IODOFORME
L'Iodoforme (C'HI3) ou iodure de car- On doit la découverte de lïodol'orme h
bone, s'obtient par le procédé suivant, Sérullas; et M.M. Dumas et Bouchardat
dû a Bouchardat : sont, parmi les chimistes, ceux qui ont le
plus contribué à le faire connaître.
Iode 100 gr. Ce corps se présente a l'état solide,
Bicarbonate dépotasse.... 100 gr. sous la forme de paillettes nacrées, d'un
Eau 750 gr. jaune de soufre, friables, douces au tou-
Alcool 250 gr. cher, d'une odeur aromatique très-persistante.
Mêlez le tout dans un flacon placé dans L'Iodoforme contient plus de 9/10 de un bain d'eau, élevez successivement la son poids d'iode; toutefois sa saveur est température pour favoriser la réaction. douce cl. n'a rien de corrosif. Administré La liqueur étant décolorée , ajoutez a des chiens, il tue à dose plus faible que 25 parties d'iode; chauffez de nouveau, l'iode, après avoir donné lieu à un abatrenouvelez l'addition de l'iode tant que tement plus ou moins prononcé, rarement les liqueurs se décoloreront; quand vous à des vomissements; 4 grammes suffisent aurez un peu dépassé le terme, que les pour donner la mort à un chien de liquides ne changeront plus par la cha- moyenne taille. A l'abattement succède leur, ajoutez quelques gouttes de solution une période d'excitation caractérisée par de potasse ou de soude caustique pour des convulsions, des contractures, etc. décolorer les liqueurs, filtrez, lavez le Malgré sa puissance toxique, l'Iodoprécipité produit, qui consistera unique- forme a cela de remarquable qu'il est. ment en lames cristallines d'Iodoforme totalement dépourvu d'action locale irrid'uue belle couleur citrine. Les liqueurs tante, et qu'il ne donne pas lieu à la plus évaporées donnent une quantité assez légère injection de la muqueuse de l'esgrande de cristaux d'iodure de potassium tomac et de l'intestin : aussi a-t-il, sous ou de sodium. ce rapport, un véritable avantage sur la Ce procédé donne eu Iodoforme le plupart des préparations qui contiennent sixième du poids de l'iode employé. de l'iode.
Cet agent, très-usité en Allemagne, est encore à peine employé en France ; mais nu dire des expérimentateurs qui, dans ces derniers temps, se sont le plus occupés de son étude, il mériterait d'être plus répandu.
Parmi ces expérimentateurs, nous mentionnerons surtout MM. Moretin, Humbert et Maître, qui ont présenté à l'Académie un travail intéressant sur ce nouveau médicament, et qui en ont résumé les principales propriétés thérapeutiques dans quelques propositions que nous allons reproduire :
1" En raison de la grande quantité d'iode que renferme l'Iodofornie, ce médicament peut remplacer l'iode et les iodures dans toutes les circonstances où ces derniers agents sont indiqués.
2° L'absorption del'Iodoforme se fait avec la plus grande facilité; en effet, l'iode étant combiné ici avec l'hydrogène et le carbone pour le constituer, on a, pour ainsi dire, un composé organique.
3° L'Iodoforme, appliqué à la thérapeutique, a sur les autres iodiques l'avantage de ne déterminer aucune irritation locale et aucun des acci-
3iO MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
dents qui forcent, dans certains cas, de suspendre l'emploi de ces derniers.
4° Outre les propriétés qui lui sont communes avec l'iode, l'Iodoforme jouit de vertus spéciales : il calme les douleurs dans certaines affections névralgiques, et détermine une sorte d'anesthésie locale et partielle du rectum, lorsqu'il a été déposé dans cet organe.
Les principales maladies dans lesquelles ces auteurs ont employé l'Iodoforme avec le plus d'avantage sont : le goitre endémique, la maladie scrofuleuse, le rachitisme, la syphilis, notamment dans les accidents tertiaires, certaines affections du col de la vessie ou de la prostate, quelques névralgies et principalement la névralgie faciale et la gastralgie. Il a été conseillé en outre dans le traitement de la phtbisie pulmonaire, surtout sous forme de vapeurs. A cet égard, ses propriétés anesthésiques semblent devoir lui conférer une véritable supériorité sur les vapeurs de l'iode. Les doses auxquelles on l'administre à l'intérieur sont de S, 10, 15 centigrammes. M. Boucbardat a élevé la dose jusqu'à 60 centigrammes.
L'Iodoforme a d'ailleurs l'avantage de se prêter aux préparations pharmaceutiques les plus importantes. On le prescrit ordinairement en pilules et en pastilles.
Il se dissout très-bien dans l'huile ; aussi en l'associant à une huile aromatique d'un goût et d'une saveur agréables, on donne naissance à une huile iodoformique qui pourrait, dans certains cas, remplacer l'huile de foie de morue.
A l'extérieur, on administre l'Iodoforme en pommades, en liniments et en suppositoires. Sous cette dernière forme, il exerce sur les sphincters une action anesthésique des plus remarquables, à ce point que le malade n'a plus le sentiment de la défécation. On pressent facilement dans quelles circonstances la thérapeutique chirurgicale pourrait utiliser cette propriété. Nous ignorons si des essais ont été faits sur la fissure à l'anus.
Sous forme de pommade ou de baume iodoformique, on s'en est servi avec quelques succès pour combattre la douleur dans les diverses névralgies, et notamment en applications sur les tumeurs cancéreuses ulcérées.
A Londres, M. Greenlach, de Saint - Bartolomew's hospital , et M. Nunn, de Middlesex hospital, l'emploient pour le même usage, incorporé dans du beurre de cacao. Ils ont pu, de cette manière, calmer des douleurs produites par le cancer utérin. A l'intérieur, l'action de Tlodoforme leur a paru douteuse.
N'oublions pas de noter encore que les médecins allemands vantent beaucoup ces préparations dans certaines affections de la peau, et qu'ils prétendent en avoir obtenu de grands succès dans l'eczéma chronique, le psoriasis, la lèpre, etc. Disons enfin qu'un honorable pharmacien de Paris vient de composer, avec l'Iodoforme et le fer réduit, des pilules lodoformo-ferriqws, préparation qui, par sa grande stabilité, aurait un avantage marqué sur l'iodure de fer, dont l'altérabilité est bien connue.
D'après ces données, l'Iodoforme parait se recommander à la fois par
IIUILK DH MOHUIi.
doux propriétés essentielles : l°à titre d'altérant et de résolutif; 2° comme anesthésique. Faisons des vœux pour que ce nouveau médicament obtienne gain de cause devant l'expérimentation ultérieure.
Pilules d'Iodoforme (Bouchardat).
Iodoforme 2 grammes.
Extrait d'absinthe q. s.
Pour 3(i pilules, S par jour.
Pilules iodoformo-ferrées.
Iodoforme 10 grammes.
Par réduit 10 —
P. S. D. 100 pilules, 1 à 4 par jour.
Suppositoire (Maître).
Beurre de cacao 30 grammes.
Iodoforme 1 à 2 —
Faites fondre le beurre de cacao à une douce chaleur, ajoutez l'Iodoforme en poudre, agitez et divisez en six suppositoires.
Pastilles d'Iodoforme (Bouchardat).
Iodoforme 5 grammes.
Sucre blanc 100 —
Essence de menthe 1 —
Mucilage de gomme adragante q. s.
F. S. A. des tablettes de 1 gramme, 5 ou C par jour.
Poudres.
Iodoforme pulvérisé 10 grammes.
Sucre 80 —
Sucre vanillé 10 —
Mêlez et divisez en 100 prises, à prendre 3 par jour.
M. Hardouin a fait aussi des cigarettes iôdoformiques.
Quand les morues sont pècbées, on les ouvre et l'on enlève le foie, que l'on jette dans de grandes cuves exposées îi l'ardeur du soleil. Il s'écoule alors une huile limpide, peu odorante, très-recherchée dans le commerce," A qui passe pour n'avoir aucune vertu médicale. Bientôt un commencement de putréfaction s'empare de ces foies, et il se sépare une nouvelle quantité d'huile brune et transparente,
qui a une saveur de poisson et détermine une sensation âpre dans le fond de la gorge quand on l'avale.
Le docteur Kopp, de Hanau, soupçonnant déjà depuis longtemps la présence de l'iode dans l'Huile de foie de .Morne, avait engagé M. Hopfer à s'en assurer.
L'expérience eut lieu de la manière suivante :
Une livre de foie de morue, d'un jaune
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
brun rougeâtre, fut saponifiée par une solution de soude caustique en excès. Le savon obtenu fut carbonisé, et le résidu lessivé. On ajouta de l'acide sulfurique à la solution, mais non jusqu'à saturation complète, puis l'on fit cristalliser le sulfate de soude, et on évapora les eaux mères jusqu'à siccité. On mit le résidu dans un petit flacon avec un peu d'eau, et l'on y ajouta de l'accide sulfurique concentré avec un peu de peroxyde de manganèse ; alors un papier enduit d'empois et fixé au bouchon fut coloré en un beau bleu.
Une autre portion de résidu, traitée par l'amidon et l'acide nitrique, donna également de l'iodure d'amidon bleu.
M. Hausmann est arrivé au même résultat par l'emploi d'un procédé différent, sans avoir eu connaissance de celui de M. Hopfer, et semble montrer en outre que l'Huile de foie de Morue foncée contient un peu plus d'iode que celle qui est d'une couleur claire.
Il se demande si les propriétés attribuées jusqu'ici à l'Huile de foie de Morue seraient dues exclusivement à la présence de l'iode dans ce corps gras (Bulletin tliêrapeut., t. XIII, oct. 1837).
M. de Jongh a réoemment examiné l'Huile de foie dite de Bergen, qui se tire des différentes espèces de gadus (morrbua, molva, carbonarius, callarias, pallachms et merlanchius). Celle de Morue est la meilleure et la plus odorante. On en distingue trois variétés : l'Huile blanche, qui se sépare la première et spontanément des foies entassés dans des cuves; l'Huile brune, qui se sépare plus tard, et l'Huile noire, qui vient surnager l'eau avec laquelle on a fait bouillir les foies qui ont déjà fourni l'Huile blanche et l'Huile brune.
M. de Jongh a analysé ces trois espèces, venant directement de Bergen.
Nous nous bornerons à rapporter ici les réflexions qu'ont suggérées ces analyses à M. Boudet, qui en rend compte (Journal de Pharmacie, mai 1844).
« En examinant, dit-il, la liste des nombreux produits que M. de Jongh a retirés des Huiles de foie, on voit qu'indépendamment des corps gras, des matériaux de la bile dont elles sont en glande partie formées, et de l'iode que l'analyse y a signalé depuis longtemps, elles contiennent du chlore, du brome et du phosphore. La présence de ces trois corps, doués de propriétés si énergiques, offre de nouveaux moyens d'expliquer l'influence toute spéciale de ces Huiles sur certaines maladies, influence que l'on avait jusqu'ici attribuée à l'iode, et qui ne doit pas lui appartenir exclusivement.
« C'est au phosphore, selon toute vraisemblance, que l'on doit surtout rapporter l'action merveilleuse de ces Huiles dans les cas de rachitisme. »
Ajoutons que les analyses de M. de Jough prouvent que les principes actifs, iode, phosphore, etc., sont en plus forte
proportion dans l'Huile noire que dans les deux autres espèces, ce qui s'accorde avec les résultats de M. Hausmann.
L'Huile noire renferme en outre une petite quantité de fer.
On peut reconnaître la falsirication de l'Huile de Morue à certains caractères, tels que la résistance à la congélation, -la densité, le degré de la solubilité dans l'alcool, la solubilité dans l'eau et la proportion d'extrait fourni par les différentes Huiles de Morue. Mais tous ces caractères demandent, pour être constatés, l'intervention de procédés trop savants ou trop compliqués pour la masse des praticiens.
Il existe heureusement un autre caractère que l'on doit à M. Gobley, caractère qui est à la portée de tous, et qui peut suffire dans la généralité des cas. II con siste à instiller goutte à goutte dans l'Huile de Morue l'acide sulfurique concentré. En tombant, cet acide produit un mouvement centrifuge particulier à l'endroit où se fait le contact, et en même temps il se manifeste une belle couleur violette passant au pourpre par l'agitation du mélange.
Cette réaction serait due à l'acide cholinique contenu, avec d'autres matériaux de la bile, dans l'Huile de foie de Morue.
Le Codex indique la préparation suivante :
Foies de morue récents.
Débarrassez-les des membranes qui y adhèrent, coupez-les et faites les chauffer au bain-marie dans une bassine étamée, en remuant continuellement, jusqu'à ce que l'huile vienne à la surface. Passez avec une légère expression à travers un tissu de laine; abandonnez l'huile à ellemême pendant quelques jours, et filtrezla au papier. L'huile ainsi obtenue est d'une couleur légèrement ambrée. On doit la préférer, pour l'usage médical, aux huiles très-blanches, qui ont été décolorées par un agent chimique.
Jusque dans ces derniers temps, l'Huile de foie de Morue était seule employée, mais, depuis le travail de M. Gobley, l'usage de l'Huile de foie de raie commence à se répandre. Celle-ci a sur la première l'avantage d'être infiniment moins désagréable à la vue, au goût et à l'odorat. Sa composition parait être tout à fait semblable à celle de l'Huile de Morue; on l'a même trouvée plus chargée d'iode. D'ailleurs on peut se procurer l'Huile de raie au même prix que l'autre.
L'Huile de foie de Morue a, depuis quelques années, pris un rang très-important parmi les substances médicamenteuses inscrites dans notre matière médicale; on ne peut donc passer sous silence les nouveaux modes d'administration que l'on propose pour ce produit, surtout lorsque leur objet principal est de masquer son odeur et sa saveur, insupportables, comme on le sait, pour beaucoup de
malades. C'est le cas des formules sui- l'ail ;de guérir, car on peut l'employer
vantes, indiquées récemment par M. Des- au bout de douze heures de préparation
champs : (Journal de Chimie médicale).
1° Savon d'Huile de foie de Morue. ^e^e d'Huile de fuie de Morue.
.... ' îrénétinc ou gélatine pure. 20 gr
Pr. : Huile de foie de Morue. 000 gr. (ou fucu9 crispns 23 gr.).
Soude caustique S0 — |,viu ,iur[. ty^g
Eau 20 — girop U(. Xolu.! .' .' .' .' .' .' .' 150 —
Huile de foie de Morue am-
Faire dissoudre la sonde dans l'eau, urée 250 —
puis mêler S. A. le soluté avec l'huile.
Ce savon pourrait être employé à la „. , ,,.. . .,
manière des emplâtres, et servir ainsi au , Obtenez !« gammes de gelée, ajou-
pansement des plaies, ôar il n'est pas al- L*? e S"'°,P et 1 huile puis 25 gouttes de
câlin. 11 contient, par chaque s grammes, t.c:,"lure. de T.olu et 6 gouttes d essence
5 grammes 1 2 d'Huile. d amandes amères. Battez vivement dans
un baui-inarie froid, et coulez encore
chaud dans un flacon à large ouverture.
2» Baume d'Huile de foie de Morue. Plusieurs personnes, entre autres
M. Marchai de Calvi, M. Personne, pliar-
Pr. : Savon d'Huile de foie de macien de l'hôpital du Midi, M. Berthe,
Morue 60 gr. etc., ont publié des formules d'Huile io-
Alcool à 90" centésimaux. . 00 dée pour remplacer l'Huile de Morue.
Nous pensons qu'il serait difficile de faire
n„ c.,;i j;,„„,,j»„ i„ ,„..„., a „ n i i entrer l'iode à un état de combinaison
Un fait d ssoudre le savon dans alcoo ,, ,,. , .... • -, • . . .... -,
\ i- i ™» t„„*„„„ ,i., i,»;- „,„„•„ „ ,- semblable a celle ou il existe dans 1 Uni <•
a la température du bain-mane, pu s on , u , n>-;n» i i i . , , .
i i„ „„> .(•«„ j i n ii de Morue. 1) auteurs u est très-probable
coule a solution dans des flacons a baume .. i „ „ ,■ ■•, , ,,.1 -, ,
... . . ,,„„ i „, -, nue 1 odeur particulière de Hu e de
opodeldoch, et 1 on bouche ensuite avec ^ qu<j ^ ft at(ribu-L. aa pl)oc,:,
Trente-deux grammes de ce baume u,ale d,e glycérine entre pour quelque
représentent onfe grammes d'Huile de f|X ' aotl0n "«««peutoque de cette
foie de Morue. Depuis quelques années l'Huile de foie
de Morue, véritable et pure, tendait à 3° Pilules de savon d'Huile de foie de ' devenir excessivement rare, et la sophis- Morue. tication de la plupart des Huiles du commerce était tellement générale que. déjà Pr. : Savon d'Huile de foie de dès l'année 1852, le docteur Homollc. Morue 10 "T. très-compétent en cette matière, ne craignait pas d'affirmer dans un rapport que trouver une huile, qui provint exclusivc- On roule le savon dans la poudre de ment des foies de Morues, serait entièregomme adragante, puis on le divise en ment impossible.
vingt pilules bien égales que l'on rend Pour remédier à ces fraudes et pour
inodores en les recouvrant de deux cou- fournir à la pharmacie des huiles parfai-
cbes successives de miel et de gomme, tement pures et bien préparées, le doc-
Pour cela on fait dissoudre à chaud teur Delattre, de Dieppe, entreprit des
soixante parties en poids de miel blanc recherches chimiques comparatives sur
solide dans six parties d'eau, et l'on se l'Huile de foie de Morue et sur les huiles
sert de soluté obtenu pour mouiller la qu'on retire des foies de poissons du
surface des pilules; après quoi on laisse genre squale; qui est très-nombreux en
tomber ces dernières dans la poudre de espèces, ainsi que sur les huiles du genre
gomme adragante. Lorsqu'elles ont été raie.
convenablement roulées dans cette pou- Par ses analyses, il est arrivé à dé-
dre, on les abandonne à elles-mêmes montrer que toutes ces huiles, sans ex-
jusqu'à ce qu'elles soient bien sèches, et ception, contiennent, dansdes proportions
on les traite une seconde fois, et de la d'ailleurs variables, suivant le genre du
manière qui vient d'être indiquée, par poisson, de l'iode, du chlore, du phos-
l'eau miellée et par la poudre de gomme. phore, du soufre, et de plus une matière
Ces deux couches sont suffisantes pour colorante aromatique, qu'il nomme ga-
empècher que l'odeur ou la saveur pro- duine dans les morues, rajanine clans les
près au savon ne soit perçue par les or- raies, squaline dans les squales. En ou-
ganes des malades. tre, il s'est attaché à démontrer un se-
Chacune de ces pilules représente qua- cond point très-important pour la pratique
rante centigrammes de savon, contenant médicale, à savoir : que les proportions,
deux cents milligrammes d'Huile. spéciales à chaque huile, des' principes
Le savon d'Huile de foie de Morue n'a énumérés ci-dessus, confèrent a chacun
pas besoin d'être préparé longtemps à de ces produits des propriétés thérapeu-
î'avance pour être propre aux usages de tiques particulières.
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
Les diverses espèces d'huile de l'oie de morue sont ainsi composées d'après les analyses de Girai'din et Delattre.
Vierge
Ambrée
Blonde
fîrune
Oléine.
Jlargarine.
Chlore.
Iode.
Brome.
Soufre.
Phosphore.
Acides.
Perle.
Ajoutons que M. Delattre a encore rendu un autre genre de service à la pharmacie, en inventant un appareil pour la préparation des huiles de poisson, a l'abri du contact de l'air. En effet, par ce moyen, il est arrivé a éviter la formation des acides oléique, sulfurique, phosphorique : inconvénient fâcheux auquel n'échappent pas entièrement les procédés, jusqu'ici reconnus comme les meilleurs.
tels que ceux de Junghet de Hogg. — Grâce à ce perfectionnement, M. Delattre se flatte d'obtenir des huiles parfaitement pures, et dont les principes actifs ont été conservés intacts.
M. Devergie, dans le rapport qu'il a présenté à l'Académie sur les travaux du docteur Delattre, a fait ressortir les différents avantages du procédé de fabrication dû à notre estimable confrère, et il a insisté sur l'utilité pratique qui devait résulter de ses remarquables analyses,
confirmées d'ailleurs par plusieurs de nos principaux chimistes.
En outre, M. Devergie, après avoir soumis lui-même à une longue vérification pratique les faits énoncés par M. Delattre, a reconnu que les différentes huiles de poisson possédaient des propriétés communes à toutes, et en même temps spéciales à chacune d'elles, et il a signalé dans ses conclusions, d'une manière nette et précise, les indications principales que chaque huile est particulièrement destinée à remplir.
Ainsi, d'après ce thérapeutiste, l'Huile de Morue est plus efficace dans la phthisie scrofuleuse que les huiles de raie et de squale.
L'huile de raie amène plus rapidement la guérison de la diarrhée séreuse et des engorgements mésentériques des enfants pendant la dentition.
L'huile de raie pastenaque réussit mieux encore que les autres huiles dans le traitement des dartres et du rhumatisme chronique.
Enliiijl'huile de squale parait jouir d'une action toute spéciale dans les altérations des os; mais elle peut être substituée avantageusement à l'Huile de foie de Morue dans tous les cas où celle-ci esl manifestement utile et efficace.
Ajoutons enfin que M. Riche, armateur à Saint-Malo, a fondé, à Saint-Pierre- Miquelon, une fabrique d'Huile de Morue qui exonérera la France d'un tribut qu'elle payait à l'étranger pour ce produit.
Historique. — L:Huile de Morue était employée de temps immémorial parmi le peuple, en Angleterre, en Hollande, en "Westphalie, et sur tout le littoral du nord de l'Allemagne, dans le traitement du rhumatisme et du rachitis ; mais les gens de l'art ne l'avaient jamais mis en usage. Percival (Médical, philosophical and expérimental Essays, Warington, 1790, t. II) et Darbey (London médical Journal, t. II, p. 392) furent les premiers qui firent connaître au monde médical les résultats d'expériences qu'ils avaient tentées dans les hôpitaux. Cependant les médecins n'avaient tenu aucun compte de ces travaux, quand Schenck publia, en 1822, dans le journal de Hufeland,une série d'observations sur l'efficacité de l'Huile de Morue contre les rhumatismes chroniques, et particulièrement contre la sciatique et le lumbago. Dès lors les expériences se sont multipliées, et l'on peut voir dans le journal de Hufeland, dans le Magasin de Rust, et dans d'autres journaux allemands, un grand nombre de mémoires ou d'observations relatifs à cet important médicament. Elberling, de Berlin, publia sur ce sujet sa dissertation inaugurale (1826). Reder, de Rostock (1826), et Bettinger, de Wûrtzbourg (1827), firent également une monographie sur l'usage médical de l'Huile de Morue.
HUILE DE uSrue. .fi:;
ACTION PHYSIOLOGIQUE DE L'iIUILE DE FOIE DE MOULE.
En comparant entre elles soixante et onze observations dans lesquelles il a été tenu compte des effets particuliers produits sur l'organisme par l'usage de l'Huile de l'oie de Morue, Reister arrive aux résultats suivants :
Estomac. — Des nausées ont été observées dans trois cas, des vomissements dans trois cas; dans un cas, perte de l'appétit et sentiment d'ardeur dans l'estomac; la diminution de l'appétit a surtout été remarquée chez les enfants rachitiques, qui ont ordinairement l'appétit si vorace.
Canal intestinal. — Augmentation plus ou moins forte des évacuations, observées dans dix- sept cas.
Appareil urinaire. — Accélération de la sécrétion urinaire avec sédiment briqueté dans huit cas.
Appareil générateur. — Augmentation du flux menstruel, tellement forte que l'usage de l'Huile a dû être suspendu ; le même phénomène fut observé à plusieurs reprises : une fois rétablissement des règles.
Appareil cutané. — La diaphorèse fut augmentée dans douze cas : clans l'un de ces cas, la sueur se manifesta seulement aux membres inférieurs ; dans deux cas, elle avait l'odeur de l'Huile ; trois fois elle fut précédée d'une chaleur répandue sur tout le corps ; une fois démangeaison brûlante à la peau; deux autres fois, éruption de petites taches rouges ■avec prurit.
ACTION TUÉRAPEDTIQUE DE L'UUILE DE MORUE.
L'Huile de foie de Morue s'adresse surtout à trois états pathologiques que nous placerons daris l'ordre suivant : rachilis, scrofule, phthisie pulmonaire.
Rachitis. — L'action de ce remède dans le traitement du rachitis est tellement évidente, qu'à ce titre seulement l'Huile de Morue mérite de prendre dans la thérapeutique un rang important.
Les quatre faits rapportés par Schenck sont pleins d'intérêt. Un enfant de deux ans, rachitique, qui ne pouvait se soulenir, prit, matin et soir, une demi-cuillerée abouche d'Huile de Morue, et fat parfaitement guéri lorsqu'il en eut pris 230 grammes. Un autre, également âgé de deux ans, avait pu marcher à l'âge de douze mois, mais peu après il était devenu rachitique, et ses membres atrophiés ne pouvaient supporter son corps. Il prit par jour trois cuillerées à café d'Huile de Morue, el fut guéri après en avoir pris 300 grammes. Un troisième enfant, qui avait été très-bien portant la première année de sa vie, fut affecté, dans le cours de la seconde, de tous les symptômes du rachitisme ; cet enfant, qui marchait très-bien auparavant, ne put bientôt plus se tenir sur ses jambes. Il fut guéri après avoir pris 300 grammes d'Huile. On endon- 8e éd. — t. i. 29
316 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
nait une cuillerée à café trois fois par jour. Le quatrième fait est encore plus probant. Un petit garçon, âgé de trois ans, avait marché seul à la fin de la première année ; bientôt les genoux se gonflèrent, le rachis se dévia, et le pauvre petit se trouva dans l'impossibilité de marcher. Tous les remèdes avaient déjà été inutilement employés quand Schenck eut recours à l'Huile de Morue ; il en donna matin et soir une demi-cuillerée à bouche. L'enfant fut parfaitement guéri, à cela près d'une légère déviation de la colonne vertébrale, après avoir pris 520 grammes d'Huile.
Le témoignage du docteur Fehr sur cette propriété de l'Huile de Morue dans le traitement du rachitis mérite d'être cité. « Ce n'est pas seulement, dit-il (Heckers, Annakn, juillet 1S29, p. 346), après un changement de régime, ou à l'entrée de la belle saison, ou au commencement d'une période de croissance, mais bien souvent au bout d'une ou deux semaines, que se manifeste l'efficacité frappante de ce médicament. Les dents souvent noires, branlantes, de ces enfants se nettoient et deviennent solides. Des enfants qui ne pouvaient étendre les jambes et qui jetaient les hauts cris quand on essayait de les mettre debout, commencent à se tenir sur leurs jambes, et même à marcher, lorsqu'ils sont en âge de le faire ou qu'ils avaient déjà marché auparavant. Leur digestion s'améliore, le ventre redevient plus souple, surtout dans la région hépatique ; la faim canine ou l'inappétence cessent en même temps que les aigreurs d'estomac ; les côtes, en quelque sorte distordues, reprennent leur forme naturelle; la respiration devient libre et facile, la rectitude des jambes se rétablit, et souvent les dents poussent promptement, etc. , etc. »
M. Bretonneau, qui ignorait les travaux scientifiques entrepris en Allemagne sur l'Huile de Morue, fut conduit de la manière suivante à essayer ce moyen dans le rachitis. Un négociant hollandais était venu s'établir à Tours, et il avait pris M. Bretonneau pour médecin. Un de ses enfants devint rachitique au plus haut degré, et lorsque le savant praticien qui dirigeait la santé de l'enfant eut vainement essayé les moyens ordinairement conseillés dans le traitement du rachitis, le père lui dit que l'aîné de ses enfants, atteint de la même maladie, avait été guéri en Hollande par un remède populaire, l'Huile de poisson. M. Bretonneau essaya le même moyen sur son jeune malade, et le succès fut si incroyablement rapide, qu'il en fut frappé. Il recommença l'expérience sur d'autres rachitiques, et ce fut alors que, faisant des recherches sur l'Huile de Morue, il vit avec plaisir que les succès qu'il avait obtenus étaient confirmés par ceux des écrivains allemands que nous venons de citer. Nous pourrions encore donner le témoignage de Stapleton {Annales de la Société de médecine de Gand), qui a guéri par de hautes doses d'Huile des enfants et des adultes atteints de rachitis.
Nous-mêmes, répétant les expériences de Schenck, de Fehr et de M. Bretonneau sur ce médicament, nous avons acquis la certitude qu'il agissait très-rapidement et de la manière la plus utile chez les enfants
HDILE DE MOKUE. .117
rachitiques. Placé pondant longtemps à la tête d'un hôpital d'enfants, nousavons donne' bien dos l'ois à des rachitiques l'Huile de foie do Morne, et souvent nous avons obtenu des succès dont la rapidité dépassait notre attente.
Quelquefois, après quatre ou cinq jours de traitement, on voit cesser les douleurs aiguës que les enfants éprouvent dans tous les membres, et les os, que l'on pouvait ployer, ont repris souvent, au bout de quinze jours, une grande partie de leur solidité.
Cbez une femme atteinte d'ostéo-malaxie au plus haut degré, et qui ne pouvait mouvoir aucun membre, deux mois de traitement ont suffi pour rendre au squelette toute sa fermeté; et cette malade, que nous avons souvent revue, a joui désormais de la meilleure santé.
Avant qu'une longue habitude des maladies des enfants nous eût rendus plus sûrs dans notre diagnostic, nous confondions, comme le font beaucoup de médecins, le rachitis avec la scrofule. Mais tandis que la scrofule se traduit si souvent par les lésions tuberculeuses, le rachitis, au contraire, semble exclure les tubercules, en ce sens du moins que, dans nos hôpitaux d'enfants, le rachitis se complique rarement de tuber" cules, tandis que ces productions accidentelles se rencontrent chez presque tous les enfants qui succombent à quelque maladie chronique.
Nous avions aussi confondu deux maladies tort distinctes, le carreau ou l'atrophie mésentérique tuberculeuse, et l'ascite symptomatique du rachitis. Il importe, en effet, de bien savoir que, chez la plupart des enfants atteints de rachitis, le foie s'hypertrophie, et il se fait dans le péritoine un épanchement séreux souvent très-considérable ; cet épanchement se résorbe avec la plus grande facilité en même temps que le rachitis se guérit ; et les médecins inexpérimentés qui ont cru au carreau s'imaginent avoir guéri, avec l'Huile de Morue, cette redoutable maladie dont la guérison est si rare. Disons encore, avant de quitter ce sujet, que le rachitis est une maladie qui, le plus souvent, débute dans le cours de la seconde année de la vie, tandis que le carreau tuberculeux est une affection rare chez les enfants à la mamelle, si rare même, que dans le cours de plusieurs années nous avons eu à. peine l'occasion, dans notre hôpital, de faire une ou deux autopsies d'enfants à la mamelle qui aient péri victimes de l'atrophie mésentérique.
Scrofule. — Bien que, dans la scrofule, l'Huile de Morue ne possède plus cette efficacité incontestable et presque merveilleuse qu'un consentement presque unanime lui reconnaît dans le rachitis, il n'est plus permis aujourd'hui de lui refuser dans cette maladie une influence réelle Mais cette influence est plus ou moins prononcée et plus ou moins variable, suivant la forme sous laquelle se présente l'affection scrofuleuse.
Chose singulière! on peut dire d'une manière générale que, fixée su»" les tissus fibreux et osseux, comme dans certaines tumeurs blanches e\
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dans les caries, alors même qu'elle a amené à sa suite un état cachectique par l'abondance et la durée de la suppuration, l'affection strumeuse est le plus souvent modifiée d'une manière favorable par l'usage persévérant de l'Huile de Morue, tandis que l'action de ce médicament n'a plus la même sûreté et la même évidence dans les cas où la maladie s'est manifestée, sous la forme d'engorgement ganglionnaires chroniques, et surtout d'adénites avec dégénérescence tuberculeuse.
D'autre part, lorsque l'adénite scrofuleuse terminée par ulcération a détérioré profondément la constitution par une sécrétion purulente trèsprolongée, on voit l'Huile de Morue reprendre ses avantages et présenter les résultats les plus heureux et les plus manifestes. L'explication de ce fait curieux sera donnée à la fin de cet article.
Il en est de même dans les dermatoses, les ophthalmies et les otites liées à la cachexie strumeuse.
Parmi les formes les plus graves de dermatoses dans lesquelles l'Huile de Morue compte le plus de succès, nous placerons en première ligne l'impétigo, le favus, et notamment le lupus. Personne n'ignore les guérisons presque merveilleuses que MM. Emery, Devergie, Gibert, Bazin, etc., ont obtenues dans cette dernière maladie, au moyen de l'Huile de Morue à très-hautes doses.
N'oublions pas enfin de dire que, dans le carreau lui-même, avec dégénérescence tuberculeuse des glandes mésentériques, l'Huile de Morue ne laisse pas de compter quelques succès ; mais hàtons-nous d'ajouter que ces succès sont plus nombreux dans le cas où l'affection abdominale, caractérisée principalement par l'ascite ou la tympanite, sera sous la dépendance du rachitisme, ainsi que cela s'observe si fréquemment.
Phthisie pulmonaire. — Les succès proclamés par beaucoup de médecins dans le traitement de la scrofule glandulaire déterminèrent d'autres praticiens à essayer l'Huile de foie de Morue dans une manifestation beaucoup plus grave de la diathèse scrofuleuse, en un mot dans la phthisie pulmonaire.
M. Pereira, de Bordeaux, fut le plus ardent promoteur de cette médication. Ici, ne craignons pas de le dire, dans le mémoire qu'il lut devant l'Académie des sciences, ce médecin rapportait un trop grand nombre de guérisons, et il exaltait trop la puissance de l'Huile de Morue pour qu'on ne dût pas se tenir en garde contre l'enthousiasme de l'auteur.
Dès cette époque, nous avons répété les expériences de M. Pereira ; d'autres l'ont fait comme nous ; et si nous confessons que, dans un certain nombre de cas, nous avons obtenu une amélioration notable dans les accidents de la phthisie, nous devons dire aussi que, dans l'immense majorité des cas, l'Huile de Morue a échoué, comme échouent d'ailleurs toutes les médications soit empiriques, soit rationnelles que l'on tente tous les jours contre la phthisie tuberculeuse
Pourtant la question ne nous paraissait pas jugée en dernier ressort, d'autant plus que nos principales expériences avaient été faites sur les malades qui peuplent nos hôpitaux, c'est-à-dire dans des conditions qui n'étaient peut-être pas les plus favorables pour décider cette question
Depuis lors, comme chacun sait, l'Huile de foie de Morue a été expérimentée sur la plus vaste échelle ; on peut même dire que, dans la phthisie ainsi que dans bien d'autres maladies, elle est devenue un remède presque banal. Mais de cette immense expérimentation il est sorti, connue on devait s'y attendre, des résultats tout à fait contradictoires, les uns militant en faveur de l'action curative ou plus ou moins salutaire de l'Huile de Morue dans la phthisie ; les autres, au contraire, témoignant d'une efficacité très-médiocre, sinon d'une véritable impuissance.
L'extrême divergence d'opinions qui, malgré la masse d'observations accumulées, règne encore aujourd'hui sur cette grave question thérapeutique, nous paraît tenir en très-grande partie à une cause qu'il importe de signaler : c'est que généralement l'Huile de foie de Morue a été administrée d'une façon trop empirique dans la phthisie pulmonaire.
En d'autres termes, on ne s'est pas suffisamment étudié à rechercher les conditions qui étaient de nature à être favorables ou nuisibles à l'emploi de ce médicament dans cette maladie, et surtout on a eu le tort de n'établir aucune distinction soit entre les périodes, soit entre les formes diverses qu'elle peut présenter.
Mais, hàtons-nous de le dire, il nous semble qu'a cet égard il se prépare un progrès véritable, et que, dans les travaux les plus récents, il se manifeste une heureuse tendance pour rendre cette médication de plus en plus rationnelle.
Parmi ces travaux, nous mentionnerons surtout le mémoire de M. Tauflieb, de Barr, couronné par la société médico-pratique, ainsi que le judicieux rapport de M. le docteur Homolle, inséré dans les bulletins de cette même Société (années 1851-1852).
Personne jusqu'ici ne nous paraît avoir ni mieux saisi le véritable mode d'action de ce médicament, ni mieux déterminé les conditions générales qui doivent présider à son emploi. A cet égard, nous ne croyons pouvoir mieux faire que d'emprunter aux travaux de ces deux auteurs quelques propositions qui expriment d'ailleurs assez exactement notre pensée et les résultats de notre propre observation.
Si l'on veut préciser les conditions de succès ou d'insuccès de la médication par l'Huile de Morue dans la phthisie pulmonaire, on est conduit par l'étude des faits et par l'ensemble des nombreux documents que possède la science, à établir une importante distinction entre les deux principales formes de cette maladie relativement, à l'indication de l'emploi de ce médicament.
« Dans la première, phthisie active, floride, à forme inflammatoire, survenant chez des sujets robustes et pléthoriques, et s'accompagnant de
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congestions vives vers les poumons avec tendance prononcée aux hémoptysies, ou de réaction plus ou moins intense du côté du système circulatoire, l'Huile de foie de Morue, loin d'avoir de bons résultats, exposera à des accidents et pourra rendre plus active la marche delà maladie.»
Ajoutons qu'en dehors même de cette forme toute spéciale de phthisie pulmonaire, il est encore beaucoup d'individus nerveux et irritables chez qui, dans la première période de la maladie, se manifestent des accidents d'irritation ou de congestion très-marquée, et qui réclament temporairement, comme ceux de la forme précédente, l'emploi modéré des tempérants, des antiphlogistiques et des révulsifs. Dans ces conditions, l'Huile de foie de Morue n'est pas moins contre-indiquée.
« Dans la seconde forme, au contraire, phthisie scrofuleuse, ou froide et torpide, à marche chronique, développée chez des sujets lymphatiques, à chairs molles, à circulation et nutrition languissantes, avec hématose incomplète, on aura les raisons hs plus légitimes d'espérer d'heureux effets de son administration. »
Faisons remarquer ici que ce qui peul servir à expliquer le succès et la vogue soutenue de l'Huile de Morue, appliquée à la phthisie pulmonaire, c'est que la seconde forme est beaucoup plus commune que la première, surtout dans nos grandes villes et au sein des classes pauvres qui regorgent de phthisiques entachés de lymphatisme.
Il importe encore de faire ici une observation pratique : c'est que chez les individus de la première catégorie, une fois qu'ils seront arrivés à la période d'hectisie proprement dite, c'est-à-dire qu'ils seront tombés dans l'état cachectique à la suite de la fonte tuberculeuse et de la diarrhée, l'Huile de Morue qui était contre-indiquée au début, pourra, dans ces conditions opposées, être employée utilement au même titre que le régime fortifiant et analeptique.
Que si maintenant nous cherchons à apprécier le véritable mode d'action de l'Huile de foie de Morue dans les différentes affections que nous venons de passer en revue, nous n'hésiterons pas à reconnaître, avec les médecins cités plus haut, que c'est surtout en agissant sur les fonctions de nutrition et d'assimilation, c'est-à-dire en modifiant l'état dyscrasique ou cachectique, que ce médicament arrive à guérir ou à amender la maladie spéciale à laquelle cet état général se trouve lié, soit comme cause, soit comme effet ou comme complication.
Cela ne saurait faire doute, il nous semble, pour le rachitis et pour la scrofule. Mais dans la phthisie pulmonaire elle-même, si l'Huile de Morue se montre souvent utile, ce n'est pas en s'attaquant immédiatement à la diathèse tuberculeuse, ni en exerçant une action directe sur les produits morbides eux-mêmes ; mais elle est utile à la fois en restaurant et tortiûant l'organisme, et en imprimant une modification favorable sut generis aux fonctions sécrétoires et nutritives des organes spéciaux qui iont le siège des tubercules.
Cette interprétation, si elle est exacte, tendrait donc à légitimer une
HUILE DE MORUE. 3"il
opinion qui, bien que présentant tout d'abord quoique chose de paradoxal, est soutenue par un très-grand nombre de praticiens, à savoir : que l'Huile de l'oie de Morne manifesterait de préférence son summum d'action dans les formes de phthisie pulmonaire en apparence les plus graves, ou tout au moins dans les périodes assez avancées de celte maladie, dans celles en un mot qui s'accompagnent de troubles plus ou moins profonds dans les fonctions de sécrétion et de nutrition.
Sans doute, clans la presque universalité des cas dont il est ici question, cette action se montre plutôt temporairement salutaire que véritablement curative ; mais n'est-ce pas déjà beaucoup d'être parvenu, par cette médication si simple, sinon à guérir la phthisie elle-même, au moins à rendre au malheureux phthisique un peu d'appétit, de forces et d'embonpoint, et à enrayer même, pour un temps quelquefois assez long, la marche d'une maladie qui, 'usque-là, se précipitait vers le terme fatal ?
Ainsi, tout bien considéré, l'Huile de foie de Morue, malgré son efficacité incontestable, ne nous représente ni un antirachitique, ni un antiscrofuleux, ni moins encore un antituberculeux. Elle n'est douée, à notre sens, d'aucune propriété véritablement spécifique contre telle ou telle diathèse. Sa vertu, à vrai dire, consiste essentiellement ici en ce qu'elle est un tonique analeptique d'un ordre supérieur, c'est-à-dire qu'en sa qualité de corps gras, et peut-être en sa qualité de corps gras combiné avec diverses substances toniques excitantes (iode, phosphore, etc.), l'Huile de foie de Morue constitue à la fois un aliment et un agent de stimulation parfaitement appropriés à l'état de l'organisme plus ou moins profondément détérioré par ces divers principes morbides.
Aussi, pour ces raisons, nous avons de la tendance à nous ranger à l'opinion de M. le docteur Millier* de Mulhouse, à savoir : que les propriétés de l'Huile de foie de Morue ne résident exclusivement ni dans son iode, ni dans son phosphore, ni dans sa matière grasse, ni dans sa partie extractive, mais que c'est l'Huile entière avec tous ses principes qui guérit, et nous n'oserions affirmer qu'une huile végétale iodée ou phosphorée quelconque, préparée dans le laboratoire, puisse remplacer jamais complètement l'Huile de foie de Morue.
Nous reviendrons tout à l'heure à cette question.
Rhumatisme chronique. — Si la plupart des médecins qui,ont expérimenté l'action thérapeutique de l'Huile de foie de Morue, sont d'accord sur ce point que ce médicament est utile dans le rachitis, la scrofule et même la phthisie pulmonaire, ils sont loin de s'accorder aussi bien sur - son utilité contre le rhumatisme chronique. Il est certain qu'en France surtout on n'est guère porté à lui reconnaître dans ce cas une bien grande valeur. Cependant, les faits rapportés par Schenk [loco eitato) offrent un véritable intérêt. A la vérité, dans ces observations que Schenk qualifie du nom de rhumatismes, il s'agit peut-être plutôt de maladies de la
3S2 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
moelle et de la colonne vertébrale que de véritables rhumatismes. Toutefois, il n'en est pas moins curieux de voir des paraplégies qui duraient depuis longues années, des sciatiques doubles ou simples, qui probablement étaient dues à une affection de l'extrémité de la moelle épiniére, devoir, dis-je, ces affections céder rapidement sous l'influence de l'Huile de Morue, alors que les médications les plus énergiques étaient restées sans résultat. Rappelons ici que Wesener {Mufeiûnd's journal, mai 1824), \Volkman(/*«f., nov. 1824), Schûtte (Arch. fur Medizin, 1824), Reder [loco cit.), rapportent de nombreuses observations qui témoignent de l'utilité de ce même médicament dans les maladies chroniques ou scrofuleuses du système osseux, ainsi que dans des affections de nature rhumatismale.
Faisons d'ailleurs remarquer que, dans un très-grand nombre de cas, les douleurs rhumatismales, ou réputées telles, se trouvaient augmentées par les premières doses de ce médicament, et que très-probablement cette circonstance a dû lui nuire dans l'esprit de beaucoup d'expérimentateurs ou de praticiens.
11 règne donc encore aujourd'hui parmi les médecins une grande incertitude, sinon un désaccord complet, relativement à la valeur thérapeutique de l'Huile de foie de Morue dans le rhumatisme chronique. Le docteur Muller, de Mulhouse, recherchant pourquoi ce médicament est si peu employé chez nous et passe pour être doué de si peu d'efficacité dans cette dernière maladie, tandis que dans tout le nord de l'Europe son usage est si populaire et légitimé par des succès aussi nombreux qu'incontestables, a été conduit à établir à cet égard une distinction qui est de nature à rendre raison de cette singulière différence dans les résultats, et par suite dans la confiance accordée au médicament.
Ainsi, selon M. Muller, l'Huile de foie de Morue, loin de convenir dans tous les cas de rhumatismes, serait seulement applicable à deux variétés toutes spéciales de cette affection :
1". Le rhumatisme musculo-fibreux, appartenant à la misère dans son degré le plus avancé, et reconnaissant pour causes les privations, l'encombrement, l'absence d'air et de lumière, une constitution primitivement chétive ou détériorée, la diathèse scrofuleuse et l'hérédité.
Cette forme de rhumatisme, débutant par un simple endolorissement des membres, envahirait successivement le rachis jusqu'à la nuque, et frapperait de raideur et de contracture plus ou moins permanente les muscles des membres et du tronc, sans jamais revêtir le caractère inflammatoire, s'accompagnant seulement d'oedème sans rougeur, et pouvant conduire jusqu'à la paralysie.
2°. Le rhumatisme fibreux, développé sous l'influence d'un séjour prolongé dans des ieux humides et froids. Cette deuxième variété de rhumatisme, débutant par les articulations, présenterait d'abord une certaine mobilité, et attaquerait presque exclusivement les tissus fibreux; sa marche lente et le plus souvent apyrétique, altérerait progressivement
l,i nutrition et conduirait à l'épuisement sans entraîner ni contracture ni paralysie.
C'est seulement, dans ces deux formes de rhumatismes que l'Huile do. l'oie de Morue réussirait, à la condition d'une grande persévérance dans son emploi. Ici, comme dans les maladies précédemment étudiées, ce médicament n'agirait encore que d'une manière indirecte, non en s'atlaquant à la diathèse rhumatismale elle-même, mais en modifiant préalablement la constitution détériorée, en améliorant la nutrition, en combattant en un mot l'état cachectique devenu l'obstacle le plus sérieux à la guérison (Bulletin de la Soc. mcd. pratique, 1831-32).
Que si cette distinction est juste et vraie, faudra-t-il s'étonner si l'Huile de Morue, administrée dans des conditions tout opposées, c'est-àdire contre des rhumatismes de forme inflammatoire ou sub-inllammatoire, ait eu pour effet d'augmenter souvent les douleurs dès les premières doses, et si, découragés par ces mauvais résultats, bien des praticiens, loin de poursuivre leurs essais, aient été entraînés de prime abord à rejeter ce médicament d'une manière absolue du traitement du rhumatisme?
État cachectique en général. — S'il est vrai, comme nous avons essayé de le démontrer, que l'Huile de foie de Morue emprunte à peu près toute sa puissance, même dans les affections les mieux déterminées, à ses propriétés récorporatives, s'il est vrai qu'elle constitue à la fois un bon aliment et un excellent tonique, il s'ensuit naturellement qu'elle devra être appelée à rendre les plus utiles services dans cet état général de détérioration de l'organisme qu'on désigne sous le nom d'état cachectique.
Or, c'est encore là une question importante de pratique que nous trouvons nettement posée et parfaitement établie dans l'excellent travail que déjà plus d'une fois nous avons mis à contribution, et auquel nous allons faire un nouvel emprunt :
Que cet état cachectique reconnaisse pour cause une alimentation insuffisante ou vicieuse, l'absence de lumière et d'air, l'influence prolongée du froid humide, le défaut d'exercice comme dans l'emprisonnement cellulaire, l'épuisement produit parles excès de toute nature, une croissance trop rapide, une dentition difficile, une suppuration abondante, un catarrhe chronique, une altération ancienne des fonctions digestives, soit enfin que cet état cachectique se lie à une diathèse morbide spéciale, syphilitique, scorbutique, cancéreuse, aune albuminurie ou diabète, etc., l'expérience a démontré que dans ces conditions morbides, si diverses par leurs causes et leur nature, mais aboutissant toutes à un résultat identique : la détérioration de la constitution, la langueur, la perversion ou l'insuffisance de la nutrition, l'Huile de foie de Morue, par ses propriétés à la fois nutritives et stimulantes, opère quelquefois les guérisons les plus inattendues et en même temps les plus solides.
Après tout ce que nous venons d'exposer, et malgré l'incroyable abus
qui se fait journellement de ce médicament, nous ne craindrons pas de conclure que l'introduction de l'Huile de foie de Morue dans le domaine de la thérapeutique est une des plus heureuses conquêtes de notre époque.
Le docteur Anstie a obtenu de cette manière des cures remarquables dans les cas de chorée réfractaire, de paralysie agitante, d'épilepsie et de tremblement mercuriel. (British med. Joum., mars 1863.)
Cependant, il faut bien le dire, il s'est élevé une singulière controverse relativement à l'Huile de foie de Morue. En Belgique, en Allemagne, quelques médecins d'abord, puis bientôt un assez grand nombre de praticiens, déniant à l'Huile de foie de Morue toute propriété spéciale, conclurent que l'huile connue dans le commerce sous le nom d'Huile de poisson, laquelle se tire surtout des cétacés, jouit des mêmes propriétés que celle qui est tirée du foie de la raie ou de la morue. M. Bretonneau a surtout donné du crédit à cette opinion ; et ce praticien, dont l'autorité est si considérable en thérapeutique, prescrit indifféremment à ses malades l'huile de baleine ou l'huile de poisson ; nous l'avons souvent entendu dire qu'il obtenait toujours les mêmes succès. Nous-mêmes, nous n'hésitons jamais à suivre son exemple. Il faut ici remarquer que l'emploi de l'huile de poisson est populaire dans les latitudes les plus septentrionales. Les peuplades du Kamschatka, de la Laponie, du Spitzberg, luttent contre la dépression vitale que le froid et l'absence de lumière solaire exercent sur leur économie, en buvant des quantités énormes d'huile de baleine. Sur tout le littoral de la Baltique et de la mer du Nord, l'usage populaire et lit de donner aux enfants débiles et aux adultes valétudinaires l'huile de baleine ou l'huile de poisson indJlféremment, et, comme nous l'avons dit plus haut, les médecins, frappés des résultats obtenus par cette médication empirique, ont répété ces expériences et ont confirmé ces résultats.
Quelques médecins belges et allemands ont été plus loin. C'est ainsi que l'un d'entre eux, le docteur Dubois, substitue l'huile de pavot, qui, comme chacun sait, est comestible, à l'Huile de foie de Morue.
Le docteur Dubois a recueilli quatorze observations de rachitis, et dix de maladies strumeuses diverses, dans lesquelles les sujets ont été soumis par lui à l'action de l'huile d'oeillette ; et assurément dans plusieurs de ces cas, spécialement dans ceux de rachitis et de carie scrofuleuse, on n'aurait pu retirer des résultats plus avantageux de l'emploi de l'Huile de foie de Morue. 11 la fait prendre d'abord aux enfants à la dose d'une demi-cuillerée ou d'une cuillerée à bouche matin et soir, et il augmente cette dose progressivement. Comme on le voit, ce mode d'administration ne diffère point de celui de l'Huile de foie de Morue. [Annales de la Soc. de méd. d'Anvers.)
M. le docteur Pophen recommande dans les cas d'affections strumeuses, tels que les indurations glanduleuses, les ulcères scrofuleux, le
gonflement dos os avec ou sans carie, etc., l'usage du lard à peine frit. Il fait prendre cette substance à jeun, à la dose de 8 grammes ; aussitôt après cette ingestion, le malade mange, dans un potage quelconque, la portion graisseuse liquide qui s'est écoulée du lard par l'action de la chaleur, et une heure plus tard il prend une tasse de café de glands avec des tartines de pain beurrées.
Dans les cas où la maladie est légère, quatre ou six semaines de ce traitement suffisent, en général, pour amener la guérison ; lorsque les symptômes présentent une grande gravité, la médication doit être continuée pendant trois mois à peu près.
Parmi les moyens diététiques auxiliaires les mieux appropriés, il faut placer en première ligne le jambon bien fumé mangé cru, et la bonne bière non fermentée. ( Wochenschrift fier die gesammle Heilkande., 1841.)
Nous avons nous-mème, lorsque nous étions à la tète d'un hôpital considérable d'enfants, essayé comparativement le beurre mangé sur des tartines de pain et l'Huile de foie de Morue ordinaire. Lorsque la quantité de beurre ingérée était assez .considérable (60 à ISO grammes par jour), l'amélioration dans la santé des enfants rachitiques était rapide, et, à peu de chose près, aussi rapide que lorsqu'on administrait l'Huile de foie de Morue. Eo un mot, le beurre, qui, en définitive, est une huile animale au même titre que les huiles des cétacés et des poissons, agissait d'une manière analogue.
Nous suivons toujours cette méthode pour les individus qui répugnent trop à prendre de l'Huile de foie de Morue. Souvent, plutôt pour ne pas ébranler la confiance des parents qui ne comprennent pas comment peut agir un remède aussi simple que le beurre, nous ajoutons à celui-ci quelques-uns des éléments que renferme l'huile de poisson. La formule suivante est celle que nous prescrivons le plus souvent :
Beurre très-frais 300 grammes.
Iodure de potassium 0,1b centigrammes.
Phosphore 0,01 —
Bromure de potassium 1 gramme.
Chlorure de sodium 3 —
Cette quantité de beurre est prise en trois jours, sur du pain.
On peut, sans grand inconvénient, supprimer le phosphore de cette formule.
En Angleterre, on remplace quelquefois l'Huile de Morue par de la crème fraîche, h laquelle on ajoute du sel, du sucre ou du rhum. M. Fonssagrivesl'a employée avec succès. (Bullet. de Thérap., 1861, t. LXI.)
Ces faits sembleraient indiquer que l'Huile de foie de Morue agit surtout en tant que corps oléagineux, indépendamment des éléments particuliers qui peuvent s'y trouver.
Cette opinion se trouve confirmée par les résultats que l'on obtient,
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dans l'engraissement des animaux, par l'addition de quelques principes huileux à la masse alimentaire ordinaire. Ceux qui se sont un peu occupés de l'éducation des bestiaux savent combien plus rapide est le développement et l'engraissement des animaux quand on ajoute à leur provende une petite quantité de tourteau de lin ou de noix, ou même du saindoux et du suif, et cet accroissement est hors de proportion avec la dose des matières grasses qui peuvent encore être contenues dans la pulpe exprimée de la graine de lin ou de la noix, comme si cette huile avait imprimé à l'économie une puissance nouvelle d'assimilation.
On a pu penser que la rancidité même de l'huile contenue dans les tourteaux, et de celle des huiles de poisson et de baleine, était pour quelque chose dans les résultats obtenus, cette rancidité agissant à la manière des condiments.
Quoi qu'il en soit, cette grande question est encore loind'ètre résolue, et appelle de nouvelles investigations et de nouvelles expériences.
M. Bauer, de Tubingen, a expérimenté, dans plusieurs maladies, des huiles de différentes espèces, telles que celles d'olive, de pavot, de lin et de poisson ; ces diverses huiles n'ont été employées qu'extérieurement, en frictions sur toute la surface du corps, au moyen d'une éponge fine, l'huile étant légèrement chauffée. Ces frictions étaient ordinairement pratiquées le soir ; on enveloppait ensuite le malade dans une couverture en laine et on l'y laissait pendant deux heures, Dans la plupart des cas, des sueurs abondantes, répandues sur toute la surface du corps, constituaient le premier phénomène qu'on observait, et, chez les enfants, elles s'accompagnaient souvent d'une éruption qui avait quelque analogie d'aspect avec la rougeole.
Le second effet remarquable était un calme du système nerveux, qui ne tardait pas à se manifester par un sommeil paisible et profond.
Le troisième résultat était l'augmentation de toutes les sécrétions, une expectoration plus facile, une urine plus abondante, et une activité bienfaisante dans les fonctions du foie. Le dernier de ces effets se remarquait promptement chez les enfants ; les selles, qui avaient été vertes et d'une odeur acide, devenaient jaunes et d'un aspect normal.
On peut donc attendre un effet salutaire des frictions huileuses dans toutes les affections, telles que douleurs nerveuses, convulsions, rhumatismes, etc., où les phénomènes énumérés plus haut forment les indications principales de l'état morbide. L'huile peut, en outre, être considérée comme une sorte de spécifique dans les maladies de nature strumeuse, et cette assertion repose sur de nombreux essais que l'auteur a faits dans diverses formes de l'affection tuberculeuse ; les frictions huileuses paraissent agir, dans les cas de ce genre, suivant Bauer, en rendant plus active la digestion duodénale, en augmentant la quantité du chyle, et en mettant l'organisme dans les conditions inverses de celles qui favorisent le développement des scrofules.
Quoi qu'il en soit, il faut le reconnaître, l'emploi de l'huile, tant à
l'intérieur qu'à l'extérieur, présente un assez grand nombre d'inconvénients, lui portant cette substance dans l'estomac, on a à craindre le ut et les indigestions, si l'usage en est tant soit peu prolongé; en outre, l'application par la voie des frictions salit le linge et les literies. Toutefois, les désagréments attachés à l'usage externe peuvent être plus facilement supportés que ceux qui sont la conséquence de l'ingestion soutenue ; aussi les expériences de M. le docteur Bauer se rapportentelles toutes aux frictions.
N Ce praticien cite huit observations dans lesquelles il recourut aux différentes huiles contrôles formes très-diverses de la maladie scrofuleuse, et spécialement chez les enfants. Les effets et les résultats furent tout à fait conformes à ce qui a été dit plus haut. Dans les cas où la maladie avait pour point de départ la rétrocession d'un exanthème ou la disparition d'un mal de nature strumeuse, les frictions d'Huile ont pu rappeler l'affection à la peau, même lorsque plusieurs autres moyens avaient déjà été tentés sans aucun succès pour arriver à ce but, [Bull, de la Soc. méd. de G and.)
mode d'administration et doses.
L'Huile de foie de Morue doit être prescrite, pour les adultes, à la dose de deux, trois ou quatre cuillerées à bouche par jour, et même plus; aux enfants, on donne le même nombre de cuillerées à café. On la mêle à du sirop, ou bien encore à un looeh blanc, forme sous laquelle les enfants la prennent avec plaisir ; enfin, suivant le procédé de M. Bauer, dont nous venons de parler, on peut l'employer en frictions sur tout le corps.
D'après M. Frederick, on peut masquer la saveur de l'Huile de Morue en mâchant de l'écorce d'orange sèche, avant et après avoir avalé l'Huile. Cependant il préfère administrer avant et après l'ingestion de l'Huile quelques gorgées de café noir très-fort et sans sucre.
Le docteur Plettinck (Annales de la Société médicale de lu Flandre occidentale, 18-47) a eu l'idée d'employer, comme correctif, pour masquer l'odeur de l'Huile de foie de Morue, l'esprit carminatif de Sylvius à la dose de quelques gouttes par cuillerée. Le mélange se fait bien, se maintient longtemps, et l'Huile perd en grande partie son odeur nauséabonde.
On a proposé également l'eau de laurier-cerise et l'essence d'amandes amères pour masquer son odeur, prétendant qu'ainsi aromatisée, l'Huile de foie de Morue devenait une gelée agréable, bien supportée par les enfants. Mais nous avons reconnu tout récemment que les enfants la supportent mieux pure; et un pharmacien de Bordeaux, M. Dannecy, vient de faire connaître un moyen très-simple pour faire bien supporter l'Huile de Morue chez certains malades qui ne peuvent la garder, et sont forcés de la rejeter par le vomissement au bout de quelques heures, alors même que la digestion des aliments pris en même temps s'est bien effectuée. Il fait prendre à ces malades, immédiatement après l'Huile,
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
50 à 60 centigrammes de magnésie calcinée dans une petite quantité d'eau, et, par ce moyen, il obtient le plus généralement un succès complet.
M. Martin fait boire lentement, aussitôt après avoir pris l'Huile, un demi-verre d'eau ferrugineuse artificielle obtenue par la macération de clous rouilles. La saveur qui reste dans la bouche est celle du Fer et les éructations n'ont plus rien de désagréable. (Bulletin de Thérapeutique, 1861, t. LXI.)
M. Jeannel a proposé une Huile de foie de Morue ferrée, que l'on prépare ainsi :
Huile brune 250 gram.
Eau distillée 250
Carbonate de soude pulvérisé 14
Carbouate de fer pulvérisé 15
Mettez le tout dans un flacon, laissez huit jours en contact et filtrez. L'Huile contient 1 pour 100 de sesquioxyde de fer.
V Arsenic (ce que les anciens désignaient sous ce nom n'était que l'oxyde blanc d'Arsenic ou un sulfure de ce métal) est un corps simple, dont la découverte est attribuée à Brandt en 1733. Il a été étudié successivement par Macquer, Monnet, Scheele, et depuis par tous les chimistes modernes. Ce corps se rencontre dans la nature à l'état natif, à l'état d'oxyde noir, de sulfure, d'arséniure de cobalt, de nickel, de fer, de bismuth, d'antimoine, etc.
Tout récemment M. Tripier, pharmacien militaire, a découvert l'Arsenic à l'état d'arsénite de chaux ou de baryte dans les eaux de Hamam-Mescoutine (Algérie), dites les Bains-Maudits. Les dernières analyses faites sur ces eaux par M. O. Henry ont pleinement confirmé la présence de ce principe arsenical.
Depuis lors l'attention des chimistes a été appelée sur ce • point, et il est peu d'eaux minérales, surtout parmi les salines et les ferrugineuses, dans lesquelles on n'ait constaté la présence de l'Arsenic.
Voici la proportion d'Arsenic renfermée dans les eaux minérales qui en contiennent le plus :
1» La Bourboule (Thenard), 0,008 Arsenic ;
2° Cransac (source haute) (Richard), 0,00905 sulfure d'Arsenic, correspondant à 0,0003 Arsenic;
3» Bussang, 0,002;
4° Vichy (bouquet), 0,002 acide arsé-
nique correspondant à 0,0013 Arsenic ;
5° Hamman - Meskoutine (Tripier), 0,00050 Arsenic;
6» Mont-Dore (Thenard), 0,00045 Arsenic;
7° Plombières (le crucifix), 0,00060 arséniate de soude ou 0,00024 Arsenic.
L'Arsenic est solide, gris d'acier, fragile, à texture grenue, quelquefois lamelleuse ; sa cassure, lorsqu'elle est récente, offre le brillant métallique, et devient terne par le contact de l'air; il est insipide ; frotté entre les mains, il leur communique une odeur sensible; chauffé à 180 degrés sous la pression atmosphérique ordinaire, il se sublime sans se fondre et cristallise en tétraèdres ; à une température élevée, il se convertit de suite en acide arsénieux, en répandant une forte odeur d'ail. L'acide nitrique le convertit à l'instant en acide arsénique. Sa densité est de 5,75. On l'obtient en chauffant, dans un vase clos, un mélange de charbon et d'acide arsénieux.
L'Arsenic métallique n'est pas employé en médecine ; on le vend dans le commerce sous le nom de cobalt, cobolt, ou potiili e à mouches.
Certains auteurs le considèrent comme innocent, tandis que d'autres le regardent comme éminemment toxique ; ces contradictions des expérimentateurs tiennent aux circonstances diverses dans lesquelles ils se sont placés.
AHSKXIC.
L'Arsenic métallique ne peut être directement absorbé, il ne peut Juin' être vénéneux par lui-même; mais au contaol de l'air, il se transforme en acide arsénieux, et cette transformation est considérablement favorisée par la présence des chlorures alcalins. Or, ces conditions se reproduisent le plus souvent dans l'économie, et permettent d'expliquer l'action délétère de l'Arsenic métallique dans la plupart des cas où il a élé in
Les mêmes réflexions s'appliquent a deux autres préparations insolubles, le réalgar et l'orpiment ; pourvu que ces sulfures soient à l'état de pureté, ils ne sont pas vénéneux par eux-mêmes, mais ils le deviennent en se changeant en acide arsénieux sous l'influence de l'air et des chlorures alcalins.
Il existe trois combinaisons d'oxygène avec l'Arsenic : 1° le proloxyde gris noirâtre, qui, suivant quelques chimistes, est un mélange d'Arsenic métallique et d'oxyde blanc; 2° l'acide arsénieux; S" l'acide arst nique.
Le protoxyde est sans usage médical.
Acide arsénieux, aeidum arseniosum,
AsO».
(Oxyde blanc d'Arsenic,
vulgairement Arsenic, mort aux rais.)
On le trouve sous deux formes dans le commerce, tantôt en poudre blanchâtre, tantôt en morceaux à cassure vitreuse ordinairement blancs et opaques a la surface, mais transparents à l'intérieur, plus rarement tout à fait opaques. Il est d'abord presque insipide, mais il laisse dans l'arrière-gorge une sensation d'àpreté ; il est volatil et inodore. L'odeur d'ail ne lui appartient pas plus qu'à l'Arsenic luimême, elle ne se révèle que pendant l'oxydation de ce métal, et ne persiste qu'autantquedure cette combinaison chimique.
L'acide arsénieux, peu soluble dans l'eau froide, l'est un peu plus dans l'eau chaude.
Préparation. On l'obtient par le grillage des minerais de cobalt arsénifère; l'Arsenic métallique s'oxyde par le contact de l'air, et l'acide arsénieux est condensé dans des chambres. On le raffine en le distillant.
On emploie l'acide arsénieux :
1° En poudre :
Poudre arsenicale du frère Cosme ou de Ruusselol (Codex).
Pr. : Arsenic porphyrisé. ... 1 part.
Sandragon. 2
Cinabre porphyrisé ... 2 Mêlez.
Il entre aussi dans la poudre de Fonlaneiltes et dans celle de Justamond.
2° En pilules :
Pilules asiatiques.
Acide arsénieux porphyrisé . . 0Br.05
Poivre noir pulvérisé 0 ,G0
Gomme arabique pulvérisée . . 0 ,10
Eau q. s.
On triture pendant longtemps le poivre et l'Arsenic dans un mortier de fer, on ajoute la gomme et l'eau et l'on divise la masse en douze pilules. Chaque pilule contient 4 milligrammes d'Arsenic. (Sou-
"iu.)
L'acide arsénieux est également la base des jnlutes de lUirtun.
3° Eu pommade :
Pommade arsenicale.
Pr. : Arsenic blanc porphyrisé. 1 part. Axonge 8
Mêlez.
On emploie aussi avec avantage le Uniment arsénieux de Sivediaur, qui se compose d'une partie d'Arsenic blanc et 8 parties d'huile d'olive.
4° Eu solution aqueuse :
1° Solution du docteur Boudin.
Pr. : Acide arsénieux. . . 1 gram.
Eau distillée 1000
Faire bouillir pendant un quart d'heure, précaution indispensable, et ajoutez de l'eau pour compléter 1 litre.
50 grammes de cette solution représentent 5 centigrammes d'acide arsénieux.
Ou ajoute partie égale de vin, d'infusion de café ou même d'eau commune. Cette solution d'une extrême simplicité et d'une préparation facile, est plus facile a doser que les solutions de Fowler et de Pearson.
Quelle que soit la dose à administrer, M. Boudin recommande avec beaucoup d'instance le fractionnement, c'est-à-dire l'administration par faibles prises, et la nécessité de suspendre dès qu'il se présente le moindre phénomène d'intolérance, tels que oppression, nausées, vomissements.
2° Injection intestinale de M. Boudin.
Pr. : Solution arsenicale (cidessus) 50 gram.
(c'est-à-dire 5 centig.
d'acide arsénieux.) Eau distillée 100
On administre cette injection après avoir préalablement vidé l'intestin au moyen d'un lavement ordinaire. Il est digne d'être noté que M. Boudin a pu, dans un très-grand nombre de cas, porter la solution, administrée par le rectum, jusqu'à deux cents grammes (vingt centigrammes d'acide arsénieux), sans jamais provoquer ni accident, ni le moindre phénomène d'intolérance.
Mais il est important de noter que l'acide arsénieux rencontre de l'hydrogène sulfuré dans l'intestin et est ainsi transformé en sulfure d'Arsenic (orpiment) insoluble et inactif.
3° Poudre arsenicale de M. Boudin.
Pr. : Acide arsénieux ... 5 centig. Sucre blanc 10 gram.
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
Triturez, mêlez exactement, et faites dix paquets égaux. On donne de un a deux paquets dans les vingt-quatre heures.
Cette poudre est mieux tolérée que la solution aqueuse; en revanche elle convient moins tant que la fièvre u'est pas coupée.
Arsénite de potasse I Arsenis potassicus), AsO3, KO.
Ce sel a été peu étudié et ses propriétés sont mal connues.
Il est employé aux mêmes usages que l'acide arsénieux; on ne s'en sert jamais à l'état de pureté, on emploie toujours une solution d'acide arsénieux dans le carbonate de potasse. Voici la formule la plus usitée.
Liqueur de Forvler.
(Arsenis potassicus aqud solutus.)
Pr. : Acide arsénieux ... 5 gram.
Carbonate de potasse
pur 5
Eau distillée 500
On fait bouillir dans un matras pour opérer la dissolution, on laisse refroidir et on ajoute :
Alcoolat de mélisse composé.. 16 gr.
La liqueur doit contenir exactement 1 pour 100 de son poids d'acide arsénieux, et 2 pour 100 d'arsénite de potasse (Souheiran).
Soluté arsenical de Devcgie.
Acide arsénieux 0SC,10
Carbonate de potasse 0 ,10
Eau distillée 500
Alcoolat de mélisse composé 40 gouttes. Teinture de cochenille pour colorer fortement q. s.
Chaque gramme de cette solution contient 0er,0002 (deux dix-millièmes de gramme; d'acide arsénieux. On l'administre de 1 à 20 grammes, progressivement.
Cette solution, plus faible que la précédente et colorée, expose à moins de dangers entre les mains des malades.
Arsénile de zinc, ASO»ZNO.
L'arsénite de zinc s'obtient par la décomposition d'un solutum d'arsénite de potasse par un solutum de sulfate de zinc. Le précipité obtenu doit être lavé et séché avec soin. Il est blanc grisàtre,friable, soluble dans l'eau distillée, par l'addition de quelques gouttes d'ammoniaque. Il présente du reste tous les caractères distinctifs des arsénites. 11 contient à peu près à parties égales l'acide arsénieux et l'oxyde de zinc (E. Delpech).
Granules d'arsénite de zinc (C. Paul).
Arsénite de zinc 0sr,05
Sucre de lait, i ~
Excipient. î 3J <!■ s<
Faites vingt-cinq granules.
Pilules d'arsénite de zinr et d'aconit (C. Paulj.
Arsénite de zinc ûsr,05
Extrait d'aconit 1
Faites vingt-cinq pilules.
Acide arsénique (Acidumarsenicum), AsO5.
Il est solide, d'un blanc mat, d'une saveur très-amère, déliquescent et ne sert en médecine qu'à la préparation des arséniates. Il s'obtient en traitant l'acide arsénieux par l'eau régale et évoporant à siccité.
Biarséniate de potasse (sel arsenical de Macquer), KO, AsO3, 2HO.
Il existe deux arséniates de potasse, un sel neutre, très-déliquescent, qui nVst pas employé, et le biarséniate, seul usité. Ce sel est blanc, en gros prismes à quatre faces ; sa saveur es t acide ; l'air n'exerce aucune action sur lui.
Ou l'obtient en chauffant jusqu'au rouge, dans une cornue de grès, un mélange de poudre d'acide arsénieux et d'azotate de potasse ; l'acide azotique de ce sel suroxyde l'acide arsénieux et donne de l'arséniate de potasse, qui, dissous dans l'eau distillée et cristallisé, est le sel employé en médecine.
Arséniate de soude (Arsenias sodicus), 2.\aO, HO, AsO5 -f- 14 aq.
Le sel neutre est le seul usité. Le biarséniate, à l'inverse du sel précédent, est déliquescent.
L'arséniate de soude cristallise en beaux prismes hexagonaux réguliers ; sa saveur est acre, il est soluble dans l'eau.
On l'obtient par le même procédé que le biarséniate de potasse; seulement les proportions d'azotate de soude et d'acide arsénieux ne sont plus les mêmes.
Liqueur arsenicale de Pearson (Arsenias sodicus aquâ solutus).
Pr. : Arséniate de soude cristallisé
Eau distillée
S. (Soubeiran).
Arséniate d'ammoniaque (Arsenias ammonicus), 2AzH3HO, AsO5 4- Gaq.
Sel blanc ; cristallisé en prismes rhomboïdauX, efflorescent; il est soluble daus l'eau, plus à chaud qu'à froid.
On l'obtient en saturant l'acide arsénique par le corbonate d'ammoniaque, puis on laisse évaporer et cristalliser.
Soluté d'arséniale d'ammoniaque (Arsenias ammonicus aquà solutus).
Pr. : Arséniate d'ammoniaque 0sr,04
Eau distillée 64
Esprit d'angélique. ... 16
La liqueur contient 0,03 pour 100 d'ar- bouillir dans l'eau. On trouve deux vorié-
séniate d'ammoniaque. tes d'orpiment dans le commerce : l'une
cristallisée en belles lames, d'un jaune
Arséniale de fer (Arsenias ferrosus), j'orj cst ie sulfure pur; l'autre en masses
AsO5, FeO + Aq. jaunes opaques, contenant une grande
,, , , , , . , ,,• il - p.:. quantité d'acide arsénieux (jusqu'à 94
bel blanc insoluble altérable a 1 air 4 ^ ^ ^^ al,U(iciel
comme tous les protoscls de fer, se chan- Qn ne«doit . aU se servir de ce dep.
géant prompteme,, en un OOmposé vert ; ^J me(]icaK
S arsémate, de çrotoxyde et de peroxyde L^rpiment n°ature[ entre dans la prépa-
,,.•,,. , ,, ,. ... ration de poudres et de pâtes épilatoires.
Il s obtient par double décomposition, ' *
en versant une solution d'arséniate de Poudre fébrifuge de Ilecker.
soude dans une dissolution de sulfate de
protoxyde de fer. Pr. : Sulfure d'Arsenic
13iett employait ce sel sous forme de pi- jaune 23 milligr.
Iules, dont voici la composition : Sucre blanc. .. . 60 centigr.
Huile d'anis. . . . 1/1 gutt.
Pr. : Arséuiate de fer 0sr,15 Mêlez.
Extrait de boublon. ... 8 •
Poudre de guimauve. . . q. s. Pdle eptlatoire.
F. S. A. 50 pilules. Chacune d'elles con- Pr. : Orpiment 1 part.
tient :l milligrammes d'arséniate. Chaux vive 16
Amidon 10
Chlorure d'Arsenic. AsCls. . , . , ,, r ,„•,
Réduisez en poudre très-fine et melan-
Beurre d'Arsenic, huile corrosive d'Ar- gez. senic, liquide blanc, oléagineux, très-vola- On conserve cette poudre dans un vase lil, répandant d'épaisses vapeurs, décom- bien bouché; au moment de s'en servir, posé par l'eau, d'une grande causticité et on y ajoute assez d'eau pour faire une très-vénéneux! Recommandé comme caus- pâte molle, que l'on applique sur les partique dans les affections cancéreuses. ties à épiler.
Ce sel correspond à l'acide arsénieux Le rusma, ou pâte épilatoire des Turcs,
As, Cl3. Il existe un autre chlorure As, Cl5, paraît être composé de : Tous deux sont décomposés par l'eau.
lodure d'arsenic (voy. Iode). Chaux vive 8 part.
Orpiment 1 à 2
Pilules (Tiodure d'Arsenic. ~ ... . . .
.1-uuK.o u ™« ...»-. o^ .... Qn j^]aye cette pou(jre aan3 ull pcu de
lodure d'Arsenic 0er,50 blanc d'oeuf et de lessive des savonniers.
Extrait de ciguë 1 Cette préparation est plus active que la
Pour cinquante pilules. précédente.
Chaque pilule renferme 1 centigramme Ctgarelles arsenicales.
d'iodure d'Arsenic. Nous faigons préparer des cigarettes
Sulfure d'Arsenic. arsenicales de la manière qui suit :
„ , . , , Arsénite de potasse 1 gram.
On en trouve deux espèces dans le Eau dhmé£ 20
commerce : le bisulfure et le trisullure.
Le bisulfure AsS 'réalgar, sulfure hypo- Épuisez cette solution sur une feuille
.us. nieux; exisie dans la nature en mas- entière de papier blanc non collé; séchez,
ses d'un beau rouge ; il est peu usité en divisez en vingt parties égales,
médecine aujourd'hui. Pliez en cigarettes.
Le trisulfure AsS3 (orpiment) est d'une On peut aussi préparer des cigarettes
belle couleur jaune, friable, volatil, se dé- avec l'arséniate de sou de. (Voir à l'emploi
composant en partie lorsqu'on le fait de l'Arsenic dans l'asthme.)
Nous voici arrivés à l'histoire thérapeutique d'une de ces substances dont le nom a souvent effrayé les malades et les médecins. Il en est résulté que l'Arsenic a été peu étudié, et que d'injustes préventions pèsent encore sur lui. Quoique nous l'ayons souvent employé, cependant notre expérience n'est pas suffisante ; mais après avoir comparé les auteurs qui s'en sont occupés, après avoir consulté les résultats proclamés 8" ù>.— t. i. 30
3G2 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
par chacun, et apprécié, autant qu'il était en nous, la justesse des critiques dont l'Arsenic avait été l'objet, nous avons rédigé cet article, dons lequel, par exception, le lecteur ne trouvera presque rien de nous. La plupart des matériaux de ce travail ont été puisés, d'une part, dans l'intéressante monographie de Harles {De Arsenici usu in medicina. Norimbergae, 181 1), travail rempli d'érudition, et qui résume tout ce qui avait été publié jusque-là sur l'Arsenic; d'autre part, dans diverses publications de M. Boudin, et enfin dans de nombreux travaux récents.
Historique. Dioscoride est le premier qui traite des préparations arsenicales (itepi -rîjç vIaTpiy.Y)ç, lib. V, cap. 121, 122). Sous le nom de 'ApsEvCiwv (Arsenic), il parle évidemment du sulfure jaune d'arsenic natif (orpiment), mêlé, suivant la remarque de Harles {De A rsen ici usu in medicina . Norimb. , 1811, p. 50), aune certaine quantité d'acide arsénieux; et sous celui de cjavoapa/v} (sandaracha), il désigne le réalgar (sulfure rouge actif). Voici ce qu'il en dit : A rsenicum vim liabet septicam, stypticam, et escharoticam cum morsione violenta ; simul conslringit , et capillos démit. Sandaracha easdem habet vires ac prius : medetur alopeciœ et leprotico ungui, cumpice juncta, nec non phthiriasi, oleo mixta. Prodest itidem contra narium orisque ulcéra, reliquaque exantkemata , cum oleo rosarum administra/a (externe); œque ac contra condylomata. Datur quoque (interne) pulmonum suppuratione laborantibus, cum mulso. Suf/itu etiam, addita résina, administratur adversus tussim inveteratam, vapore ipsius per siphonem ore sucto. Cum melle pi-opinata vocem clarefacit, et asthmaticis in potione cum résina porrigitur.
Le réalgar, comme on le voit par ce passage de Dioscoride, était beaucoup plus usité en médecine que l'orpiment, sans doute parce que ses propriétés vénéneuses étaient un peu moins actives. Les auteurs qui ont suivi Dioscoride, les Arabes, les Arabistes, ont également préféré, en général, la sandaraque ou sulfure rouge (réalgar) à l'Arsenic ou sulfure jaune (orpiment).
Après Dioscoride, on trouve dans Pline {Histor. natural. lib. XXXIV, cap. 18) des indices de l'emploi thérapeutique de l'Arsenic. Sandaracha valet purgare, sistere, excalcfacere, perrodere. Summa ejus dos styptica. Suit l'énumération d'autres propriétés tout à fait semblables à celles qu'indique Dioscoride. Celse {De Re meclica, lib. V, cap. 5), Galien {De simpl. med. facult., passim.), Scribonius Largus {Compos. med., 123, 226, 237) copient Pline et Dioscoride. CœliusAurelianus [Morb. chron., lib. IV, cap. 3), entre autres qualités de l'orpiment, lui reconnaît la propriété de tuer les vers intestinaux et de guérir la maladie cœliaque lorsqu'on l'administre en lavements. Du reste, tous ces auteurs, et les Galénistes jusqu'aux Arabes, s'accordent à reconnaître à l'orpiment, et surtout au réalgar, les propriétés indiquées par Dioscoride.
Les Arabes Rhazès, Mésué, Sérapion, Janus de Damas, Avicenne, vantent l'Arsenic sans doute d'après leur propre expérience, peut-être aussi sur la foi de Gallien. Arsenici omnes species calendœ sunt et comburentes.
Medentur scabiei, et ulceribus pudridis, et leprœ ukerosœ, herpeti prœtc rea esthiomcno et pediculis, nec 7ion asthmuti, si vel cum Mo suffumigatio aut epit/iema fiant. (Rhazès , De Re mtd., lib. III, cap. 33.) Avicenne dépose dans le même sens. Omnes species Arsenici escharoticœ sunt, antisepticœ. Arsenicum citrinum et rubeum abradil pilos, et convenit alopeciœ. Fit ex eo empiastruni ad vulnera. Cum adipe et oleo confert scabiei et ulceribus sa/ta fat (lepne ukerosœ) et pudiedim ad cutem ; abstergit uritque. Ceraium factura ex eo, confert contra herpetem eslhiomenon ulcerosumque in oreet in naso. Datur quoque in potionibus cum Itydromele ad pulmones suppuratos et tussim anliquam sputumque sanquinis et saniei, quanduque etiam inpilulis.contraasthma,et, in clysteribus, contra hœmorrhoides ani. (Canon., lib. XI, tract. H, cap. 49.) Plus tard, les Arabistes eux-mêmes n'employèrent guère plus l'Arsenic; c'est à peine si dans les écrits des chirurgiens du quinzième et du seizième siècle il est question de ce médicament. Théodore l'emploie seulement contre la scrofule ulcéreuse [Chirurgie, liv. IV) ; Guy de Chauliac pour faire une eschare dans l'hydrocèle (Chir. Magn.).
Cependant, à partir du seizième siècle, c'es£-à-dire à l'époque où la médecine, comme toutes les autres sciences, s'efforça de sortir des langes du moyen âge, l'usage externe de l'Arsenic redevint beaucoup plus fréquent ; mais ce ne fut guère que dans le cours du dix-septième siècle que l'on se hasarda à conseiller quelquefois l'Arsenic à l'intérieur. Van Helmont [Ortus med., p. 66, 198, 286) conseille les préparations arsenicales dans le traitement des ulcères; mais il les proscrit formellement à l'intérieur. Tagault (Institut, chir., lib. I, p. 136) indique de la façon la plus explicite l'emploi qu'on en peut faire dans le traitement des ulcères cancéreux. Arsenician ad curandos tumores ulcérantes (externe) primatum obtinet, modo quis noverit eo recte uli. Lemery {Cours de chimie), Wepfer {Cicat. aquat. hist.) signalent, mais pour les condamner, les essais que l'on faisait de l'Arsenic dans la thérapeutique interne, et surtout dans le traitement des fièvres intermittentes. Dans le cours du dix-huitième siècle, une multitude d'écrits paraissent pour signaler les vertus fébrifuges de l'Arsenic ; mais Stœrck, qui avait appelé l'attention des thérapeutistes sur l'utilité de tant de poisons végétaux, s'élève contre l'Arsenic avec une fureur singulière (Annus medicus). Il exerça sur le public médical une influence d'autant plus grande dans celte circonstance, qu'on ne pouvait le supposer prévenu contre les préparations vénéneuses.
L'arsenic tomba donc pendant quelque temps dans un profond discrédit, dont Fowler et d'autres médecins anglais le tirèrent à la fin du siècle dernier, Enfin, de nos jours, Harles, essaya de le réhabiliter dans l'opinion des médecins.
Nous allons d'abord étudier les effets de faibles doses d'Arsenic sur l'homme, indépendamment de toute affection morbide; nous verrons ensuite quelles ressources en ont tirées la médecine et la chirurgie.
3M MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.