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III. — ÉLECTRISATION DES ORGANES INTÉRIEURS

DES ORGANES DES SENS ET DES ORGANES GÉNITAUX DE L'hOMME. A. ■ — FARADISATION DES ORGANES INTERIEURS.

» La plupart des organes situés dans les cavités sont accessibles à Fexcitation faradique (1), soit directement, par l'action des excitateurs placés sur leur tissu, soit indirectement, par la stimulation des nerfs qui les animent. Je vais décrire les différents procédés de faradisation que je leur applique.

» 4° Faradisation du rectum et des muscles de Vanus. Les selles involontaires sont souvent occasionnées par la paralysie du sphincter et du releveur de l'anus ; il peut être indiqué de faradiser ces muscles. Alors une olive métallique montée sur une tige, égalemerit en métal, isolée par une sonde en caoutchouc, est introduite dans le rectum, et mise en communication avec un des pôles d'un appareil d'induction; un second excitateur humide est promené sur le pourtour de l'anus. Pendant que FappareU est en action, on imprime à la tige un mouvement qui permet de placer l'olive en contact avec les muscles qui se trouvent à la partie inférieure du rectum, c'est-à-dire le releveur de Tanus et le sphincter de l'anus. Yeut-on exciter la tunique musculaire de l'intestin rectum, on promène l'olive sur toute la surface de cet organe. (Dans ces opérations faites sur le rectum, on doit toujours le débarrasser des matières stercorales, au moyen: de lavements.)

» La vessie, le rectum sont si peu excitables qu'ils ressentent à peine l'influence des courants les plus puissants. C'est pour ce motif que, dans les opérations faradiques pratiquées sur la vessie, je place un excitateur dans chacun de ces réservoirs. On conçoit que, si l'excitateur rectal agissait, au contraire, sur la peau ou sur les muscles de la vie animale, la

(1) Je rappelle qu'il ne suffit pas qu'un organe soit traversé par un courant pour qu'il soit excité par lui : il faut pour cela ou que la recomposition électrique s'opère dans son tissu, ou que le nerf qui l'anime soit stimulé directement.

us EXCITANTS DU SYSTÈME MUSCULAIRE.

douleur qui en résulterait ne permettrait pas de diriger sur la vessie le degré d'intensité du courant nécessaire à l'excitation électrique de cet organe.

» 2° Pour combattre la constipation consécutive à l'insensibilité de la muqueuse du rectum, ou à la paralysie de sa tunique musculeuse, l'excitateur introduit, comme précédemment^ dans l'intestin, est promené sur toute sa surface.

» Faradisation de la vessie. Dans toutes les opérations faradiques pratiquées sur la vessie, cet organe doit être préalablement vidé, comme dans la faradisation du rectum. Sans cette précaution, l'excitation, loin d'être limitée aux parois de ces deux organes, serait conduite jusque dans le plexus sacré ou hypogastrique.

» Si l'on veut faradiser les fibres musculaires du col de la vessie, un excitateur terminé par une olive est placé dans le rectum, comme dans l'opération précédente. Une sonde métallique courbe, isolée par une sonde en caoutchouc, excepté à son extrémité vésicale, et dans une étendue de 2 à 3 centimètres, est ensuite introduite dans la vessie et mise en rapport avec l'un des pôles de l'appareil. Quand celui-ci est en action, la sonde est ramenée de manière que son extrémité vésicale, se trouve successivement en contact avec tous les points du col vésical. Le malade soumis à cette opération ressent alors des contractions, qui sont le résultat de l'excitation des fibres musculaires qui concourent à former le sphincter du col de la vessie.

» Veut-on réveiller ou la sensibilité ou la eontractilité du corps de la vessie, l'excitateur vésical est promené sur tous les points de sa surface interne. Il est rare que je doive recourir à cette opération dans les paralysies de la vessie, qui compliquent la paraplégie. II me suffit presque toujours, alors, de faradiser énergiquement les parois musculaires de l'abdomen pour rétablir cette fonction. Cette même opération fait aussi disparaître souvent la constipation, qui règne d'habitude dans la paraplégie. Les faits nombreux que je possède semblent démontrer que le plus grand nombre de paralysies, soit de la vessie, soit du rectum, ne reconnaissent pas d'autre cause que la paralysie ou l'affaiblissement des muscles abdominaux.

» L'excitation électrique du rectum peut avoir des inconvénients, et s'opposer au procédé de faradisation que je viens de décrire. Alors j'introduis deux excitateurs dans la vessie. Dans ce but, j'ai fait fabriquer par M. Charrière l'instrument suivant, que j'appelle excitateur vésical double.

» L'excitateur vésical double [fg. 8 et 9) est composé de deux excitateurs métalliques flexibles et introduits dans une sonde à double courant, qui les isole l'un et l'autre. Ces deux excitateurs sont terminés à leur extrémité vésicale, comme dans la figure 9, de manière qu'étant rapprochés comme dans la figure 8, ils présentent la forme d'une sonde ordinaire. L'excitateur vésical double étant ainsi fermé et introduit dans la vessie, ses tiges sont poussées de 3 à 4 centimètres, tandis que la sonde en caoutchouc' est maintenue en place, et de manière à produire l'écartement de l'extrémité vésicale de ses excitateurs (voy. fg. 9). Alors, chacun des excitateurs

étant mis en rapport avec les pôles d'un appareil d'induction, l'instrument est manœuvré comme précédemment. (La sonde en caoutchouc à cloison, qui conduit les tiges des excitateurs, ne doit jamais être pénétrée, par l'humidité, car les courants passeraient d'un excitateur à l'autre, et se recomposeraient dans l'intérieur de la sonde, au lieu d'arriver aux plaques qui les terminent. Aussi doit-on vider préalablement la vessie. )

» 3° Faradisation de V utérus. — Dans certaines aménorrhées, l'excitation électrique du col de Tutérus peut être employée avantageusement. J'emploie un excitateur construit comme l'excitateur vésical double, dont il ne diffère que parla courbure de ses tiges et par la largeur des plaques qui les terminent (voy. fig. 6). Il est introduit fermé dans le vagin, comme dans la figureT; puis, ces deux plaques sont écartées comme dans la figure 6, en poussant les tiges qui traversent la sonde à cloison. L'opérateur guide alors chacune de ses plaques avec l'index de la main libre, et les place sur les côtés du col. 11 ne reste plus alors qu'à mettre les extrémités de l'excitateur utérin en rapport avec les pôles d'un appareil. Les faits , peu nombreux , il est vrai, que j'ai recueillis, me permettent d'espérer de bons effets de ce mode d'excitation utérine dans les aménorrhées rebelles qui ne dépendent pas seulement d'un état chloro-anémique.

» Le rectum, la vessie et l'utérus sont si peu sensibles à l'excitation fara- I. 54

dique , que les malades éprouvent une sensation à peine appréciable pendant l'opération, mônie lorsqu'elle est pratiquée avec les appareils les plus puissants. C'est pour cette raison, comme je l'ai dit plus haut, que, pendant la faradisation de ces organes, je ne place jamais un des excitateurs sur les parois de l'abdomen, dont la sensibilité trop grande, comparativement à eux , ne permettrait pas de diriger sur ces organes le degré d'intensité du courant nécessaire à leur excitation électrique. Il faut donc agir sur deux organes excitables au même degré, par exemple sur l'utérus et sur le rectum ou sur la vessie.

» Si l'on veut exciter tous les organes contenus dans le bassin par la faradisation indirecte, on dirige l'olive de l'excitateur rectal sur la paroi postérieure du rectum. Alors, le courant traverse la paroi intestinale , et concentre son action dans le plexus sacré et hypogastrique situés derrière elle.

» 4;° Faradisation du pharynx et de V œsophage. La faradisation du pharynx se pratique au moyen d'un excitateur, à\i pharyngien. Ce dernier se compose d'une tige métallique très-flexible, terminée par une olive, également en métal, de 3 à4 millimètres de diamètre, et d'une sonde en caoutchouc qui isole la tige conductrice. Cet excitateur, long de 15 centimètres, est courbé, de manière qu'étant introduit dans le pharynx, son extrémité olivaire puisse atteindre le constricteur inférieur.

» Veut-on faradîser les muscles constricteurs du pharynx , on promène l'olive sur la paroi supérieure, depuis l'apophyse basilaire jusqu'à l'origine de l'œsophage, pendant qu'un second excitateur humide est placé sur la partie postérieure du cou.. L'opérateur doit se garder de diriger l'olive excitatrice sur les parois latérales du pharynx, qui sont en rapport, du haut en bas, avec le pneumogastrique, le glosso-pharyngien et l'accessoire de Willîs. Si l'excitateur se trouvait au niveau de ces nerfs^ l'action électrique, loin d'être limitée au pharynx, pourrait être portée au loin dans des organes dont la stimulation serait dangereuse ou du moins contre-indiquée.

» Pour faradiser l'œsophage on se sert d'une sonde œsophagienne, ouverte à ses extrémités, et dans laquelle on place une tige métallique, terminée par une petite olive en métal. L'excitateur œsophagien, étant ainsi isolé par la sonde en caoutchouc, n'agit que sur les points de l'œsophage qui sont en contact avec l'olive ; aussi doit-on promener cette olive sur toute l'étendue de l'organe que l'on veut exciter. On sait que l'œsophage est en rapport, dans sa portion cervicale, avec le nerf récurrent gauche, logé dans le sillon qui le sépare de la trachée ; que, dans sa portion thoracique, cet organe est longé par les deux nerfs pneumogastriques, lesquels se placent inférieurement, le gauche en avant , le droit en arrière de ce conduit. Il suffit de mentionner ces données anatomiques pour faire sentir la diôiculté, on pourrait même dire l'impossibilité d'éviter, pendant la faradisation œsophagienne, l'excitation de ces nerfs, qui portent la vie dans les organes les plus importants. C'est pourquoi cette opération exige beaucoup de prudence et d'habileté.

» J'ai eu l'occasion de pratiquer la faradisation du pharynx, seulement sur deux malades atteints de paralysie des muscles constricteurs de cet organe. Dans ces deux cas, l'excitation électrique parut produire d'heureux résultats. Cependant je ne veux tirer aucune conséquence de ces faits isolés; je ne les cite que dans l'intention de faire connaître une des indications de la faradisation pharyngienne.

» 5° Faradisation du Larynx. — Les muscles du larynx qui concourent à la phonation , excepté le thyro-aryténoïdien , et le crico-aryténoïdien, sont accessibles à l'action directe de la galvanisaUon. Voici le procédé opératoire que j'ai expérimenté plusieurs fois :

» Je porte dans le pharynx l'excitateur pharyngien, et je le fais pénétrer jusqu'au-dessous de la partie postérieure du larynx. Le second excitateur humide étant placé à l'extérieur, au niveau du muscle crico-thyroïdien, et l'appareil étant en action, je fais basculer l'excitateur pharyngien, de manière que son extrémité olivaire soit en contact avec la face postérieure du larynx, et je lui imprime des mouvements de bas en haut et de haut en bas. Dans cette opération , la stimulation est portée successivement et directement dans le crico-aryténoïdien postérieur, dans l'aryténoïdien et le cricothyroïdien (I). La faradisation indirecte du larynx est encore plus simple. Il suffit de diriger l'extrémité olivaire de l'excitateur pharyngien sur les parties latérales du constricteur inférieur, pour atteindre le nerf laryngé inférieur, qui, on le sait, anime tous les muscles intrinsèques du larynx; on peut atteindre le laryngé inférieur gauche dans l'œsophage.

» S'il est permis de tirer des conclusions de quelques faits que j'ai recueillis, ce procédé opératoire doit trouver de nombreuses et heureuses apphcations dans l'aphonie due à la paralysie des muscles du larynx.

» 6" FaradAsdtion de l'estoniac, du foie, des poumons et du cœur. — L'épaisseur des parois thoraciques et abdominales ne permet pas à l'excitation électrique d'arriver jusqu'aux organes renfermés dans les cavités lorsqu'on apphque sur elles les excitateurs humides , quelle que soit l'intensité du courant. Cependant,, la plupart d'entre eux peuvent être faradisés indirectement, grâce au pneumogastrique, qui, on le sait, est accessible aux excitateurs dans le pharynx et l'œsophage. Mai on conçoit que les effets de la faradisation du pneumogastrique doivent varier suivant la hauteur à laquelle ce nerf a été excité,

» A la partie inférieure de l'œsophage, l'excitation de ce nerf est communiquée seulement à l'estomac et au foie, tandis qu'à la partie supérieure du pharynx elle se répand dans tous les organes qu'il anime.

» Pour faradiser le pneumogastrique à sa partie supérieure, on doit promener l'olive de l'excitateur sur la partie supérieure et latérale du pharynx et fermer le courant en plaçant le second excitateur sur la nuque. Quand on voudra limiter Faction faradique à l'estomac et au foie , l'excitateur

(1) M. Longet a démontré, par des elpériences directes, que le cpicothyroîdlen joue un rôle important dans l'acte delà phonation.

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olivaire sera conduit par la sonde œsophagienne le plus près possible de l'orifice cardiaque.

» La faradisation du pneumogastrique est-elle quelquefois indiquée? L'expérience ne nous a rien appris encore quant à l'influence thérapeutique de l'excitation électrique du pneumogastrique.

» J'espère cependant que ce mode d'excitation pourra être appliqué avec succès au traitement de certaines affections nerveuses rebelles des viscères thoraciques ou abdominaux ; par exemple, dans la gastralgie. Il est inutile de dire que, dans ces cas, la faradisation du pneumogastrique doit être pratiquée à des hauteurs différentes.

» La faradisation du pneumogastrique offre-t-elle des dangers? Il me suffira de rappeler les organes importants que ce nerf tient sous sa dépendance pour engager mes confrères à une grande circonspection dans ce genre de recherches. Voici un accident qui m'est arrivé et qui pourra guider l'expérimentateur. Promenant un excitateur sur la partie latérale et supérieure du pharynx, sous l'action d'un courant rapide, bien que trèsmodéré, le malade tomba subitement en syncope ; revenu à lui, il me dit qu'il avait éprouvé une sorte d'étouffement et de sensation indéfinissable dans la région précordiale. Depuis lors, ayant faradisé le pneumogastrique à la même hauteur, avec une intermittence par seconde, et avec un courant très-modéré, le même accident ne se renouvela plus, mais la sensation précordiale se manifesta chaque fois. Les sujets ne témoignent aucune sensation dans la région de l'épigastre, ou du foie, quand on faradisé le pneumogastrique (1). En serait-il de même si l'on excitait ce nerf à la partie inférieure de l'œsophage ?

» 7° Faradisation du diaphragme. — La faradisation du diaphragme ne peut être pratiquée que par l'intermédiaire du nerf phréuique. Cette opération présente quelquefois de grandes difficultés, quand le peaucier, sous lequel il est placé, est très-développé. En effet, l'excitateur est déplacé par la contraction énergique de ce muscle, qu'il soulève. Il faut, en conséquence, maintenir cet excitateur solidement appliqué sur le scalène antérieur. Gomme le phrénique se dirige obliquement de haut en bas, et de dehors en dedans, on est certain de l'atteindre en plaçant l'excitateur sur le scalène antérieur, de manière à croiser la direction du nerf. Dans cette opération, il faut avoir soin de ne pas toucher en même temps les racines du plexus brachial, qui se trouvent dans le voisinage du phrénique.

» L'excitabilité du nerf phrénique paraît très-peu développée comparativement à la branche externe du spinal. Voici les phénomènes physiologiques que l'on observe pendant sa faradisation.

(1) L'absence de sensation dans l'hypochondre droit ne prouve pas que dans cette opération la stimulation électrique n'arrive pas au foie; car on sait que M. Bernard produit le diabète chez les animaux dont il excite le pneumogastrique àla partie supérieure ou à son origine, et il nous a démontré que ce diabète temporaire est le résultat de l'excitation du foie. Il sera très-facile de constater chez l'homme Je curieux phénomène que cet habile expérimentateur a découvert chez les animaux.

» Si l'on agit sur les deux nerfs phréniques à la fois, la paroi des régions hypochondriaques se soulève, et la base du thorax est portée en dehors par un mouvement excentrique et d'élévation des cinq dernières côtes (4).

» Pendant cette opération, la respiration et la phonation sont très-notablement influencées-, la respiration est impossible, comme l'émission des sons, si le courant est très-rapide. Les intermittences éloignées sont seules praticables dans la faradisation des nerfs phréniques. On voit alors les hypochondres agités par des secousses qui coïncident avec chaque interruption du courant. Si le malade parle pendant l'expérience, la voix est saccadée.

» J'ai expérimenté avec succès Tinfluence thérapeutique de la faradisation indirecte du diaphragme dans le hoquet rebelle, et dans certaines contractions nerveuses de ce nerf.

» En 1849, chez un cholérique couché au n° A de la salle Saint-Louis (Charité), service provisoire de M. Pidoux, la faradisation du phrénique a fait disparaître subitement un hoquet qui durait depuis huit ou dix heures.

» En 1847, un cholérique, couché au n° 6 de la même salle, avait la parole saccadée et comparée à une sorte d'aboiement-, il ne pouvait soutenir un son sans qu'il fût entrecoupé par les secousses convulsives du diaphragme. Sous l'influence de la faradisation du nerf phrénique, on vit peu à peu la chorée du diaphragme disparaître. Chez notre malade, cet état pathologique datait de plusieurs années.

» Sans vouloir tirer des déductions thérapeutiques de ces faits, trop peu nombreux, je pense qu'ils indiquent l'heureux parti que l'on peut tirer de la faradisation du nerf phrénique.

» Les viscères compris entre l'estomac et le rectum sont inaccessibles à îa faradisation.

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