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teinture d'Iode. Il est recommandé, d'antre part, de ne pas vider entièrement la cavité du péritoine, mais d'y laisser 1 à a litres de sérosité afin de répandre uniformément la teinture d'Iode sur toute la surface péritonéale, el d'empêcher son contact immédiat avec le liquide irritant, sous peine de donner lieu à une périlnnile mortelle.
La dose totale du liquide injecté ne devra pas dépasser 250 grammes. Enfin, (m évitera de pousser d'un seul coup l'injection; mais on l'insinuera graduellement, et les aides auront soin de malaxer doucement le ventre pour rendre le mélange plus intime, et pour le faire pénétrer dans toutes les anfractuosités de la cavité péritonéale.
Injections iodées dans la cavité pleurale. — En présence des résultats obtenus dans l'ascite, rien n'était, plus naturel que de porter l'Iode dans la cavité pleurale, en d'autres termes, d'associer les injections iodées à la thoracentèse. C'est ce que nous avons l'ait nous-mêmes dans certains cas d'épanchemenls de pus dans la plèvre, lorsque, après des [jonctions répétées, lé liquide purulent tendait à se reproduire sans cesse; et déjà plusieurs fois nous avons été assez heureux pour obtenir la guérison, lorsque l'épanchement n'était pas compliqué de tubercules. (V. le Bull, de la Société des hôpitaux, septembre 1854.)
D'autres médecins, entre autres MM. Legroux, Boinet, Aran, etc., ont répété les mêmes expériences ; et aujourd'hui les cas de succès sont tellement nombreux et si bien constatés, qu'il n'est plus possible de révoquer en doute l'utilité d'une médication qui, dans le principe, avait été accusée de témérité.
Enfin, n'oublions pas d'ajouter ici qu'enhardi par les résultats obtenus dans l'hydro-thorax et même dans Fhydro-pneumothorax, M. Aran n'a pas craint de porter les injections iodées jusque dans le péricarde et que cette tentative a réussi.
Injections iodées dans le spina bifida. — Debout, l'ancien rédacteur
du Bulletin de Thérapeutique, terminait ainsi, en 1860, un rapport sur le spina bifida, lu à la Société de chirurgie. « De toutes les méthodes thérapeutiques connues, l'emploi des injections iodées constitue le traitement le plus efficace et le plus inoffensif de ce vice de conformation. » La même année, le docteur Coates, de Salisbury, employa aussi l'injection iodée sur un enfant de trois mois atteint de spina bifida. Il retira par le trocart 8 grammes de liquide transparent, et injecta la même quantité d'une solution d'Iode à 1,5 pour 100. Le lendemain de l'opération, l'enfant eut des convulsions des mains et des pieds, mais la guérison fut prompte et complète au bout de deux mois. (The lancet, 3 mars 1806.) Hydropisies de l'ovaire. — Thompson {Eléments of materia medica and tkerapeutics), donna l'Iode <\ haute dose à l'intérieur (180 gouttes par jour;, et guérit, dit-il, trois femmes sur cinq. Depuis lors, on a cité encore quelques cas de guérisons de kystes ovariques obtenus par l'Iode à l'intérieur, employé concurremment avec les frictions sur la tumeur. Ces résultats, bien que rares et exceptionnels, sont néanmoins suffisants
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pour inviter les praticiens à ne pas négliger cette médication inoffensive, au lieu de recourir prématurément à la méthode par la ponction et les injections, ou même à celle de l'ovariotomie.
De tous les praticiens, M. Boinet est, sans contredit, celui à qui l'on doit le plus pour la cure radicale des hydropisies de l'ovaire. On sait quels débats a suscités il y a quelques années cette grave question. Nous n'avons pas à nous en occuper; mais nous nous bornerons à signaler les conditions générales où cette cure peut être tentée légitimement Ainsi, dans les cas où le kyste est uniloculaire, ou quand, formé de plusieurs loges, il ne contient qu'un liquide séreux ou séro-purulent, quand, surtout, il n'est compliqué d'aucune lésion organique, quel que soit d'ailleurs le volume de la tumeur, la ponction suivie des injections iodées peut offrir des chances de succès. A cet égard, un certain nombre d'observations, citées tant par M. Boinet que par d'autres praticiens, ne permettent guère le doute sur la réalité d'une guérison plus ou moins complète. Les injections iodées opèrent ici par un double mécanisme, soit qu'elles déterminent une inflammation adhésive (effet d'ailleurs trèscontesté), soit plutôt qu'elles agissent en exerçant une modification toute spécifique sur la surface sécrétante et sur le produit-de la sécrétion. Quelle que soit la nature de cette action, l'observation démontre que le liquide épanché, soit séreux, soit purulent, tend à devenir de jour en jour de meilleure nature, et à diminuer de quantité jusqu'à ce qu'il se tarisse complètement. En même temps le kyste revenant peu à peu sur lui-même finit par ne plus constituer qu'une masse celluleuse sans cavité, et par se réduire même à une sorte, de moignon à peu près inerte. Tel est le cas le plus heureux, et, on peut le dire, tout à fait exceptionnel.
Mais, d'autre part, l'expérience a montré que celte méthode échoue à peu près complètement, et même n'est pas sans danger, lorsqu'on l'emploie dans des kystes multiloculaires, à parois très-dures et épaisses, et à cavité considérable, surtout si le liquide est très-visqueux ou sanguinolent. Alors il est prudent de s'abstenir.
Pour obtenir de cette médication de bons résultats, il est d'ailleurs une infinité de conditions à remplir, de précautions à prendre, et un modus faciendi tout particulier à connaître et à suivre.
A cet égard, nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer au mémoire inséré par M. Boinet dans le Bulletin de Thérapeutique, août 1852, et surtout au Traité complet qu'il a publié sous le titre lodot liera pie, où il expose dans le plus grand détail ces conditions, ces précautions et ce modus faciendi, en un mot tout ce qui, après un diagnostic exact de la maladie, est de nature à assurer le succès (2e édit. 18C3).
N'oublions pas d'ajouter surtout que, dans cette question très-délicate, le praticien devra désormais tenir grand compte des enseignements précieux qu'a apportés la dernière discussion académique. En effet, si d'une part, cette discussion a été une occasion de faire triompher la cause des injections iodées dans les kystes ovariques, en prouvant que cette opéra-
tion pratiquée dans des conditions favorables était à peu près sans danger, et le plus souvent sou\ an1 suivie d'une guérison soit temporaire, soit quelquefois même définitive, d'autre part, elle aura eu pour résultat de faire connaître ou de mieux préciser certaines contre-indications qui commandenl généralement l'abstention, et, par conséquent, elle aura tresheureusement servi à arrêter les praticiens dans cette voie d'engouement irréfléchi qui, sans nul doute, avait déjà été funeste à plus d'un malade.
Abcès par congestion. — Une des applications les plus importantes de la méthode des injections iodées consiste dans la cure radicale des il" ' - par congestion. C'est encore à M. Boinet qu'on doit cette extension de la méthode, et déjà, en 1850, il annonçait devant la Société de chirurgie avoir obtenu plusieurs guérisons, à l'aide des injections dans la cavité purulente, combinées avec l'emploi des préparations iodurées à l'intérieur. On pourra lire avec intérêt une observation de ce genre, publiée dans Y Union médicale, septembre 1853, par M. le docteur Foucault, de Nanterre ; il s'agit d'un abcès par congestion avec fistule, datant de huit mois, dont la guérison fut obtenue en deux mois par quatre injections iodées auxquelles on associa les préparations d'Iode à l'intérieur.
Abcès avec décollements, fistules à l'anus. — M. Boinet est certainement le médecin qui a le plus contribué à généraliser les diverses applications topiques de la teinture d'Iode. Ainsi, entre ses mains, les injections iodées faites dans les grandes cavités closes que laissent les abcès avec décollements de la peau sont devenues un moyen puissant de curation.
Plus tard, il a étendu ce moyen au traitement des fistules à l'anus ; et dans un mémoire, lu en 1853 devant l'Académie des sciences, il a présenté un certain nombre d'observations qui tendent à montrer qu'il est possible d'obtenir par les injections la guérison de toutes les variétés de fistules à l'anus, fistules borgnes ou incomplètes, fistules complètes, fistules profondes avec clapiers et décollements de l'intestin, fistules chez les tuberculeux, et il donne surtout la préférence à cette médication dans les espèces de fistules où la méthode par incision est impuissante ou dangereuse, par exemple, dans celles qui s'étendent profondément, ou qui dépendent d'une carie ou d'une altération quelconque de l'ischion, du coccyx, du sacrum, etc.
Si ces résultats se confirment, comme déjà un certain nombre de tentatives heureuses faites ultérieurement par d'autres chirurgiens permettent de l'espérer, cette méthode aurait, sur la méthode par incision, l'avantage de guérir avec moins de danger et d'inconvénient; ainsi elle n'empêche pas les malades de vaquer à leurs affaires, et elle leur épargne des pansements douloureux. Du reste, si cette méthode échoue, elle n'aggrave jamais la position des malades; il paraît donc rationnel de la mettre en usage avant de recourir à l'instrument tranchant.
Injections dans le sac herniaire. — Enfin, pour terminer ce qui a trait aux injections dans les cavités closes, nous dirons que quelques
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médecins, parmi lesquels nous citerons M. Jobert, ont eu l'idée de tenter la cure radicale des hernies en injectant de la teinture d'Iode dans l'intérieur du sac herniaire, et que cette médication compte aujourd'hui un assez bon nombre de succès.
Badigeonnage avec la teinture d'Iode. — Si l'Iode a, comme nous venons de le voir, une si grande utilité lorsqu'on l'emploie sous forme d'injections dans les cavités closes, soit naturelles, soit accidentelles, il ne présente pas de moindres avantages, lorsqu'on l'applique sous forme de badigeonnages, soit sur tout l'ensemble du tégument externe, soit sur certaines parties du tégument interne qui sont accessibles à ce mode d'emploi.
Les badigeonnages avec la teinture d'Iode, pratiqués sur la surface cutanée, sont journellement mis en usage, soit à titre de révulsif, soit comme moyen de faire absorber le médicament et de résoudre les phlegmasies sous-jacentes; ces applicat ns, faites sur les parois tboraciques, sont souvent employées dans un certain nombre d'affections subaiguës de la poitrine, telles que pleurésies légères, ou pleurodynies, phthisies partielles, pneumonies tabulaires circonscrites, ne s'accompagnant pas d'une trop vive réaction inflammatoire.
Dans ces cas, ce moyen révulsif peut assez bien suppléer aux vésieatoires dont il a les avantages sans en avoir les inconvénients ; il est surtout préférable chez les femmes à peau délie, le, chez les enfants, et généralement chez les sujets nerveux qui seraient trop irrités par les cantharides.
Les badigeonnages avec la teinture d'Iode trouvent encore fréquemment leur indication à une certaine période des grands épancbements pleurétiques, soit aigus, soit chroniques, alors que la cure par les vésicatoires étant épuisée, il reste encore beaucoup de liquide dans la plèvre, et que le travail de résorption, après un temps d'arrêt plus ou moins long, a besoin de recevoir une nouvelle impulsion C'est ce qu'on aura lieu d'observer souvent dans les épancbements de forme latente, notamment dans ceux qui sont liés à la diathèse tuberculeuse.
Ces mêmes applications iodées seront également pratiquées avec succès sur les parois abdominales dans un certain nombre d'affections de forme subaiguë et chronique, et plus particulièrement dans les engorgements des différents organes dans cette cavité ; nous citerons, entre autres, les engorgements des glandes mésentériques, chez les enfants, où plusieurs fois nous avons obtenu de ce moyen des avantages très-marqués.
On fait encore un usage fréquent des badigeonnages avec la teinture d'Iode dans les affections articulaires; ainsi, vers la fin des rhumatismes aigus, lorsque les derniers restes des épancbements synoviaux tardent à se résorber; plus souvent encore dans les arthrites chroniques, dans les tumeurs blanches commençantes; enfin, dans les hydarthroses et dans i'hygroma. Toutefois, nous ferons observer que, dans ces derniers cas,
l'action de la teinture d'Iode ordinaire est trop superficielle et généralement insuffisante ; il est nécessaire, de lui substituer une préparation plus énergique, c'est-à-dire la solution d'Iode dite caustique.
En résumé, nous pouvons dire qu'il n'est peut-être pas un seul point de la surface cutanée qui ne soit susceptible de recevoir cette application topique par la teinture d'Iode, si l'on a à résoudre une phlegmasie ou un engorgement inflammatoire, ayant son siège soit immédiatement au-dessous de ce point lui-même, soit dans son voisinage.
C'est ainsi qu'à l'exemple des médecins belges, nous avons l'habitude, dans diverses ophthalmies, surtout dans les kératites ulcéreuses ou granuleuses, de faire usage des applications de la teinture d'Iode, soit sur la paupière elle-même, soit sur le front et sur la tempe du côté malade.
M. Gallard a étendu l'application de ces badigeonnages aux ulcères fongueux du col de la matrice (Bullet. de Tàërap., 1865, 30 juillet). C'est, en outre, un des meilleurs résolutifs des engorgements utérins et de la paramétritis.
Maladies de la peau. — Les préparations d'Iode et notamment la teinture d'Iode, appliquées sur la peau enflammée, possèdent la propriété remarquable de diminuer, d'arrêter et défaire disparaître l'inflammation et ses phénomènes locaux. Ainsi, à l'aide de badigeonnages avec cette teinture, on réussit assez souvent à faire avorter un érysipèle, à résoudre ou à modifier plus ou moins avantageusement des adénites et des angioleucitesqui menaçaient de s'étendre, et même à arrêter dans leur évolution les pustules de la variole, dans certaines régions où il importe de prévenir des cicatrices difformes, à la face par exemple.
A ce point de vue, on peut considérer la teinture d'Iode comme un excellent antiphlogistique, qui vient se placer à peu près sur la même ligne que le nitrate d'argent.
A l'égard des maladies chroniques de la peau, notamment des affections dartreuses, l'Iode a fait depuis longtemps ses preuves.
Déjà nous avons parlé de l'action des iodures de mercure, en tant que préparations mercurielles, dans le traitement des maladies cutanées; ils agissent là sans doute à la fois comme irritants locaux et par des propriétés spéciales altérantes. Dans certaines maladies cutanées, celles qui sont liées à la constitution scrofuleuse, celles aussi qui s'accompagnent d'engorgement de la peau et de gonflements tuberculeux, les iodures de mercure sont particulièrement indiqués.
Maladies des membranes muqueuses. — L'analogie de texture engagea les médecins à expérimenter les préparations d'Iode dans les phlegmasies chroniques des membranes muqueuses. Ainsi, M. Hanelle, dans la deuxième période de l'ophthalmie égyptienne, fait appliquer sur la conjonctive une solution d'iodure dans l'eau distillée. Sa formule est la suivante : Iode, 10 centigrammes; iodure de potassium, 6 centigrammes; eau distillée, 30 grammes. (Gaz. mal., 1839, n° 4.)
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Malgré des assertions contraires, l'expérience a démontré que le contact de la teinture d'Iode sur les membranes muqueuses n'est nullement douloureux, en supposant, bien entendu, qu'il n'existe aucun point de solution de continuité, ou que la muqueuse ne soit pas dépouillée de son épilhélium. Ainsi, M. Boinet a fait voir qu'on peut badigeonner presque àl'insu des malades la muqueuse pharyngienne et buccale, les amygdales, le col du l'utérus, le vagin, etc., sans déterminer de douleur, mais à la condition que la teinture iodique ne louchera pas les orifices des cavités muqueuses, car en ce point où existe la transition entre la muqueuse et la peau, et où le tissu est infiniment plus fin et plus sensible, ce contact produit une douleur très-vive, et même aussi vive que lorsqu'on applique de la teinture d'Iode sur la peau dénudée de son épidémie, ou sur une plaie récente. Aussi M. Boinet recommande-t-il expressément de ne toucher que la muqueuse et rien que la muqueuse, sous peine de produire des douleurs inutiles.
Il l'ait d'ailleurs remarquer avec beaucoup de raison que, si l'on vient à pratiquer successivement plusieurs badigeonnages sur la même partie, il se passe sur la muqueuse ce qui a lieu pour la peau, c'est-à-dire qu'à la suite de la desquamation les badigeonnages que l'on pratique ultérieurement ne peuvent manquer de déterminer de la douleur.
Quelle que soit la nature des affections ayant leur siège sur la membrane muqueuse de la bouche et de l'arrière-gorge, spécifiques ou non, il n'en est aucune qui n'ait été soumise avec avantage aux applications iodées. Ainsi, soit en gargarismes, soit sous forme de collutoires ou de badigeonnages à l'aide d'un pinceau, la teinture d'Iode a rendu des services signalés dans les stomatites simples ou gangreneuses, dans les diphthérites pultacées, couenneuses et gangreneuses, et enfin dans l'angine granuleuse pharyngée, maladie toujours si réfractairr. Nous pouvons en dire autant relativement aux diverses affections ulcéreuses, purulentes, gangreneuses, syphilitiques, dans les plaies atteintes de pourriture d'hôpital et généralement dans toutes les affections de nature septique.
M. Boinet qui, plus que personne, a contribué à généraliser l'emploi de ces applications topiques à la plupart des inflammations des membranes muqueuses, en obtient journellement les plus grands avantages dans les granulations et les ulcérations du col de la matrice, et il les préconise surtout dans les vaginites aiguës ou chroniques, simples ou virulentes. Dans ce cas, il badigeonne avec la teinture d'Iode pure tout le canal vulvo-utérin, depuis le col de la matrice jusqu'à l'entrée du vagin. Une seule application suffit ordinairement. Par mesure de précaution, dans le cas de blennorrhagie virulente, il a soin de badigeonner les grandes et les petites lèvres avec leurs replis, et puis il termine par une injection dans la partie antérieure du canal de l'urètre, mais seulement avec un mélange à parties égales de teinture et d'eau, avec la précaution d'empêcher le liquide de pénétrer dans la vessie. Ce traitement paraît préférable à M. Boinet à la cautérisation avec le nitrate d'argent,
d'une part, parce qu'il est beaucoup moins douloureux, et, de l'autre,
qu'il est d'une application plus prompte, plus facile et enfin plus efficace, (Union médicale, septembre 1853.)
Dysenterie chronique. — M. le docteur Delioux (Union médicale, 1853) a eul'idée d'employer l'Iode en injections rectales pour combattre la dysenterie chronique. En modifiant directement à l'aide de cet agent la surface de la membrane muqueuse chroniquement enflammée, il dit
avoir obtenu des succès remarquables. Il donne ces lavements à la dose de 10 à 30 grammes de teinture d'Iode, maintenue soluble par I à 2 grammes d'iodure de potassium pour 200 à 250 grammes d'eau. Sur 12 cas consignés dans son mémoire, l'affection intestinale a été notablement amendée ou guérie 10 fois; dans deux cas seulement il y a eu insuccès, mais non aggravation. M. Delioux affirme qu'en général ces lavements ne produisent que de légères coliques, et quand elles sont un peu vives, on les calme facilement par un lavement laudanisé. L'auteur fait d'ailleurs observer qu'en raison de la faculté d'absorption dont est doué l'intestin, les lavements pourraient servir de moyen d'introduire l'Iode au sein de l'organisme, dans certains états morbides généraux qui peuvent en réclamer l'usage.
Gomme on vient de le voir, il est un très-grand nombre de maladies, soit des cavités séreuses, soit du tégument externe et interne, où l'Iode, administré en injections et en applications encore plus directes, a rendu les services les plus signalés. Aussi peut-on dire que l'extension donnée depuis quelques années à l'emploi topique de ce médicament constitue une des plus précieuses conquêtes de la thérapeutique.
Et pourtant, si rapide et si grande qu'ait été cette extension, il est facile île juger que, sous ce rapport, il reste encore des applications nouvelles à tenter, et sans nul doute plus d'un utile résultat à recueillir.
En effet, grâce à cette propriété éminemment antiseptique et résolutive, aujourd'hui si bien constatée, l'Iode devra trouver son indication toutes les fois qu'il s'agira, soit d'assainir une plaie de mauvais caractère, soit de modifier une surface vicieusement sécrétante, ou de résoudre une phlegmasic de nature chronique et de tendance réfractaire. Or, quel que soit d'ailleurs le siège de la lésion, qu'elle affecte la surface delà peau ou le point le plus caché d'une membrane muqueuse, ou môme qu'elle réside dans les profondeurs d'une cavité séreuse, synoviale, ou autre, on sera autorisé à tout attendre de l'Iode, pour peu que cette lésion suit, accessible à l'action topique de ce médicament.
C'est qu'en effet, comme l'a démontré l'expérience, la matière médicale ne possède guère de modificateur externe à la fois plus efficace et plus inoffensif que l'Iode. Aussi, à ce titre, nous n'hésitons pas à le placer à côté du nitrate d'argent comme l'un des plus précieux agents de la médication substitutive.
>21 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
Syphilis. — L'action résolutive puissante de l'Iode, son influence sur la nutrition, avaient fait penser qu'il pourrait être administré avec avantage dans le traitement de la syphilis constitutionnelle. Déjà, depuisplusieurs années, l'iodure de mercure était employé comme antisyphilitique, et l'expérience avait démontré qu'il était surtout utile dans les maladies vénériennes cnroniques. Les heureux succès obtenus par ce moyen nouveau étaient-ils imputables au mercure seul ou bien à l'Iode, ou bien à la combinaison de ces deux agents ? Wallace, de Dublin, a tranché la question, et a démontré que l'Iode est aussi utile que le mercure dans le traitement de la syphilis constitutionnelle {Journ. des connaiss. méd.chir., t. IV, p. 137). Sur 142 malades traités, il y en avait 6 affectés, d'iiïtis, 6 d'engorgement du testicule, 10 de maladies diverses des os et des articulations, 97 de syphilides cutanées, 20 de lésions de la membrane muqueuse de la bouche, du nez, de la gorge; enfin, l'Iode fut également administré chez trois femmes enceintes, dans le but de soustraire le fœtus à l'infection syphilitique. La préparation qu'il emploie est la rnixtwa hydriodatis potassœ, qui contient 8 grammes d'Iodure de potassium pour 250 grammes d'eau distillée. Les adultes prennent de cette mixture une cuillerée à bouche quatre fois par jour; soit 60 grammes, c'est-à-dire 2 grammes d'Iodure de potassium.
Nous avons les premiers expérimenté la méthode de Wallace, en 1835, à Paris, et nous en avons constaté les heureux effets. Mais M. Ricord, à la tète d'un hôpital des vénériens, a pu reprendre ces expériences sur une très-grande échelle, et il est arrivé à placer l'iodure de potassium au même rang que le mercure dans le traitement des maladies syphilitiques. Il a surtout recours à ce médicament dans ce qu'il appelle les accidents tertiaires. Voici, suivant lui, l'ordre des symptômes qui cèdent à l'emploi de l'iodure de potassium : les tubercules profonds de la peau et des membranes muqueuses; les tubercules du tissu cellulaire, vulgairement connus sous le nom de tumeurs gommeuses; les périostoses, la carie, les exostoses, les douleurs ostéocopes, etc., etc. — Les doses d'iodure de potassium que M. Ricord emploie sont de beaucoup supérieures à celles que conseille Wallace ; il commence par I gramme par jour dans une potion, et il va jusqu'à i grammes, sans produire d'accidents. M. Bullock a publié également des faits qui déposent dans le même sens que ceux qui ont été observés par AVallace, M. Ricord et nous (France méd.Jèvr. 1839).
A cette occasion, nous croyons utile de faire une remarque au sujet de la puissance d'action comparative du mercure et de l'Iode, dans leurs rapports avec les diverses manifestations de la syphilis constitutionnelle.
Selon M. Ricord, le mercure serait le véritable spécifique des accidents secondaires, tandis que l'iodure de potassium n'aurait d'efficacité réelle que dans les accidents tertiaires.
Cette manière de voir, qui est vraie en général, cesse d'être exacte lorsqu'elle se produit sous une forme aussi absolue.