ACTION MYSIOLOGIQUE DU FEU SUR L HOMME SAIN
Les préparations martiales données à l'intérieur exercent sur l'homme et sur la femme en étal de santé des effets peu considérables, mais qui pourtant méritent d'être notés.
Sous leur influence il ne se produit aucun effet sensible immédiatement ; mais après huit ou quinze jours, il se manifeste quelquefois un sentiment de plénitude qui jette dans un malaise indéfinissable. La tète alors est lourde et douloureuse, l'intelligence moins nette ; en un mot, surviennent les signes de la pléthore vasculaire ; le visage, la poitrine, le dos se recouvrent assez souvent de pustules d'acné (uarus sebaceus), qui ne disparaissent que lorsqu'on a cessé le Fer depuis quelque temps. Il n'y a pas de fièvre, pas d'excitation proprement dite, pas de modifications dans les sécrétions.
La pléthore dont nous venons de parler, peu dangereuse en général chez l'homme doué d'une santé parfaite, n'est pas exempte d'inconvénients sérieux chez les individus prédisposes à la phthisie pulmonaire et surtout aux hémoptysies; chez les femmes fortement colorées dont le flux menstruel est ou supprimé ou trop peu abondant.
Ses effets sur l'estomac sont peu appréciables. Il n'augmente pas l'appétit; il le diminue même assez souvent, et cause des pesanteurs d'estomac, des éruclations nidoreuses, de la diarrhée, et plus fréquemment de la constipation.
Les garde-robesprennent presque toujours une couleur noire analogue à celle de l'encre ; ce phénomène en a souvent imposé aux médecins pour des déjections mélaniques. Cette teinte noire, suivant Barruel, est due à l'action de l'acide gallique ou de l'acide tannique qui se trouvent mêlés à nos aliments. M. Bonnet, de Lyon, l'attribue à la combinaison du soufre
avec le Fer, et, dans ce cas, il croit à la formation d'un sulfure do, Fer.
L'opinion de Barruel réunit en sa laveur le plus de probabilités. Nous voyons, en effet, la langue, les dents elles-mêmes se colorer en noir chez les femmes qui prennent des boissons ferrugineuses et, en même temps, des substances qui, comme le vin rouge, contiennent beaucoup de tannin. D'autre part, les enfants qui tettent exclusivement n'ont pas de selles noires après l'emploi des martiaux. On a vu, il est vrai, des malades qui, plusieurs jours après avoir cessé l'usage d'aliments dans lesquels il y avait du tannin, avaient encore des selles noires; mais il était, dans ce cas, raisonnable de supposer que les matières nouvelles étaient colorées par d'autres qui étaient plus anciennes, et dont le gros intestin ne s'était pas encore entièrement débarrassé.
Quelques praticiens ont constaté que les préparations ferrugineuses donnaient lieu à un orgasme vénérien assez énergique. Nous avons pu nous-mêmes être témoins de cet effet.
Assez souvent encore, chez les femmes, l'usage des martiaux, à dose peu élevée, détermine, du côté de la vessie, une vive irritation manifestée par de fréquentes envies d'uriner, des cuissons dans le méat urinaire, petits accidents qui cèdent facilement à l'usage des bains de siège, des lotions émollientes ou du poivre cubèbe.
L'influence du Fer sur la menstruation est tout autre que celle qui lui est ordinairement attribuée. Suivant tous les tbérapeutistes, les martiaux rendent les règles plus actives ; mais des relevés faits avec soin nous ont prouvé que si, dans quelques cas, l'hémorrhagie menstruelle devenait en effet plus abondante chez les femmes bien portantes qui prenaient du Fer, ce flux était au contraire ou retardé ou diminué chez le plus grand nombre. Nous verrons plus bas quelles raisons ont fait adopter généralement l'opinion contraire.
Topiquement, les ferrugineux exercent sur les tissus une action astringente; ils modèrent la suppuration des ulcères, hâtent la cicatrisation dés plaies, tempèrent les hémorrhagies. Les préparations solubles sont évidemment les plus astringentes ; les moins solubles ont néanmoins quelques propriétés styptiques.