition du deutosulfate de

Mercure et du chlorure de sodium. On Pour un bain ordinaire.

ajoute du bioxyde de manganèse qui a Bflfns de sublimé composé.

pour effet de s'opposer k la formation du MMes EDfaDls

Mercure doux ; 1 excès d acide sulfurique Bichlorure de

que contient le sulfate favorise la sépara- Mercure. . . 8 à 20 gr. 2 à 8 gr.

tion d une partie de 1 oxygène du bioxyde Chlorhydrate

de manganèse. Cet oxygène ■patin d'ammoniaque. 30 20

le sodium et met du chlorure en liberté : * „ftn 9nf)

celui-ci fait passer à l'état de bichlorure ^au uu

le Mercure doux qui s'est formé par la dé- • Faites dissoudre pour un bain. Contre

composition mutuelle du sel marin et du les sypiniides et les affections chroniques

sulfate de Mercure. de )a peau.

Quels sont les usages du bichlorure de Enfin, les trochisques escarroliques de

Mercure (sublimé corrosif)? Us sont ex- sublimé, dont voici la formule : trèmement nombreux : à l'intérieur, en

solution, en pilules ; à l'extérieur, en bains, Pr. : Sublimé 8 gr.

en injections, en collyres, en pommades, Amidon 16

en trochisques. etc. Mucilage de gomme adra-

La préparation qui est presque exclusi- gante. q. s.

Porphyrisez le sublimé, mêlez-le i l'amidon, ri ajoutez le m 1 n-i l:> u'>- [•• •< 1 1- oblenir une pâte avec laquelle vous ferez îles Irochisqiies en l'oi'iue île grains d'avoine ilu poids >le 15 centigrammes.

Les trucliisques de minium se préparent avec : minium, 1 p.: sublimé, 2 p.; mie de pain et eau disl iilée, q. s.

Ces troohisques sont dans beaucoup de cas d'une grande efficacité.

Le sublimé était aussi à l'état de mélange dans un multitude de médicaments externes presque complètement abandon-' nés, tels que l'eau phagédénique de Qrind<l, l'injection de iVhalliely, l'eau antidartreuse du cardinal de Lu y nés, l'eau calhérêliqne de l'ienck, etc.

Les préparations pharmaceutiques dans lesquelles entre te bichlorure de Mercure peuvent être divisées de la manière suivante :

1° Préparations dans lesquelles le sublimé corrosif n'est pas altéré et agit en entier. Exemple, la liqueur de Van Swieten ;

2° Préparations dans lesquelles l'action du sublimé est diminuée. Exemple, lorsqu'on l'associe avec des matières extraolives, pilules Dnpuytren;

3° Préparations dans lesquelles l'action du sublimé corrosif est considérablement diminuée. Exemple, lorsqu'on l'associe aux matières protéiques, lait, gluten, albumine, etc.;

4° Préparations dans lesquelles l'action du sublimé est augmentée. Exemple, lorsqu'on l'associe aux chlorures alcalins, et surtout à l'hydrochlorate d'ammoniaque;

50 Préparations dans lesquelles l'action du sublimé est très-augmentée. Exemple, l'association aux composés cyaniques ;

6° Enfin l'action du sublimé est presque détruite par suite d'une réaction chimique. Exemple, eau phagédénique jaune.

Il existe encore d'autres chlorures employés en médecine ; ce sont : 1° le chlorure nmmoniaco-mercuriel solulle (sel Alembroth) ; 2° le chlorure ammonio-mercuriel insoluble (oxychlorure ammoniacal de Mercure, précipité blanc de Prusse).

Le premier résulte de la combinaison du bichlorure de Mercure avec le sel ammoniac; le dernier se produit lors de la précipitation du sublimé corrosif par l'ammoniaque, il fait la base de V onguent antipsorique de Zeller, de la pommade de Janin, etc.

On emploie aussi avec avantage : 3° un chlorure double de Mercure el de morphine,

(HgCl, C3*Azo'-Chl).

Ce sel s'obtient en mélangeant des dissolutions .de chlorhydrate de morphine et de sublimé corrosif; le précipité obtenu, repris par l'eau boudlante, cristallise par le refroidissement; il est peu soluble dans l'eau froide, très-soluble dans l'alcool ; il contient 2S de sublimé et 72 de chlorhydrate de morphine; il est employé contre les affections syphilitiques et surtout pour calmer les douleurs nocturnes.

8e ÉD. — T. I.

Pilules.

Pr. : Chlorure double do Mercure

et de morphine I gr.

Poudre de réglisse 2

Sirop <le gomme q. s.

1-2 pilules; en prendre une malin et soir, »? 1 1 élevant ensuite la dose.

4° Chlorure double de Mercure et de quinine (HgCl, &« H««4Z0S HC1).

Ce sel s'obtient en dissolvant séparément, dans le moins d'eau possible, le sublimé corrosif et le chlorhydrate de de quinine : on mêle les liqueurs et le sel double cristallisé.

C'est Dermott fde Dublin) qui a le premier indiqué ta préparation de ce sel ; il a été très-vauté par llamilton dans les maladies rebelles de la peau, telles que le Inpus, les syphilides tuberculeuses et ulcéreuses.

Dose : 25 milligrammes^ 5 centigrammes, deux ou trois par jour, en pilules, associé à l'opium.

V. lodures. Le Mercure forme avec l'iode trois combinaisons, savoir : le proto, le sesqui et le bi-iodure de Mercure. Le premier et le dernier de ces iodures sont seuls employés en médecine.

Prolo-iodure de Mercure fiodure mercureux, Berz.), Hg-I. Il esl jaune verdàtre, volatil lorsqu'on le chauffe rapidement; chauffé faiblement, il se transforme en .Mercure et en bi-iodure insoluble dans l'eau et dans l'alcool ; se transformant facilement en bi-iodure par l'iode.

Préparation. Le meilleur procédé pour l'obtenir est celui qui a été indique par M. Berthemont:

Pr. : Mercure 100 part.

Iode 60

Alcool q. s.

On met dans un mortier de porcelaine l'iode et le Mercure ; on ajoute assez d'alcool pour transformer la masse en une pâte molle; on continue de triturer jusqu'à ce que le Mercure ait entièrement disparu, et que le mélange ait pris l'appar née d'une poudre d'un vert jaunâtre; on fait sécher le produit dans une étuve, à l'abri de la lumière, et on le renferme dans des vases couverts d'un papier noir.

L'iodure mercureux neutre peut contenir jusqu'à 9 pour 100 d'iodure mercurique, d'après M. Thierry. L'iodure mercureux basique en renferme toujours incomparablement moins : c'est donc celui-ci qu'il convient d'employer en médecine; encore est-il que, pour apprécier la valeur thérapeutique de ce médicament, il est nécessaire de le dépouiller par l'alcool bouillant de la petile proportion de bi-iodure qu'il retient toujours, mémo en ayant soin, suivant la recommandation de M. Mialhe, d'opérer avec un excès de Mercure. (Soubeiran.)

Le prolo-iodure de Mercure est cm-

ployé en pilules, en pommade et en tein- Lavement vermifuge,

ture alcoolique. ,.., , ,r „ A„a

Voici quelques formules: Pr" : Bwodure de Mercure. 0.002

^ * Iodure de potassium.. 0,10

Pilules de proto-iodure de Mercure opiacées. ., ,. , , .,

(Pilulœcum iodurelo-hydrargyroso.) Fai.tes, dissoudre : contre les ascarides

* vermiculaires et lombricoides. (Trous-

Proto-iodure de mercure récemment pré- seaU-) . , , .

par(\ 5 gr. M. Boutigny a, dans ces dernières an- Extrait d'opium 2 — nées, composé un iodure de chlorure mer- Conserve de roses. . .10 cureux qui depuis lors a été très-largement

Poudre de réglisse q. s. exploité par quelques médecins spécialistes dans le traitement de la couperose.

Mêlez exactement l'extrait d'opium à la Ce composé est formé, soit avec un

conserve de roses. Ajoutez-y le proto- équivalent d'iode et deux de calomel, soit

ïodure, puis la quantité nécessaire de pou- avec un équivalent d'iode et un de calo-

dre de réglisse. Divisez la masse en cent mel.

pilules. Chaque pilule contient 0,05 de Pour préparer le premier composé, on

proto-iodure, et 0,02 d'extrait d'opium. prend :

^ ' "' Iode, un équivalent. . . . 1579,5

Pommade de prolo -iodure de Mercure. Protochlorure de Mercure,

(Fomalum cum iodureto-hydrargyroso.) deux équivalents. . . . 8948,5

Proto-iodure de Mercure 1 gr. °n ?u¥^ grossièrement '? calomel,

, , „ ..„.„ a„ & on 1 introduit dans un matras d essayeur,

Axonge benzomee 20 - pt Qn ]e chauffe doucement; en raf*Un{

Mêlez très-exactement sur un porphyre. jusqu'à ce qu'il commence à se sublimer;

(Codex.) alors on y ajoute l'iode par petites parties,

et la combinaison s'effectue avec bruit,

Bi-iodure de Mercure, Hgl ("iodure mer- sans perte sensible de l'iode. Si, au con-

curique, Berz.). Il est d'une belle couleur traire, on mélangeait l'iode avec le ealo-

rouge, insoluble dans l'eau, soluble dans mel avant de l'introduire dans le matras,

l'alcool chaud ; chauffé, il se volatilise en une bonne partie de l'iode se volatiliserait,

paillettes, jaune citron, qui devient rouge et l'on n'obtiendrait qu'un médicament à

au bout d'un temps plus ou moins long, proportions inconnues, et par conséquent

et immédiatement si on les frotte avec d'un effet incertain, une baguette de verre se combinant avec Pour obtenir le second composé, on

les chlorures alcalins, en jouant avec eux prend un équivalent de calomel seulement;

le rôle d'acide. On l'obtient en faisant dis- le mode de préparation est absolument le

soudre séparément dans une grande quan- même.

tité d'eau 100 parties d'iodure de potas- La première formule est destinée aux

sium et 80 parties de sublimé corrosif; préparations internes et externes sous

ou verse une des deux liqueurs dans forme de pommades; la seconde a été

l'an Ire; on lave le précipité rouge qui se coulée en cylindres pour servir comme

forme, on le fait sécher, et on le con- caustique, serve dans un flacon à l'abri de la lumière. La dénomination d'iodure de chlorure

Les formes sous lesquelles on l'admi- mercureux donnée à ces divers composés,

nistre sont les mêmes que pour le proto- est très-impropre; il est bien démontré

iodure de Mercure, lequel est actuelle- aujourd'hui que ce sont des composés en

ment beaucoup plus employé. proportions variables de proto, de bichlo-

M. Bouchardat a tout récemment dé- rure et de bi-iodure de mercure, qu'il vaut

couvert un iodure double de Mercure et de mieux après tout formuler par le mélange

morphine, qu'il obtient en traitant par de ces trois corps.

l'alcool bouillant un mélange de parties VI. Bromures. Deux combinaisons de

égales de bi-iodure de Mercure et d'iod- brome et de Mercure ont été employées,

hydrate de morphine. Par le refroidis- mais assez rarement. Elles ont à peu près

sèment, il se dépose des grains cristal- les mêmes propriétés médicales que les

lises du composé double, d'une couleur combinaisons correspondantes de chlore

blanche légèrement jaunâtre. C'est, dit-il, et de Mercure; ainsi le proto et le bichlo-

un sel presque aussi énergique que l'io- rure de Mercure peuvent leur servir de

dure de mercure, et qui doit être employé succédanés, avec beaucoup de précaution. VII. Cyanure. On emploie de préférence

M. P. Boullay a l'ait connaître aussi un à beaucoup de sels mercuriels le cyanure

iodure. double de Mercure et de potassium de Mercure, HgCg (cyanure mercurique,

Kl- (Hgl), qui, dans ces derniers temps, Berz.; prussiate de Mercure). Il est blanc,

a été employé en médecine d'une manière d'une saveur acre très-désagréable, so-

ellicace par le docteur Puche. Il donne a lubie dans l'eau, surtout à chaud, moins

ce sel la forme pilulaire en le mélangeant dans l'alcool; il est composé de : Mer-

avec huit fois son poids de sucre de lait, cure, 79,33; cyanogène, 20.67. et une quantité suflisante de mucilage de Préparation. On l'obtient en faisant

gomme arabique. bouillir dans 40 parties d'eau distillée,

5IKHCURE.

4 parties de bleu de Prusse et. 9 parties de bioxyde de Mercure finement pulvérisés.

Quand la matière a pris une oouleur d'un brun clair, on sépare le liquide par la lil- Iration, et l'on fait bouillir le résidu pendant quelques instants avec une nouvelle quantité d'eau; on filtre encore, on évapore les liqueurs et on les fait cristalliser.

Il est souvent employé à l'extérieur en solution dans de l'eau distillée, et en pommade; à l'intérieur, en j Unies.

h'oxydo-cyanure tle Mercure (cyanure basique de Mercure) a été employé dans les mêmes cas que le cyanure de Mercure ; il a été surtout préconisé par M. Parent, qui l'a administré dans les mêmes formes, mais avec beaucoup plus de suecês que le précédent.

On le prépare en faisant digérer dans l'eau 100 parties de cyanure de Mercure et 22 parties d'oxyde de Mercure; on tiltre et on évapore à siccité à une chaleur très-douce, car ce composé est facilement décompbsable par la chaleur.

VIII. Sels. Il nous reste à parler des sels de Mercure qui sont un peu déchus de leur ancienne importance thérapeutique, a l'exception cependant du nitrate acide de Mercure, dont nous allons bientôt faire mention, et qui est très-fréquemment employé, à l'extérieur, comme caustique.

1° Les sulfates. On en connaît deux :

le protosulfate de Mercure, Hg!0,SOs, qui est blanc, très-peu soluble, composé de 84 parties de protoxyde de Mercure et de 1G parties d'acide sulfurique. Il est inusité.

Le rieulosulfale, HgO,S03, blanc aussi, soluble dans G00 parties d'eau bouillante; formé de 73,16 parties de bioxyde de Mercure et de 2G,S4 parties d'acide sulfurique.

L'eau le décompose en deutosulfate solide et en sous-deutosulfate presque insoluble, poudre d'un beau jaune, connue et employée autrefois sous le nom de précipité jaune, et surtout sous celui de turlith minéral. On en faisait une pommade qui, dans ces derniers siècles, a eu une très-grande vogue.

2° Les azotates ou nitrate. Deux sont employés en méd;cine, le prolo et le deutonitrate de Mercure.

Le protonitrate, Hg?0 ,AzOs, cristallise en prismes blancs : il est d'une saveur acre, styptique; traité par l'eau, il se décompose en nitrate acide soluble et en une poudre blanche insoluble, devenant jaune verdàtre par des lavages a chaud; c'est le lurbith nitreux des anciens.

Si l'on verse lentement dans le protonitrate acide obtenu quelques gouttes d'ammoniaque peu concentrée, on a bientôt un précipité noir qu'on nommait autrefois Mercure soluble d'Hahueinann protonitrate ammoniaco-mercuriel).

La préparation du protonitrate se fait en dissolvant, au moyen d'une douce chaleur, 1 partie de Mercure dans 2 parties d'acide nitrique.

Ce sel entre dans la composition du

sirop Mercuriel de Bellet, médicament infidèle que l'on avait vanté d'une manière exagérée- La deutonitrate de Mercure, HgO,Az0s, est un sel presque incristallisable, trèscaustique. L'eau le change en un sousnitrate et en une dissolution acide.

Voici, d'après le Codex, la préparation du nitrate acide de Mercure liquide :

Pr. : Mercure 100 parties.

Acide nitrique à 33".. 200

Faites dissoudre le Mercure dans l'acido nitrique, et évaporez la dissolution jusqu'à ce qu'elle soit réduite aux trois quarts de son poids primitif, c'est-à-dire à22S parties.

Le deutonitrate sert a composer l'onguent citrin, qui est préparé avec : Mercure, 40 gram. ; acide nitrique, SU gTam. ; axonge et huile d'olive, de chaque, 400 gram. m. s. a.

La préparation du deutonitrate est la même que celle du précédent.

Le protoacétate de Mercure, Hg20, A-i-Og (terre foliée mercurielle) n'est presque plus employé. Pour l'obtenir on décompose une dissolution de protonitrate de Mercure par une dissolution d'acétate de potasse.

Ce sel fait la base des pilules ou dragées de Keyser.

Nous donnerons, en terminant, les principaux caractères des sels de Mercure.

Les sels à base de protoxyde sont précipités en noir par les alcalis, même par l'ammoniaque, et en blanc par l'acide chlorhydrique ou le sel marin. L'iodure de potassium les précipite en jaune verdàtre.

Les sels à base de bioxyde ou de peroxyde sont précipités en jaune par les alcalis, en blanc par l'ammoniaque; le sel marin ne les précipite qu'autant que leur solution est concentrée. L'iodure de potassium y détermine un précipité d'un beau rouge.

M. Mialhe a fait sur les Mercuriaux des recherches qui intéressent vivement les thérapeutistes et que nous allons essayer de résumer.

Suivant ce chimiste distingué, toutes les préparations mercurielles usitées en médecine sont en partie ou en totalité transformées en sublimé corrosif par les chlorures alcalins des humeurs, avec ou sans le concours de l'oxygène et de l'acide chlorhydrique.

Les protosels passent d'abord 1 l'état de protochlorure, lequel, à son tour, se transforme en chlorure mercurique.

Le sublimé produit se combine aux chlorures alcalins à la manière d'un acide complexe; dès lors il n'est plus précipité par l'albumine, et parcourt le cercle circulatoire sans être décomposé.

Les matières organiques n'altèrent pris en général le sublime corrosif, excepté l'acide formique et l'aldéhyde.

La proportion de bichlorure formé est

230 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

en rapport, non avec la quantité de pré- Ces réflexions ont conduit M. Mialhe à paration mercurielle ingérée, mais ave-; proposer quelques formules rationnelles celle des chlorures alcalins. dont le secret consiste précisément à as- La présence des matières organiques socier le sublimé à une quantité environ neutres n'empêche pas la transformation double ou quadruple de chlorure de sodu calomel en sublimé : la dextrine la fa- âium ou de sel ammoniac. C'est dans ce vorise ; le sucre, et probablement l'albu- sens qu'il a, par exemple, modifié la limine, ne la modifient pas, mais la graisse queur de Van Swieten. y apporte un retard marqué. Toutefois, deux objections doivent être

Voici les conclusions qu'on peut tirer faites a la théorie de M. Mialhe : si tous

de ces résultats, qui, d'ailleurs, ont été les Mercuriaux n'agissaient que parce

en partie contestés par MM. Hervy, Gui- qu'ils sont transformés en sublimé cor-

bourt. Caventou, Larocque et Morits : rosif, ils devraient tous produire les mêmes

1° L'action des préparations mercuriel- effets physiologiques; or il est certain que

les doit être attribuée en définitive au le calomel augmente singulièrement la

sublimé. sécrétion biliaire, et que le sublimé cor-

2° Les bisels sont plus actifs que les rosif détermine rarement la salivation;

autres. celle-ci est au contraire produite facile-

3° Il faut éviter d'administrer les pré- ment par les iodures et le Mercure di-

parations qui contiennent du sublimé et visé.

de l'acide formique ou du sucre en pré- Il est une observation fort importante

sence d'un alcali libre. que l'on doit à M. Bouchardat, c'est que

4° On peut, au contraire, l'associer aux l'iodure de potassium, en présence d'une

extraits, à l'albumine, comme l'a dit préparation mercurielle insoluble, donne

M. Soubeiran. naissance à un iodure double de Mercure

Pour favoriser l'action des protosels ou et de potassium. Toutefois, il se forme des bisels. autres que le bichlorure, il également du sublimé quand on met en convient de leur associer préalablement contact du calomel et un iodure aides chlorures alcalins. câlin.

L'emploi des Mercuriaux en thérapeutique est de date moderne. Les anciens craignaient défaire usage du Mercure à cause des propriétés vénéneuses qu'ils lui supposaient. Il faut arriver jusqu'aux Arabes pour trouver des notions positives sur l'usage médical de ce médicament. Ceux-ci ne l'employèrent d'abord que contre certaines affections cutanées, contre les ulcères, la maladie pédiculaire, la lèpre ; et ce fut plus tard, quand la vérole envahit le monde, que J. Widmann publia, en 1497, un ouvrage sur l'emploi du Mercure dans la syphilis (vide Gmelin, Apparatus medicaminum, t. VIII, p. 24). Peu après et presque en même temps, il parut une multitude d'écrits sur la même matière, et, depuis cette époque, le Mercure a pris dans la thérapeutique un rang des plus importants, qu'il a conservé jusqu'à nos jours.

Cependant l'emploi de ce médicament, d'abord borné à quelques maladies, s'étendit bientôt extraordinairement, et il est peu d'affections graves et si incurables qu'elles puissent être, qu'on n'ait essayé de guérir parle Mercure.

De tant d'essais, souvent peu philosophiques, de tant d'exagérations ridicules, de tant de travaux plus ou moins bien faits, il est resté beaucoup de résultats précieux, que nous essayerons de faire connaître.

Dans cet article, nous traiterons d'abord des Mercuriaux, c'est-à-cJre des préparations mercurielles et de leurs propriétés communes; puis nous étudierons ce qu'ont de spécial ces mêmes préparations, de manière à donner une histoire complète du Mercure.

ACTION PHYSIOLOGIQUE DES MERCUItlAUX.

11 faul distinguer flans l'action physiologique des Mercuriaux celle qui est le résultat de l'absorption du médicament, celle qui est le résultat de l'application directe du Mercure ou de quelqu'une de ses préparations sur nos tissus.

Le premier de ces modes d'action sera indiqué ici avec de grands détails, en faisant observer toutefois que les phénomènes que nous allons décrire s'observent surtout après l'administration des préparations insolubles. Nous ferons du second une mention moins étendue dans cet article, nous réservant d'en traiter d'une manière générale au chapitre de la médication irritante.

Dissolution dn sang. — Quand, depuis quelque temps, le malade a été soumis à l'action des Mercuriaux, il tombe dans un état de cachexie que tous les thérapeutistes ont déjà signalé, et qu'il est d'une grande importance de bien connaître.

Le visage du malade commence par pâlir, la peau du corps participe elle-même à cette décoloration. Le sang tiré delà veine, qui avant le traitement avait la couleur et la consistance normales, perd un peu de sa coloration, et surtout de sa consistance ; il est diffluent, et se prend en un caillot très-mou. Cependant si l'action du Mercure est continuée, cette dissolution du sang devient beaucoup plus manifeste, les paupières s'inCltrent, la face se bouffit un peu, les jambes s'œdématient, et les malades tombent bientôt dans un état d'anasarque générale. Ensuite surviennent tous les symptômes qui accompagnent ordinairement la liquéfaction du sang : les palpitations du cœur, l'anhélation et les troubles fonctionnels divers, conséquences nécessaires du contact du sang altéré avec les organes.

Dans le but de voir quelle est au juste l'action des préparations mercurielles sur le sang, le docteur Polotebnow de Saint-Pétersbourg (Schmidt's Jahrbucher, 1865, Bd. 125-3) a institué une série d'expériences d'où ilrésulte que le sublimé, par exemple, exerce sur le sang une action de décomposition qui détruit les globules en très-peu de temps.

Le docteur Polotebnow, pour avoir un réactif mercuriel convenable, a pris du sérum du sang de cheval auquel il a ajouté par chaque centimètre cube, 0S\0014 à0sr,00I5 (environ 1 milligramme et demi) de sublimé. Il a obtenu ainsi une sorte d'albuminat mercuriel transparent et incolore, à réaction alcaline, et pouvant se conserver intact pendant plusieurs semaines. Cette solution a été môlée à du sang de chien défibriné en même temps que, pour terme de comparaison, on répétait les mêmes épreuves avec du sérum de cheval donné à la même dose que la solution mercurielle. On a pu constater les résultats suivants :

Le sérum du sang de cheval ajouté au sang de chien défibriné, ne

238 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

donna qu'un mélange instable; au bout de quinze minutes, le liquide se sépara en deux couches, les globules sanguins allèrent au fond et il resta au-dessus un liquide trouble.

L'albuminat mercuriel ajouté au sang lui donna une couleur plus claire presque artérielle, et ce mélange parut bien intime. Ce n'est qu'au bout de 24 heures que les globules commencèrent à se séparer, la couche supérieure restant rouge cerise. Le docteur Polotebnow faisant ensuite l'analyse chimique et microscopique comparée des deux mélanges, arriva aux conclusions suivantes :

1° Les globules rouges du sang de chien défibriné traités par le sérum seul, se détruisent lentement et d'autant plus lentement qu'on a mis moins de sérum ; ils ne perdent que peu à peu leur hématine.

Sous l'influence d'une solution saturée de sublimé, presque tous les globules deviennent sphériques et ne peuvent revenir à leur forme première, sans doute par la perte de l'élasticité de leurs enveloppes. Ils sont, en outre, promptement détruits, et d'autant plus vite que l'on ajoute davantage de la solution mercurielle. Si l'on agite longtemps le mélangeou qu'on le porte pendant trente à quarante minutes à 37° ou 38", la dest truction est encore plus rapide. Les globules perdent aussi leur pigmen proportionnellement à la quantité de sublimé. Les globules blancs s'altèrent moins, leur noyau seul se trouble. Nous dirons enfin que l'analyse quantitative a fourni les données suivantes :

L'hématine perdue par les globules s'est retrouvée dans la couche supérieure, au bout de trois jours, dans les proportions suivantes:

Saug déQbriué. Albuminat. Hématine.

lre Expérience. 10 cent, cubes. 5 cent, cubes. 0sr,85 pour 100 cent, cubes.

4e — 10 — 0 (sérum seul). 0 ,005 —

On peut donc résumer ainsi l'action du sublimé sur le sang : destruction du globule caractérisée par leur déformation et la perte de leurs principes constituants, hématine et pigment.

Ces résultats sont tout-à-fait d'accord ;avec ceux qu'avait observés M. Bretonneau, en soumettant des animaux à l'intoxication mercurielle, ainsi qu'à ceux qu'on observe chez les malades qu'on vient à saigner pendant qu'ils sont soumis à la saturation mercurielle.

Hémorriiagies. — Cette action sur le sang devient tout aussi manifeste par certains phénomènes morbides signalés déjà par les auteurs qui nous ont précédés, dont le plus capital est la tendance aux uémorrhagies dites passives. Nous en voulons citer un exemple qui, tout seul, parlera plus haut que ceux que l'on a déjà indiqués. Le receveur-buraliste du pont de Montereau, atteint depuis longtemps d'un gonflement scrofuleux avec carie du fémur, vint nous consulter il y a vingt et quelques années;

le traitement que nous lui conseillâmes ne lui procura aucun soulagement, et, de retour à Montereau, il se confia aux soins d'un médecin qui commença par lui appliquer des sangsues au-dessus du genoux : il y eut un peu de mieux; mais, comme il y avait lieu de supposer l'existence d'une ancienne vérole, on crut devoir, cinq jours après l'application des sangsues, conseiller des frictions mercurielles dans le but de provoquer la salivation. En effet, trois jours après le commencement des frictions, les gencives se gonflèrent, et, le lendemain, la face, la langue et le cou étaient tuméfiés, et la salive s'écoulait abondamment. En même temps toutes les plaies faites par les sangsues, plaies fermées depuis huit jours, se rouvrirent et donnèrent issue à une telle quantité de sang, qu'il fallut arrêter l'hémorrhagie, qui menaçait de devenir mortelle et qui ne pût être réprimée que par des moyens énergiques et longtemps continués.

Cet état de dissolution du sang met artificiellement les femmes dans un état analogue à la eblorose, et doit causer tous les accidents qui caractérisent cet état, savoir : chez les jeunes fdles, le plus ordinairement l'aménorrhée, et rarement des métrorrhagies ; chez les femmes adultes, ou déjà sur le retour, souvent des métrorrhagies , et quelquefois des aménorrhées. C'est ce qui devient évident par les faits rapportés par M. Colson. (Arc/i. génér. de Méd., t. XVIII, p. 24; De l'influence du traitement mercuriel sur les fonctions de l'utérus.)

Salivation. — Le phénomène qui avait le plus frappé les médecins et les malades, c'était la salivation : après l'usage plus ou moins prolongé du Mercure, les gencives se gonflent, deviennent un peu douloureuses et chaudes, se recouvrent d'une petite pellicule blanche et extrêmement mince. En même temps les malades éprouvent un goût comme métallique, fort désagréable, et l'haleine prend un peu de fétidité. La langue, sans s'épaissir, se recouvre d'un enduit muqueux plus épais. La membrane muqueuse du pharynx et du voile du palais devient elle-même plus rouge et un peu douloureuse. Le gonflement commence par les gencives incisives inférieures et par l'intervalle des dents ; s'il existe une dent cariée, c'est par la gencive de celle-ci que la tuméfaction se manifeste d'abord. Des gencives appartenant aux incisives inférieures, le gongonflement passe aux supérieures, puisa toute la membrane muqueuse buccale. Si les gencives sont habituellement malades, l'inflammation hydrargyrique survient beaucoup plus tôt, et résiste davantage aux médications qu'on lui oppose.

Jusqu'ici il n'y a eu que du sentiment de sécheresse dans la bouche; quelquefois, mais rarement, il survient de petits crachottements; mais la salivation proprement dite ne commence ordinairement que lorsque l'inflammation des gencives et de la membrane muqueuse buccale est arrivée à un plus haut degré.

Il était essentiel d'insister sur la marche de l'infection mercurielle de la bouche, pour bien faire comprendre que tout commençait par la

2i0 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

membrane muqueuse et que la salivation n'était que consécutive. Cette marche était parfaitement connue, et elle se trouve indiquée dans une multitude d'auteurs; comment se fait-il donc que l'on vienne parler encore de l'action spéciale du Mercure sur les glandes salivaires, action que rien ne démontre ? Il y a, il est vrai, après l'administration du Mercure, supersécrétion des glandes salivaires ; mais entre ce phénomène et l'emploi des Mercuriaux, existe l'inflammation des gencives, qui, seule, est évidemment la cause de la salivation. Remarquez, en effet, que la salivation est un phénomène commun à toutes les phlegmasies de la membrane muqueuse buccale, à toutes les irritations vives opérées sur cette membrane. L'inflammation varioleuse de la bouche, le muguet, la diphthérite gingivale, les glossites, le travail de la dentition chez les enfants, et enfin tous les masticatoires divers augmentent la sécrétion de la salive au même titre que le Mercure, ou, pour mieux dire, au même litre que l'inflammation mercurielle de la bouche. Si le Mercure avait une action spéciale sur les glandes salivaires, nous verrions la salivation survenir avant l'inflammation de la bouche, ce qui ne s'observe jamais ; nous la verrions survenir nécessairement quand nous continuons longtemps l'action des Mercuriaux. Or, avec quelque opiniâtreté que l'on insiste sur les préparations hydrargyriques, jamais on ne détermine la salivation qu'au préalable les gencives ne se soient gonflées. Nous ferons observer qu'il en est exactement de même pour beaucoup d'autres glandes. En jetant dans l'œil un agent irritant, on augmente la sécrétion lacrymale, comme on exagère celle du foie et du pancréas en mettant une substance irritante en contact avec la membrane muqueuse de l'estomac, du duodénum, et de tout le canal intestinal.

Résumons-nous : le Mercure n'a sur les glandes salivaires qu'une action indirecte ; son action primitive et directe s'exerce sur la membrane muqueuse buccale.

Cette discussion serait oiseuse si elle ne menait à des points importants de thérapeutique. Et d'abord, pour juger que l'économie commence à se saturer de Mercure, il ne faudra pas attendre la salivation : le gonflement des gencives sera un indice suffisant ; et ensuite, pour prévenir et traiter la salivation mercurielle, c'est, comme l'ont fort bien fait sentir MM. Ricord et Velpeau, et comme nous-mêmes nous l'avons indiqué, c'est, disons-nous, aux gencives seules que la médication curative doit s'adresser.

Il est bien important que le médecin mette de la prudence dans l'administration des Mercuriaux si les gencives s'attaquent aisément chez le malade. Lorsqu'en effet l'on continue l'emploi du Mercure aux mêmes doses, les gencives se gonflent et s'ulcèrent, les dents s'ébranlent et tombent quelquefois, la langue se tuméfie et s'ulcère, la membrane interludes joues se boursoufle et s'excorie, et il n'est pas rare de voir enfin les alvéoles se nécroser et les difformités les plus graves en être la conséquence.

MERCURE. 2 il

le plus grand nombre de ceux qui sont soumis à l'influence du Mercure administré à doses élevées, éprouvent après un temps assez court l'inflammation de la membrane muqueuse buccale et la salivation qui en est la suite ; mais il est des constitutions rebelles qui ne sont nullement influencées par le .Mercure. Nous avons traité une dame à peau fine et délicate, qui avait une syphilis constitutionnelle : elle fut soumise, pendant plus d'un an, tantôt aux frictions avec l'onguent napolitain pratiquées sur le plat des cuisses, sous les aisselles ; aux bains de sublimé; à l'usage interne du proto-iodure de Mercure, et jamais les gencives ne furent même irritées. Chez elle, l'infection mcrcurielle se révélait parla diarrhée seulement ; en un mot, il semblait que, chez cette malade, la scène principale se passait du côté de la membrane muqueuse gastro-intestinale et des glandes hépatique et pancréatique, tandis que, sur les autres, elle se passe sur la bouche et sur les glandes salivaires.

Par contre, certains individus éprouvent des accidents mercuriels sous l'influence de la dose la plus minime. M. le professeur Récamier nous a souvent cité une dame qui ne pouvait prendre la dose la plus minime de Mercure sans être atteinte d'un érysipèle à la face. Breschet a vu la salivation mcrcurielle se déclarer le lendemain du jour qu'il avait cautérisé, pour la première fois, le col de l'utérus avec le nitrate acide de Mercure. Nous-mêmes avons vu une jeune femme qui fut prise d'une violente salivation après avoir fait une seule injection vaginale avec une solution de 30 centigrammes de sublimé dans 500 grammes d'eau chaude. Il n'est pas rare de voir des accidents inflammatoires se manifester du côté de la bouche chez les personnes qui n'ont pris que o, 10, 20, 30 centigrammes de calomel.

Le mode d'administration des Mercuriaux influe singulièrement sur la rapidité du développement de la salivation; en effet, un fait principal ressort d'un travail publié par le docteur Law, médecin de l'hôpital de sir Patrick Dunn, c'est qu'il suffit d'une très-petite quantité de Mercure administré à petites doses et à de courts intervalles pour obtenir la salivation, ou pour que le médicament exerce son action sur toute l'économie. Cette médication sera fort efficace dans des affections telles que la péritonite puerpérale, quelques formes d'érysipèle, l'iritis, etc., où il est utile d'obtenir promptement que l'économie subisse l'influence du Mercure. Voici le mode d'administration :

Le docteur Law fait faire, avec 5 centigrammes de calomel et une certaine quantité de gentiane, douze pilules que le malade prend à une heure seulement d'intervalle; souvent la salivation a déjà commencé à se montrer avant que le malade ait pris vingt-quatre pilules; quelquefois il en faut quarante-huit pour arriver à ce but; mais le plus souvent trente-six suffisent pour l'atteindre. Ainsi, dans un cas qu'il rapporte, elle a commencé après 12 centigrammes et demi de calomel ; dans un second après do centigrammes, dans un troisième après 10 centigrammes.

Il rapporte, il est vrai, deux cas où la salivation ne se développa dans

242 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

l'un qu'après 70 centigrammes de calomel , et dans l'autre après 1 gramme; mais les deux sujets n'avaient pas suivi exactement la prescription ; ils s'étaient hâtés d'avaler les pilules en bien plus grand nombre qu'il n'avait été ordonné, dans l'espoir de guérir plus tôt. Il paraîtrait, d'après le rapport du docteur Law et de quelques-uns de ses confrères, qui ont, sur sa demande, fait l'essai de cette médication, que, même dans l'iritis, la maladie commence à perdre de son intensité, ou même cède complètement, avec une dose extrêmement faible de calomel administrée d'après cette méthode, et avant que la bouche soit affectée ; il en serait de même dans certaines inflammations du larynx, dont les symptômes auraient souvent disparu avant que les premiers phénomènes de la salivation aient commencé à se manifester (Gaz. méd., t. VII, 1830, n° 16).

Depuis la publication de la seconde édition de notre ouvrage (1841), nous avons nous-mêmes très-souvent expérimenté la méthode de Law. Lorsque le cas est grave, nous faisons diviser en 24 paquets un mélange de 5 centigrammes de calomel et de 4 grammes de sucre. Dans les cas ordinaires, la même dose est divisée en 42 paquets seulement, et chaque paquet est pris ou toutes les heures ou toutes les deux heures. On continue de la même manière deux jours, trois jours même, et quelquefois davantage. Chez les femmes, nous avons obtenu presque constamment le gonflement des gencives au bout de quarante-huit heures, quelquefois après l'administration de o centigrammes de calomel seulement ; rarement il nous a fallu donner 45 centigrammes. La salivation a été ordinairement très-modérée, et si par hasard la stomatite prenait quelque gravité, un collutoire borate ou alumineux en faisait promptement justice.

Cette méthode a le précieux avantage de n'avoir rien de désagréable pour le malade, de produire l'infection mercurielle plus rapidement que les frictions les plus abondantes faites avec l'onguent napolitain, enfin de n'aller presque jamais au delà du but que l'on veut atteindre.

Quant aux effets thérapeutiques que l'on obtient, ils sont en tout semblables à ceux qui sont produits par d'énormes doses de Mercure données de manière à arriver rapidement à la salivation. Nous y reviendrons plusieurs fois un peu plus loin.

L'infection mercurielle ne s'obtient pas à beaucoup près chez l'homme adulte aussi vite que chez les femmes : il faut quelquefois, pour un homme, répéter les doses de calomel six ou huit jours, et même davantage, avant d'amener la salivation ; il en est de même pour de très-petits enfants : mais la différence que nous signalons ici s'observe également lorsque l'on donne les Mercuriaux par les méthodes ordinaires.

La nature de la maladie est aussi pour une grande part dans la difficulté avec laquelle la salivation s'établit. Les affections cérébrales semblent donner à cet égard une sorte d'immunité; et c'est quelquefois en vain que nous insistons sur les Mercuriaux chez les malades atteints de

méningite, d'apoplexie ou d'une lièvre accompagnée d'accidents ataxoadynamyques.

Influence sur les fonctions «llgestivcs. — Mettant à part ici l'in- Quence directe que les préparations mcrcurielles peuvent exercer sur la membrane muqueuse digestive, quand elles sont mises en contact avec elle, nous ne considérerons ici que les désordres causés par l'absorption du Mercure. L'inappétence se manifeste du moment que les gencives commencent à se gonfler; en môme temps les garde-robes deviennent plus faciles, et ordinairement il survient de la diarrhée, qui, ainsi que nous l'avons dit plus baut, remplace quelquefois la salivation. Cette diarrhée, le plus souvent modérée, peut être quelquefois très-vive et s'accompagner de coliques douloureuses et de ténesme. Les matières fécales prennent, dit-on, une teinte verte analogue à celle des herbes cuites. Cette teinte suit à peu près constamment l'ingestion du calomel, et nous l'avons presque toujours observée; nous ne nous sommes pas assurés si elle avait également lieu lorsque le dévoiement était provoqué par l'action indirecte des Mercuriaux.

Circulation et caioriflcation. — L'infection mercurielle s'accompagne d'un malaise notable et d'une accélération du pouls facilement appréciable. En même temps la peau est plus chaude ; enfin, il y a évidemment de la fièvre. Cette lièvre est-elle symptomatique des lésions locales diverses que provoque le Mercure, ou bien, au contraire, dépend-elle de l'action que le médicament absorbé va exercer sur l'ensemble de l'économie? Nous pensons que ces deux causes jouent un rôle dans la production de cette fièvre, mais nous sommes portés à admettre que la première doit surtout être mise en ligne de compte. Nos motifs sont les suivants. Pendant l'administration des Mercuriaux, il y a un peu de malaise, surtout quand il survient de la cachexie; mais on n'observe pas de phénomènes fébriles intenses; au contraire, la fièvre s'allume alors que survient la diarrhée ainsi que le gonflement de la membrane muqueuse qui tapisse la bouche et le pharynx.

Cette fièvre mercurielle a cela de particulier qu'au lieu de s'accompagner d'exaltation des forces, elle est, au contraire, signalée par une dépression du pouls et par une débilité extraordinaire. A Leipzig, où l'on traite fréquemment la fièvre typhoïde par le calomel, on obtient presque immédiatement un abaissement notable de la température. (Wundcrlich.) Nous verrons plus tard, en étudiant les usages thérapeutiques du Mercure, quels services a rendus à la médecine cette propriété débilitante du

Rien, au reste, ne paraît si simple que de se rendre raison de ce dernier mode d'action. Le Mercure est un véritable poison, et outre l'influence que cet agent exerce sur le système nerveux, il en est encore une autre non moins puissante : nous voulons parler de celle qu'il a sur le sang

241 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

qu'il altère. On comprend alors comment le liquide réparateur, n'arrivant plus aux organes avec les qualités qui lui sont propres, ne puisse plus servir de la même manière et à la nutrition et à l'exercice fonctionnel de ces mêmes organes.

Influence sur le système nerveux. — Nous ne savons guère si le Mercure agit sur le cœur et sur tous les autres organes directement ou indirectement, et si par hasard la modification première ne s'exerce pas sur les centres nerveux de la vie animale et de la vie organique, lesquels influencent autrement les parties auxquelles ils se distribuent. Toutefois, on ne peut s'empêcher de constater que les Mercuriaux déterminent, dans le système nerveux, des accidents tout spéciaux qu'aucun autre agent ne fait naître.

Ces accidents sont rarement le résultat de l'action immédiate du Mercure, de sorte qu'on ne les observe pas souvent chez ceux mêmes pour lesquels on exagère la médication mercurielle. Nous avons bien souvent vu faire des frictions avec l'onguent napolitain, de manière à infecter promptement l'économie; la salivation et tous les désordres qui l'accompagnent, la diarrhée, la' fièvre mercurielle, s'observaient en effet, et jamais nous n'avons vu naître aucun accident nerveux qui valût la peine d'être noté; mais il n'en est pas de même quand le patient reste longtemps soumis à l'action du Mercure : tels sont les doreurs sur métaux, les ouvriers qui exploitent les mines de Mercure, les malades que l'on tient pendant longtemps à un traitement mercuriel. Chez eux, en effet, on finit par apercevoir une certaine hébétude et moins d'aptitude intellectuelle: bientôt surviennent des tremblements qui, d'abord analogues au tremblement sénile, finissent par simuler presque complètement celui qui accompagne le delirium tremens; et, à certaines périodes de la maladie, les troubles de l'intelligence sont tels quelquefois, qu'ils constituent une véritable manie. Cette manie, qui a d'ailleurs tant de rapports avec celle des ivrognes, offre encore cette ressemblance de plus, qu'elle est caractérisée le plus ordinairement par des hallucinations et par des terreurs extraordinaires.

Nous venons de dire que nous n'avions jamais vu le tremblement mercuriel survenir dans le commencement d'un traitement, lors même que l'on exagérait les doses du médicament ; la plupart des auteurs déposent dans le même sens : Hoffmann, Schott, "Willis (V.Gmelin, Apparat, med., t. VIII, p. 23), et Sauvages (Nosologie), parlent du tremblement comme d'un accident qu'ils ont rarement observé. Feu Cullerier, dans le Dictionnaire des sciences médicales (t. XXXII, p. 481), semble vouloir venger le Mercure de toutes les accusations dirigées contre lui. Toutefois il importe d'ajouter que les faits rapportés par M. Colson (Archiv. gêner, de méd., t. XV, p. 338) démontrent de la manière la plus péremptoire que le tremblement peut être aussi, mais exceptionnellement, un des accidents primitifs de l'action des Mercuriaux.

MERCURE. 2KJ

Maladies de la peau. — L'usage des Mcrcuriaux en général, mais surtout celui des frictions avec l'onguent napolitain, quand ces moyens sont administrés de manière à provoquer immédiatement la salivation, cause souvent des sueurs profuses, à la suite desquelles la peau se recouvre d'une innombrable quantité de petites vésicules acuminées, véritable eczéma mercuriel. D'autres fois, c'est une rougeur semblable à celle de la scarlatine ou de la roséole. Ces lésions, signalées pour la première fois d'une manière bien explicite par Pearson, en 1783, furent surtout bien étudiées par Alicy, qui publia, en 1810, un ouvrage intitulé : Observations on hydrargyria or that vesiculous disease arising from the exhibition of Mercury.

Sur quarante-trois malades dont Alley a recueilli l'bistoire, huit ont succombé. Une aussi effrayante proportion de morts a de quoi nous sur prendre, car nous aussi nous avons eu occasion d'observer de graves désordres du côté de la peau des malades qui étaient traités par de hautes doses de Mercure ; quelques-uns ont été fort incommodés par cette maladie cutanée, mais nous n'avons eu à déplorer la perte de personne.

Parlerons-nous ici d'un phénomène singulier observé par Harold (Arch. de MeckL, 3e cah., p. 532)? 11 s'agit d'un homme qui, soumis à un traitement mercuriel après avoir pris à l'intérieur du soufre, devint d'une couleur bistre. Nous ne saurions dire si le fait cité par Harold est cuntrouvé; ce que nous pouvons affirmer, c'est que, si l'on fait prendre à un malade un bain de sublimé après un bain sulfureux, ou réciproquement, la peau revêt souvent une teinte jaune brun qu'elle conserve jusqu'à la chute de l' épidémie. Ce léger accident, que nous avons observé dans les hôpitaux, où des gens de service donnent fréquemment un bain de Baréges pour un bain de sublimé, et vice versa, n'a jamais eu d'autre suite fâcheuse qu'une coloration brune passagère de 1'épiderme. 11 est bon pourtant que le praticien soit averti, car il peut, s'il ignore cette particularité, prescrire alternativement des bains sulfureux et tnercuriels à des malades qui seraient sans doute fort affligés d'un pareil accident.

Nous dirons enfin que la connaissance de l'action du plomb sur le produit de la conception a conduit les observateurs à des recherches analogues pour le Mercure. Le docteur Keller [Gaz. des hôp., 18G1) nous a appris qu'en Bohème, et notamment à Priedrichsthal, Neuhurkenthal et Plisenthal, la fréquence des avortements chez les femmes employées dans les fabriques de glace est telle, qu'elle a décidé l'administration à ne plus employer de femmes mariées dans les ateliers d'étamage. Le docteur Lizé {Union médicale, 1862, n° 7) a fait de semblables observations à l'Hùtel-Dieu du Mans. 11 a constaté que, quand les femmes étaient employées seules ou avec leurs maris aux travaux de chapellerie, dans lesquels on emploie le nitrate acide de Mercure, l'avortement est fréquent, et que si les enfants ne meurent pas avant terme, ils périssent de bonne heure après une existence misérable. L'influence se fait même

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sentir alors que le père seul a subi l'influence du travail du Mercure.

M. Colson a montré de plus, que chez la femme enceinte, l'usage du Mercure à titre de médicament peut même tuer le fœtus {De V influence du traitement mercuriel sur les fonctions de l'utérus; Archiv. de médecine, t. XVIII, n° 24).

Ainsi donc, cacochymie, ulcérations de la bouche, de la langue, du pharynx, nécrose des os maxillaires, diarrhée, tremblements, délire, manie, affections aiguës de la peau, avortement, tels sont les accidents que l'on peut reprocher au Mercure, ou plutôt au médecin qui administre imprudemment les Mercuriaux, car il est rare qu'une pratique sage et mesurée permette le développement de semblables désordres.

Est-ce à dire maintenant qu'il faille encore attribuer au Mercure l'effroyable cohorte de symptômes que la plupart des médecins imputent à la vérole constitutionnelle ?

Cette question est d'une grande gravité, car aujourd'hui le Mercure trouve encore de puissants détracteurs. Le lecteur nous pardonnera donc de nous y appesantir quelque temps, et d'essayer de jeter quelque jour sur une question obscurcie plutôt qu'obscure.

Toutes les fois qu'on a administré du Mercure pour une affection syphilitique, il y a quelque chose de complexe dans les accidents qui peuvent suivre. On ne peut, en effet, dire avec certitude quels sont ceux que la vérole a causés, quels sont ceux qui sont provoqués par les préparations hydrargyriques ; et l'on comprend que les débats des thérapeutistes peuvent être éternels sur ce point, si toujours ils n'examinent la chose que chez ceux qui ont eu conjointement un traitement mercuriel etla syphilis.

Mais ce n'est pas ainsi qu'il faut procéder. Il faut étudier d'abord les accidents syphilitiques indépendamment de tout traitement, et, d'un autre côté, les accidents mercuriels, abstraction faite de toute complication éventuelle. De cette manière, on simplifie singulièrement la solution du problème. Il n'y aura, en effet, d'erreur possible que sur les accidents communs aux deux causes. Il ne faut donc que comparer ces accidents communs, et voir en quoi ils diffèrent, en quoi ils se ressemblent.

Du côté de la peau, il se manifeste, et sous l'influence du Mercure et sous celle de la syphilis, des désordres graves. Dans la vérole, les accidents secondaires ne surviennent le plus souvent que plusieurs mois après l'infection vénérienne ; ce sont des pustules, des tubercules, des croûtes, etc.; toutes ces lésions ont une forme essentiellement chronique; dans l'hydrargyrie, les désordres du côté de la peau sont immédiats, aigus; ils se manifestent presque constamment pendant que le malade épi ouve la salivation ; ce sont des érythèmes, des papules, des vésicules, et rarement des pustules impétigineuses. Et certainement il n'est pas de médecin un peu attentif et un peu instruit dans la pathologie cutanée qui, dans l'immense majorité des cas, ne distingue ces formes, en général fugaces, qui sont propres aux affections cutanées mercurielles, des formes fixes et tenaces des syphilides. Sans doute, sur la limite de ces

MERCURE. 2i7

deux espèces d'altérations, il pourra su présenter des cas où le diagnostic sera difficile et même impossible; mais celte même difficulté se présente en pathologie, en histoire naturelle, ce qui n'empêche certes pas que les genres et les espèces n'aient, en général, des caractères tranchés.

Certaines maladies osseuses sont encore des accidents communs à la vérole et à l'hydrargyrie; ce sont des caries et des nécroses. Mais remarquez à ce sujet que les nécroses et les caries, dans la vérole, ou se développent dans un os sans qu'au préalable il y ait eu d'ulcère ou d'abcès, ou bien sont causées par l'extension de l'ulcération syphilitique aux os avoisinants. Dans ce dernier cas, le siège, la forme de l'ulcération, éclairent parfaitement le diagnostic. Les ulcérations syphilitiques occupent le voile du palais, la membrane muqueuse olfactive, celle du larynx; les ulcérations mercurielles s'observent aux gencives, à la commissure des mâchoires derrière la dernière molaire, au bord libre de la langue, à la face interne des joues. Ces dernières surviennent pendant la période aiguë de l'infection hydrargyrique, les autres dans la période chronique de l'infection syphilitique. Les ulcérations mercurielles amènent la carie et la nécrose rapides des alvéoles, et quelquefois d'une grande portion des os maxillaires, mais toujours l'altération osseuse commence par les alvéoles ou par l'apophyse coronoïde ; les autres entraînent la destruction des os palatins, de la charpente des fosses nasales. Les ulcérations mercurielles sont en général plus fétides, plus douloureuses, plus repoussantes que les ulcérations syphilitiques ; elles s'accompagnent presque constamment d'une cachexie générale, qu'on observe plus rarement dans la vérole.

Il est, nous l'avouons, fort rare que les accidents hydrargyriques se montrent du côté des parties génitales, accidents, au contraire, presque constants dans la vérole. Cependant il peut se faire que, dans certaines circonstances, l'action du Mercure détermine du côté du pénis ou de la vulve des maladies ulcéreuses d'une grande gravité.

Nous avons été témoins de la plupart des expériences curieuses que M. Bretonneau a tentées sur les animaux dans le but d'apprécier la nature des accidents que le Mercure pouvait causer. Un chien à qui l'on faisait prendre de grandes quantités de Mercure essaya plusieurs jours de suite de saillir une chienne en rut : l'irritation mécanique qui s'ensuivit amena une petite écorchure du prépuce, qui s'enflamma violemment, devint le siège d'un ulcère énorme, et iinit par la gangrène. (Traité de la dipht hérite, p. 204, Ire édition.) M. Paul Dubois a observé à la clinique d'accouchement de la Faculté de médecine de Paris plusieurs faits analogues à ceux que M. Bretonneau a rapportés. Chez les femmes atteintes de fièvre puerpérale, et qui avaient été traitées par des frictions mercurielles extrêmement copieuses, de manière à provoquer une salivation rapide, on a vu se développera la vulve une inflammation couenneuse qui s'est terminée par le sphacèle des parties génitales externes et par la mort. Ici, il est aisé de reconnaître la nature de l'ulcération, mais

248 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

l'erreur peut devenir facile dans certaines circonstances. En effet, nous pouvons supposer l'existence d'un chancre syphilitique, ou même celle d'une érosion superficielle du prépuce ou du gland; on peut comprendre que, sous l'influence de l'intoxication mercurielle, il survienne des accidents analogues à ceux que nous venons de signaler sur le chien dont parle M. Bretonneau, et alors, nous en convenons, le diagnostic serait environné de ténèbres bien difficiles à dissiper.

Cachexie La vérole constitutionnelle, le Mercure, peuvent amener

une cachexie ; mais la marche et les formes de cette maladie sont, en général, fort tranchées. La cachexie mercurielle, ordinairement rapide, survient enpeu de jours sous l'influence d'un traitement hydrargyrique actif; chez les ouvriers qui emploient le Mercure, chez les mineurs, chez les malades qu'on laisse longtemps sous l'influence du médicament administré à petites doses, la cachexie se développe avec lenteur, mais toujours elle conserve ses caractères : gonflement, lividité, hémorrhagie des gencives, bouffissure de la face et des extrémités inférieures, épanchement séreux dans la plupart des cavités, diarrhée habituelle, quelquefois hébétude, tremblement. La cachexie syphilitique, au contraire, ne s'observe que lorsque la vérole a duré longtemps. Elle est toujours ou du moins semble toujours être la conséquence de quelques lésions organiques chroniques, ou de douleurs aiguës qui ont privé le malade de sommeil. Elle s'accompagne d'amaigrissement extrême de la face et de tous les phénomènes qui sont propres au marasme. Si maintenant nous examinons les symptômes concomitants des deux cachexies, l'erreur ne sera plus possible à moins qu'elles n'existent conjointement, ce qui arrive assez fréquemment, et l'on en conçoit aisément la raison.

Douleurs ostéocopes. — On a dit que les douleurs nocturnes ostéocopes appartenaient aussi bien à l'hydrargyrie qu'à la vérole. A cela nous répondrons que l'on observe rarement les douleurs ostéocopes chez les ouvriers qui exploitent ou travaillent les préparations mercurielles. Nous n'avons observé ces douleurs ostéocopes qu'une fois, chez un étameur en glaces, malade à l'hôpital Saint-Antoine. Elles existaient le jour, mais plus particulièrement la nuit ; de plus, elles occupaient tous les membres, et n'étaient pas localisées comme les douleurs syphilitiques. D'ailleurs ceux qui ont pris du Mercure ne sont pas exempts de rhumatismes, et comme le rhumatisme a généralement des paroxysmes plus douloureux la nuit que le jour, l'erreur a pu être commise par des observateurs inattentifs ; mais si, d'une part, on voit les douleurs vénériennes sévir principalement au commencement de la nuit, on voit les douleurs rhumatismales, d'autre part, prendre un surcroît.d'intensité au point du jour. Ajoutez à cela que, presque toujours, les douleurs syphilitiques s'accompagnent d'exostoses ou de périostoses, ce qui ne s'observe jamais dans l'hydrargyrie.

Volatilisation du Mercure à la température ordinaire. — Les effets du Mercure se font non-seulement sentir quand le médicament est appliqué aux tissus, mais encore quand, volatilisé à la température ordinaire, il est respiré et qu'il imprègne les vêtements.

Cette volatilisation du Mercure à la température ordinaire a été parfaitement démontrée par Faraday et Colson, qui, plaçant une lame d'or ou de cuivre au-dessus d'une couche de Mercure, virent un amalgame se former promptement (Arch. gén. de méd., t. XII, p. 70). M. Colson (ibid.) invoque le témoignage de M. Duméril, qui assure que i"on a recueilli du Mercure métallique par le grattage des murs d'une salle de vénériens soumis au traitement mercuriel.

Ramazzini avait indiqué les funestes effets du Mercure sur les mineurs qui exploitent ce minéral (Maladie drs Artisans, p. 10, traduction de Fourcroy) ; et, longtemps avant lui, Walter Pope avait signalé les accidents graves qu'éprouvaient les ouvriers des mines du Frioul [Transact. philosopk., 1663).

M. Colson (loc. cit.) rapporte que lui-même et cinq autres élèves en médecine attachés au service des vénériens furent attaqués de gonflement mercuriel des gencives, bien qu'ils n'eussent touché aucune préparation hydrargyrique, mais seulement en séjournant dans les infirmeries où leur service les retenait.

Mais le fait le plus grave et le plus probant est celui qui est rapporté dans les Transactioyis philosophiques (part. II, p. 402). En 1810, le vaisseau anglais de soixante-quatorze, le Triomphe, reçut à son bord une grande quantité de Mercure. Le métal s'échappa des vessies et des barils qui le contenaient et de là se répandit dans tout le navire. Dans l'espace de trois semaines, deux cents hommes furent affectés de salivation, d'ulcération à la bouche et à la langue, accompagnées de paralysies partielles et de dérangement des intestins. Les effets se firent également sentir sur les animaux que l'on avait à bord. Les moutons, les cochons, les volailles, les chèvres, les souris, les chats, et même un chien et un serin, périrent victimes de la même influence.

Absorption du Mercure. — Le fait de l'absorption des Mercuriaux ne peut être raisonnablement contesté : il est grossièrement évident. Quel que opinion qu'on se forme sur le mode d'action ultérieure du médicament, on voit disparaître la substance appliquée sur la peau, ou sur une plaie, ou sur une membrane muqueuse ; elle est donc absorbée. Quelquesuns veulent que le Mercure ne puisse circuler dans les vaisseaux, et ils regardent même comme absurde celui qui le supposerait possible : feu Cullerier était de ce nombre. On se fonde sur deux motifs : 1" l'impossibilité physique que le Mercure métallique circule avec le sang ; 2° l'impossibilité de démontrer jamais le métal dans le sang, ou dans quelques parties que ce soit.

Et d'abord, personne ne dit que le Mercure métallique, tel que nous 8e ÉD.— T. i. 23

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le voyons, circule dans le sang; on suppose que l'action décomposante des tissus vivants entraîne au sein de l'économie des molécules mercurielles dans un état de composition chimique spéciale, et probablement sous forme de bichlorure. On peut d'ailleurs démontrer de la manière la plus positive la possibilité de la présence du Mercure dans le sang : c'est en injectant dans les veines d'un animal un peu d'une solution extrêmement affaiblie, 5 centigrammes par livre d'eau distillée de sublimé. Aucun trouble immédiat ne se manifeste, et l'on conçoit tout aussi bien que la préparation mercurielle soit introduite dans les vaisseaux chargés de l'absorption, et, de là, conduits dans le cœur et dans le reste de l'arbre circulatoire. Si le Mercure, d'ailleurs, n'était pas absorbé, comment expliquerait-on son action curative dans les maladies constitutionnelles? comment surtout expliquerait-on la guérison des maladies syphilitiques de l'enfant qui tette, alors qu'on ne fait prendre le Mercure qu'à la nourrice ? D'ailleurs M. Colson a démontré directement la présence du Mercure dans le sang, et cela par l'expérience suivante :

Il saigna des malades au milieu d'un traitement mercuriel actif, et dirigeant le jet du sang sur une lame de cuivre parfaitement décapée, il obtint un amalgame très-évident ; des expériences comparatives faites sur des sujets qui n'avaient pas pris de Mercure ne donnèrent aucun résultat semblable (/oc. cit., p. 87).

11 est vrai que MM. Cullerieret Ratier (Dict. de Mêd. et de Chir. prat., t. II, p. -450), répétant les mêmes expériences sur des sujets qui avaient pris et prenaient encore de grandes quantités de Mercure sous toutes les formes, n'obtinrent jamais d'amalgame comme M. Colson, bien qu'ils y missent tout le soin imaginable.

Et d'ailleurs, est-il question plus futile que celle dont nous nous occupons? Qu'importe, de grâce, que le Mercure soit ou ne soit pas absorbé en nature? Le fait est qu'appliqué au corps de l'homme, il produit telle ou telle modification ; c'est tout ce qu'il était utile de constater.

Voie «l'introduction du Mercure. — Les voies d'introduction choisies ordinairement pour le Mercure sont la peau et les membranes muqueuses, c'est-à-dire les téguments interne et externe, les seules parties auxquelles le thérapeutiste puisse confier l'absorption des médicaments. Quelquefois, sans doute, on peut encore les faire absorber à la surface d'une plaie qui intéresse le tissu cellulaire, mais ce sont là de rares exceptions.

Pour le Mercure, c'était jadis la peau que l'on choisissait comme voie d'introduction : aujourd'hui l'on préfère la membrane muqueuse digestive. Quelques médecins, Bayer entre autres (Gmelin, Appa?\, t. VIII, p. 73), préféraient les poumons; ils projetaient sur des charbons ardents, ou mieux sur une capsule de terre ou de métal rougie au feu, quelques grains de vif-argent dont les malades devaient respirer la vapeur.

Avant lui, Nicolas Massa (V. Van Swieten, Comm. de Botrhaave, t. V, p. 47G) avait conseillé les inspirations de cinabre volatilisé dans la vérole constitutionnelle. Cette voie d'introduction était, certes, la plus active et la plus rapide, comme le prouve l'exemple emprunté à un ouvrage anglais par l'illustre commentateur de Boerhaave. Dans cette observation, nous voyons le gonflement mercuriel des gencives commencer trois heures après une fumigation de ISO centigrammes de cinabre, et une série d'accidents mcrcuriels très-graves être la conséquence de cette médication. Mais Antoine Musa Brassavole insiste avec beaucoup de vigueur sur le danger d'une pareille médication, et recommande expressément que la fumigation ne soit faite que sur le corps, et que le malade ne respire pas de vapeur mercurielle [ibid. , p. 478). — La méthode des fumigations mercurielles n'avait certes aucun danger, appliquée suivant la méthode d'Antoine Musa, et nous l'avons trop souvent mise en usage pour n'être pas entièrement convaincus de son innocuité d'une part, de son utilité de l'autre, dans les cas précisément qu'indique Fracastor dans les vers où il s'élève si vivement contre les fumigations de cinabre pratiquées en laissant la tète du malade au milieu de la vapeur mercurielle.

At vero et partim durum est medicamen et acre, Parlim etiam fallax, quo faucibus angit in ipsis Spiritus, eluctaiisque animara vix continet aegram. Quo circa totum ad corpus nerao audeat uti, Judice me; cerlis fartasse erit utile membris, Quae papuhe informes chironiaque ulcéra pascunt.

On peut voir d'ailleurs dans Gmelin (App. med., tome VIII, pages 75 et suiv.) les disputes et les écrits auxquels a donné naissance la pratique des fumigations, remises en honneur dans le siècle dernier.

D'autres firent faire des frictions sur la membrane muqueuse de la vulve, ceux-ci sur le pénis et notamment sur le gland, ceux-là au cou et au niveau des parotides, quelques-uns sur la langue et sur la face interne des joues.

Mais des praticiens prudents et expérimentés, craignant, pour des enfants ou pour des malades profondément débilités, d'appliquer sans intermédiaire le Mercure sous quelque forme qu'il pût être, l'employèrent médiatement, et le firent préalablement absorber à des femelles d'animaux, à des femmes, dont le lait prenait des vertus curatives d'autant plus précieuses que le Mercure conservait ainsi toutes ses propriétés, sans offrir d'ailleurs aucun des inconvénients qu'on lui reproche avec juste raison. Ainsi Daumond faisait faire des frictions mercurielles à des ànesses, à des vaches, à des chèvres, pour nourrir des malades à qui il jugeait convenable d'administrer le Mercure (Traité de Physiologie de Jean Férapié du Fieu ; Lyon, 1763.) Assallini préférait le iait d'une chèvre à laquelle il administrait intérieurement le Mercure. (Essai médical sur les vaisseaux lymphatiques ; Turin, 1787.) Enfin, dans l'hôpital

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des Enfants-trouvés de Paris, on était dans l'usage de traiter les enfants véroles en faisant prendre du Mercure à la nourrice. (J. Colombier, Histoire de ca Société de médecine, 1719, page 181.) Cet usage existe encore de nos jours, non-seulement dans l'hospice des Enfants-trouvés de Paris, mais encore dans celui de presque toutes les grandes villes ; c'est celui que nous avions adopté nous-mêmes dans notre service d'enfants à la mamelle de l'hôpital Necker.

A Paris, M. Damoiseau a fondé, d'après l'invitation de plusieurs médecins, un établissement où il soumet à des frictions mercurielles et à l'ingestion du calomel ou du sublimé des ânesses et des chèvres dont le lait est ensuite porté à domicile. A. Lebreton, l'un des accoucheurs les plus distingués de la capitale, a eu surtout de fréquentes occasions de traiter de cette manière des enfants ou des femmes débiles qui ne pouvaient supporter le Mercure sous aucune forme. [Journal des connaissances médico-chirurgicales, t. IV, p. 200.)

Traitement des accidents mercuriels. — Quelque prudence que mette le thérapeutiste dans l'emploi du Mercure, il n'évite pas toujours des accidents même redoutables : on voit des malades éprouver une salivation abondante et tomber dans la cachexie mercurielle pour avoir pris quelques grains de calomel, et souvent, sous l'influence d'une température trop basse, les accidents marchent en quelque sorte invinciblement, et éludent l'habileté du praticien le plus consommé. On peut lire dans le Traité de la dipht hérite de M. Bretonneau, la description si vive, si attachante, de l'épidémie de Chenusson. On y verra avec quelle violence agissait le Mercure sous l'influence du froid qui régnait au mois de janvier 1826. La salivation, la cachexie, les hémorrhagies survenaient sous l'influence des doses de Mercure qui, pendant l'été, auraient à peine effleuré l'économie.

D'après ce que nous avons dit plus haut, il est évident que le traitement de la salivation consiste toujours à guérir la maladie des gencives. Le moyen préventif conseillé par M. Ricord est le suivant : dès que les gencives commencent à s'enflammer, M. Ricord les cautérise légèrement avec un petit pinceau imbibé d'acide hydrochlorique fumant, et il essuie immédiatement avec du linge sec, pour empêcher que l'acide ne se mette en contact avec les dents. Il recommence cette opération tous les jours, tant que le malade reste sous l'influence du Mercure et que l'on peut craindre la salivation. La médication de M. Ricord est incontestablement utile, et tous les praticiens lui sauront gré de l'avoir introduite dans la thérapeutique médicale.

Nous nous sommes souvent trouvés très-bien de l'usage d'un collutoire avec parties égales de borax et de miel.

La méthode de M. Velpeau consiste à faire faire trois ou quatre fois par jour des frictions sur les gencives avec de l'alun pulvérisé que le malade prend sur son doigt. Ce moyen a, comme le nôtre, le grand

MERCUKE. 233

avantage do no pas demander L'intervention du médecin et de pouvoir être employé par le malade lui-même. Remarquez, en outre, que la cautérisation de M. Hicord ne peut (''Ire mise en usage que pour 'es gencives des dents de devant, tandis que le moyen de M. Velpeau atteint toute la membrane muqueuse buccale. Avant nous, bien des médecins avaient tenté d'empêcher la salivation, el cela dès l'introduction du Mercure dans la thérapeutique de la vérole ; en effet, Matthiole (De morbo gallico; Venet., 1535). et plus tard Etaulin, Raisin, Cordet, Tilloloy [V. Gmelin, App. med., t. VIII, p. 38\ avaient vanté le camphre comme moyen préservatif; Missa même et Despatureaux croyaient à ce médicament assez «le vertus pour arrêter la salivation commencée. D'autres ont préféré le soufre, et Hunter est de ce nombre; d'autres le soufre doré d'antimoine, l'opium,le quinquina, les martiaux, la scommonée; mais tous ces moyens, si l'on en croit Astruc et Swediaur, dont l'autorité est si grave en pareille matière, n'empêchent en aucune manière la salivation (ibicl., p. 39).

D'autres, et ce sont les plus nombreux , après avoir donné quelquejours les Mercuriaux, administraient des purgatifs, pensant par là modifier ou plutôt détourner la fluxion qui se dirigeait vers les gencives {ibid. , p. 39 et \0) .On ne peut nier que, comme moyen préventif, les purgatifs ne soient évidemment utiles, et la pratique constante de nos voisins d'outre-mer en est la preuve la plus convaincante; mais, évidemment aussi, l'emploi simultané des purgatifs et des Mercuriaux n'est pas sans quelques inconvénients sur le canal intestinal, et si les préparations bydrargyriques sont données à l'intérieur conjointement avec les évacuants, un court risque de n'obtenir aucun effet général, le Mercure n'étant pas absorbé ; de sorte que, lorsque l'on donne des purgatifs, il faut, pour agir d'une manière altérante sur l'économie, donner les Mercuriaux extérieurement et employer comme dérivatifs les agents purgatifs.

Bromfleld dérivait la fluxion versles voies urinaires, et en même temps qu'il donnait despréparations diurétiques, il prescrivait des bains chauds et des gargarismes astringents (ibid., page 41).

D'autres enfin, dans le double but de favoriser les sécrétions cutanées, qu'ils regardaient comme très-dépuratives, et de détourner la fluxion salivaire, employaient les sudorifiques. Cette méthode sudorifique était surtout usitée clans les premiers temps de l'apparition de la vérole; les pauvres malades étaient placés dans une étuve chauffée avec la vapeur, et en même temps on les soumettait à d'énormes doses de Mercure. On peutlire dans le traité de Hutten, sur l'utilité dugaïac dans le traitement de la syphilis, de quelle manière on traitait de son temps (1519). — « Ils faisaient avec un Uniment composé de différentes drogues, des onctions sur les jointures des bras et des jambes. Quelques uns en faisaient sur l'épine du dos et sur le cou; quelques autres sur les tempes et sur le nombril. Aux uns, on n'employait le remède qu'une fois le jour ; aux autres, deux fois. On tenait les malades pendant vingt et trente jours, et quelquefois davantage, enfermés dans une étuve où l'on entretenait cou-

2M MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

tinuellement une très-grande chaleur. Après les avoir frottés d'onguent, on les mettait au lit, et les ayant bien couverts , on les faisait suer, etc., etc. »

'Plus tard et de nos jours encore, les prétendus sudorifiques forment une partie très-importante de la thérapeutique des maladies syphilitiques, et l'engouemeut qu'ils inspirent va jusqu'à l'exagération. Toutefois, ces moyens sudorifiques sont tous internes, tous tirés du règne végétal, et sont surtout le gaïac, la squine, la salsepareille, le sassafras, etc. On a proscrit, et c'est avec raison, les bains de vapeur, et ces moyens violents qui ne s'exercent en général qu'au grand détriment de la santé des malades.

Que si l'abus des sudorifiques et des moyens excitants divers, conseillés en même temps que le traitement mercuriel, ne conjure pas tous les accidents de celui-ci, on ne peut nier pourtant que la salivation entre autres ne soit accélérée, augmentée et entretenue par une température froide, et qu'on ne doive jamais conseiller les Mercuriaux au malade sans lui recommander de la manière la plus expresse de rester autant que possible dans une température douce et égale, et de porter des vêtements chauds et surtout de la flanelle sur tout le corps. Ces précautions sont quelquefois superflues dans les climats équatoriaux et pendant l'été des pays tempérés; mais elles sont indispensables du moment que l'on peut avoir à redouter des variations atmosphériques un peu brusques, surtout du refroidissement.

Mais après avoir passé en revue les moyens nombreux qui ont été employés pour combattre ou même pour prévenir jusqu'à certain point la salivation mercurielle, il nous reste à signaler un médicament, plus récemment introduit dans la thérapeutique, et dont l'efficacité est aujourd'hui parfaitement démontrée : nous voulons parler du chlorate de potasse. En effet, ce sel administré à l'intérieur, à la dose de 4 à 10 grammes en solution, suivant l'âge des malades, rend journellement les plus utiles services, à condition surtout que l'inflammation des gencives soit modérée. Il est bon d'ajouter que souvent même nous avons pu tenir en échec des salivations imminentes, en donnant le chlorate dépotasse concurremment ou alternativement avec les préparations mercurielles.

Traitement des maladies cutanées mercurielles. — Après la salivation, le plus graves des accidents immédiats résultant de l'emploi du Mercure, c'est incontestablement l'eczéma mercuriel, qui envahit quelquefois la surface entière du corps avec une extrême rapidité, et cause une fièvre violente, du délire, et d'autres symptômes qui peuvent amener la mort, comme nous en avons plus haut cité quelques exemples d'après Alley. Les bains émollients et gélatineux, les bains dans lesquels on verse 2S0 grammes, et jusqu'à 1,000 grammes de sous-acétate de plomb, les embrocalions générales avec un savonule composé de 500 grammes d'eau de chaux pour 100, 120 ou ICO grammes d'huile

d'amandes douces : tels sonl les moyens par lesquels il faut combattre les inflammations mercurielles de la peau qui deviennent menaçantes.

Traitement des accidents nerveux. — Les accidents nerveux sonl peut-être plus faciles à éviter que la salivation , mais il est infiniment plus difficile de les combattre. L'affaiblissement musculaire et les troubles de l'intelligence sent ordinairement irrémédiables. On peut, il est vrai, à l'aide des opiacés à haute dose, calmer le délire aigu avec tremblement qui survient quelquefois chez les doreurs sur métaux et chez les malades qui ont fait un abus extraordinaire des Mercuriaux; mais il reste toujours, après cette violente secousse, des troubles nerveux dont il est bien difficile de guérir. Il en est de même de la manie, de l'épilepsie, de la chorée mercurielle.

Traitement de la cachexie. — Quant à la cachexie, qui suit l'emploi des préparations hydrargyriques, elle a cela de très -grave qu'elle persiste longtemps, surtout chez les enfants et chez les femmes , et qu'elle prédispose ces dernières à la chlorose cl à toutes les suites de cette dernière affection; elle est d'autant plus à redouter qu'elle ne cède que difficilement, et qu'il est nécessaire d'insister pendant longtemps sur un régime analeptique, sur les amers, et notamment sur les martiaux.

Dietrich, qui a publié sur la maladie mercurielle un long travail qui, parmi des idées un peu aventurées, renferme d'excellentes choses et des vues ingénieuses, regarde l'or et ses préparations comme le moyen le plus efficace de combattre les accidents mercuriels chroniques. Quant au fer, qui a tant de puissance dans le traitement de la cachexie hydrargyrique proprement dite, il ne le faut employer que lorsque toute trace de virus syphilitique a disparu; autrement, suivant lui et suivant Horn, il aggraverait les accidents. (Pour ce travail de Dietrich, voir Journal des Connaissances méd.-chir., juillet 1840, — et Gaz. méd., 1839, t. VII, n" 47.) M. Ricord au contraire se loue beaucoup du fer dans la cachexie syphilitique, et il n'hésite jamais à l'employer.

Faut-il toujours guérir la salivation? Nous venons de voir par quels moyens on a essayé de conjurer les accidents mercuriels. Toutefois, beaucoup de médecins pensent que la salivation doit être seulement modérée, mais non guérie ; ils croient, et cette opinion avait acquis surtout une grande valeur alors que la médecine humorale dominait les idées de presque toutes les écoles médicales, ils croient, disons-nous, que le virus syphilitique est entraîné au dehors par la salive qui s'écoule; c'est ainsi queFracastor exprime cette idée :

Liquefacta mali exercmenta videbis.

Assidue spulo immuiulo fluitare per ora, Et largum ante pedes tabi mirabere (lumen.

Les premiers qui attribuèrent à la salivation cette vertu dépurative,

256 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.

pensaient que la fétidité de la salivation était une preuve en faveur Je leur opinion; mais Georges Dodone fit sentir aisément la fausseté de cette idée en prouvant que ceux qui accidentellement, et sans avoir eu de vérole, éprouvaient une salivation mercurielle, avaient l'haleine aussi fétide que les malades en proie aux accidents syphilitiques les plus graves. (Astruc, loc. cit., t. II, lib. 6.) La contre-épreuve démontrait en outre que les sialagogues les plus énergiques, employés chez les véroles, sollicitaient, d'une part, une salivation tout aussi abondante que le Mercure sans guérir la vérole, et d'autre part, une salivation qui n'était nullement fétide.

Boerhaave voulait la salivation dans la vérole constitutionnelle. Ubi vero pustuke ubiquc dispersa?, chlores artuum, noclurni labores, bubones magni torturœ ossium, sœpe tolerata gonorrhoêa, docent adesse luem, salivatio mercwialis requiritur. (Aph. I4G7.) Mais il la veut modérée, et il la continue pendant trente-six jours encore après guérison apparente de tous les symptômes syphilitiques. Tum subinde leni dnsi mercuriali ulendum per alios trigenta-sex dies ut lenissimœ sputalionis maneat vestigium (Aph. 1477.)

Van Swieten, quoiqu'il professe pour son maître une admiration qui va quelquefois jusqu'au fanatisme, reconnaît avec Astruc que la vérole constitutionnelle peut fort hien se guérir, lors môme que l'usage répété du Mercure n'a pas provoqué de salivation. Il s'appuie d'abord de l'imposante autorité d'Astruc, qui félicite ceux qui peuvent être guéris sans salivation, attendu qu'ils ont évité un accident incommode sans que la guérison soit moins certaine : Quod illis datum sit, rarâ salis felicitate, absque lœdio et periculo salivationis, atque adeo tu/iusque commodiusque, à vener eo morbo convalescere [ibid. 4, chap. 8). Astruc rassure les malades qui semblent craindre que l'absence de la salivation ne permette pas au virus d'être éliminé au dehors : Vtritos, ne, defeetu salivationis, curatiu quoque defectura sit, acid scminium morbosum profligari non possit, nisi foras exlerminetur (ibid.).

Van Swieten ajoute (Comment., t. V, p. 482) : « En examinant avec soin ce qui se passait dans les ulcères syphilitiques lorsqu'on administrait le Mercure jusqu'à la salivation, je voyais leur fond se déterger, leurs bords s'aplatir, la lividité de leur couleur diminuer, les douleurs ostéocopes se modérer avant que la salivation commençât. Je pensai donc que déjà le Mercure agissait, et qu'il se pourrait bien faire que la vérole se guérît sans salivation, pourvu qu'on laissât longtemps l'économie sous cette influence mercurielle. »

Si l'on en croit Sprengel (Hist. de la Méd., p. 519, trad. de Jourdan), Jean-Nicolas Pechlin et François Chicoyneau furent les premiers qui firent connaître les inconvénients de la salivation mercurielle, et Jacques Groinger, ainsi que Nil Rosen de Rosenstein, prouvèrent qu'elle n'est point du tout nécessaire pour guérir les maladies vénériennes. Pierre Desault, dans la vue de l'éviter, proposa assez peu habilement la méthode

dériva&ve, qui consiste à allier L'usage des frictions mercurielles avec celui des' moyens laxatifs. Henri Haguenot conseilla une méthode plus convenable qui fut nommée méthode de Montpellier ou d 'extinction. 11 cherchait en effet à agir sur la peau et à fortifier ses malades : il commençait par leur faire prendre des bains; il éloignait les frictions les unes des autres, et prescrivait un régime fortifiant.

Pour nous, s'il nous est permis d'apporter ici le résultat de notre expérience après celle de tous ces praticiens, nous dirons que nous croyons parfaitement inutile de provoquer une très-abondante salivation dans la vérole ; mais nous tenons longtemps le malade dans cet état indiqué par Boerhaave, ut lenissiime sputationis maneat vesligium, lorsque le malade est depuis longtemps sous l'influence de la diathèse. Les gencives, plutôt encore que la salivation, nous serviront de moyen de juger l'infection mercurielle générale. Nous voulons qu'elles restent un peu tuméfiées et échauffées. Dans certaines maladies aiguës, telles que la péritonite et le rhumatisme articulaire aigu, comme il faut arriver promptement à l'infection générale du système et à cette modification dans la crase du sang, qui sans doute est toute la médication, on ne peut pas toujours graduer les doses de Mercure comme dans la vérole ; et comme il importe de. ne pas rester en deçà du but, on risque souvent d'aller au delà. D'ailleurs, il est d'observation que plus vite agit le Mercure, plus énergiques sont les effets, plus graves sont les accidents qu'il détermine ; plus lente est son action, au contraire, plus il est facile de modérer les accidents qu'il provoque. Aussi, dans le traitement de la péritonite et du rhumatisme articulaire aigu par les Mercuriaux, a-t-on moins en vue de déterminer la salivation que cet état de cachexie générale si favorable à la résolution des phlegmasies aiguës. Si la salivation se montre, et souvent avec une violence qu'il est difficile de modérer, cela tient uniquement à ce qu'on a été souvent forcé d'agir vivement, et que des doses superflues de Mercure ont été introduites dans l'économie.

ACTION" TIIÉRArElTIQUE DES MERCURIAUX.

Nous verrons plus bas quel usage on peut faire des Mercuriaux comme topique, et nous verrons que le Mercure est, dans la thérapeutique externe, un des agents les plus puissants de la médication substitutive. D'abord nous nous occuperons plus spécialement du Mercure comme médicament général, nous réservant d'indiquer ensuite quelquesunes de ses applications topiques.

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