FARADISATION MUSCULAIRE
A. — Mode opératoire.
» La faradisation musculaire se pratique soit en concentrant l'excitation électrique dans les plexus ou dans les troncs nerveux qui la conduisent aux muscles placés sous leur dépendance, soit en dirigeant cette excitation sur chacun des muscles ou sur chacun de leurs faisceaux. Dans ces diffé-« rentes opérations, les excitateurs doivent toujours être aussi rapprochés que possible.
» Le premier mode de faradisation produit des mouvements d'ensemble,
(1) Toutefois nous ferions volontiers une exception en faveur de certaines piles galvaniques disposées en formes de chaînes, et notamment des piles de M. Pulvermacher. On sait que ces piles sont formées par un certain nombre de petits couples; chacun de ces couples se compose d'un fil de cuivre et d'un fil de zinc, enroulés en spires serrées, sans toutefois se toucher, sur un petit support en bois ; ces couples réunis par de petites boucles en cuivre, les fils de zinc communiquant avec les fils de cuivre, et vice versa, forment des chaînes très-portatives, d'une application simple et commode. Pour les mettre en action, îl suffit de les plonger préalablement dans du vinaigre pur, ou bien étendu d'eau, quand on veut amortir l'action irritante sur la peau.
Ces chaînes, ainsi disposées, peuvent donner des courants assez constants pendant plusieurs heures, et même pendant un temps beaucoup plus long, grâce à l'aliment qu'elles puisent dans les acides de la sueur et des sécrétions cutanées. La forme de chaînes flexibles, qui permet d'en varier de toutes manières les applications, fait de ces petites piles galvaniques un appareil des plus utiles, là où l'extrême précision n'est pas de rigueur. C'est ainsi que nous l'avons vu, entre les mains de M. le docteur Hifi'elsheim, produire les plus remarquables résultats dans un grand nombre de paralysies partielles, ainsi que dans diverses affections névralgiques ou rhumatismales ayant leur siège soit à la tête, soit au tronc ou aux extrémités.
c'est la faradisation musculaire indirecte; le second donne des mouvements partiels, c'est la faradisation musculaire directe.
» Chacun de ces modes de faradisation exige un procédé spécial dont voici la description.
» On sait déjà qu'en plaçant sur la peau les excitateurs humides d'un appareil d'induction, l'Électricité concentre sa puissance dans les organes immédiatement situés sous elle. En conséquence, pour provoquer la contraction musculaire , il suffira de placer ces excitateurs humides sur les points correspondant à la surface ou des muscles ou des nerfs qui les animent.
» Les excitateurs communiquent avec les pôles d'un appareil d'induction par des conducteurs métalliques.
» Sur les muscles du tronc, qui présentent une large surface, on applique des éponges humides enfoncées dans des cyhndres métalliques. Ces derniers se vissent sur des manches isolants, comme dans la fig. 1.
» Pour limiter l'action électrique dans les muscles qui présentent peu de surface, comme ceux de la face, des interosseux, ou les muscles des régions profondes, on se sert d'excitateurs métalliques coniques, qui se vissent sur des manches isolants [f,g. 2 et 3). Les excitateurs coniques sont recouverts d'amadou trempé dans l'eau, et présentés aux points qui recouvrent les muscles à faradiser. Ils servent aussi à porter l'action électrique sur les troncs et les filets nerveux, lorsqu'on pratique la faradisation musculaire indirecte.
» L'agaric humide, qui recouvre les excitateurs métalliques, oppose au courant une fois moins de résistance que les éponges humides. Ce phénomène est dû à la différence d'épaisseur de ces deux mauvais conducteurs, qui doivent être traversés par le courant dirigé sur la surface du corps. Aussi doit- on, dans certaines circonstances, préférer aux éponges les «excitateurs métalliques à large surface et recouverts d'amadou humide, à cause de leur propriété de doubler l'intensité du courant.
» I. La faradisation musculaire indirecte exige, on le conçoit, la connaissance exacte de la position et des rapports anatomiques des nerfs. Elle r;st des plus simples sur les membres, où la plupart des troncs nerveux , sous-cutanés, dans un point de leur continuité, sont accessibles aux excitateurs.
» Au membre supérieur, l'action électrique peut être limitée, dans le médian, au tiers inférieur et interne du bras ; dans le cubital^ à son passage dans la gouttière qui sépare l'épitrochlée de l'olécrane. La faradisation du radial se pratique en posant l'excitateur en dehors de l'humérus et à la réunion de ses deux tiers supérieurs avec son tiers inférieur, dans le point où ce nerf se dégage delà gouttière humérale. Il est impossible alors de ne pas stimuler directement en même temps quelques fibres du triceps et du brachial. Le musculo-cutané se faradisé dans le creux de l'aisselle. On peut aussi limiter Faction électrique dans quelques branches terminales , par
exemple, dans celle qui anime les muscles de i'éminence thénar et dans les nerfs collatéraux.
» Au membre inférieur, la faradisation musculaire indirecte est encore pliis simple. On trouve, en effet, le crural au pli de l'aine, en dehors de l'artère crurale, et les deax'popîités dans le creux du jarret. On doit savoir que l'excitation électrique ne peut arriver au poplité interne, qui est protégé par une grande épaisseur de tissu cellulaire, sans un courant assez intense. Le nerf sciatique n'est accessible qu'à son origine dans le bassin, à travers la paroi postérieure du rectum. Le procédé de faradisation qu'il convient alors d'employer dans ce cas sera exposé plus tard.
» Dans les autres régions, la faradisation musculaire indirecte devient plus difficile et plus délicate. A la face, le tronc de Idi septième paire, caché dans l'épaisseur de la parotide, est inaccessible à l'excitation électrique, quelle que soit l'intensité du co\jrant. Mais on peut l'atteindre à travers le cartilage qui constitue la paroi inférieure du conduit auditif externe. A cet effet, il faut placer l'excitateur conique humide dans le conduit auditif en appuyant sur la paroi inférieure. Les rameaux du facial peuvent être faradisés à leurs points d'émergence de la parotide. La contraction des muscles qui sont sous la dépendance de ces rameaux est l'indice certain de leur excitation électrique. Dans la région sus-claviculaire, l'excitateur, placé immédiatement au-dessus de la clavicule, agit sur le plexus brachial; au sommet du triangle sus-claviculaire, il se trouve en rapport avec la branche externe du spinal; enfin, au niveau du scalène antérieur, il porte l'influence électrique dans le phrénique. Le procédé qu'il convient d'employer quand on veut faradiser ce dernier nerf sera exposé à l'occasion de la faradisation des organes intérieurs. Le gra^d hypoglosse est presque sous-cutané au niveau de la grande corne de l'os hyoïde, dans le point où il s'engage entre le stylo-hyoïdien et l'hyoglosse. C'est là que doivent être placés les excitateurs humides, quand on veut faradiser ce nerf. On verra plus tard comment on doit procéder à la faradisation du glosso-pharyngien , du pneumogastrique, et du récurrent.
» II. La faradisation musculaire directe consiste, on le sait, à faire contracter individuellement chaque muscle ou chaque faisceau musculaire en plaçant les excitateurs humides sur les points de la peau qui correspondent à leur surface. Rien n'est facile comme ce mode de faradisation, surtout dans les régions superficielles du tronc et des membres, si l'on possède certaines connaissances anatomiques, et principalement la connaissance de l'anatomie des surfaces. Pour les muscles des régions profondes des membres, la faradisation musculaire directe offre plus de difficultés, bien que la plupart d'entre eux présentent, sous la peau, un point de leur tissu musculaire, par lequel ils sont accessibles à l'excitation directe.
» Il eût été facile d'indiquer dans un tableau synoptique les points dans lesquels les excitateurs doivent être placés quand on pratique la faradisation directe et partielle des muscles. Mais ce travail serait peu utile à ceux qui n'ont pas oublié leur myologie* Cependant le praticien qui désire
836 EXCITANTS DU SYSTÉIME iMUSGULAlRF..
se perfectionner dans l'art de la faradisation doit étudier la myologie à un point de vue spécial, c'est-à-dire qu'il est tenu de connaître exactement les lieux dans lesquels les muscles des régions superficielles ou profondes sont en rapport avec la surface cutanée. Quant à ceux qui sont inaccessibles à la faradisation directe (et ils sont en très-petit nombre) , on a toujours la ressource de leur communiquer l'excitation électrique par les nerfs qui les animent.
»0n ne doit administrer aux muscles qu'une dose d'Electricité proportionnelle à leur degré d'excitabilité, qui est variable pour chacun d'eux , ainsi qu'on le verra plus tard. En conséquence, il est nécessaire que l'opérateur ait toujours une main libre, prête à agir sur le graduateur de l'appareil pendant la faradisation. Cette même main (on doit donner la préférence à la main droite), sert aussi à tourner la roue qui opère les intermittences du courant. C'est une partie de l'opération qui ne doit jamais être confiée à un étranger, car le médecin doit ralentir ou presser le mouvement intermittent suivant les indications particulières. Ces indications se présentent à chaque instant, quelquefois même pendant la faradisation d'un seul muscle. Une seule main (la main gauche) doit tenir et faire manœuvrer les excitateurs, la poignée de l'un étant placée entre le pouce et l'index, et celle de l'autre entre le médius et l'annulaire; les doigts sont fléchis de manière aies maintenir dans la paume de la main. Ce procédé permet de pratiquer la faradisation avec une grande rapidité ; mais il ne peut être employé sur la face, où les muscles présentent peu de surface. Alors on tient un excitateur dans chaque main. Il faut toujours placer les excitateurs au niveau de la masse charnue des muscles, et jamais au niveau de leurs tendons ; car la stimulation de ces derniers ne peut produire la contraction musculaire.
» Pour faradiser complètement un muscle , il serait nécessaire que les excitateurs recouvrissent toute sa surface ; ou , s'ils n'étaient pas assez larges, ils devraient être appliqués successivement sur tous les points de cette surface. En effet , lorsqu'on pose un excitateur humide sur la partie supérieure d'un muscle long, on voit cette partie se gonfler, et on la sent se durcir ; si le même excitateur est placé sur la partie inférieure du même muscle, c'est cette dernière qui se gonfle et se durcit à son tour. Un excitateur placé sur un point de la surface d'un muscle large fait contracter seulement les fibres qui se trouvent en rapport avec lui, tandis que les fibres voisines restent flasques. Il résulte de ces faits que l'excitation d'un muscle n'a lieu que dans les points qui sont en rapport avec les excitateurs.
» Plus un muscle est épais, plus le courant doit être intense; car si ce courant est faible, l'excitation n'a heu que dans les fibres superficielles. Mes recherches m'ont appris, en effet, que, sous l'influence des appareils trèspuissants, l'Électricité pénètre profondément leg tissus. Voici quelques expériences à l'appui de cette proposition. On sait que dans la paralysie saturnine , certains muscles de la région postérieure de l'avant-bras sont atrophiés et ne se contractent pas sous l'influence de la faradisation. Si le courant est modéré, on n'observe aucun mouvement quand les excita-
teurs sont placés au niveau des muscles paralysés ; si le Courant est trèsintense, on voit les muscles placés au-dessous des muscles paralysés entrer en contraction. Dans le premier cas, l'excitation électrique a été limitée dans les muscles paralysés; dans le second, elle les a traversés et a agi sur les muscles qu'ils recouvrent. Chez les sujets très-gras, l'électricité ne peut arriver aux muscles qu'à l'aide d'un courant très-intense. Il me paraît résulter de ces faits que, pour la faradisation musculaii'e , l'intensité du courant doit être proportionnée à l'épaisseur des muscles , en tenant compte, toutefois, du degré d'excitabilité de chacun d'eux, comme je le démontrerai plus loin.
» Les excitateurs humides ne se trouvant en rapport qu'avec la face externe des muscles, et les filets nerveux n'arrivant à ceux des régions superficielles que par leur face profonde , on est certain que les contractions musculaires n'ont pas lieu par l'intermédiaire des filets nerveux. A la face, la faradisation partielle des muscles est plus difficile, à cause des rameaux nerveux nombreux qui croisent leur direction. On peut cependant toujours éviter ces rameaux nerveux , car la contraction simultanée de plusieurs muscles annonce que l'excitateur est en rapport avec l'un d'eux. Alors on place cet excitateur 1 ou 2 millimètres plus haut ou plus bas, en le maintenant toujours sur la direction du muscle à faradiser. L'habitude, d'ailleurs, et la connaissance de l'anatomie apprennent à éviter ces filets nerveux. C'est ainsi qu'on me voit limiter l'action électrique dans chacun des muscles du visage, et produire les jeux de physionomie les plus variés, ou obtenir des mouvements d'ensemble en excitant chacun des rameaux nerveux de la septième paire.
B. — Applications diverses de la faradisation musculaire.
» Pour faire ressortir l'importance de la méthode de faradisation musculaire, je devrais peut-être indiquer d'une manière générale les heureuses et nombreuses applications qu'on peut en faire à Tétude de certains phénomènes électro-physiologiques et pathologiques, par exemple, à l'étude de l'anatomie des formes et des fonctions musculaires (myologie vivante) , à l'étude de l'état des propriétés musculaires , du diagnostic différentiel et du pronostic des paralysies des mouvements volontaires. Mais je ne puis m'occuper ici que de ce qui est absolument indispensable à la pratique de la faradisation. C'est pourquoi je vais exposer quelques considérations sur V excitabilité des nerfs et des muscles.
» La faradisation d'un nerf ou d'un muscle produit toujours, à l'état normal, une contraction et une sensation. Il importe, surtout à celui qui veut étudier l'art de la faradisation localisée, de bien connaître le degré d'excitabilité de ce nerf ou de ce muscle sur lequel il dirige le stimulus électrique. En effet, si tous les organes jouissaient du même degré d'excitabité , la pratique de cette méthode de faradisation serait des plus faciles. Il suffirait de savoir dans quelles conditions de sécheresse ou d'humidité, doit se trou-
ver la peau, et quelle doit être la forme des excitateurs , pour obtenir des actions électriques superticielles ou profondes; de bien posséder son anatomie, surtout celle des surfaces, atin de savoir dans quels points doivent être placés les excitateurs, soit pour agir directement sur chacun des muscles, soit pour les stimuler indirectement au moyen de leurs nerfs principaux. Il n'en est malheureusement pas ainsi, car chaque organe , chaque muscle , chaque nerf possède son degré d'excitabilité soit de la contractilité, soit de la sensibilité électriques.
» Il serait inopportun d'entrer actuellement dans de longs développements sur ce sujet; cependant il est nécessaire de signaler certains phénomènes, dont l'ignorance pourrait être la cause non-seulement de nombreuses déceptions, mais aussi d'accidents quelquefois graves.
» \° Excitabilité de la contractilité des nerfs et des muscles. ■ — La motricité (1) de la branche externe du nerf spinal [nerf respirateur de Bell) est des plus excitables. En conséquence, les muscles, ou les portions démuselés qu'elle anime , doivent entrer en contraction sous l'influence de la plus faible excitation électrique. En voici la démonstration. Le muscle sternocléido-mastoïdien, dans sa moitié inférieure, et le muscle trapèze, sont assez peu excitables. Mais si l'on dirige sur la moitié supérieure du muscle sternocléido-mastoïdien , ou sur le bord externe de la moitié supérieure du trapèze, un courant trop faible même pour développer un commencement de contraction dans les autres parties de ces muscles, on voit, du côté excité, la tête s'incliner, ou l'épaulese soulever par un mouvement brusque et violent. Si l'excitateur est placé sur le sommet du triangle sus-claviculaire> les mêmes mouvements se manifestent énergiquement par la contraction simultanée d'une partie supérieure du trapèze et du sterno-cléidomastoïdien (2). N'est-il pas démontré, par cette expérience, que l'extrême excitabilité qui n'existe que dans les points limités du muscle trapèze et du sterno-cléido-mastoïdien, est due à la présence de la branche externe du spinal?
» Le malade se trouverait exposé à de grands dangers pendant la faradisation si l'opérateur n'avait pas connaissance de l'existence de l'important phénomène électro-physiologique qui vient d'être signalé. Au commencement de mes recherches, je n'avais pas trouvé dans les auteurs les lumières qui auraient pu me mettre en garde contre les trop nombreux malheurs que j'ai eu à déplorer. Voici, entre autres, un accident qui m'est arrivé en faradisant le muscle trapèze pour une paralysie du membre supérieur. Je dirigeais un courant assez intense sur la moitié supérieure du trapèze, lorsque, passant subitement au bord externe de ce muscle, je plaçai un excitateur sur le sommet du triangle sus-claviculaire , de ma-
(1) Faculté que possède un nerf excité artificiellement de provoquer des contractions musculaires (dénomination créée par M. Flourens).
(2) On sait que la branche externe du spinal se distribue à la moitié supérieure du sterno-cléido-mastoidien et à la moitié supérieure du trapèze, surtout à son bord externe.
nière à toucher en même temps une portion de la moitié supérieure du muscle sterno-cléido-mastoïdien. La tête exécuta alors un mouvement de latéralité et d'inclinaison tellement brusque, que le malade sentit un craquement et une douleur très-vive dans le cou. Il éprouva de plus des étourdissements et des fourmillements dans les extrémités, et dut être saigné immédiatement. Si l'appareil avait été gradué à son maximum , ne pouvait-il pas arriver un accident d'une extrême giavité? Ce fait me conduisit à la découverte de la grande excitabilité du nerf respirateur de Bell , le pins excitable de fous les nerfs; mais cette découverte, on le voit, faillit niè coûter bien cher.
» Il importe beaucoup moins à l'opérateur de connaître le degré d'excitabilité de la motricité ou de la contractilité électro-musculaire des autres nerfs et des autres muscles des membres que de savoir quel est le degré de sensibilité (1) développée par la galvanisation de ces nerfs ou de ces muscles. C'est, en effet, cette exagération de la sensibilité dans certaines régions, ou chez certains sujets, qui rend quelquefois la faradisation musculaire impraticable. Lorsque, dans un prochain mémoire, j'exposerai les résultats de la faradisation appliquée au traitement de la paralysie cérébrale, on verra combien l'exaltation de cette sensibilité électro-musculaire peut rendre la faradisation localisée dangereuse. C'est donc principalement sur la connaissance du degré d'excitabilité de la sensibilité électro-musculaire que repose l'art de la faradisation localisée. Bien que les différences individuelles soient plus grandes à cet égard que pour l'excitabilité de la contractilité électro-musculaire, je suis convaincu que l'on peut trouver une moyenne qui servira de règle générale, comme il existe une moyenne pour l'art de doser les médicaments.
» Sans entrer dans les détails des recherches que j'ai faites sur ce sujet intéressant, je crois devoir exposer sur l'excitabité de la sensibilité de chacun des muscles quelques généralités qui pourront guider l'opérateur dans la faradisation musculaire directe.
» 2° Excitabilité de la sensibilité des muscles. — L'excitabilité de la sensibilité électrique est très-vive dans les muscles de la face ; elle est due à la cinquième paire , qui leur envoie des filets nerveux. Dans la faradisation des muscles de la face, on doit toujours éviter de placer les excitateurs sur les points correspondant aux nerfs sous-orbitaire ou mentonnier. Il en résulterait, par l'excitation des nerfs qui en émergent, une douleur trèsaiguë , qui retentirait dans les dents incisives ^ et quelquefois dans le fond de l'orbite et même du cerveau.
» L'excitation des nerfs frontaux produit des douleurs qui rayonnent dans la tête ; c'est pourquoi la faradisation du muscle frontal est très-douloureuse. Les muscles orbiculaires des paupières, pinnal radié et pinnaltrans-
(1) Le mot sensibilité est souvent confondu avec le mot excitabilité. Par sensibilité musculaire, il faut comprendre la sensation produite par l'excitation électrique des muscles.
verse (1) , élévateur commun de l'aile du nez et de la lèvre supérieure, carré du menton , de la houppe du menton , orbiculaire des lèvres et triangulaire des lèvres , sont les plus excitables. L'ordre dans lequel ils sont placés indique leur degré relatif d'excitabilité. Viennent ensuite le grand et le petit zygomatique, le masséter, et lebuccinateur qui est comparativement peu excitable. Je ne faradise jamais le canin, dans la crainte de porter l'excitation dans le nerf sous-orbitaire.
» Au cou , la sensibilité du peaussier est aussi excitable que la moitié supérieure du sterno-mastoïdien et le bord externe de la moitié supérieure du trapèze (2). Les autres muscles du cou sont beaucoup moins excitables que les précédents.
» Le grand pectoral et les muscles de la fosse sous-épineuse sont assez sensibles à l'excitation électrique ; le deltoïde et les muscles du bras le sont un peu moins. Les muscles de la région antibrachiale antérieure sont beaucoup plus sensibles que ceux de la région antibrachiale postérieure.
» Les muscles long dorsal et sacro-lombaire sont très-peu sensibles.
» Les muscles fessiers et tenseur aponévrotique (3) sont très-sensibles à l'excitation électrique, comparativement aux muscles des régions externe et postérieure de la cuisse ; ceux de la région crurale interne sont plus sensibles que ceux de la région crurale externe.
« Les muscles de la région postérieure de la jambe sont très-peu sensibles à l'excitation électrique, comparativement aux muscles de la région jambière antérieure et externe.
» J'aurais pu traduire par des chiffres le degré d'excitabilité de chacun des muscles et des nerfs ; mais ces recherches ne peuvent être exposées que dans un travail spécial. Je suis tellement familiarisé avec la pratique de la faradisation localisée, que je puis, à Taide de mes nouveaux appareils, administrer à chacun des muscles ou des nerfs la dose d'électricité nécessaire à la production d'une contraction musculaire énergique, et cela sans développer de douleur. Il faudrait une longue étude de la faradisation pour atteindre ce degré d'assurance qu'il serait bon de posséder quand on pratique cette opération.
G. Action thérapeutique de la faradisation musculaire.
» J'ai étudié l'influence thérapeutique de la faradisation musculaire dans les lésions des mouvements volontaires et dans les lésions de nutrition musculaire. Dans les premières se trouvent les paralysies du mouvement, la chorée générale ou partielle, et les tremblements musculaires ; dans les
(1) Myrtiforme des auteurs.
(2) L'extrême excitabilité du premier me fait présumer que ce muscle reçoit l'influence de la branche externe du spinal.
(3) Le tenseur aponévrotique cdt le plus sensible à l'excitation électrique de tous le;^ muscles des membres pelvien?.
secondes on doit ranger les atrophies musculaires essentielles, avec transformation graisseuse, générales ou partielles, sans paralysie, ou compliquant certaines paralysies.
» Je pourrais rapporter quelques guérisons ou améliorations de chorées rebelles et anciennes , et citer plusieurs exemples d'arrêt de transformation graisseuse des muscles par la faradisation musculaire directe. Je préfère ne pas m'étendre sur ce sujet, sur lequel je ne suis pas encore suffisamment éclairé, me bornant à engager mes confrères à expérimenter la faradisadisation musculaire directe comme agent thérapeutique dans ces diverses maladies.
» Ayant recueilli un très-grand nombre de faits sur l'influence de la faradisation musculaire directe dans le traitement des paralysies, je consacrerai quelques développements à ce sujet important, en envisageant toutefois la question d'une manière générale.
» Faradisation musculaire directe appliquée au traitement des paralysies des mouvements volontaires. — Bien que mes recherches sur l'influence thérapeutique de la faradisation musculaire dans les paralysies des .mouvements datent déjà de plusieurs années, et qu'elles aient été faites publiquement et sur une grande échelle, j'ai cru qu'il convenait de ne publier les résultats obtenus par cette méthode que lorsque le temps et l'expérience auraient prononcé sur leur valeur réelle. Je me suis imposé cette discrétion parce que, étant trop intéressé dans la question, j'ai voulu me tenir en garde contre l'entraînement des illusions. Cependant je craindrais que les faits thérapeutiques observés dans les hôpitaux, et qui ont eu trop de retentissement, fussent mal interprétés si je gardais plus longtemps le silence. Des guérisons rapides , on pourrait dire merveifleuses , ont été obtenues par la faradisation localisée, alors que les ressources ordinaires étaient épuisées. Elles ont peut-être exalté l'imagination des nombreux témoins de mes expériences; malheureusement je pourrais détruire les illusions dangereuses en leur opposant des insuccès, hélas ! trop fréquents. Cependant pour être juste envers la faradisation locahsée, je dirai que je suis en mesure de prouver que , comparativement aux autres méthodes , elle a débuté très-heureusement, et qu'elle a tenu largement ses promesses. En somme, et pour rendre toute ma pensée, la faradisation guérit souvent, mais plus souvent encore elle est insuffisante dans certaines formes de paralysie.
» J'ai commencé mes recherches par les lésions les plus matérielles, par celles dont le diagnostic présente le moins d'incertitude, savoir : les paralysies consécutives à l'hémorrhagie cérébrale, les paralysies saturnines, les paralysies dépendantes d'une lésion probable delà moelle épinière, ou d'une lésion des nerfs ou de leurs plexus; puis, je suis arrivé aux troubles dynamiques de mouvement, ou du moins à ceux dans lesquels on ne pouvait soupçonner de lésions organiques des centres nerveux , comme les paralysies hystériques et les paralysies de cause rhumatismale. Ou conçoit que je ne puis exposer la statistique des faits nombreux que j'ai recueillis,
et en tirer des conséquences thérapeutiques, que dans un travail spécial, ce que j'espère faire prochainement.
» Je n'envisagerai présentement l'action thérapeutique de la faradisation musculaire que d'une manière générale.
» La faradisation musculaire indirecte, c'est-à-dire l'excitation électrique par la faradisation des troncs nerveux qui les animent, a été expérimentée par moi sur un grand nombre de sujets, et principalement dans les paralysies cérébrales ; elle m'a donné des résultats peu satisfaisants.
» J'exposerai ailleurs les inconvénients de ce procédé de faradisation, et le peu d'avantage qu'il offre dans le traitement des paralysies.
» 1° Effets locaux de la faradisation localisée dans lajjaralysie. — L'action thérapeutique du faradisme est limitée , en général , aux muscles qui sont mis en rapport avec les excitateurs ; en conséquence , la faradisation doit être dirigée, autant que possible, sur chacun des muscles paralysés.
» Je pourrais citer à l'appui de mon opinion des faits nombreux.
» Au début de mes recherches, j'étais peu avancé dans l'art de la faradisation localisée, dont je no sentais pas alors toute l'importance. Je promenais les excitateurs humides seulement sur les muscles qui présentaient sous la peau une large surface. Il en résultait que les grands mouvements revenaient rapidement ; dans la paralysie du membre supérieur, par exemple, les mouvements qui sont commandés par les muscles grand pectoral, trapèze, deltoïde, biceps et triceps brachiaux, quelques muscles des régions antérieure et postérieure de l'avant-bras, reparaissaient les premiers. Je faradisais aussi, mais au hasard, quelques faisceaux du fléchisseur superficiel, et les doigts, qui se trouvent sous leur dépendance , recouvraient, lentement, il est vrai, leurs mouvements volontaires. Le pouce et l'index restaient presque toujours rebelles , parce que je n'avais pu exciter la contraction électrique de leurs muscles. Après quelques recherches , je trouvai enfin les points où devaient être placés les excitateurs, pour faire contracter ces dernier muscles à leur tour, et en peu de séances le mouvement volontaire leur était souvent rendu. Je n'avais pas encore songé à faradiser les petits muscles de la paume de la main ni les interosseux , de sorte que les malades ne pouvaient ni écarter les doigs ni exécuter les mouvements des éminences; ils ne pouvaient, en un mot, se servir de leur main. Chacun de ces petits muscles fut alors successivement faradisé, et en peu de temps la main retrouvait ses mouvements et son agilité. Il me paraît démontré, par ces faits, que le faradisme limite son action thérapeutique dans les muscles, où il concentre son excitation.-
» 2° Effets généraux ou indirects de la faradisation musculaire directe. — Outre Taction locale et immédiate produite par les recompositions électriques opérées dans les organes , la faradisation exerce encore des effets généraux dont on doit tenir compte dans la pratique. L'influence de l'excitation générale peut se faire sentir sur tel ou tel organe, suivant les dispositions individuelles : c'est ainsi, par exemple, que, dans l'aménorrhée, la
menstruation revient ou se modifie par la faradisation , de quelque manière qu'elle soit appliquée.
» Je crois avoir démontré que l'excitation électro-physiologique est limitée, en général, aux points qui se trouvent en rapport avec les excitateurs; cependant c'est une croyance généralement répandue parmi les praticiens, que le faradisme surexcite toujours les centres nerveux. Si cette opinion est fondée, on conçoit le danger de l'emploi d'un tel agent thérapeutique dans le traitement de certaines paralysies, surtout dans la paralysie cérébrale. Il me sera facile de démontrer que le faradisme réagit sur le cerveau seulement par l'intermédiaire de la sensibilité qu'il surexcite. Que l'on provoque, en effet, des contractions sous l'influence du courant le plus intençe et le plus rapide dans fès muscles paralysés consécutivement à une hémorrhagie cérébrale , et privés en même temps de sensibilité, l'excitation électrique sera localisée dans les points faradisés, les muscles se contracteront très-énergiquement, et le malade n'en aura pas même la conscience 5 quelque longue que soit l'opération, quelque fréquemment qu'elle soit répétée, il n'en sera jamais incommodé. Si, au contraire, ce même courant est appliqué, chez le même malade, sur des muscles qui jouissent de leur sensibilité normale, il en résultera non-seulement des douleurs très-vives et immédiates dans les muscles , mais aussi une surexcitation générale qui pourra produire des accidents cérébraux. Les phénomènes que je viens d'expliquer soiis la forme d'hypothèse ont été observés chez un malade que j'ai traité à la Charité, salle Saint-Louis, n° 11, dont la paralysie cérébrale était compliquée d'anesthésie cutanée et musculaire , bornée à quelques muscles du membre paralysé. Chez lui , j'avais pratiqué la faradisation pendant un assez grand nombre de séances et avec un courant des plus intenses et des plus rapides, dans les muscles frappés d'anesthésie; j'avais eu aussi le soin d'agir avec un courant très-modéré. La faradisation n'avait produit jusqu'alors ni douleurs ni surexcitation cérébrale, lorsque, pour démontrer le jeu des muscles qui avaient conservé leur sensibilité, j'eus l'imprudence de diriger sur ces derniers un courant rapide et assez intense. Bien que l'opération ait été très-courte, le malade ressentit des douleurs assez fortes dans les points excités; ces douleurs s'irradièrent dans le cou et la tête, et persistèrent plusieurs jours. Depuis lors il éprouva des phénomènes cérébraux qui nécessitèrent l'emploi des pédiluves et des manuluves. Ces accidents étaient fréquents au début de mes recherches, et m'obligeaient quelquefois de recourir à la saignée; ils ne me sont jamais arrivés quand je me suis gardé d'exciter trop vivement la sensibilité.
» Il me paraît ressortir de ces considérations que la faradisation localisée ne réagit pas sur les centres nerveux quand on la pratique de manière à ne pas exciter trop vivement la sensibilité.
» J'ai observé des phénomènes généraux d'un autre ordre, produits par la faradisation, qui, s'ils ne contre-indiquaient pas son emploi, indiquaient du moins qu'il fallait être très- circonspect dans son application. On sait que certaines personnes sont très-sensibles aux influences électriques de
l'atmosphère. Je connais une dame qui, dans les temps d'orage^ est frappée pendant quelques heures d'une paralysie générale. De même j'ai vu des sujets qui, sous l'influence de la faradisation, éprouvaient des troubles nerveux singuliers. Ces effets généraux ne sont pas le produit de l'excitation des organesy ils paraissent déterminés par la modification de l'état électrique du corps. Ainsi j'ai vu la faradisation occasionner des éblouissements, un sentiment de défaillance, un engourdissement général, alors même que l'opération, pratiquée très-faiblement, n'avait produit aucune sensation locale. J'ai observé, à la Charité, salle Saint-Vincent n° 26, une jeune fille paralytique, tellement sensible à l'excitation électrique, que la faradisation fut contre- indiquée chez elle. Les phénomènes généraux qui se développaient chez elle sous l'influence de l'électricité, étaient tels, qu'on pouvait la considérer, pour ainsi dire, comme un galvanoscope animal, analogue à la grenouille galvanoscopique de M. Matteucci (1).
» 3° Durée de chaque séance. — Combien de temps doit durer une séance de faradisation localisée, dans le traitement des paralysies musculaires, et surtout si la sensibilité est intacte? Il existe une limite qu'il serait dangereux de franchir. Cédant aux désirs des malades, qui pensaient qu'une séance de galvanisation devait agir en raison de sa durée, j'ai quelquefois prolongé cette opération outre mesure, et il en est souvent résulté des accidents de diverses natures. C'était tantôt une courbature, qui nécessitait la suspension du traitement pendant plusieurs jours, tantôt des phénomènes de congestion cérébrale de peu de gravité, tantôt enfin des douleurs musculaires, qui cependant cédaient bien vite à l'emploi de bains généraux. Ces accidents ne me sont arrivés que dans la pratique civile, où les séances de faradisation sont généralement plus longues; quelquefois ces séances ont duré jusqu'à trois quarts d'heure. Mes paralytiques des hôpitaux n'ont jamais été soumis à l'action faradique au delà de dix à quinze minutes. Malgré cette différence considérable dans la durée des séances des hôpitaux et de la pratique civile, je n'ai pas vu que l'action thérapeutique de la faradisation localisée ait été plus heureuse et plus rapide chez les malades de la ville que chez ceux des hôpitaux.
» Il est impossible de dire d'une manière précise quelle doit être la durée de chaque séance dans le traitement de la paralysie; car, si l'on a égard au temps nécessaire à la faradisation musculaire, il y a une différence entre la paralysie qui ne siège que dans un membre et cefle qui affecte la moitié du corps. Mais il me paraît établi, par les considérations précédentes, que chaque séance ne doit jamais se prolonger au delà de quinze à vingt minutes. Il faut, en conséquence, que l'opérateur acquière l'habitude de faradiser rapidement les muscles paralysés, en accordant
(1) J'ai observé chez cette malade, en présence de M. Andral et d'un grand nombre de témoins, les phénomènes électro-physiologiques les plus curieux. On en lira tous les détails dans mon Mémoire sur la galvanisation localisée dans les Arch. gén. de mc'd.. •i' série, t. XVIII, p. «S.
toutefois plus de temps aux muscles des régions profondes. On se rappelle, en effet, que le faradisme agit beaucoup plus difficilement sur ces derniers muscles, en raison du peu de surface qu'ils présentent à l'action directe des excitateurs.
» 4° Quelle doit être la durée du traitement par la faradisaiion musculaire?— Bien que je me réserve de traiter cette question importante dans un autre travail, lorsque j'étudierai l'action thérapeutique de la faradisation localisée sur chacune des espèces de paralysies, je crois qu'il importe de combattre certains préjugés qui régnent sur ce sujet dans la pratique, et qui ne permettent pas de tirer de la faradisation tout le parti qu'on est en droit d'attendre d'un agent aussi puissant. Frappé des cures rapides obtenues dans certains cas sous l'influence de l'Électricité, les médecins, en général, pensent que, lorsqu'elle ne modifie pas ou ne guérit pas une paralysie dans un temps très-court, elle doit être définitivement abandonnée.
» Vouloir que le faradisme produise toujours des merveilles, c'est exiger de lui ce qu'on n'attend d'aucun agent thérapeutique.
» Oui, la faradisation produit quelquefois des guérisons, pour ainsi dire merveilleuses ; mais il ressort de mes recherches que ces guérisons sont exceptionnelles, et que le plus grand nombre d'entre elles sont dues à un traitement suftisamment prolongé.
» Il n'existe aucun indice qui permette de prévoir quelle sera la durée d'un traitement faradique. Voici quelques faits sur lesquels j'appuie mon assertion : Au n'' 14 de la salle Saint-Jean-de-Dieu (Charité, service de M. le professeur Bouillaud), la faradisation guérit en six séances une paralysie des extenseurs des doigts et du poignet de cause rhumatismale, tandis qu'une autre paralysie semblable et, tout aussi récente fut faradisée dix fois dans le même hôpital sans aucun résultat. Après sa sortie de l'hôpital, ce dernier malade vint se faire opérer dans mon cabinet, et il ne fallut pas moins de vingt-cinq à trente séances pour lui rendre l'usage de son membre. En 1848 (Hôtel-Dieu, salle Sainte-Anne, n» 1, service de M. Honoré), j'ai soumis à la faradisation localisée une paraplégie datant de trois années, traitée sans succès par les ventouses scarifiées, par les cautères promenés sur les côtés du rachis, par 4a strychnine, etc. Depuis un an, la malade qui fait le sujet de cette observation ne pouvait faire aucun mouvement; elle éprouvait des secousses continuelles dans les membres inférieurs, qui étaient réduits à un état de maigreur extrême. De l'ensemble des symptômes de sa maladie, on avait tiré le diagnostic snvvant: paralysie spinale. La faradisation fut expérimentée, je l'avouerai, sans aucun espoir de ma part, et cependant elle produisitenquinzeséancesuneguérison complète. Unan après, lamalade entra dans le service de M. Cruveilhier pour une affection tuberculeuse. La guérison de sa paralysie s'était maintenue. Pendant que cette malade éprouvait si' rapidement l'heureuse influence du faradisme, une autre paraplégie, dite hystérique (Hôtel-Dieu, salle Saint-Bernard, service de M. Chomel), beaucoup moins ancienne, beaucoup moins grave en apparence, n'avait
éprouvé aucune amélioration après dix séances; il n'en fallut pas moins de cinquante pour la faire marcher, et encore la guérison fut-elle incomplète. Dans le service de M. Bouillaud (salle Saint-Jean-de-Dieu, n* 19, 1847), une paralysie saturnine guérit radicalement en vingt séances (1), tandis que soixante à soixante-dix séances furent nécessaires à la guérison d'une paralysie de la même espèce, du même âge et du même degré. En général, la paralysie saturnine exige un long traitement. Il est vrai que^ dans mes recherches, je n'expérimente, en général, que sur les paralysies <léjà anciennes et rebelles à tous les traitements. Je citerai encore une paralysie consécutive à une hémorrhagie cérébrale stationnaire depuis près d'un an (Charité, salle Saint-Vincent, n° 16, service de M. Andral, 1848). La malade, âgée de 59 à 60 ans, ne pouvait retenir les urines ni les matières fécales. En vingt séances, elle marcha à l'aide d'une crochette, descendit et monta l'escalier; enfin elle guérit de la paralysie des sphincters. Cependant d'autres paralysies de même espèce, moins graves en apparence, et chez des sujets jeunes, ont dû être faradisées pendant quatre à cinq mois pour être améliorées j souvent même elles n'ont éprouvé aucune influence appréciable.
» Pour juger l'action thérapeutique d'une faradisation opiniâtre, j'ai choisi dans les hôpitaux un certain nombre de paralysies anciennes, et qui pendant longtemps paraissaient n'éprouver aucune influence favorable de la faradisation. Ces sujets servant à des études et à des démonstrations électrophysiologiques et pathologiques, j'ai pu les soumettre à la faradisation pendant un an et demi à deux ans. Il en est résulté qu'un certain nombre d'entre eux en ont retiré un bien considérable.
» Enfin, il existe actuellement à la Charité un exemple remarquable des heureux effets thérapeutiques qu'on peut tirer d'un traitement faradique suffisamment prolongé. Voici le résumé de cette observation : Au n° 11 de la salle Saint-Louis (service deM. Briquet), est entré un malade affecté d'une paralysie complète du membre supérieur gauche, consécutive-à une hémorrhagie datant de dix- mois. Le membre inférieur du même côté, d'abord paralysé, a recouvré ses mouvements plusieurs mois après l'attaque. La faradisation, pratiquée pendant les deux premigrs mois de son entrée à la Charité, n'ayant paru exercer aucune influence sur l'état de la paralysie, ce malade perdit tout espoir de guérison, et voulut retourner dans son pays. Cependant, ayant obtenu de lui qu'il restât encore à la Charité quelques semaines, pendant lesquelles je le faradisai avec un appareil d'une très-grande force, j'eus le bonheur de voir les mouvements volontaires reparaître d'a-
(1) « Ces guérisons rapides sont rares dans les paralysies saturnines, qui, on le sait, sont accompagnées d'atrophie considérable. Il est vrai que, pour nous^ la guérison n'est complète que lorsque le muscle paralysé a retrouvé non-seulement ses mouvements, mais aussi sa force et son développement. Je sais que certains praticiens croient avoir guéri des paralysies saturnines en cinq ou six séances; mais alors, sans aucun doute, ils avaient affaire à des paralysies rhumatismales qui simulent la paralysie saturnine, .l'ai démontré Combien, dans ces paralysies, l'erreur est facile sans l'emploi de la faradisation comme moyen de diagnostic. »
bord dans le long supinateur, dans les pronateurs et les palmaires. Chaque séance était toujours suivie d'un mouvement volontaire nouveau, et grâce à ma persévérance, ce malade est aujourd'hui en voie de guérison. Il est à la fin du sixième mois de son traitement faradique !
» Je n'en finirais pas si je voulais multiplier les exemples, car les recherr ches auxquelles je me livre depuis plusieurs années m'ont permis de recueillir un grand nombre de faits.
» En conseillant de ne pas renoncer trop tôt à la faradisation dans le traitement des paralysies, j'espère avoir détruit un préjugé fatal à cette médication, au risque peut-être de favoriser certaines spéculations peu honorables pour l'art.