‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 3)Chapitre 1 sur 125 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Le mérite ou l'opportunité sont les causes ordinaires du succès d'un ouvrage. C'est a l'opportunité de celui-ci que nous devons de pouvoir en offrir aujourd'hui une sixième édition au pu|)lic. , Ce succès est un fait accompli. Pour être traduit en anglais, en italien et en espagnol, pour avoir été contrefait deux fois en Belgique et être classique en France, il faut nécessairement que le Traité de Thérapeutique et de Matière médicale ait répondu a un besoin réel.

Nous constatons ce succès bien moins pour en tirer vanité que pour y trouver une excuse aux défauts de notre œuvre-, car un service rendu dispose à l'indulgence^ et lorsque le but est atteint, on pardonne plus facilement k la faiblesse des moyens.

Mais par suite de quels événements antérieurs, par quel concours de circonstances actuelles, un ouvrage aussi imparfait peut-il revendiquer l'honneur d'avoir rendu quelque service a la Médecine au xix« siècle? C'est ce qu'il nous appartient de rechercher et d'exposer ici.

Cette recherche nous a paru aussi neuve qu'utile. On a généralement trop peu réfléchi aux causes et a la nature de la Réforme médicale moderne, à l'influence de cette Réforme sur la Thérapeutique et la Matière médicale, pour que nous ayons cru pouvoir nous dispenser d'appeler l'attention sur ce point avant de faire l'histoire particulière des médicaments. L'état actuel de la science sur chacun des agents de la Matière médicale est intelligible pour le médecin seul qui connaît l'histoire générale des idées chez nous et a l'étranger depuis un siècle et surtout depuis cinquante ans. La confusion et le désaccord qui régnent aujourd'hui dans la Thérapeutique ne s'expliquent que par le passé de cette branche importante de la Médecine, que par la connaissance des phases laborieuses qu'elle a subies à travers plu-

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sieurs systèmes pour préparer son avenir. Ses tendances ne peuvent être comprises, ses efforts dirigés que par une étude sérieuse de son point de départ, de ses déviations et-de son but. Cette étude est donc l'introduction la plus naturelle de notre Ouvrage. '

DE LA RÉFORME MÉDICALE MODERNE CONSIDÉRÉE DANS SON INFLUENCE SUR LA THÉRAPEUTIQUE ET LA MATIERE MÉDICALE.

Une grande Réforme s'est annoncée dans la Matière médicale vers la fin du siècle dernier. On en trouve les premiers signes dans Culleu. Mais, sous peine de ne rien comprendre à cette Réforme, il faut en interroger les causes. Or, celles-ci travaillaient déjà la Médecine depuis plus d'un siècle , lorsque la Matière médicale commença à en éprouver quelque effet sensible.

Nous ne reprendrons pas les choses a Glisson , bien qu'il passe pour le fondateur du vitalisme moderne -, il en est seulement le précurseur. C'est un physiologiste penseur qui vient donner le programme de l'avenir, et qui, par conséquent, se trouve fort en avant de l'observation. D'ailleurs, sa forme scolaslique et abstraite rappelle trop le passé-, la substance de ses idées est d'autre part trop métaphysique, pleine d'un avenir trop lointain, pour qu'il ait pu exercer une action prochaine sur la pratique de la Médecine à une époque où les esprits, fatigués des spéculations de l'École, étaient justement avides d'expériences et de faits. Toutefois, il est indispensable de jeter un rapide coup d'œil sur la période qui a préparé plus immédiatement cette réforme de la Matière médicale dont nous voudrions faire apprécier l'origine, le développement et les tendances.

Tout en jetant les bases positives d'un vitalisme nouveau, Stahl et Hoffmann ne changèrent pas sensiblement l'esprit de la Matière médicale. Les notions de sensibilité et d'irritabilité sont des couquêtes de la médecine moderne , et c'est par elles qu'un abîme infranchissable sépare les théories médicales anciennes des nouvelles. Or, ces propriétés intimes de l'organisation étaient inconnues à Stahl et à Hoffmann. Les mouvements toniques de fun, le spasme et l'alonie de l'autre font bien pressentir l'irritabilité-, mais ils ne sont néanmoins encoVe, dans leurs systèmes, que des phénomènes purement mécaniques. Et pourtant, quelques aperçus de ces deux grands médecins sur certains remèdes tempérants, sédatifs, anlii.pasmodiques^ otc, semblaient ouvrir n la Matière médicale la voie

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suivie systématiquement de nos jours par l'École italienne 5 et cependant aussi Stahl, par sa critique acerbe de la polypharmacie de ses contemporains et par sou système d'animisme et d'expectation, semblait, en faisant ainsi table rase, préparer le terrain d'une restauration immédiate, lorsque Boërhaave, esprit moins original que scolastique, bien plus capable d'organiser le passé que d'éclairer les routes de l'avenir, employa toute l'ampleur d'un talent immense, à allier les doctrines anciennes et les observations cliniques de ses devanciers et de ses contemporains aux théories mécanico-chimiques issues des premières découvertes de la renaissance médicale. On vit donc les idées grandes et saines d'Hippocrate accommodées à un humorisme plus grossier que celui de Galien. Le mécanicisme moderne se mit de lui-même au service de cette chimiatrie indigeste, et les précieux travaux des observateurs, des épidémiologistes des seizième, dix-septième et dix-huitième siècles, furent, en quelque sorte, le pur froment que l'illustre professeur de Leyde donna à broyer à sa monstrueuse construction mécanico-chimique. Au dedans, c'était un chaos informe; mais l'ordre et la méthode régnaient au dehors, et cela suffira toujours à l'éclectisme pour fonder un enseignement célèbre. Celui de Boërhaave fut le plus fameux de l'Europe entière.

Par lui furent obscurcies les premières lueurs du vitalisme qui avaient brillé dans Glisson, Stahl et Hoffmann. La Matière médicale rebroussa vers le passé; et jamais les désobstruants, les fondants, les discussifs, les délayants, les incisifs, les incrassants, les invisquants, etc., ne trônèrent plus savamment dans les formules. On put croire un instant la vieille Matière médicale raffermie sur ses bases antiques par les riches accroissements que venaient de lui prêter les travaux de l'alchimie et le règne végétal des deux Indes versant leurs héroïques produits dans les pharmacopées de Galien, de Dioscoride et des Arabes. Secours perfides néanmoins! car les assises de l'édifice BoërhaaAien ne pouvaient qu'être sourdement minées par la connaissance de tous les médicaments actifs'Comme le quinquina, de tous les agents toxiques comme les strychnos, de tous les impondérables comme l'électricité et le magnétisme, en un mot, de tous les modificateurs qui produisent sur l'organisme vivant des effets dynami-

, ques et profonds, inexplicables par le chimiste et le physicien

Ces découvertes préparaient, en effet, la démonstration des phénomènes sur lesquels allait s'appuyer le vitalisme moderne. Avoir méconnu l'avenir et la signification de ces faits , accuse à nos yeux Boërhaave, et lui ôfce le droit de prétendre au génie. S'il était donné

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