I . . sels dans lesquels l'oxygène de la base est
, ' ■", a? a l'oxygène de l'acide dans le rapport de
pmuloa ** 1 à 5." Enfin, il attaque tous les métaux,
9' •■ même l'or.
Triturez et laissez sécher. Jurt.ite de potasse (KO, IO=). lodale de.
Dose 20 a 50 centigrammes et plus. soude (jjaO, IO->). Ces sels ont été propo-
,. .... .. .. ses par MM. Dcmarquav et Gustin pour
Tisane d wdure d amidon. remplacer le chlorate de potasse et le
Amidon 20 gr. chlorate de soude. La dose varie de
Eau bouillante 1000 25 centigrammes à ler,50.
Sirop de gomme G0 Liqueur iodo-tannique. (Voir Tannin,
Teinture d'Iode 10 p. 138.)
On fait aussi des cigarettes ioriëes et des
Soubeiran indique aussi un sirop d'io- cigares, connus en Allemagne sous le nom
Jure d'amidon. de cigares d'Eckert.
Nous allons d'abord étudier l'action physiologique de l'Iode ; puis, après avoir rapidement exposé les phénomènes toxiques qu'il produit lorsqu'on l'administre à hautes doses, nous insisterons plus particulièrement sur ses propriétés thérapeutiques.
ACTION PHYSIOLOGIQUE DE L'iODE.
L'Iode et ses préparations diverses exercent une action topique irritante incontestable, et cette irritation peut aller jusqu'à l'eschariflcation. Aussi ne devons-nous pas être étonnés qu'ingéré dans l'estomac, ou introduit dans le rectum, dans le vagin, dans le canal de l'urètre, ou mis en contact avec la membrane muqueuse de l'œil, il provoque une inflammation locale proportionnée à la dose et à la nature du composé iodique. Ici commencent les effets toxiques dont nous nous occuperons plus bas.
Mais quand l'Iode est administré à des doses modérées, aux doses où généralement on l'emploie en thérapeutique, il a des effets locaux et généraux d'autant plus intéressants à étudier, que la plupart de ses propriétés thérapeutiques dérivent, ce qui n'est pas ordinaire, de ses propriétés physiologiques appréciables.
Effets locaux.— Ses effets locaux sont excitants et même irritants, et sous ce rapport l'Iode et ses préparations se placent parmi les agents les plus importants de la médication homœopathique ou substitutive.
296 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
Outre cette action irritante qui, dans les premiers temps, avait à peu près exclusivement fixé l'attention des thérapeutistes, l'Iode est encore doué d'une propriété remarquable qui mérite d'être d'autant mieux connue qu'en elle réside peut-être la véritable cause de l'efficacité merveilleuse de cette substance dans un très-grand nombre de maladies trèsdiverses en apparence : nous voulons parler de sa propriété antiseptique ou antiputride.
En supposant, ce qui n'est pas démontré pour nous, que les premiers observateurs, Lugolpar exemple, eussent vaguement entrevu la propriété détersive ou antiseptique de l'Iode, nous n'hésitons pas à affirmer qu'à M. Boinet, plus qu'à tout autre, revient le mérite d'avoir reconnu cliniquement la modification particulière qu'exerce cet agent médicamenteux sur les tissus affectés d'inflammation suppurative, et d'avoir fait ressortir la propriété qu'il possède d'agir consécutivement sur le pus, de le changer, et de lui enlever ses mauvaises qualités, fussent-elles même contagieuses et virulentes.
Ce fait capital, grâce aux travaux persévérants de cet observateur, se trouvait parfaitement établi, et, on peut le dire, universellement utilisé. Quel est, en effet, le médecin qui ne connût et qui surtout ne mît presque journellement à profit cette vertu si précieuse des préparations iodées pour modifier les plaies de mauvaise nature, pour tarir les diverses sécrétions purulentes ou tout au moins pour les assainir plus efficacement peut-être qu'avec tout autre agent de la matière médicale ?
Mais si la propriété caractéristique de l'Iode était bien connue, il n'en était peut-être pas de même de son mode d'action intime, ou du moins si la raison de cette propriété n'était plus complètement un mystère, on ne peut nier pourtant qu'il ne restât encore ici plus d'un point à élucider.
Déjà, à cet égard, la chimie physiologique avait fourni quelques lumières. Ainsi, Magendie, après Liebig, avait constaté expérimentalement que la fibrine, immergée dans l'eau, n'avait, au bout de quelques jours, contracté aucune odeur de putréfaction ; et il en avait tiré la conséquence que cette substance pourrait être employée pour la conservation des pièces anatomiques.
Les choses en étaient là, lorsque, pour éclairer cette question encore obscure, M. Duroy, pharmacien-chimiste, de Paris, eut l'idée d'instituer une série d'expériences dans lesquelles il fut conduit à mettre l'Iode successivement en rapport avec un certain nombre de substances animales ;.et, grâce à ces expériences habilement exécutées, il obtint de trèscurieux résultats.
L'occasion lui fit faire ses premiers essais sur du pus provenant d'un abcès par congestion, dans lequel on avait pratiqué une injection iodée.
Or, voici ce qu'il observa :
Vingt-quatre heures après son extraction, ce mélange de matière purulente et d'Iode, malgré son exposition à l'air, à la température de 20
à S.")0, n'avait point encore contracté d'odeur ; il était sensiblement alcalin, sans que la potasse y fit dégager la moindre trace d'ammoniaque
Au bout de huit jours, une légère odeur commença seulement à s'y manifester ; il la fit aussitôt disparaître en y ajoutant deux gouttes de teinture d'Iode.
Pendant plus d'un mois, le mélange resta dans un état de stabilité absolue, sans aucun signe de fermentation.
En regard du mélange dont il vient d'être question, du pus venant du même abcès et recueilli au moment de la ponction, fût examiné sans y ajouter d'Iode.
Au bout de vingt-quatre heures, ce pus non iodé avait une odeur fétide, une alcalinité prononcée et dégageait de l'ammoniaque au contact de la potasse.
Cette première expérience, dont nous ne pouvons donner ici qu'une analyse très-sommaire, avait eu pour résultat de démontrer deux faits importants, très-probablement corrélatifs, savoir : l'affinité très-remarquable de l'Iode pour le pus, et, d'autre part, la non-altération, après un assez long laps de temps, delà matière purulente à laquelle se trouvait combiné l'Iode.
M. Duroy n'en resta pas là : mais il répéta les mêmes expériences sur différentes matières animales, et entre autres sur le lait, le sang, l'albumine (blanc d'eeuf), ainsi que sur le gluten, et il arriva aux résultats les plus remarquables.
Ainsi, ces diverses substances auxquelles on avait ajouté I centigramme d'Iode par gramme, se trouvaient au bout d'un mois dans un parfait état de conservation, tandis que les mêmes substances non iodées, étudiées parallèlement, étaient en décomposition complète et dégageaient une odeur insupportable, même bien avant ce laps de temps.
Dérireux de se rendre compte de ces résultats, l'auteur se demande sur quels principes l'Iode, dans ces cas, porte spécialement son action. Relativement au pus, par exemple, l'Iode s'adresse-t-il aux corps élémentaires (hydrogène, oxygène) ou aux principes immédiats, comme l'albumine, la fibrine, la caséine, ou tout autre dérivé protéique contenu dans le pus, et tenant son origine du sang ? A priori, cette dernière supposition lui paraît la plus probable, malgré l'analogie qui dispose à considérer le rôle de l'Iode, conformément à celui du chlore, lequel, on le sait, a la plus grande tendance à soustraire l'hydrogène des composés organiques.
Si l'on considère toutefois, ajoute l'auteur, que l'Iode combiné à la température ordinaire avec de l'albumine, du sang ou du gluten, ne produit pas d'acide, immédiatement du moins ; que ces composés protéiques, rendus parfaitement neutres, ont toujours la puissance de soustraire l'Iode uni à l'amidon, il est bien permis de croire que ce métalloïde s'y porte à l'état élémentaire.
En faveur de cette opinion, l'auteur peut encore faire valoir cette con- 8e éd. — t. i. 20
298 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
sidération qui ressor(, de ses expériences elles-mêmes, à savoir : que l'Iode n'a qu'une très-faible action désorganisatrice, qui ne change pas la consistance ni l'homogénéité du lait, du sang et de l'albumine, qu'il n'altère pas non plus la texture ni l'élasticité du gluten. • Enfin, de ses expériences qui concordent d'ailleurs parfaitement avec les faits thérapeutiques les mieux établis, M. Duroy tire un certain nombre de propositions générales, dont les unes nous semblent très-légitimement déduites, mais dont quelques autres demanderaient peut-être à être soumises à de nouvelles vérifications.
Voici quelles sont ces propositions :
lre. L'iode est un puissant antiseptique ; il arrête et prévient la fermentation putride ; il manifeste cette propriété envers les solides et les humeurs de l'organisme animal, même en présence de l'air ;
2e. Il se combine chimiquement aux matières animales (chair, sang, albumine, lait, etc.), sans altérer sensiblement leurs formes. Il se comporte de même en s'unissant au gluten ;
3e. L'Iode a une affinité plus forte pour les substances protéiques que pour l'amidon ;
4e. Contrairement à l'opinion assez généralement reçue, l'Iode élémentaire pur, ou en solution aqueuse à l'aide de l'iodure de potassium, fluidifie les liquides animaux et le sang en particulier, ainsi que l'avait déjà constaté M. Poisieulle;
5e. Mais comme l'alcool, son dissolvant ordinaire, produit en injection la coagulation du pus, et que le coagulum pourrait s'opposer à la pénétration du médicament dans toute l'étendue des trajets fistuleux, il serait préférable de se servir, au lieu de teinture alcoolique, d'une solution aqueuse d'iode, favorisée avec une partie égale d'iodure de potassium ;
6e. Il serait rationnel de tenter l'application interne et externe de l'Iode clans les empoisonnements miasmatiques, dans les maladies épidémiques et putrides (choléra, fièvre jaune, fièvre typhoïde, pourriture d'hôpital, gangrène, etc.). Ne pourrait-il pas combattre l'action des venins et des virus
N'oublions pas de faire remarquer, relativement à cette dernière question , qu'il semblerait résulter des expérimentations communiquées récemment à l'Académie des sciences par deux médecins américains, MM. Brainard et Greene, que l'Iode et le brome posséderaient une action neutralisante des plus remarquables contre le poison du crotale et contre le curare.
Pour terminer, nous ajouterons que, jusqu'à ce jour, l'amidon était regardé comme le meilleur moyen de combattre l'empoisonnement par l'Iode. Mais d'après ces données nouvelles, il est permis de croire que, contre l'intoxication iodique, on emploierait avec non moins d'avantage le lait ou l'albumine.
En résumé, si M. Boinet a le mérite d'avoir reconnu et démontré par les faits cliniques la propriété détersive et antiseptique de l'Iode, on ne
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peut refuser à M. Duroy d'avoir complété celte étude en précisant plus nettement le mod • d'action de cette substance.
Si, pour M. Buinet, l'Iode empêchait l'infection purulente en vertu de sa causticité ou de toute autre action modificatrice non suffisamment déterminée, et consécutivement en s' opposant à l'absorption des matières putrides, M. Duroy, de son côté, a prouvé expérimentalement que l'Iode agit d'une manière directe, instantanée, non-seulement sur les tissus malades, mais sur les humeurs elles-mêmes, et qu'en se combinant chimiquement à ces humeurs et à ces tissus, il fait obstacle à l'action malfaisante de l'air et détruit le principe putride pour ainsi dire sur place. De ces faits et de ces explications, il est résulté une conséquence pratique importante, c'est que désormais on ne verra plus simplement dans l'Iode un agent thérapeutique, mais qu'on sera conduit à l'employer comme puissant préservatif, toutes les fois qu'on voudra éviter l'infection purulente ou arrêter la fermentation putride.
Les recherches de M. Duroy sont, comme on peut le voir, pleines d'originalité et d'intérêt. Considérées dans les expériences qui leur ont servi de base, et dans les déductions que l'auteur a su en tirer et dans celles qu'il est possible d'en tirer encore, ces recherches nous paraissent devoir produire d'utiles résultats.
D'une part, elles conduiront sans aucun doute les patbologistes à donner leur* interprétation rationnelle et vraie à des faits thérapeutiques importants et nombreux, aujourd'hui acquis à la science, faits encore mal expliqués ou restés jusqu'à ce jour dans le domaine du pur empirisme; nous pourrons citer entre autres les résultats des injections d'Iode dans les abcès par congestion, et dans les autres cavités purulentes, ainsi que les succès des inhalations iodées dans le catarrhe chronique et surtout dans certains cas de phthisie pulmonaire, etc., etc.
D'autre part, ces mêmes recherches ne peuvent tarder à susciter des expérimentations analogues de chimie physiologique, et vraisemblablement aussi à ouvrir la voie à des applications pratiques nouvelles de ce même agent.
En résumé, ces études expérimentales, poursuivies avec intelligence, nous paraissent destinées d'abord à mieux faire apprécier le mode d'action physiologique de l'Iode, et ensuite à agrandir de plus en plus son rôle thérapeutique, ou, pour mieux dire, à tirer bientôt de ce précieux médicament, qui a déjà tant donné, tout ce qu'il peut receler encore de bon et d'utile.
Effets généraux. — Absorbé par les voies respiratoires, ou par la peau, ou mieux parla membrane muqueuse du tube digestif, l'Iode cause des symptômes d'excitation générale fort sensibles, et, à ce titre, ce médicament pourrait être rangé parmi les excitants. Il donne d'abord de la sécheresse et de l'ardeur du pharynx, et, si le médicament est continué, il survient une véritable angine, en même temps que les glandes salivaires excitées fournissent une sécrétion plus abondante , un véritable
300 MÉDICAMENTS ALTERANTS.
ptyalisme. La circulation devient plus active et la peau plus chaude ; mais, suivant M. le professeur Kuss, de Strasbourg (Joubin, Thèse de Strasbourg, 1864), cette accélération du pouls s'observe surtout chez les gens dont la circulation est généralement calme. Le pouls, après avoir été ample et plein, devient au contraire petit et déprimé, puis revient à l'état normal. Chez les gens à circulation active, il n'en serait pas de même et la saturation iodique serait difficile à obtenir. L'appétit, au contraire, augmente d'une manière notable et les fonctions digestives s'exécutent avec une perfection inaccoutumée.
Un des accidents les plus communs des préparations iodées est un coryza très-violent, qui s'accompagne de céphalalgie frontale, de larmoiement et souvent d'une injection assez vive de la conjonctive. L'insomnie est chose commune. On observe même quelquefois des symptômes cérébraux qui généralement n'ont aucune gravité,-mais qui inquiètent quelquefois le malade, quand il est méticuleux, et le médecin, quand il ne connaît pas bien la portée du remède qu'il emploie. Ce sont d'abord une céphalalgie, ordinairement frontale, avec des élancements assez douloureux dans les yeux et dans les oreilles, quelquefois des tintouins et des éblouissements passagers. Ces symptômes cérébraux, que nous n'avons jamais vus aller jusqu'au délire ou à la convulsion, peuvent simuler pourtant une sorte d'ivresse que M. Lugol a appelée ivresse iodique. A ces signes, M. Kuss en ajoute d'autres, qu'une grande expérience de l'administration de l'iodure de potassium lui fait regarder comme presque constants. Ce sont des névralgies et en particulier des névralgies de la tête, qui peuvent être assez douloureuses pour forcer le médecin à suspendre le traitement. En outre, les éruptions propres à l'Iode, comme l'érythème, l'acné iodique, se montreraient d'abord dans le voisinage des parties malades, et seraient précédées d'un œdème localisé dans le même point et surtout d'un enduit lisse, grisâtre, tout spécial de la langue, qui permettrait de considérer les éruptions comme imminentes. Enfin, la sécrétion urinaire est ordinairement augmentée, pourvu toutefois qu'il n'y ait pas de sueurs trop abondantes, auquel cas l'urine coule en moindre quantité que dans l'état ordinaire.
Suivant M. Kiiss, on devra observer les préceptes suivants dans l'administration des doses du médicament :
On commencera par s'assurer de l'état du pouls du patient. Si l'on trouve que sa circulation est ordinairement fréquente, on pourra de suite aborder les hautes doses, car le malade sera très-vraisemblablement réfractaire à l'iodisme. Si, au contraire, le malade a une circulation lente et faible., il faudra commencer par des doses minimes et augmenter lentement, en surveillant l'état de la langue, qui par son. enduit lisse et grisâtre indiquera la saturation et l'imminence des éruptions.
Suivant M. Kuss, les effets thérapeutiques n'apparaîtront qu'après tous ces symptômes de l'action physiologique.
Chez les femmes, l'Iode cause encore des phénomènes spéciaux du
côté de la menstruation : à peu près constamment une exagération du (lux menstruel, et, chez quelques-unes de véritables hémorrhagies [Jaurn. compl. du Dict. des Sciences jnéd., t. XXXV, p. 359). Ces effets, nous les avons nous-mêmes constatés un grand nombre de fois, et nous verrons plus tard à quelles conséquences thérapeutiques ils ont conduit Bréra et quelques autres praticiens.
Il est une autre forme d'iodisme ou de cachexie iodique, déjà signalée par Coindet, qui a été étudiée tout particulièrement dans ces dernières années par Itilliet, sous le nom d'iodisme constitutionnel.
Dans cette forme d'intoxication iodique, à l'inverse de ce qu'on observe dans la précédente, les effets produits seraient, d'après Rillict, à peu près indépendants soit des doses du médicament, soit des espèces de préparations employées.
Ici ce serait l'Iode, en tant que substance ayant une action spéciale sur l'économie, qui donnerait lieu h un empoisonnement spécial, peu importe la forme sous laquelle on l'administre. Bien plus, ce serait même lorsqu'il est donné à petites doses que l'Iode produirait avec plus de facilité l'iodisme constitutionnel. L'auteur rapporte, à l'appui de cette proposition, un certain nombre de faits dans lesquels l'iodure de potassium, donné à la dose de 1 centigramme à 2 milligrammes en pilules ou en solution, ou bien à la dose d'un demi-centigramme en frictions, aurait déterminé cette sorte d'empoisonnement.
D'après ce même auteur, l'iodisme constitutionnel serait caractérisé par un ensemble de symptômes dont les plus saillants sont : un amaigrissement rapide, un appétit exagéré' et des palpitations nerveuses.
Cet amaigrissement est parfois tellement effrayant, que les malades deviennent en peu de temps méconnaissables, et prennent l'apparence d'individus en proie à la tuberculisation aiguë. Cet amaigrissement se manifeste d'abord par l'atrophie de certains organes glanduleux, pour lesquels l'Iode paraît avoir une affinité spéciale, la glande typhoïde, les mamelles, les testicules. Le visage maigrit avec le reste du corps, mais bientôt la maigreur devient générale.
A ces trois phénomènes, tout à fait caractéristiques et à peu près constants : le marasme aigu, la boulimie, les palpitations nerveuses, viennent s'ajouter plus tard d'autres troubles fonctionnels du côté du système nerveux, ayant une grande analogie avec ceux qu'on observe dans l'hypochondrie et l'hystérie.
Il importe d'ailleurs de faire remarquer que ces cas d'intoxication iodique, constituant l'iodisme constitutionnel, auraient été le plus géné- .alement observés à Genève, et, de plus, chez des personnes alfectées de goitre.
Présenter, comme étant assez communs dans la pratique, ces faits d'intoxication par l'Iode administré à petites doses, soit comme moyen hygiénique, soit comme agent thérapeutique, c'était heurter de front l'opinion générale, et en même temps c'était s'exposer à jeter une sorte
302 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
de défaveur sur une médication qu'on était habitué à regarder comme aussi inoffensive qu'efficace. — A ce double titre, il n'y a donc pas lieu de s'étonner si la communication faite par Rilliet souleva une si vive discussion au sein de l'Académie et dans la presse entière. • Beaucoup de ceux qui prirent part au débat, n'ayant jamais observé aucun accident à la suite d'un long usage des préparations iodées, n'hésitèrent pas à rejeter d'une manière absolue le rapport de causalité qu'on prétendait établir entre cet ensemble de phénomènes morbides tout à fait insolites, et l'Iode donné à haute, et surtout à très-petite dose.
Mais une pareille fin de non-recevoir, opposée à des observateurs, tels que Rilliet, M. Barlhez et quelques autres non moins recommandables, n'était guère admissible. Il y avait une autre manière d'interpréter les choses, à la fois plus rationnelle et plus vraie : c'était, tout en acceptant les faits d'intoxication iodique comme bien réels, de les considérer comme des faits rares, d'un caractère tout exceptionnel, et pouvant être rapportés à des circonstances très-spéciales de climat, de localité, d'idiosyncrasie, peut-être même à une coïncidence avec un état morbide particulier, telle que l'affection goitreuse. — Nous tenons d'ailleurs à ajouter, qu'après sérieux examen, telle fut l'opinion à laquelle finit par se rallier le plus grand nombre.
Ainsi considéré, l'iodisme constitutionnel rentrait dans les idées reçues, et il venait se placer tout naturellement à côté d'autres faits du même genre généralement acceptés, tels que les cas d'hydrargyrisme ou de narcotisme déterminés par de très-petites doses de mercure ou d'opium. Il est impossible de nier, en effet, qu'il est certains individus prédisposés, chez qui telles ou telles substances médicamenteuses produisent presque nécessairement des effets toxiques, si minime qu'en soit la dose.
Toutefois, relativement à la question qui nous occupe ici, nous devrons ajouter une remarque : puisque des faits antérieurs ont montré que les personnes affectées de goitre paraissent offrir une susceptibilité particulière à l'égard des préparations iodées, la prudence nous commandera de surveiller de plus près, dans cette circonstance, les effets de ce médicament, et surtout d'en suspendre l'usage dès l'apparition des premiers accidents qui pourraient faire craindre cette forme d'intoxication grave, décrite sous le nom d'iodisme constitutionnel.
L'absorption de l'Iode est incroyablement rapide. « Très-peu de temps après l'administration de l'hyd iodate de potasse, dit "VVallace (Journal des connaissances médico-chirurgicales, t. IV, p. 158), vous pouvez constater sa présence dans l'urine. Sur un chien empoisonné par l'Iode, M. O'Shanguessy l'a découvert dans l'urine quatre minutes après l'ingestion. Il n'est pas moins remarquable avec quelle vitesse l'urine cesse d'en manifester les traces aussitôt que l'on en interrompt l'usage. En général, quelque grande quantité d'hydriodate de potasse que le malade ait prise, quel que soit le degré de saturation de son urine, quelques
jours d'interruption dans l'emploi de ce remède suffisent pour qu'il n'en peste qu'une légère trace, mais cette trace continuera d'être perceptible
pendant plusieurs jours. Ces faits prouvent que l'hydriodate de potasse quitte l'économie aussi rapidement qu'il y entre. La sécrétion rénale n'est pas non plus le seul émonctoire qui donne issue à l'Iode dans l'économie. Si l'on administre cette substance à une nourrice, on la retrouve dans son lait et même dans l'urine de l'enfant qu'elle allaite ; vous la découvrez toujours dans la salive, et j'en ai constaté la présence dans les larmes de plusieurs malades affectés d'iritis avec larmoiement. »
Ces expériences avaient été faites déjà par le docteur Wœbler en 1826 [Zeischrift fiir Physiologie von Tiedemann). « Je Qs, dit cet auteur, prendre sur du pain quatre grains d'Iode dissous dans de l'alcool, à une chienne qui allaitait ses petits. Cinq heures après, un des petits était mort. On put découvrir l'Iode non-seulement dans le lait caillé contenu dans l'estomac du petit, mais encore très-distinctement dans son urine. Cette expérience démontre, par conséquent, à la fois le passage de l'Iode dans l'urine et dans le lait. »
Quelque temps avant ces expériences, Wœhler avait vu Tiedemann et Gmelin constater la présence de l'Iode dans l'urine d'un cheval auquel on avait fait prendre une solution d'hydriodate de potasse contenant une once d'Iode. (Journal des progrès, t. I, p. 43.)
Plus récemment encore {Journal des connaissances médico-chirurgicales, t. IV, p. 200;, M. Eugène Péligot a répété sur desànesses quelques-unes de ces expériences, et constate que leur lait contenait manifestement de l'Iode quand on leur avait fait prendre des quantités suffisantes de ce médicament.
On sait que quelques individus, surtout parmi les enfants en bas âge, ne peuvent tolérer ni l'Iode ni les iodures administrés en nature, même à très-faible dose, notamment si l'usage en est longtemps continué. Pour obvier à cet inconvénient, MM. Labourdette et Duménil, reprenant les expériences de M. Lebreton et de M. Péligot, viennent de faire tout récemment pour l'Iode, ce que d'autres avaient fait pour le mercure, le chlorure de sodium, etc., c'est-à-dire qu'après avoir fait prendre ce médicament, dans certaines proportions déterminées, à des femelles de mammifères (vaches et chèvres), ils ont administré aux enfants le lait de ces animaux.
Le lait ainsi obtenu ne saurait, au dire de ces observateurs, être assimilé au lait simplement additionné d'Iode. Ses propriétés physiques sont notablement différentes , de même ses réactions avec l'amidon , le chlore, etc. 11 contient au maximum 257 milligrammes de composé iodique par litre. Les 23/I00m" seulement du médicament sont éliminés par la sécrétion mammaire; l'urine, les fèces renferment des quantités considérables d'Iode.
Quant aux effets thérapeutiques du lait médicamenteux iodé, ils sont des plus remarquables ; sans action sur la peau et les membranes mu-
304 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
queuses, il exerce une action tonique et reconstituante qui permet de considérer cette substance ainsi administrée comme un excellent antiscrofuleux, et peut-être en obtiendra-t-on d'utiles résultats contre la phthisie pulmonaire, à l'instar du lait chloruré. (Académie de médecine, mai 1856.)
Ajoutons enfin que, dans ces derniers temps, M. Claude Bernard et M. Quévenne ont fait, chacun de son côté, soit sur des animaux, soit sur eux-mêmes, des expériences entièrement confirmatives de celles que nous venons de rappeler, expériences qui mettent hors de doute le passage extrêmement rapide de l'Iode par les divers émonctoires, et notamment par les glandes salivaires et les reins.
En effet, ce double mouvement d'absorption et d'élimination est tel, qu'au bout de quelques minutes, alors même qu'on n'a fait qu'appliquer un peu de teinture d'Iode sur la peau (Delioux, Bull, de T/térap., 1861, t. LXI), cette substance peut être saisie par les réactifs dans la salive et dans l'urine ; et puis, en moins de vingt-quatre heures, plus des trois quarts de l'Iode ingéré se trouvent rejetés hors de l'économie par ces diverses voies d'excrétion.
11 faut maintenant aborder les graves reproches que l'on a faits à l'Iode. Il s'en faut de beaucoup que dans les reproches et dans les éloges on soit resté clans les limites de la vérité. Les uns ont prétendu que cet héroïque médicament ne pouvait jamais produire d'accidents; d'autres ont pensé, au contraire, qu'il en déterminait de fort graves. Si l'on en croit certains médecins, l'usage longtemps continué de hautes doses d'Iode produit d'abord un amaigrissement considérable ; la peau devient visqueuse, sale ; les urines présentent une pellicule irisée ; les selles sont plus fréquentes, plus jaunes; le sperme s'écoule plus abondamment, ainsi que les règles; le sang devient plus liquide, les digestions s'altèrent, l'irritabilité des nerfs augmente. Si l'on persiste, il survient de la fièvre, les glandes se fondent, la phthisie nerveuse survient.
Wallace {loco cit.), grand partisan de l'Iode, a vu, pendant l'emploi de l'iodure de potassium à haute dose, survenir chez trois malades des symptômes de pleurésie aiguë qu'il attribue lui-même au médicament. Il cite aussi l'exemple d'un malade qui, après l'usage inconsidéré de l'Iode, fut pris de tremblements et de mouvements oscillatoires dans les yeux, symptômes déjà notés par le docteur John de Meiningen cité par Wallace.
Mojsisovitz, de Vienne, qui a expérimenté l'Iode et ses diverses préparations sur plus de 800 malades, blâme énergiquement l'emploi de la teinture d'Iode, qu'il accuse de produire les accidents les plus graves, tels que la fonte des seins et des testicules, la dyspnée, les crachements de sang, les battements de cœur et la constipation. Ces craintes sont évidemment exagérées : souvent et longtemps nous avons donné cette teinture sans causer d'accidents sérieux.
Mais, comme le fait très-bien observer ce dernier {loco cit.) et Zink [Jour, compl. du Dict. des Sciences méd., avril et mai 1824), cette fonte
de la glande mammaire, des testicules, du tissu cellulaire, des différents parenchymes, ces accidents nerveux divers sont extrêmement rares, et c'est à peine si un médecin, dans le cours d'une longue, pratique, a l'occasion d'observer un ou deux faits de ce genre. D'ailleurs les témoignages de Baup (Biblioth. univ. de Genève, t. XVIII), ceux de Garro (ibid.), ceux de M. Richmond [Areh. gcn. de .)/«/., t. IV, p. 324) vengent suffisamment l'Iode des imputations injustes dont il avait été l'objet.
Il en est de l'Iode comme du mercure. Si ce dernier médicament est administré imprudemment, il peut causer des accidents qui ne sont pas sans gravité ; mais ce n'est pas une raison pour rayer du catalogue de. la matière médicale l'un des agents les plus puissants et les plus utiles. D'une part, on ne peut le nier, il est des constitutions qui ne peuvent tolérer de faibles doses d'Iode, mais ces cas sont rares ; d'autre part, les personnes les plus robustes peuvent, quand le médicament est administré par une main imprudente, éprouver des accidents fort sérieux. Tout doit donc être imputé au médecin et non à l'agent de la médication.
Action tonique. — Dès que la dose de l'Iode a dépassé certaines bornes, il se produit, du côté des organes digestifs, des désordres semblables à ceux que causent les poisons irritants : inflammation, ulcération, quelquefois gangrène de la membrane muqueuse du tube digestif. Cet empoisonnement a pourtant des symptômes mixtes, ceux qui résultent de l'action irritante de la substance sur l'estomac et sur les intestins, et ceux qui dérivent de l'absorption du poison ; ces derniers sont : le délire, une excitation analogue à l'ivresse, de l'oppression. L'Iode, injecté dans les veines, produit une mort presque aussi prompte que l'acide cyanhydrique, sans doute par les modifications qu'il exerce sur le cerveau et sur la moelle épinière.
ACTION THÉRAPEUTIQUE DE L'iODE ET DE SES PRÉPARATIONS.
C'est à Coindet, de Genève, que l'on doit d'avoir introduit l'Iode dans la thérapeutique. Courtois, qui avait découvert l'Iode, et ceux qui, après lui, avaient fait des travaux cbimiques sur cette substance, ayant trouvé de l'Iode dans l'éponge brûlée, remède empirique si évidemment utile dans le goitre, Coindet imagina que l'Iode pourrait bien être la partie efficace de cette substance, et en conséquence il administra à l'intérieur, puis à l'extérieur, la teinture d'Iode aux goitreux. Le succès dépassa son attente, et, en peu de mois, il put avoir recueilli assez de faits pour rendre public le résultat de ses expériences. Dès lors l'Iode prit droit de cité dans la thérapeutique; et tandis que Bréra, à Padoue, répétait en grand les expériences de Coindet, Biett, à Paris, essayait dans les maladies chroniques vénériennes l'association du mercure et de l'Iode, et les iodures de mercure prenaient en médecine un rang important. Depuis lors un si grand nombre de fails sont venus augmenter ceux qui avaient été observés par les auteurs cités plus haut, que l'histoire de l'Iode est au-
J06 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
jourd'hui aussi avancée que celle de la plupart des médicaments les mieux connus.
Nous allons d'abord passer en revue les applications thérapeutiques qui dérivent de l'action résolutive du médicament ; ultérieurement, nous traiterons des autres indications thérapeutiques que l'Iode remplit.
Goitre. — Ce fut d'abord contre le goitre, ainsi que nous l'avons dit plus haut, que Coindet fit usage de l'Iode ; dès les premiers temps de sa pratique, il guérit, dit Coster (Arck. génér. de Méd., t. II, p. -431), près des deux tiers des malades sur une centaine dont Coster recueillit l'observation. Bréra, de son côté (Saggio clinico sull' lodo, Pad., 1822), publia des résultats qui, pour n'être pas aussi brillants que ceux dont parle Coster, n'en confirmaient pas moins ceux de Coindet. Janson, de Lyon (Arch. gêné)-, de Méd., t. IV, p. 77), Angelot (ibid., t. XII, p. 135), et tant d'autres dont on peut connaître les noms et les travaux dans l'excellente compilation de M. Bayle [Biblioth. thérap., t. Ier), déposèrent tous dans le même sens que Coindet, Costa et Bréra. Cependant il s'en faut de beaucoup que, à Londres, à Paris, et dans quelques grandes villes d'Allemagne, on ait eu à se louer de l'Iode dans le traitement du goitre autant que nos confrères de Suisse et d'Italie. Cela tient à quelques circonstances qu'il est fort essentiel d'indiquer ici. Il y a, entre le goitre des Alpes et celui qui se développe à Paris, par exemple, une grande différence, différence démontrée par la nature même des lésions anatomiques, que l'autopsie permet de reconnaître. Léveillé, Eymery, Fodéré, Itard, ont en effet constaté que le goitre contracté dans les pays de montagnes se guérit souvent par le seul fait du retour des malades dans les contrées où le goitre n'est pas endémique (Arch. génér. de Méd., t. XXII, p. 135) ; et Itard a vu à Lausanne un pensionnat consacré à de jeunes Anglais, où presque tous les élèves étaient atteints du goître, et auxquels on ne donnait aucun remède, parce qu'on savait que le retour dans leur pays suffirait pour les guérir. Ce goître ne tient qu'à une hypertrophie de la glande thyroïde, et, à ce titre, il se guérit avec facilité. Il n'y a donc rien d'extraordinaire dans les résultats de Coindet, de Coster, de Bréra, de Janson, d'Angelot, qui observaient dans des pays où le bronchocèle est endémique; mais les goitres que l'on observe à Paris et dans d'autres contrées ne sont plus, en général, de simples développements du corps thyroïde, mais des dégénérences squirrheuses, encéphaloïdes, tuberculeuses, osseuses, tophacées, cartilagineuses, kysteuses, de cet organe ; doit-on être surpris alors que l'Iode ne réussisse plus aussi bien, et même qu'il semble quelquefois donner lieu à des accidents locaux en hâtant la fonte purulente de ces productions morbides diverses? Bien souvent, en thérapeutique, on s'accuse réciproquement de mauvaise foi, alors que tout simplement on n'a pas appliqué le remède aux mêmes maladies.
On a beaucoup discuté, et pourtant on ne sait rien encore de positif sur
la cause du goitre; les uns ont cru trouver cette cause dans des circonstances météorologiques et orographiques, les autres, dans l'usage de l'eau de neige, etc. Plus récemment M. Grange, de Genève, dans des travaux intéressants sur la cause du goitre et du crétinisme, et les moyens d'en préserver les populations, a essayé de démontrer que ces affections endémiques devaient être attribuées aux terrains magnésiens et aux eaux riches en sels magnésiens. Dans une carte de distributions du goitre et du crétinisme en France qu'il a dressée, on voit que, contrairement a l'opinion reçue, le goitre est répandu dans les pays de plaine : il est endémique dans l'Oise, l'Aisne, la Somme, le Nord, ainsi que dans les pays où les montagnes sont d'une hauteur moyenne, les Vosges, le Lyonnais, le Jura, la Drôme, etc., etc.
L'auteur a cherché en outre à connaître les rapports de l'affection scrofuleuse avec le goitre; il a démontré qu'il n'existait aucun rapport entre ces deux maladies. En effet, les contrées dans lesquelles le goitre fait le plus de ravages sont celles où le vice scrofuleux en fait le moins; telles sont les Pyrénées (Académie des sciences, séance du 29 avril 1850).
Nous croyons que, avant d'admettre l'opinion de M. Grange, on doit faire de nombreuses analyses des os et des tumeurs goitreuses des personnes atteintes de cette maladie.
Les premières recherches de M. Chatin ont fait connaître que l'Iode existe non-seulement dans les eaux de la mer, ce que tout le monde savait, mais encore dans les eaux douces. Toutefois les eaux à leur source en sont ordinairement dépourvues, et c'est dans leur cours que les rivières s'en chargent en traversant des terrains qui en contiennent, et en recevant des débris organiques de plantes et d'animaux. Il démontre que l'Iode est un élément du corps de l'homme et un élément nécessaire qui lui est fourni par les eaux des fleuves ou des puits dont il fait usage. Que si, dans les montagnes, les eaux qui résultent de la fonte des neiges, et qui n'ont pu se charger d'Iode, servent à la boisson de l'homme, celui-ci se trouvera dans des conditions anormales, d'où certaines maladies, et le goitre en particulier.
Poursuivant ses belles recherches, M. Chatin est parvenu à constater la présence d'une certaine proportion d'Iode dans l'atmosphère.
Cet Iode est fixé dans le corps animal par l'acte de la respiration. Ainsi] l'analyse démontre que les gaz expirés ne renferment plus que la cinquième partie environ d'Iode contenu dans l'air inspiré.
L'air des lieux mal aérés et surhabités est en partie privé de son Iode.
Les eaux pluviales sont beaucoup plus riches en Iode que les autres eaux douces.
La proportion de l'Iode dans ces eaux indique approximativement l'état de l'ioduration de l'air dans un pays donné, et peut ainsi servir de moyen d'analyse.
La neige est iodurée, ainsi que la rosée, mais moins que la pluie.
La principale source de l'Iode de l'air réside dans les eaux, qui tendent
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continuellement à se dépouiller en tout (les eaux douces) ou en partie (eau de mer) de l'Iode qu'elles contiennent.
Dans le but de tirer de ses recherches quelques déductions pratiques, M. Chatin a partagé la France en diverses zones plus ou moins iodées, et il a indiqué les moyens de rétablir l'équilibre soit en tirant des produits des zones moins favorisées, ou en utilisant ceux de leur propre sol. Il conseille, par exemple, d'iodifier le sol par les engrais, par les irrigations, en mettant à profit les ressources minérales qui portent l'Iode en dissolution, et en iodifiant les produits qui servent à nourrir les animaux destinés à l'alimentation de l'homme.
Ajoutons que M. Chatin a trouvé que les liqueurs fermentées, le vin, le cidre, le poiré, etc., sont plus iodurées que les eaux douces ordinaires; que le lait, et surtout le lait d'ànesse, est très-riche en Iode, plus même que le vin, et qu'enfin les œufs en contiennent une telle proportion qu'un œuf pesant 50 grammes est plus ioduré qu'un litre de lait de vache, et autant que deux litres de vin et de bonne eau.
Disons encore que l'Iode a été trouvé en assez grande quantité dans les animaux d'eaux douces, notamment dans les écrevisses, les grenouilles, les goujons, etc., ainsi que dans les plantes aquatiques, le cresson, le phellandrium, le beccabunga, surtout celui des ruisseaux. Notons ici qu'en général les plantes qui croissent dans les eaux courantes sont plus riches en Iode que celles qui vivent dans les eaax stagnantes.
Ici l'on ne peut s'empêcher de faire une remarque, c'est que la plupart des substances, prises soit dans le règne animal, soit dans le règne végétal, que les thérapeutistes présentent comme les pectoraux, les antiscrofuleux et les antiscorbutiques par excellence, sont généralement riches en Iode. Ici, comme en beaucoup d'autres choses, l'observation n'avait pas attendu l'analyse chimique pour reconnaître la propriété de bien des remèdes devenus populaires ; on est heureux toutefois de voir la science leur apporter sa sanction, et rationaliser une sanction si utile, restée longtemps à l'état empirique.
Terminons en disant que M. Chatin est arrivé, grâce à ces belles études, à une autre conclusion pratique des plus importantes : c'est que deux des plus grandes infirmités chez l'homme, l'une du corps (le goitre), l'autre de l'intelligence (le crétinisme), reconnaissent pour cause principale le défaut ou la diminution dans la proportion normale de l'Iode contenu dans l'air et les eaux, et par conséquent que le remède préventif ou curatif de ce double fléau consisterait à rendre à l'économie ce principe qui lui manque et qui lui est indispensable, comme le fer lui est indispensable; et le meilleur moyen serait un régime dans lequel les boissons et les aliments iodurés occuperaient une place importante.
Ajoutons, enfin, que quelques remèdes empiriques conseillés contre le goitre, l'éponge brûlée, les cendres du fucus vesiculosus vantées par Russell sous le nom d'sethiops végétal, et enfin la poudre de Sensy, dont MM. Guibourt et Gendrin ont fait l'analyse {Journal général de Méd.,
l. CV, p. U6), ne doivent leurs propriétés thérapeutiques qu'à l'Iode qu'ils contiennent en proportions plus ou moins grandes.
Scrofules. — L'utilité de L'Iode dans le goitre, que l'opinion générale des pathologistes range, à tort suivant nous, parmi les affections strunieuses, engagea Goindet et Bréra à essayer le même moyen dans les autres formes de la scrofule : les engorgements et les ulcérations des ganglions lymphatiques du cou, l'atrophie mésentérique, les tumeurs blanches, etc. [Biblioth. univ. de Genève, t. XIV et XVI, et Arch. yen. de Méd,, t. II, p. 430,. Plus tard, Sablairolles (Nouv. biblioth. mèd., t. II, p. 385, 1823), B<max<m {Revue méd., 1824, t. IV, p. 83), Gairdner (fievue méd., t. 1, p. 490), Manson {Recherches sur les effets de l'Iode, etc, Londres, 1823), et tant d'autres dont on trouvera les travaux analysés dans la Biblot/ièque thérapeutique de M. Bayle, préconisèrent également l'Iode dans le traitement des scrofules. Mais Lugol, médecin de l'hôpital Saint- Louis, est certainement celui qui a le plus contribué à populariser l'usage de l'Iode dans les maladies scrofuleuses. Il publia en 1828 un premier mémoire sur la matière, dans lequel il fit connaître les heureux elfets des bains iodés, qu'il employait de préférence. Sur 169 scrofuleux traités dans l'espace de six mois par l'Iode seulement, et dans les circonstances peu favorables où se trouvent ordinairement les hôpitaux, 36 furent parfaitement guéris, et 30 avaient subi une amélioration marquée.
Les résultats proclamés par Lugo.1 ont dû être, à cette époque, taxés d'exagération. Il était, en effet, difficile d'accepter de prime abord que, chez des sujets profondément cachectiques et atteints d'altérations graves et anciennes du système osseux. l'Iode eût le privilège d'opérer des guérisons qui, jusque-là, avaient été refusées à tout autre agent delà matière médicale; et l'on était d'autant mieux fondé à douter de ces miracles, que, par malheur, l'hôpital Saint-Louis semblait en être seul le théâtre.
Toutefois, depuis vingt-cinq ans, la lumière s'est faite, et l'expérience a parlé. Sans doute ici il a été commis des exagérations et même des méprises, comme il arrive au début de toute expérimentation. Mais, ne craignons pas de le dire avec un de nos écrivains les plus impartiaux : en voyant le chemin que l'Iode a fait en thérapeutique, et le rôle de plus en plus considérable qu'il tend à jouer dans l'air, les eaux et les lieux, la mémoire de Lugol doit être exonérée de sa prédilection vive et passionnée pour cet agent, dont il n'avait cependant qu'à peine soupçonné la souveraine importance.
A coup sur, personne aujourd'hui ne sera disposé à reconnaître à l'Iode cette vertu spécifique et presque infaillible qui lui était attribuée dans toutes les formes de scrofules indistinctement, depuis l'adénite simple jusqu'à la carie osseuse et la dégénérescence tuberculeuse des ganglions mésentériques ou autres; mais, d'autre part, il n'en reste pas moins avéré que la matière médicale ne possède pas de modificateur plus
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puissant que ce métalloïde pour l'opposer à ce groupe nombreux de formes morbides qui relèvent du lymphatisme; et l'on ne peut nier non plus que, dans bien des cas, il ne jouisse d'une efficacité réelle contre la diathèse scrofuleuse elle-même.
Ainsi, quand les glandes lymphatiques ne sont pas converties en matière tuberculeuse, et que la période inflammatoire est passée, il est certain que l'usage interne et externe de l'Iode amène une résolution plus rapide que tout autre moyen thérapeutique. Il en est de même pour les tumeurs articulaires lorsqu'elles ne s'accompagnent pas encore de dégénérescences tuberculeuses qui en signalent la terminaison, et que surtout les poumons ne sont pas remplis de tubercules.
M. Bazin (Scrofule, 2e édit., 1861) regarde l'Iode comme un excellent médicament de la première période de la scrofule ; il lui croit le pouvoir de reculer et d'amoindrir les accidents secondaires. Il l'emploie sous forme de sirop antiscorbutique, de sirop de raifort iodé et de sirop d'iodure de fer.
Contre les écrouelles, il emploie à l'extérieur l'Iode, l'iodure de potassium, l'iodure de plomb et l'iodure de soufre. Mais pour les accidents qu'il appelle ternaires ou quaternaires de la scrofule, il ne compte plus sur l'Iode, et c'est à l'huile de foie de morue qu'il donne la préférence.
Nous ne pouvons pourtant passer sous silence les faits curieux de guérison de carie des vertèbres rapportés par Patterson, de Dublin (Journ. des connaiss. méd.-chir., t. Ier, p. 123). Ce praticien a rapporté trois observations dont voici l'analyse : 1er fait. Il s'agit d'un jeune homme, de quatorze ans qui avait une vertèbre déjà complètement affaissée. On lui donna cinq gouttes de teinture d'Iode trois fois par jour, et tous les accidents se guérirent en deux mois. 2e fait. Une femme de vingt-six ans avait une gibbosité lombaire et un abcès par congestion dans l'aine, de la fièvre hectique, etc.. etc. Elle prit dix gouttes de teinture d'Iode trois fois par jour, et fut guérie apiès trois mois de traitement. 3e fait. Une jeune demoiselle avait, depuis plusieurs années, une saillie de vertèbres avec engourdissement des jambes. L'usage de la teinture d'Iode la guérit en peu de mois.
Nous n'avons nous-mêmes donné la teinture d'Iode qu'une fois dans les circonstances indiquées par Patterson ; c'était à un homme de quarante-cinq ans qui avait une carie des vertèbres avec abcès par congestion. L'application des cautères sur les lombes et l'usage de la teinture d'Iode pendant six mois (trente gouttes par jour) permirent au mal de rester stationnaire pendant deux ans. Plusieurs années après, le malade mourut. Ici, il est tout h fait impossible de dire si l'amendement était dû aux cautères ou à l'Iode.
Nous savons que d'autres faits de guérison, dans la scrofule osseuse et dans le mal de Pott, ont été publiés par divers observateurs et particulièrement par M. le docteur Abeille; et, bien que, le plus ordinairement, la médication employée ait été assez complexe, nous serions très-disposés
à reconnaître que la préparation iodée a dû avoir la plus grande part dans la guérison. Nous ajouterons d'ailleurs que, dans ces cas spéciaux, l'induré de fer nous parait mériter la préférence en raison de sa propriété plus franchement reconstituante.
Tumeurs diverses — Ce que nous disions tout à l'heure des tumeurs scrofuleuses s'applique également aux tumeurs squirrheuses. On peut sans doute espérer la résolution de ces tumeurs quand elles ne sont pas encore dégénérées et qu'il n'existe pas de diathèse; mais des que le cancer est bien nettement déterminé, on ne peut malheureusement pas compter sur la guérison. 11 faut, certes, attacher peu de confiance aux faits de guérison de cancer rapportés par divers auteurs que cite M. Bayle dans sa Bibliothèque thérapeutique. Les expériences de M. Gendrin Journ. gin. de Méd., t. CVII, p. 2iS) rendent raison des prétendus succès obtenus parles auteurs auxquels nous faisions allusion tout à l'heure. M. Gendrin a constaté, en effet, que si l'état des tumeurs cancéreuses semblait s'amender sous l'influence de l'Iode, ce que l'on obtient égalelement parla compression, parles excitants appliqués souvent à la peau, par les résolutifs divers, c'est que, dans une tumeur cancéreuse, il y a deux éléments bien distincts : le cancer, que, jusqu'ici, aucune médication connue n'a pu modifier, et, de plus, l'inflammation chronique du tissu cellulaire environnant, qui ne diffère pas sensiblement des phlegmasies cellulaires ordinaires,, et qui peut, à ce titre, se guérir sous l'influence des moyens résolutifs.
On ne peut contester que, dans des cas où la guérison était peu probable, les frictions avec la pommade d'iodure de plomb à haute dose, les lotions avec la teinture d'Iode sur le ventre en même temps que l'on appliquait des cataplasmes de ciguë, ont réussi à amener la résolution de tumeurs mésentériques nombreuses, qui avaient causé un épanchement de sérosité dans l'abdomen, pour lequel plusieurs ponctions avaient été tentées. Deux faits de ce genre se sont autrefois présentés dans notre service de l'hôpital Necker ; et, depuis, il nous a été donné d'obtenir de bons résultats dans quelques circonstances analogues. Peut-être conviendrait-il de rapprocher de ces faits ceux qui ont été publiés par le docteur Garlik (Gaz. méd., 183'J, n° 7. Extrait des journaux anglais).
Engorgement laiteux des nouvelles accouchées. — M. Rousset (de Bordeaux), confiant dans les propriétés résolutives de l'iodure de potassium, a administré ce médicament aux nouvelles accouchées qui, ne nourrissant pas, sont tourmentées par l'engorgement laiteux des mamelles. Il le donne à la dose de 0Br,3o à 0er,4o par jour. Il est rare, dit-il, que, de cette manière, l'engorgement dure plus de trois jours et se termine par un abcès. Billi (de Milan) aurait obtenu le même succès [Bulletin de thérapeutique, 1863, t. 65).
Hydrocèle. — L'action résolutive de l'Iode a été expérimentée par M. Ricord dans le traitement de l'hydrocèle. Il emploie la teinture d'Iode étendue d'eau distillée et appliquée sur la tumeur à l'aide de compresses
312 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
qui en sont imbibées et dont on enveloppe le scrotum. Les différents degrés auxquels il emploie cette teinture sont les suivants : pour 90 grammes d'eau distillée, il met 4, 8, 12, 24 grammes de teinture d'Iode. Chez les malades dont la peau est très-délicate et l'épidémie mince, la plus faible proportion suffit. Lorsqu'il y a moins de sensibilité et plus de dureté dans les tissus, on augmente la quantité de teinture. Il faut, pour que le médicament agisse, que les malades éprouvent une sensation de chaleur assez vive, mais supportable, et que, sans brûlure ni vésication, la peau du scrotum brunisse, l'épidémie se parcheminant et formant des écailles qui se détachent en laissant au-dessous une sorte de transpiration grasse. Tant qu'on n'obtient pas ces résultats, il faut augmenter la dose de la teinture d'Iode, la quantité d'eau distillée restant la même ; mais quand on est arrivé à produire ces effets, on s'en tient au même degré de concentration de la teinture en renouvelant deux fois par jour les compresses qui en sont imbibées. S'il survient de la douleur, on suspend pendant quelques jours et l'on reprend ensuite jusqu'à disparition complète de l'hydrocèle. Le traitement demande un mois en général [Journ. des connaiss. méd.-chir., t. I", p. 140). C'est dans le même but que M. Martin Solon conseille l'application de la teinture d'Iode sur l'abdomen, pour résoudre les épanchements de la cavité péritonéale (Dict. de Méd. prat., t. X, p. S19). Aujourd'hui cette médication est devenue en quelque sorte vulgaire; il n'est guère d'épanchement qui n'ait été attaqué par l'application externe de la teinture d'Iode avec quelques avantages, notamment les épanchements des articulations, sans oublier même ceux de la plèvre et du péricarde.
injections iodées. — Depuis une vingtaine d'années, l'Iode, sous forme à' injections, a conquis une place importante dans la thérapeutique chirurgicale. 11 n'est presque pas de cavité, soit naturelle, soit accidentelle, où l'on n'ait fait pénétrer aujourd'hui ce médicament, dans le but d'obtenir l'adhésion des parois, ou bien d'en modifier les surfaces internes et d'amener à la suite la résolution des divers états morbides dont ces organes peuvent être affectés, soit phlegmasies aiguës et chroniques, soit vices de sécrétion, etc.
Parmi les médecins qui ont le plus contribué à propager cette méthode des injections iodées, nous placerons en première ligne MM. Velpeau et Martin (de Calcutta), puis MM. Boinet, Borelli (de Turin), Jobert de Lamballe, Abeille, etc., et nous allons successivement passer en revue les principales maladies où ce moyen précieux est appliqué chaque jour avec un succès vraiment remarquable.
C'est par les injections dans la tunique vaginale avec la teinture d'Iode que cette méthode s'est introduite dans la thérapeutique chirurgicale. Pour ce cas spécial, elles ont été proposées et préconisées par M. Velpeau, par M. Martin (de Calcutta), O'Brien {Gazette méd., 1838), par M. Oppenheim [Bulletin de tkér., 1839) et beaucoup d'autres.
[ODE. 3ifi
Mais c'est à M. Velpeau surtout que revient à la foisle mérite de l'initiative et de l'expérimentation en grand sur le yaste théâtre de l'hôpital de la Charité.
Depuis lors, il n'est guère de chirurgien qui n'ait répété ces essais avec avantage, et l'on peut dire qu'aujourd'hui la méthode des injections à la teinture d'Iode a détrôné complètement celle des injections vineuses dans la cure radicale de l'hydrocèle.
« Il me parait prouvé, dit M. Velpeau (Annales de la C/tir. française et étrangère, avril 18J3) :
« 1° Que la teinture d'Iode provoque avec autant, de certitude qu'aucun autre liquide l'inflammation adhésive des cavités closes;
« 2° Que cette teinture expose moins que le vin à l'inflammation purulente ;
« 3° Qu'elle favorise manifestement la résolution des engorgements simples qui compliquent les hydropisies ;
« 4° Qu'infiltrée dans le tissu cellulaire, elle peut ne pas amener d'inflammation gangreneuse. »
Enhardi par ses succès dans l'hydropisie de la tunique vaginale, M. Velpeau a injecté de l'Iode dans beaucoup d'autres cavités closes, normales ou accidentelles, que ces cavités renfermassent de la sérosité, ou bien même du sang plus ou moins altéré, mais liquide.
Il n'a pas hésité même à porter la teinture d'Iode, étendue d'eau, dans la synoviale du genou, et jusque dans des sacs herniaires communiquant avec la grande cavité péritonéale.
Aucun accident n'est survenu.
En définitive, le chirurgien de la Charité possède aujourd'hui plusieurs centaines d'observations qui établissent incontestablement l'efficacité de l'Iode dans les cas précisés plus haut.
Il emploie habituellement un mélange de deux parties d'eau ordinaire pour une partie de teinture d'Iode.
M. Mialhe, dans son traité de l'art de formuler, condamne cette formule, parce que les I7/I8mes de l'Iode sont précipités; il propose une formule plus rationnelle qu'il fait filtrer. Nous ne saurions être de l'avis de M. Mialhe. Qu'importe, en effet, qu'une formule soit rationelle ou non, pourvu que le remède agisse bien? Or, celle de M. Velpeau est dans ce cas; nous la conservons, et nous préférerons celle que M. Mialhe veut lui substituer, quand il sera prouvé qu'elle agit mieux.
M. Jobert, qui a étendu l'usage des injections iodées aux cavités purulentes, emploie ordinairement la teinture d'Iode pure.
Rappelons encore que A. Bérard préférait également l'injection iodée pour les hydrocèles, et, en général, pour les affections contre lesquelles M. Velpeau la préconise. Il a justifié sa préférence par plus de 200 succès. Cinq fois il a injecté de l'Iode dans l'articulation fémoro-tibiale, sans développer d'accidents sérieux. Les proportions adoptées par lui étaient : parties égales de teinture d'Iode et d'eau.
8e ÊD — T. I. 27
314 MEDICAMENTS ALTÉRANTS.
M. Faurès (Comptes rendus de la Soc. méd. de Toulouse, 1861) a repris le procédé de Martin (de Calcutta), qui consiste à injecter seulement quelques gouttes de teinture d'Iode. Dans un cas d'hydrocèle double existant chez un chanoine, la guérison a été obtenue le dixième jour. Mais n'aurait-on pas à craindre, parce procédé, la gangrène des bourses?
Hydarthroses, hydropisies des bourses muqueuses, articulaires et
tendineuses. — Guidés par les succès obtenus à l'aide des injections dans la tunique vaginale, les chirurgiens et les vétérinaires ne tardèrent pas à essayer à l'envi ces mêmes injections dans les diverses cavités closes, soit naturelles ou accidentelles. Ainsi, d'abord on les utilisa dans diverses sortes de kystes séreux (Bulletin de Thérapeutique, 1841); puis dans certains abcès de grande dimension [Gazette médicale, 1846).
En 1847, M. U. Leblanc, l'un de nos vétérinaires les plus distingués, a essayé, de concert avec le docteur Thierry, les injections iodées dans les tumeurs synoviales diverses des chevaux; et ces deux praticiens ont constaté, d'une part, que l'inflammation causée par l'injection était en général modérée et peu douloureuse ; d'autre part, qu'elle suffisait pour empêcher le retour de la lésion.
M. Reynaud regarde l'Iode comme un agent beaucoup plus actif que les résolutifs ordinaires, et qui n'a pas les inconvénients des autres modes de traitement. Longtemps avant que MM. Velpeau et Ricord employassent la teinture d'Iode contre l'hydrocèle, on opposait, à l'hôpital de la marine de Toulon, le même moyen à l'hydropisie des bourses muqueuses. Dans l'espace de quelques jours on obtient à peu près constamment la résolution complète d'hygromas anciens et volumineux, sans que le traitement donne lieu à des accidents. Voici la manière de l'employer : Si la tumeur est accompagnée de gonflement inflammatoire des parties voisines, on le combat par des moyens appropriés. Lorsque l'inflammation est dissipée, le malade est soumis à un régime un peu sévère, le membre placé dans un repos complet, et l'on fait matin et soir, ou trois fois le jour, une friction avec 8 grammes de pommade composée de :
Iodure de potassium 8 grara.
Axonge 30
, Dissolvez l'iodure dans un peu d'eau, et ajoutez l'axonge.
Après chaque friction, on recouvre la partie d'un large cataplasme de farine de graine de lin. Quelques effets obtenus avec l'iodure de plomb tendent à faire regarder ce sel comme plus actif encore que l'iodure de potassium. Au bout de quelques jours, la peau, d'abord jaune, puis brune, se plisse, se tanne et tombe en écailles. La tumeur se ramollit, se divise d'abord en plusieurs lobules, et ne tarde pas à disparaître complètement. Il reste alors au point qu'elle occupait un peu d'épaississement, qui se dissipe bientôt lui-même après quelques frictions, de sorte que, le traitement terminé, la partie est rendue à son état normal.
La durée moyenne de ce traitement est de quinze jours.
M. Gabissol r ito onze observations qui ont établi pleinement les succès du traitement et l'incontestable supériorité de l'Iode sur les autres résolutifs dans l'hydropisie des bourses muqueuses {Bull, de TAérap.,t. XIV, février 1838).
Depuis lors, le traitement de ces petites tumeurs appelées ganglions, non plus seulement à l'aide des frictions iodées, mais bien des injections dans l'intérieur du kyste, s'est tout à fait popularisé. Dans ces cas, on emploie le plus ordinairement la teinture d'Iode pure. Parmi les médecins qui ont fait usage avec succès de ces injections, nous citerons M. le professeur Borelli, de Turin. Dans un mémoire publié dans la Gazette médicale sarde, (1832), cet auteur cite un certain nombre d'observations qui témoignent de l'efficacité non moins que de l'innocuité de ce traitement.
Dans les cas assez fréquents où l'hydarthrose résiste aux moyens internes et externes, et notamment aux vésicatoires appliqués sur le siège de l'épancbement, les injections iodées failes dans la cavité articulaire offrent une précieuse ressource qu'il importe de ne pas négliger. Parmi les chirurgiens, les uns, comme M. Velpeau, sans redouter beaucoup l'entrée de quelques bulles d'air dans la capsule articulaire, pratiquent la ponction à l'aide d'un trocart très-fin ; mais la plupart, pour éviter cet accident, si peu grave qu'il puisse être, préfèrent recourir à la méthode sous-cutanée. Aujourd'hui l'expérience a démontré que les injections iodées dans les cavités articulaires, pratiquées selon les règles posées par MM. Velpeau, Bonnet, Abeille, Robert, etc , n'entraînent généralement aucun d.inger sérieux, et amènent dans la très-grande majorité des cas la résolution de l'épanchcment et la guérison définitive, quand la maladie n'est compliquée d'aucune altération profonde des parties molles ou dures. Quelques beaux succès obtenus récemment par M. Robert ont mis ce fait hors de toute contestation. Dans le principe, on supposait que l'Iode guérissait en provoquant une inflammation adhésive ; mais les recherches nouvelles faites par M. Hutin tendent à démontrer qu'ici, comme dans la cure des hydrocèles, cette inflammation adhésive fait le plus souvent défaut, et que les injections iodées agissent simplement en modifiant spécifiquement la membrane synoviale, et en réintégrant consécutivement à l'état normal les fonctions perverties des surfaces sécrétantes. En effet, s'il y avait production d'adhérences, on ne pourrait s'expliquer comment des articulations tenues plus ou moins longtemps immobiles jusqu'au moment de l'injection, reprendraient de la mobilité à mesure que l'épanchement articulaire diminue. Il est probable, d'ailleurs, qu'il se passe ici ce qui a été constaté non-seulement dans la tunique vaginale, mais dans les kystes ovariques traités par les injections iodées, dans lesquels l'examen cadavérique a fait constater une absence complète d'adhérences entre les surfaces, ou a fait voir seulement des adhérences partielles, et dans lesquels, par conséquent, la guérison s'était opérée par le retrait gra-
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duel des parois du kyste jusqu'à l' effacement plus ou moins complet de 1 la cavité accidentelle.
injections iodées dans l'ascite. — L'analogie, ce guide souvent si sûr et toujours nécessaire en thérapeutique, devait conduire les praticiens à injecter dans le péritoine une solution iodée, au lieu des injections alcoolisées que M. Bretonneau, en 1820, avait osé conseiller, et dont le danger est trop évident. MM. Dieulafoy et Leriche ont introduit, en 1847, cette heureuse modification, et ils ont publié des faits parfaitement détaillés, desquels il résulte que, dans l'ascite, qui semble dépendre d'une péritonite simple chronique, les injections iodées peuvent amener une guérison rapide et complète. M. Leriche recommande de ne faire qu'une injection après que la cavité péritonéale a été vidée. La proportion de teinture d'Iode est la suivante :
Teinture d'Iode 30 grain.
[odure de potassium 4
E.iu distillée 230
Ces premiers succès ne tardèrent pas à provoquer de nouvelles tentatives, et en peu de temps les faits se multiplièrent. Parmi les médecins qui s'occupèrent spécialement des injections iodées dans l'ascite, nous citerons MM. Boinet, Oré (de Bordeaux) et M. Paul Dard, élève de M. Tessier, de Lyon, qui, dans différents recueils scientifiques, ont publié successivement d'importants travaux sur cette intéressante question.
Or, des observations déjà assez nombreuses qui forment la base de ces travaux, il ressort un fait auquel on ne se serait guère attendu, fait qui pourtant exige encore plus ample vérification : c'est que les injections iodées dans le péritoine constitueraient une médication non-seulement efficace, mais presque inoffensive, lorsqu'elle est exécutée dans de bonnes conditions et suivant certaines règles.
A cet égard, l'expérience a prescrit un certain nombre d'indications ou de contre-indications qu'il importe de faire connaître. Ainsi, l'injection iodée serait non-seulement sans aucun avantage, mais dangereuse lorsque l'ascite est symptomatique d'une affection organique quelconque du cœur, du foie, de la rate, des reins, etc.
Elle devra être réservée pour certains cas assez rares où cette ascite reconnnaît pour cause une péritonite chronique ou une simple irritation secrétaire de la membrane péritonéale soit idiopathique, soit consécutive à des troubles de la menstruation, à une phlegmasie du voisinage, à l'entérite, par exemple, ou bien encore à une ascite survenant à la suite d'une altération du sang, d'un état cachectique. Ajoutons encore que, dans ces cas même, on ne devra jamais recourir à l'injection iodée qu'alors que tous les moyens habituellement employés auront échoué.
Si l'ascite est très-volumineuse, on aura la précaution de faire une première ponction pour diminuer l'étendue de la surface péritonéale, par conséquent l'étendue de la phlegmasie artificielle que doit déterminer la