‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 2)Chapitre 73 sur 185 · POTASSE · texte numérisé non relu

POTASSE

Le potassium n'ayant par lui-même aucune application médicinale, nous le décrirons rapidement pour passer à l'histoire de ses composés, de la Potasse surtout, dont l'intérêt thérapeutique devient de jour en jour plus saillant.

Découvert en 1S07 par sir Humpliry Davy, le potassium fut depuis assez complètement étudié par MM. Gay-Lussac et Thénard.

Avant les travaux de Davy, la Potasse était réputée un corps simple. Ce fut alors que, de cette dernière, le chimiste anglais parvint à extraire le potassium, au moyen d'une forte colonne voltaïque; l'oxygène en pareille circonstance, se rendant au pôle vitré, et le potassium apparaissant en petits globales au pôle résineux.

Ce métal est solide, d'un blanc très-éclatant, fort mou, d'une pesanteur moindre que celle de l'eau [0,865), s'altérant trèsfacilement a l'air, c'est pourquoi on le conserve sous l'huile de naphte. Lorsqu'on le projette dans l'eau, il reste à la surlace, y brûle en tournoyant, et se convertit en Potasse ou oxyde de potassium, en opérant la décomposition de l'eau, dont il prend l'oxygène. 11 y a un dégagement de gaz hydrogène naissant qui s'enflamme instantanément sur l'eau : celle-ci devient alors alcaline.

Potasse, potassa fprotoxyde de potassium ; oxyde potassique, oxydum potassicum, KO). Cet oxyde blanc, très-caustique, n'est pas employé en médecine à l'état anhydre. Combiné avec l'eau, il est au contraire fort usité sous le nom de Potasse.

Hydrate de Potasse (hydras Potassicus, KO, HO). Il est blanc grisittre, d'une causticité excessive, très-soluble dans l'eau et dans l'alcool, attirant avec éner-

gie l'humidité de l'air; il est formé de Potasse 84, eau 1G.

Potasse à l'alcool. Potasse pure. On l'obtient eu faisant macérer la Potasse caustique en poudre dans son poids d'alcool à 36 degrés; f>a y agite fréquemment le mélange pour opérer la dissolution de la Potasse; on sépare avec soin par décantation le liquide du dépôt, puis on distille pour séparer l'alcool, et on fait fondre ensuite le résidu, que l'on verse sur des plateaux d'argent refroidis promptement.

Potasse à la chaux (Potasse caustique, pierre a cautères, lapis causticus, oxydum potassicum ope calcis paratum, Codex).

Elle est d'un blanc sale, à cassure compacte, excessivement caustique, très-soluble dans l'eau ; au contact de l'air, passant rapidement a l'état de sous-carbonate déliquescent. On l'obtient dans les officines en plaques, en cylindres ou en gouttelettes lenticulaires ou sphériques.

Voici la préparation du Codex :

Pr. : Carbonate de Potasse du commerce

purifié 2000 gra!m.

Chaux vive 1000

Eau 25000

Éteignez la chaux, délayez-la dans cinq ou six fois son poids d'eau.

Dissolvez le carbonate de Potasse, portez la liqueur à l'ébullition dans une chaudière de fer; ajoutez-y le lait de chaux par portion, de manière à ne pas interrompre l'ébullition; agitez le mélange avec une spatule de fer; maintenez ainsi la liqueur bouillante pendant une demiheure, en remplaçant par de nouvelle eau celle qui s'évapore; jetez ensuite la masse sur des toiles pour séparer par Qltration

le carbonate de chaux du liquide; lavez avec soin le résidu, réunissez les liqueurs claires; évaporez rapidement à siccité dans un bassin d'argent; chauffez fortement le produit jusqu'à ce qu'il éprouve la fusion ignée. — Prenez alors ce produit par petites parties à l'aide d'une cuiller d'argent à bec, et versez-le par gouttes sur un marbre légèrement huilé, de manière à obtenir des morceaux arrondis de la forme des pastilles dites à la goutte; vous les enfermerez promptement dans des vases hermétiquement bouchés.

On lui donne encore d'autres formes, ainsi que nous l'avons dit plus haut.

Nous indiquerons aussi la préparation de la Poudre de Vienne, qui, destinée aux mêmes usages, n'a pas les inconvénients de la Potasse caustique. On l'emploie maintenant de préférence.

Poudre de Vienne.

(Pulvis causticus cum calce.)

Pr. : Potasse caustique à la chaux. 50 gr. Chaux vive 00

Réduisez en poudre séparément les deux substances dans un mortier chauffé, mélangez-les exactement et avec rapidité, et enfermez le mélange dans un bocal à large ouverture, bouché a l'émeri. Pour faire usage de ce caustique, on le délaye avec un peu d'alcool, de manière à le réduire en une pâte molle, que l'on applique sur la partie que l'on veut cautériser. La Potasse n'agit alors que sur une partie de la peau parfaitement circonscrite, au lieu de couler, comme le fait la Potasse ordinaire.

Le docteur Filhos a eu l'idée heureuse de préparer une espèce de caustique de Vienne, et de le couler dans des cylindres à la manière de la pierre infernale; son emploi est rendu ainsi plus commode dans beaucoup de circonstances.

La Potasse à la chaux fait partie des formules suivantes :

Injections de Girtanner.

Pr. : Potasse a la chaux. ... 50 cent. Opium pur 20 cent.

Faites dissoudre dans :

Eau distillée 635 gr.

Collyre de Gimbernat.

Pr. : Potasse à la chaux. . . 5 à 10 cent.

Eau distillée 32 gr.

Elle faisait autrefois la base de \a.pdte caustique d'Else, de la lessive lilhontriplique de Saunders, de la solution de Cohen, de celle de Saviard, etc., etc.

Carbonate de potasse, Carbonas Potassicus KO,CO',HO (sous-carbonate de Potasse). Ce sel est blanc, d'une saveur àcre^ peu caustique, très-déliquescent à

l'air, par conséquent très-soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool à l'état de pureté; il n'est presque pas employé en médecine ; celui dont on fait usage est obtenu par plusieurs modes de préparations qui lui ont fait donner des noms différents; ainsi on l'a appelé sel de tartre, nilre fixé par le tartre, etc. Dans le premier cas, on le prépare en brûlant dans une chaudière le tartrate acidulé de Potasse; dans le second, on l'obtient par la déflagration de ce même sel mélangé avec parties égales de nitrate de Potasse ; dans d'autres cas enfin^ on le produit en jetant du charbon grossièrement pulvérisé dans du nitre en fusion. Dissolvant ensuite dans de l'eau distillée le produit obtenu par l'un ou l'autre de ces procédés, on le filtre, puis on évapore la liqueurjusqu'àsiccité; le sel, résidu de cette opération, est conservé à l'abri du contact de l'air. M. Soubeiran regarde comme défectueux ces derniers modes de préparations {Traité de pharm., t. II, p. 279 et suiv.).

M. Guibourt assure que le carbonate de Potasse obtenu par la déflagration du bitartrate de Potasse avec le nitrate renferme du cyanure de potassium en quantité assez grande.

Le carbonate de Potasse existe dans les cendres de la plupart des végétaux et dans celles des bois en particulier. On l'extrait de ces dernières par lixiviation.

On peut facilement purifier la Potasse du commerce en la faisant dissoudre dans l'eau, filtrant la dissolution et évaporant dans une bassine d'argent jusqu'à ce qu'elle ait une densité de 1,5 (50 D. ar. environ). On l'abandonne ensuite à elle-même dans un endroit trais. Les sels étrangers (sulfate de Potasse et chlorure de potassium) se déposent alors presque en totalité.

Le carbonate de Potasse est employé pour injections, pour lotions, pour bains ou pédiluves, etc. Ou l'administre aussi en tisane.

Tisane de Mascagni.

Pr. : Carbonate de Potasse. . . 8 gr.

Eau commune 1000

Faites dissoudre.

Bain alcalin.

Pr. : Carbonate de potasse. 125 à 250 gr. Eau chaude q. s.

Faites dissoudre.

Bicarbonate de Potasse, Bicarbonas Potassicus KO,HO,2C02 (carbonate de Potasse saturé, anciennement nommé carbonate neutre). Ce sel est cristallisé en prismes rhomboïdaux; il est inaltérable à l'air; sa saveur est alcaline sans âcreté, soluble dans quatre parties d'eau froide ; sa dissolution se partagea la température de l'ébullition en acide carbonique qui se dégage, et en sesquicarbonate qui reste dissous. A 100°, il perd la moitié de son

POTASSE. in

acide et il. 'vient sous-carbonate; il perd N° B. — Polhn acide,

en même temps un équivalent d'eau. Aride citrique 2 gr.

Eau commune 50

Préparation. Sirop d'acide citrique aromatisé au citron 15

Pr. : Carbonate de Potasse (sel Faites dissoudre l'acide citrique dans

do tartre) 100 gr. i'eau et ajoutez le sirop d'acide citrique.

Marbre blanc 200 pollI. administrer cette potion, tantôt

Aride cblorhydnque. ... q. s. on met une cuilloruo de chacune des po-

tions, et, après avoir agité, on boit im- Paitea dissoudre le carbonate de Po- médiatement; tantôt on lait prendre suctasse dans l'eau, de manière à obtenir une cessivement une cuillerée de chacune des dissolution qui marque 1,21 au densi- deux potions, en commençant parle n» 1.

■'"'"'-"-■; d'unc'autre part, lo Carbonate de Potasse et d'ammoniaque.

marbre concasse dans un flacon a deux

tubulures d'une capacité convenable. A Carbonate de Potasse ... 4 gr.

l'une des tubulures de ce flacon, adaptez Carbonate d'ammoniaque. 1

un tube à entonnoir pour verser l'acide Eau q. s.

rhlorliydrique; a l'autre, un tube deux Faites dissoudre, t'ois courbé a angle droit, qui communiquera avec une série de trois ûacons de l' aites passer dans la liqueur un cou- Woolf. Le premier, contenant de l'eau ™nt de gaz carbonique pour la saturer j pour laver le gaz acide carbonique ; les chauffez et laites cristalliser. deux derniers, la dissolution de carbo- On peut, pour la composition, rappronate de Potasse. Les tubes destinés à cher ce sel du carbonate double de maconduire l'acide carbonique devront être gnésie et de potasse, d'ungranddiamètreetfacilesadéboucher, . „ . , , dansle cas où ils viendraient à s'engorge? > Carbonate de qumme. par la cristallisation du bicarbonate En mêIant de la quinine fraîchement L absorption de 1 acide carbonique don- prC.cipitee et lavée a reau que eon cnaI.ge liera naissance il du bicarbonate de Po- d.aci^e carbonique, cette solution, ex potasse, qui, étant moins soluble que e sée a ,.ai ,aisse fagager l'acide carbocaibonate, se précipitera sous forme de ni A ès cette 0?aporation lcs oris. cristaux plus ou moins volumineux Lors- Umx aiguillés transparents de carbonate que 1 acide carbonique ne sera plus ab- de imne se dépo£eat sorbe, démontez 1 appareil enlevez es La u r des caiUou, connue de cristaux, mettez-les à égoutter, arrosez-les Basila Valentin, et qui est indiquée dans avec une petite quantité d eau froide sa- les ancicnnes pharmacopées, s'obtenait turée de bicarbonate, afin d enlever le en faisant bouillir dans la Potasse causcarbonate dont ils peuvent être impre- u des cailIoux brisés ou du sable. Ge3 gnes, et faites-les sécher. matières une fois dissoutes, le produit

s'intitulait liqueur des cailluux ou verre

. potion gazeuse. liquide. Cette préparation n'est autre

chose que du silicate de Potasse avec

Potion anlivomilive de Rivière. excès de base.

in >• -ckt ^ Le docteur Shun a proposé de tremper

(Potio Ltlervescens.) des bandelettes de toile dans du silicate

do Potasse pour remplacer les bandes

N° 1. — Potion alcaline. dextrinées dans les appareils contentil's.

Le silicate de Potasse a reçu de nom- Bicarbonate de Potasse. . 2 gr. brcuses applications, comme vernis, ser-

Eau commune 50 vanl à produire l'incombustibilité.

Sirop de sucre 15 M. Kuhlmann l'a employé avec succès

pour durcir le plâtre, les pierres poreuses,

Faites dissoudre le sel dans l'eau et et fixer les couleurs sur le verre, le pa-

ajoutez le sirop. pier, les tissus et les métaux.

La Potasse caustique est ordinairement employée pour ouvrir les cautères. La Potasse à la chaux est préférable à la Potasse à l'alcool, parce qu'elle fuse moins que cette dernière ; mais, depuis quelques années, on se sert de préférence du caustique de Vienne, dont nous allons parler tout à l'heure. Ce dernier caustiaue l'emporte de beaucoup sur la Potasse.

42i MÉDICAMENTS IRRITANTS.

Tout le monde connaît le mode d'application de la pierre à cautère. On applique sur la peau un petit morceau de diachylon, auquel on a pratiqué une ouverture dont la largeur égale celle du morceau de Potasse. Cette ouverture reçoit alors la Potasse, qui est maintenue avec un morceau de diachylon plus grand que le premier. L'appareil est soutenu par des compresses et par des bandes.

Au. bout de quelques minutes, il survient de la cuisson, puis un sentiment de vive brûlure qui dure pendant trois ou quatre heures. Tout s'apaise alors. Si, dans ce moment, on lève l'appareil, on trouve sur la peau une tache grise un peu molle à son centre, coriace au contraire à sa circonférence. Cette tache occupe ordinairement toute l'épaisseur du derme; elle occupe un espace ordinairement quatre ou cinq fois plus large que le diamètre du morceau de Potasse caustique que l'on a appliqué. Le médecin ne devra jamais oublier cette dernière circonstance, afin de proportionner le poids de la Potasse à l'étendue de l'eschare que l'on veut produire.

L'eschare, d'abord molle et humide, se sèche bientôt et prend une teinte plus foncée. Si l'on applique constamment sur la peau un morceau de diachylon ou tout autre corps capable de retenir l'humidité, l'eschare conserve de la mollesse jusqu'au moment où elle tombe.

La chute de la portion du derme ainsi détruit s'effectue à une époque en général assez mal appréciée. Lorsque le derme est décollé, l'eschare tombe au bout de six à dix jours, mais quand la peau est épaisse, la portion mortifiée peut rester jusqu'à deux mois sans se détacher.

La séparation du mort avec le vif se fait de la circonférence au centre.

La largeur de l'eschare, la lenteur de la séparation du derme mortifié, rendront toujours difficile l'usage de la Potasse caustique, et, en général, des cautères potentiels, pour ouvrir les fonticules. La lancette et le bistouri sont certainement préférables, à moins que les malades ne soient par trop méticuleux.

Depuis quelques années, la Potasse, en tant que caustique, a été remplacée avec raison par la poudre de Vienne.

Pour employer cette poudre, on la délaye, ainsi que nous l'avons dit plus haut, avec de l'alcool ou de l'eau de Cologne, et l'on fait ainsi un mortier assez ferme, qui est d'une extrême causticité, et qui a l'avantage de ne pas fuser. M. Hennau (Revue médicale, 1833, 1. 1, p. 212) l'employait pour appliquer des cautères. Il lui suffisait, pour escharifîer le derme, de laisser le caustique appliqué pendant six ou dix minutes. Nous avons souvent répété cette expérience, et, dans notre hôpital, ainsi que dans notre pratique particulière, nous avions l'habitude d'ouvrir les fonticules de cette manière ; l'idée nous vint alors d'appliquer ce moyen héroïque au traitement des tumeurs cancéreuses peu profondes, et notamment celles du sein, et nous avons publié à ce sujet un travail dans le Journal des connaissances médico-chirurgicales (décembre 1835). Une pâte caustique employée dans le même cas, dans laquelle la chaux, la Potasse et

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