ACTION THÉRAPEUTIQUE DE L'ARSENIC
Usage interne.
Fièvres intermittentes. — C'est surtout dans le traitement des fièvres intermittentes que l'Arsenic, comme médicament interne, a joui et jouit encore d'une réputation qui pourtant lui a été disputée assez vivement.
L'usage de l'Arsenic, dans le traitement de la fièvre intermittente, ne fut connu en Europe qu'à la fin du dix-septième siècle et au commencement du dix-huitième. Gohl parle d'un médecin militaire prussien qui donnait aux soldats atteints de fièvre intermittente de faibles doses d'une poudre composée de trois parties d'Arsenic et d'une partie de nitre, remède qui, d'après le témoignage de Gohl qui ici ne saurait être suspect, était très-sur, mais en même temps très-pernicieux, certissimumainèquissimum [Comment, in act. med. Berolin., déc. -4, v. 3, p. 6). Lemery, dans sa Chimie, parle également de l'usage fréquent que les charlatans et les chirurgiens militaires faisaient en France de l'Arsenic dans le trai-
tement dos fièvres intermittentes. Les témoignages de Van Ilelmont, de Zeller, deWepfer, de Stahl, déposent dans le même sens(Harles, loc. cit., p. GO, Gl, G2).
Mais le premier travail fait par un homme grave sur les propriétés fébrifuges de l'Arsenic, date de 1700. 11 est d'Hadrien Slcvogt, professeur à Iéna (De exceptionibus, sive permissione prohibitorum, et prohibilione permissorum, Iéna, 1700), et peu après parut le travail si remarquable de Melcbior Frick [Friccius), médecin à Ulm.
Slevogt, après avoir fait pendant longues années usage de l'Arsenic dans le traitement des fièvres intermittentes tierces et quartes, proclama ce remède le fébrifuge par excellence, et le déclara très-supérieur au quinquina. Par ce moyen, il évitait les récidives et les accidents consécutifs des fièvres intermittentes et de l'administration du quinquina. 11 donnait l'Arsenic les jours d'apyrexie, et même le jour delà fièvre au début de l'accès, à la dose de 2 à 7 centigrammes, suivant la force des malades; mais il avait soin de l'unir à la thériaque pour modérer ses propriétés irritantes. Melcbior Frick vint donner à l'Arsenic une importance beaucoup plus grande comme fébribuge, par les faits qu'il publia. 11 employait ordinairement l'orpiment, qu'il mêlait à du cristal de roche et à du camphre, et dont il composait une poudre. Cette poudre, selon lui, l'emportait sur le quinquina, et il n'a jamais vu un malade qui n'ait été guéri. Les succès qu'il obtenait étaient tels qu'il s'exprimait en ces termes : Experientia nos docebit, Arsenicwn in febribus intermittentibus adhibitum omnes eas dotes possidere, quibus optima remédia prœdita esse debent. [Paradoxa de Venenis, 1710, p. 30 et suiv.)
A ces témoignages, nous pourrons ajouter ceux de Keil, de Bernhardt, de J.-C. Gmelin, de Don Monro, deJacobi, de Huermann (voirHarles, loc. cit., p. 66 et suiv.) ; mais les deux Plencitz, vers la fin du dernier siècle, achevèrent de fonder la réputation de l'Arsenic comme fébrifuge (Acta et observ. med , Prag. et Viennae, 1783, cap. ni). Ces deux praticiens donnèrent l'Arsenic, à l'hospice des orphelins, à Vienne, à un nombre infini de malades atteints de fièvres tierces et quartes. Jamais ils ne virent d'accidents à la suite de cette médication, qui leur parut plus sûre et plus rapide qu'aucune de celles qu'ils avaient employées déjà. Ils se servaient d'acide arsénieux, qu'ils portaient à la dose énorme de 2 à S centigrammes. Ce moyen fut employé avec un succès à peu près constant dans des milliers de cas de fièvres intermittentes. E jusque usu in millenis ferè febrium intermittentium casibus raro frustrâtes fuisse affirmant. Harles s'étonne avec raison qu'un succès aussi éclatant n'ait pas fait prévaloir l'Arsenic parmi les médecins autrichiens et hongrois, mais il explique le peu de faveur qui accueillit les travaux des Plencitz par l'opposition que Stœrck faisait à l'Arsenic, opposition d'autant plus puissante, que ce dernier occupait à la cour et dans les écoles un des premiers rangs.
Or, pendant que l'Arsenic, appuyé par les Plencitz, ne pouvait soute-
nir In lutte contre l'animosité envieuse de Stœrck, Thomas Fowler, en Angleterre, popularisait en quelque sorte l'usage de ce médicament (Médical reports on the effucts of Arsenic in the cure of agîtes, rémittent fevers, and periodic headaeh, 1786). Sur deux cent quarante malades atteints de fièvre intermittente, cent soixante et onze furent parfaitement guéris par l'Arsenic; quarante-cinq résistèrent à l'emploi de ce moyen et furent traités avec succès par le quinquina ; et vingt-quatre autres enfin, qui ne voulurent pas se soumettre à la médication dans toute la rigueur, n'obtinrent pas de guérison. Arnoldt cite quatre-vingts cas de réussite dans les fièvres tierces et quartes, et il n'y eut de récidive que très-rarement. Freir, de Birmingham, prétend avoir guéri sans aucun inconvénient plus de mille ouvriers par la méthode de Fowler.
En même temps que ce dernier, Robert Willan et Richard Pearson ne contribuèrent pas peu à faire prévaloir parmi les médecins de la Grande- Bretagne l'usage des préparations arsenicales dans le traitement des fièvres intermittentes. Le témoignage de Willan en faveur de la méthode de Fowler est bien puissant : « Je ne connais, dit-il, aucun remède plus sûr, plus efficace et plus commode à prendre que cette solution arsenicale dans le traitement des fièvres intermittentes. » Pearson, qui modifia un peu la solution de Fowler, et qui lui donna son nom, comme celui-ci l'avait donné à la solution qu'il avait inventée, prit en ce médicament une grande confiance, qui fut bientôt partagée par le public lui-même, quand on eut vu un prince du sang royal, le duc d'York, guéri par l'Arsenic d'une fièvre intermittente qui avait été jusqu'ici rebelle au quinquina.
Tant d'exemples, tant d'écrits publiés sur la matière, donnèrent à l'Arsenic une vogue qui commençait à se répandre en France et en Amérique, quand la guerre de la Grande-Bretagne contre les États-Unis et contre notre révolution rompit toutes les relations scientifiques établies par l'Angleterre; et quelques médecins chez nous, Valentin, Desgranges, Fodéré, Dufour de Montargis, Bouillier de Pont-Sainte-Maxence ; en Italie Brera, Harles en Allemagne, conservèrent les traditions de Slevogt, de Frick, des Plencitz, de Fowler, de Pearson. Harles surtout, dans l'importante monographie qu'il publia sur l'Arsenic, remit sous les yeux du public médical tous les travaux entrepris sur la matière , rapporta lui-même les résultats de sa propre pratique, et contribua plus que personne à rendre l'usage de l'Arsenic un peu moins exceptionnel. Mais pourtant, malgré les faits nouveaux recueillis encore chez nous par M. Gendrin, l'invasion de la médecine physiologique, si funeste à la thérapeutique, s'opposa à l'admission de l'Arsenic dans la médecine française, et il n'est peut-être pas en France vingt médecins qui aient osé à cette époque faire usage d'un moyen qui est en quelque sorte trivial chez nos voisins d'outre-mer.
Cependant M. Boudin, ancien médecin en chef de l'hôpital militaire du Roule, à Paris, après de nombreux essais sur lui-même, remit chez nous
l'Arsenic en honneur1. Il soumit l'administration de ce médicament à
des règles précises, inconnues jusqu'alors, et démontra une loi de tolérance dont la connaissance nous paraît de nature à faciliter notablement le maniement thérapeutique des préparations arsenicales. Le nombre des fièvres intermittentes soumises à la médication arsenicale, et traitées par ce médecin dans les hôpitaux de Marseille, de Versailles et de Paris, s'élève aujourd'hui au chiffre énorme de plus de quatre mille ; et tel semble être le perfectionnement apporté au maniement de l'Arsenic, qu'il affirme n'avoir pas eu à recourir une seule fois au sulfate de quinine depuis la fin de l'année 1843, résultat bien différent de ceux qu'avaient obtenus Fowler, qui sur deux cent quarante fièvres intermittentes traitées par sa liqueur ne réussissait que cent soixante-onze fois.
Voici les règles formulées par M. Boudin :
Première règle. — Ouvrir le traitement par un vomitif (ipéca. , 1 gramme ; tartre stibié, 1 décigramme), si la fièvre s'accompagne d'embarras gastrique, de suppression, ou seulement de diminution de l'appétit.
Après la fièvre coupée, revenir au vomitif, pour peu que le retour de l'appétit complet se fasse attendre, afin de rendre complètement possible une alimentation substantielle et abondante.
Deuxième règle. — Donner l'acide arséniëux à doses fractionnées, c'est-à-dire en plusieurs prises, dont la dernière doit être administrée au moins deux heures avant le moment présumé de l'accès ; proportionner la dose au génie spécial des fièvres, génie variable selon les lieux, les saisons, les individus.
Profiter de la tolérance au début du traitement pour élever le plus possible la dose d'acide arséniëux, en donnant, tous les quarts d'heure, 1 milligramme ou seulement 1/2 milligramme (1 gramme ou 1/2 gramme de la solution.)
A mesure que la tolérance baisse, diminuer graduellement la dose et insister sur le fractionnement ; s'il y a lieu, prendre le médicament en partie ou en totalité par le rectum.
On supporte par le rectum souvent o centigrammes, 10 centigrammes d'acide arséniëux, et même plus, alors que l'estomac a cessé de tolérer 1 centigramme.
Prendre le médicament pendant les jours d'apyrexie aussi bien qu'aux jours d'accès.
Le continuer pendant un temps proportionné à l'ancienneté de la maladie ainsi qu'à son caractère plus ou moins rebelle aux traitements antérieurs. Dans les fièvres de première invasion, le continuer au moins pendant huit jours après l'entière cessation des accès. Contre les fièvres anciennes et rebelles, prolonger l'usage de l'acide arséniëux pendant trente, quarante, cinquante jours, et même plus longtemps s'il le faut.
(1) Boudin, Traité des Fièvres intermitt. et contag. des contrées palud-, suivi de Recherches sur l'emploi the'rap. des prépar. arsenicales. Paris, 1S42.
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Troisième règle. — Faire usage d'une alimentation substantielle aussi abondante que possible, et n'ayant d'autre limite que l'appétit et la faculté de digérer. La faire consister de préférence en bœuf, ou mouton rôti : boire un vin généreux en quantité proportionnée au degré de détérioration de la constitution du malade ; s'abstenir autant que possible de boissons aqueuses.
En résumé, faire vomir pour combattre l'embarras gastrique concomitant, la suppression ou la diminution initiale ou persistante de l'appétit; proportionner la dose de l'acide arsénieux à la tolérance; fractionner le médicament et le continuer sans interruption pendant un temps proportionné à la durée, ainsi qu'à l'opiniâtreté de la fièvre; l'administrer, selon les cas, par la bouche ou parle rectum, en un mot, opposer à la diathèse paludéenne en quelque sorte une dialhèse arsenicale; alimenter fortement, faire subir au malade un véritable entraînement, échelonner les trois parties du traitement de telle sorte que le temps soit utilisé de la manière la plus profitable pour le malade : telles sont les règles suivies par M. Boudin, et dont il recommande la rigoureuse observation à ceux qui voudront tirer le meilleurparti possible de la médication fébrifuge.
On le voit, ce traitem'ent ne consiste nullement dans la simple substitution des préparations arsenicales au quinquina, mais bien dans une médication complexe, dans laquelle l'Arsenic est secondé par deux puissants moyens : les vomitifs et le régime alimentaire. Les évacuants combattent l'embarras gastrique et hâtent le retour de l'appétit ; le régime alimentaire abrège la convalescence, combat la tendance aux récidives et prévient les accidents consécutifs multiples qui semblent se lier à l'appauvrissement du sang.
Tolérance. — Beaucoup de malades, dit M. Boudin, supportent parfaitement S centigrammes d'acide arsénieux au début du traitement, et cessent de tolérer cette dose deux ou trois jours après, quand la fièvre est coupée. La non-tolérance se manifeste par des nausées, de la céphalalgie, la diminution de l'appétit ; à un plus haut degré, elle se produit par des vomissements, de la diarrhée. Le médecin doit avoir soin de suivre les oscillations de la tolérance, pour lui adapter sa posologie. A mesure que la tolérance décroît, il faut aussi diminuer la dose, insister sur le fractionnement, et, au besoin, faire administrer le médicament par le rectum. Tel malade qui a cessé de supporter 1 centigramme par la bouche, supportera souvent 5, 10, et même 20 centigrammes par le rectum. M. Boudin a toléré 10 centigrammes d'acide arsénieux par la bouche étant malade; il a éprouvé, au contraire, une abondante salivation et des nausées passagères, après avoir pris, en santé, seulement 2 centigrammes. Cette règle, cependant, est sujette à exception.
Dose. — La dose n'a rien d'absolu ; elle doit s'adapter au génie spécial des fièvres, et surtout à la tolérance des malades. Il y a autant d'inconvénient à rester en deçà qu'à aller au delà de la dose exigée. C'est pour n'avoir
pas tenu compte de cette règle, que quelques médecins ont provoqué des accidents passagers, ou n'ont pas obtenu de l'Arsenic tout ce que ce médicament peut donner. M. Boudin a souvent réussi avec un seul milligramme." Dans d'autres circonstances, il a dû élever la dose à 5 centigrammes et au delà, dans les vingt-quatre heures.
Action sur la rate. — Les nombreuses expériences de M. Boudin lui ont démontré d'une manière péremptoire la disparition de l'engorgement splénique, sous l'influence du traitement arsenical.
Réciilives. — La faible proportion des récidives conclut dans le môme sens. En effet, ou la rareté relative des récidives dépend de la disparition de l'engorgement splénique, ou bien la fièvre intermittente est indépendante de ce dernier, et il est alors inutile de s'en préoccuper.
Les expériences faites à Lille par M. Maillot lui ont donné lo récidives sur -42 malades traités par le sulfate de quinine dans une période de cinq mois, soit 84 récidives sur 100 fièvres dans une année.
Or, M. Masselot [Arch. gén, de Méd., 1840), sur 311 fièvres intermittentes traitées à Versailles par M, Boudin, dans une période de trentedeux mois, n'a compté que 10 récidives, soit 1,2 pour 100 pour une année. A Rome, l'armée française comptait après dix mois de séjour 91 récidives sur 100, soit 109 sur 100 dans l'année. Jusqu'ici les documents numériques connus semblent donc se prononcer en faveur, sinon de l'Arsenic, du moins de la médication arsenicale telle qu'elle est maniée par M. Boudin.
Administration prophylactique dans les localités marécageuses pour prévenir la fièvre. — S'appuyant sur l'extrême rareté des récidives après le traitement arsenical, et sur la rareté des fièvres signalées par le docieur Stokes dans une localité marécageuse du Cornouailles, M. Boudin a proposé l'administration préventive de très-faibles doses d'acide arsénieux, par exemple 1 milligramme par jour. Les faits déjà connus permettent d'affirmer l'innocuité ; à l'expérience appartient de prononcer sur l'efficacité de ce moyen.
Les heureux résultats signalés par M. Boudin sont confirmés par ceux d'un grand nombre de praticiens, dont la presse médicale a enregistré les travaux. Nous nous bornerons à rappeler les essais de MM. Néret à Nancy, Tessier à Lyon, Maillot à Lille, Bernier à Sarreguemines, Leterme à Luynes^ Mazière à Ile-Boin, Vaulpré et Travail dans les marais de la Bresse, Vérignon à Hyères, Portafax en Corse, Garbiglietti à Turin, Rouis en Algérie, Sigaud au Brésil, ceux de Conet, premier médecin en chef de la marine à la Guadeloupe, et enfin ceux qui ont été obtenus tout récemment par le docteur Sistacb, M. Millet de Tours, et Frémy de Paris. Enfin, M. Goldschmidt, médecin de la colonie pénitencière d'Ostwald, a fait, à la demande de M. Hirtz, des expériences sur l'action comparée du sulfaté de quinine et de l'acide arsénieux. Il est arrivé ainsi à peu près aux mêmes conclusions que M. Boudin.
Névralgies. — La solution aqueuse et la poudre d'acide arsénieux ont
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été employées sur une large échelle par M. Boudin contre les névralgies. Il affirme avoir constamment réussi, quand la névralgie présentait un type périodique prononcé , beaucoup moins lorsque cette condition n'existait pas.
Dans les névralgies rebelles, dans celles surtout qui reviennent périodiquement, le quinquina ou le sulfate de quinine ont besoin d'être administrés à des doses si considérables, qu'il en résulte souvent des accidents du côté du système nerveux et des organes de la digestion. La maladie, d'ailleurs, reparaît fréquemment malgré le quinquina, et ce moyen reste alors insuffisant. C'est dans ce cas que les préparations arsenicales rendront des services qu'on demanderait en vain à tout autre moyen.
Le titre seul de l'ouvrage de Fowler indique assez que ce praticien avait constaté l'utilité de l'Arsenic dans le traitement de la névralgie périodique; il rapporte sept cas de guérison. Hoffmann cite le cas suivant (Harles, loc. cit., p. 331) : un homme de quarante-neuf ans éprouvait, depuis un certain temps, une céphalée périodique qui revenait tous les matins à sept heures, et durait jusqu'à une heure de relevée ; l'intensité des douleurs était telle que le malade entrait dans un délire furieux. C'était en vain que l'on avait mis en usage l'opium, la valériane, l'ammoniaque et d'autres moyens. On ajouta enfin de l'élixir arsenical à l'infusion de valériane et de calamus aromaticus, et ce mal opiniâtre fut détruit en un jour. On lit aussi dans la Revue médicale française, mai 1828, l'histoire d'une céphalalgie nerveuse durant depuis longues années et guérie à l'aide de l'Arsenic parle docteur Alexander. Cahen, médecin de l'hospice Rothschild, a traité de même 65 névralgies par l'Arsenic avec un succès presque constant. (Arch. de rnéd,, 1863.)
Rhumatisme chronique et notamment rhumatisme noueux. —
M. H. Guéneau de Mussy vient de proposer l'usage des bains arsenicaux comme un moyen efficace pour combattre le rhumatisme noueux.
L'auteur distingue les rhumatismes noueux en deux catégories : chez les uns, le travail morbide est franchement chronique; chez d'autres, la maladie est plus récente, les phénomènes réactionnels sont moins effacés, l'excitabilité nerveuse est très-développée ; ou bien la maladie, quoique très-ancienne, appartient à cette espèce d'affections chroniques qui semblent constituées par une longue série de crises plus ou moins aiguës, chroniques par la persistance opiniâtre du travail morbide, aiguës par la forme qu'il revêt- Dans le premier cas, quand la chronicité est nettement établie, M. Guéneau de.Mussy emploie le mélange suivant pour un bain entier :
Sous-carbonate de soucie 100 grara.
Arséniate de soude 1
11 porte rapidement à 2 grammes la dose de l'arséniate ; rarement il a été au delà.
Dans le second cas, s'il y a à craindre des effets d'excitation, il emploie Parséniate de soude seul à la dose de 1 à 3 grammes dans un bain simple ou dans un bain gélatineux.
Au début du traitement, on donne un bain tous les deux jours; plus tard, un bain chaque jour, avec un jour de repos de temps en temps.
La durée du traitement est subordonnée aux effets produits et aux résultats obtenus. Un des malades de M. Guéneau de Mussy a été jusqu'à une soixantaine de bains.
Toutefois, nous devons ajouter que, concurremment avec les bains arsenicaux, M. Guéneau de Mussy donnait à ses malades de la décoction de gaïac et une mixture renfermant de 60 centigrammes à 1 gramme d'extrait de quinquina, de 30 centigrammes à 1 gramme d'iodure de potassium. Pour prévenir une objection naturelle en présence de cette médication complexe, l'auteur fait remarquer que cette mixture, employée seule depuis une quinzaine d'années, ne lui avait donné aucun résultat.
Ajoutons que M. Guéneau de Mussy a encore essayé cette médication avec succès dans toutes les formes de rhumatisme chronique, dans diverses névralgies, dans un cas de paraplégie rhumatismale et dans certaines affections chroniques de la peau. (Bull, de Thérapeutique, 1860.)
Herpctisme. — Dartres. — Le mot dartre, employé depuis longtemps par les pathologistes français, n'avait pas de signification bien précise; il désignait seulement des affections cutanées rebelles ayant de la tendance à récidiver et à se généraliser. Aujourd'hui que l'on cherche à rattacher les éruptions à des maladies dont elles ne sont qu'une des manifestations, on a développé les descriptions de Lalouette sur les éruptions scrofuleuses ou scrofulides, celles de Biett sur les syphilides, celles de Franck sur les arthritides, celles de M. Rayer sur les affections artificielles; M. Bazin y a joint tout un chapitre de maladies parasitaires. Mais on n'a pas encore tout classé; il reste une série de manifestations cutanées qui possèdent au plus haut point ce caractère réfractaire, ces tendances à la récidive et à la généralisation. Ces dernières affections ont-elles un lien commun et se rattachent-elles à un lien pathologique commun? M. Bazin n'en doute pas, et il les caractérise du nom iïherpétidcs.
Ainsi, pour M. Bazin, les dartres sont des affections cutanées, non contagieuses, qui récidivent avec opiniâtreté et qui n'ont pas pour origine un seul vice, la dialhèse dartreuse, comme le croit M. Hardy, mais qui sont les manifestations cutanées de trois maladies constitutionnelles : la scrofule, l'arthritis et l'herpétisme. M. Bazin admet donc qu'il y a des affections nerveuses et viscérales herpétiques, comme il y a des manifestations internes scrofuleuses, et, parmi ces affections herpétiques, il faut citer en première ligne la dyspepsie, l'asthme, la dysménorrhée et certaines névroses, l'éréthisme nerveux étant le symptôme dominant de toutes les affections herpétiques.
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Pourquoi donc les opinions de M. Bazin, qui ont déjà de si nombreux adhérents, n'en ont-elles pas eu davantage ? Cela tient à ce que cette maladie, ou cette classe de maladies, renferme des affections aussi nombreuses que variées, plus rebelles aux méthodes nosologiques que les affections scrofuleuses, syphilitiques et goutteuses, ou rhumatismales ; elles ne sont pas seulement des maladies héréditaires, elles sont, par excellence, des maladies de famille et de race, et, à mesure qu'elles se transmettent, elles perdent leurs caractères. Cependant, chose bien remarquable, ces affections, qui vont ainsi se dégradant de plus en plus, finissent à un moment donné par produire à une génération ultérieure une maladie franchement herpétique ; il semble qu'il se fasse là une véritable génération alternante. En effet, s'il n'en était pas ainsi, il ne pourrait arriver que deux choses : ou la maladie héréditaire se reproduirait toujours avec ses mêmes caractères, ou elle disparaîtrait complètement. (Voir, pour plus de détails, Pidoux, Introduction à une nouvelle doctrine de la phthisie pulmonaire, Union médicale, avril et mai 1865.)
Ce qui semble toutefois résulter d'un grand nombre de travaux modernes, c'est que l'Arsenic convient à toutes ces affections.
Herpetides — Les éruptions herpétiques forment trois groupes : 1° les herpétides pseudo-exanthématiques, superficielles et rapides dans leur marche ; elles se comportent en général comme des maladies aiguës accidentelles ; elles ne réclament pas directement le traitement arsenical ; 2° les herpétides circonscrites ; 3° les herpétides généralisées ou invétérées. C'est à ces deux derniers groupes que convient la médication arsenicale. Dans ces deux classes se trouvent compris le pityriasis, le psoriasis, le prurigo, le lichen, l'eczéma et le pemphigus.
Affections nerveuses diverses. — Épilepsie. — La monographie de Harles rapporte quatre cas de guérison d' épilepsie par l'Arsenic (p. 324). L'un a été observé par Edward Alexander, médecin anglais; l'autre par Duncan, d'Edimbourg; un troisième par Hoffmann, un quatrième enfin par l'auteur lui-même. Les deux derniers faits surtout semblent assez probants ; mais que conclure de deux faits, surtout quand il s'agit d'épilepsie ? Le même auteur cite encore des cas de guérison de danse de Saint- Guy par le moyen de l'Arsenic.
État nerveux. — Ce qu'on appelle le tempérament nerveux développé et devenu pathologique devient l'éréthisme nerveux et peut exister seul d'une manière indépendante ou se surajoutera des affections communes, c'est alors le cachet imprimé aux affections accidentelles ou autres par un vice constitutionnel ou héréditaire. Il engendre facilement l'hypocondrie, l'hystérie, les névralgies et les névropathies viscérales. Cet état est avantageusement modifié par l'Arsenic, et nous devons à M. Isnard, de Marseille, un excellent travail sur la médication arsenicale qui est venu démontrer une fois de plus cette vérité. (De l'Arsenic dans
la pathologie du système nerveux. Paris, I8G5.) Tandis que le médecin est obligé d'employer tantôt les stupéfiants, les sédatifs, les antispasmodiques, etc., contre les troubles de la sensibilité et du mouvement, le fer et le quinquina contre l'atonie et l'anémie, et une foule d'autres remèdes suivant les symptômes, l'Arsenic peut les remplacer tous; il mérite, suivant M. Isnard, d'être le médicament de l'état nerveux, et, selon M. Bazin, le médicament spécifique de l'berpétisme.
Suivant M. Isnard, il est un des meilleurs toniques de la convalescence des maladies aiguës. Donné aux femmes enceintes atteintes d'éréthisme nerveux, il est très-utile, surtout au début de la grossesse, et peut être préféré à l'opium et à la belladone, ou tout au moins être mis sur le même rang. Enfin M. Isnard a pu de même soutenir des nourrices qui supportaient mal l'allaitement.
Congestion cérébrale et apoplexie. — Nous ne devons pas taire ici que M. le docteur Lamare-Picquot, de Honfleur, a proposé l'acide arsénieux comme moyen préservatif de l'apoplexie.
Nous indiquons cette médication, mais sans nous porter garants de son efficacité, qui jusqu'ici n'a encore été constatée que par M. Lamare- Picquot, sur sa propre personne d'abord, et puis, ajoute-t-il, sur vingttrois malades dont il aurait, par ce moyen, obtenu la guérison. Toutefois les observations de M. Cahcn {Arch. de méd., 1863), dans lesquelles des congestions liées à des névralgies ont été améliorées par l'Arsenic, viennent, comme celles de M, Isnard, appuyer les faits de M. Lamare- Picquot.
Angine de poitrine. — Cette maladie est l'une des plus atroces que nous connaissions ; nous avons pu donner à nos malades un soulagement temporaire à l'aide du daturo. stramonium, mais les accès sont revenus avec une férocité désespérante. Si le fait cité par M. Alexander est vrai, ce dont il n'est pas permis de douter, l'Arsenic lui aurait, dans une circonstance semblable, rendu un immense service. Il s'agissait d'un homme de cinquante-sept ans, atteint d'une angine de poitrine parvenue au plus haut degré. Il lui donna trois fois par jour six gouttes de solution arsenicale de Fowler, et le malade n'eut pas de nouvel accès. Toutefois, comme il se reproduisait de légers paroxysmes, Alexander revint à l'usage des mêmes moyens, et la guérison désormais ne se démentit plus. (Harles, loc. cit., p. 320.) M. Garin, de Lyon, a guéri de même une névralgie périodique du cœur. Dans le doute où l'on pourra être entre une affection nerveuse et une affection organique du cceur, l'Arsenic pourra devenir un élément précieux de diagnostic.
M. Tessier, de Lyon, a publié, dans le journal de médecine de Lyon (mai 1848), deux observations intéressantes sur l'emploi des préparations arsenicales contre des névroses extrêmement graves. Dans la première, 8e ÉD. — T. i. 31
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il s'agissait d'une névrose intermittente du cœur et des organes de la respiration, chez un homme de soixante-six ans; dans l'autre, c'était une gastralgie caractérisée par des douleurs atroces, chez une dame de trente-deux ans. Dans le premier cas, il y eut guérison, et dans le second simple amendement.
Asthme. — Qu'on veuille bien se rappeler ici les observations faites sur les toxicophages, et notamment la coutume établie chez certains montagnards d'avaler un peu d'Arsenic pour se donner de l'haleine et du jarret, et comme ils le disent, pour se rendre volatils, au moment où ils se disposent à faire une course dans les montagnes. Qu'on n'oublie pas non plus cette pratique usitée chez les voituriers de ces mêmes pays, qui consiste à mêler de l'Arsenic h l'avoine des chevaux, lorsqu'ils ont à faire une montée laborieuse.
Guidé par ces indices, le docteur Kœpl eut l'idée d'essayer si l'Arsenic n'aurait pas quelque influence sur certains troubles des fonctions respiratoires. Il donna en conséquence la liqueur de Fowler à quelques individus atteints d'Asthme, et il déclare avoir obtenu de ce moyen des avantages marqués.
Déjà, au commencement de cet article, nous avons rapporté les opinions des auteurs anciens, à commencer par Dioscoride qui préconisait surtout les préparations arsenicales données à l'intérieur et en fumigations, dans le traitement des maladies chroniques de la poitrine et du larynx. Lors de la publication de notre première édition, nous n'avions jamais expérimenté ces médicaments, nous n'avions même jamais vu prescrire l'Arsenic dans le but de modifier des maladies thoraciques, de sorte que nous ne pouvions donner notre propre avis ; mais nous devons dire que la lecture des auteurs qui se sont occupés de l'Arsenic nous avait convaincus que cette substance était évidemment utile dans les fièvres intermittentes, mais qu'elle n'était pas moins utile dans les catarrhes chroniques et dans l'asthme spasmodique. Trop de témoignages déposaient dans ce sens pour qu'il nous fût permis d'en douter; mais aujourd'hui nous pouvons parler d'après notre propre expérience.
« A l'intérieur, dit Dioscoride, on donne l'Arsenic aux malades qui ont du pus dans la poitrine. (Vide stiprà, p. 361.) Mêlé au miel, il rend la voix plus claire, et on le donne aux asthmatiques en potion avec de la résine. Dans les toux invétérées, on fait respirer aux malades, à l'aide d'un tube, la vapeur d'un mélange de résine et d'Arsenic. »
Il est inutile de citer de nouveau Pline, Galien et ses commentateurs les Arabistes, qui tous semblent avoir copié Dioscoride, et qui peut-être ont juré sur la parole du maître sans avoir jamais expérimenté par euxmêmes; mais à des époques plus rapprochées de nous, des observateurs attentifs ont démontré par l'expérience la vérité des assertions de Dioscoride et de ceux qui l'avaient suivi.
A la fin du seizième siècle, George 'Weith avait inventé un électuaire
dans la composition duquel entrait l'orpiment, et dont il donnait une dose fort considérable aux malades atteints d'asthmes les plus graves. (Jo. Langius, Epistol med., llanov., 1603, p. 847.) Il paraît, d'après ce même auteur, que l'usage des fumigations arsenicales dans le traitement de l'asthme était, en quelque, sorte, populaire dans quelques climats septentrionaux de l'Europe. Ettmiiller donnait à fumer aux asthmatiques un mélange de tabac et d'Arsenic, et ce dernier était porté graduellement à la dose énorme de 73 centigrammes sans qu'il en survînt le moindre accident. (Ilarles, loc. cit., p. 3*28.)
Or, en mettant à profit ces observations, des médecins se sont demandé si cette influence singulière et toute spéciale de l'Arsenic sur les fonctions de la respiration, ne pourrait pas être utilisée pour combattre certains troubles de ces fonctions. Guidé par ces indices, le docteur Kœpl, un des premiers, eut l'idée d'essayer la liqueur de Fowler (dont la base est l'arséniate de potasse) sur quelques individus atteints d'asthme, et ses essais eurent, dans un assez grand nombre de cas, les heureux résultats qu'il en attendait. L'expérience a été renouvelée par d'autres avec un égal succès ; et, quant à nous, depuis plusieurs années que nous les employons, les préparations arsenicales administrées à l'intérieur nous ont rendu dans le traitement de l'asthme nerveux de réels services.
Le plus habituellement, nous prescrivons Yarséniate de soude dans une potion ainsi composée :
Arséniate de soude 0,05
Eau distillée 100
Teinture de cochenille, q. s. pour colorer la liqueur.
Le malade prend, chaque jour, au commencement de ses deux principaux repas (précaution utile pour que le médicament soit bien toléré par quelques estomacs susceptibles) une cuillerée à café de cette liqueur, représentant environ 2 milligrammes 1/2 d'arséniate de soude.
Nous faisons, en outre, respirer des cigarettes arsenicales, dont la préparation sera indiquée en parlant de la phthisie.
Ces aspirations arsenicales réussissent surtout, d'après M. Viaud-Grand- Marais, dans ce que Laennec appelait l'asthme avec respiration puérile, ainsi que dans l'emphysème. M. Sée (loc. cit.) rapporte des succès analogues ainsi qu'une observation du docteur Julius, qui soulagea promptement une dame asthmatique depuis vingt-cinq ans.
Chorce Nous devons à M. Gellé, ancien interne de Gillette, à l'hôpital des enfants, une excellente Thèse (1860) sur l'emploi de l'Arsenic dans la chorée, à laquelle nous empruntons la plupart des détails qui suivent.
On trouve déjà dans la Gazette médicale de 18'tO, p. 139, que le docteur Leesse, de New-York, administrait la teinture de Fowler à la dose
380 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
Épiiatoire. — Enfin, de toute antiquité, et les citations nombreuses que nous avons laites au commencement de cet article le démontrent jusqu'à l'évidence, des préparations arsenicales sont entrées et entrent encore dans la composition de la plupart des poudres et des pommades épilatoires. Ce qu'il y a de singulier, c'est que les anciens, Dioscoride, Pline, Galien, etc., en même temps qu'ils constatent les propriétés épilatoires de l'Arsenic, affirment qu'il est très-utile dans l'alopécie. Il est utile sans doute dans les alopécies qui reconnaissent pour cause une maladie chronique du cuir chevelu, et alors il agit comme dans la plupart des affections cutanées qu'il guérit. Il faut noter que, comme dépilatoire, l'Arsenic a une action immédiate, et qu'il s'emploie alors à des doses considérables ; tandis que, pour guérir les maladies du cuir chevelu qui causent l'alopécie, les préparations arsenicales sont prescrites à des doses minimes, de manière à ne produire sur la peau de la tête qu'une irritation passagère.
MODES D'AD.UINISTRATION ET DOSES
Nous avons dit plus haut de quelle manière l'acide arsénieux devait être prescrit, nous n'ajouterons que peu de mots.
Nous prescrivons encore l'acide arsénieux, sous forme de pilules, que nous formulons ainsi :
Acide arsénieux 0sr,2
Amidon 5
Sirop de gomme g. s.
Pour faire selon l'art, en mêlant exactement par petites portions, une masse pilulaire que l'on divise en 1 00 pilules dont chacune contient par conséquent aussi 2 milligrammes et demi d'acide arsénieux. Le malade doit en prendre une avant chacun de ses deux repas. Pour les individus pusillanimes que l'idée d'absorber de l'Arsenic peut effrayer, nous décorons le médicament du nom de pilules de Dioscoride.
On augmente la dose suivant la tolérance du malade. On en continue l'usage pendant plusieurs mois de suite en le suspendant pendant huit ou dix jours chaque mois.
lodure d'Arsenic. — L'iodure d'Arsenic, médicament tout récemment introduit dans la thérapeutique, se donne à l'intérieur à la dose de 2 centigrammes et demi par jour; extérieurement, on l'incorpore à l'axonge dans la proportion d'un centième, et non à la dose énorme qu'indique M. Soubeiran {Dict. de Aléd., 2e édit., t. IV, p. 12).
Sulfure d'Arsenic. — Le sulfure jaune d'Arsenic est aujourd'hui employé de préférence au sulfure rouge; cependant nous voyons que chez les anciens le réalgar, au contraire, avait la préséance sur l'orpiment. Quoi qu'il en soit, ces deux sulfures se donnent, à l'intérieur, à la dose
/acts and observ.) ait donné avec avantage aux enfants atteints de la coqueluche la solution de Fowler à toutes les périodes delà maladie ?
Nos essais ont été faits sur des phthisiques et sur des malades atteints de catarrhe chronique du larynx. Chez les phthisiques, nous avons obtenu, non pas des guérisons, mais tout au moins une suspension des accidents fort extraordinaire dans une maladie dont rien ne retarde la marche fatale. Nous avons vu la diarrhée se modérer, la fièvre hectique diminuer, la toux devenir moins fréquente, l'expectoration prendre un meilleur caractère ; mais nous n'avons pas guéri. De nouveaux tubercules se formaient et se ramollissaient, et la mort venait plus lard, il est vrai; mais elle venait inévitable comme toujours. Toutefois les résultats que nous avons obtenus sont pour nous des motifs d'encouragement, et rien n'empêche d'espérer que, dans des affections peu étendues, nous obtiendrons une complète guérison. Voici, d'ailleurs, la méthode que nous avons mise en usage. Nous faisons préparer une solution arsenicale de 2 à 4 grammes d'arséniate de soude dans 20 grammes d'eau distillée. Un morceau de papier d'une grandeur déterminée est imbibé dans cette solution, puis séché, divisé et plié en forme de cigarette. De cette manière, chaque cigarette peut contenir un poids connu d'arséniate de soude, ordinairement 3 ou 10 centigrammes. Les malades, après avoir allumé la cigarette, en aspirent la fumée dans la bouche ; puis, par une lente inspiration, la font passer dans les bronches. On aspire d'abord quatre ou cinq gorgées deux ou trois fois par jour ; et, à mesure que l'on s'y habitue, on augmente le nombre des inspirations. Quand il y a beaucoup d'oppression, on peut rouler dans le papier des feuilles de datura stramonium.
Dans l'opération si simple que nous venons de décrire, l'arséniate de sonde se réduit au contact du carbone contenu dans le papier incandescent ; il se forme un carbonate de soude, de l'oxyde de carbone, et l'Arsenic volatilisé est entraîné avec la fumée et se met en contact direct avec la membrane muqueuse et avec les surfaces ulcérées. Nous employons le même moyen, mais avec beaucoup plus d'avantages, dans les catarrhes chroniques simples, bronchiques et laryngés.
Nous voudrions que l'on fût bien persuadé que, dans nos expériences sur l'Arsenic, nous n'avons pas fait d'erreur de diagnostic. On nous suppose, nous l'espérons du moins, assez d'habitude des hôpitaux et de l'auscultation pour croire que, dans une phthisie tuberculeuse confirmée et au second degré, nous n'avons pu méconnaître les lésions pulmonaires, et nous méprendre sur les symptômes généraux qui précèdent ou accompagnent la pulmonie; d'ailleurs, ces essais ont été faits en présence d'un grand nombre d'élèves, qui suivaient notre clinique, et qui, pour la plupart, étaient reçus docteurs ou étaient à leur dernière année d'études.
En même temps que chez nos malades, nous faisons faire des fumigations arsenicales, nous administrons à l'intérieur des pilules
382" MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
d'acide arsénieux à la dose de 2 à 15 milligrammes, dans le courant de la journée.
maladies chroniques des voies digestives. — Nous disions au commencement de cet article que les paysans styriens prenaient l'Arsenic comme stomachique. A cet égard, voici un fait curieux qui a été consigné par le docteur Kœpl dans sa communication sur les toxicophages (loc. cit.), et qui mérite de trouver ici sa place.
Le domestique d'un château voulut se défaire d'une surveillante trop sévère. Pour atteindre son but, il mêla, pendant assez longtemps, de très-petites doses d'Arsenic aux repas de la dame, espérant pouvoir éluder tout soupçon de meurtre parla marche chronique de l'empoisonnement. A son grand étonnement, il vit cette dame, pendant quelques mois, gagner très-visiblement de l'embonpoint, un air frais et de gaieté. Voyant que les petites doses produisaient un effet contraire à son désir, il mêla une dose beaucoup plus considérable à une fricassée de poulet. La violence des symptômes qui s'ensuivirent mit sur la trace de la tentative d'empoisonnement et de son auteur, qui fut livré aux tribunaux.
C'est encore ici le lieu de rappeler les résultats obtenus par ces éleveurs de bestiaux, qui pour engraisser rapidement les bœufs, les veaux et les porcs, mêlent à leurs aliments une petite proportion d'Arsenic, et réussissent ainsi à leur faire prendre un embonpoint considérable en très-peu de temps.
De son côté, M. Tessier, de Lyon, dont nous rapportions plus haut les observations sur l'emploi de l'Arsenic dans certaines névroses des organes respiratoires et digestifs, fait cette remarque importante, que, dans ses expériences, il a reconnu à l'Arsenic la propriété de stimuler l'appétit et de faciliter les digestions, tout en diminuant l'excès de sensibilité de l'estomac. Il déclare, en outre, que ce médicament lui a paru exercer une influence favorable dans certaines affections chroniques des voies digestives et notamment dans les gastralgies. M. Legroux a amélioré de même un cas de diabète en joignant l'Arsenic a l'hydrothérapie.
Ces faits divers, tirés soit de l'ordre physiologique, soit de l'ordre pathologique, joints à quelques observations analogues qui nous sont personnelles, nous semblent devoir autoriser l'emploi de l'Arsenic à doses extrêmement petites dans certaines affections réfractaires des organes digestifs, par exemple dans les dyspepsies, ou gastro-entéralgies accompagnées de diarrhées rebelles, dans certains cas de lienterie avec état cachectique, que rien ne peut modifier.
Ajoutons ici une dernière remarque. Il est aujourd'hui panaitement démontré que plusieurs sources minérales, et entre autres celles du Mont-Dore, de Bourbonne, de la Bourboule, de Vichy, de Plombières et surtout de Bussang, contiennent une dose d'Arsenic appréciable par l'analyse. Or, qui sait si cette dose d'Arsenic, jusqu'ici négligée, n'entrerait pas pour quelque chose dans certaines guérisons de maladies
chroniques des voies digestives, dont on attribue tout l'honneur aux sels alcalins ?
Vers intestinaux. — Nous ne savons si, depuis Cœlius Aurellanus, qui conseille les lavements arsenicaux pour détruire les vers intestinaux, on a jamais répété cette expérience. Il suffit de savoir quelles sont les parties de l'intestin habitées par les vers, pour comprendre que les lavements ne peuvent servir que lorsqu'il existe des ascarides vermiculaires. On ne saurait dire trop haut combien 1rs injections faites dans le rectum avec une solution arsenicale sont utiles dans ce cas. A l'époque où nous avions un service dans un hôpital d'enfants, nous avons eu souvent l'occasion de les employer. Pour un lavement de 200 grammes d'eau, on fait dissoudre 1 à 3 centigrammes d'arséniate de soude ou d'arsénite de potasse. Cette dose, qui serait énorme si elle était conservée, provoque une irritation assez vive, et, par conséquent, est rapidement rejetée ; mais le contact, quelque rapide qu'il soit, de la solution arsenicale avec les vers, suffit pour les tuer.
Un seul lavement suffit ordinairement pour détruire ceux qui existent ; mais il y faut revenir deux ou trois jours de suite et ensuite deux ou trois fois encore, en laissant quatre jours d'intervalle, pour détruire les œufs des ascarides, et faire cesser toute chance de récidive. Nous n'avons jamais donné l'Arsenic à l'intérieur, pour guérir les vers intestinaux : il est, sinon certain, du moins bien probable, que des doses, capables de ne causer aucun danger, seraient absorbées dans l'estomac ou dans le duodénum avant d'arriver à l'intestin grêle, que les ascarides lombricoïdes et les taenias habitent constamment. Peut-être pourtant le réalgar et l'orpiment, qui sont difficilement solubles, arriveraient-ils dans l'intestin grêle, sans avoir été totalement décomposés, et agiraient-ils topiquement, comme les lavements arsenicaux sur les ascarides vermicu. laires. Mais l'Arsenic, employé de cette manière, sera toujours une arme dangereuse; et nous conseillerons aux praticiens de ne jamais s'en servir, si ce n'est dans la circonstance que nous avons indiquée.
M. Boudin administre l'acide arsénieux en lavements, comme vermicide. Il débute par 5 centigrammes, qu'il porte graduellement à 10, à 15 et jusqu'à 20 centigrammes. Il a eu occasion de combattre ainsi le taenia, en administrant l'Arsenic en même temps par la bouche. L'acide arsénieux était donné en poudre avec du sucre blanc et porté, avec fractionnement, jusqu'à 7 centigrammes par jour. Le malade a rendu des fragments considérables de taenia, et tous les accidents ont cessé. Cependant, comme ce résultat était encore récent, il hésitait à affirmer la guérison définitive du malade.
Usage externe de l'arsenic. — Dioscoride connaissait déjà très-bien les propriétés escharotiques de l'Arsenic : Vim habet escharoticam cum uslioneetcum morsione violenta (Dioscoride); Valet perrodere (Pline). Celse,
381 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
Galien et tous les auteurs que nous avons cités au commencement de cet article lui reconnaissaient la même propriété : Arsenici omnes species sunt comburentes (Rhazes) ; Omnes species Arsenici escharoticœ sunt (Avicenne). Enfin, nous verrons tout à l'heure avec quel bonheur les modernes ont employé les préparations arsenicales dans le traitement topique des ulcères cancéreux. Théodore (Chirurg., lib. IV, p. 111) utilisait les mêmes propriétés escharotiques pour détruire les chairs fongueuses qui végètent sur les ulcérations scrofuleuses, et il obtenait, par ce moyen, une cicatrice facile et régulière.
Si maintenant l'Arsenic est employé topiquement à de très-légères doses, il agit homœopathiquement, c'est-à-dire substitutivement ; et il est alors d'un très-grand secours pour hâter la guérison des ulcères chroniques, des dartres phagédéniques, et de la plupart des affections chroniques de la peau. Ce remède était universellement adopté dans le traitement des maladies cutanées, jusqu'à l'époque où le mercure prit, en thérapeutique, une suprématie qu'il mérite à tant d'égards. L'Arsenic, comme moyen topique, dans les ulcères de mauvaise nature, rend quelquefois de plus grands services que les préparations mercurielles ; mais il veut être manié avec une prudence extrême et à des doses très-minimes. Un médecin de Paris, qui fait ignominieusement un secret des moyens thérapeutiques qu'il emploie dans le traitement du cancer de l'utérus, modifie heureusement l'abondance et la fétidité de l'écoulement, et prolonge évidemment la vie des malades, en touchant légèrement le col de la matrice avec un peu de coton imbibé d'huile arsenicale. Il est d'autant plus essentiel de ne laisser cette huile qu'un instant en contact avec la partie malade, et de mêler l'Arsenic à l'huile dans des proportions très-minimes, S centigrammes pour 4 grammes, par exemple, que des doses plus fortes donnent lieu à des accidents inflammatoires qu'il n'est pas toujours facile de conjurer.
Ainsi donc, à faible dose, ils peuvent donner lieu à une très-violente phlegmasie; à dose plus forte, ils frappent de mort les parties avec lesquelles ils sont en contact. Aussi ces préparations sont-elles employées dans le double but de modifier localement la partie, soit en excitant une phlegmasie d'une autre nature, soit en détruisant superficiellement les tissus malades, en même temps que plus profondément l'Arsenic agit par des propriétés altérantes dont nous avons parlé plus haut.
Lorsqu'on ne veut qu'exciter localement une inflammation à la surface d'une plaie, il ne faut employer que de très-faibles doses d'Arsenic, 5 centigrammes d'acide arsénieux ou d'arséniate de soude, pour 8 grammes de cérat, et une dose double de sulfure. Mais, pour produire des eschares superficielles, les doses doivent être beaucoup plus considérables.
Les poudres arsenicales les plus célèbres, employées dans ce but, sont celles de Justamond, du frère Cosme, de Pluncquet, celle de Rousselot, qui est à peu près la seule employée, et qui est presque identique à celle
ABSBNIC. 383
du frère Cosmi'; celle de Dubois, qui diffère peu des poudres du frère Cosme et de Rousselot : préparations dont nous avons indique" la formule en tête dé ce chapitre.
C'est surtout dans le traitement des cancers superficiels de la peau que ces poudres diverses ont été employées; on en fait une pâte, soit avec de la salive, soit avec de l'eau gommée, soit avec de l'eau simple, soit avec un peu de blanc d'œuf, et on l'étend sur la surface malade. Mais il y a quelques précautions importantes à prendre.
Quelques chirurgiens étaient dans l'habitude d'exciser la surface du cancer, d'enlever avec le bistouri tous les boutons indurés, et de recouvrir immédiatement la plaie avec la pâte arsenicale. Cette pratique fut suivie, dans plusieurs cas, d'accidents toxiques assez graves pour discréditer singulièrement l'emploi de la pâte arsenicale. Mais Dubois, ayant remarqué que l'absorption était d'autant plus rapide que la plaie était plus récente, qu'elle était au contraire presque nulle quand la suppuration était bien établie, pose en principe d'exciser d'abord la surface cancéreuse, et de n'appliquer la pâte arsenicale que quatre jours après. Quoique, par ce moyen, on évite en général l'absorption de l'Arsenic, cependant, quand la plaie est fort étendue, il arrive souvent que le poison cause encore des accidents mortels. De là ce précepte de ne recouvrir la plaie que successivement, de manière à ne faire qu'une application ebaque jour.
Les premiers effets de la pâte arsenicale sont de produire une trèsviolente douleur, et une inllammation érysipélato-phlegmoneuse qui s'étend fort loin et dure ordinairement de quatre à huit jours. L'eschare, d'autant plus profonde que l'épaisseur de la pâte était plus considérable, se détache lentement et ne tombe ordinairement que du quinzième au trentième jour; au-dessous on trouve ordinairement la cicatrice presque complète et le derme sans tubercules. Que s'il existe encore quelques végétations suspectes, on les réprime, soit avec le caustique de Vienne, soit avec le nitrate acide de mercure.
Dupuytren ne croyait pas nécessaire de produire une eschare; et il pensait qu'une préparation arsenicale, capable d'opérer une violente phlegmasie, suffisait pour guérir les cancers superficiels de la peau. Il conseillait la poudre suivante : Acide arsénieux de 5 à 6 parties ; calomel, 100 parties. Il en faisait une pâte avec une solution gommeuse, et il l'appliquait sur les surfaces malades, l'enlevant au bout de deux ou trois jours, et renouvelant l'application jusqu'à cinq ou six fois, suivant l'exigence des cas.
Dans le lupus, dans les dartres rongeantes, cette même pâte est d'une incontestable utilité, en même temps que l'on donne à l'intérieur d'autres préparations arsenicales, ainsi que nous l'avons dit plus haut.
Maladies des yeux. — Les propriétés irritantes des préparations arsenicales les faisaient employer par les anciens dans les collyres, au même titre que nous employons aujourd'hui les mercuriaux.
380 MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
de six à huit goultes, matin et soif, chez les sujets de huit à dix ans. M. Rayer, après lui, en a aussi obtenu de bons effets. (Union médicale, 1847.) En Angleterre, ce même moyen a souvent été mis en usage avec succès par Martin, Gregory, Latter, et plus récemment par Babington, Hughes et Begbi. Depuis, Romberg a vu, sous l'influence de ce traitement, la guérison se faire en deux mois ; M. Dieudonné a vu les mouvements disparaître en douze jours, M. Barthez a noté une amélioration sensible dans un cas dès le deuxième jour; dans un deuxième cas, guérison au huitième jour. Dans une observation de Aran, la jeune fille travaillait à l'aiguille le huitième jour. Guersant père avait noté l'amélioration dès le deuxième jour. Dans les faits de Gillette recueillis par M. Gellé, on trouve plusieurs cas où l'influence se fait sentir au bout de trente-six ou quarante-huit heures ; mais, en général, dès le cinquième et surtout le huitième jour, l'action est évidente et un mieux sensible s'est opéré dans l'état des malades. M. Gellé a fait mieux que d'indiquer la durée du traitement de ses malades, il a cherché à préciser les médications et les contre-indications de la médication arsenicale dans la chorée. Il lui a paru que l'acide arsénieux avait échoué sur les sujets nerveux et sanguins, qui se sont mieux trouvés de l'émétique et de l'opium. L'Arsenic réussit, au contraire, à merveille chez les malades atteints de misère, de lymphatisme, de cblorose et de cachexie. Cette opinion est aussi celle de Romberg et de M. Bourguignon. Bien plus, dans trois chorées graves où les malades usent leurs draps et leur propre peau par leur mouvement incessant, où la déglutition est impossible, les sphincters relâchés, etc., l'Arsenic a été encore utile, et, dans les trois cas où il a été employé, il a amené une amélioration rapide et la guérison en vingt jours.
Chlorose. — Dysménorrhée. — Rien n'est commun comme de voir les fdles de dartreux avoir des règles difficiles, accompagnées d'hystéralgie et des phénomènes qu'elle produit par action réflexe. A un degré plus «levé, c'est l'aménorrhée avec les mêmes symptômes et l'anémie consécutive. La première idée est de donner du fer, et l'on réussit une première fois, mais un an, dix-huit mois après, la dysménorrhée reparaît ; on donne de nouveau du fer qui a si bien réussi une première fois, mais on est tout étonné de voir que le fer, loin de faire disparaître les symptômes, les augmente ; si alors on a recours à l'Arsenic, on obtient souvent des succès que l'évolution ultérieure de la santé, ou plutôt de la pathologie de la malade, explique suffisamment. Nous employons, dans ce cas, l'acide arsénieux de préférence à l'arséniate de fer, qui nous a moins bien réussi.
l'hthisie Faut-il croire que Beddoes, cité par Girdlestone, ait traité
avec succès un phlhisique dont deux frères étaient morts de consomption méseutérique, et que Bernbardt [Chymisch Vcrsuch., p. 233) ait guéri nombre d'enfants affectés du carreau, en leur faisant prendre trois fois par jour une faible dose d'une préparation arsenicale; que Ferriar (Med.
ABSENIC. 387
de 5 à 13 centigrammes on vingt-quatre heures; à l'extérieur, dans )cs pommades, à une dose double de celle de l'acide arsénieux.
Quand on le prescrit pour fumigations pulmonaires, mêlé à quelque résine, comme le benjoin, l'oliban, etc., etc., la dose ne doit pas dépasser 10 ou 15 centigrammes dans la masse qui doit être employée en une fois. Dans les fumigations pour l'ozone, la dose doit être la même.
Le sulfure jaune d'Arsenic est la base des pommades épilaloires que le charlatanisme débite et invente chaque jour. Nous avons indiqué la composition du fameux rusma des Turcs. Pour s'en servir, on fait avec de l'eau une pâte molle dont on recouvre la partie que l'on veut épiler. Nous devons rappeler que le sulfure jaune d'Arsenic du commerce, ou orpiment, peut contenir jusqu'à 95 pour 100 d'acide arsénieux. Une pâte faite avec une forte solution d'arsénite de potasse remplit encore ce but.
Arsênite de potasse. — La solution de Fowler se donne à la dose de 5 à 20 gouttes, trois fois par jour, dans un demi-verre d'eau sucrée.
Arséniale de soude. — La solution de Pearson, beaucoup moins énergique que celle de Fowler, se donne à la dose de 1 2 à 24 gouttes, deux ou trois fois parjour.
Gillette employait dans la chorée la solution suivante :
Arséniate de soude 06r,05
De une à huit cuillerées à ca/ëpar jour, en augmentant progressivement; huit jours de ce traitement suffisent ordinairement.
V arséniate de fer est prescrit à l'intérieur à la dose de 1 à S centigrammes dans les vingt-quatre heures.
Dans ces dernières années, M. Duchesne-Duparc a présenté à l'Académie des sciences un mémoire sur l'emploi del'arséniate de fer. Il propose cette préparation arsenicale comme le meilleur remède contre les dartres furfuracées et squammeuses. Il l'administre à doses graduées depuis 1, 2, 3 milligrammes parjour, en montant successivement jusqu'à 15 et 20 centigrammes.
Dans son opinion, l'arséniate de fer serait, de tous les composés arsenicaux, le mieux supporté par les organes digestifs et le plus inoffensif pour l'économie entière, sur kquelle il agirait à la manière des toniques excitants.
Les arséniates de mercure ont été employés avec succès contre les affections syphilitiques de la peau.
M. Gastinel, du Caire, a préparé deux nouveaux composés arsenicaux, l'arséniate de caféine et l'acide tanno-arsénique, qui ont paru jouir des propriétés anti-périodiques de l'acide arsénieux. (Gaz. des Hùp., janvier 1862.)
Eaux minérales arsenicales. — Nous avons donné plus haut la composition chimique des eaux arsenicales (Voir la matière médicale de l'Ar-
MÉDICAMENTS ALTÉRANTS.
senic) ; nous dirons seulement que M. Lhéritier attribue presque exclusivement à l'Arsenic l'efficacité des eaux de Plombières. Les eaux du Monl-Dore doivent aussi, sans doute, à l'Arsenic leur propriété de modifier si heureusement la bronchite chronique, surtout celle qui donne peu d'expectoration et une toux violente avec congestion pulmonaire, bronchite très-fréquente chez les dartreux, par parenthèse- M. Boudant, de Clermont, attribue aussi à l'Arsenic le bon effet des eaux du Mont- Dore dans l'angine et la pharyngite herpétiques. Enfin, depuis quelque temps M. Guéneau de Mussy emploie, à Paris, les eaux de laBourboule, les plus riches en Arsenic, et en obtient des effets remarquables.
M. Privât a de même amélioré des malades atteints de rhumatisme noueux en administrant les eaux de Lamalou-l'Ancien. [Bulletin de Thér., 1866.)
MATIÈRE MÉniCALE.
L'Or est un métal d'une couleur jaune, doué d'un éclat métallique très-vif, extrêmement malléable, moins fusible que l'argent et le cuivre; il fond vers 32 degrés du pyromètre de Wegwood. Cette température correspond à peu près à 1200 degrés du thermomètre à air. Il ne se combine pas directement avec l'oxygène, mais il peut former avec lui deux combinaisons, et trois suivant quelques chimistes.
Or métallique.
On emploie en médecine l'Or divisé ou l'Or à l'état de poudre.
On obtient la poudre d'Or par deux procédés :
1° On triture des feuilles d'Or avec sept ou huit fois leur poids de sulfate de potasse ou de sucre, jusqu'à ce qu'on n'aperçoive plus de fragments de feuilles; on traite cette poudre par l'eau qui dissout le sel ou le sucre, et laisse précipiter l'Or.
2° On verse dans une dissolution de chlorure d'Or un excès de sulfate de protoxyde de fer également dissous, on laisse en contact pendant vingt-quatre heures; l'Or se précipite en poudre très-ténue; on décante le liquide, on lave le précipité, on le fait sécher, et on le conserve pour l'usage.
On prépare avec cette poudre un sirop d'Or et une pommade d'Or dont l'efficacité est douteuse.
Oxyde d'Or.
Il existe deux combinaisons distinctes de l'Or avec l'oxygène, le protoxyde, et le bioxyde ou peroxyde.
Le protoxyde, AuO, est une poudre verte, peu stable, se transformant très-fa-
cilement en Or métallique et en peroxyde. 11 n'est pas employé.
Le peroxyde, AuO3 (acide aurique), connu en médecine sous le nom d'oxyde d'Or, est brun a l'état sec, jaune et rougeâtre à l'état d'hydrate, se réduisant trèsfacilement par l'action de la lumière, ce qui oblige de le conserver dans des flacons recouverts de papier noir. Il peut se combiner aux alcalis, mais il ne forme pas de combinaisons avec les acides. Il est insoluble dans l'eau.
On l'obtient en traitant une dissolution de chlorure d'Or par une solution de bicarbonate de potasse, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'effervescence; le précipité qui se forme est de l'oxyde d'Or. Il est la base des pilules fondantes de Pierquin, dont voici la formule :
Pr. : Oxyde d'Or 0sr,30
Extrait de garou. . . 8 P. S. A. Soixante pilules.
Pourpre de Cassius.
(Oxyde d'Or par l'étaiu, stannate d'Or.)
AuO, Sn02-r-Sn, Su02-f-4Ho.
Sa composition est mal connue; on sait seulement qu'il contient de l'Or, de l'oxygène et de l'étain. Plusieurs chimisles le regardent comme une combinaison de protoxyde d'Or avec le bioxyde d'étain ; Berzelius le considère comme un composé de protoxyde d'étain et d'un oxyde d'Or, intermédiaire au protoxyde et au peroxyde.
On l'obtient eu versant, dans une dissolution de chlorure d'Or, une solution d'étain dans l'eau légale également étendue; il se forme un précipité pourpre que l'on, lave et que l'on dessèche.
Chlorure d'Or.
(Chlorhydrate d'Or, muriate d'Or.) AuCl».
Il Q'esl pas employé h l'état de pureté.
Ci lui qui est usité en médecine est d'une belle couleur jaune, oiistallisé en pelits prismes aiguillés, moins soluble que le chlorure simple, soluble dans l'eau.
Chauffé, il perd il'' son aride, mais il commence a être décomposé en chlore el en Or métallique avanl d'avoir perdu entièrement son acide chlorhydrique. Il est déliquescent.
Un l'obtient en faisant dissoudre de l'Or métallique dans l'eau régale, évaporant jusqu'à ee que l'on seule une légère odeur de chlore, puis on laisse cristalliser.
Sa solution aqueuse se dissout dans l'éther, qui se colore fortement en jaune, tandis que la solution aqueuse se décolore. On a employé cette teinture éthérée sous le nom d'Ur potable. Une solution de sulfate terreux réduit le chlorure aurique en précipitant de l'Or métallique.
Le chlorure d'Or colore la peau en violet.
Caustique de Récamier.
Pr. : Chlorure d'Or. . . . OS',30
Eau régale 32
Faites dissoudre.
Chlorure d'Or et de sodium.
(Muriate d'Or et de soude, cliloro-auratc
de sodium, chlorure aurieo-sodique.)
NaCl, AuCl3-f-4Ho.
Sel d'une couleur orange, cristallisé en longs prismes a quatre faces, soluble dans l'eau.
On le prépare en ajoutant à une dissolution concentrée de chlorure d'Or du sel marin purifié et dissous; on fait évaporer et cristalliser.
Dans ce sel, le chlorure d'Or joue le rôle d'acide, par rapport au chlorure de sodium.
Le docteur Chrestien, de Montpellier, a fait préparer avec ce sel un sirop, des tablettes, des pilules, etc. Ce sont la des préparations très-rationnelles, puisque le sel marin naturellement contenu dans le sang transforme les autres sels auriques en chloro-aurates alcalins.
Iodure d'Or. Aul.
(Voir art. Iode, t. I, p. 94.)
Tout récemment M. Nicklès a démon-
tré que l'iode peut attaquer l'Or, a, la condition de se trouver à l'état naissant, ou bien à l'état ordinaire, si l'on opère à chaud et sous pression, ou bien encore sous l'influence des rayons solaires. Il a montré, en oulre; que le sesqui-iodure de lei' eal un bon dissolvant de l'Or lorsqu'il est associé à l'éther, et que le sesqui-luomure de fer, bien exempt de brome libre, dissout peu à peu l'Or battu a chaud comme sous l'influence des rayons solaires. [Union pharmaceutique, 1866, p. 112.) Sous ces nouvelles formes, Piodure d'Or ne tardera pas à être expérimenté en thérapeutique.
llyposulpte double de proloxyde d'Or
et de soude (Gelis et Forclos).
3(S!02NaO) + S302AuO -f- Aq.
Ce sel s'obtient en précipitant par l'alcool un mélange de solution de pcrchlorure d'Or et d'hyposulfite de soude; il cristallise en aiguilles déliées très-solubles dans l'eau et a peine solubles dans l'alcool.
Cyanure d'Or, AuCy3 -t- Aql/2.
C'est une poudre jaune, insoluble dans l'eau. Elle s'obtient en versant dans une solution de chlorure d'Or peu acide du cyanure de potassium ; il se dépose une poudre qui est d'une couleur rougeàtre si l'on a mis un excès de cyanure, mais qui peut être ramenée au jaune serin par un acide.
Poudre de cyanure d'Or.
Pr. : Cyanure d'Or. . 5 cenligr.
Poudre d'iris. . 10
Divisez en paquets à employer eu frictions (Chrestien).
Pilules de cyanure d'Or.
Pr. : Cyanure d'Or .... 5 cenligr.
Extrait de gentiane. 90 F. S. A. Douze ou seize pilules (Chrestien).
Nous ajouterons que les préparations d'Or sont des médicaments infidèles quand on les associe, surtout pour l'usage interne, à des substances organiques qui les altèrent promptement, comme les poudres, les sirops, les extraits, etc.; aussi MM. Duportal, Pelletier, Niol, etc., outils conseillé de les administrer seules, en poudre ou en solution.
Historique. — Indiqué à peine par les Arabes, l'Or n'a pris une certaine importance médicale que lorsque l'alchimie commença à exercer de l'influence sur la thérapeutique. Les alchimistes tourmentèrent l'Or de mille et mille manières pour trouver la pierre philosophale, et, comme
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ils le croyaient le plus pur, le plus incorruptible des métaux, ils pensèrent qu'il devait être aussi le plus pur, le plus puissant des médicaments. Introduit dans l'économie, il devait la purifier de toutes les humeurs, de tous les vices héréditaires ou acquis ; de là les recherches infinies des alchimistes pour rendre l'Or potable. Quand ils eurent trouvé le moyen de dissoudre l'Or dans l'eau régale, et de le retenir ensuite dans des huiles essentielles, ils crurent posséder une panacée universelle ; et dans les seizième et dix-septième siècles, et jusqu'au milieu du dix-huitième, les préparations d'Or potable furent des secrets de famille qui enrichirent beaucoup de personnes, et qui, à dire vrai, opérèrent aussi quelques guérisons. Toutefois, il suffisait que les charlatans employassent ainsi ce remède, et que les alchimistes l'eussent vanté avec une exagération ridicule, pour que les médecins crussent devoir le proscrire et se refusassent à l'adopter jamais. Une autre cause contribua singulièrement à discréditer l'Or : c'est que les médecins qui le vantaient avec le plus d'enthousiasme l'amalgamaient avec le mercure, ou le mêlaient h des préparations mercurielles diverses; et comme ils le prescrivaient clans la vérole et dans d'autres affections où l'effet des mercuriaux ne pouvait être contesté, on concluait avec assez de raison que les prétendues propriétés thérapeutiques de l'Or devaient être réellement attribuées au mercure. Ce n'est pas que Pittcarn (1714) n'eût proposé l'Or en poudre ou en feuilles dans le traitement de la syphilis, mais c'est vraiment à notre compatriote M. Chrestien, de Montpellier, que l'on doit d'avoir appliqué méthodiquement, d'avoir fait connaître, et enfin d'avoir popularisé l'emploi de l'Or dans le traitement de la vérole et de plusieurs autres maladies.
M. Chrestien trouva de nombreux et puissants détracteurs : sa méthode, suivie par quelques médecins de Montpellier, ne pouvait prendre droit de cité hors de cette ville; mais les travaux de Niel, ceux de Gozzi de Bologne, et surtout ceux de M. Legrand, firent mieux connaître les propriétés thérapeutiques de l'Or, engagèrent beaucoup de praticiens à les essayer, et les placèrent enfin au nombre des agents thérapeutiques dont il n'est pas permis aux médecins d'ignorer les usages et le mode d'administration. Aujourd'hui donc on ne pourra plus trai'er l'Or avec légèreté, à l'exemple de Linné et de Gmelin.
Nous regrettons vivement de n'avoir que rarement mis en usage, dans notre pratique, les préparations auriques, et de ne pouvoir, par conséquent, parler ici d'après notre propre expérience; mais il est difficile que la vie de deux hommes, si active qu'elle puisse être, suffise à l'expérimentation de tous les agents de la matière médicale, et le lecteur comprendra que notre devoir, dans cette circonstance, est de recueillir les témoignages relatifs à l'action thérapeutique du médicament, nous réservant seulement alors le rôle de critiques que nous ne devons jamais dépouiller.