‹ Traité de thérapeutique et de matière médicale (volume 3)Chapitre 114 sur 125 · ACUPUNCTURE · texte numérisé non relu

ACUPUNCTURE

briquer ses aiguilles, l'or, le platine, l'acier; il préfère toutefois l'acier, qu'il rend souple en le faisant rougir à la flamme d'une bougie. A l'extrémité mousse de l'aiguille existe un renflement cylindrique, terminé par un pertuis assez large qui puisse recevoir un conducteur métallique, si la chose lui paraît nécessaire. Pour enfoncer l'aiguille, il tend la peau, et fait tourner sur lui-même l'instrument en appuyant. L'aiguille est introduite ou obliquement ou perpendiculairement, suivant l'épaisseur des parties, suivant les tissus que l'on veut atteindre, suivant la nature de la maladie. On adapte quelquefois à la tête de l'instrument un fil métallique , dont on plonge l'extrémité dans un vase de métal contenant de l'eau salée, ou qui est destiné à transmettre aux parties des courants électriques, lorsque l'on veut pratiquer l'électro-puncture. Il laisse l'aiguille dans les tissus beaur coup plus longtemps que les Chinois et les Japonais ; mais le temps de l'application est fort variable. Quelquefois , comme dans certaines névralgies récentes , l'Acupuncture a produit son effet dès la cinquième ou la sixième minute, très-rarement plus tôt; d'autres fois, comme dans certains rhumatismes anciens, il n'y a pas d'effet avant une heure. Il faut, dans tous lès cas, attendre que la douleur morbide ait plus ou moins complètement disparu. D'autres fois, on ne peut obtenir de résultats qu'en laissant l'instrument dans les tissus pendant un et même plusieurs jours. En général, après l'introduction de cet instrument dans un point douloureux, ou les douleurs disparaissent entièrement au bout de quelques minutes, ou elles changent de place, ce qui est de très-bon augure; ou enfin elles s'étendent, et, dans ce cas, quand l'aiguille, est retirée, assez souvent elles disparaissent entièrement , ou bien elles sont moins vives. ( Dantu , Traité de V Acupuncture, Paris, 1826.)

Les sensations que le malade éprouve pendant l'application des aiguilles varient moins en raison de la maladie contre laquelle le moyen thérapeutique a été employé qu'en raison des dispositions individuelles du patient. ' Les uns éprouvent des élancements pénibles et isochrones aux jDulsations artérielles ; les autres, le sentiment d'une pression douloureuse, d'un courant qui leur semble se diriger du côté de l'instrument; ceux-ci, un engourdissement accompagné de frissons généraux , de froid local; ceux-là, une chaleur vive et une sueur abondante qui couvre les parties voisines du point où l'aiguille est implantée. Il en est qui n'éprouvent rien; d'autres, au contraire, chez qui les douleurs sont assez aiguës pour donner lieu à des hpothymies.

On n'introduit ordinairement qu'une aiguille quand on veut agir sur un point très-hmité; mais lorsqu'il est nécessaire de modifier une partie trèsétendue, on applique plusieurs aiguilles soit simultanément, soit successivement.

M. Gloquet faisait un précepte d'éviter les troncs nerveux; M. Bonnet, de Lyon, conseillait, au contraire, de les traverser avec l'aiguille, si faire se pouvait. On a conseillé aussi avec raison de ne pas piquer les gros troncs artériels et veineux.

Cependant les expériences de M. Bretonneau avaient démontré que l'on pouvait impunément planter des aiguilles dans le cerveau , la moelle, les poumons, le cœur, les vaisseaux, le foie, la rate, les intestins, etc., etc. ; et les histoires nombreuses de gens aliénés qui ont avalé de grandes quantités d'épingles ou d'aiguilles lesquelles se sont fait jour par tous les points du corps, sembleraient démontrer que les craintes de quelques médecins étaient peut-être exagérées.

11 est bien évident que l'application momentanée d'une aiguille dans les organes les plus délicats ne peut entraîner aucun inconvénient notable ; mais il n'en saurait être de même , quand l'instrument est laissé pendant quelques heures dans la même place. L'expérience démontre, en effet, qu'il se forme autour de l'aiguille un noyau inflammatoire qui simule assez bien un engorgement furonculaire; et il est difficile de croire qu'une pareille fluxion ne puisse pas entraîner des accidents funestes, si elle était provoquée dans un organe essentiel à la vie.

En lisant avec un esprit de critique tous les travaux qui ont été publiés sur l'Acupuncture, on reste convaincu que ce moyen n'est réellement utile que dans le traitement des aff'ections rhumatismales et dans certaines maladies spasmodiques. Mais c'est seulement dans le rhumatisme apyrétique et non articulaire, dans les spasmes locaux qui ne sont liés à aucune lésion grave de l'encéphale et de la moelle , que Ton obtient par l'Acupuncture des avantages que d'autres médicaments n'avaient pu donner.

Aussi les recueils sont remplis d'histoires de névralgies faciales, de sciatiques, de pleurodynies, de rhumatismes interarticulaires guéris par TAcupuncture. Il en est de même de quelques phénomènes nerveux spasmodiques. tels que des hoquets convulsifs, des vomissements qui n'étaient pas accompagnés de fièvre et qui ne se liaient pas à un état inflammatoire de l'estomac.

Quant aux autres cures que l'on attribue à l'Acupuncture, telles que celles de certaines fièvres, de certains flux , elles ne sont ni assez nombreuses ni assez bien constatées pour que nous en fassions ici une mention spéciale.

Nous avons nous-mêmes, il y a quelques années, employé l'Acupuncture un assez grand nombre de fois pour traiter des rhumatismes musculaires, des douleurs fixes, des névralgies, etc. Dans la plupart des cas, nous avons observé que la douleur ou le mal disparaissaient immédiatement après la pénétration de F aiguille dans les tissus ; c'est là , d'après les observations que nous avons pu recueillir, le phénomène principal et le plus remarquable de l'Acupuncture. Il se manifestait souvent aussi chez les malades, après l'application des aiguilles, un sentiment de pesanteur dans la partieacupuncturée, quelquefois un peu d'oppression à la poitrine. On remarquait presque constamment un peu de rougeur et de chaleur au point d'immersion de l'aiguille. Une fois, dans un cas de rhumatisme apyrétique, nous avons vu la peau autour de la piqûre se couvrir de sueur.

Si maintenant nous recherchons les voies par lesquelles l'Acupuncture

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produit la guérison dans les névralgies et les rhumatismes, il nous deviendra bien difficile de les découvrir.

Il est bien évident que l'aiguille enfoncée dans les fibres musculaires appartenant aux organes de la vie animale ou de la vie organique agit en excitant leur contraction, et ce phénomène tout expérimental peut se passer sous nos yeux ; à ce titre l'Acupuncture doit évidemment se ranger parmi les moyens excitateurs j mais est-ce par les mêmes propriétés qu'elle guérit les rhumatismes , les névralgies, qu'elle calme certains spasmes? c'est ce qu'il nous est impossible de dire , et probablement nous n'arriverons jamais à connaître le mécanisme de cette curation. Pelletan, ancien professeur de physique à la Faculté de médecine de Paris, à qui certes on ne peut contester un esprit ingénieux, cherchait à exphquer tout physiquement les phénomènes curatifs de l'Acupuncture.

Cependant, indépendamment des théories qui ne sont probablement qu'ingénieuses, quelques médecins ont essayé d'utiliser les propriétés évidemment excitatrices de l'Acupuncture pour rappeler à la vie les noyés. Cette heureuse idée est due à Garrero {Annali universali di Medicma^ Omodei, i825). Cet expérimentateur asphyxia et noya un grand nombre d'animaux, et quoique la mort fût apparente depuis un temps assez long, il les rappela pour la plupart à la vie en stimulant les fibres du cœur et celles du diaphragme à l'aide d'aiguilles qu'il y enfonçait. Il est regrettable qu'un pareil moyen, qui assure à son auteur une place honorable parmi ceux qui ont fait d'utiles découvertes, ne soit pas popularisé et soit même tombé en oubli parmi les médecins. Par là on sauverait probablement la vie à beaucoup d'enfants nouveau-nés, et beaucoup de noyés pour lesquels on n'emploie que des moyens externes ou mécaniques ordinairement insuffisants.

ÉLECTRO-PUNGTUIIE.

Déjà l'opinion des médecins était fixée sur l'utilité de l'électricité et du galvanisme, l'acupuncture était également assez bien appréciée , lorsque M. Sarlandière imagina de combiner ces divers moyens et d'exciter profondément les diverses parties en y enfonçant des aiguilles qu'il faisait communiquer avec divers appareils électriques. Cette combinaison heureuse est certes plus efficace que ne le sont isolément l'électricité ou l'acupuncture.

'Pour pratiquer l'Électro-puncture ou la Galvano-puncture, ce qui revient au même, on se sert d'aiguilles semblables à celles ^ue l'on emploie pour l'acupuncture, avec cette ditférence que leur tête est garnie d'une ouverture qui peut recevoir un des conducteurs de la machine électrique ou de la pile. La manière d'enfoncer les aiguilles, le lieu qu'elles doivent occuper n'ont rien qui mérite une mention spéciale. Toutefois nous ferons remarquer que, si Ton peut piquer avec les aiguilles le cerveau, le cœur, les intestins, les vaisseaux d'un animal vivant, on ne pourrait pas sans un grand inconvénient faire passer des courants électriques par ces aiguilles. C'est

que le passage de l'électricité modifie de telle manière les tissus, que souvent il survient une violente inflammation sur le trajet de l'instrument, comme le prouve l'apparition des furoncles autour des piqûres.

Cet inconvénient réel a fait sentir aux médecins la nécessité du principe suivant ; savoir : que TÉlectro-puncture ne doit pas être faite plus de quinze à vingt minutes.

UÉlectro-puncture a été employée dans tous les cas où l'électricité et l'acupuncture ont été conseillées; toutefois nous mentionnerons plus spécialement les rhumatismes chroniques avec atrophie des muscles, les sciatiques invétérées, l'hémiplégie faciale, les hernies engouées, les asphyxies, par immersion, ou bien celle des nouveau-nés.

Dans l'administration de la Galvano-puncture, il faut avoir soin de donner de légères secousses en déplaçant de temps en temps les disques auxquels sont attaches les conducteurs métalliques; mais ces secousses, d'abord très-légères, ne doivent être augmentées que si la partie est profondément insensible, et si le malade les supporte avec facilité.

On peut poser en principe : que les secousses doivent être d'autant plus énergiques et d'autant plus souvent répétées, que la maladie s'éloigne davantage du début, que les symptômes inflammatoires sont moins prononcés, et que les tissus sur lesquels on agit sont doués d'une moindre sensibilité.

On remarque souvent que les premières séances occasionnent de vives douleurs, surtout quand on oppose laGalvano-puncture à des névralgies ou à des rhumatismes; c'est un motif , non de supprimer la médicatipn, mais de la modérer seulement ; à moins pourtant qu'il ne survienne des symptômes d'inflammation locale, auquel cas il faudrait cesser pour y revenir dès que les accidents auraient disparu.

Quand on oppose ce moyen aux paralysies en général, il faut attendre seulement que les accidents aigus qui ont donné lieu à cette paralysie soient en partie dissipés; mais dans les névralgies et dans les rhumatismes, il faut surtout avoir soin de n'employer l'Électro-puncture que dans Tintervalle des paroxysmes; autrement on risque de produire, séance tenante, une horrible exacerbation des douleurs. Ce n'est pas que quelquefois la névralgie la plus aiguë ne se calme par l'application de l'aiguille et par l'électrisation; mais ces cas sont les plus rares, et par conséquent il n'est pas permis d'y compter.

Aimant. — (Màyvrif;, des Grecs ; Magnes des J^atins. — On donne le nom A' Aimant naturel ou pierre d'Aimant à l'une des variétés du fer oxydulé (fer oxydulé amorphe, de Haûy), qui a la propriété d'attirer le fer, propriété susceptible d'être transmise à l'aide de certains procédés à diverses substances métalliques, telles que l'acier en particulier, qui prend alors la dé-

nomination|d'^^m«w^ artificiel. La pierre d'Aimant doit son nom à l'aspect qu'elle présente, et qui se rapproche plus de l'aspect des pierres que de celui des métaux. Sa texture est compacte, quelquefois granuleuse^ écailleusej sa couleur varie du noir au blanchâtre. Elle produit une poussière noire quand on la pulvérise. On eii trouve en masses plus ou moins considérables en Suède, en Norwége, à l'île d'Elbe, en Chine, aux îles Philippines, etc. Les phénomènes qui s'observent par l'action des Aimants naturels ou artificiels sur divers métaux constituent, sous le nom de magnétisme, une branche importante de la physique. Nous allons en exposer les principaux résultats, sinon pour aider à l'uitelligence des effets attribués à l'Aimant sur l'organisme humain, du moins pour faire connaître les propriétés essentielles d'un corps employé en thérapeutique, et pour en diriger l'emploi.

§ \. Des propriétés physiques de l'Aimanta

Il y a en général dans chaque Aimant deux points opposés, qui manifestent des actions contraires et auxquels on donne le nom de pôles. Comme dans les corps électriques, les pôles analogues se repoussent et attirent les pôles contraires. C'est sur cette propriété de polarité qu'est fondée la théorie de la boussole, dont l'aiguille aimantée se dirige constamment par ses extrémités vers les pôles de la terre, avec des variations légères connues sous les noms de déclinaison et d'inclinaison, qu'il ne nous convient pas de décrire ici. 1-e globe terrestre exerce à l'égard de l'aiguille aimantée la même influence que le ferait un vaste Aimant dont les pôles seraient dirigés dans le sens du midi au nord.

L'intensité de l'action des Aimants n'est pas en raison de leur masse ; leur décoré de puissance attractive dépend probablement de quelque autre condition, telle que l'arrangement moléculaire. Il y a des Aimants très-faibles sous un grand volume, et vice versa. Cette attraction s'exerce à distance au travers de l'air, du vide et au travers de tous les corps, quels qu'ils soient, pourvu qu'ils ne contiennent pas de fer ; mais elle diminue à mesure que la distance augmente, dans la proportion du carré. La propriété magnétique, c'est-à-dire d'être attiré par l'Aimant, et par conséquent de l'attirer, est plus ou moins apparente dans toutes les substances ferrugineuses,'soit que le fer n'y soit que mélangé accidentellement, soit qu'il s'y trouve à l'état de combinaison. La fonte, la plombagine, les oxydes et sulfures de fer exercent sur l'aiguille aimantée une action plus ou moins sensible. Il est quelques corps qui, par leur mélange avec le fer; atténuent plus que d'autres ses propriétés magnétiques. Ce métal n'est pas le seul qui présente ces propriétés. Le nickel et le cobalt, le chrome, et même le manganèse, mais à certaines conditions, à une température de 15 à 20°+ 0, sont attirables par l'Aimant. Ces corps, tant qu'ils touchent à un Aimant, en ont toutes les propriétés-, mais celles-ci disparaissent aussitôt qu'on les en sépare. La force de l'Aimant entouré de fer, d'après certaines dispositions,

est même augmentée : cette espèce d'entourage est ce qu'on nomme l'armure ou l'armature d'un Aimant.

Les Aimants deviennent plus faibles par la chaleur; mais ils reprennent leur énergie par le refroidissement. Ils perdent totalement leurs propriétés lorsqu'on les fait rougir au feu. La pulvérisation, l'oxydation et la dissolution les leur enlèvent également.

Nous avons dit que la pierre d'Aimant pouvait communiquer ses propriétés à certains corps. L'acier trempé jouit surtout de ce privilège. A l'aide d'un contact prolongé ou de frictions répétées, faites suivant certains sens et avec certaines précautions, qui constituent les divers procédés d'aimantation par simple ou double touche, par touche séparée, l'acier devient un véritable Aimant. On peut aussi aimanter avec un Aimant aussi longtemps et aussi souvent qu'on le veut sans lui rien faire perdre de sa force d'attraction. C'est ainsi qu'on fait des Aimants artificiels, qui sont d'autant plus utiles qu'on peut en varier, suivant les besoins , les formes et les dimensions, et leur donner une puissance magnétique beaucoup plus grande que celle des Aimants naturels. L'acier ne se comporte pas comme le fer à l'égard de l'Aimant, quoique la limaille d'acier ne soit guère moins attirable que celle de fer. Mais les morceaux d'acier d'un volume un peu consisidérable, et surtout les morceaux d'acier fortement trempé, ne paraissent d'abord recevoir aucune influence de la part des Aimants: ce n'est qu'après un quart d'heure ou une demi-heure de contact qu'ils deviennent susceptibles d'être attirés, et ils ont en même temps les qualités aimantaires. Ils ont, comme le disent les physiciens, une force coercitive qui fait qu'ils cèdent lentement à l'action de l'Aimant. Le fer tordu, écroui ou tourmenté en différents sens, le nickel et le cobalt qui ont subi diverses préparations ou actions mécaniques, se comportent comme l'acier. On appelle fer doux celui qui n'a pas de force coercitive.

Si l'on réunit parallèlement plusieurs barreaux aimantés par les pôles homogènes, et qu'on joigne ces pôles par du fer doux, il résulte de là un seul Aimant renforcé, ou ce qu'on appelle une batterie magnétique.

Les phénomènes tout particuliers des Aimants les ont fait longtemps classer à part comme dérivant d'une propriété spéciale. Les physiciens les attribuèrent par conséquent à un fluide magnétique, d'une nature différente de celle des autres agents dits impondérables qu'ils ont admis hypothétiquement. On connaissait déjà l'influence de l'électricité sur les aiguilles des boussoles; on savait que les verges des paratonnerres acquièrent parfois des propriétés aimantaires. Les expériences récentes d'CErsted, Ampère et Arago, ont démontré l'identité des phénomènes magnétiques et des courants électriques. M. Arago est parvenu à aimanter complètement une aiguille d'acier au moyen du courant voltaïque. Quoiqu'il reste encore quelques différences dont on ne peut se rendre compte entre les phénomènes du magnétisme et ceux de l'électricité, on est actuellement convaincu que les propriétés magnétiques dérivent de la propriété plus générale de l'électricité.

§ H. Des effets physiologiques et thérapeutiques des Aimants.

Les peuples anciens connurent de bonne heure les propriétés physiques de l'Aimant , et il suffisait que dans l'action magnétique il y eîit quelque chose de merveilleux et d'inexplicable pour que la médecine et le sacerdoce, unis alors, cherchassent à faire naître et à accréditer des erreurs dont ils savaient habilement profiter. Aussi les histoires politiques et sacrées de l'Egypte, de la Perse, de la Judée, font-ehes foi des idées superstitieuses que l'on attachait, dans les premiers âges, aux vertus médicales et surnaturelles de l'Aimant. Il paraît cependant que l'Aimant n'était porté qu'en amulette, et il faut arriver aux premiers siècles de Fère chrétienne pour trouver les traces de l'emploi un peu plus raisonnable de FAimant.

Pris à l'intérieur, il était, suivant Galien, hydragogùe et purgatif ;Dioscdride le regardait comme très-propre à chasser l'atrabile; Avicenne le croyait souverain dans les maladies de la rate.

Il est certain que les sels et les oxydes de fer jouissent encore au plus haut degré des vertus attribuées à l'Aimant par Avicenne, Dioscoride et Galien ; et il faut convenir avec Vogel que les anciens se servaient beaucoup de l'Aimant pour guérir certaines maladies que nous traitons avec succès parties préparations martiales. Nous savons en effet, aujourd'hui, tout ce que peut le fer dans certaines hydropisies et dans la convalescence des fièvres intermittentes, qui s'accompagnent de décoloration des tissus et d'hypertrophie de la rate.

Quant à l'opinion de Dioscoride sur l'atrabile, nous avouons que nous avons commencé à en comprendre la cause lorsque les recherches longtemps continuées sur l'emploi thérapeutique du fer nous ont appris que ce métal, sous quelque forme qu'on le fasse prendre, donne aux garde-robes une couleur noire comme celle de l'encre.

Cependant l'usage extérieur de l'Aimant avaif prévalu exclusivement, d'autant plus que bien des médecins avaient attribué à cette substance, ainsi qu'au fer, des propriétés vénéneuses fort actives. Au quatrième siècle, Marcellus l'empirique faisait porter au coudes pierres d'Aimant pour calmer les douleurs de tête. Un peu plus tard, Aétiusd'Amida recommandait aux goutteux et aux rhumatisants, tourmentés de douleurs aux pieds et aux mains, de tenir dans la main des pierres d'Aimant.

Mais, pendant tout le moyen âge, ce médicament ne fut guère employé que par les charlatans et les sorciers; aussi n'est-il pas de contes absurdes relatifs à l'Aimant dont ne fourmillent les écrits laissés par les moines, les magiciens et les astrologues de cette ère d'ignorance et de superstition.

Vers le milieu du dix-septième siècle (1656), Pierre Borel expérimenta avec quelque philoosphie, et crut avoir constaté les heureux effets de l'Aimant employé topiquement pour guérir les maux de dents et les dou-

leurs des yeux et des oreilles ; il raconte aussi qu'il calmait la suffocation hystérique en faisant porter au cou des femmes un morceau d'Aimant.

Un peu plus tard (1686), on lisait dans les Éphémérides d'Allemagne, qu'une femme atîectée de la goutte sereine avait été manifestement soulagée par l'application simultanée d'une pierre d'Aimant derrière la nuque et de petits sachets remplis de limaille de /er sur les yeux.

C'est à peine si jusqu'en 1763 il fut question de l'Aimant dans les auteurs et dans les journaux scientifiques. Cependant HoUmann, en 1700, avait publié une thèse sur les remèdes antiodontalgiques, au nombre desquels il plaçait l'Aimant; et quelques faits isolés avaient été racontés dans le Mercure de France (1726), dans la Gazette salutaire, etc., etc.

En 1763, l'abbé Lenoble, qui s'occupait de physique expérimentale avec talent et succès, imagina des Aimants artificiels et fit des baguettes et des batteries d'acier aimanté qui eurent une grande vogue pendant douze ans, et qui guérirent miraculeusement, dit-on, presque tous les maux de dents. Klarich, médecin du roi d'Angleterre, confirma par l'expérience les résultats annoncés par Lenoble; Weber, Ludwig et d'autres observateurs étendaient encore cette médication à quelques autres maladies nerveuses, mais . avec un succès au moins équivoque.

De graves et longues coniroverses s'élevaient de toutes parts au sujet de FAimant. On convenait généralement que l'application des baguettes et des batteries aimantées ou même de la pierre d'Aimant elle-même eahnait ou guérissait quelquefois les douleurs des dents ; on applaudissait encore à l'heureux parti qu'avaient tiré des propriétés physiques de cette substance l'illustre Morgagni, et avant lui Fabrice de Hilden et Kerkringius, qui s'en étaient servis avec le plus grand succès pour extraire des parcelles de fer enfoncées dans l'épaisseur de la cornée. Mais on reléguait avec raison parmi les absurdités les emplâtres aimantés, que les alchimistes du moyen âge appliquaient sur les diverses parties du corps, soit pour guérir les plaies, soit pour retirer des fragments d'épée, de flèche ou de lance qui étaient restés au fond des blessures; on doutait avec raison des guérisons miraculeuses de la goutte, des cancers, des hernies, etc., etc., dont les partisans du magnétisme grossissaient sans cesse l'importance par le scandale et le zèle de leurs publications.

Tel était à peu près l'état de la science, quand le père Hell, célèbre astronome de Vienne en Autriche, inventa les armures aimantées, c'est-àdire des plaques d'acier qui en deux ou plusieurs pièces s'adaptaient à la forme des parties sur lesquelles on les appliquait. Cette idée se propagea avec rapidité, et l'année suivante, Mesmer, en Allemagne, et l'abbé Lenoble, en France, propagèrent la médication par les armures magnétiques, avec un zèle inspiré peut-être moins par une confiance fanatique que par des sentiments qu'un médecin honnête craindrait d'avouer. L'influence de la mode les seconda merveilleusement, et le sort du magnétisme minéral fut plus brillant encore à cette époque que ne le fut celui du magnétisme animal quelques années plus tard. Il y avait pourtant cette différence entre

Hell, Lenoble et Mesmer, que les deux premiers, avec de véritables connaissances physiques, furent entraînés par l'engouement du public au delà des conclusions légitimes auxquelles l'observation les aurait conduits, tandis que Mesmer, mêlant à d'absurdes idées en physique des rêveries astrologiques dignes du quinzième siècle, employa les plus honteuses jongleries pour faire connaître un moyen qui ne tomba dans le discrédit qu'à cause des exagérations mensongères à l'aide desquelles on voulut le soutenir. Cependant Unzer, d'Altona; Deimann, d'Amsterdam; Hensius, de Sorau; et surtout de Harsu, de Genève, propagèrent les idées de Mesmer en n'y apportant que peu de modifications, et racontèrent un grand nombre de faits qui ne sont pas toujours croyables. Ainsi leurs écrits fourmillent d'histoires de guérisons chez les malades atteints de crampes, de convulsions, de paralysies, de rhumatismes, etc., etc., par l'usage de l'Aimant. Mais en lisant ces observations on reste convaincu que ceux qui les ont faites avaient, d'une part, des connaissances médicales incomplètes, et, d'autre part, trop peu de défiance des malades auxquels ils donnaient des soins. Cependant l'abbé Lenoble, qui croyait peut-être à la vertu des plaques aimantées, soumit, en 1777, un mémoire sur ses travaux physiques et thérapeutiques à' la Société royale de médecine de Paris: ce corps savant saisit avec empressement l'occasion d'apprécier à sa juste valeur un remède trop universellement vanté pour ne pas devoir inspirer quelque défiance. Andry et Thouret, dont la probité médicale et le talent d'observation offraient toutes les garanties désirables, furent chargés par la Société de suivre les expériences de Lenoble, et d'en faire eux-mêmes un, assez grand nombre. Ces savants estimables rendirent compte de leurs travaux dans un. mémoire dont on ne saurait trop louer l'esprit philosophique. Ils purent constater des guérisons non équivoques de névralgies, d'hémicranies, de tics douloureux, de maux de dents, d'ophthalmies intermittentes, de rhumatismes, de gastralgies, de paralysies hystériques. Ce mémoire eut pour effet de ramener à leur juste valeur les prétentions des magnétiseurs, et de préciser les circonstances dans lesquelles l'Aimant pouvait être, sinon le meilleur moyen de guérison, du moins une arme thérapeutique qu'il ne fallait pas négliger lorsque les médications ordinaires avaient échoué.

Depuis lors, Kumpel en Prusse, Thouret, dansl'Encyclopédie méthodique, et plusieurs bons observateurs de notre époque, parmi lesquels on doit citer Marcellin, Halle, Laënnec et MM, Alibert, Cayol, Chomel, Récamier, Alexandre Lebreton et plus récemment M. Burq ont constaté la vérité de la plupart des observations publiées par Andry et par son collaborateur. Pour nous, qui nous sommes quelquefois servis de l'Aimant, nous pouvons affirmer que cet agent thérapeutique exerce sur les parties avec lesquelles il est en contact une influence qu'il est impossible de rapporter seulement à l'imagination des malades. Nous avons vu des douleurs névralgiques modi= fiées, des accès de dyspnée nerveuse rapidement arrêtés, etc.

Sans vouloir entrer ici dans des-détails qui, pour être pratiques^ n'auraient pourtant pas une importance suffisante^ nous laous bornerons à indiquer:

1" la manière d'appliquer les Aimants ; 2" les effets physiologiques que produit cette application : nous renverrons, pour les effets thérapeutiques de l'Aimant, à ce que nous avons dit plus haut, nous contentant de terminer cet article par de courtes conclusions.

Manière d^ appliquer les armures aimantées.

On se sert, comme on sait, pour composer les armures, de plusieurs pièces d'acier aimanté qui se moulent exactement sur la forme des parties. Elles sont à leurs extrémités percées de trous destinés aux lacets à l'aide desquels les pièces sont attachées les unes aux autres. Une précaution est indispensable quand on les applique, c'est de les opposer pôle à pôle, de manière que le pôle sud regarde le pôle nord. Aussi doit-on avoir soin d'indiquer les pôles en faisant graver sur les plaques les lettres S et N. On les maintient à l'aide de rubans ou de lacets, et ensuite on les recouvre avec une cravate ou une bande qui entoure la partie.

Lorsque la douleur n'occupe qu'un point, l'armure n'a besoin d'être composée que de deux pièces; ainsi, pour une névralgie temporale, une des plaques serait apphquée sur la tempe douloureuse, et l'autre du côté opposé; quelquefois même, lorsque la douleur est fort circonscrite, une seule plaque suffira : aussi un simple barreau aimanté appliqué sur une dent cariée pourra en faire disparaître la douleur. Mais quand le mal occupe toute la longueur d'un membre, comme dans une sciatique, il faudra appliquer trois ou quatre paires d'Aimant à des hauteurs différentes; et si l'on veut guérir une dyspnée qui s'accompagne de palpitations de cœur, on entourera la poitrine d'une zone composée d'au moins quatre pièces. Il en serait de même si l'on voulait combattre une douleur qui occuperait toute la tête ou l'épaisseur d'un membre.'

Le temps pendant lequel on peut porter une armure aimantée varie en raison même de la ténacité de la maladie à laquelle la médication est opposée. Ainsi dans des cas de rhumatismes, de névralgie, il est souvent nécessaire de tenir les Aimants appliqués pendant plusieurs semaines et même pendant plusieurs mois-; quand la maladie est intermittente, la médication doit l'être elle-même ; ainsi nous avons réussi à calmer temporairement des accès d'orthopnée qui revenaient chaque nuit, en faisant porter la nuit aux malades deux plaqties aimantées autour du cou.

Lorsque les armures doivent rester plus de quinze jours en contact avec la peau, il est convenable de les faire aimanter : sans cette précaution, elles perdent toutes leurs propriétés. Mais comme l'oxydation est la cause qui affaiblit la vertu magnétique, on la prévient efficacement en faisant recouvrir la face interne des armures d'une feuillle d'argent ou de platine.

Il n'est pas toujours nécessaire de se servir de deux Aimants, lors même que l'on veut obtenir un courant magnétique à travers les parties. Ainsi on applique des sachets de limaille de fer du côté opposé à l'Aimant , et l'on oblicr^t des effets qui sont fort appréciables, quoique moins sensibles que ceux auxquels on parvient à l'aide des nrnuires. >

Effets physiologiques de l'Aimant.

L'application d'une armure aimantée ne produit ordinairement aucun effet sensible^ et nous avons pu nous en assurer souvent. Quelquefois, cependant, dès que la température des pièces de l'appareil est en équilibre avec celle du corps, on éprouve au point de contact une titillation qui dégénère en prurit : en même temps la peau devient plus chaude, plus injectée , et elle se couvre de sueur, de manière à oxyder l'acier en peu de jours, et quelquefois même dans l'espace de cinq ou six heures. îl est remarquable, et cette observation, faite par Andry et Thouret, a été répétée par M. Lebreton , que l'oxydation n'a pas lieu si" le contact de l'armure n'a pas produit ou la diminution de la douleur, ou les sensations inaccoutumées dont nous venons de parler.

Quand les pièces aimantées sont restées longtemps appliquées , elles finissent par causer sur la peau une éruption vésiculeuse [eczéma simplex), qui apparaît le plus souvent au-dessous de l'armure elle-même, et quelquefois à une certaine distance de l'endroit sur lequel elle était placée. ,

Quelques malades accusent encore des sensations d'un autre genre : ils voient des bluettes, ou éprouvent des tintements d'oreille , quand une armure est placée autour de la tête. D'autres éprouvent de fortes palpitations si le cœur se trouve placé dans le courant magnétique. Andry et Thouret ont vu des purgations violentes être provoquées par l'application de plusieurs Aimants en ceinture; et nous-mêmes, ayant mis un Jour une plaque aimantée sur le creux de l'estomac d'une dame et une autre dans le point correspondant , au dos , dans le but de guérir une douleur qu'elle ressentait, nous provoquâmes par ce moyen une forte indigestion, la seule que cette malade eût éprouvée de sa vie.

Ces effets, qui ne doivent peut-être pas être mis exclusivement sur le compte de l'Aimant, permettent de ne pas révoquer entièrement en doute ce que les auteurs ont dit des phénomènes nerveux auxquels donnait lieu quelquefois l'application de fortes armures aimantées.

Effets thérapeutiques de l'Aimant.

n nous reste bien peu de chose à dii-e sur les effets thérapeutiques de l'Aimant, après les résultats que nous avons indiqués plus haut. Il résulte des expériences consciencieuses qui ont été faites à ce sujet, que l'Aimant n'a réellement réussi que dans des névroses, des névralgies, et dans des rhumatismes; que ce moyen, en général fort infidèle, ne doit être mis en usage que lorsque l'on a vu échouer tous ceux qui réussissent ordinairement ; que néanmoins il produit chez certaines personnes des effets plus rapidement avantageux qu'aucune autre médication.

L'analyse rapide de quelques faits suffira pour donner l'idée des cas spéciaux dans lesquels l'agent thérapeutique dont nous nous occupons pourra i^tre employé avec quelque avantage.

A. NÉVROSE. Angine de poitrine, dyspnée nerveuse, orihopnée intermittente, palpitations, hystérie. — Une dame était atteinte d'une angine de poitrine dont les paroxyismes se rapprochaient d'une manière effrayante. En même temps l'intensité de la douleur augmentait : aussi , depuis huit jours, les accès étaient tels, que la vie semblait menacée à chaque instant. Après avoir essayé une multitude de médications sédatives , et ne pouvant désormais procurer du soulagement', même par l'application de Fhydrochlorate de morphine sur des vésicatoires placés le long des nerfs du bras et sur la région du cœur, M. A. Lebreton conseille l'Aimant. Une armure de deux pièces fut placée sur la poitrine, une plaque fut appliquée sur la région du cœur, l'autre eh arrière, dans la région correspondante : le soulagement fut immédiat. La malade passa vingt jours sans accès, et, depuis, elle éprouva encore des paroxysmes qui n'ont eu .que peu de violence. L'angine de poitrine n'a point été guérie, mais elle a été modifiée par l'Aimant mieux que par toute autre médication. Il est important de remarquer que la plaque qui s'appuyait sur la région précordiale s'oxyda, promptement, et que la peau se recouvrit d'une multitude de petits furoncles. Un fait analogue est cité dans le mémoire d'Andry et Thouret, p. 610.

Laënnec se loue aussi de l'Aimant dans le traitement de l'angine de poitrine {Auscultation/médiate, i. II). Il a vu cet agent thérapeutique calmer souvent, ou .tout au moins modérer les douleurs occasionnées par cette terrible maladie.

Les succès qu'il a obtenus dans le hoquet spasmodique n'ont pas été moins sensibles.

Dans la dyspnée et l'orthopnée dites nerveuses , les armures aimantées ont été employées avec succès par MM. Marjolin, Récamier, ainsi que par Marcellin, Laënnec, et quelques médecins du dernier siècle. Nous avons pu nous-mêmes recueillir deux faits qui prouvent que , si l'Aimant ne guérit pas ces maladies, il peut du moins en modérer la violence.

Un jeune homme de trente ans était, depuis huit années, tourmenté d'une Orthopnée intermittente, qui revenait seulement pendant la nuit. Il n'existait aucune lésion appréciable du poumon et du cœur. Après avoir inutilement employé les bains, les antispasmodiques , les narcotiques , les vésicatoires, les cautères, les purgatifs, les saignées, les sangsues, etc., etc., nous eûmes recours à une armure aimantée. Une des pièces fut placée au devant du larynx, l'autre sur la nuque : on ne les maintint sur la peau que pendant la nuit. Deux semaines se passèrent sans accès, puis le mal reparut avec quelque violence. Comme les plaques s'étaient oxydées , nous les fîmes réaimanter, et elles amenèrent encore un amendement aussi notable que la première fois. Bientôt cette médication ne fut plus d'aucune utilité, et nous eûmes recours aux feuilles de datura stramonium, que nous fîmes fumer au malade. Ce moyen si simple a complètement réussi, et le malade, qui depuis six mois ne pouvait se coucher, n'a pas éprouvé un seul accès violent dans l'espace de plusieurs années.

Un de nos amis, avocat distingué du barreau de Paris, a été également

soulagé par une armure aimantée dans une dyspnée, qui revint pourtant, malgré l'usage continué de ce moyen.

Les faits ne manquent pas dans Unzer, Deiman, de Harsu,Thouret, etc., qui semblent prouver la grande efficacité de l'Aimant dans l'hystérie ; mais quand on se rappelle les guérisons miraculeuses du cimetière Saint-Médard, on doit toujours accueillir avec défiance les histoires où figurent des femmes hystériques. ^

Nous avouons que nous ne croyons pas davantage aux hoînhreuses guérisons d'épilepsies rapportées avec trop de confiance par Lenoble, Mesmer, Deiman, de Harsu, Andry etThouret, etc. Dans la plupart des faits cités par ces auteurs, le diagnostic difl'érentiel entre cette terrible maladie et les autres affections convulsives n'est point assez nettement établi ; et d'ailleurs, dans le cas même où l'épilepsie aurait été modifiée pendant l'emploi de l'Aimant, on n'en pourrait encore rien conclure , car les expériences de M. Esquirol n'ont-elles pas démontré que la tentative d'une médication quelconque suffisait pour diminuer quelquefois pendant plusieurs mois la fréquence et la gravité des attaques d'épilepsie ? (Esquirol, Leçons cliniques sur la folie.)

B. Névralgieso — C'est surtout dans les névralgies proprement dites et dans les tics douloureux que les armures magnétiques ont été employées avec un succès incontestable , et les expériences faites de nos jours par MM. Marjolin, Lebreton, Alibert, Horteloup, Burq, etc., ont confirmé pleinement les conclusions du mémoire d'Andry et Thouret. Ces derniers, entre autres faits curieux, citent l'histoire d'un malade qui avait, depuis plusieurs années , une névralgie de la cinquième paire , qui lui causait d'atroces douleurs, et s'accompagnait de convulsions des muscles de la face. L'application de plaques aimantées engourdissait immédiatement la sensibilité des nerfs ; en continuant cette médication, le malade finit par obtenir une guérison temporaire. Les accès reparurent : leur violence était calmée par l'Aimant; mais, en définitive, cet agent thérapeutique n'agit que'comme moyen palliatif.

La vertu antiodontalgique de l'Aimant a été bien souvent préconisée. C'est une de celles qu'il est le plus difficile de constater, par cela même que les douleurs de dents sont le plus souvent tellement fugaces qu'il n'est pas facile de décider si le mal a cédé spontanément ou s'il a disparu sous l'influence de la médication. Toutefois, il est des circonstances assez communes où les rameaux de la cinquième paire qui se distribuent aux dents sont le siège d'une névralgie intermittente ou continue, dont la durée se prolonge des mois entiers. Andry et Thouret citent l'histoire d'un officier généraj qui avait des maux de dents du genre de ceux dont nous venons de parler, et n'éprouvait de soulagement qu'en appliquant sur les dents douloureuses un barreau de fer aimanté. Cette apphcation devait être continuée pendant un temps qui variait depuis quatre ou cinq minutes jusqu'à un quart d'heure et davantage. Les mémoires de Klarich et de tous ceux qui ont écrit sur l'Aimant sont remplis de faits plus ou moins concluants

en faveur de la propriété antiodontalgique de l'Aimant naturel, des barreaux aimantés ou des armures.

M. A. Lebreton a guéri une névralgie utérine fort opiniâtre en appliquant trois plaques aimantées, l'une sur le pénil, les deux autres sur les deux aines. Cette douleur, qui ne s'accompagnait d'aucun signe de phlegmasie de la matrice, avait résisté aux saignées locales et générales , aux bains émollients, aux préparations narcotiques, etc.

C. Rhumatismes. — Les douleurs rhumatismales , quel que fût d'ailleurs leur siège, ont été, dans quelques circonstances, avantageusement combattues par l'Aimant. Les écrits sur cette matière fourmillent de faits qui ne sont pas toujours observés avec un esprit dégagé de toute prévention. En effets il aurait fallu tenir compte de l'incertitude de la durée du rhumatisme, des influences hygiéniques nouvelles auxquelles étaient soumis les malades, des circonstances atmosphériques qui avaient pu modifier la marche de l'affection. C'est parce qu'on n'a pas procédé de cette manière que nous ne pouvons ratifier toutes les conclusions auxquelles sont arrivés les auteurs que nous critiquons en ce moment. Toujours est-il que d'incontestables guérisons ont été opérées, guérisons temporaires, il est vrai, comme elles le sont presque toujours dans le rhumatisme ; nous pourrions, à l'appui de ce que nou^ venons de dire, citer l'histoire d'un des maréchaux de France, qui, de nos jours, a acquis une grande célébrité, et qui ne pouvait être soulagé de ses douleurs rhumatismales qu'en apphquant des armures aimantées.

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