‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 2)Chapitre 86 sur 185 · CHLORURES ALCALINS · texte numérisé non relu

CHLORURES ALCALINS

Il y a longtemps que l'eau de Javelle est employée dans les arts pour le blanchiment; dès 1789, ce moyen était généralement connu. Percy, dit-on (Reçue médicale, 1820), mais le fait est fort contestable, se servit de ce chlorure à l'armée du Rhin, en 1793, contre la pourriture d'hôpital.

La chlorure de chaux fut indiqué en 1801 par Guyton de Morveau [loco cit.) comme désinfectant, et par Alyon en 1803 {Annal, de Chimie, t. LUI) comme un préservatif de la contagion.

Mais le premier emploi médical bien authentique des chlorures appartient évidemment à Masuyer, de Strasbourg. En effet, dans un ouvrage qu'il publia en 1811 (Observations sur la maladie dite fièvre des hôpitaux), il raconte comment, se servant de la propriété qu'a le chlorure de chaux de dégager lentement le Chlore, il en faisait placer entre les lits des malades, et désinfectait de cette manière l'atmosphère des salles d'hôpital. Suivirent les travaux de Gimbernat, de Bories, de Pâtissier, et enfin ceux deLabarraque, qui indiquèrent de la manière la plus explicite les propriétés désinfectantes de divers chlorures alcalins.

Toutefois, c'est réellement à Labarraque que l'on doit, non pas d'avoir

démontré les propriétés désinfectantes des chlorures, mais d'avoir, par un enthousiasme peut-être exagéré, forcé en quelque sorte les médecins à les employer dans toutes sortes de maladies tant internes qu'externes.

C'est surtout en 1825, 26 et 27, que les chlorures menacèrent d'envahir presque toute la thérapeutique chirurgicale, battue en brèche et détruite par l'école du Val-de-Grâce ; mais peu à peu l'engouement se passa, et il resta des chlorures ce qu'il devait en rester.

Nous n'avons plus rien à dire ici des chlorures comme désinfectants ; nous en avons surabondamment traité plus haut en parlant du Chlore. Nous ne nous occuperons ici que de quelques autres propriélés qu'ils ne doivent pas seulement au Chlore.

Les chlorures ont été donnés à l'intérieur dans le môme cas que le Chlore; mais de nos jours quelques personnes, et M. Bouillaud entre autres ( Traité des Fièvres essentielles, p. 304), en avaient fait pressentir l'utilité dans le traitement de la dothinentérie; plus tard, M. Chomel a contribué à jeter une grande faveur sur l'emploi des chlorures dans le traitement de cette maladie. Depuis lors, cet observateur a reconnu leur inutilité, trompé qu'il avait été par la bénignité plus grande des dothinentéries qu'il avait traitées par les chlorures.

Les chlorures, en tant que doués d'une très-grande alcalinité, ont été employés à l'extérieur, et ont des propriétés analogues aux solutions de carbonate de soude et de potasse, et à l'eau de chaux. C'est probablement de cette manière qu'ils guérissent une multitude d'affections chirurgicales.

Ainsi, dans la blennorrhagie urétrale, et surtout dans la blennorrhagie vaginale, ainsi que dans la leucorrhée, qui reconnaît pour cause, soit une phlegmasie du col utérin, soit une inflammation chronique de la membrane muqueuse qui tapisse le vagin, les injections avec le chlorure de chaux, de soude ou de potasse réussissent au même titre que les solutions alcalines, dont nous avons plus haut constaté l'utilité (Daumas, Thèses de la Faculté de Paris, 1826, n° 120; Blacheet Jolly, Dict. deMéd., 2'édit., t. VII, p. 431).

Ainsi, dans le prurit de la vulve (Darling, Med. repository, feb. 1826), dansles affections herpétiques superficielles (Alibert, IVouv élém. de Thir., t. II, p. 453), dans la gale (Derheims, Fontanetti, Hospitaltransact. Med., t. X, p. 385 ; Journ. des Conn. med., t. I, p. 233), dans quelques maladies du cuir chevelu (Chevalier, Art de préparer les chlorures; Roche, Cottereau, ibid.), les chlorures alcalins n'ont plus ni moins de vertus que les diverses solutions de soude, de potasse ou de chaux, qui réussissent généralement bien dans les mêmes circonstances.

C'est probablement à cette même propriété et au même mode d'action que les chlorures doivent de modifier avantageusement non-seulement l'ophthalmie blennorrbagique, et cela au même titre que la blennorrhagie des parties génitales, mais aussi l'ophthalmie scrofuleuse et même l'ophlhalmie épidémique (Variez, Dict. de Mérut et de Lens, t. II, p. 359 ;

Gulhrie, London med. and phys. Journ., nov. 1827; Hesberg, Gaz. méd. de Paris, 1831, p. 183).

Il est assez probable, nous le répétons, que ces chlorures n'ont de part dans la guérison des maladies que nous venons de passer en revue que comme alcalins. En est-il de même pour les affections que nous allons indiquer maintenant? c'est ce que pourraient seules décider des expériences comparatives.

Lisfranc, l'un des plus grands partisans des chlorures, et qui les avait employés avec un grand avantage dans le traitement des ulcères chroniques, vanta surtout leur efficacité dans la brûlure; à l'exemple de Dupuytren, il prétendait qu'il n'y avait pas de médication plus active dans le traitement de la brûlure au deuxième et au troisième degré ; mais il s'en faut de beaucoup que l'expérience des autres chirurgiens ait ratifié ce que ces deux praticiens avaient avancé ; et même, après s'être longtemps disputé la priorité de cette découverte, les deux antagonistes abandonnèrent bientôt un moyen qui assurément ne méritait pas les honneurs d'un semblable débat.

Quant à l'emploi des chlorures dans le traitement de la pourriture d'hôpital et des inflammations couenneuses et pultacées de la bouche qui, si souvent, chez les enfants, donnent lieu à la gangrène des joues, maladie presque toujours mortelle, il a été suivi de succès non équivoques, si l'on croit les témoignages de Percy (Mérat et de Lens), de Darling (loco cit.), de M. Roche ( Voy. Chevallier) et surtout de M. Bouneau, médecin de l'hôpital des Enfants de Paris (Blache. Dict. de Méd., 2e édit., t. VIII, p. 434). Ce dernier se borne exclusivement à l'usage du chlorure de chaux sec. Ordinairement, il se sert d'un morceau de papier roulé, qu'il plonge dans de l'eau pour en humecter la surface : il l'introduit ensuite dans un flacon rempli de chlorure de chaux sec, et le promène ainsi chargé de la substance pulvérulente sur les parties affectées. Une ou deux minutes après, il fait gargariser le malade pour le débarrasser du chlorure dont le séjour pourrait irriter les tissus voisins.

Ajoutons que tout récemment M. le docteur Hervieux a constaté la trèsremarquable efficacité des pansements des plaies de mauvais caractère avec des morceaux d'épongé imbibés d'une solution de chlorure de soude au quart, au cinquième, et même plus affaiblie, suivant l'irritabilité des parties malades.

M. Siméon a proposé le Chlore pour combattre l'empoisonnement par l'acide cyanhydrique; le Chlore s'empare de l'hydrogène, et le cyanogène est mis à nu. M. Orfila a expérimenté ce moyen et l'a trouvé excellent; il emploie un mélange de quatre parties d'eau pour une partie de Chlore liquide.

M. Mialhe préfère passer sous le nez du malade une compresse chlorovinaigrée préparée en mettant du Chlorure de chaux dans de l'eau

MODE D ADMINISTRATION ET DOSES

A l'intérieur, le chlorure de soude se donne à la dose de 1 à 10 grammes par jour, dans un véhicule non acide. Le chlorure de chaux se donne' en pilules, ou dissous dans un véhicule quelconque à la dose de 20 centigrammes à i gramme et demi par jour.

A l'extérieur, les chlorures de soude et de potasse s'emploient puis, seulement quand on veut agir sur les surfaces recouvertes de couennes, de concrétions pultacées ou de détritus sphacélés. Ordinairement, on les étend de deux, trois, et jusqu'à dix fois leur poids d'eau, suivant la sensibilité des parties auxquelles on les applique, ou suivant la nature de la maladie. Pour un grand hain, on met ordinairement de 1 à 3 kilogrammes de chlorure de soude ou de potasse.

Le chlorure de chaux sec ne doit ôtre employé que dans les mêmes circonstances où nous avons dit que l'on faisait usage des deux autres chlorures, sans y ajouter de l'eau.

Ordinairement, on met 20 centigrammes à 15 grammes de chlorure par 30 grammes d'eau, suivant qu'on veut agir doucement ou avec énergie. Dans un grand hain, on ne doit pas mettre moins de 60 grammes, ni plus de 230 grammes de chlorure sec.

Chlorure d'Antimoine (voyez t. II, art. Antimoine) ; Chlorure d'arsenic (voyez t. I, Arsenic) ; Chlorure de zinc (voyez plus bas, art. Zinc) ; Protochlorure ou deutochlorure de mercure (voyez plus haut, Mercure).

Nous joignons ici la liste des eaux minérales chlorurées :

* Balaruc (Hérault). Température, 50 degrés centigrades. Contient, par titre : 10 grammes de chlorure de sodium, de magnésium et de calcium, et une petite proportion de bromure de potassium. Ces eaux sont aussi arsenicales.

* Bourbonne-les-Baïns {Haute-Marne). Température, 50 degrés centigrades. Contient, par litre : chlorures de sodium et de calcium, 7 grammes environ ; bromure de sodium, 5 centigrammes. Ces eaux sont arsenicales.

* Luxeuil (Haute-Saône). Température, 17 à 46 degrés centigrades. Contient, par litre, sels et matières bitumineuses, 24 centigrammes.

* Saint-Gervais (Savoie). Température, 41 degrés centigrades. Contient, par litre,

4 grammes environ de sels.

* Wiesbaden (Duché de Xassau). Température, 68 degrés centigrades. Par litre,

5 grammes de sels environ.

* Xiederbronn (Bas-Rhin). Température, 17 degrés centigrades. Contienl, par litre, 4 grammes de sels environ. Ces eaux sont iodo-bromurées et ferrugineuses.

* Evaux (Creuse). Température, 58 degrés centigrades. Contient, par litre, 3 grammes environ de sels. (Avec les chlorures on trouve iode, brome et lithine.)

* Bade ou Baden 'Grand-Duché de Bade). Température, 46 à 65 degrés centigrades. Contient, par litre, 2 grammes de sets et une petite proportion d'acide sulfhydrique.

* Bades (.Suisse;. Température, 52 degrés centigrades. Contient, par litre, 3 grammes de sels environ.

* Bobrbon-Lancï (Saône-et- Loire). Température, 43 i 64 degrés centigrades. Contient 17 décigrammes de sels par litre.

* Chatel-Guyon [Puy-de-Dôme). Température, 35 degrés centigrades. Sulfate de magnésie et chlorure, 1 gramme.

Citons encore :

* Niirtis [Allier). Température, 52 degrés centigrades. Contient aussi du bicarbonate de soude.

La Bûurboule [Puy-de-Dôme). Température, 52 degrés centigrades. Ces ea"ux sont fortement arsenicales.

* Saint-Nectaire [Puy-de-Dome). Température, 22 à 44 degrés centigrades. Contient aussi du bicarbonate de soude.

Lamotte-les-Bains [Isère). Température, 60 degrés centigrades.

* Salins [Jura). Eaux froides. Est aussi iodo-bromurée. >

* Sotteville-lès-Rouen [Seine-Inférieure). Froide.

* Hombourg [Hesse). Froide.

* Kissinoen [Bavière). Froide. Contient de l'iode et de la lithine.

EAUX CHLORURÉES SODIQUES SULFUREUSES.

* Uriage [hère). Température, 26 degrés centigrades.

* Aix-la-Chapelle [Prusse). Température, de 44 à 55 degrés centigrades..

Page 1