MOUTARDE
La Moutarde {Sinapis) est une piaule de la famille des Crucifères (tétradynamie siliqueuse de Linné).
Les caractères botaniques du genre Sinapis sont les suivants : calice très-ouvert, "onglets des pétales dressés, disque de l'ovaire chargé de quatre glandes, silique sous-cylindrique, souvent terminée par un bec saillant; semences unisériées, sousglobuleuses.
Deux espèces de Moutarde, la blanche et la noire, sont employées en médecine fia graine seulement) :
Moutarde blanche (Sinapis alba, L.).
Caractères spécifiques. Siliques hérissées, étalées; corne longue et ensiforme ; feuilles sinuées, feuilles et tiges presque glabres.
La graine de Moutarde blanche est beaucoup plus grosse que celle de la Moutarde noire; l'épismerme n'est pas parfaitement lisse; vue a la loupe, elle parail légèrement chagrinée.
La semence de Moutarde blanche diffère de la noire en ce qu'elle contient la sulfo-shiapisine matière, découverte par MM. Henry et Garot, et qui présente du soufre a l'analyse chimique.
Celle substance est amère, inodore, soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther.
8e Ito. — T. i.
Disons aussi que la Moutarde blanche ne fournit pas d'huile volatile, il s'en développe seulement dans certaines circonstances un principe acre fixe, qui, d'après plusieurs auteurs, se produirait sous l'influence de la sulfo-siuapisine, quand on traite la Moutarde blanche par l'eau.
Ce principe acre, que MM. Robiquetet Boutron-Charlard ont les premiers découvert et analysé, ne paraît pas préexister dans la Moutarde, comme on le pensait avant eux ; il se développe par la réaction des éléments dont celle-ci est composée.
La semence entière communique au vin blanc une saveur et une odeur désagréables, mais faibles, et le rend visqueux; quand elle est concassée, la liqueur prend un goût très-piquant. (Soubeiran.)
La graine de Moutarde blanche n'est employée en médecine que dans son intégrité; on en fait avaler une ou deux cuillerées par jour.
Moutarde noire (Sinapis nigra, L.).
Caractères spécifiques. Feuilles inférieures lyrées, celles du sommet lancéolées, très-entières, pétiolées ; siliques glabres, lisses, a bec conique, serrées contre la tige.
La semence de la Moutarde noire est très menue et rougeâtre; elle est quelque-
fois recouverte .l'une soi'te d'enduit crétacé. Celle qui est la plus estimée nous vient de Strasbourg et de la Picardie.
Composition chimique. Huile fixe douce, albumine végétale, sucre, my> osiiip, acide myronique, matière gommeuse, matière colorante verte et jaune, matière grasse nacrée, acide libre, quelques sels.
La semence de Moutarde, d'après M. Guibourt, ne contient pas l'huile volatile toute formée; aucun des produits dont elle est composée ne possède de l'acre té ; ce n'estr que par la réaction des éléments les uns sur les autres que le principe acre et l'huile volatile se développent. La présence de l'eau est la condition indispensable à la formation de ce dernier produit.
D'après les expériences que nous avons consignées (expériences faites sur le malade), d'après celles de. plusieurs chimistes, dont les nôtres ne sont que des corollaires, la température de l'eau aurait une influence bien marquée sur le développement de l'huile volatile; voici les plus saillants : 1° l'huile volatile ne se forme pas dans l'eau bouillante; 2° l'eau chauffée au-dessus de 75° s'oppose a la formation de cette huile (passé 60°, la quantité diminue) ; 3° l'acide snlfurique faible et en général les acides minéraux s'opposent au développement de l'huile volatile. Il en est rie même des acides végétaux, pourvu qu'ils marquent au moins 35 degrés à l'aréomètre. (Consulter pour plus de détails les mémoires curieux de MM. Robiquet et Boutron, et ceux de MM. Hesse et Fauré.)
En résumé, les conditions qui favorisent ou empêchent toute fermentation sont celles aussi qui permettent ou arrêtent la formation de l'huile essentielle de Moutarde.
Ce rapprochement est d'autant plus naturel que, comme l'a fait voir M. Bussy, l'acide myronique renferme tous les éléments de l'huile essentielle de Moutarde. La myrosine d'ailleurs est une substance bien voisine de l'albumine et conséquemment de l'émulsine, lesquelles jouent le rôle de ferments dans d'autres circonstances.
MM. Dumas et Pelouze ont analysé l'huile volatile de Moutarde; ils y ont trouvé, pour 100 parties, 49,S4 de carbone, 5,09 d'hydrogène, 14,41 d'azote, 20,40 de soufre, 10.48 d'oxvgène. (Ann.de cfiim. et de phys . t. LUI, p. 181.)
Quelles sont les diverses formes d'administration de la Moutarde noire?
Elle est employée principalement en farine. On pulvérise à cet effet la semence de Moutarde dans un mortier ou au moyen d'uj) moulin.
& La farine de Moutarde du commerce est souvent sophistiquée, soit avec de la farine de graine de lin, soit avec du son, de la sciure de bois, etc. On reconnaîtra facilement la véritable farine de Moutarde au développement instantané de l'huile volatile, lorsqu'on la délayera dans un
peu d'eau a 30° ou 50° (les yeux exposés immédiatement au-dessus de la l'arme reçoivent une impression telle qu'il n'est pas permis d'en douter; ; on la distinguera aussi à sa couleur jaune verdàtre, mêlée de points rouges noirâtres, et a son toucher beaucoup moins onctueux que celui de la farine de lin.
Bains de pieds sinapisés, • pédittives sinapisés.
64 à 192 gr.
Pr. : Farine de Moutarde Eau tiède à 30». . .
On délaye la Moutarde dans l'eau tiède de manière a faire une bouillie bien claire, on couvre le vase, et après contact d'une demi-heure aune heure, on ajoute de l'eau chaude de manière à amener le bain à la température convenable.
Bain de Moutarde.
Pour préparer un bain de Moutarde, on mêle de 500 à 1000 grammes de farine de Moutarde à l'eau d'un grand bain.
Sinapismes.
Ce sont des cataplasmes que l'on prépare ordinairement, mais à tort, avec du vinaigre. Nous avons fait pressentir les inconvénients de ce mélange, en démontrant l'obstacle que les acides mettent au développement de l'huile volatile de Moutarde. Nous insisterons davantage sur ce fait lorsqu'il sera question de l'action physiologique.
M. Robinet a trouvé le moyen de rendre la farine de Moutarde plus active et plus énergique en extrayant par expression l'huile fixe de la farine destinée aux sinapismes. Il a reconnu aussi qu'elle était moins sujette a rancir. .
On peut mitiger, selon les indications, les sinapismes avec la farine de lin.
Eau distillée de Moutarde.
On l'obtient en délayant dans l'eau tiède 32 grammes de Moutarde pulvérisée; on laisse macérer pendant plusieurs heures, et l'on distille pour retirer 500 grammes de produit.
Cette eau distillée est très-odorante et très-sapide.
L'huile volatile de Moutarde se prépare de la même manière, seulement il faut augmenter la dose de farine. On ne retire de la distillation que le quart de produit.
Ces deux préparations peuvent être avantageusement employées dans le but d'obtenir une vive rubéfaction des tissus.
Révulsif de Moutarde.
Pr. : Huile volatile de Moutarde. 1 part. Alcool à 66» (25 Cart.). . . 20 Mêlez et filtrez (Fauré).
Un morceau de flanelle, ou du linge fin imbibé de ce mélange, produit en deux ou
MOUTARDE. . ri(ï7
trois minutes une très-vive rongeur ù la vtigi\ ou sanvé, sinapis arvensis, dont tes
peau. caractères spécifiques sont les suivants :
On Obtient aussi par macération un i-in lises et feuilles munies de poils, siliques
de Moutarde préparé avec : horizontales, glabres, multangulaires, ren-
llées, trois fois plus longues que lu corne
Vin blanc 1000 gram. terminale.
Moutarde écrasée . 16 La semence en est plus grosse que celle
de la Moutarde officinale, moins volumi-
Cc vin a une saveur piquante et une lieuse que la graine de Moutarde blanche,
odeur hydrosulfurée. La plupart des plantes de la famille des
Une autre espèce de Moutarde, qui de- Crucifères partagent, mais a un moindre
vrait plutôt que la dernière porter le nom degré, les qualités topiques qui recom-
de Moutarde noire, croit abondamment mandent d'une manière spéciale le genre
dans les champs : c'est la Moutarde suri- Sinapis.
thérapeutique:.
Deux espèces de Moutarde, la blanche et la noire, sont employées en médecine : la Moutarde blanche, plus particulièrement affectée aux usages internes; la Moutarde noire, employée, au contraire, presque exclusivement comme remède externe.
Moutarde blanche, sinapis alba. — Quand un remède est devenu populaire, quand les charlatans l'exploitent depuis longtemps, et toujours avec succès pour eux, il faut bien qu'il se recommande par quelques propriétés utiles, que l'entêtement ou la mauvaise humeur des médecins lui dénieront vainement.
Les usages thérapeutiques de cette graine remontent à peu près au siècle dernier. Cullen les constate de la manière la plus posilive {Mat. méd., t. II, p. 180). Ce médecin la donnait comme laxative.
De nos jours, Maccartan, médecin irlandais qui habitait Paris, publia dans le Journal général de médecine (t. XXXIV, p. 72, 1809) un travail sur les propriétés thérapeutiques de la graine de Moutarde, travail dont il n'est rien resté de pratique, parce que tous les faits que l'auteur invoquait ne pouvaient supporter l'examen.
Cependant, en Angleterre et dans l'Amérique du Nord, l'usage de la graine de Moutarde blanche était devenu populaire : depuis quelques années il l'est en France. Les faits que nous avons recueillis nous-mêmes nous permettent d'affirmer que la graine de Moutarde blanche est, en effet, un remède très-utile.
Cullen avait constaté son action laxative. Il est évident que cette graine purge à la dose de 30 à 45 grammes. On la donne non concassée, à jeun, ou le soir au moment où les malades se mettent au lit. On peut encore sans inconvénient l'administrer au commencement du repas. La dosc»wwJ^^ varie suivant chaque individu, doit être telle qu'elle sollicite une ou deux»fy\ évacuations faciles dans la journée.
Cette espèce de purgation, qui ne cause aucune colique, est surtout utile à ceux qui sont habituellement constipés, et dont les digestions sont en même temps laborieuses. Nous avons constaté qu'elle réussit sur-
tout chez les hémorrhoïdaires. C'est au médecin déjuger si cette paresse des fonctions digestives ne tient pas à une phlegmasie, auquel cas l'usage de la graine de Moutarde blanche ne serait pas indiqué.
Mais c'est à l'action dépurativede ce médicament que l'opinion populaire accorde le plus de foi. Il convient d'examiner cette question, d'abord expérimentalement, puis sous le point de vue théorique. De toute évidence, et des expériences personnelles ne nous permettent pas d'en douter, la graine de Moutarde blanche exerce une action dépurative trèspuissante, et des maladies cutanées, des rhumatismes chroniques que rien n'avait pu amender, ont été guéris ou mis en voie de guérison par l'usage longtemps continué de la graine de Moutarde blanche. Voici le fait : cherchons maintenant l'explication.
L'irritation permanente exercée à la surface de la membrane muqueuse du tube digestif, irritation en vertu de laquelle il se fait une sécrétion muqueuse continuelle, ne doit-elle pas être considérée comme une dérivation, et n'est-on pas en droit d'expliquer, par cette seule dérivation, la disparition ou la diminution de la maladie ? Cette opinion nous paraît d'autant plus raisonnable que les purgatifs pris fréquemment ont été regardés par tous les praticiens comme un moyen efficace de guérir les maladies chroniques de la peau. D'un autre côté, si l'on considère que la graine de Moutarde entretient seulement le ventre un peu libre sans irriter vivement la membrane muqueuse de l'intestin, que les purgatifs drastiques, quoique stimulant beaucoup plus vivement la surface gastrointestinale, ne guérissent pas aussi sûrement les dartres et les rhuma- ! ismes, on sera forcé d'en conclure qu'il existe dans la Moutarde, comme <tans la plupart des autres crucifères, un principe actif qui modifie probablement le sang, et, par suite, tout l'organisme. Peut-être ce principe actif n'est-il autre que le soufre, qui, comme on le sait, se trouve en proportion notable dans toutes les plantes de cette famille.
Quoi qu'il en soit de cette explication, à laquelle nous n'attachons pas nous-mêmes une grande importance, nous nous en référons aux faits seuls, et nous appellerons l'attention des praticiens sur un moyen trop peu connu, et, à cause de cela, trop peu apprécié.
La graine de Sinapis alba sert encore à composer la plupart des Moutardes douces que nous mangeons sur nos tables. Ce condiment, justement apprécié des vieillards et de ceux dont l'estomac est paresseux, est, pour certains médecins, l'objet d'une injuste réprobation; il ne convient pas sans doute à ceux qui digèrent laborieusement, parce qu'ils ont une gastrite aiguë ou subaiguë ; mais dans certaines gastrites chroniques, dans ujj^rand nombre de gastralgies, et généralement dans les affections du itITfP digestif où le plan musculaire de l'intestin est évidemment frappé d'inertie, et où les sécrétions normales de la membrane muqueuse sont presse entièrement taries, la Moutarde prise de temps en temps est utile et devient une condition presque nécessaire d'une bonne digestion.
La Moutarde noire (Sinapis nigrn) est, au contraire, le plus ordinal-
MOUTARDE. !;0f>
rement usitée dans la thérapeutique externe. On l'emploie moulue, et elle sert à composer les sinapismes, les cataplasmes et les bains sinapisés, etc. C'est assurément un moyen dont l'usage est des plus communs ; et pourt'int, on peut dire que son mode d'action est loin d'être généralement bien connu.
En ouvrant presque tous les livres de matière médicale, en lisant la plupart des articles des dictionnaires sur les sinapismes, nous sommes frappés de la dissidence qui existe entre les auteurs. Les uns conseillent de délayer la l'arine de Moutarde avec de l'eau chaude ou du vinaigre chaud indifféremment; les autres choisissent de préférence le vinaigre ou l'acide acétique concentré pour produire un effet plus actif. Ceux-ci recommandent expressément de se servir de farine récemment moulue; ceux-là veulent qu'on emploie seulement le son de cette même farine. C'est bien autre chose quand il s'agit de la durée de l'application : l'un laisse la moutarde quatre heures en contact avec la peau ; l'autre se contente de deux ou trois heures; quelques-uns pourtant concèdent une heure ou une heure et demie.
Que devons-nous faire, nous qui lisons les livres ? Comment préparer les sinapismes ? Combien de temps les laisser appliqués ? Ne sachant à quoi nous arrêter dans ce conflit d'opinions, nous avons fait ce par quoi il eût été bon de commencer : avant d'écrire, nous avons expérimenté, et nous allons rendre compte du résultat de nos expériences. Ces expériences, tentées en 1829 et publiées en 1830, sont venues confirmer cliniquement les travaux chimiques de M. Fauré et ceux qui ont été tentés depuis par M. Boutron.
I" Question. — Faut-il prendre de la Moutarde moulue récemment, ou de la Moutarde broyée depuis longtemps?
Nous délayâmes dans de l'eau froide deux portions de Moutarde. L'une avait été moulue depuis huit jours et conservée dans une boite fermée; l'autre avait été broyée depuis cinq mois et avilit été tenue dans un sac de papier et placée dans une armoire humide. Les deux sinapismes furent appliqués l'un sur le mollet droit, l'autre sur le mollet gauche.
Moutarde nouvelle. Moutarde ancienne.
Après 4 minutes et demie d'application, 'i min. et demie. Sensation nulle, légère sensation de picotement.
5 min. Un peu de cuisson, légers batte- 5 min. Sensation nulle. ments isochrones a ceux du poul9.
6 min. Vive cuisson. 6 min. Légère sensation de picotement.
7 min. La cuisson augmente. 7 min. Légère cuisson.
S min. La cuisson est très-vive. 8 min. Cuisson vive, battements artériels.
9 min. La douleur devient plus profonde; 9 min. Sensation de brûlure ; la douleur sentiment de pesanteur dans la partie devient plus profonde.
en contact avec la Moutarde.
10 min. Sensation de chaleur et de brù- 10 min. La sensation est la raèmeque celle lure très-cuisante. que l'on éprouve dans l'autre jambe.
510 MÉDICAMENTS IMITANTS.
L'expérience répétée a toujours donné les mêmes résultats.
Or, nous voyons que la farine ancienne a pu agir au bout de dix minutes exactement de la même manière que la farine nouvelle, bien qu'au commencement elle eût semblé avoir une activité un peu moins prompte.
Donc : 1° entre la farine, de Moutarde noire moulue depuis buit jours et celle qui est broyée depuis cinq mois, il n'y a pas de différence notable.
IIe Question. — Un sinapisme préparé avec de l'eau chaude agit-il pins vite qu'un sinapisme préparé avec de l'eau froide?
Nous appliquâmes deux sinapismes, l'un préparé avec de l'eau à 40", l'autre avec de l'eau à 15°.
Eau froide. — Voyez la première expérience.
Eau chaude. — Deux minutes, légère sensation; trois minutes, un peu de cuisson; quatre minutes, cuisson vive, légers battements artériels; cinq minutes, cuisson douloureuse, battements très-sensibles, la douleur en même temps devient plus profonde; cinq minutes et demie, la douleur est très-vive et très-violente ; sept minutes, la douleur n'augmente plus d'une manière aussi sensible ; elle devient encore plus profonde ; les battements artériels sont moins énergiques ; dix minutes, même état.
En comparant le mode d'action de 'ces deux sinapismes, on voit que celui qui est préparé avec de l'eau chaude agit avec une rapidité bien plus grande que le sinapisme froid. Mais, en définitive, au bout de dix minutes les effets sont tout à fait identiques. Et cela se conçoit, puisque ce temps a suffi pour que la température se mît en équilibre entre le sinapisme et la peau.
Donc : 2° un sinapisme préparé avec de l'eau un peu chaude agit plus vite qu'un sinapisme préparé avec de l'eau froide; mais au bout de peu de minutes cette différence n'existe plus.
Nous n'en voulons pas conclure qu'il soit indifférent, dans toutes les circonstances, d'appliquer un sinapisme froid ou chaud; à coup sûr, la sensation d'un corps froid en contact avec la peau pendant quelques minutes peut, dans certains cas, n'être pas sans inconvénient. Mais la température de la surface delà Moutarde se met si promptement en équilibre avec celle de la peau, et, d'ailleurs, le sang est si rapidement appelé dans le derme, que nous regardons comme fort exagérée la crainte que plusieurs thérapeutistes ont manifestée à cet égard. Mais il importe d'ajouter que si le sinapisme avait été préparé avec de l'eau bouillante au lieu d'eau à 40°, il est certain que ce sinapisme perdrait ses propriétés irritantes, par les raisons que nous avons déduites en traitant de la matière médicale de la Moutarde.
MOUTABDE. SU
I1I« Question. — La farine de Moutarde délayée une du vinaigre agit-elle avec plus d'énergie que si elle est délayée avec de l'eau ?
Eau. — Voir la première expérience.
Vinaigre. — Quinze minutes, sensation légère de cuisson; vingt minutes, la cuisson a un peu augmenté, mais elle est encore presque inappréciable ; vingt-cinq minutes, la cuisson devient un peu plus vive ; cinquante minutes, cuisson un peu plus prononcée et tout à fait semblable à celle que fait éprouver, au bout de six minutes, le sinapisme préparé avec de l'eau.
Cette expérience, répétée plusieurs fois chez des personnes différentes, a constamment donné le même résultat. Et si l'on compare le mode d'action des deux sinapismes, on voit que celui qui est préparé avec de l'eau détermine autant de douleur, au bout de six minutes, que le sinapisme délayé avec du vinaigre, au bout de cinquante minutes. On peut donc dire que, dans ce cas, le degré d'activité de l'un est au degré d'activité de l'autre comme 6 est à 30, ou comme 1 est à 8.
Jusqu'ici nous n'avions employé que du vinaigre froid ; nous voulûmes nous assurer si le vinaigre chaud avait une énergie plus grande ; mais nos essais ne tardèrent pas à nous convaincre que l'élévation de la température de ce liquide n'augmentait en rien l'activité du sinapisme.
Or, nous avions fait usage du vinaigre de table; craignant que l'affaiblissement de l'acide acétique ne fut pour beaucoup dans le résultat de nos expériences, nous délayâmes de la farine de Moutarde avec une égale partie d'eau et d'acide acétique concentré, et nous obtînmes l'effet suivant.
Nous laissâmes le sinapisme pendant quarante-cinq minutes en contact avec la peau, sans éprouver la moindre sensation de cuisson.
Enfin, poussant l'expérience jusqu'au bout, nous préparâmes deux sinapismes, l'un avec de Yacide acétique concentré, l'autre avec de l'eau. Les résultais sont tellement extraordinaires, que nous allons les mettre en parallèle.
Eau. Acide acétique concentré.
H min. Légère sensation de picotemenl. G min. Rien.
7 min. Cuisson vive. 7 min. Cuisson peu vive.
S min. Cuisson vive, battements artériels. S min. La cuisson a un peu augmenté.
9 min. Sensation de brûlure. 9 min. Douleur moindre que dans l'autre
sinapisme.
10 min. Cuisson très-douloureuse; l'ap- 10 min. Cuisson assez vive, légers battepareil est enlevé. ments artériels.
11 min. Cuisson douloureuse ; sensation aulre que celle qui est produite par l'autre sinapisme.
12 min. Sensation de brûlure; l'appareil est enlevé.
Certes, on n'aurait guère supposé à priori que l'acide acétique cen-
:;i2 MÉDICAMENTS IRRITANTS.
centré agirait avec moins d'énergie que de l'eau simple dans la composition d'un sinapisme.
Nous venons de voir l'acide acétique concentré n'avoir presque aucune activité mêlé avec de la Moutarde, et il nous parut curieux de savoir si un cataplasme fait avec ce même acide et de la sciure de bois serait plus actif que le sinapisme ; en conséquence, nous fîmes une pâte avec de l'acide et de la poussière de notre écritoire, et nous nous l'appliquâmes ..sur la jambe. Après une minute et demie, il survint une vive cuisson ; au bout de deux minutes, la douleur était très-vive. Une demi-minute après, elle était insupportable, et enfin, après trois minutes d'application, la douleur était tellement violente que nous fûmes forcé d'enlever l'appareil ; mais ce fut en vain, car la peau était fortement cautérisée.
Donc : 3° la Moutarde délayée dans l'eau agit avec plus d'énergie que si elle est délayée dans le vinaigre ordinaire, dans l'acide acétique faible, dans l'acide acétique concentré ; et l'acide acétique mêlé à la Moutarde perd de son activité. Ainsi donc la Moutarde est affaiblie par l'acide acétique, et réciproquement l'acide acétique est affaibli par la Moutarde.
Si maintenant on veut produire une vive rubéfaction et même une brûlure superficielle de la peau , il suffira de mettre , pendant trois minutes, en contact avec cette membrane, du vinaigre radical, retenu dans une éponge, dans une poudre inerte, et à coup sûrjamais sinapisme n'agira avec cette promptitude. Mais si l'on veut une sinapisation, c'est-àdire une modification de la peau, qui produise une sensation, une rougeur, une tuméfaction sinapiques (et cette expression est exacte), il faudra de la Moutarde et de l'eau.
Et maintenant, lorsqu'on voudra mitiger un sinapisme, au lieu de le mêler avec de la graine de lin, de la mie de pain, du levain, il suffira de le préparer avec du vinaigre.
Tous les vinaigriers du monde enseignent à leurs apprentis l'art de corriger le piquant de la Moutarde avec du vinaigre; ces utiles leçons n'étaient pas perdues pour tout le monde. Aétius avait insisté sur ce point que le vinaigre affaiblissait les sinapismes : « Sed et hoc noscendum est : si in acefo maceretur sinapi, inefficocius redditur ; acetum enim sinopis vim discutit.» (Aetii letrabili, sermo tertius. Sinapismi prœparatio.) Schwilgué l'avait répété dans son Traité de matière médicale, et c'était depuis longtemps une pratique triviale dans notre hôpital de miiiger les sinapismes avec du vinaigre. Cependant, naguère encore, dans tous les cours, dans presque tous les livres, on enseignait le contraire ; et c'est pour cela que nous avons publié ces expériences, qui ont eu déjà pour résultat de rendre plus familière aux médecins une notion thérapeutique dont nous sommes redevables à Aétius.
Avant de terminer ce qui est relatif aux sinapismes délayés avec le vinaigre et l'eau, nous devons dire que nos expériences ont élé f;iif es avec d'excellente farine de Moutarde noire, moulue comme elle l'est dans toutes les bonnes officines de Paris; et, d'après les expériences que nous