‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 3)Chapitre 112 sur 125 · C. — FARADISATION DES ORGANES GENITO-URINAIRES CHEZ l'hOMME · texte numérisé non relu

C. — FARADISATION DES ORGANES GENITO-URINAIRES CHEZ l'hOMME

» Les lésions organiques ou dynamiques qui produisent les paralysies musculaires ou cutanées portent assez souventle trouble dans les fonctions des organes génito-urinaires de l'homme. La conséquence ordinaire de ces troubles fonctionnels, c'est l'impuissance et l'impossibilité du coït, la paralysie de la vessie ou la perte de la sensibilité de cet organe.

» Pour étudier l'influence thérapeutique delà faradisation localisée, exercée sur ces différentes affections, je vais exposer succinctement les résultats de mes recherches.

» Faradisation des organes de la génération. --^La. sécrétion du sperme peut être diminuée ou pervertie ; il en résulte que l'appétit vénérien n'est plus éveillé par l'instinct génésique, ou que l'érection est nulle ou incomplète. Il m'a paru qu'il était indiqué d'agir sur l'organe sécréteur du sperme, letesticide, et sur les réservoirs chargés d'élaborer ce liquide sécrété, les vésicules séminales.

» La faradisation du testicule est des plus simples. Pour cela, on place

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les excitateurs humides sur le scrotum, au niveau du testicule ou de l'épididyme; le courant traverse alors la peau et concentre son action sur ces derniers organes (1). La sensation développée par cette opération est trèsdouloureuse, et retentit dans les lombes. Elle est analogue à celle que produit la compression du testicule ou de l'épididyme. Ce dernier est plus sensible à l'excitation électrique que le testicule. La faradisation du testicule ou de l'épididyme doit être faite avec un courant modéré; leur surexcitation pourrait être suivie d'une névralgie très-douloureuse, comme cela m'est arrivé.

» La faradisation des vésicules séminales se pratique en plaçant dans le rectum un excitateur, comme je l'ai décrit plus haut. Il est introduit dans L'intestin vidé préalablement, et dirigé de manière que l'olive qui le termine se trouve en rapport avec les vésicules séminales. Il suffît pour cela d'imprimer à l'excitateur des mouvements de droite à gauche et vice versa. Sous l'influence d'un courant intense, le faradisme traverse l'intestin, et arrive infailliblement dans les vésicules, qu'il excite énergiquement. Jen'ai pas besoin de dire que le cercle faradique doit être fermé en plaçant un second excitateur surun point peu excitable du corps. Quand il n'y a pas dé contre-indication, j'introduis un second excitateur dans la vessie, dont j'excite le bas-fond, de manière à placer les vésicules séminales entre les deux excitateurs.

B Le liquide séminal coule souvent en bavant non-seulement par une sorte de paralysie des vésicules séminales, mais aussi par la paralysie du releveur et du sphincter de l'anus, et des muscles de l'urètre. Il convient alors de farad'ser les vésicules séminales, comme il vient d'être indiqué, et de diriger l'action faradique dans chacun des muscles qui concourent à l'éjaculation. La faradisation du releveur et du sphincter de l'anus a déjà été décrite. Les muscles bulbo et ischio-caverneux se faradisent comme les muscles des autres régions du corps, c'est-à-dire en plaçant les excitateurs humides sur les points de la peau qui correspondent à leur surface.

» Les testicules, la peau du pénis, du scrotum, du périnée, le gland et le canal de l'urètre peuvent être frappés d'anesthésie complète. J'ai vu chez un malade l'impuissance ne pas reconnaître d'autre cause que cette insensibilité générale des organes génitaux. Voici le procédé d'électrisation que j'ai employé avec succès dans ce cas. J'ai excité la sensibilité des testicules à l'aide du procédé que j'ai décrit ci-dessus ; puis un excitateur vésical a été promené longtemps dans le canal de l'urètre, en agissant principalement sur le point le plus irritable : la fosse naviculaire. Enfin^la fustigation

(1) o Pendant la faradisation du testicule, alors même que l'excitateur est appliqué audessous de ce dernier, c'est-à-dire dans un point où le crémaster n'existe pas, on voit le scrotum se resserrer et le testicule remonter. Ce mouvement d'ascension du testicule est opéré par la contraction du crémaster, sous l'influence d'une action réflexe de la moelle. Lorsqu'on veut étudier l'influence directe de l'Électricité sur la contractilité du 'crémaster, il faut avoir soin de ne pas exciter en même temps ou l'épiderme, ou le testicule , oa son cordon. »

électrique par les fils métalliques a été employée à rappeler la sensibilité de la peau du pénis et du scrotum. »

A cette occasion , n'oublions pas de mentionner ici un fait des plus intéressants qui a été observé par M. E. Auber, de Mâcon, et qui, depuis, a été parfaitement confirmé par M. le docteur A. Becquerel : c'est qu'à l'aide d'une excitation directe des glandes mammaires par les courants d'induction , il est possible, dans un grand nombre de cas, de rétablir la sécrétion lactée chez les femmes récemment accouchées, alors même qu'elles ont perdu leur lait depuis un temps déjà assez long. On conçoit tout le parti qu'on peut tirer journellement de ce moyen, chez les nourrices, pour raviver cette sécrétion lorsqu'elle vient à languir et même à se supprimer plus ou moins complètement.

Ce rapide exposé des applications thérapeutiques de la faradisation , prouve que cette méthode a gagné son nom, et que grâce à l'habile persévérance de M. Duchenne, de Boulogne, l'Électricité médicale a fait un progrès plus important sans doute qu'aucun de ceux que nous lui avons vu réaliser depuis 1740. Et pourtant, ces expériences sont à leur berceau. Depuis nos deux dernières éditions, M. Duchenne a obtenu des succès qu'on n'osait pas encore proclamer il y a quelques années, et qui aujourd'hui ont une incontestable notoriété. C'est ainsi, par exemple, que dans toutes les paralysies traumatiques, fussent-elles accompagnées d'atrophie musculaire, M. Duchenne a pu restaurer la sensibilité et la motilité après avoir fait sortir un nouveau muscle de son parenchyme presque complètement envahi par la graisse. Assurément, voilà un des plus beaux efforts, et en quelque sorte l'idéal de la thérapeutique. Et de quel jour ce brillant résultat n'éclaire-t-il pas la doctrine des paralysies atrophiques et de l'action puissante des nerfs sur la nutrition des organes locomoteurs ?

Sans être aussi efficace dans les paralysies de cause externe non traumatique, la faradisation localisée conserve encore la supériorité sur tous les autres moyens thérapeutiques dans les paralysies dues uniquement à l'action immodérée et continue de certains groupes de muscles, lorsqu'il ne se joint à cette cause aucune influence diathésique. Les paralysies rhumatismales simples et récentes, surtout si elles sont dues à l'action locale du froid : telles sont la paralysie de la face, celle du deltoïde, des extenseurs de là main et des doigts, des splénius, du sterno-mastoïdien, etc., sont de ce nombre. En troisième lieu, viennent les paralysies saturnines, déjà plus rebelles, et pourtant mieux guéries par le procédé de M. Duchenne aidé du traitement général de la cachexie saturnine que par aucun autre excitateur local. Enfin, les paralysies hystériques, lorsque les malades peuvent supporter l'action électrique, trouvent dans cette action un puissant auxiliaire pour favoriser leur guérison, d'ailleurs si souvent spontanée.

Mais quand on arrive aux paralysies qui dépendent d'une maladie générale profonde et manifestée par des désordres multiples; lorsqu'on s'attaque aux paralysies spéciales, aux paraplégies, à ces affaiblissement:;

fatalement progressifs des muscles avec ou sans atrophie, compliqués trèssouvent de viscéralgies et d'irritabilité morbide, l'Électricité perd de plus en plus de son eiTicacité et compte au moins autant d'insuccès qu'elle comptait de succès dans les espèces que nous avons d'abord signalées. Il peut être indiqué quelquefois d'électriser dans les paralysies symptomatiques des hémorrhagies cérébrales, chez les malades tolérants, peu irritables, sans contracture des membres, sans céphalalgie, sans aucun signe de congestion et d'irritation cérébrale.

Le traitement des douleurs musculaires et des névralgies peut puiser de grandes ressources dans la faradisation localisée. Les douleurs rhumatismales des muscles, lumbago, torticohs, etc., sont quelquefois emportées dans une séance par une électrisation cutanée plus ou moins énergique. Il en est ainsi de quelques sciatiques récentes et sans complication de névrite. C'est par une révulsion toute particulière , par son instantanéité et plus encore peut-être par une nature tout spécialement en rapport avec celle de l'action nerveuse, que la faradisation localisée agit dans ces divers cas.

L'Électricité statique et l'Électricité galvanique, agents d'une brutalité plus appropriée aux opérations physiques et chimiques, doivent donc, en médecine, céder généralement la place à la faradisation ou Électricité par induction et localisée qui est plus en rapport avec la vie nerveuse.

Encore un pas, et peut-être s'approchera-t-on un peu plus d'une modification électrique mieux nuancée avec l'action nerveuse, et qui lui sera aussi sympathique que la lumière à l'œil. L'Électricité est l'excitant propre de la myotilité. Elle est peut-être l'agent du mouvement dans la nature physique, et comme telle, elle joue sans doute un rôle naturel aussi indispensable et aussi continu à l'exercice du mouvement des animaux que l'air atmosphérique à l'accomplissement de la respiration. Mais quelle différence entre cette Électricité naturelle, fondue avec les autres agents hygiéniques et qui soutient constamment la vie comme une de ses conditions, et l'Électricité tout artificielle de nos laboratoires ! Il semble que par la découverte des diverses espèces de ce fluide, qui ne sont après tout que des procédés difl'érents pour le dégager, on puisse imiter de plus en plus, dans nos appareils, une Électricité concentrée, mise à la disposition de l'art et aussi appropriée à l'eScitation nerveuse que celle qui entretient constamment celle-ci.

Alors on pourra pénétrer dans l'organisme à des profondeurs que n'atteint pas encore la faradisation et réahser sur celle-ci un progrès aussi grand que celui que M. Duchenne, de Boulogne, a tiré de la faradisation, aussi grand que celui de l'Électricité d'induction sur les électricités statique et galvanique.

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