IV INTRODUCTION
au prestige de l'éloquence et de la méthode, à l'influence de l'érudition et de l'éclectisme de produire autre chose qu'une popularité plus ou moins durable, Boërhaave eût pu faire traverser au Galénisme rajeuni une période aussi longue que celle qu'il venait d'accomplir. Mais, quand on ne cultive guère du présent que les abus^ quand on veut enfermer le vin nouveau dans de vieilles outres., on est brisé par la force qu'on a méconnue , et de votre empire souverain sur les esprits et de vos gigantesques travaux, il ne. reste qu'un froid monument d'érudition et un vaste répertoire de faits. Placés entre Stahl et Hoffmann d'un côté, entre CuUen et Brown de l'autre, Boërhaave et soji illustre commentateur ont été néanmoins très-utiles en ralentissant le mouvement des esprits qui, emportés sans eux avec trop de rapidité dans les voies ouvertes par les premiers nervosistes , eussent moins profité des admirables travaux thérapeutiques produits par l'école Hippocratique depuis Baillou jusqu'à Sydenham, etc.
La Matière médicale ancienne, née de l'humorisme, se retrempe donc à sa source dans la chimiatrie et l'iatromécanique modernes. Celles-ci semblent lui infuser une vie nouvelle ; mais c'est une vie factice, une restauration provisoire, dont le règne sera égal au temps que mettra à s'opérer la réforme que va entraîner dans la Matière médicale, la révolution physiologique commencée à Haller et h Gullen.
Cette révolution est poursuivie de nos jours par les écoles d'Angleterre , d'Italie , de France et d'Allemagne. Vers le commencement de ce siècle, toutes quatre furent saisies, en effet, de la même idée générale, que chacune exploita d'un point de vue différent et avec son génie particulier.
Mais l'étroite base donnée au vitalisme organique par Haller ne pouvait permettre à cette doctrine de se fonder définitivement.^ Une réaction du passé était inévitable. La médecine physico-chimique devait reparaître sous une forme nouvelle, comme les idées usées dans toutes les réactions. Elle rentra par la porte de l'organicisme à la faveur des progrès récents de la physique, de la chimie et de l'anatomie. Nous sommes actuellement dans ce chaos d'une transition.
Il faut donc chercher l'esprit et les tendances, le bon comme le mauvais côté de cette rénovation de la Matière médicale. C'est une élude fort instructive : elle éclaire le problème de la patholo'gie et de la nosologie par celui de la Matière médicale, et réciproquement; explique l'œuvre des deux antagonistes fameux dont les sys-